Nouvelle Societe

25-12-11

Quidam Lambda chez Papa Noël

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:50

- « Pour moi » – dit Quidam Lambda, en entrant dans la boutique – « ce sera du fric. Rien que du fric ! »

Papa Noel soupira dans sa barbe blanche. Encore un autre ! Qu’est-ce qu’on fait quand on a un entrepôt plein de cadeaux, mais qu’on a tous ces n’importe-qui qui disent n’importe quoi et ne demandent que la même camelote qu’ils ont vu dans la pub des banquiers? Bon, on essaye…

- Du fric, du fric… Moi je veux bien, fiston, j’en ai des trillions de dollars dans mes caisses. Même qu’on annonce une vente pour bientôt. Tu préfères de l’euro ? Je passe un coup de fil à Draghi et on remet ça… Mais pas d’échanges et pas de garantie, hein… !

- Pourquoi vous me regardez comme si j’étais un con, Papa ?

- Parce que les dollars ne se bouffent pas et les euros pas davantage. Tu as gobé la pub des fabricants de monnaie et tu demandes du fric, alors que moi qui en ai vu des Noel, depuis des millénaires, je sais qu’au fond ce que tu veux ce n’est pas du papier, mais de vrais biens et de vrais services… alors je pense que tu vas être déçu.

- Vous me proposez quoi ?

- De la santé, de l’éducation, de la justice, de la culture, de la démocratie, de la sécurité… etc. Il y a plein de bonnes choses qui sont là ! Il suffit de les prendre. Mais attention ! Ca ne s’imprime pas et ça vient en pièces détachées. Alors, il va falloir travailler un peu…

- Travailler ? Je ne demande pas mieux. Mais le chômage …

- On t’a vraiment bourré le crâne de bêtises ! Le travail, c’est l’effort pour mettre des idées ou des choses ensemble pour qu’elles soient comme tu veux qu’elles soient. Si ça prend moins de travail, tant mieux, mais tant que ce que tu veux n’est pas là, dans ta main, il y a du travail à faire. Dire qu’on manque de travail est une colossale absurdité.

- Mais le chômage…

- Le chômage, ce n’est pas manquer de travail, c’est manquer d’emplois. Ca arrive quand tu produis quelque chose et qu’on ne te paye pas assez pour l’acheter. Parce que tu n’as pas d”argent, tu ne l’auras pas. Celui qui te l’a fait produire ne le vendra pas et cessera d’en produire. Non seulement tu n’auras pas ce que tu voulais, mais tu n’auras pas de travail non plus, car tu n’as pas accès aux outils pour travailler et en produire. Bien bête…

- Ca semble bien bête en effet… Personne n’a pensé a ça ?

- Oh que si ! Mais on se chamaille sur les parts de celui qui travaille et de celui qui fournit les outils. On ne règlera pas la question aujourd’hui… Les gens sont têtus…

- Rien à faire en attendant ?

- En attendant, j’ai un kit ici qui pourrait être assemblé rapidement et qui te ferait plaisir car il te donnerait du fric, mais du fric avec un production à la clef, pas seulement des piles de billets qu’on imprime. On appelle ça : « revenu-travail garanti »

- Un nouveau concept ?

- Pas vraiment. L’idée c’est que tout le monde travaille et que tout le monde a donc de l’argent. Ça aussi, on y avait pensé. Ce qui est nouveau, c’est qu’auparavant – il y une génération – pour mettre tout le monde au travail il fallait le faire au pif, alors il y avait des bavures. Pierre gagnait trop, Paul pas assez  Il y avait trop de boulangers, pas assez de cordonniers… ou le contraire. Du chômage tout le temps, une crise par ci par là. Chômage, crise… Maintenant, avec les ordinateurs, on peut ajuster. Enfin, on pourrait, on ne le fait pas… »

Ce que Papa Noel veut nous dire, c’est que maintenant, avec l’informatique moderne, on peut savoir de combien de travailleurs nous avons besoin dans chaque catégorie professionnelle que nous choisissons de définir. En fait, on peut définir autant de catégories professionnelles qu’on a de combinaisons de compétences en demande sur le marché du travail. Et on peut savoir de combien de travailleurs nous avons besoin dans chacune. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait du chômage

La demande de travail, ça change tous les jours, mais nous pouvons la prévoir pour demain, après-demain… Les besoins de main-d’oeuvre, on peut les voir fluctuer en temps réel.

