Nouvelle Societe

28-02-11

La crise de la culture… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Rassurez-vous, je ne tenterai pas en mille mots d’imposer ma définition de la culture : je sais que mille volumes n’y suffiraient pas. Je donne ici au mot « culture » un sens restreint et c’est dans ce sens uniquement que je l’utilise dans ce texte. Gardant implicitement les guillemets, donc, la culture dont je parle est d’abord la somme des connaissances acquises pour le plaisir de connaître et de reconnaître, par opposition au savoir dit “utile”, qui trouve son sens dans ce qu’il permet de devenir, d’avoir ou de faire.

Quand la culture reste ainsi au palier du pâtre solitaire qui se taille un roseau pour accompagner le rossignol, elle ne pose pas de problèmes critiques. Vite, toutefois, la culture assume elle-même une fonction utilitaire. On est identifié, classé, jugé selon la culture qu’on a et ces connaissances, acquises en principe par plaisir, deviennent le vrai passeport qui vous fait Français, Allemand, Anglais… et aussi un aristo ou un cuistre. On peut aimer ou ne pas aimer Mozart, Xenakis ou les deux, mais par-delà l’émotion esthétique, il y a l’apport à votre image de votre préférence, réelle ou feinte.

Problème, parce que, lorsqu’il s’agit de culture, les objectifs de la société et ceux de l’individu ne sont pas du tout les mêmes. Une société a pour objectif essentiel de promouvoir, chez tous ses citoyens, une connaissance raisonnable du patrimoine commun favorisant l’éclosion et le maintien d’un sentiment d’identité, de fierté et d’appartenance. Pour l’État, l’essentiel de la culture est ce qui fait que ses citoyens se ressemblent et se rassemblent

Pour l’individu, sa culture n’est pas uniquement un plaisir, mais aussi ce qui le distingue des autres, un outil de développement personnel, un atout dans l’émulation qui l’oppose à ses voisins. Son accès à la culture est donc une séquence de choix, préférablement plaisants, mais qui tendent aussi à faire de lui un être unique… et supérieur. Les choix culturels des individus tendent à stratifier une société qui, sur ce plan de l’appartenance, se voudrait égalitaire.

Le problème est indissociable du double rôle dévolu à la culture, mais il s’aggrave et devient critique s’il n’existe même pas un large consensus quant a l’identité que la société veut promouvoir. Identité, le mot est lâché : la culture, c’est le volet acquis, par opposition au volet inné de l’identité. Le racisme ayant rendu inacceptable par contagion tout ce qui est inné, tous ceux qui prônent une identité bien typée n’ont plus que la culture comme légitime champ de bataille. C’est ici que vient la crise. Kulturkampf… au sens large.

Si on veut se refermer sur sa propre identité comme une huître sur sa perle, c’est au palier de la culture qu’il faut agir immédiatement. Avec un parfait chauvinisme ou patriotisme – choisir le mot est prendre parti – il faut mettre en place un système d’éducation qui fera que Dupond restera Dupond, quels que soient sa couleur et ses gènes. Il faut que le système d’information qui, par les médias – sous toutes leurs formes écrite, audiovisuelle, internetique – est le prolongement de l’école et constitue la véritable éducation permanente, y voit sa mission sacrée.

L’État doit, dans ce cas de figure, favoriser le développement de la culture en général, mais chercher à en privilégier certains aspects au détriment d’autres aspects… comme tous les États l’ont toujours fait. Rien d’original, la vie continue avec plus ou moins de franchise.

Si, au contraire, avec les phénomènes migratoires que l’on constate, on veut une société en transformation qui devienne « pluriculturelle » – et toutes les sociétés sont déjà peu ou prou pluriculturelles – le rôle de l’État n’est plus de favoriser une culture, mais de faire le constat quasi-quotidien des choix culturels des sociétaires et de ce que devient ainsi une nouvelle culture sui generis, facilitant par ses actions la genèse de l’ensemble culturel unique que créent ainsi ces choix.

