Nouvelle Societe

28-11-10

L’ “Effet Assange”

Filed under: Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 6:41

 

Depuis quelques mois, on parle beaucoup de Julian Assange et de Wikileaks, de millions de documents secrets, qui risquent d’être dévoilés. Pierre Haski, sur Rue 89, faisait le mois dernier un bon topo de cette situation inédite http://www.rue89.com/2010/10/24/documents-wikileaks-ces-fuites-qui-brouillent-le-jeu-mondial-173031. Ne revenons pas sur les faits, ils sont connus restons plutôt sur ce qu’ils ont d’inédit.

L’inédit, dans l’Affaire Wikileaks, c’est le stupéfiant retour du pendule qu’elle semble indiquer dans la lutte pour le pouvoir entre l’oligarchie dominante – représentée ici par l’État et les médias – et l’individu… Un individu comme vous et moi qui apparemment sort de nulle part et fait trembler tous les gouvernements.

Surprenant. Est-ce bien vrai ? L’hypothèse la plus probable demeure que Assange travaille et soit protégé par un État. ( USA, Chine, Russie… Allez savoir… ) et jouisse de ce qu’on appelait le “KGB-level protection”, celle qu’on donne a Obama quand il est en public…. Incluant un mec assez motivé pour de lancer entre vous et la balle qu’on vous destine.Cela supposerait une intention politique derrière les révélations.

Moins probable, mais bien possible, serait qu’il bénéficie de cette même protection, mais payée et assurée par des privés. Soros, Gates, Mittal et bien des Chinois peuvent se l’offrir. C”est pour ça qu’il y a – relativement – peu de kidnappings à Singapore. C’est un filon à explorer, surtout qu’on sait que Monsanto vient d’acheter les ex-Blackwaters ! Le but, en ce cas, serait d’obtenir les “bonnes décisions” des gouvernements. Chantage du type garde prétorienne sur les empereurs romains. Une approche qui semble inutilement compliquée, mais on ne sait naturellement pas tout…

Si on écarte ces deux explications “raisonnables”, il reste celle d’un franc-tireur qui crée PERSONNELLEMENT un tel réseau de divulgations sous conditions suspensives enchevêtrées, qu’il peut marcher indemne au milieu des flammes. On l’a vu faire dans de petits pays pour de brèves périodes de temps et en cherchant la discrétion. Assange tenterait de le faire pour longtemps – ça reste à voir – et en misant sur la plus grande publicité possible.

On aurait alors ici le vieux truc des échanges d’otages auquel l’essor des communications donnerait tellement d’envergure et de subtilité que sa nature même en serait changée. On serait dans du nouveau. L’individu qui peut remettre le monde dans le droit chemin… ou faire chanter tout le monde…

C’est aujourd’hui 28 novembre, 22 h 30 de Paris que les révélations vont commencer… Le New York Times, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel ainsi que les quotidiens britannique Guardian, espagnol El Pais et français Le Monde, et ça pourrait durer longtemps. Évidemment, ça pourrait être aussi très court, car Assange a peut-être déjà négocié une très large part de discrétion… ou se trouvera peut-être dans la trajectoire d’une balle perdue.

Mais s’il travaille à son compte et qu’il en est là aujourd’hui, capable de faire ce qu’il est à faire, son intervention, du simple fait qu’elle ait été possible, aura marqué déjà un changement irréversible dans la société dont on ne semble pas encore mesurer toute l’importance.

Il y a au moins deux génération qu’on nous rabâche sentencieusement que l’individu est devenu sans défense devant l’État ; nous avons été bien peu nombreux à dire que cette lecture était fausse et que c’est la collectivité, dans une société complexe, qui devenait peu à peu à la merci de chacun… Assange est la preuve vivante de ce pouvoir croissant de l’individu, dont l’Internet a complété l’arsenal en lui permettant d’agir en bloc sur la collectivité comme la collectivité auparavant était seule à pouvoir agir d’un seul geste sur l’ensemble des individus.

Quelle que soit la façon tragique ou cynique dont se termine l’aventure Assange, il va falloir transformer radicalement les rapports dans la société pour tenir compte de cette montée en puissance toujours possible de l’individu.

