Nouvelle Societe

26-03-10

La politique, jeu de société

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:31




La recente métamorphose du Parti Québécois m’a fait réfléchir. Pourquoi cette épopée se termine-t-elle de cette façon, sans même de véritables protestations…?   Puis je me suis souvenu qu’on s’était bien amusé à Shawinigan… La politique, au Qubec est un jeu.

À l’été 2004, j’ai été candidat du Nouveau Parti Démocratique dans St-Maurice-Champlain. J’avais prévu en juin un pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, mais ma conscience citoyenne a pris le dessus sur le salut de mon âme et j’ai bifurqué vers une campagne électorale.

Pour faire acte de présence, car le NPD faisait 2 à 3 % des intentions de vote dans le vieux comté de Jean Chrétien… mais j’ai eu la coquetterie d’aller quant même y marcher 500 000 pas, faisant de cette marche le thème de ma campagne et en tirant le même exercice vivifiant que m’aurait procuré le pèlerinage. Un sain divertissement…

Avec le recul du temps, je me demande si cette campagne- divertissement que j’ai faite alors dans Saint-Maurice n’était pas emblématique de la politique que vit le Québécois. Une politique qui n’est ni plus bête ni plus méchante que celles qu’on trouve ailleurs, mais qui est peut-être un peu plus folichonne et qui, entre deux référendums… ne suscite pas de grandes passions.

On se marre bien durant nos campagne électorales au Québec; elles mènent à changer sans heurts des gouvernements interchangeables. Mais ce n’est pas la Révolution d’Octobre…Les Québécois- ne veulent pas vraiment la guerre.

Or, la grande aventure de la quête pour l’indépendance s’est tout de même développée dans le contexte de la politique québécoise. Ce qui explique peut-être à quoi jouent l’ADQ, le PQ et tous nos politiciens. Ils jouent à ne pas faire la guerre…

Naturellement, l’idéal de l’indépendance a eu ses purs et ses engagés, des felquistes qui y ont donné des années de leur vie…. Mais le lambda Québécois qui a finalement dit non deux fois, lui, est-ce qu’il y a vu autre chose qu’un divertissement ? Quand le péquiste moyen, aujourd’hui, perd si facilement la foi, est-ce que ce ne serait pas qu’au fond il n’y a jamais vraiment cru ?

Mon billet d’aujourd’hui peut servir d’introduction à mon « Journal de bord » durant cette campagne de 2004 dont j’ai fait hier une section de mon site et dont je vous invite à lire ensuite quelques textes… Emblématique, car il n’y a pas eu de « guerre » dans Saint-Maurice en 2004… Juste un peu de théatre.

Voyons d’abord le dramatis personae.

Pour les libéraux, du tohu-bohu qui avait suivi le départ de Chrétien, avait finalement émergé comme candidate une adorable jeune femme que j’aurais volonté adoptée comme sœur à ma fille. Intelligente, répartie facile, elle faisait bonne figure. Mais personne – et surtout pas les Libéraux – ne pensait qu’elle pouvait gagner cette élection. Cette élection était déjà concédée au candidat bloquiste.

Un candidat bloquiste bien sympathique, bien représentatif de la mouvance nationaliste largement majoritaire dans la région et que nul brutal défi ne poussait donc à se faire pousser des griffes. Il aurait pu être élu in absentia… Les conservateurs avaient leur candidat, produit du terroir, aussi fermement limité à la petite fraction du vote de tradition conservatrice que je pouvait l’être à celle encore plus infime dévolue au NPD.

Au demeurant, le candidat conservateur était un perdant tout aussi aimable dans sa défaite annoncée, que le gagnant bloquiste l’était dans sa victoire… qui l’était tout autant. Il y avait un Vert, aussi, dans la course, issu des marches éloignées du « comté »… Vert typique, fait sur mesure, tout aussi gentil que les autres, mais avec en plus une cause sympathique.

Un candidat du Parti Marijuana aussi. Ai-je dit que le Vert était typique ? Ce candidat l’était également. On pouvait croire sans peine que, au contraire d’Attila, l’herbe pousserait toujours partout où passerait sa monture… Et enfin, bien sûr, il y avait moi, qu’on aurait pu dire typique des candidats atypiques que peuvent produire des partis idéalistes, comme le NPD.