Nous pouvons former en continu les travailleurs dont nous avons besoin pour un marché du travail qui change, en ajoutant de petits modules a leur compétence. On peut aussi prévoir les grandes vagues de fond et changer à moyen terme les grandes orientations de l’éducation, en se gardant des passerelles pour les imprévus.

On peut établir une politique EFFICACE de ressources humaines, de sorte qu’il n’y ait jamais plus de chômage, autre que frictionnel entre deux emplois, ou entre un emploi et une formation de recyclage. Des intermèdes de non-travail si courts, dans un paysage de plein emploi généralisé, que la prise en charge du revenu du travailleur pendant ces périodes ne représenterait pas une dépense insupportable ni même significative pour la société.

Dans ce contexte, on peut garantir à chaque travailleur son revenu assuré en contrepartie d’un travail qu’on peut aussi lui assurer. Ce n’est pas un rêve; c’est une possibilité technique immédiate. C’est aussi une exigence sociale incontournable.

Le changement de paradigme nécessaire, c’est de comprendre que, dans une structure de production en transformation rapide, la sécurité d’emploi n’a plus aucun sens. Elle est NUISIBLE. C’est la sécurité du revenu qui importe, maintenant; c’est cette sécurité que l’État doit offrir et c’est celle que les travailleurs doivent exiger.

Le revenu garanti, ça ne doit pas être une pitance pour ceux qui perdent leur emploi; ce doit être le plein salaire de chacun selon la certification de sa compétence par l’État. Le travailleur a DROIT à ce revenu. C’est le DEVOIR de l’État d’utiliser les services des travailleurs. On ne doit exiger du travailleur que sa disponibilité et sa volonté de travailler à exécuter les tâches qu’il a été formé pour faire.

… - « alors » – conclut Papa Noel – « en régime de « revenu-travail garanti » tu cherches comme aujourd’hui un emploi aux conditions que tu veux, mais, si tu n’y arrives pas, tu te présentes au ‘Bureau du Travail’, tu prends l’emploi qu’on te donne et tu seras payé le revenu garanti correspondant à ta qualification. Ca te va ? »

- Super ! Mais comment croyez-vous que l’État pourrait assumer une telle responsabilité ? »

- En faisant son boulot qui est de prévoir. En acceptant que la formation professionnelle au sens large, qui est un élément crucial de l’éducation, doit s’ajuster au marché du travail. Vous, les Quidam Lambdas, devez surtout comprendre qu’un régme de « revenu-travail garanti » n’est pas une utopie : c’est le régime dont jouissent déjà les fonctionnaires ! Exigez-en autant.

- C’est un beau cadeau, mais en plus de l’éducation et du travail, vous parliez aussi de santé, de culture , de sécurité, de démocratie

- Oui, j’ai tout ça sur les tablettes.. Mais c’est la haute-saison et je suis bien vieux…. Pourquoi ne vas-tu pas jeter un coup d’œil toi-même dans l’entrepôt ?

Pierre JC Allard

18-12-11

Une “primaire” au Centre

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:40

On parle beaucoup de politique, on en parle tout le temps. Le moment est venu de parler de stratégie: la façon de s’assurer que le pays aura bien la politique qu’il voudra, considérant le contexte, les circonstances et le sérieux qu’on mettra à faire qu’elle puisse s’appliquer.  Parlons stratégie. Pour les fins de cet article, je n’ai pas d’opinions politiques.

Le contexte, c’est la France de 2012, en crise profonde, qui va se choisir un président puis des législateurs, en application des règles de ce que nous appelons « notre démocratie ». On pose comme prémisses que les électeurs ont une opinion que peut modifier l’information dont ils disposeront et que le vote des électeurs sera honnêtement pris en compte. On pourrait discuter ces prémisses, mais ce serait un autre débat.

L’enjeu devenant de convaincre une majorité des votants, les circonstances spécifiques à la course qui s’engage tiennent au contrôle de l’information – et nous y reviendrons – mais aussi d’abord à cette évidence que les candidats vont entrer sur la piste avec des handicaps divers. En fait, ils vont se départager dès le départ en trois (3) pelotons.