Il va falloir parler désormais avec beaucoup plus de respect à tous les lambdas qui, quand une information leur donne un pouvoir, ne sont plus vraiment des quidams… On savait déjà que la complémentarité des compétences, faisant de chacun un élément indispensable d’un système de production intégré, rendrait tôt ou tard une vraie démocratie possible, en fait inévitable. Mais c’était un processus lent…

Quand apparaît un accès aléatoire et souvent imprévisible à l’information – et une possibilité de diffusion illimitée ! – on a une nouvelle variable dans l’équation. Un pouvoir circonstanciel peut naître inopinément partout… et un respect accru s’impose IMMÉDIATEMENT pour tous les lambdas. Au moins pour les millions dont on ignore s’ils n’ont pas un téléphone caméra dans leur poche…. L’information devient le « great equalizer ». On n’échappera pas à cet « Effet Assange » de redistribution du pouvoir dans la société par l’information.

Plus problématique, mais à ne pas écarter du revers de la main, un impact du personnage Assange lui-même sur une société en quête de modèles. Si cet homme a un MINIMUM de liberté d’action personnelle en cette affaire, il pourrait incarner parfaitement le justicier en opposition à un pouvoir corrompu. Il pourrait devenir un héros, puis rapidement un leader. Si cet homme a le caractère requis, il va inspirer de la crainte et, s’il est loyal, susciter aussi de grandes loyautés. On a donc ici les éléments pour créer un “Chef” au goût du XXIe siècle.

De là à penser qu’Assange serait l’homme pour nettoyer assez rondement le cloaque sans espoir qu’est devenu le Système actuel et sa démocratie bidon…. Je ne vois rien aujourd’hui, à la Une des journaux, qui ressemble autant à un “homme providentiel” que d’Assange. Pour le meilleur ou pour le pire. Comme tout ce que fait la Providence.

Assange est-il le précurseur d’un nouveau type d’homme de pouvoir ? S’il n’est pas tu ou tué, cette idée va inévitablement faire son chemin. On en reparlera.

Pierre JC Allard

15-11-10

Le scénario du mieux

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

Il y a trois semaines, j’écrivais un article – Le scénario du pire – où je disais voir des taches inquiétantes dans ma boule de cristal en ce qui concernait la France.  Des millions de personnes dans la rue avec un gouvernement au nadir de sa popularité et une crise financière en arrière-plan, ça ne me disait rien qui vaille.

Oh, tout ça était bien bon enfant, avec plein de lycéens jouant à la fronde et des leaders syndicaux occupés à modérer plus qu’à animer une foule déjà docile, mais un accident est si vite arrivé…   Un type agissant à son compte et lançant une bombe, quelques blessés  dans la  panique, un mort  pietiné pour montrer au 20 heures… et hop… !  On courtisait le scénario du pire.

Le scénario du pire : émeute, désobéissance civile générale, anarchie, l’armée qui rétablit l’ordre, un coup d’État que tout le monde soutient contre un gouvernement impopulaire… et exit la République.  Il s’en est fallu de quelques gouttes de sang qui n’ont pas coulé..

Maintenant, on va vers le scénario du mieux.  Ce qu’on appelle le mieux, c’est le meilleur pour celui qui compte les coups. Maintenant, c’est le pouvoir qui compte les coups et ça va drôlement bien.

D’abord,  les Français dans la rue se sont dispersés comme une bande de gamins mal élevés et leurs leaders naturels, ceux des syndicats et des partis d’opposition, en sont sortis discrédités.  Effet prévisible ?  Une période de paix sociale inespérée, alors qu’on attendait une protestation monstre et incessante.   Effet induit ? On pourrait voir bientôt une spectaculaire remontée de Sarkozy et de l’UMP dans les sondages !

Pourquoi ?  Parce que la France, comme la Fortune de Machiavel, adore être prise de force. Parce que ne cédant rien et ne reculant jamais,  Sarkozy est redevenu l’homme fort de 2007. Or nous sommes en crise, et on préfère avoir à l’Élysée un homme fort qu’on déteste qu’une mauviette même sympa.

Après la correction bien sentie que Nicolas a mise à la France durant cette crisette des retraites, il devrait remonter dans les sondages et passer 50% au printemps 2012. Pas encore de l’amour, non, mais du respect… Une certaine forme de respect, amoral, révérentiel.  Un peu à la Mitterand, quoi…

Seulement du respect, pour l’instant, mais l’affection n’est  jamais très loin, car le peuple est bien crédule et il aime aimer…  Qui sais si on ne pleurera pas dans les chaumières quand – pour raison de santé – Sarko  laissera la place a Fillon en 2012 comme candidat UMP.