Voyez ci-haut la photo de notre petite famille de candidats. L’ami vert, est arrivé trop tard des grands bois pour y être, mais que je le vous présente ici en débat animé avec le Conservateur. Une petite famille, je vous dis. On n’allait tout de même pas se faire la guerre… !

Alors la « bataille » pour Saint-Maurice a été un ballet, une chorégraphie plutôt qu’une bataille. Deux (2) débats bien polis, des contradictions sans surprises, par médias interposés. On a vécu une messe pour la démocratie, comme ces enterrements où l’on arrive tard à dessein, pour rester sur le parvis, puisque le corps est déjà froid et que l’important est de saluer les parents et les potes.

Ce élections étaient un folklore amusant, mais qui ne suscitait tout de même pas l’intérêt du Festival Western de St-Tite Nous tous, les candidats, aurions pu être mêlés, tirés d’un énorme chapeau et distribués au hasard entre les partis, sans que les résultats du vote ne changent d’un iota.

Pays superbe, population accueillante… J’ai bien aimé l’expérience. Mais était-ce sérieux ? Le constat à faire, dans le modèle électoral que nous avons, est que ces campagnes sont inutiles. Les candidats sont inutiles – car on ne vote que pour les partis – et les députés eux-mêmes sont inutiles, puisque, lorsqu’ils sont élus, ils n’ont d’autres fonctions que de suivre les directives de leurs partis respectifs.

Une élection pour rire. Toute notre pseudo démocratie est à repenser et l’un des éléments majeurs à revoir est le rôle du député comme représentant des citoyens. Je parle ailleurs des changements à faire à notre démocratie. Dans les textes de la section à laquelle celui-ci sert de préambule, vous trouverez quelques idées, mais j’ai surtout voulu montrer le caractère bon enfant, ludique, d’une élection en province, au Québec.

Est-ce que dans cette démocratie pouvait naître et se développer une conscience révolutionnaire ? Et la plus grande astuce du système n’a-t-elle pas été le piège de cette démocratie pour rire, dans lequel le PQ est tombé pour finalement y mourir ? Mes 500 000 pas en Mauricie, avec le recul du temps, m’apparaissent comme le symbole de ce système…. qui nous a fait bien marcher.

Voir: Une guerre en Mauricie

Pierre JC Allard

15-03-10

On se fait une raison…

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:21




Je n’ai jamais été bien entiché de Madame Pauline Marois. Quand on cherchait un espoir « femme » au PQ des belles années, j’étais de ceux qui pensaient Lise Payette… Mes attentes concernant la régence Marois, après le bide Boisclair bien prévisible, étaient qu’elle passe la main au plus vite à Duceppe, ou qu’elle garde ce parti vivant le temps qu’une candidature Lisée s’impose comme une évidence. Elle vient au contraire de se faire piéger à promouvoir une fracture dont naîtra un nouveau PQ qui n’aura plus gardé que le nom du Parti de Levesque et de Parizeau.

En faisant le calcul opportuniste de chasser ses éléments de gauche pour donner aux Québécois le parti d’alternance de centre-droit qu’ils se meurent d’envie d’avoir, elle croit sans doute suivre une stratégie astucieuse. En fait, elle les prive d’une véritable alternative. Elle leur propose de changer la gouvernance actuelle par une autre tout à fait semblable, avec les mêmes commanditaires qu’un changement de régime mettra à l’abri d’une enquête publique et une même connivence avec la même bourgeoisie passéiste.

Le Nouveau PQ, sans les syndicalistes et les progressistes, sera indubitablement dans le zeitgeist dominant. Le vent souffle de la droite. On pourra cyniquement revenir sur les acquis sociaux de la derniere génération. Mais ce vent ne balayera pas les nuages de mousson qui s’accumulent ; il les gardera juste un peu plus longtemps à l’écart… le temps que se prépare une véritable révolution. Une révolution qui nous viendra des USA, et nous prendrons ce train en marche sans poser de questions. Mais ce sera un peu plus tard.

Il y a bien longtemps que j’annonce le déclin et la mort du PQ. En refusant de mourir, pour choisir de se renouveler sous de fausses représentations,comme un phénix de mauvaise foi, il va faire bien du mal. Il va laisser persister l’illusion qu’on ne s’est pas trompé, qu’on n’a rien à corriger et qu’on peut donc continuer à faire semblant qu’on va de l’avant.

