Nouvelle Societe

24-07-11

La Libye des FAITS

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:50


  

On tue des gens en Libye.  Que se passe-t-il ? On parle beaucoup de la Libye, mais en en disant très peu; on se borne à éructer des slogans pour conforter des préjugés. Comment échapper à l’enfumage constant des médias, ici encore plus grossier qu’a l’ordinaire ? Deux (2) petits trucs.

1. D’abord comprendre que PERSONNE n’a le fin mot de l’affaire.  Ni vous ni moi, bien sûr, mais ni Sarkozy ni Obama, ni Kadhafi  non plus, car la situation est un enchevêtrement d’interêts nationaux et personnels – ceux-ci d’autant plus signifiants que ceux-la sont mal définis – et qu’il y a donc une infinité de joueurs dont l’importance relative n’est pas uniquement fonction de leur pouvoir… mais aussi de la priorité changeante qu’ils accordent à ce dossier.  On ne sait donc vraiment pas ce qui en sortira.    Il serait intéressant de faire un parallèle avec le nord de l’Italie, début Renaissance.  Intrigues,zizanie, des mercenaires… des alliances au jour le jour, déloyauté et duplicité sans fin…

2. Prendre pour acquis qu’il  n’y a que des FAITS dont on soit sûr, car toutes les interprétations des uns et des autres sont uniquement en fonction de l’agenda de celui qui interprète. La vérité n’est pas prise en considération, seulement la vraisemblance… et l’on n’est pas trop exigeant. Donc, s’en tenir aux faits.

Quels sont les faits concernant la Libye et les événements qui s’y déroulent ?  On peut voir le site Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Libye et le blogueur Loatse m’a fait parvenir des renseignements complémentaires que j’ai ajoutés et dont je n’ai aucune raison de douter de la véracité

D’abord, la Libye est le pays le plus riche de la région : trois (3) fois le niveau de vie de l’Égypte ou de la Tunisie ses voisines.  Ca, ce n’est pas du génie; c’est le pétrole…. !    Mais  Il y a plus.  La Libye, selon le Programme des Nations unies pour le développement, a aussi le meilleur IDH (Indice de développement humain) d’Afrique.   Pour ça, avoir du pétrole ne suffit pas. Il faut vouloir et pouvoir  utiliser les revenus du pétrole pour qu’ils profitent a la population.  On le fait en Libye comme nulle part ailleurs.

Il faut le vouloir pour que les services sociaux à la population et les aides à la consommation soient les meilleurs du monde.  En Libye on l’a voulu. Les soins médicaux sont gratuits,  l’éducation secondaire et universitaire sont gratuites. Le taux d’alphabétisation est supérieur à 90%.  Chaque étudiant libyen qui veut faire ses études à l’étranger reçoit  une bourse de 1 627,11 Euros par mois, et tout étudiant diplômé qui ne trouverait  pas d’emploi reçoit le salaire moyen de la profession qu’il a choisie. Ca ne se discute pas: CE SONT LES FAITS.

Et il y a d’autres faits indiscutés. Les Libyens n’ont pas d’impôt à payer et la TVA n’existe pas en Libye.  La Libye est le pays le moins endetté du monde: la dette publique est à 3,3% du PIB, alors qu’elle est à 84,5% en France et à  88,9%  aux USA. Côté gestion, la Libye est exemplaire.

On donne beaucoup aux Libyens. Le droit au logement, par exemple, est jugé indiscutable et un logement doit appartenir à celui qui l’occupe.
 L’Etat paye donc le premier appartement ou maison (150 mètres carrés) de tout nouveau couple qui se marie et tout(e) citoyen(ne) libyen(ne) n’ayant pas de logement peut s’inscrire auprès de l’État pour qu’il lui en soit attribué un.  S’il veut faire des travaux dans sa maison, il peut s’inscrire auprès d’un organisme de l’Etat et ces travaux seront effectués gratuitement par des entreprises de travaux publics choisies par l’État.

Chaque citoyen(ne) libyen(ne) peut s’investir activement dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques, aux niveaux local, régional et national, dans le cadre d’un système de démocratie directe ( “JAMAHIRIYA” ) qui tient compte de la representation des spécificités régionales et tribales.  Cela va des Congrès populaires de base permanents, jusqu’au Congrès général du peuple, le grand congrès national qui se réunit une fois par an.  Sur 3,5 millions d’adultes, 600 000 citoyens participent activement à la vie politique.

