Nouvelle Societe

31-01-11

La crise de la sécurité publique… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

La première demande de l’individu en société est qu’on assure sa sécurité. Ce n’est pas d’hier, mais depuis toujours. On aurait dû apprendre à le faire. En fait, on l’a appris. Il y a des havres dans le monde, surtout en zone urbaine en Occident, où la sécurité est suffisante pour que l’on puisse marcher sur le trottoir en pensant à autre chose, ce qui n’a pas été le cas durant la plus grande partie de l’Histoire… Tout va bien. Où est la crise ? Elle est triple.

D’abord, on parle de havres. Le monde presque partout est encore une mer furieuse dont la violence n’est pas disparue. La crise, cependant, ce n’est pas qu’il faille se garder des brigands quand on traverse le Tanezrouft et des pirates quand on vogue sur la mer de Sulu ; c’est que les havres de sécurité dans le monde se font plus rares…

Il y a 50 ans, j’ai fait Paris-Delhi seul, par voie terrestre, sans arme et sans graves ennuis. Pratiquement sans risques. Toutes les frontières – Pakistan, Afghanistan, Iran, Irak, Syrie, Turquie et ce qui était la Yougoslavie se traversaient avec un passeport et/ou un petit cadeau. Le même périple aujourd’hui, exigerait une division blindée et un soutien aérien… On pouvait aussi faire l’Afrique à peu près partout il y a à peine 30 ans. Je ne suis plus volontaire.

Les havres se rétrécissent aussi sous nos yeux. Bien des villes sont maintenant entourées d’une zone de non-droit où il vaut mieux connaître le chef du gang local. D’autres, surtout aux USA, mais aussi dans le tiers-monde, sont devenues des beignes, avec au centre un trou dans la sécurité qu’on ne visite qu’à grand péril. Il faut mettre combien de baffes à une civilisation pour qu’elle comprenne qu’elle est en décadence ?

Deuxième aspect de la crise. De nouveaux dangers : les gangs, mais surtout l’individu. La bombe atomique chez les Russes, c’était le bon temps. Le plus grave problème n’est plus au niveau des États ; la technologie met maintenant un terrifiant pouvoir de nuire entre les mains non seulement de petits pays, mais de petits groupes et même des individus ! Je ne décrirai pas ces façons de nuire ou même de détruire un société, mais quiconque veut le faire y pensera tout seul.

Le plus grave problème n’est pas tabt le révolutionnaire – il est visible et prévisible – que le pur cinglé. On disait, il y a quelques années, qu’une personne sur seize aux USA aurait dans sa vie au moins un épisode de désordre mental qui justifierait son institutionnalisation au moins temporaire…. Comment une société peut-elle se protéger contre 20 millions d’individus qui pourraient sans prévenir vous tirer dessus dans une école ou un centre d’achat ? Ou vous trancher la gorge dans le métro…

Troisième volet, le plus grave, une confusion des valeurs qui fait qu’on ne sait plus avec certitude ce qui est bien ou mal, ni donc qui est avec qui et contre quoi. L’injustice dans notre société nous donne à tous mauvaise conscience et l’on ne sait plus trop parfois s’il faut donner un croc-en-jambe au voleur qui fuit ou au gendarme qui le pourchasse. Quand un jeune Catalan fraude quelques banques de centaines de milliers d’euros, le clame partout et utilise l’argent pour financer Podem, un mouvement de contestation sociale, bien peu de gens que je connais en ont éprouvé une grande indignation.

Un escroc sans scrupules au Québec a ruiné des centaines de victimes à revenus modestes en leur prenant pour cent millions de dollars des épargnes de toute leur vie. Si l’une de ses victimes l’abattait froidement, à sa sortie de prison où il passera quelques mois, je continuerais, bien sûr, de défendre le principe qu’il ne faut pas se faire justice soi-même, mais est-ce qu’on pleurerait beaucoup dans les chaumières ?

Comment assurer la sécurité publique, si le citoyen ordinaire n’est pas INCONDITIONNELLEMENT du côté de l’ordre ? Combien de gens en France, au cours des récentes protestations contre la modification du système des retraites, souhaitaient qu’on mette les grévistes au pas… et combien regrettaient plutôt que la protestation ne soit pas plus musclée ?