Cet État culturellement impartial doit alors, encore et toujours :

1) faciliter à ses citoyens un accès gratuit à l’apprentissage formel des éléments de connaissance donc ils bâtiront leur culture;

2) mettre gratuitement aussi à la disposition des citoyens les équipements essentiels leur permettant de compléter leur apprentissage et d’étayer leur culture;

3) créer des services d’aide aux travailleurs de la culture et de soutien à la diffusion des produits culturels;

4.) subventionner la consommation des produits culturels, afin que le citoyen puisse jouir d’une gamme plus variée de ces produits culturels que ne le permettrait la seule loi du marché, compte tenu du coût des facteurs de leur production et de l’espérance de gain nécessaire pour inciter à leur création.

Mêmes gestes essentiels a poser, donc, mais si on se donne comme but une transformation de notre culture et donc de notre identité par des apports externes, c’est la culture que les individus ont choisi d’acquérir qui doit recevoir cet appui. Un foulard n’est pas plus moche qu’une cornette. Affaire d’habitude…

C’est la décision fondamentale de changer ou de ne pas changer qui doit être prise. Mieux, celle de changer plus ou moins vite, et dans la trajectoire de nos traditions ou par des sauts dans un hyperespace inconnu. La crise de la culture naît de ce que l’on ne prend pas cette décision. Elle sera résolue quand on l’aura prise et qu’une majorité effective de la population l’aura acceptée.

J’ai fait ailleurs une foule de propositions pour le développement de la culture. Mais sur cette décision préalable je n’ai rien a dire, car nous sommes dans l’univers des émotions et de l’irrationnel. Dans une guerre de religions… Mais il FAUT que le choix soit fait, sans quoi tout s’étiolera faute de soins et notre société n’aura simplement plus une, ni plusieurs cultures valables. Elle en viendra à éviter, comme une source de discorde, tout ce qu’on pourrait appeler culture.

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/culture/

21-02-11

La crise de l’éducation… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Il y a une crise de l’éducation parce que l’on n’éduque plus. Les parents n’éduquent plus parce que c’est devenu trop complexe et que, de toute façon, l’emploi du temps que prévoient les plans de carrière de la société actuelle ne le leur permet pas . L’école ne le fait pas davantage, car ce n’est pas le job des enseignants d’éduquer, mais d’instruire : transmettre des connaissances.

Instruire, et encore… Transmettre des connaissances, mais celles dont ont décidé les planificateurs de l’éducation – ce qui n’est pas bête, puisqu’on devrait avoir un objectif en tête quand on instruit – mais on leur demande aussi de les transmettre avec les moyens et selon le schéma défini aussi par les planificateurs de l’éducation, ce qui est une aberration.
Une bêtise, car l’enseignant est le pédagogue et c’est le propre de la pédagogie de savoir formater un contenu pour le rendre accessible à des apprenants qui ont des aptitudes et des intérêts différents, voire des connaissances antérieures modérément dissemblables. Si ce n’était le cas, l’enseignement pourrait être entièrement programmé et l’élève n’aurait pas besoin d’un guide dans l’univers des connaissances : il lirait et apprendrait…

Quand on veut dire à l’enseignant comment enseigner, on le rend inutile. En lui demandant surtout d’enseigner de la même façon à tout le monde, on crée un système ou le bon sens exige qu’il introduise une myriade de ce que l’on considérera comme des exceptions ou des dérogations, au lieu d’accepter que l’éducation est du « sur mesure » et que tout le monde ou presque est normal, dans le sens ou la norme est large et se confond avec le vaste espace ou l’éducateur peut réaliser ses objectifs.

On ne doit avoir qu’une exigence face à l’enseignant : que les apprenants qu’on lui confie apprenne. Quand on veut qu’il éduque, il faut lui en demander plus, mais d’abord le tirer du piège ou, même sur le plan de la transmission des connaissances, l’école d’aujourd’hui, qui devrait faire du « sur mesure », s’ingénie à faire de l’industriel.