La Libye est le 7ème fond souverain financier dans le monde; ses réserves fiduciaires sont supérieures à celle de la Russie qui a 25 fois sa population !  La Libye se sert de sa richesse pour ses citoyens, mais aussi, en y investissant des milliards, pour participer activement au développement de l’Afrique et à son indépendance vis-à-vis des Occidentaux.

Qu’est-ce qu’on reproche à la Libye ?  A chacun d’interpréter, mais il y a des FAITs. Indiscutés. Il faut en tenir compte.

Le fait qu’il y avait des rivalités de longue date entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine, par exemple, mais que personne n’avait parlé d’une rebellion armée depuis bien longtemps, avant que CNN et la BBC ne le fasse en février 2011.

Le fait que la France, puis les autres pays sous couvert de l’Otan, sont intervenus en Libye sous prétexte de bombardements à Tripoli et de massacres à Benghazi, mais qu’il est maintenant avérés que ces événements n’ont jamais eu lieu.

Le fait que la France l’Angleterre, les USA, puis plus tard l’Otan sont intervenus – en anticipant la demande d’un groupe de rebelles (CNTI) composé d’anciens ministres et alliés renégats de Kadhafi, de militants  islamistes de diverses origines et de gens venus directement des USA – reconnaissant comme le gouvernement légitime de la Libye cet ensemble hétéroclite qui n’a jamais obtenu la moindre reconnaissance de la population.

Le fait que ce gouvernement de rebelles ainsi légitimé a prioritairemnet veillé au depart des équipes chinoises qui préparait sur place l’exportation prochaine de pétrole vers la Chine.

Le fait que la coalition de l’Otan – qui est intervenue sous prétexte de protéger les civils – bombarde maintenant ces civils comme les forces de Kadhafi ne l’ont jamais fait.

Le fait que des centaines de milliers de Libyens manifestent maintenant à Tripoli et ailleurs pour soutenir Kadhafi… alors que les médias occidentaux peinent à mettre à l’écran quelques douzaines de “rebelles” bigarrés, tirant en l’air comme à la Fantasia..

Le fait, surtout, que les 30 pays coalisés ont saisi USD$ 33 milliards de fonds libyens deposés de bonne foi dans leurs institutions financières par le régime Kadhafi … ce qui semble bien indélicat.

Un dernier fait, enfin, qui laisse rêveur.  Le 15 fevrier 2011, le Fond monétaire International (FMI), concluant une enquête approfondie d’un an, a félicité le colonel Kadhafi pour sa bonne gestion de la Libye et l’a encouragé à « continuer d’améliorer l’économie », mentionnant son « ambitieux agenda de réformes »

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.imf.org/external/np/sec/pn/2011/pn1123.htm&title=rapport%20du%20FMI

N’est-il pas surprenant que des émeutes éclatent à Benghazi, au moment où le régime libyen reçoit cet aval du FMI contrôlé par les mêmes nations qui vont l’attaquer ? Le 26 février, Mostafa Mohamad Abdeljalil, ancien ministre libyen de la Justice sous Kadhafi, annonce la formation d’un gouvernement provisoire (CNTI) à Benghazi.  Le 19 mars, en accord avec la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, une intervention militaire aéronavale est déclenchée par la France, suivie par le Royaume-Uni et les États-Unis… Que diable Kadhafi a-t-il bien pu faire dans ces 32 jours qui séparent les félicitations de l’anathème?

À la luniere de ces faits et de ce changement de cap imprévu, il faudrait bien que ceux qui soutiennent l’intervention en Libye nous expliquent en quoi le régime Khadafi est devenu insupportable en quelques jours de février cette année, et comment on peut penser que cette intervention ait eu d’autres buts que: a)  d’empêcher la Chine d’avoir accès au pétrole libyen, et b) de faire main basse sur USD $ 33 milliards des fonds d’un pays souverain. A défaut d’explications, on ne peut voir dans cette intervention qu’un BRIGANDAGE  qui comme Occidentaux nous déshonore. L’Histoire y verra la même chose.

