Nouvelle Societe

18-03-12

Université gratuite: mauvais combat

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:43

 

 
“Il faudrait vivement doubler les frais de scolarité ! Au moins pour commencer… Ensuite, il faudrait les augmenter sérieusement…”  (
 pierre jc allard, circa 2005 … )

 
Je m’étais fait des ennemis en 2005, en contrariant ainsi la sagesse conventionnelle de la Gauche.  On a dit que mon commentaire était “inopportun”. Je suis souvent inopportun. Je suis un “in-opportuniste” littéralement invétéré qui préfère la vérité à Platon… Je sens que je vais me faire encore des ennemis.

Je sens déjà des milliers de petites aiguilles transpercer mon portrait et pas question que je laisse traîner une mèche de cheveux ou une rognure d’ongle. Je sens que tous les pouvoirs de la pensée magique vont s’activer contre moi. C’est comme ça que réagissent les tenants de la pensée magique quand on les contredit.

La pensée magique, c’est celle qui croit et affirme que ce qui est gratuit ne coûte rien, alors que ce qui est gratuit, en fait, est payé par quelqu’un d’autre. Parfois votre voisin, mais bien souvent par VOUS. Quand on comprend que la moitié du revenu brut des citoyens va à l’État bienfaiteur qui, directement ou indirectement, le redistribue, il ne reste qu’à sortir de la pensée magique pour comprendre, aussi, que c’est vous et moi qui payons ce qui est gratuit.

« Eux » aussi – les riches – payent une part de ce qui est gratuit, mais si vous croyez qu’ils en absorbent la grosse part, c’est que vous êtes sous hypnose. Ils sont peu, nous sommes nombreux et c’est surtout nous qui payons. Les choses pourraient être autrement, mais c’est une autre histoire. Hic et Nunc , Here and Now, “Icitte et Astheure,’stie”, c’est surtout le monde ordinaire qui paye. Il paye, entre autres, l’éducation.

Le monde ordinaire, c’est ceux qui gagnent le revenu moyen. Disons le revenu moyen plus ou moins 100 %, pour ratisser large. Disons, encore plus largement, tous ceux qui gagnent entre rien du tout et 100 000 $ par année. Ils sont nombreux. Vous vous sentez chez-vous ? C’est eux – nous – qui payons l’éducation gratuite. On paye toute l’éducation de tout le monde. Oh, on peut demander des frais de scolarité, mais on ne couvre ainsi qu’une petite part des frais réels de l’éducation, l’équivalent d’un ticket modérateur.

Vous en êtes heureux ? Vous êtes d’accord avec cette proposition socialement progressiste ? Tout va bien ?  Tout va bien… Tout va bien… Tout… va… bien….  bbbzzzzzzzzz…     1, 2, 3 Click ! SNAP ! Sortez de la transe.

Ouvrez les yeux. Voyez-vous que, lorsque vous payez l’éducation gratuite du futur ingénieur, du futur MBA, du futur médecin spécialiste, vous êtes en train de financer à fond perdu le fond de commerce que constitue le diplôme du futur professionnel, lequel, dans 5 ou 10 ans et jusqu’à sa retraite, exploitera ce fond de commerce à SON profit ?

À SON profit et non au vôtre, car le futur spécialiste à 200 000 $ par année ne fera de cadeaux à personne. C’est l’État – vous, encore un fois – qui lui payerez alors, bon an mal an, 3, 4, 5 fois le revenu moyen de la population. Vous êtes bien bon. Seriez-vous prêt à payer aussi de vos deniers la construction de stations-services qu’on donnerait clef-en-main à des pompistes, lesquels vous vendraient ensuite l’essence au prix fort ? Non ? Où est la différence ?

Je suis un homme de gauche depuis bien longtemps, mais je nevois pas ce qu’il y a de socialement progressiste à faire payer par la classe moyenne la formation d’une élite qui gagnera plusieurs fois le salaire moyen de cette classe moyenne. Il y a ici un équivoque entre éducation et formation qu’il faut courageusement dissiper. Une vache sacrée à abattre.