Aujourd’hui, on a le lit de Procuste pour tout le monde. On a donc des échecs, des abandons en masse et des vies se décident sur le talent ou la bonne volonté d’un adolescent qui se pliera ou non à la corvée de maîtriser le calcul intégral, qu’il soit de la graine de Mozart ou de Picasso n’y changeant rien.

Une approche dont les résultats sont encore pires, bien sûr, quand il ne s’agit plus de transmettre des connaissances, mais des règles d’interprétation, des principes, une culture, des valeurs… tout ce qui devrait être une éducation.

Il y a deux générations, le collège offrait du grec, du latin et de la philo; il offrait aussi des valeurs, une culture et un sentiment d’appartenance. C’était rétro, mais la plupart étaient fiers de leur vieux collège, même s’ils en sortaient en pensant tous à peu près la même chose…

Vers les années 60, on a voulu créer une société plus complexe, une société pluraliste, avec du monde ordinaire qui pensent par eux-mêmes; avec des gens, donc, qui ne pensent pas tous la même chose et où chacun respecte les valeurs et la culture des autres. On a mis le paquet sur l’éducation, mais on a raté un virage.

On a oublié que plus une société est complexe, plus il est essentiel d’y valoriser l’appartenance à des groupes de dimension humaine. On a oublié que c’est dans une société pluraliste qu’il est le plus nécessaire de fournir à chaque éduqué toutes les ressources nécessaires pour éclairer ce qui devient pour lui un choix plutôt qu’une acceptation des valeurs. On a oublié, surtout, que pour que les valeurs de chacun soient respectées, on doit faire en sorte, d’abord, que chacun en ait, des valeurs.

On a sauté le garde-fou des valeurs et on a créé des écoles monstrueuses, des écoles inhumaines, qui ne favorisent pas l’autonomie de l’individu, ni sa formation professionnelle, ni surtout son insertion sociale. Pire, on a créé des écoles que l’on n’aime pas. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens de nos jours qui ont la fierté de leur vieille polyvalente ?

Solution ? Recommencer à éduquer, en faisant le contraire de ce qu’on fait dans une polyvalente. Plutôt qu’une école impersonnelle ou l’enfant est passé de spécialistes en spécialistes, il faut une école dont l’axe soit une relation personnelle de longue durée entre un groupe d’élèves et un enseignant qui soit un modèle et assume une responsabilité plus globale sur son apprentissage.

Que ce soit le même pendant 5 ans. C’est cette relation de longue durée qui permettra à l’enseignant devenu éducateur d’être un modèle et qui favorisera l’éclosion d’un vrai sentiment d’appartenance. En revanche, l’enseignant qui est le seul maître de sa pédagogie ne doit pas avoir le contrôle des examens : c’est au Ministère de définir la docimologie et de conférer attestations et diplômes.

J’ai parlé, il y a longtemps d’un système « préceptoral », lequel permet un meilleur développement socio-affectif de l’adolescent, de meilleurs résultats scolaires, une activité professionnelle plus gratifiante pour l’enseignant. C’est un moyen de bâtir une vraie culture populaire plus large et d’obtenir une orientation professionnelle bien plus adéquate. C’est aussi la façon idéale de réduire absentéisme, vandalisme et violence à l’école. Et un système préceptoral coûterait moins cher que notre système actuel…

Il n’y a qu’une seule condition préalable à la mise en place de ce système, en plus, bien sur, d’une véritable volonté politique de changement. Cette condition, c’est qu’existe chez un nombre suffisant des enseignants, le désir de créer une relation plus humaine avec leurs élèves. J’aime le penser. Il faudrait leur en parler.