Pierre JC Allard

22-07-11

Mettre à l’écart Turcotte, le fou qui a tué ses enfants

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 2:01


Presque tout le monde au Québec a donné son avis sur l’affaire Turcotte. Presque tout le monde, car ne pas le donner était aussi une façon de le faire et de prendre parti. Simple exercice de défoulement, car ce qui a été fait par le tribunal l’a été et il est illusoire de penser qu’un appel désavouerait le juge de premier instance, seule façon de remettre en cause la décision des jurés. Cet épisode est clos.

Fini l’affaire Turcotte ? Pas encore. Le plus grave reste à venir. C’est maintenant au tour de la société québécoise de s’exprimer et c’est comme citoyens que chacun doit faire des représentations, car il est minuit moins une. Très bientôt, le Tribunal administratif du Québec, section des affaires sociales – désigné aux fins du Code criminel comme la Commission d’examen des troubles mentaux – va juger de l’opportunité de remettre en liberté Guy Turcotte

Turcotte, le chirurgien qui a tué ses deux enfants de 49 coups de couteaux et qui a prétendu vouloir se suicider, mais qui, plutôt que de se porter un 50e coup, à lui-même cette fois – là où sa formation lui a enseigné qu’il lui aurait été fatal- a curieusement choisi d’ingurgiter une espèce de Windex… dont on lui a évidemment administré l’antidote. Il a coopéré à son traitement; il le connaissait bien.

Je suis tout a fait préjugé en cette affaire et je ne prétends pas ne pas l’être. Je crois que Turcotte a prémédité avec intelligence sa défense en même temps que le meurtre. Je crois que l’avocat de la défense a fait un bon boulot et que les procureures pour l’accusation ont été roulées dans la farine.

Cela, toutefois, n’est qu’une opinion pêrsonnelle et n’a plus d’importance. L’important, c’est le vrai jugement qui intéresse toute la société et est encore à venir. C’est celui qui décidera de la présence de Turcotte parmi nous au cours des années qui viennent et c’est un tribunal administratif qui en décidera.

Or, il faut comprendre qu’un tribunal administratif, même dans le meilleur des cas, est toujours une bête curieuse au sein du dispositif judiciaire et parajudiciaire. Ceux qui vont décider du sort de Turcotte et indirectement du nôtre – car c’est nous qui devront marcher devant lui sur les trottoirs – ne sont pas des juristes chevronnés. Ils peuvent être, mais ne sont pas nécessairement, des sommités dans leurs domaines respectifs. Ils peuvent très bien n’y entendre goutte. Ils ont été nommés là par la volonté discrétionnaire d’un gouvernement dont il n’y a plus a faire la preuve qu’il nomme de préférence ses copains et ses souteneurs.

Un tribunal administratif s’en remet généralement à l’opinions d’experts – ce qui est très bien – mais, comme le choix des jurés n’est pas sans importance sur la décision rendue dans un procès par jury, de même le choix des experts n’est pas sans conséquences sur la décision d’un tribunal administratif. Souhaitons que les experts choisis soient les meilleurs.

Espérons que les experts examineront avec soin l’hypothèse que, même si Turcotte était vraiment temporairement fou au moment du crime, il serait bien téméraire d’affirmer que la petite mécanique dans sa tête qui lui sert à être conscient de ses actes et a discerner le bien du mal – et qui se serait temporairement détraquée au moment du crime – n’est pas irrémédiablent tarée et ne se détraquera plus jamais.

La psychiatrie n’est pas une science exacte. Un expert aura-t-il la témérité de venir jurer que Turcotte ne se détraquera plus jamais ? Si personne ne peut en jurer, la Commission d’examen des troubles mentaux a le devoir envers la population du Québec de ne JAMAIS remettre Turcotte en liberté.

Si la Commission décidait d’élargir Turcotte et qu’il y avait récidive, ses membres doivent être bien conscients que ce n’est pas seulement la compétence et le bon sens des commissaires et de leurs experts qui serait contestée, mais le sérieux de toute la profession de psychiatre qui serait remis en cause.

Beaucoup de citoyens leur colleraient au cul comme les Erynnies et mèneraient campagne pour que la valeut thérapeutique objective des prestations professionnelles des psychiatres ne soit plus prises pour acquis au-dela du rôle principal qui est le leur  comme distributeurs de pilules. On exigera que le régime de Santé du Québec fasse l’économie de leurs heures de spéculations et que celles-ci ne leur soient plus remboursées. Du moins pas avant qu’on ne donne aussi un revenu garanti aux poètes, aux philosophes et aux humoristes.