-  Il est BON qu’une société paye à tous, toute l’éducation qu’elle donne à tous. Il est socialement progressiste que l’on augmente l’investissement dans ce tronc commun de l’éducation à la hauteur de nos moyens collectifs et en accord avec le consensus social.  Mais…

- Il est MAUVAIS qu’une société prenne sur elle – et fasse donc porter par tous – le coût de la formation spécifique dont l’acquisition bénéficiera à quelques uns seulement.

Une générosité d’autant plus perverse, que les bénéficiaires se situeront dans les classe les plus élevées de revenu. On a ainsi un transfert systématique de richesse, direct ou en moins prenant, des pauvres vers les riches de la société. Ce n’est pas le seul de ces tranferts, hélas, mais celui-ci n’est pas plus vertueux, du seul fait qu’il se camoufle derrière l’étudiant impécunieux pour enrichir à terme le professionnel bien nanti.

On devrait doubler, peut-être tripler, les frais de scolarité pour toute formation professionnelle qui excède du tronc commun. On devrait, en fait, vendre cette formation à l’étudiant au prix qu’elle coûte. Pas plus, pas moins. On ne devrait rien donner à celui qui poursuit des études professionnelles supérieures, car il n’étudie pas pour nous, il étudie pour lui. Il est à bâtir SON avenir. Il travaille activement à SON enrichissement.

Cela dit, même si collectivement ces compétences nous seront ensuite vendues et non données, la société, vous et moi, avons intérêts à ce qu’elles soient disponibles. . Nous devons donc faire en sorte qu’elles soient acquises. Comment pouvons nous faciliter la préparation des ressources humaines compétentes dont nous aurons besoin demain ? En PRÊTANT aujourd’hui à ceux qui ont prouvé leur aptitude et leur ferme volonté à suivre des études universitaires.

Il ne faut pas donner, mais prêter aux étudiants. Il n’y a rien de scandaleux à ce que le jeune professionnel entre dans la carrière avec une dette, tout comme commencerait ses activités avec une dette le fabricant ou le commerçant qui lancerait une affaire aussi rentable qu’un cabnet de dentiste… s’il pouvait trouver aussi facilement qui le finance !

Il faut prêter à l’étudiant, pour poursuivre ses études supérieures, les sommes nécessaire pour qu’il puisse non seulement payer des frais de scolarité qui deviendront beaucoup plus onéreux quand on vendra la formation à son coût, mais aussi pour vivre au-dessus du seuil de la pauvreté durant ses études sans faire autre chose qu’étudier. Etudier est son travail.

Dans une société vraiment juste et socialement progressiste, ce travail d’étudiant pourrait être rémunéré, comme tout autre travail, mais, comme nous l’avons dit, ceci est une autre histoire. Aujourd’hui, il est malsain qu’une caste de travailleurs-entrepreneurs – les étudiants – jouissent d’avantages disproportionnés dont le coût est assumé par les autres travailleurs qui ne sont pas plus riches qu’eux et qui ne sont pas, eux, sur une voie royale vers la bourgeoisie.

Que j’ai tort ou raison, ça se discute. Mais ça ne se discutera sans doute pas.  Il est typique de notre  société couillonne, que le débat sur les frais de scolarité – qui n’est qu’un aspect d’un problème plus large qu’est la garantie de revenu! –  ait été déjà détourné de son thème et s’en écarte de plus en plus.

On est d’abord venu à discuter du “droit” de bruler des voitures pour contester… puis au droit d’un quidam de discuter du droit de l’individu à se révolter contre un pouvoir qui l’opprime… puis au droit du journaliste de dire qu’un  quidam l’a dit…  et on en est aux discussions  sur les droits et les devoirs du journaliste…

Toutes ces dérivées en cascade ne disent pas que des bêtises, au contraire, mais il est emblématique de la pensée erratique divergente  ( voir le concept populaire: “noyer le poisson” ) – qui est devenue le mode mental prédominant au Québec – que rien n’en sortira, puisque ni le sujet initial du débat si les autres auxquels il aura donné lieu ne seront discutés jusqu’à une conclusion.   Tout sur tout se règlera finalement en petits comités… et le peuple causera toujours.

