Nouvelle Societe

26-06-11

Quand l’individu se fache

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:24

Le 3 juin 2011, s’est terminés la vente aux enchères en ligne des biens de Theodore (Ted) Kaczynski. On a recueilli 232 000 $. Les acheteurs ont probablement fait une bonne affaire, car on entendra sans doute encore parler de “Unabomber”.

Ted Kaczynski – Unabomber – a été un assassin bien atypique. Mathématicien brillant – (Q.I de 167, il a trouvé une solution originale à l’un des problèmes les plus frustrant des maths ! ) – ce Grigori Perelman avant l’heure a été professeur à Berkeley… puis s’est retiré dans une cabane au fond des bois. Un autre original. Mais lui ne s’est pas contenté comme Perelman de refuser les  honneurs et les prix les plus prestigieux pour montrer son dédain des vanités de ce monde. Il a tué des gens.

Il en a tué trois (3) et blessé 23, au cours d’une quinzaine d’attentats aux colis piégés. Il a aussi tenté de faire exploser quelques avions, ce qui aurait multiplié par 10 ou par 100 les dommages personnels et matériels qu’il a causés.  Il a sévi pendant 17 ans, et a été l’objet de la chasse à l’homme la plus coûteuse de l’histoire du FBI.  Pourquoi a-t-on eu tant de mal à le trouver ? Parce que Kaczynski n’était pas un assassin comme les autres. Il tuait pour des principes.

Le système policier n’est pas construit pour chercher des gens qui préméditent de tuer des inconnus pour des principes, sans en retirer un bénéfice ou une autre satisfaction. Des fous le font, mais ils préméditent peu, ou si mal.  Dans l’esprit normal d’un policier normal, Unabomber qui semblait tuer n’importe qui pour rien était bien un fou. Mais qu’il soit fou n’aidait pas l’enquête, car tuer n’importe qui pour rien, n’importe qui peut bien l’avoir fait…  Un “fou”, Unabomber, mais un fou quI a des principes et un Q.I de 167 n’est pas un fou comme les autres.   On ne l’a arrêté que quand son propre frère l’a dénoncé…

Quel sorte de fou était Kaczynski ? Sa thèse de base était que l’humanité, en choisissant la voie de la technologie, était à sacrifier sa liberté, sa vraie raison d’être et ses chances de bonheur. Le remède ? Renoncer à la technologie et communier avec la nature. … Ceux qui ne le veulent pas sont des obstacles.

Qui ne veut pas renoncer à la technologie ? Les “Gauchistes”. Des impuissants frustrés qui ne veulent vivre que collectivement et avec cette béquille de la technologie pour masquer leur ineptie.    Action  à prendre ?   Détruire la technologie… et les Gauchistes. Vaste programme, eexpliqué dans son manifeste qui n’est pas si long à lire

Quel intérêt peuvent présenter aujourd’hui pour nous Kaczynski, son manifeste et ses idées?  C’est que  Kaczynski pourrait apparaître  bientôt comme un point de repère important dans l’évolution de la pensée et de l’action politiques. Ce “fou atypique” pourrait devenir un modèle pour deux (2) types de “fous”.

Le premier type, c’est celui des “passéistes”. Ils ont toujours existé, mais cette tendance peut prendre une énorme importance, maintenant que se multiplient depuis Fukushima ceux qui réclament l’abandon du nucléaire. Rien ne prolifère plus rapidement que des iconoclastes dans un bouillon de culture parano.   On a peut-être de bonnes raisons de renoncer au nucléaire, mais beaucoup s’y opposeront certainement et le débat, en se radicalisant, tendra vers  le rejet par certains de TOUTE  technologie. Cette évolution prévisible est sans doute déjà dans les gênes du mouvement Vert, car elle apparait bien clairement dans son phénotype.

Les amoureux du passé, tout en condamnant ses méthodes, pourraient faire de Kaczynski un modèle. Pour sa position idéologique qui est l’antithèse de la pensée dominante, jointe à son engagement dans l’action qui tranche avec les discussions généralement oiseuses des politiciens.  Pour son total désintéressement, aussi, car il a assumé le rôle de prophète-martyr pour une cause dont il ne pouvait espérer aucun bénéfice.

