Nouvelle Societe

05-12-11

Mon chat est mort; une culture de l’arnaque

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:35

Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui est le plus important au monde. De ce qui nous intéresse plus que tout. Hélas, je vais devoir vous dire que ça ne va pas tres bien sur ce front.  Mais reprenons au commencement.

Quand les Romains flânaient aux bains, testant de l’orteil la température du tépidarium,  ils philosophaient…  Les BHL de l’époque jasaient sans doute des mêmes platitudes qui, 2 000 auparavant, avaient passionné les Sumériens.    « Les femmes ont-elles une âme, et si oui, dites pourquoi ? »   Ou encore : « Quelle est la plus cruciale, la plus captivante la plus accaparante des relations dans lesquelles s’investit l’être humain, faire l’amour ou faire la guerre ? » Qu’est-ce qui est le plus important ?

Pour l’âme des femmes, rien n’a changé. Le débat fait rage, plus féroce que jamais depuis qu’elles en ont elles-mêmes pris charge.  Pour ce qui passionne le plus l’être humain, cependant, j’ai réfléchi.  Je crois que le plus important ce n’est pas de se faire l’amour ou la guerre. C’est plus bête que ça. Je crois qu’on fait tout pour ne pas l’avouer, mais que, ce qui nous  fascine le plus, c’est de rouler le voisin dans la farine, pour se dire que même si le destin nous traite comme des minus, on n’est pas si sot puis qu’il y a plus sot que soi. Comme la fourmi de Lafontaine qui « trouvait le ciron trop petit ».

Tant qu’il y a eu des gros pour se moquer grossièrement des petits à leur face même  – et des petits pour en faire autant des gros dans leur dos, non sans une certaine petitesse – ce grand désir de blouser son prochain est demeuré un divertissement.  Mais la démocratie est venue…

En démocratie, on s’est retrouvé entre sociétaires présumés égaux qui avions besoin les uns des autres et devions nous compléter. Alors on a cessé de seulement s’amuser à s’arnaquer : chercher à profiter les uns des autres est devenu un mode de vie.

Dans une société tertiaire, où presque tout le travail ne consiste plus en production, mais en échanges, tirer plus de chaque échange en donnant moins est devenu le BUT de la vie.  On a créé une société mercantile. On fait du commerce. La guerre est au service du business et l’amour est sa récompense.  On se passe la vie à tenter d’abuser du voisin. C’est le jeu.

Ça peut être une joute de l’esprit, comme acheter un tapis au Bazar à Istanbul ou un Van Gogh chez Sotheby.  Ça peut être une forme de passe-temps pour les gens simples, pour la ménagère qui, promos en main, va de Wal-mart à Carrefour en cherchant « le meilleur prix » comme on chercherait le Graal.   Ça peut aussi être l’obsession du mec qui va rouler une heure pour économiser un euro sur un plein d’essence. Un jeu.

Ça peut être tout ça, mais ça peut être plus grave.  Ça peut être l’omniprésente mise en boîte dont est victime le consommateur qui ne sait vraiment plus comment se défendre, dans un monde ou produire et consommer sont les deux faces du seul jeu qui compte et auquel où nous sommes tous devenus incompétents.

Vivre en société, c’est avant tout pouvoir jouir de la compétence de l’autre en lui offrant la sienne…   Mais qui va déterminer les termes d’échange, quand on ne connaît rien de la valeur de ce qu’offre l’autre, sauf le besoin qu’on en a, et que TOUT LE MONDE ne cherche qu’à en abuser ?

Des économistes parlent d’une « main invisible » qui, d’essais en erreurs, mène aux ajustements du lit à Procuste ou de Procuste au lit, mais le processus est long et n’est pas sans coût ni douleur…

Il y a d’abord les ajustements qui déterminent finalement le prix de vente de tout  « sur le marché », en optimisant le rendement pour le vendeur qui est fonction de ce prix et du volume de la demande rendue effective a ce prix.   Vraiment ?  Mais il faut se demander à quel jeu lubrique se livre parfois la « main invisible »…

Est-ce qu’elle ne triche pas quand, pour tirer un max de tous, elle segmente le  sacro saint « marché » en mini-marchés, de sorte qu’un médicament puisse  se vendre 5 ou 10 fois plus cher aux USA  ou en France qu’au Mexique ou au Congo par exemple ?  Ou que le type qui occupe le siège à côté du vôtre dans l’avion puisse l’avoir payé trois fois moins cher que vous ? Le marché triche

Le marché triche, mais ce n’est pas le plus grave.   Le  plus grave, c’est l’inconscience et l’irresponsabilité  nonchalamment revendiquée de quidam lambda qui a accepté, comme un acte de foi, que le but de la vie dans une société mercantile est de blouser tout le monde.