1)  Le premier peloton se compose des deux (2) partis – le PS et l’UMP – disposant de ressources humaines et organisationnelles beaucoup plus considérables que les autres… et jouissant par surcroit du préjugé qu’eux seuls peuvent gagner. Ce sont les partis “grand-frères”, qu’on peut appeler les “partis de gouvernance

2) Le second groupe est celui des évangélistes, des “porteurs de message“. Ils ne peuvent pas raisonnablement gagner, mais on croit savoir vers lequel du candidat PS ou UMP leurs électorats respectifs iront au deuxième tour. Voter pour les candidats de ces partis, c’est donc seulement ajouter une petite remarque à ce qui deviendra le choix final et qu’on annonce déjà au premier tour

Ainsi, il est présumé qu’on ira de Melenchon ou de Joly vers le PS, mais seulement après avoir dit qu’on souhaiterait que ce parti évolue vers la gauche… ou mette davantage l’accent sur l’écologie. On passera de même de Marine vers l’UMP, mais en ayant souligné que c’est bien faute de mieux… ! Les partis porteurs d’un message ont coutume d’assortir celui-ci de la menace implicite, plus ou moins sérieuse, de ne PAS accorder leur soutien au parti grand-frère si celui-ci ne leur prête pas attention et respect.

3) il y a enfin la mêlée des candidats du troisième type qu’on peut dire “indépendants”, dont on ne peut vraiment savoir si leurs troupes iront vers la gauche ou la droite au second tour.  Ces candidats ont en commun d’offrir des projets qui n’obéissent pas PRIMORDIALEMENT à la dichotomie gauche-droite. Ils peuvent proposer des mesures tout aussi à gauche ou a droite que les autres, mais ce n’est pas sur ces mesures qu’ils jouent leur va-tout. On peut dire ces candidats « centristes », mais c’est une appellation de commodité. En réalité, ils sont “ailleurs” car ils suggèrent un clivage des opinions selon un autre ordonnancement des valeurs.

Il y a de ces clivages qui pour un temps transcendent celui historique entre la gauche et la droite. On en a eu un exemple concret au Québec, où toute une génération, en se définissant d’abord comme « fédéraliste » ou « souverainiste », a pratiquement relégué au second plan le débat social.

En France aussi on le fait. On a déjà été royaliste ou républicain, puis, bien sûr, pétainiste ou gaulliste, sans  que ce choix de base n’implique nécessairement une opinion quant à la question sociale ou au partage des richesses.  Beaucoup en France, aujourd’hui, semblent voir l’appartenance à l’Europe comme une de ces questions qui priment sur les autres et plusieurs candidats indépendants – mais pas tous – reflètent ce nouveau clivage.

Autre caractéristique des candidats indépendants, ils sont d’abord des INDIVIDUS, dont chacun a son projet. Ils ne sont pas l’émanation d’un parti, c’est le parti qui est l’incarnation de leur projet.  Les projets peuvent être uniques, originaux, sans apparentement logique évident avec ceux des autres candidats de ce groupe.  Les ralliements sont donc difficiles, entre indépendants, car on peut se rejoindre sur un point et être en désaccord total sur un autre.

On comprend facilement que la stratégie qui sied à un candidat va varier du tout au tout, selon qu’il est du premier du second ou du troisième groupe.

Un candidat du premier groupe, même s’il parle de changements, incarne la continuité. Il demande à gouverner. L’aspirant Président du premier groupe, avec SES députés à élire aux législatives, veut le mandat de réaliser leur politique qui est celle du programme du parti…   Il demande à l’électeur de choisir entre cette politique et celle de l’autre candidat du premier groupe. Il doit donc avoir pour stratégie de s’identifier clairement à son parti et a son programme.

Le candidat du deuxième groupe, au contraire, sait qu’il ne gouvernera pas. Il doit obtenir des avantages immédiats pour les idées qu’il défend – et pour les gens de sa faction ! – sans négliger aussi de préparer l’avenir. Sa stratégie doit donc être de se rendre intéressant. Idéalement, il doit faire regretter que ce ne soit pas lui cette fois qui soit premier de cordée pour la Gauche ou la Droite.

La stratégie du candidat du troisième groupe est plus complexe. Il est seul contre tous, et ses plus dangereux  rivaux sont les autres candidats indépendants. Aux élections de 2012 plus que jamais, car un sondage a affirmé la semaine dernière que 53 % de la population préfèrerait AUTRE CHOSE que Sarkozy ou Hollande !  Ça donne des idées..