On ne respecte plus l’ordre établi ; comment respecter un système qui permet les inégalités que nous voyons et dont la priorité est l’éradication du pavot plutôt que celle de la prostitution des enfants ? Les héros que la télévision nous montre faisant respecter la vraie justice sont souvent peints agissant hors des cadres du système ou même de la loi.

Las sécurité est aussi en crise parce que le système actuel, conscient de ses inégalités, voit souvent le citoyen non pas comme celui que la police devrait protéger, mais comme un contestataire et donc un fauteur de trouble en puissance. Le citoyen lui rend bien ce manque de confiance et de soutien…

La solution n’est donc pas de mettre en place une force policière plus puissante ; ce serait de pouvoir compter sur l’appui omniprésent et sans réticence de la population pour prêter main-forte aux forces de l’ordre. Au palier de la vigilance, de la dénonciation des crimes, au besoin d’une intervention ponctuelle pour les prévenir.

Cet appui de la population n’est possible que si celle-ci est intimement convaincue que la loi est juste, percevant les forces de l’ordre comme une émanation d’elle-même appliquant une morale et de principes qui sont les siens, non pas comme un corps étranger de mercenaires à la solde d’une minorité et en protégeant les seuls intérêts.

C’est cette perception ce qui fait toute la différence entre un recrutement fascisant de la population pour qu’elle soutienne des mesures d’oppression et une conscription volontaire des citoyens pour défendre l’ordre contre le crime. C’est cette identification du citoyen à une police qui est à son service et non l’inverse, qui est la seule solution a une vulnérabilité telle de la société au crime que les mesures nécessaires pour s’en protéger rendraient notre liberté illusoire.

Pierre JC Allard

24-01-11

La crise de la liberté… en 1 000 mots

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Nous faisons face aujourd’hui à une crise de liberté. « Libertaire » ou « libertarienne », simples expressions à la mode pour désigner que nous commençons à voir autrement aujourd’hui que vivre en société pose un dilemme, entre le désir d’être libre… et la solidarité qui est l’indispensable ciment qui garde ensemble les éléments d’un société et permet à celle-ci de subsister .

La liberté, c’est faire ce qu’on veut, jouer à être Dieu en n’acceptant les contraintes ni de la nature ni des autres. La liberté est fonction du pouvoir qu’on possède, puisque c’est toujours le pouvoir qui fait défaut quand on ne fait pas ce qu’on veut. Liberté et pouvoir sont les deux faces de la même médaille. Le corollaire est qu’on est dans un jeu à somme nulle et que le pouvoir des uns pose la limite de la liberté des autres.

Dans une société, bien sûr, il y a des accommodements de consensus concernant la liberté, basés sur ce qu’on dit « la justice », mais qui ne sont en fait que des habitudes : des leçons apprises, qu’au-dela d’un certains seuil, priver un individu de sa liberté suscitera une résistance qui rendra négative l’équation du plaisir à tirer en exerçant le pouvoir de le plier à sa volonté. On se dit donc tous « pour la liberté », chacun ne cherchant pas moins à augmenter son pouvoir.

La solidarité, c’est un noble sentiment altruiste, mais plongeant ses racines dans le riche engrais de l’égoïsme qui fait comprendre à quiconque n’est pas trop bête que l’on se défend mieux et qu’on produit davantage si on se partage les tâches que si on cherche à tout faire seul comme Robinson sur son île. Vivre en société, c’est faire le choix d’une certaine solidarité, ce qui n’empêche pas chacun de souhaiter prendre plus du tronc commun et y mettre moins… , mais sans remettre en cause le choix essentiel de vivre ensemble.

Une société a le choix de mettre plus ou moins en commun, mais elle n’a pas celui de faire abstraction du dilemme entre liberté et solidarité. Ce qu’elle met en commun signifie NÉCESSAIREMENT qu’est réduit d’autant l’espace où l’individu est parfaitement libre de ses décisions et de ses gestes. Inversement, l’individu ne peut affirmer sa liberté qu’en s’affranchissant de certaines contraintes de la solidarité, perdant alors certains avantages liés à la division du travail et la sécurité qui va de paire avec un étalement des risques.