Je serais des premiers à mener cette charge, car je me reproche encore de ne pas avoir gueulé plus fort dans une affaire précédente.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/10/087-en-sursis/

S’il y avait récidive, il faudrait aussi remettre en question le processus de nomination par le gouvernement de ces gens qui siègent bien peinards et payés comme des sénateurs sur les tribunaux administratifs, ainsi que le processus du choix des gens qui y comparaissent comme experts.

Si Turcotte se rendait une autre fois coupable de violence, on serait dans la trajectoire des doutes qu’a suscités l’affaire Bastarache, mais en bien plus grave pour le gouvernement.

En bien plus grave, parce que, sur ce vêtement sale qu’est la gouvernance partisane au Québec, les taches de la corruption ou du favoritisme ne ressortent pas vraiment. Mais les taches du sang de ces deux enfants, elles, on ne les oubliera pas si facilement.

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/2007/10/15/25-les-violents-recidivistes/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/07/la-liberte-des-autres/

18-07-11

Desjardins: s’unir pour s’aider

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:04

De tous les mystères de l’évolution qui font de moi un agnostique pratiquant, aucun ne m’apparaît aussi insoluble que celui du passage des organismes unicellulaires aux multicellulaires. Le sacrifice de sa finalité par une cellule, au profit de celle de l’entité à laquelle elle s’intègre, m’est incompréhensible. Aussi longtemps que les Darwinistes ne nous en auront pas donné une explication plausible, j’opine que croire en un monde sans dieu exige la foi du charbonnier… en Dieu seul sait quoi.

Pourquoi introduire cette cause de migraine dans un article sur le mouvement coopératif ?  Parce que je vois un parallèle de la petite cellule limitée, mais autonome, avec l’individu qui s’intègre à une société et ne peut en tirer parti que s‘il accepte  de se spécialiser et d’y remplir une fonction.  Je ne sens en moi aucune tendance sacrificielle qui me pousserait à devenir une abeille dans une rûche, mais je crois bien qu’un bon évolutionniste doit prévoir que le destin de humain est de devenir partie d’une entité consciente supérieure qu’on pourrait appeler Humanité.

Si c’est bien là notre destinée, ça expliquerait à la fois la pulsion en nous vers l’appartenance à des ensembles plus vastes et la peur panique qui nous saisit, quand nous prenons conscience que ces entités, que nous croyions avoir créées librement pour nous servir, nous instrumentent pour leurs fins propres qui ne sont plus les nôtres.

Ainsi de notre appartenance à une nation, à une religion, à un parti, mais aussi, plus subtilement, à tous les organismes auxquels nous adhérons et dont nous devenons dépendants.  Ainsi de la frustration que nous ressentons, quand nous constatons que l’organisme, obéissant à sa logique, ne répond plus aux besoins des individus qui l’ont mis en place.

On peut donner une multitude d’exemples de ce processus dont l’État lui-même est un cas particulier, mais je crois qu’il est plus facile d’appréhender le phénomène à plus petite échelle. Prenons le Mouvement Desjardins.

Au départ nous avons l’idée géniale du Commandeur qui va appliquer les principes du coopérativisme au domaine financier.  Des individus vont se constituer en petits groupes et opérer des « caisses populaires ».  Ils vont garder et utiliser en commun leurs épargnes, au lieu de les remettre à des banquiers, déjà perçus et compris à l’époque comme les prédateures et exploiteurs qu’ils sont.   « S’unir pour s’aider». Génial.

Le mouvement est fondé en 1900 et, le 9 mars 1906, la loi provinciale concernant les syndicats coopératifs accorde la reconnaissance juridique des caisses d’épargne et de crédit. C’est le début d’une épopée qui va durer environ un siècle. Une grande aventure québécoise. Un succès.