Le second type de disciples potentiels de Unabomber, plus inquiétant, serait celui de ceux qui, au contraire des premiers, pourraient ne pas partager l’opinion de Kaczynski sur la technologie, mais croire que ses méthodes ont du bon…

Kaczynski, qui a agi seul et a eu un impact certain, est un modèle qui peut dangereusement séduire, dans un pays comme les USA qui prône l’individualisme et où trainent 400 000 000 d’armes à feu en mains privées. La misère augmentant aux USA, toute issue politique étant fermée par un pseudo bipartisme qui cache une seule classe d’exploiteurs, toute action révolutionnaire collective semblant condamnée à l’échec face à une omniprésente surveillance, la contestation aux USA n’a plus aucun exutoire efficace.  Il n’est donc pas impossible que les perdants du système adoptent l’assassinat ciblé, comme message et comme riposte, faisant de Théodore Kaczynski un précurseur…

Ce n’est pas parce que l’on est comme moi un de ces Gauchistes que maudit TK et qu’on préconise une solution à la crise par un partage de la richesse, qu’on ne doit pas voir que la violence et une descente dans l’anarchie sont, hélas, une conclusion bien plus probable à la crise actuelle qu’une entente raisonnable.  Nous disons “USA”, mais en l’absence de toute solution, il n’est pas impossible non plus qu’à Athènes ou Madrid,  un jeune homme tout ce qu’il y a de bien s’installe un jour avec un fusil à mire sur un toit, abatte à 2 ou 300 mètres un ou l’autre de ceux qu’il juge responsables de ces malheurs… puis rentre chez lui tranquille, vengé et satisfait.

On ne nous en dira rien, ce soir-là à la TV, mais la révolution de l’individu contre le Système aura commencé…. “à la Kaczynski”.  On ne le saura pas tout de suite, mais il y en aura d’autres et la rumeur courra… des journaliste particulièrement marrons ou des politicien exceptionnellement véreux, des banquiers plus cupides seront abattus par des anges exterminateurs anonymes. Chaque attentat banalisant le geste et suscitant même parfois une approbation tacite. Revoyez le film Taxi Driver

Des personnages connus, mais que tout le monde déteste, disparaitront du carnet social, descendus par un quidam vraiment révolté, sans autre interêt personnel que de faire sa petite part pour la Grande Lessive et qui n’en parlera ni a sa femme, ni a ses copains… S’il agit par principe, sans interêt personnel, n’en abat qu’un et se tait,  il est bien improbable qu’il soit jamais soupçonné.

Ne me faites surtout pas dire que je souhaite cette évolution. Comme la guillotine elle fera des victimes innocentes et je souhaiterais un autre dénouement. Je constate simplement que, considérant l’équilibre des forces entre les parties en présence - les 99,9 % des citoyens du monde qu’on exploite et les quelques milliers d’exploiteurs qu’on appelle ses élites – ce développement semble dans la trajectoire prévisible des événements. Le modèle fou de Kaczynski n’est pas à prendre à la légère.

Pierre JC Allard

20-06-11

Le Réseau de la Vérité

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 8:05

N.B:  Ce texte a été publié en 1998. Je crois qu’il est temps de le diffuser plus largement, car à mon avis le mensonge sur la situation en Libye et la censure presque totale sur ce qui se passe aujourd’hui en Grèce et en Espagne et les crises nucléaires signifient que le danger qu’il annonçait est désormais imminent. On ne peut espérer que le Système continuera longtemps à permettre que l’Internet sabote les efforts des médias quasi unanimement engagés dans la phase finale de la désinformation. Il est temps d’être tous prêts à nous informer les uns les autres.

***

Les avancées de la science et de la technologie nous étonnent souvent, nous déçoivent parfois mais, paradoxalement, elles nous rendent toujours un peu plus vulnérables, puisqu’elles nous rendent chaque fois un peu plus dépendants des nouveaux outils qu’elles nous offrent et de ceux qui savent les manier.

Il ne faut pas s’en plaindre, car c’est cette interdépendance accrue que nous avons les uns envers les autres dans un système complexe qui rend indispensables de nouvelles catégories de travailleurs, ceux-ci acquérant du même coup une égalité sociale qui resterait un voeu pieux si cette indispensabilité ne leur apportait la force de la faire respecter. C’est ainsi que viendra la démocratie, avec cette interdépendance qui rendra un large consensus incontournable. Vivement le progrès, donc, mais il ne faut jamais oublier cette fragilité croissante d’un système qui devient de plus en plus complexe, ni la vulnérabilité de chacun de nous à l’intérieur de ce système.