Pierre JC Allard

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7 Commentaires »

  1. Je découvre votre blog. Et suis assez d’accord avec vous. mais sur ce sujet, vous ne parlez que d’un certain type d’études, celles conduisant vers des fonction rémunérantes. D’ù une petite question que je me pose. A des gens comme moi qui sont issus de milieux pauvres, qui aurait prêté pour fiancer des études de philosophie ? Qui, en dehors de moi-même en travaillant à côté ?
    Bien cordialement

    http://jmplouchard.wordpress.com/

    http://autrementvu.wordpress.com/

    Commentaire par jean-michel plouchard — 11-04-12 @ 8:15

  2. Désolé pour les fautes de frappe, je pensais pouvoir les corriger, mais impossible.

    Commentaire par jean-michel plouchard — 11-04-12 @ 8:17

  3. On ne parle ici que de la formation professionnelle et non culturelle. Dans le champ professionnel, le principe de base est que tout ce qui a une valeur suscite une demande et que cette demande détermine un prix. Si vous comptez tirer une revenu de la philosophie – en l’enseignant par exemple. ou en écrivant des bouquins – VOUS avez un intérêt à assumez le cout de vos études, lequel d’ailleurs variera selon votre espérance de gain et sera éventuellement remboursé par un pourcentage de ces gains, le prêteur obligé étant le Fonds Education, c’est à dire l’État. Je vous réfère à cette série d’articles en lien pour les détails – http://nouvellesociete.wordpress.com/education/ – particulièrement le texte #25.

    pjca

    p.s: Amusants vos sites… et j’ai une petite idée du temps que ça exige !

    Commentaire par pierrejcallard — 11-04-12 @ 8:46

  4. Je découvre également votre blog et je souhaite vous témoigner mon intéret pour celui-ci. Je suis d’accord avec vous concernant le système de prets pour les formations professionnelles à revenu élevé, mais je ne pense pas qu’il soit bon de l’appliquer aux domaines culturels, au risque de décourager ceux qui souhaitent entreprendre de telles études en s’inscrivant dans un système malsain qui réclame pour finalité le profit pécuniaire. Si je souhaite pour mon propre intéret intellectuel suivre des études de philosophie, je dois pouvoir le faire gratuitement et à la charge de l’Etat.
    D’autre part, si j’en retire un profit financier plus tard, je serai dans tous les cas imposé sur celui-là, lequel pourra etre redistribué à la société, et pourra notamment servir à financer les études d’un autre que moi.
    J’espère avoir bien compris votre point de vue, et si ce n’est pas le cas je m’en excuse.

    Bien Cordialement,
    François Delaroche.

    Commentaire par Anonyme — 15-04-12 @ 5:17

  5. @ FD

    Vous comprenez bien, mais une partie seulement, car n’est qu’un volet d’une démarche plus globale et l’éducation ne se limite pas à son aspect professionnel. Je vous invite a jeter un coup d’oeil sur les textes qui sont ici en lien et je crois que vous verrez comment ce que j’en dis rejoint votre préoccupation.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/education/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 15-04-12 @ 9:06

  6. Merci d’illustrer les propos que je tiens depuis maintenant plusieurs semaine. Je suis bien heureuse de ne pas être la seule à avoir cette opinion et de penser que le prêt est l’ami des étudiants. Ayant l’âge des étudiants qui sont présentement en grève (bien que sur le milieu du travail, par choix, j’ai fait une technique au collège), j’ai de la difficulté à comprendre leurs points. Les propos tenus me semble purement sentimentaux et égoïstes. Pourquoi ne pas instaurer un programme de remboursement de prêt sans intérêts, après la fin de leurs études, sur un nombre d’année proportionnel à leurs années d’étude?

    Commentaire par Anonyme — 17-04-12 @ 2:37

  7. " Anonyme" pouvant signifier des personnes différentes, j"évite les quiproquos en ne répondant pas à ceux qui ne sont pas autrement identifiés.
    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 20-04-12 @ 11:42


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