Le Centre – on parle d’un centre large, incluant (par ordre alphabetique) Asselineau, Bayrou, Borloo, Chevenement, Dupont-Aignan, Villepin et tous ceux qui voudraient s’en réclamer, a le vent dans les voiles.

On sait que c’est la division des suffrages entre plusieurs qui seule va sonner le glas pour les indépendants. On sait qu’elle le fera au premier tour,  car si l’un d’eux miraculeusement accédait au second tour, il pourrait compter sur les suffrages des 53 % qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre des candidats du premier groupe… plus ceux du candidat du premier groupe évincé au premier tour et de ses alliés! il serait sans doute plébiscité par une très large majorité.

Face à cette situation, la réaction viscérale des candidats indépendants est de se taper dessus les uns les autres, ce qui est absurde. On va faire chavirer cette barque. La seule stratégie de TOUS les candidats « centristes » devrait bien  être de viser à ce que toutes les voix du “Centre” se portent vers UN SEUL CANDIDAT .. mais sans aller chercher ces voix par la bagarre.

On pourrait s’entendre. On pourrait convier tous les volontaires à une grande “primaire” du Centre, à la seule condition de retirer leur candidature s’ils ne sortent pas vainqueur de cette primaire. Considérant la visibilité liée a cet exercice, ne pas y participer serait une grosse erreur…

Attention ! Il ne s’agit pas de fusion idéologique, mais d’une manœuvre stratégique. On ne demande pas aux perdants d’appeler à voter pour le vainqueur – les idées de ce dernier et les leurs pourraient rendre ce soutien inacceptable – seulement de retirer leur candidature.

En retirant leurs candidatures qui, s’ils n’ont pas gagné cette primaire, deviendrait sans espoir et de pur égo, il renonceraient simplement à contribuer au stratagème de diviser pour régner qui est celui des “partis de gouvernance” et choisiraient de laisser le peuple français  choisir  celui qu’il rendra lui-même  “providentiel” en en faisant l’arbitre des grandes décisions, ce qui doit être le rôle d’un Président. Au-dessus des partis.

On ne demanderait pas un programme au candidat indépendant ainsi choisi par une primaire au Centre, seulement de jouer, s’il est élu à la présidence, son rôle d’arbitre au dessus des partis;  en nommant impartialement Premier ministre quiconque obtiendra le soutien d’une majorité des députés élus aux législatives.

Si un Président indépendant est élu, il se passera des choses aux législatives.  Il est probable que de nombreux candidats y seront élus en s’identifiant désormais aux divers partis ayant participé à la primaire du Centre. Probable, aussi, que se constitueront des alliances entre certains de ces petits partis qui auront alors un autre avenir possible que d’être des clubs à sensibilités orphelines.

Cette opération “primaire au Centre” est souhaitable, car elle offre une alternative à l’alternance  PS-UMP  que refuse aujourd’hui une majorité des Français. Elle est possible, à cause de l’émergence de l’internet et des blogues, qui ouvre un deuxième front dans la guerre de l’information.

Les deux partis dits de “gouvernance” n’ont plus, en effet, le monopole de l’information. Ils ont encore le contrôle de médias, mais le traitement que ceux-ci ont donné aux innombrables « affaires » des dernières années – et surtout les mensonges incroyables qu’ils ont débités durant l’agression de la Libye ! – se sont soldé par une perte de crédibilité.

Une perte de crédibilité dont on verra les conséquences, justement, lors des présentes élections présidentielles. N’oublions pas que 50% des électeurs peuvent modifier leur intention de vote en deus semaines.

L’organisation de cette primaire du Centre doit être la priorité des candidats indépendants… Comme ce sera la priorité de la Gauche comme de la Droite partisanes de l’empêcher.   Il ne faudra pas s’étonner, si une campagne vigoureuse de diffamation et de corruption est mise en marche pour empêcher cette primaire qui pourrait vraiment changer les choses.