Prenez l’Internet, par exemple. En 1992, quand je proposais de mettre en place un système qui permettrait au « monde ordinaire » de diffuser la nouvelle que le Système occultait et les opinions qui n’avaient pas droit de cité (Texte 124), les moyens qu’il fallait déployer pour donner à chacun son droit de parole étaient encore bien compliqués. Aujourd’hui, tout le monde, grâce à l’Internet, peut avoir son tour au micro et il est même tout à fait concevable que le plus clair des communications entre l’État et le citoyen soient désormais acheminées par ce canal.

Merveilleuse, l’ubiquité de l’Internet, mais potentiellement dangereuse puisque la structure technique qui sous-tend l’Internet n’est pas un cadeau divin mais un outil que le Système a bien en main et qu’il contrôle à volonté. Il ne faut jamais oublier que le supposé anonymat des communications sur Internet est un leurre et un piège à cons.

Il n’est pas ridicule de penser que la grande liberté des communications sur Internet ait, entre autres buts, celui de débusquer, d’identifier et de ficher à l’échelle planétaire l’ensemble des séditieux et des contestataires même les plus vélléitaires du Système. Quand ce but aura été atteint – disons quand d’un milliard d’utilisateurs réguliers, dans 10 ans, *on aura trié le million qui pensent vraiment et les cent millions d’insatisfaits qui pourraient leur prêter l’oreille – il y a fort à parier que la « liberté » de l’Internet deviendra officiellement une liberté surveillée.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas profiter au maximum de l’Internet pour diffuser aujourd’hui des idées de réforme; mais il faut être bien conscient qu’il s’agit d’un risque calculé et que les jours pour le faire sont comptés. Comment le Système traitera les contestataires quand il les aura identifiés reste à voir, comme il serait évidemment inopportun de discuter « hic et nunc » des moyens dont pourront alors disposer ceux-ci pour se prémunir. Il n’est pas trop tôt, cependant, pour établir une solution de rechange à l’Internet comme voie de communication.

La solution de rechange à la voie hypertechnique de l’Internet doit naturellement être, autant que faire se peut, une solution simple, à l’abri du sabotage et du contrôle de ceux qui gèrent l’infrastructure technique de la société. Il faut en chercher le modèle loin dans le passé, au temps de l’Eglise des catacombes

Il faut établir un Réseau de la Vérité. On peut garantir la diffusion efficace de toute nouvelle et de toute idée de changement que le Système veut cacher en assumant, chacun de nous, la responsabilité d’informer dix (10) personnes de tout ce qui apparaît politiquement signifiant mais n’est pas couvert par les médias. Des faits, d’abord, mais aussi les opinions qui sont systématiquement occultées. Transmettre la vérité à dix personnes. Aujourd’hui par courriel, mais aussi, à la moindre défaillance du Web, quelle que soit l’excuse alléguée, par téléphone et demain par l’ancestrale méthode du bouche à oreille. Ce qui vaut pour les rumeurs les plus folles ne vaut-il pas au moins tout autant pour la vérité? Et personne ne peut arrêter le message qu’un nombre suffisant d’individus décident ainsi de transmettre.

Attention ! Il ne s’agit pas ici de créer un club-pyramide de la conspiration. Il s’agit de transmettre indéfectiblement la vérité significative qu’on apprend et qui ne fait pas les manchettes à des gens qu’on connaît bien, à des gens qui peuvent nous faire confiance. Il s’agit que ceux-ci fassent de même, le plus vite possible. Il s’agit de recevoir et de transmettre le plus rapidement possible les faits et les idées que le Système ne veut pas que nous sachions.

Transmettre à des amis, à des gens qu’on respecte et dont on sait qu’ils ont une conscience politique, sans égard à leurs opinions. Il serait contre-productif, en effet, de chercher à n’inscrire à la liste des 10 personnes que l’on informe que des gens qui partagent les mêmes idées que soi: on ne ferait qu’accélérer le travail du Système pour identifier tous ceux dont la pensée n’est pas « correcte ». Au contraire, il faut informer impartialement – mais tout de suite et sans solution de continuité – les dix personnes dont on croit que, quelles que soient leurs opinions actuelles, elles ont l’honnêteté, l’intelligence et l’intérêt requis pour apprécier les faits, former leur propre jugement et agir selon leur conscience.