Pierre JC Allard

14-02-11

La crise de la santé … en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

La crise de la santé, c’est qu’on a promis la gratuité; or la demande pour la santé est insatiable alors que les ressources pour y répondre sont et resteront toujours limitées et que les progrès de la science font qu’il y aura de plus en plus de « santé » à offrir. Facile de comprendre que, dans le scénario d’un besoin infini, il faudra, pour tenter de le satisfaire, y affecter indéfiniment de plus en plus de moyens et que le coût de la santé sera indéfiniment croissant, au rythme des progrès de la médecine.

la gratuité de la santé a eté une promesse inconsidérée faite pour plaire, dans une totale ignorance de ce que la médecine allait bientôt rendre possible et de ce qu’il en coûterait pour l’offrir. Parce que la société avait accoutumé de vivre dans le miroir d’une richesse monétaire et ne gardait qu’un contact tenu avec les choses, ce coût sans cesse croissant de la médecine n’est apparu d’abord que comme un inconvénient… la vie n’a pas de prix, n’est-ce pas, et l’argent n’est que du papier….

Difficile, pour une société monétarisée, de comprendre que le coût réel des choses – de la médecine comme du reste – c’est le travail qu’elles exigent et le travail qu’a exigé la formation qui doit le précéder. Derrière le symbole de l’argent, le coût réel de la médecine se mesure en temps de travail : c’est le temps précieux du personnel de santé qualifié. Il s’agit du temps de travail de médecins, d’infirmières, d’auxiliaires et de tous ceux qui collaborent à la production des intrants de tout ce qui sert à soigner et à guérir.

Quelle que soit la valeur monétaire qu’on leur fixe, les services médicaux ont un coût réel qui ne se mesure pas en argent, mais en « temps/compétence ». Ce coût est élevé et il augmentera. Indéfiniment. La crise actuelle du système de la santé revêt la forme d’une explosion des coûts, mais le problème des coûts sur lequel achoppe notre réseau de santé dans son expansion est un problème d’allocation des ressources humaines.

Le grand mal dont souffre notre réseau de la santé est une mauvaise utilisation systémique des compétences dont il pourrait disposer. Des compétences qui ont été transmises sans égard aux besoins réels, ni aucune rationalité autre que celle d’une tradition pour ménager tous les corporatismes.

Une réduction des coûts-travail unitaires passe par une meilleure répartition des tâches, une formation plus pointue, une affectation plus efficace des ressources, même si cette ré-affectation doit transgresser quelques tabous. C’est ça que doit signifier, dans la réalité, un effort pour réduire les coûts de la santé. La crise de la santé n’est pas une question financière à résoudre par des manipulations budgétaires, mais un problème d’allocation optimale de nos ressources humaines qui sont et resteront éternellement limitées.

Une part croissante du travail sera affectée dans l’avenir au secteur santé, mais, même avec ce transfert de ressources, la science ira encore plus vite; même si l’on consacrait toutes les ressources de la société à donner ce que la médecine peut offrir, on n’y parviendrait pas. C’est un gouffre sans fond. Qu’on la donne ou qu’on la vende, la médecine qu’on pourra rendre accessible à tous ne correspondra jamais qu’à une fraction décroissante des services que la science pourra offrir.

La médecine restera toujours une denrée rare et certains de ses aspects ne seront accessibles qu’à une partie de la population. Ce n’est pas une question de budget, ce n’est pas un complot, c’est un impératif technologique. C’est une contrainte à laquelle on ne peut pas plus échapper qu’à la loi de la gravité. La question n’est pas de savoir si tous les patients pourront toujours bénéficier gratuitement de tout ce que la science médicale peut offrir. Gratuitement ou contre paiement, ils ne pourront pas tous en bénéficier ; cela n’est pas possible.

Il s’agit d’identifier les services qui seront réservés à quelques-uns seulement et quels critères présideront au choix de ceux qui en profiteront. décréter la gratuité fait disparaître l’un des critères possibles, mais ne fait pas disparaître la nécessité de faire des choix. L’objectif primordial est bien d’optimiser l’universalité et la gratuité, mais il faut composer avec deux (2) contraintes.