Il faut établir un point d’équilibre entre liberté et solidarité. Une société industrielle en gestation puis en accomplissement exigeait une exemplaire solidarité. Dans le sens, d’abord, que les rouages d’un machine exigent l’obéissance à un plan, dans celui aussi que les valeurs aberrantes tendent à revenir vers la moyenne et, quand elles ne le font pas assez vite, doivent y être ramenées par des mesures d’exception, dans celui enfin, où une dichotomie esprit/matière brutale peut ne voir l’action sur cette dernière qu’en termes collectifs (solidarité), la liberté se retranchant dans la chasse gardée de la pensée pure, inaccessible et sans compromission imposée.

Une société de production tertiaire change tout. Elle réduit l’interchangeabilité entre ses éléments, rend le quantitatif trivial au profit du qualitatif et fait de la motivation le premier facteur de productivité. Le principal avantage de vivre en société étant la division du travail, celui-ci devient paradoxalement efficace uniquement dans la mesure où une grande liberté en devient une composante !

Le pendule qui oscille entre le libertaire et le solidaire est projeté aujourd’hui avec force vers le pôle « liberté », au point qu’on en vient à oublier que sans solidarité – et le sacrifice d’une partie de cette liberté – toute société est rigoureusement impossible. Ce qui est nouveau, aujourd’hui, c’est que le sacrifice d’une partie de la liberté doit être LIBREMENT consenti, car il est devenu inefficace de même songer à l’imposer. Comme il est devenu inefficace tôt dans l’histoire de traiter en esclave son médecin, sa courtisane ou le précepteur de ses enfants… on en perd alors le meilleur. Aujourd’hui, la liberté devient essentielle à TOUTES les variables où la solidarité est nécessaire.

Il est donc ubuesque de penser qu’on améliorera l’éducation en augmentant de quelques heures la charge de travail des enseignants, la santé en encadrant plus minutieusement les interventions médicales ou l’administration de l’État en ajoutant des fonctionnaires. La solution à la crise de la liberté passe par la compréhension que la solidarité ne peut plus exister dorénavant que si elle est DÉSIRÉE.

Comment obtenir ce résultat ? En faisant d’abord le choix, au palier du système de production, de substituer une structure d’entrepreneuriat à celle contreproductive basée aujourd’hui sur le salariat et un volet envahissant d’assistanat. Comment l’intervention de l’État en production ? En appliquant la règle pragmatique de produire les biens et d’offrir les services en mode collectif quand il est plus efficace de le faire de cette façon, mais s’en remettant à l’entreprise privée quand la motivation des intervenants est le facteur premier à considérer, ou quand des hypothèses diverses doivent être évaluées et comparées au vu de leurs résultats.

Etonnamment, la place qu’on doit laisser à l’interprétation dans le calcul de ce qui est plus ou moins efficace est bien mince. Appliquer dans chaque domaine cette règle de l’efficacité comparée du collectif (public) et du privé pourrait avoir la rigueur d’une loi mathématique, si le débat n’était pas faussé par ceux qui veulent s’en faire du capital politique. La crise libertaire/libertarienne est avant tout l’invention d’un nouveau clivage qu’on cherche à créer, pour remplacer celui Droite-Gauche qui ne fait plus descendre dans la rue que des nostalgiques, des fauteurs de trouble et des gamins.

La crise de la liberté – ou de la relation individu-État – n’est PAS le débat entre la Droite et la Gauche, lequel est terminé. L’injustice du système est connue, on connait aussi les coupables, le capitalisme est mort. il ne reste que des têtes à trancher et à mettre au bout d’une pique. L’équilibre liberté-solidarité est tout autre chose.

Pierre JC Allard

18-01-11

La crise du revenu… en 1 000 mots

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Nous appelons « revenu » ce qui, dans la société, est distribué à Quidam Lambda pour qu’en sa qualité de consommateur il ait une part de ce qu’il produit en sa qualité de travailleur. On peut lui donner sa part en fonction de sa participation à la production – on parle alors de justice commutative – ou parce qu’il est là – comme l’Éverest de Sir Edmund – et en fonction de ses seuls besoins ; on parlera alors de justice distributive. De toute façon, on parlera de « justice sociale ». Mais il y a une crise du revenu…

Nous avons vu qu’il y a une crise du travail, parce que le travail qui nous reste a faire, maintenant que machines et robots sont là, n’est plus a portée de toutes les mains ni de toutes les têtes. Plus grave encore, l’effort humain consommé cru comme énergie ne vaut plus grand chose ; il doit être apprêté à diverses sauces de compétence pour correspondre à une demande.