Quand le Système commencera à s’écarter de plus en plus grossièrement de la vérité, ce sont ces gens de bonne volonté qui aujourd’hui « donnent la chance au coureur » qui s’inscriront en faux contre le Système et, discrètement, commenceront à poser les gestes nécessaires pour que les choses changent.

Il est possible qu’une Nouvelle Société advienne incessament dans le sillage d’une crise financiére irrépressible; il est possible, aussi, qu’elle naisse à court terme d’une action politique ou d’une prise de conscience, par ceux qui ont le pouvoir de le faire, de la necessité de modifier radicalement les règles du jeux. Cette prise de conscience arrivera d’autant plus vite que sera mis continuellement en évidence le fossé entre la réalité et le discours politique dominant actuel.

Contribuez à la diffusion de la vérité. Prenez la résolution d’avertir IMMÉDIATEMENT dix (10) personnes – toujours les mêmes – de chaque mensonge du système et de chaque nouvelle escamotée par les médias, demandant à ces dix personnes de relayer cette information vers dix autres personnes de leur choix et de vous en aviser si elles-mêmes connaissent de quelques faits significatifs ou d’idées porteuses de changement. De se questionner, aussi, si vous cessez brusquement de les informer sans explications.

En prenant cette résolution et en la respectant, vous créez aujourd’hui, et surtout pour demain, un réseau infrangible d’information. Un réseau efficace, car si vous réagissez en dix minutes et de même ceux que vous avertissez et ainsi de suite, c’est en principe un million de personnes qui ont été informées dans l’heure qui suit !

Il faut assurer la transparence de l’information et doter la société d’un réseau de communications qui ne puisse être brisé. Ç’est là une condition essentielle, non seulement pour qu’arrive une Nouvelle Société mais aussi pour que cette société soit soumise dès le départ, comme il se doit, à l’examen vigilant et constant de la population. .

Pierre JC Allard

* NB:  Ce texte a été publié  en 1998. Le milliard d’utilisateurs a été atteint en 2006


12-06-11

Bavures et absurdité… variations sur un thème de Patrick Lagacé

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:00

Mardi le 7 juin, en plein centre-ville, des policiers ont ouvert le feu et abattu un itinérant bien connu de leurs services de même qu’un passant …  Indignation de la population et de certains journalistes.  Jeudi le 9, Patrick Lagacé de Cyberpresse arrive à la rescousse de nos policiers avec un article percutant :

Fusillade du SPVM : mort absurde, oui ; bavure, pas sûr….

Essentiellement, nous dit Patrick, la mort du passant est absurde, celle de l’itinérant – « un homme malade qui n’était probablement plus maître de ses moyens” est un drame. Pas sûr qu’il y ait eu une bavure en cette affaire…

Pour la bavure policière, en effet, on verra à l’enquête. Ici, je veux vous parler d’une autre bavure. En fait, de DEUX bavures. Pas policières, mais sociales et politiques. Deux bavures énormes, qui expriment une même absurdité.  ( Vous avez en liens les articles originaux dont l’essentiel de ces textes a été tiré)

Bavure # 1On laisse des fous dans la rue.

Je vois déjà sourire les chantres du nono-libéralisme qui me voient piégé :  ”Horreur ! Regardez, ma soeur, le monsieur, il a dit un mot grossier. Il a dit f..  » Oui, j’ai dit f.. et je vous dit f… . Bien sûr, je sais qu’il n’y a plus de fous, plus d’aliénés, plus de débiles…, il n’y a que des handicapés mentaux, dont certains qu’on dit « légers », sans doute parce qu’ils ne pèsent pas lourd dans la balance des priorités. Mais je sais, aussi, que le « politiquement correct » n’est pas innocent. Je sais que, comme dans « 1984″ de Orwell, on ne change les mots que pour justifier que l’on ne traite plus les choses ni les gens de la même façon. Il n’y a plus de fous parce que les fous avaient besoin de soins permanents; les handicapés mentaux peuvent être jetés à la rue. Disons que cette décision est prise par des « émotivement défavorisés » ce qui évitera de dire qu’elle l’est par des salauds.