Il serait donc habile, pour ceux qui souhaitent que cette primaire ait lieu, d’en discuter entre eux très discrètement …. et de ne l’annoncer que lorsque la décision de la tenir aura été prise irrévocablement. A chacun d”établir sa stratégie et d’agir selon sa conscience

Piere JC Allard

11-12-11

L’euro et les Anglais

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 9:50

Merkel et Sarko sont à bâtir une Nouvelle Europe. Les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres constitueront de fait le gouvernement économique de la zone euro et se réuniront tant que la crise durera pour gérer tout ça au mieux à la petite semaine.  La Nouvelle Europe, ce sera celle des 17 pays déjà en otages de l’euro et de tous les autres qui voudront s’y joindre…

Ils seront nombreux les volontaires  pour embarquer dans le navire qui sombre?  Peut-être… Pourquoi pas ! Ne vaut-il pas mieux finir avec les autres en chantant des cantiques sur le pont, plutôt que seul au milieu des vagues?  Et comme il suffira d’émettre des voeux pieux pour en être…

Des voeux pieux, puisque la Cour européenne de justice ne pourra pas opposer son véto aux budgets des États; elle viendra seulement, de temps en temps,faire le constat que personne n’a respecté ses engagements et des sanctions pourront automatiquement être appliquées…

Ca va régler la crise ?  Certainement pas, car pourquoi tous ces écoliers qui n’obéissent pas aux règles obéiraient-ils  aux sanctions ?… D’ailleurs, dixit Sarkozy: “L’Allemagne et la France sommes tout à fait d’accord pour dire que les eurobonds ne sont en aucun cas une solution à la crise, en aucun cas !“. Or comme rien d’autre n’a été proposé, la proposition est : “Dites oui, ensuite on avisera…“ De Paris, de Berlin ou des autres capitales du continent on ne voit pas d’issue à la crise.  On voit une Europe qui se désagrège et des écoliers qui s’affolent.

Vu de Londres, c’est autre chose: on voit une révolte des vassaux financiers du continent, sous l’égide d’une Frédégonde et d’un Roi fainéant. On voit les Goths et les Francs qui s’agitent. On voit le dernier  épisode de ces rebellions velléitaires contre la domination britannique qui dure depuis deux siècles et demi.

Même pas “shocking”, cette rébellion, “just annoying”…  car il y a longtemps que l’on croit savoir dans les clubs de la City – et qu’on chuchote au moment du porto – que “Negroes begin at Calais….  Alors à Londres, on ne s’inquiète pas. On a remis à leur place en leurs temps  les Espagnols, les Français. les Allemands et les Russes, parfois même, quand il le fallait, les Japonais et les Chinois. On le fera bien  encore cette fois. On sait qu’il ne s’agit que de se recroqueviller sur l’Ile Inexpugnable et d’attendre que les enfants se calment, même s’il leur faut une bonne bagarre avant de se calmer.  On parle déjà en France de germanophobie…

Les Anglais ne s’inquiètent pas. Il savent qu’ils gagneront… parce qu’ils sont Anglais. Ils ont la sereine certitude que leur insularité à la japonaise, leur éducation élitiste et mille ans de succès en commun ont fait d’eux un “peuple élu”, don’t la supériorité ne repose sur rien qui pourrait se perdre, comme la richesse ou l’intelligence, mais sur la cohésion qui découle de leur simple appartenance.

On se trahit peu entre Anglais. Les exemples d’Anglais qui ont trahi sont rares et, en chaque cas, la fin des événements a été telle qu’on ne peut écarter l’hypothèse d’agents doubles ou triples…  On peut se faire confiance entre Anglais.  C’est ce qu’illustre mieux que tout cette stratégie légendaire des guerres d’Écosse où, affrontant des ennemis physiquement plus forts, le fantassin anglais devait négliger l’ennemi devant lui pour frapper d’estoc l’attaquant de son voisin de droite qui découvrait son flanc en voulant attaquer celui-ci de taille….  Il devait le faire croyant fermement que son  propre voisin de gauche lui rendrait le même service: sa vie en dépendait.

Les Anglais se sentent différents. Rien d’aussi vulgaire que du racisme ou la haine de l’autre.  Plutôt de la compassion. La conviction, sans qu’il soit jamais nécessaire de l’exprimer et encore moins d’en abuser, qu’être supérieur est une responsabilité et entraîne des devoirs.  Il faut, comme disait Kipling, “porter le fardeau de l’homme blanc“.