Car il n’y a  pas que le prix des choses, il y a leur qualité sur laquelle on triche. Et c’est plus facile, surtout quand on parle de services plutôt que de biens.   Plus facile, mais aussi plus grave s’il y a des dangers liés à l’utilisation d’un bien ou d’un service et que le vendeur, tout occupé à vous soutirer tout ce qu’il peut, néglige de vous en faire part.

Exemple récent, qui a fait du bruit sur Internet.  FULGATOR un fabricant de pesticides, a vendu un produit réputé anodin pour  se débarrasser des puces à une acheteuse de bonne foi … dont les deux chats sont morts dans les deux jours suivants !   Émoi, protestation… Réponse du fabricant qu’on interpelle : “à vous de vous renseigner sur les effets du produit que vous achetez…”

Les Romains avaient déjà ce principe que c’est à l’acheteur de se protéger.CAVEAT EMPTOR !  L’admission brutale que chacun est là pour abuser de vous et que c’est à vous de prendre garde. Mais cette attitude est bien dangereuse.

Dangereuse ici pour les chats, mais dangereuse aussi pour les irresponsables qui vendent ce genre de choses et donnent ce genre de réponses, car seul un long investissement dans la prière et le yoga  peuvent faire que le propriétaire des chats n’ait  pas à lutter contre la pulsion de rendre immédiatement indispensable l’usage d’une double prothèse dentaire à celui qui lui a fait cette réponse.

Dangereuse pour tout le monde, car l’irresponsabilité et l’absence de toute conscience professionelle sont les fléaux de notre société de consommatiom.  Le consommateur est continuellement arnaqué à l’extrême limite de ce qu’il peut l’être.

Se protéger soi-même… Mais dans le monde complexe où nous vivons, cela n’est plus possible.  Puis-je surveiller les relations de mon médecin avec toutes les compagnies pharmaceutiques ?   Celles de mon avocat avec toutes les entreprises avec lesquelles je pourrais faire des affaires ?  Est-ce que je puis vérifier ce qu’ont mis dans mes aliments tous ceux qui y ont eu accès ?

La main invisible  ne nous protège pas du désir universel de tous d’abuser de nous… Alors on demande à l’État de le faire. J’ai expliqué déjà en détail, comment ce serait possible. On le fera sans doute. Mais ça ne règlera pas tout.  On ne sera jamais à l’abri du psychopathe qui ne voit pas comment vous pouvez éprouver un sentiment pour un chat, ni pourquoi ce sentiment pourrait interférer avec son désir, legitimé par notre société, de vous prendre tout l’argent qu’il peut.

Est-ce que nous voulons  vraiment que l’ultime résultat de notre tradition judéo-chrétienne soit cet affrontement cauteleux, hypocrite, incessant entre tout le monde et chacun pour arracher à l’autre un dernier centime ?

Le pourrissement de la relation entre nous tous est exponentiel et cette question ne restera donc pas sans réponse bien longtemps. Si notre civilisation n’y apporte pas la bonne réponse notre civilisation disparaîtra. Et elle l’aura mérité.

Pierre JC Allard

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7 commentaires »

  1. Cher PJC,
    La réponse est pseudo-mathématique: c’est le NPP des américains (natural price point) :-), on atteint là le paroxysme de l’hypocrisie, tout est dit.

    Commentaire par zelectron — 05-12-11 @ 3:42

  2. @ Zelectron

    « Tout est dit ». Il semble bien, en effet, qu’on trouve non seulement au fond , mais à la toute surface de la société, les signes simples que l’apprentissage qu’on peut en tirer ne doit pas trop nous retarder dans la quête bien personnelle que chacun doit entreprendre pour trouver un sens à être.