On “désinstitutionnalise”, ce qui veut dire qu’on remet sur le trottoir des individus dont on a déjà décidé pourtant, diagnostic médical à l’appui, qu’ils ne devraient pas y être. Qu’est-ce qui a changé? A-t-on trouvé un nouveau médicament miracle? Une nouvelle solidarité humaine est-elle née qui va faire que ces gens soient protégés ? Bien sûr que non!  Ce qui a changé, c’est la volonté de l’État de mettre les handicapés mentaux à l’abri, comme on le fait depuis des siècles, remplacée par une nouvelle volonté: celle de réduire les dépenses de l’État, quelles que soient les souffrances qui en découlent.

Quand on remet sur le trottoir un patient de psychiatrie qu’on avait interné pour juste cause, croit-on qu’on lui rend un service? Pense-t-on que cet être défavorisé va, miraculeusement, se trouver un emploi quand d’autres qui n’ont pas de handicaps n’arrivent pas à le faire? Qu’il va gérer un budget serré, négocier ferme avec son propriétaire et se trouver le ou la partenaire rêvé(e)? En fait, on le remet à sa solitude, à son échec, à sa souffrance. On le remet à son angoisse jusqu’à la prochaine crise aigüe qui le conduira à l’urgence du premier hôpital sur-achalandé où il viendra perturber un système déjà au point de rupture.

Et s’il ne se rend pas au prochain hôpital? S’il décide de façon irrationnelle que c’est son voisin la cause de tous ses maux? S’il devient agressif? Est-ce qu’on rend service à la population en général en laissant errer partout, au hasard de leur angoisse, des individus dont on a déjà conclu qu’ils n’étaient pas toujours capables d’un comportement raisonnable?  Des individus qui peuvent ouvrir des sacs d’ordures avec un couteau…

Pour économiser quelques dollars, nos dirigeants ont décidé de changer le fardeau de la preuve. Il ne s’agit plus d’interner tous ceux dont un diagnostic médical à décrété qu’ils pouvaient parfois être dangereux, mais de laisser en liberté, pour faire des économies, tous ceux dont on croit qu’ils pourraient parfois ne pas l’être. Un risque calculé, quoi…

Je dis que c’est plutôt un calcul risqué. Combien des désinstitutionnalisés ont été mêlés à des incidents, allant de la bagarre, a l’assaut, au suicide, depuis qu’on les a mis en liberté non-surveillée entre deux crises? Essayez de le savoir ! Ce sont des chiffres qu’on nous cache, comme il faut littéralement voler les statistiques indiquant combien de crimes de violence graves sont commis par des récidivistes.

La désinstitutionnalisation ne répond à aucune préoccupation sociale ni humanitaire. Elle est une ignominie parmi tant d’autres, qui reflète l’absence de morale et de sensibilité à la misère humaine de l’État néo-libéral. Un État qui s’est donné pour unique mission d’encadrer l’exploitation des faibles par les forts; l’enrichissement de plus en plus scandaleux d’une minorité qui ne vit que de ses rentes et de spéculation, au détriment de ceux qui travaillent comme de ceux qui ne peuvent même plus travailler.

Bavure #2  On laisse des pauvres sur le trottoir

Il y avait en 1991 quand je me suis intéressés de plus près a la question, entre 2 000 et 25 000 itinérants à Montréal. Oui, je sais, ce n’est pas très précis comme estimation, mais tout dépend de celui ou celle à qui vous posez la question; ce qui fait une belle excuse pour ne rien faire, parce qu’il est bien difficile de faire une politique d’aide quand on ne sait pas à combien de gens elle s’adresse. Et puis ceux qui errent et quêtent dans nos rues sont un groupe hétéroclite où se mêlent les vieux de la robine, les jeunes junkies, les débutantes et débutants de la passe sur trottoir, les fugueurs et fugueuses d’occasion, les amateurs de tourisme bas de gamme et à peu près tout ce que vous pouvez imaginer. Comment faire une politique d’aide, si on n’a pas de « profil »?

Peut-être en suivant les voies du bon-sens, en cessant de dépenser du fric à concocter une politique compliquée pour décider enfin de faire quelque chose. Il n’y a pas d’excuse valable pour que, dans une société comme la nôtre, il n’y ait pas chaque soir un repas sain et un lit tiède pour tout le monde. Et ça n’aide pas de parler de sans-abris ou de SDF (sans domicile fixe) plutôt que d « itinérants ».