Protéger… Mais manipuler, aussi, car cette responsabilité a ses limites … et cesse sans préavis, quand l’intérêt de l’Angleterre est en jeu.  Ainsi, une poignée de britanniques iront administrer des millions d’Indiens… puis  mener au combat des dizaines de milliers de Pathans et de Bengalis pour défendre l’Empire…

Quand les circonstances ont changé, les Anglais on pu aussi, comme en “14 ou en “40,  appeler à la rescousse le “peuple ami “ américain démocratique, avec ses longues carabines et ses idées courtes, qui est venu sauver la mise quand on le lui a dit. De la même façon, les Anglais seront solidement avec la Pologne et la France contre l’Allemagne pour défendre Danzig, mais a Dunkerque ils partiront seuls … et à Mers-le-Kebir ils tueront des Français… puisque c’était nécessaire. Fort de sa cohésion, l’Anglais entre dans des alliance et protège ses amis avec une ostentatoire loyauté… mais  il est d’abord Anglais et partie d’une “union sacrée” implicite qui ne se rompt jamais.

L’Angleterre, qui manipule ses amis, en fait autant avec ses ennemis. Depuis qu’elle a établi son hégémonie, elle l’a maintenue en alimentant une constante zizanie entre les  États européens, particuiièrement entre l’Allemagne et la France… sauf lorsqu’il a été nécessaire que ceux-ci collaborent pour offrir à l’Angleterre un bouclier contre la Russie soviétique.

Quand la guerre est devenue une affaire d’argent, elle a continué par d’autres moyens, mais les principes sont demeurés les  mêmes. Albion est devenue encore plus inexpugnable, maintenant que son Empire maritime s’est transformé en “fricocratie” virtuelle et n’est plus a la merci de l’invasion d’une quelconque Armada.

C’est dans le même esprit, quand il a semblé bon que l’Europe soit créée, que l’Angleterre a répondu oui, mais sans jamais y mettre toutes ses billes  ni y jouer son va tout.  Elle y est ainsi entrée contre l’avis de Gaulle qui savait reconnaitre un cheval de Troie.  Commonwealth, privilèges, exceptions… l’Angleterre a su tirer parti de l’Europe.  Mais elle n’a pas oublié où ses intérêts en divergeaient  et s’est gardée une voie ouverte vers un Dunkerque financier. Ne pas être partie prenante de l’euro lui gardait cette issue.

Quand les Continentaux ont pris la décision de remettre leurs politiques monétaires à une Banque Centrale Européenne, elle même sous contrôle des banquier internationaux opérant depuis la City de Londres, l’Angleterre  ne s’est évidemment pas jointe à cette aventure, que seule peut expliquer la naïveté des peuples et une grandiose  manoeuvre de corruption. (Il faudra que l’on découvre un jour et que l’Histoire sache, ce qu’ont personnellement touché tous les dirigeants qui ont accepté cette haute trahison ! )

L’important, aujourd’hui, c’est que l’Angleterre ne l’a pas fait, gardant sa propre monnaie, la livre sterling… tout en  acquérant par ses banquiers le contrôle de l’euro, monnaie de l’Europe sa rivale. Ce qui permet aux Anglais de rigoler maintenant des déboires de leurs alliés qui sont tombées dans ce piege.

Dans un monde où la valeur des devises ne repose plus sur rien d’autre que la volonté des États d’en maintenir la valeur – et la crédulité des citoyens qui croient que l’État gardera cette volonté -  l’Angleterre, en conservant son indépendance à la livre stirling, a  maintenu un point de référence monétaire relativement stable…. et un avantage énorme.

En effet, il n’y a simplement pas, pour garantir l’euro, un “État” réel auquel on puisse faire confiance. Seulement une ébauche d’État auquel on croit de moins en moins. Tout ce qui est libellé en euros est donc prêt à prendre.   Or, vendre en dollars, c’est miser sur une hausse indéfinie du prix du pétrole, ou sur une hausse encore plus insoutenable du prix des denrées alimentaires, les deux domaines où l’Amérique à une marge de manoeuvre.  Euro et dollar hors jeu…. Il reste de sérieux que la livre stirling…ou le yuan.

Contrôlant par la BCE la monnaie, les  transactions des banques continentale et les politiques financières des  États européens, les banquiers  de Londres peuvent, à leur discrétion, créer la monnaie qu’ils veulent, définir les taux de change qui leur conviennent et se porter acquéreurs de tout sur cette planète.  S’ils ne semblent pas le faire c’est que presque tout leur appartient déjà et que le reste ne leur est pas nécessaire pour tout contrôler….