Un succes pour le Mouvement Desjardins.  Mais, obéissant à sa logique propre, le Mouvement en se développant  - et par son succès même – a trahi sa mission cooperative et est devenu une banque.  Il ne répond plus aux aspirations ni aux besoins des individus qui l’ont mis en place.  Il s’est donné désormais pour priorité d’améliorer la rentabilité de ses activités…

… et il  y parvient. Les excédents avant ristournes – (on ne dit pas encore les profits avant distribution des dividendes, seule concession qui reste à l’idéal coopératif !)  ont atteint 1,437 milliard de dollars en 2010, en hausse de 34 % par rapport à l’exercice précédent. Les “ristournes” ont atteint 305 millions, en hausse de 8 %. Le Mouvement est devenu une bonne banque.

Une banque profitable. Mais il y a bien d’autres banques profitables…. et  il n’y a plus rien qui ressemble à ce que Alphonse Desjardins voulait bâtir.  Les caisses (succursales) qui ne sont pas rentables sont fermées… et au diable les villages qu’ils desservent, parfois depuis des generations, comme celle de Saint-Michel, fondée en 1936.

En devenant une banque comme les autres sous un maquillage ccopératif, le Mouvement Desjardins  s’est rendu largement inutie.    Même avec son succès, il demeure une toute petite banque à l’échelle planétaire.  Si il n’y a une caisse que là où il y a une autre banque, car les sites rentables sont connus, on ne restera client de la caisse que par opportunisme, sans ideal, sans loyauté…. Un pari risqué.

C’est un risque corporatif qu’il a le droit de prendre; que le mouvement lui-même disparaisse ne serait, au fond, que l’autre pôle de sa propre décision de prioriser la croissance. Ce qui est vraiment important, toutefois, c’est de prendre conscience de cette profonde dissociation entre ce que voulait l’individu au départ et les buts qu’en viennent à se donner les organismes qu’il crée.   État, Partis, corporations…

Ainsi, gardant l’exemple de Desjardins, le Fond Desjardins Environnement – offert aux citoyens « soucieux de l’environnement » – investit  dans des  corporations comme  Barrick GoldSuncor et Talisman!  Bien malhonnête, car ce sont des démons affublés d’une auréole qui tient mal.

Barrick Gold est connue pour sa participation à de nombreux massacres d’Africains dans la région des Grands Lacs (Afrique), sa responsabilité à des désastres écologiques un peu partout où elle s’établit… et sa poursuite abusive contre les auteurs et l’éditeur de Noir Canada.  Suncor  est un acteur important dans le désastre écologique que constitue l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et Talisman est le principal joueur  du projet d’exploitation du gaz de schiste québécois, largement perçu comme un autre désastre écologique qui s’en vient.

On peut constater sans peine que la mission coopérative et l’ideal d’un développement humain au gré de ses sociétaires sont disparus du Mouvement Desjardin.  La bonne riposte des individus serait de créer de petites coopératives qu’il dirigeraient eux-mêmes. Un retour à la pureté initiale, sans prejudice, bien sûr, à leur decision d’investir aussi ou non dans le Mouvenment Desjardins s’ils y voient une bonne affaire, mais sans accepter les yeux fermées les prétention idealistes du projet de départ qui maintenant ne s’appliquent plus.

Peut-être ceux qui veulent encore du coopérativisme – et je crois que c’est toujours la voie de l’avenir – pourraient penser à se constituer en petites “companies d’assurances” et à devenir, à leur rythme, des institutions financiers à taille humaine.

Pierre JC Allard

08-07-11

Le mystère du jury Turcotte : 1 / 4 194 304

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:27


 
 

Le médecin Guy Turcotte, cardiologue en rupture de sa femme, s’en trouve si mécontent qu’il tue à coup de couteau leurs deux enfants en bas-âge. Beaucoup de coups de couteau. Comme César. Mais il s’en charge tout seul, comme un grand ; ils sont si petits…  Ce qu’on appelle la Justice intervient et lui demande des comptes, mais Turcotte a la réponse qu’il faut : «  J’ai perdu la tête… je ne sais pas ce qui m’a pris… Désolé. Ça va mieux maintenant. Puis-je m’en aller chez moi ?  Je me sentirai encore mieux quand j’aurai oublié tout ça… »

Ce ne sont pas ses paroles exactes et il avait des avocats pour le dire autrement, mais c’est ce que nous avons tous compris. Alors sitôt dit, sitôt fait et Guy Turcotte va rentrer chez-lui. Pas de prison, où d’autres détenus auraient pu le brusquer, car les pires criminels ont parfois la prétention de rester les pires en éliminant les tueurs d’enfants : Turcotte va rentrer chez lui..