Simultanément, il y a une crise de l’argent, parce que, dès qu’on peut par consensus ou autorité, créer des symboles pour la valeur, celle-ci ne résulte plus essentiellement du travail qui à l’origine en était la seule source, mais de volontés arbitraires dont chacune a son agenda. Crises du travail et de l’argent se combinent pour en créer une troisième : « une crise du revenu » qu’on pourrait aussi appeler la crise de l’équité.

C’est la notion de justice sociale qui est en crise. Cette crise est venue parce que 80% des humains – au moins ! – sans aucune faute de leur part, ne sont plus « nécessaires » pour produire quoi que ce soit qui puisse être d’une quelconque utilité pour la minorité qui a les connaissances et l’accès aux machines.

Cette minorité peut produire tout ce dont elle a besoin et tout ce que consomment les autres au-delà de leurs besoins alimentaires les plus primaires : elle le fait déjà. Concrètement, cette minorité DONNE tout aux autres. Gratuitement. Elle le fait un peu parce que son héritage religieux – et une vieille habitude de solidarité du temps où tout le monde pouvait se rendre utile – l’incitent à le faire, mais aussi par simple paresse de changer les choses et parce que les « inutiles » servent de pions dans les jeux de pouvoirs auxquels s’amusent ceux qui ont tout.

Ce n’est donc plus le travail, mais l’assistanat, sous toutes ses formes, qui globalement est devenu de loin la première source de revenu. La justice commutative n’a plus de vraie place et l’effort n’est plus récompensé, la seule récompense étant celle totalement virtuelle qui découle des jeux des spéculateurs. La nature humaine étant ce qu’elle est, c’est une recette pour la décadence. On garde donc précieusement la pauvreté comme motivant, dans un monde où l’on veut cacher que l’industrialisation a apporté l’abondance.

Personne ne voulant la pauvreté pour lui, tout en voyant bien qu’elle est indispensable à un certain dynamisme social, chacun cherche à s’en débarrasser comme de la Dame de Pique en la passant à son voisin. Tous le font avec toute leur astuce, de deux façons : a) en se cherchant un niche de pseudo travail dans laquelle, ne produisant ni biens ni services utiles, ils réussiront néanmoins à convaincre quelqu’un ou l’État qu’ils méritent une rémunération, et b) en mettant à profit les subtilités de la grande arnaque monétaire pour avoir plus d’argent sans même feindre de travailler.

Tout le monde n’ayant pas la même astuce, les écarts se creusent de plus en plus entre « pauvres » et « riches ». Écarts dans le miroir monétaire – qui peuvent augmenter sans autre limite que le ridicule – et qu’il faudra bien corriger, mais qui n’ont qu’un impact indirect sur ceux qui ne sont pas occupés à spéculer… mais écarts dans l’univers des biens réels aussi, hélas. Un million d’enfants meurent chaque mois de faim et de malnutrition.

La crise du revenu, c’est ce 80% de l’humanité – dont 20 à 30% des citoyens même des pays dits développés ! – qui vivent sous le seuil d’une pauvreté relative dont la définition change selon les lieux, mais qui partout signifie « mourir de soif auprès de la fontaine », car il est évident qu’il n’y a aucune raison valable pour que cette planète ne produise pas le nécessaire – et une part raisonnable de superflu – pour tous ses habitants.

Il est essentiel qu’il reste pour chacun un désir non satisfait – y renoncer signifierait trouver un autre sens à la vie et ce n’est pas ici notre propos – mais il faut résoudre cette crise du revenu, un cercle vicieux où c’est une pauvreté voulue qui limite la demande effective pour une production, sans laquelle la demande pour le travail n’existe naturellement pas non plus… ni donc la raison de distribuer dans une logique de justice commutative le revenu qui éliminerait cette pauvreté.