Il ne faut donc pas voir la crise actuelle comme une action agressive pour avoir plus.  C’est une mesure conservatoire, pour garder la propriété du monde à ceux qui l’ont déjà, en mettant l’Europe à  l’abri d’un “péril jaune” qui devient imminent…. tout en apportant  certains changements structurels au mode de gouvernance que nous disons “démocratique’ et qui ne donne plus le change.

Les anglo-saxons visent une tutelle plus efficace des finances et donc de l’économie européenne. Quand la perte de confiance en l’euro deviendra totale, les État européens, un à un, s’en dissocieront et ce ne sont pas les remontrances de ce pouvoir sans fusil qu’est l’UE à Bruxelles qui les en dissuadera par des sanctions…    Ils vont tous s’en sortir… et filer à l’anglaise.

Y a-t-il une solution ? C’est une autre histoire, comme dirait justement Kipling, et je la raconterai la semaine prochaine :-)

Pierre JC Allard

05-12-11

Mon chat est mort; une culture de l’arnaque

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:35

Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui est le plus important au monde. De ce qui nous intéresse plus que tout. Hélas, je vais devoir vous dire que ça ne va pas tres bien sur ce front.  Mais reprenons au commencement.

Quand les Romains flânaient aux bains, testant de l’orteil la température du tépidarium,  ils philosophaient…  Les BHL de l’époque jasaient sans doute des mêmes platitudes qui, 2 000 auparavant, avaient passionné les Sumériens.    « Les femmes ont-elles une âme, et si oui, dites pourquoi ? »   Ou encore : « Quelle est la plus cruciale, la plus captivante la plus accaparante des relations dans lesquelles s’investit l’être humain, faire l’amour ou faire la guerre ? » Qu’est-ce qui est le plus important ?

Pour l’âme des femmes, rien n’a changé. Le débat fait rage, plus féroce que jamais depuis qu’elles en ont elles-mêmes pris charge.  Pour ce qui passionne le plus l’être humain, cependant, j’ai réfléchi.  Je crois que le plus important ce n’est pas de se faire l’amour ou la guerre. C’est plus bête que ça. Je crois qu’on fait tout pour ne pas l’avouer, mais que, ce qui nous  fascine le plus, c’est de rouler le voisin dans la farine, pour se dire que même si le destin nous traite comme des minus, on n’est pas si sot puis qu’il y a plus sot que soi. Comme la fourmi de Lafontaine qui « trouvait le ciron trop petit ».

Tant qu’il y a eu des gros pour se moquer grossièrement des petits à leur face même  – et des petits pour en faire autant des gros dans leur dos, non sans une certaine petitesse – ce grand désir de blouser son prochain est demeuré un divertissement.  Mais la démocratie est venue…

En démocratie, on s’est retrouvé entre sociétaires présumés égaux qui avions besoin les uns des autres et devions nous compléter. Alors on a cessé de seulement s’amuser à s’arnaquer : chercher à profiter les uns des autres est devenu un mode de vie.

Dans une société tertiaire, où presque tout le travail ne consiste plus en production, mais en échanges, tirer plus de chaque échange en donnant moins est devenu le BUT de la vie.  On a créé une société mercantile. On fait du commerce. La guerre est au service du business et l’amour est sa récompense.  On se passe la vie à tenter d’abuser du voisin. C’est le jeu.

Ça peut être une joute de l’esprit, comme acheter un tapis au Bazar à Istanbul ou un Van Gogh chez Sotheby.  Ça peut être une forme de passe-temps pour les gens simples, pour la ménagère qui, promos en main, va de Wal-mart à Carrefour en cherchant « le meilleur prix » comme on chercherait le Graal.   Ça peut aussi être l’obsession du mec qui va rouler une heure pour économiser un euro sur un plein d’essence. Un jeu.

Ça peut être tout ça, mais ça peut être plus grave.  Ça peut être l’omniprésente mise en boîte dont est victime le consommateur qui ne sait vraiment plus comment se défendre, dans un monde ou produire et consommer sont les deux faces du seul jeu qui compte et auquel où nous sommes tous devenus incompétents.

Vivre en société, c’est avant tout pouvoir jouir de la compétence de l’autre en lui offrant la sienne…   Mais qui va déterminer les termes d’échange, quand on ne connaît rien de la valeur de ce qu’offre l’autre, sauf le besoin qu’on en a, et que TOUT LE MONDE ne cherche qu’à en abuser ?