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 05-12-11 @ 7:34

  3. Plus loin encore: dans le couple, la destruction vient aussi de cette culture de domination/anéantissement/vol/viol, il y a du désespoir dans l’air (et pour toutes ces [dé]raisons dans toutes les directions, les excès ne sont pas loin)

    Commentaire par zelectron — 05-12-11 @ 11:16

  4. La reponse se trouve au niveau de chacun d’entre nous. Il faut commencer par soi, puis tenter de proposer la meme approche a ses proches… mais pas evident

    Commentaire par Snif — 06-12-11 @ 2:54

  5. @ Snif

    Le faire soi-meme. Le reste vient par contagion, sans aucun effort, quand le terrain est prêt.

    pjca

    Commentaire par pierrejcallard — 06-12-11 @ 9:01

  6. Bonjour,

    Que de pessimisme! Mais je suis d’accord avec vous. Autant sur cet article que sur celui ci : http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/14/ali-baba-et-les-40-experts/

    Je me demande si cette soif d’arnaquer les autres ne vient principalement pas de deux facteurs: Ceux qui n’ont rien ou pas grand chose font cela pour survivre ou masquer leur situation et ceux qui ont suivis des études « supérieur ».

    Pour ceux qui n’ont rien, se balader avec le dernier i-phone montre que l’on a quand même de l’argent, même si il faudra manger des pattes et un repas sur deux pendant 6 mois pour amortir le cout du gadget! Ce sont des achats irréfléchi.
    D’autant que courir après les promotions permet de manger autre chose que des pattes. D’acheter un objet d’occasion en dessous de sa véritable valeur sciemment, permet de garder des ronds pour le crédit voiture/maison/conso. Enfin puisque tout le monde se sucre sur mon dos pourquoi je serais le seul à être honnête?
    Mais j’ai plutôt le sentiment que chez les personnes au bord ou dans la misère, cela relève plus de la survie ou d’une recherche d’un peu de confort que l’arnaque pur et dur.

    En revanche ceux qui profite le plus de se système pervers sont les personnes qui ont des ronds et qui ont une certaines éducations. Aujourd’hui, en France (et d’une manière général, en occident) si tu veut avoir une vie « confortable » en tout cas sans trop galérer, il faut faire des études!! On se retrouve donc une palanqué de personne diplômé sans en avoir besoin (le réagis plus à l’article sur les experts). Ces personnes ayant une certaines éducations, sont capable de vous présenter les problèmes comme étant parfaitement inabordable pour un novice, et qu’eux seuls peuvent le faire.
    Il faut bien qu’il mangent!! et à hauteur de leur diplôme!
    Il y a un problème dans la balance… Si les ouvriers et autre techniciens qualifier été payer correctement, nous aurions moins de surdiplomer qui cherche à vendre une expertise (qu’ils n’ont pas forcement).

    L’Homme est une espèce animal qui vit en casse (comme les fourmis). Dans toute les civilisation il y les pauvres, les ouvriers, les inutiles et les dirigeants. Dans le règne animal le corolaire de pouvoir et la force physique. Chez l’homme le corolaire de pouvoir et l’argent. Si les petits veulent s’élever dans les classe social il leur faut de l’argent. Si les gros veulent rester dans leur classe social, il ne faut pas qu’il perdent de l’argent. Le meilleur moyen de ne pas en perdre est d’en gagner…

    Je pense que si l’on veut se détacher de l’argent il faut trouver un autre moyen de valorisation. Heureusement il y a des gens pour qui l’argent n’est qu’un outil et la valeur travail ou compétence et bien plus importante que la valeur argents. Paradoxalement, c’est ce genre de personne qui redistribue le mieux les richesse.

    Commentaire par borisdu — 07-12-11 @ 5:10

  7. @ borisdu

    « On se retrouve donc une palanqué de personne diplômé sans en avoir besoin….  » La connaissance est devenue une nouvelle arstocratie dont quelques-uns seulement justifient leur utilité. Il s’est créée une masse d’emplois totalement inutiles – et dans le privé encore plus que dans le fonctionnariat – où l’on ne produit rien. Le passage de l’industrie vers les services ne s’est pas fait selon les besoins mais selon le pouvoir qu’ont pu exercer divers corporatismes. C »est le problème le plus grave de notre civilisation car il n’y a pas de justice sociale si chacun ne pousse pas à la roue…. alors que la majorité des gens ne peuvent même pas s’approcher de la roue !

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/07/22les-profs-en-cols-bleus-2/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/05/31/186-bonne-fete-travailleur

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 10-12-11 @ 8:11


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