D’abord, on ne peut aller au-delà de ce que ses ressources humaines et matérielles permettent : il y a un seuil du possible. Rien ne peut être gratuit que ce qui est surabondant. Ne seront donc pris en charge que les services dont on aura aussi pu assurer la surabondance. La vraie universalité ne se décrète pas, elle arrive. Comme le jour se lève. L’universalité devient une réalité pour une part des soins et des traitements promis, quand les ressources pour en offrir cette part deviennent surabondantes. La mission de l’État est de créer cette surabondance.

Avec la surabondance, l’universalité devient possible, mais pas toujours souhaitable. L’État doit ajuster l’universalité offerte au consensus social. Les ressources humaines et matérielles qu’on décide d’offrir gratuitement ont un coût. C’est un coût que la population doit approuver. Avant de se buter sur le seuil du possible, on peut donc se heurter à un autre seuil : le seuil du consensus social pour la solidarité. Une société ne doit donner de ce que la médecine peut offrir qu’à la hauteur de ce que la population veut qu’elle donne.

La collectivité ne pourra pas assumer entièrement le coût de la santé ; les vrais déterminants de l’universalité sont la surabondance qu’on peut créer et le consensus social qu’on peut obtenir. Il faut donc constituer, au sein du système de santé, un « noyau dur » de services qui soient vraiment gratuits et d’accès universel… et le dire. Le premier défi est de départager, en toute transparence, les services qui y seront inclus de ceux qui seront exclus.

Dans une société qui s’enrichit, ces services augmenteront progressivement ; mais il ne faut pas cacher que ce noyau dur ne pourra occuper qu’une part décroissante du champ de la santé.

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.wordpress.com/s-80-essais-

07-02-11

La crise de la politique… en 1 000 mots

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

On ne parle pas ici d’une crise politique dans le sens d’un choix critique à faire entre Pierre et Paul, entre Libéral et Conservateur, entre Démocrate et Républicain ou entre un programme de gauche et un programme de droite, mais d’une crise de la politique elle-même. Une remise en question, non pas tant des procédures pour déterminer qui exerce le pouvoir – même si elles ont leur importance – que de la façon dont la gouvernance se définit, de ses limites et de ses modalités d’exercice.

En apparence, il semble y avoir un consensus. Qui vous a dit du bien, récemment, du fascisme, du stalinisme, du despotisme éclairé, de la monarchie absolue ou que quelque forme de gouvernance autre que la démocratie ? La DÉMOCRATIE occupe seule tout l’espace correct du débat politique. Tout le monde ou presque est convaincu des mérites de la démocratie. On est pour la démocratie ou l’on est un monstre.

Au point où même ceux pour qui se dire démocrates exige de sérieux accommodements avec la logique – comme les amoureux de la charia islamique ou les nostalgiques de la dictature du prolétariat – par exemple, cherchent souvent à se dire démocrates quant même ! Il y a un consensus en faveur de la démocratie. Évidemment, le consensus s’arrête là. Parce que, lorsqu’on a dit ” démocratie ” et qu’on a applaudi, le consensus se brise.

Il éclate dès qu’on tente de répondre à quelques questions pourtant simples, mais bien embêtantes, comme ” Qu’est-ce que la démocratie ? “, ” Quel type de démocratie ? ” ,” Quelles sont les conditions minimales pour qu’on soit bien dans un régime démocratique ? ” etc. etc… Ces questions agacent, parce qu’elles nous confrontent à cette réalité choquante que si l’idéal démocratique comme concept règne sans rival sur les coeurs et les esprits, celle-ci ne règne en fait nulle part ailleurs. La démocratie est un projet de société qui reste à bâtir.