Pourquoi la laisserait-il ? Parce qu’il y a une prime à la nouveauté et un triomphe à cueillir pour l’UMP si, les gestes désagréables étant vite posés, on prépare pour  2012 une succession-transition “à la Putin-Medvedev”, avec Sarkozy  passant  la bague de parrain à Fillon, l’homme à qui on ne reproche jamais rien…  et se trouvant un fauteuil en retrait.

Sarko, pourrait s’asseoir dans un quelconque fauteuil en retrait, mais pas trop.  Il aurait toujours pas très loin le téléphone rouge mains-libres avec Fillon, le président de la continuité. Il pourrait continuer à diriger tout sans avoir à essuyer de critiques. Il serait devenu presque invisible, mais assurerait toujours l’interface avec cette équipe de milliardaires méconnus qui sont le vrai pouvoir en France. En France et partout dans les démocraties occidentales.

Je suis souvent étonné de voir comment les gens peuvent NE PAS voir les coups qui se préparent…   Comme tenez, cette rumeur Borloo.  N’est-il pas évident que l’on est a tester l’accueil que lui ferait la population ? Et n’est-il donc  pas probable que l’on prépare a l’UMP une éventuelle option « Boorloo Premier Ministre », sous une présidence Fillon ? Ca ferait une touche de fantaisie, dans une gouvernance Fillon bien austère après le bling bling Nicolas…

Vous voyez, il n’y a pas qu’un scenario du pire, il y a aussi un scénario du mieux, où chacun accepte son sort et se dit content.  Pire, mieux… l’importance, disait Gide, est dans le regard et non dans la chose regardée.  Et aujourd’hui, après quelques semaines d’incertitude, la France est lasse et regarde autrement.

Dans le Matrix politique, il semble bien aujourd’hui que ce soit la pilule bleue du contentement que la France ait entre les doigts…  À moins de graves imprévus, le Zouave restera au sec cette années.  La crue sociale centennale qu’on voyait monter cet automne viendra, inexorablement, mais ce sera pour une autre fois.

Pierre JC Allard

07-11-10

Le Québec comme on l’aime…Hélas!

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 7:56

Après quelques bruyants défilés, les Français sont rentrés dans leurs casernes.  La Sarkosie est en paix, les scandales se font oublier, les grandes crises continuent de faire leur mise en place pour une Dernière Cène, mais qui se tiendra plus tard…  En attendant, pour le barreur, c’est « à  droite, toute ! »  Ça va et ça vient… Ca ira…

Mais ça, c’est à la française…   Au Québec il fait trop froid pour manifester, alors c’est aussi «  à droite toute ! »,  mais sans le moindre éclat.  Ce qui est normal, car le Québec n’a aucun effort à faire pour aller vers la droite, juste être lui-même et se laisser porter par une puissante vague qui enfle depuis des générations et qui ne cassera pas en déferlante, mais nous mènera à un parfaite intégration dans la société états-unienne.

Je ne suis pas étonné… j’en parle depuis des années. Quand Mario Dumont a laissé l’ADQ à elle-même, pour qu’elle entre en dormance dans la zizanie, il y a deux ans, j’ai écrit :

“ il n’y a pas que la conjoncture qui importe. Il y a la réalité sous-jacente de la structure de l’électorat québécois et de ce que veut cet électorat. Or, cette structure favorise l’ADQ. Pas tellement l’ADQ vue comme comme un chef et un programme, que le parti, quel qu’il soit, qui est là où est aujourd’hui l’ADQ dans l’éventail des options politiques qui s’offrent aux Québécois. L’ADQ incarne un centre-droit nationaliste – mais nationaliste plus de l’association que de la souveraineté – autonomiste, donc, plutôt qu’indépendantiste, traditionaliste et bien enraciné dans le pays réel.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/07/13/adequistes-surprenez-nous/

L’an dernier, quand Francois Legault a quitté le Parti Québécois, je n’ai pas été surpris; plutôt l’impression de déjà-vu qu’on a plus souvent quand on vieillit.  Il n’avait pas encore fermé la porte, que j’écrivais:

“François Legault m’apparaît aujourd’hui une tête au-dessus de tous les autres dans l’arène politique provinciale : il n’y a personne pour lui barrer la route. Pourtant, il se retire… et, dans la conjoncture actuelle, je crois qu’il a raison.” Il était si évident qu’il devenait “en réserve” .