Des économistes parlent d’une « main invisible » qui, d’essais en erreurs, mène aux ajustements du lit à Procuste ou de Procuste au lit, mais le processus est long et n’est pas sans coût ni douleur…

Il y a d’abord les ajustements qui déterminent finalement le prix de vente de tout  « sur le marché », en optimisant le rendement pour le vendeur qui est fonction de ce prix et du volume de la demande rendue effective a ce prix.   Vraiment ?  Mais il faut se demander à quel jeu lubrique se livre parfois la « main invisible »…

Est-ce qu’elle ne triche pas quand, pour tirer un max de tous, elle segmente le  sacro saint « marché » en mini-marchés, de sorte qu’un médicament puisse  se vendre 5 ou 10 fois plus cher aux USA  ou en France qu’au Mexique ou au Congo par exemple ?  Ou que le type qui occupe le siège à côté du vôtre dans l’avion puisse l’avoir payé trois fois moins cher que vous ? Le marché triche

Le marché triche, mais ce n’est pas le plus grave.   Le  plus grave, c’est l’inconscience et l’irresponsabilité  nonchalamment revendiquée de quidam lambda qui a accepté, comme un acte de foi, que le but de la vie dans une société mercantile est de blouser tout le monde.

Car il n’y a  pas que le prix des choses, il y a leur qualité sur laquelle on triche. Et c’est plus facile, surtout quand on parle de services plutôt que de biens.   Plus facile, mais aussi plus grave s’il y a des dangers liés à l’utilisation d’un bien ou d’un service et que le vendeur, tout occupé à vous soutirer tout ce qu’il peut, néglige de vous en faire part.

Exemple récent, qui a fait du bruit sur Internet.  FULGATOR un fabricant de pesticides, a vendu un produit réputé anodin pour  se débarrasser des puces à une acheteuse de bonne foi … dont les deux chats sont morts dans les deux jours suivants !   Émoi, protestation… Réponse du fabricant qu’on interpelle : “à vous de vous renseigner sur les effets du produit que vous achetez…”

Les Romains avaient déjà ce principe que c’est à l’acheteur de se protéger.CAVEAT EMPTOR !  L’admission brutale que chacun est là pour abuser de vous et que c’est à vous de prendre garde. Mais cette attitude est bien dangereuse.

Dangereuse ici pour les chats, mais dangereuse aussi pour les irresponsables qui vendent ce genre de choses et donnent ce genre de réponses, car seul un long investissement dans la prière et le yoga  peuvent faire que le propriétaire des chats n’ait  pas à lutter contre la pulsion de rendre immédiatement indispensable l’usage d’une double prothèse dentaire à celui qui lui a fait cette réponse.

Dangereuse pour tout le monde, car l’irresponsabilité et l’absence de toute conscience professionelle sont les fléaux de notre société de consommatiom.  Le consommateur est continuellement arnaqué à l’extrême limite de ce qu’il peut l’être.

Se protéger soi-même… Mais dans le monde complexe où nous vivons, cela n’est plus possible.  Puis-je surveiller les relations de mon médecin avec toutes les compagnies pharmaceutiques ?   Celles de mon avocat avec toutes les entreprises avec lesquelles je pourrais faire des affaires ?  Est-ce que je puis vérifier ce qu’ont mis dans mes aliments tous ceux qui y ont eu accès ?

La main invisible  ne nous protège pas du désir universel de tous d’abuser de nous… Alors on demande à l’État de le faire. J’ai expliqué déjà en détail, comment ce serait possible. On le fera sans doute. Mais ça ne règlera pas tout.  On ne sera jamais à l’abri du psychopathe qui ne voit pas comment vous pouvez éprouver un sentiment pour un chat, ni pourquoi ce sentiment pourrait interférer avec son désir, legitimé par notre société, de vous prendre tout l’argent qu’il peut.

Est-ce que nous voulons  vraiment que l’ultime résultat de notre tradition judéo-chrétienne soit cet affrontement cauteleux, hypocrite, incessant entre tout le monde et chacun pour arracher à l’autre un dernier centime ?

Le pourrissement de la relation entre nous tous est exponentiel et cette question ne restera donc pas sans réponse bien longtemps. Si notre civilisation n’y apporte pas la bonne réponse notre civilisation disparaîtra. Et elle l’aura mérité.

Pierre JC Allard

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