D’abord, elle n’existe pas. Peut-on parler de démocratie, quand certaines options de gouvernance disposent, pour se faire connaître et vanter leurs mérites, de moyens financiers qui sont 100 fois ceux de leurs concurrents et que l’accès de ceux-ci aux médias est, avec les premiers, dans le rapport du zéro à l’infini ? Les conditions matérielles pour un choix démocratique n’existent pas. Triste, mais ce n’est que le moindre des problèmes de la démocratie…

Supposons une information parfaite, accessible à tous. Peut-on honnêtement prétendre que tous les citoyens, adéquatement formés par et dans un système d’éducation dont la sagesse ni la compétence ne suscitent le moindre doute, ont le bagage de connaissances générales, la culture et l’éducation pour accueillir cette information et la comprendre ?

Supposons même que les connaissances générales de tous soient de même niveau, peut-on poser comme axiome que nous, les enfants chéris du bon Dieu, avons tous une même aptitude fondamentale à penser droit et qu’a connaissances et information égales nous en arriverons tous à nous former une opinion éclairée et judicieuse ?

Faisons un acte de foi et supposons-le aussi. Il n’en reste pas moins qu’une société qui peut fonctionner doit être, par définition, un ensemble de compétences complémentaires. L’opinion de chacun sur chacune des questions spécifiques auxquelles gouverner exige une réponse a-t-elle la même probabilité de conduire à la décision la plus efficace ? Serait-il raisonnable que mon avocat opine sur le traitement de mon ulcère et mon médecin sur la conduite de mes affaires ?

La volonté populaire nous dira-t-elle avec sagacité, si on doit encourager l’épargne ou la consommation, si la conjoncture internationale et le rapport des forces suggèrent des investissements militaires, si on doit favoriser un nivellement des revenus, si nous avons les ressources pour un système de santé gratuit et universel, etc. ?

La réalité, c’est que dans une société complexe, considérant tous les facteurs, il n’y a qu’une seule meilleure solution et que ce n’est pas Quidam Lambda, mais des experts qui la connaissent. On peut s’en remettre à la volonté du peuple pour nous dire ce qu’il juge « la meilleure », mais on connaît ses critères. Les réactions du peuple sont prévisibles.

La politique globale qui résulterait de la volonté populaire ne constituerait pas un ensemble cohérent, mais serait au contraire un tissu dense de contradictions. La volonté démocratique de la population serait d’augmenter les services et de diminuer les taxes et impôts tout en remboursant la dette, misant sur un gain d’efficacité qui irait de paire avec une réduction non seulement des effectifs, mais de la charge de travail de chacun…

Le rôle du politicien en démocratie est d’abord de faire croire à l’impossible, puis de s’excuser de ne pas l’avoir livré en promettant que maintenant il le fera. Mentir n’est cependant pas suffisant. Pour qu’un État fonctionne, il faut qu’aux choix démocratiques des quidams soient substituées des décisions prises par des experts. Cohérentes. Efficaces. Le fonctionnariat est là pour ça. Il est choisi, nommé, pas élu.

Quand on dit démocratie, en faisant tout pour exclure toute participation du peuple à la prise de décision, il faut donc comprendre que ce n’est pas SEULEMENT une arnaque pour déplacer le maximum de richesses vers ceux qui ont déjà la richesse et le pouvoir. C’est AUSSI un geste de mansuétude, pour cacher aux enfants chéris du bon Dieu que, non seulement la démocratie n’existe pas, mais que, dans le sens racoleur qu’on a donné au terme “démocratie”, celle-ci est rigoureusement impossible. La crise de la politique, c’est qu’une part grandissante de la population prend conscience de cette impossibilité.

La solution ? Comprendre que l’individu ne peut pas définir des politiques : il ne peut que choisir celle qu’il veut entre des options cohérentes qu’on lui présente. La démocratie efficace est celle d’un droit de veto. Globalement, mais il faut aussi introduire dans la gestion de l’État BEAUCOUP de points de contrôle sectoriels permettant que les citoyens puissent dire démocratiquement ce qu’ils ne veulent pas et, dans le champ de leur compétence, exclure les moyens qu’ils considèrent inacceptables.

Pierre JC Allard

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