Il est sans doute vrai – et scandaleux – que 25 000 personnes seront une nuit ou l’autre sans abri cette année à Montréal; ils le seront pour une foule de raisons qu’il est intéressant de connaître, mais qui sont moins importantes que le fait tout simple de les loger cette nuit-là. Surtout, il existe un consensus que, si tout ce monde tâtera de l’itinérance, n’y a guère plus de 2 000 vagabonds endurcis pour qui l’itinérance est le mode de vie permanent et accepté. Et ces 2 000 personnes ne constituent pas un groupe si disparate; ce sont en immense majorité des hommes, ils sont sans liens familiaux actifs et ils ont une dépendance pathologique envers l’alcool, ce qui en fait des malades. C’est ça, le fameux « profil ». Ces malades, qui les soigne ?

Personne ne les soigne, sauf s’ils échouent en crise dans une urgence d’hôpital. Pourtant, il en coûterait quoi de donner à chaque itinérant  ”régulier “- et ils sont connus – une fiche lui assurant gîte et couvert?  Chaque itinérant aurait désormais une adresse et pourrait se voir assigner un curateur recevant son chèque du B.S et payant pour lui son lit et son repas.

Pourquoi ne le fait-on pas? Est-ce parce que nous avons perdu toute pudeur que nous ne cachons plus l’itinérance, ou faute de fonds que nous n’y apportons pas de remède… ou parce que nous tenons à garder bien à vue l’image omniprésente de la misère exemplaire? Les vieux clochards ne sont-ils pas là pour pour illustrer le destin qui frappe ceux qui ne jouent pas le jeu ?  Pour consoler ceux qui ne bénéficient pas du boom économique néo-libéral, mais à qui il reste un chèque du B.S pour vivre, dont les enfants sont nourris à l’école et qui n’ont encore à quêter que quelques jours par mois pour joindre les deux bouts ?

« Voyez » – leur dit le Système – « Ça pourrait être pire; vous pourriez être seul, éthylique, sans abri… Accrochez-vous solidement à la pauvreté subventionnée et taisez-vous; un moment d’inattention, un geste de révolte et vous pourriez tomber dans la misère abjecte, l’itinérance… ». Et une partie croissante de la population apprend de cette leçon de choses à faire la queue en attendant un emploi qui n’existe pas, en attendant une formation qui ne mène à rien, en attendant la soupe…

Bavure #1, Bavure #2… La mort de l’itinérant est aussi absurde que celle du passant . L’absurdité du système est partout.  Ce serait chouette si Patrick en parlait, de ça aussi, car il n’y a pas qu’en les canardant dans la rue qu’on peut tuer les gens. On peut aussi les laisser mourir.

Voir l’article de Yves Boisvert ” Le clochard et le flic”

Pierre JC Allard


05-06-11

Solidaires de la Montérégie

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:50

 On se plaint beaucoup aujourd’hui de la présence envahissante de l’État et je suis d’ailleurs de ceux qui trouvent qu’on met parfois un carcan néfaste à l’initiative des individus. Qu’on impose des contraintes qui nous retardent, nous appauvriissent et qui nous démotivent surtout. Je préfère de loin une société «entrepreneuriale» qui bâtit un espace où règne la liberté d’avoir plus et de devenir mieux, à la morne complaisance d’un réseau d’obligations molles, toutes également (en principe) mal récompensées au nom d’une égalité de facade qui cache d’inavouables privilèges.

De cet “espace libertaire“, cependant j’ai déjà parlé souvent. Je veux ici insister sur l’absolue nécessité de bâtir ce «piano nobile» de liberté sur un basilaire de solidarité au palier de ce qui est l’essentiel. Si cette base de solidarité n’est pas acquise, une société saine ne peut survivre et se développer.

Or, il y a des aspects de cette solidarité qui sont escamotés. Ceux qui permettent une péréquation directe donnant au travail sa vraie valeur, bien sûr, mais ceux aussi qui négligent le soutien total que la société devrait apporter aux victimes de désastres exceptionnels.

Il y a 14 ans, je m’insurgeait contre l’arbitraire qui présidait à l’aide apportée aux victimes de la Crise du Verglas. Je puis reprendre ici mot-a-mot le même argumentaire, pour demander que soient pleinement compensées de leurs dommages sinon de leurs peines les victimes des inondations résultant de la crue du Richelieu.