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/25/francois-legault-en-reserve-de-…-on-verra-bien/

Aujourd’hui, nous y sommes.  On en est à faire  les derniers arrangements pour qu’un “Nouveau Québec” naisse qui sera exactement semblable à l’ancien.  Avec les mêmes vrais pouvoirs financiers, les même syndicats pour donner la réplique, les même intellectuels pour nous dire dans Vigile que nous voulons l’indépendqnce, les mêmes Anglophones pour nous dire que nous sommes une grande famille et de plus en plus d’immigrants qui donneront de plus en plus à Montréal cette couleur internationale apatride qui n’a vraiment d’équivalent nulle part aileurs.

Nous aurons avec Legault un Québec de droite-centre-droite. Comme toujours.  Pourquoi en serait-il autrement, puisque c’est ÇA que le Québécois veut ?   Les derniers arrangements ?  METTRE LA DROITE AU CENTRE !

Crucial, car il n’est pas politiquement porteur de se dire de Droite. Être de Droite ?  Bien sûr.  Se dire de Droite ?… Hmm pas vraiment.  Que faire ?  Déplacer des pièces sur l’échiquier. Il est bien connu que, de trois (3) propositions un peu sensées à prix différents,  le consommateur va très largement choisir celle qui est “entre les deux”.  On sait aussi que l’électeur – sauf en cas de crise grave perçue – fuit les extrêmes et vise le Centre.

Comment faire en sorte que la Droite devienne le Centre ? …. En créant quelque chose qui soit CARICATURALEMENT à Droite. Quelque chose qui ne soit pas une option sérieuse de  gouvernance – et ne puisse donc enlever des voix à un parti de droite bona fide au moment de vérité dans isoloir – mais qui prouve, par sa seule existence, que la “Droite”, celle qu’on exècre et dont on peut faire peur aux enfants, c’est  ELLE !

Elle, car si c’est elle, la Droite, la Droite n’est pas le parti que créera ou investira Legault.   Le Parti de Legault, lui, sera “centriste”, regroupeur de toutes les bonnes volontés, de gauche à droite de la bien-pensance… et c’est lui qui sera élu.  Un parti centriste qui mènera une politique de Droite… comme le veulent les Québécois.

Qui jouera le rôle de s’affubler du vocable “Droite” pour en préserver le Parti de Legault  ?    On ne peut proposer de façon credible au Québec un parti qui soit ostensiblement fasciste ou raciste: le marché n’est pas là.  Ce qu’on peut vendre, c’est du “libertaire”. Dangereux, cependant, car l’option libertaire pourrait être asez populaire pour couper vraiment dans le vote de droite traditionnel et en priver Legault qui DOIT être plébiscité pour faire toutes ces choses désagréables qu’il devra faire.

On a donc confié le rôle de réunir en un étrange bidule – le Réseau Liberté-Québec, sous la gouverne de Joanne Marcotte – toute une mouvance de “un-peu-plus-à-droite” appâtés par l’idéal libertaire, mais  au sein de laquelle il suffira de susciter quelques extrémistes, au moment opportun, pour que l’immense majorité d’entre eux, qui sont des gens raisonnables, viennent vite se refugier  sous l’étendard de Legault. La population aura été parfaitement manipulée.

Pourquoi suis-je toujours à parler du “Parti de Legault”, sans autre precision ?  Parce que les jeux ne sont pas encore faits.  Je crois tout aussi plausible qu François Legault pernne la succession de Pauline Marois au PQ, celle de Jean Charest au Parti LIbéral  … ou lance un autre parti.   Je suis persuadé que des gens habiles sont présentement à comparer les mérites de ces trois (3) possibilités.

Quel que soit le résultat de cette reflexion, il en résultera un François Legault au pouvoir, ce qui n’est pas  un mauvaix choix… Mais il dirigera un parti de droite-centre-droite.  Même programme, même principes, mêmes commanditaires. Tout aura changé… pour que rien ne change.

Pierre JC Allard

Pinéale

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:50

http://youtu.be/3h2mJnvRbZ8

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