Présentement, cette logique n’existant pas, l’assistanat progresse, une mansuétude qui tient au désir de garder la demande effective. C’est un financement de la consommation déguisé en crédit à fonds perdus, afin que ne perde pas toute valeur le capital investi dans la production de biens qui autrement ne trouveraient plus preneurs…

Nous avons donc aujourd’hui un échafaudage qui s’appuie sur un crédit arbitraire qui ne sera pas remboursé, en argent symbolique qui ne vaut plus rien, pour faciliter la consommation de biens largement inutiles ou superflus, pour garder leur valeur aux livres à des équipements désuets qui servent d’aval à la valeur en Bourse de sociétés dont les activités deviennent de plus en plus spéculatives. … Et pendant ce temps, « l’herbe pousse et les enfants meurent ». Il faut un travail et un revenu garanti pour tout le monde. Il faudrait que l’impose quelqu’un qui a un coeur, une tête et un fusil.

Pierre JC Allard

11-01-11

La crise de l’argent… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Posséder des choses et pouvoir en disposer, c’est la richesse. On peut faciliter la manipulation de cette richesse en la représentant par des symboles. Ainsi, un immeuble par son titre de propriété, ou toute richesse par « quelque chose » dont on convient qu’il en est la représentation et peut y être substitué à volonté. Si ce quelque chose peut être substitué a tout il devient une monnaie. On peut penser que cette chose a une valeur intrinsèque et elle aura bien celle que lui confèrera le consensus : l’or, par exemple. Elle peut aussi n’avoir que celle que décrète l’État, qui sera à la mesure du pouvoir de l’État de l’imposer.

Quand la richesse est représentée par une monnaie, toute l’activité économique peut se passer en monnaie et il se créée un univers monétaire qui devient in miroir de la réalité. Le problème est que ce miroir peut être déformant. À l’incertitude découlant des fluctuations de la valeur des choses selon leur utilité et leur rareté, vient donc s’en ajouter une autre qui dépend des imperfections du miroir. De la spéculation, car speculum veut dire miroir en latin…

Il y a des siècles que les plus futés ont compris qu’on pouvait dépouiller les plus jocrisses de leurs biens, en jouant sur les variations du rapport de valeur entre les choses et leurs symboles. D’abord des banquiers, puis des gouvernants et enfin aujourd’hui une gouvernance discrète de banquiers, d’autant mieux occultée que l’État se fait un point d’honneur de montrer qu’il ne touche pas à la monnaie… Depuis trois générations, on a créé de la monnaie en rendant de plus en plus « souple » le rapport du symbole à la réalité de la richesse.

La monnaie excédant la richesse réelle ne représentant rien du tout, elle a pu librement être accrue et cette monnaie excédentaire est restée entre les mains des banquiers futés, créant d’abord l’illusion qu’ils pouvaient à leur discrétion acquérir un part croissante de la richesse réelle. Puis cette illusion est devenue peu a peu une réalité. D’abord, tout ce qui pouvait produire dans la société n’a plus produit que sur des fonds en monnaie sans valeur avancés par la banque. Le taux d’intérêt, couplé à celui de l’inflation – les deux déterminés par l’État, portant le masque « marché » – étant totalement discrétionnaire, le Système prend ce qu’il veut des entrepreneurs, leur profit n’étant que ce qu’il en reste quand ils ont payé son intérêt à la banque.

L’entrepreneur est libre d’exploiter ses travailleurs et les consommateurs, mais le droit de cuisse de la banque est sacré. Contrôlant la production, les banquiers ont complété leur mainmise en introduisant le crédit à la consommation. Quidam Lambda, à son tour ne s’est vu laissé du salaire de son travail que ce qu’il en reste quand il payé ses intérêts sur ce que les banquiers lui ont prêté… après, bien sûr, avoir aussi acquitté ses obligations fiscales directes et indirectes.

Le fisc, contrairement à ce que disent les méchantes langues, ne sert pas qu’a payer des fonctionnaires et a distribuer des avantages aux copains – on pourrait plus simplement imprimer l’argent et le leur donner – il sert surtout à ÉQUILIBRER les revenus, pour que la consommation s’adapte le plus avantageusement possible à la structure production et à sa lente évolution, selon le rythme qui optimise les profits des producteurs… et le paiement sans heurts de la meilleure rente aux banquiers. Toute production et consommation contrôlées et équilibrées, nous avons ainsi le meilleur des mondes. Dans le miroir.