La population aussi, maintenant, est mécontente Si on en croit les réactions dans les médias, du Web aux lignes ouvertes de radio en passant par les commentaires sur les blogues, au moins 75% des gens  seraient ravis que quelqu’un perde la tête le temps de tuer Turcotte à coups de triques ou autrement et ne l’en tiendrait pas « criminellement responsable ».  Elle payerait même pour qu’il ait lui aussi un avocat habile.

Parce qu’il a fallu du génie à l’avocat de Turcotte.  Simple question de statistiques. Si 75% de la population croit que Turcotte mériterait, à défaut de la corde qu’on a écartée – contre l’avis, soulignons-le, de la majorité de la population ! – au moins la prison a vie , il n y a qu’une « chance » sur 4 194 304 pour que onze (11) personnes choisies au hasard comme représentatives de cette population décident unanimement qu’il doit être élargi.   C’est l’ordre de grandeur de gagner le grand prix à la 6/49.  Chanceux, ce Turcotte….

Chance, ou plus probablement un avocat génial qui a fait que le jury NE SOIT PAS un échantillon représentatif de la population. Un avocat qui est parvenu à ce que ce jury-là soit LA combinaison parfaite – sur  4 194 304 -  qui pourrait être persuadé que Turcotte a pris congé de la réalité le temps qu’il fallait pour tuer ces enfants. Les enfants d’une femme qu’il voulait voir  souffrir autant qu’elle avait fait souffrir l’égo du pauvre docteur Turcotte.

Il y a une façon tout a fait légitime pour un avocat habile d‘avoir un jury à son goût.  Il a le droit le poser des questions à ceux qui peuvent devenir jurés et de faire rejeter ceux dont il  peut deviner qu’ils ou elles ne rendront pas le verdict qu’il souhaite.  Il faut poser les bonnes questions et bien les interpréter. Lire leurs motivations inconscientes. Virer tous ceux qui auraient des préjugés. Des préjugés  contre les pères qui tuent leurs enfants pour se venger de leur femme, par exemple.  Ce n’est pas si facile, il y en a beaucoup… Il faut être patient et motivé. C’est le rôle d’un bon criminaliste qui, c’est la moindre des choses, ne doit avoir, lui, aucun préjugé contre les criminels, pour diaboliques qu’ils soient.

L’avocat de Turcotte a fait un bon boulot et doit être félicité. Si vous pensez plus que jamais, en voyant l’Affaire Turcotte, que le rôle actuel des avocats n’est pas de faire prévaloir la justice, mais d’apprivoiser l’injustice – et qu’un systeme judiciaire devrait fonctionner autrement – luttez pour que le système soit changé, mais ne blâmer pas l’avocat de Turcotte. Ce serait aussi bête que de blâmer nos soldats qui vont, en service commandé, tuer parfois des enfants, eux aussi, en Libye ou en Afghanistan

Tout ça est parfaitement légitime.  Dans l’affaire Turcotte, toutefois – ou plutôt dans l’Affaire du jury de l’affaire Turcotte – il subsiste une petite inquiétude.  C’est qu’ils n’étaient plus douze (12), mais onze (11) dans ce jury.  C’est inusité. Pourquoi onze ? ? Parce qu’un des jurés a été accusé par un autre de ne pas être impartial, d’avoir des préjugés…  et a été exclu. Evidemment, si on peut simplement exclure du jury ceux avec qui l’on n’est pas d’accord, ça facilite grandement les choses pour obtenir le verdict qu’on souhaite.

C’est inusité qu’on exclut de cette façon, parce que si l’on est membre d’un jury et que l’on n’est pas d’accord avec un autre membre du jury, normalement on en discute. On est là pour ça. Une vie en dépend et la justice elle-même, comme le respect que la population peut garder à la justice, repose sur cette discussion. Ce n’est pas rien. On prend le temps d’en discuter. On devrait.

Celui des jurés qui en fait exclure un autre ne voulait pas discuter. Il devait être TRÈS motivé – au moins autant qu’un avocat de la défense -  et avoir lui-même un préjugé contraire, mais au moins aussi fort, que celui qu’il voulait faire exclure.  Il semble que c’était bien le cas, ici, puisqu’un juré a bel et bien été exclus. Puis, les 11 autres ont pu s’entendre.