Voici ce que que je disais le 21 janvier 1997:

Le pire est passé. Il reste bien des branches cassées, des toîts à réparer, des fils à remettre en état, mais le pire est passé. Jusqu’à ce que le pire revienne. L’an prochain, dans dix jours ou dans dix ans. On ne sait pas quand le pire reviendra, mais on sait qu’il reviendra.

Le pire, cette fois, c’était le verglas, les pannes de courant; mais souvenons-nous que le pire, c’a été aussi les inondations du Lac-St-Jean. Que le pire, la prochaine fois, ce sera peut-être une catastrophe écologique, un tremblement de terre, une épidémie… Le “pire”est inéluctable et, quand vient le temps du pire, c’est là qu’on peut juger d’une société. Une société ne vaut que par la solidarité qu’elle manifeste. Comme un mariage: pour le meilleur …ou pour le pire. 

Maintenant qu’on a fait ce qu’il fallait pour résoudre le problème et qu’on commence à y voir plus clair, on en arrive à se demander qui va payer la facture: les victimes seules, ou nous tous.

Est-ce que les Montérégiens et les autres sinistrés vont supporter seuls le poids du malheur, ou TOUS les Québécois vont-ils prendre leur part du coût du désastre? 

C’est la question à laquelle on va maintenant essayer de ne pas répondre clairement, comme on n’y a pas répondu lors des événements du Lac-St-Jean, comme on n’y a pas répondu lors des inondations de la Rouge au Manitoba. On va éviter la question en donnant des compensations arbitraires plus ou moins généreuses aux victimes, selon la perception qu’auront les politiciens du désir de la population de leur venir en aide.

A certains ont donnera plus, à d’autres moins, sans vraie raison… et à tous moins qu’ils n’ont perdu; pas par méchanceté ou mesquinerie, mais tout simplement parce que les règles sont inexistantes qui permettraient de définir à combien chacun a droit. On donnera… mais on évitera de dire si oui ou non les victimes ont DROIT à une compensation… et à quelle compensation exactement elles ont droit. On veut bien contribuer, mais on ne veut pas reconnaître le droit de la victime à dédommagement et donc notre responsabilité collective à dédommager.

Pourtant, ne serait-il pas normal, dans une société civilisée, que toute la collectivité soit solidaire des catastrophes NON ASSURABLES qui échoient à tous et chacun de ses membres? Est-ce que cette solidarité ne devrait pas être la pierre d’assise du désir de former une nation, de vivre ensemble, pour le meilleur ou pour le pire? Ce n’est pas une idée nouvelle que cette assurance collective, mais les événements récents en rappelle la nécessité.

 Il y a quelque chose de malsain, en effet, à traiter comme une opération discrétionnaire de charité ce qui devrait être le partage automatique des risques et l’étalement sur toute la population du coût des catastrophes qui frappent les uns ou les autres des citoyens.

Tous ces risques majeurs spécifiquement exclus des polices d’assurance ordinaires – allant des séismes à la guerre – devraient faire l’objet d’une couverture générale par l’État. La compensation devrait être un droit pour la victime d’une catastrophe. La contribution de tous devrait être l’expression de notre désir de former vraiment une collectivité

.

En assurant ainsi chacun de ses membres contre les risques non assurables, l’État ferait enfin un pas en avant vers le progrès de la solidarité qui est l’essence de la conscience d’être une nation. Un geste qui marquerait un temps d’arrêt dans le processus néfaste de désintégration de tous les liens sociaux que nous impose le courant néo-libéral actuel.

Un gouvernement qui réagirait de la sorte en allant au secours des victimes de la catastrophe naturelle que nous venons de vivre créerait un peu d’espoir.

***

Je n’ai pas changé d’avis et je n’ai pas modifié une virgule de ce texte. La seule variable qui a sans doute fluctué, c’est la bonne volonté de la population à assumer ou non cette responsabilité collective. Il faudrait voir. Si le désir – que je partage – de laisser à l’individu une plus grande discrétion pousse une majorité à soutenir le principe de la solidarité de la commune participation face aux catastrophes collectives, ce sera un indice que la population mérite cette liberté accrue qu’elle réclame.

Pierre JC Allard

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