Dans la réalité il y a des bavures, mais n’en sont victimes que ceux qui n’ont aucun pouvoir et donc aucune importance. Tout ce qui compte se passe dans le miroir, les banquiers contrôlent l’argent et l’argent arrange tout. Si tout est si bien… pourquoi tout va-t-il si mal, même dans le miroir ? Parce que quelques super-futés ont exagéré. Des prédateurs sont apparus qui bouffent du tigre. Ils ont appris a Harvard comment agencer des miroirs pour en faire des télescopes et comment blouser même des banquiers. Ils ont créé des instruments monétaires légaux, mais si incongrus, qu’ils permettent d’assurer les pertes… et de transformer les pertes en gains. Ils savent si bien corrompre même les corrupteurs, que toute perte à leurs livres se retrouve sur les comptes publics. Ce sont les Goldman Sachs et les Stanley Morgan…

Ce qui est inquiétant, ce n’est pas ce qu’ils font – on a déjà vu des monnaies s’effondrer – et les riches ont toujours exploité les pauvres, c’est le sans-gêne non seulement tranquille, mais OSTENTATOIRE avec lequel ils le font. Il est clair que l’argent ne vaut plus rien et ne tient que par la crainte révérencielle qu’inspirent les États émetteurs, essentiellement les USA. On a mis en place un système qui sciemment n’est pas fait pour durer, mais pour s’autodétruire au moment choisi. Et on le montre assez clairement pour que tous ceux qui méritent de le savoir le voient.

Le monde est donc dans la situation de faire du négoce avec la devise d’une armée d’occupation. On sait que personne ne veut être occupant pour l’éternité : ce n’est pas la jouissance paisible, agréable dont rêve notre société hédoniste. On sait que quiconque a le pouvoir ne peut qu’avoir dans ses cartons un plan de retour vers une situation de normalité. Ce qu’on ignore, c’est si les détenteurs de biens réels seront aussi mis à contribution… et qui supportera les pertes.

Ce ne peut être les pauvres, on a déjà fait le nécessaire pour tout leur prendre et nul besoin d’un cataclysme financier pour continuer de les exploiter tant qu’on pourra. Il semble donc que, dans un grand souci d’égalité, ceux qui ont beaucoup ruineront les sans-pouvoir qui n’ont que peu et que ce seront les « petits riches » qui porteront le chapeau. Au grand plaisir des plus humbles qui, à défaut de s’enrichir, trouveront assez équitable que leur cousin cossu les ait maintenant rejoints… Si j’avais un million ou deux je m’inquiéterais…

Pierre JC Allard

04-01-11

La crise du travail… en 1 000 mots

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 5:04

Ceci est le premier d’une série de 16 articles que j’annonçais la semaine dernière et qui sera ma contribution hebdomadaire pour l’hiver.

J’ai écrit un gros bouquin sur la crise du travail, j’en parle dans quelques autres et j’ai une quarantaine d’articles sur mon site internet qui en traitent. Pourquoi un de plus ? Parce que c’est la source de tous nos problèmes, mais aussi parce que j’ai constaté que tous les débats sur le travail sont tronqués de ce qui devrait être leur indispensable préambule.

En amont de ce qui est le domaine légitime des experts en travail, il doit y avoir, comme en d’autres domaines d’expertise, un espace qui n’appartient pas aux spécialistes, mais à l’honnête homme de Pascal à qui on ne demande que de n’être pas trop bête. C’est dans cet espace qu’on pose des axiomes et qu’on définit une problématique. C’est cet espace pas très fréquenté que je veux que nous visitions, pour discuter de petites évidences et de leurs incontournables conséquences…

1. Voir, d’abord, qu’on évite les malentendus en n’appelant pas « travail » l’effort qui comporte sa propre récompense. Le travail est un effort consenti pour obtenir un résultat ; le résultat et souhaitable, le travail par définition ne l’est pas. Il doit être réduit, si possible éliminé. Est efficace ce qui y parvient.

2. Le résultat du travail, c’est de transformer ce qui est – sa nature ou ses circonstances – en ce qu’on veut qui soit ; on modifie, on déplace, on fabrique, on satisfait ainsi un désir. Si, à tort ou à raison, on le juge indispensable, on l’appelle « besoin » Aussi longtemps que tous nos désirs ne sont pas satisfaits, il est donc absurde de dire qu’on « manque de travail ».