Ils ne se sont pas entendus tout de suite, bien sûr. Quand vous voyez les faits et écoutez les arguments dans cette cause, il n’est pas certain que  renvoyer Turcotte libre soit pour tous la solution évidente. Mais elle était évidente au moins pour celui qui avait demandé l’exclusion de son collègue juré, cependant….   Il avait, lui, une opinion bien ferme et il  était TRÈS motivé. Il y avait au sein du jury un Grand Motivé.  C’est ça, la clef du mystère.

Supposant que les autres jurés n’aient pas de préjugés, mais seulement la motivation normale de discuter pour en arriver honnêtement à un verdict raisonnable, un phénomène connu, tout a fait normal et prévisible va se produire.   Inlassablement, le Grand Motivé va leur  dire qu’il y a TOUJOURS un doute raisonnable. Pourquoi s’entêter a condamner quelqu’un ? Condamner un innocent serait un crime, laisser partir un coupable ne fait de mal a personne…  Pourquoi perdre tout ce temps ? Allons, hop, on finit et on rentre chacun chez soi, Turcotte comme les autres

Avec le temps qui passe et l’ennui qui s’installe, chaque juré “normal” va défendre son opinion avec de moins en moins d’opiniâtreté, les moins motivés jetant la serviette les premiers. Un a un, tous les quidams lambda – qui sont essentiellement paresseux et qui ne sont pas vraiment concernés -  se disent qu’il serait stupide de perdre des journées d’été et que « ca ne ramènera pas les enfants »…  Alors, comme il arrive si souvent, tous les “peu concernés”  se rangent un à un au pas d’oie derrière celui qui est un Grand Motivé, chaque  transfuge  vers le camp du « Grand Motivé » lui donnant plus de force pour attaquer ceux qui résistent.  Celui qui roule les biceps gagne sur ceux qui haussent les épaules.

Le Grand Motivé en retire une grande satisfaction. Ne lui cherchons pas d’autres raisons; les procureur(e)s de la Couronne, qui ne sont sans doute pas de jeunes novices, ont certainement déjà fait les enquêtes nécessaire pour s’assurer qu’aucun des jurés – dont le Grand Motivé – n’ont de liens avec le meurtrier ni avec ses avocats et que leur trajectoire de vie n’a jamais croisé celle des intéressées.   Il serait inconcevables qu’elles ne l’aient pas fait, n’est-ce pas ?

Disons donc que  la libération du meurtrier, à l’image du meurtre lui-même, s’est réglée sur un question d’amour propre. Ne cherchons donc pas plus loin… Mais la Justice en prend un coup dans les dents.  Il nous manquait un procès O.J Simpson au Québec pour avoir vraiment un système à l’Américaine ; maintenant c’est fait.

Penser qu’on a choisi de laisser courir un meurtrier pour ne pas rater une partie de golf peut donner de mauvais rêves, toutefois. L’un ou l’autre des jurés aura-t-il des remords et en dira-t-il plus, publiquement, sur comment  tout ça c’est passé ?    Peu probable, car il est interdit de le faire. …

Mais ce qui est bien probable, au contraire, c’est que l’un ou l’autre  s’en ouvrira  à sa femme ou à sa fille quand, choqué du verdict auquel il a contribué, l’une ou l’autre ou son fils le traitera de pauvre mec.  Tout aussi probable que sa femme, sous le sceau du secret, en parlera à la voisine qui l’aura regardée avec mépris, ou que sa fille se confiera à sa meilleure amie, pour qu’on ne parle plus de son taré de père dans son dos à l’école…  Ça circulera. Puis les blogueurs parleront. Et tout le monde saura.

Je présume que tous les mafieux et les Hells, à ce moment-là, auront alors depuis longtemps pris bonne note des coordonnés de l’avocat et seront par la suite plus souvent parmi nous.  Je préfèrerais de beaucoup, de toute facon, serrer la main de l’un ou l’autre d’entre eux que celle de Guy Turcotte.  À voir Turcotte de près, je risquerais un accès de folie temporaire.

Pierre JC Allard

Thème : Rubric. Un Blog WordPress.com.

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