3. Ce chômage, cette crise du travail, alors ? Il peut y avoir une crise du travail quand les facteurs de production – travail, matières premières et capital (équipement et réserves) – ne peuvent être réunis, parce qu’il n’y a pas accord sur le partage de l’éventuel production. À l’origine, le travail était surtout un apport d’énergie. Le travail étant fonction du temps et le temps de non-travail ne pouvant être thésaurisé – alors que matières et capital perdurent – le travail était en position de faiblesse pour conclure cet accord. C’est le conflit capital-travail, sur lequel beaucoup a été dit.

4. N’y revenons pas. Mais avec les machines, l’énergie est devenue une matière première, appropriable comme les autres, et l’énergie pure qu’apporte un travailleur ne vaut pas le coût de la nourriture qui le gardera vivant. Avec l’évolution technologique, le travail utile et donc devenu uniquement une séquence de microdécisions ; le travailleur apporte les connaissances pour prendre ces décisions : sa compétence.

5. Des décisions qui exigent des connaissances diverses. Il y a donc divers types de travailleurs et ils ne sont pas interchangeables. Une crise du travail différente est donc devenue possible ; on peut désormais « manquer de travail » pour certaines compétences, même si globalement on manque – et l’on manquera toujours – encore bien davantage de compétences pour certains types de travail ! C’est une nouvelle problématique.

6. La solution évidente est de créer les compétences qui nous manquent en en dotant les travailleurs dont les compétences actuelles ne correspondent pas à la demande de travail pour satisfaire nos besoins. Connaître nos besoins et les compétences requises pour les satisfaire est trivial. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour deux (2) raisons complémentaires, qui ont trait uniquement à la répartition de la richesse et du pouvoir.

7. La première est que produire pour nos besoins, donc autre chose que ce que nous produisons présentement – (supposément pour la demande effective, mais nous reviendrons ailleurs sur ce mensonge) – introduirait des distorsions dans la structure de production actuelle, au détriment évident de ceux qui en sont les propriétaires. Ils ne le veulent pas.

8. La seconde est que mettre l’accent sur la formation professionnelle modifie le rapport de force entre le travail et la capital, car chaque compétence spécifique devient de plus en plus rare, alors que la valeur du capital fixe tend, avec l’automatisation, à se confondre avec la somme de : a) la rente du propriétaire de la matière brute d’origine, et b) la valeur des apports successifs en travail qui en ont permis la production. Le pouvoir bascule ainsi du capital vers le travail. C’est la mort du capitalisme industriel.

9. Le transfert du pouvoir en production, de ceux qui ont le capital matériel vers ceux qui possèdent la compétence – laquelle au contraire du travail énergie est thésaurisable (éducation) – est inéluctable. Le processus est déjà bien en marche, mais ceux qui ont le pouvoir ne veulent surtout pas l’accélérer.

10. Cela, d’autant moins qu’on ne parle pas seulement de propriété – un raffinement légaliste, que la force pourrait contrer – mais de contrôle RÉEL. Dans un modèle où tout travail est décision, toute supervision signifie un double emploi qui diminue l’efficacité globale qui va de paire avec la complémentarité et tend à être réduite à sa plus simple expression. C’est n’est donc pas à leurs salariés, syndiqués ou non, que le capital est à céder le contrôle réel des entreprises, mais à une structure en gestation, largement informelle, de travailleurs AUTONOMES.

11. Comprenez-vous pourquoi ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir ne se hâtent pas de faire ce changement ?

12. Ne se hâtant pas de le faire, ils ont stoppé net l’enrichissement réel de la société, lequel n’aurait pu continuer que par une automation accélérée de tous les processus industriels qui pouvaient l’être et la préparation d’une main-d’œuvre adéquatement qualifiée pour les services haut de gamme en forte demande.

13. Au lieu de cette évolution naturelle, le capital en Occident s’est retiré de la production industrielle, l’exportant vers des pays de main-d’œuvre bon marché, choisissant de garder son pouvoir et son profit par : a) l’extorsion, défendue par la force, d’une rente sur les ressources naturelles – dont le pétrole est l’archétype – et b) une spéculation monétaire qui est pure arnaque, puisqu’elle repose sur une collusion avec le pouvoir politique qui en contrôle toutes les variables.

Pierre JC Allard

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