On va rafistoler le vocabulaire, puis raconter à nos enfants que de brillants stratèges nous ont amenés à l’avenir qu’on voulait vraiment, en passant par quelques détours… C’est une issue qui me laisse un goût plus amer qu’une simple défaite honorable. Comme si Vercingétorix, au lieu de jeter son glaive a Cesar, s’était négocié un job de proconsul et avait parlé de l’amitié entre Celtes et Romains…

Le Parti Québécois va changer. Pour l’immédiat, que va-t-il se passer ? Amputé de sa gauche, rejoint par la masse des Québécois qui sont des Adéquistes qui s’ignorent, le Parti Québécois va voguer vers le pouvoir.

Sous un nouveau chef, bien sûr. Madame Marois n’était là que comme compromis entre la gauche et la droite. La gauche partie, le PQ ne demandera qu’à accueilir François Legault On aura le « lucide » que viendra adouber Lucien Bouchard, maître à penser d’une nouvelle équipe dont on pourrait déjà donner tous les noms.

Dans la suite de la vision de la terre promise qu’on va lui présenter, le militant péquiste-type nouvelle génération prendra des décisions et posera des gestes « réalistes ». Il acceptera, à une large majorité, le report sine die du projet d’indépendance.

Ce projet qui date un peu sera remplacé par un concept d‘autonomie « économiquement incontournable » – because, la crise, vous savez – et une collaboration avec un Parti Conservateur ami, à Ottawa, qui se dira « conféderaliste ».

Un parti tout entier ouvert aux revendications des provinces, comme le Québec, l’Alberta et les autres… C’est Toronto, l’ennemi commun. Qui pourrait bien diriger ce Parti Conservateur ? Eh oui… Un « winner », qui connaît bien le Québec…

Préparons nous ensuite à voir resurgir le concept d’indépendance culturellle de Bourassa. Oui, le Québec siègera à l’Unesco et aura un conseiller culturel dans chaque ambassade du Canada. Nous rayonnerons….. Avec un large consensus, une ouverture à nos minorités, un accord sans nuage avec le gouvernement fédéral et la haute finance… On pourra reprendre la construction du Québec interrompue par cette histoire de Révolution Tranquille. Prévoyez trois (3) termes pour Légault…. On en sortira un peu plus riches, plus multiculturalistes, beaucoup plus tranquilles…

Politique fiction ? Peut-être. Mais si « toutes ces choses arrivent avant que cette génération ne passe », comptez sur moi pour vous rappeler qu’elles étaient parfaitement prévisibles et qu’en ne faisant rien, aujourd’hui, pour que ce scénario ne se mette pas en marche, vous aurez acquiescé tacitement à toutes ses conséquences.

Pierre JC Allard

07-03-10

De Lazare à St-Martin

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:44




Avez-vous remarqué toutes ces attaques contre les gauchistes,la distribution équitable de la richesse, les services publics ? On en veut beaucoup à la solidarité. Pourquoi ce recul d’une société qui semblait avoir appris à partager ? Normal, on est à passer au tertiaire…

Sans solidarité, il n’y a pas de société. Dans toute société, on oscille entre une lutte des classes plus ou moins ouverte et une union sacrée plus ou moins assumée, selon les circonstances; mais une certaine solidarité est toujours nécessaire. La solidarité, qui demande un partage, entraîne toujours des récriminations.

Il y a une tolérance à la récrimination, comme il y a une tolérance à l’injustice, mais une société doit se maintenir dans la zone des tolérances. C’est dans cette zone que se situe la « péréquation » dans son sens étymologique de rendre égaux. Un objectif de notre société depuis des lustres ?

Pourquoi la péréquation prend-elle un sens nouveau dans une économie tertiaire ? Parce que la prolifération des services permet des actions de solidarité qui ont un effet secondaire de péréquation qui inquiète. C’est cette péréquation circonstancielle qui apparaît menaçante.

Cette péréquation circonstancielle semble devenir insupportable, parce qu’elle veut distribuer des services et que, au contraire des biens, les services ne sont pas produits en masse. Dans l’industrie, quand l’investissement initial en machines est consenti, s’il y en a pour trois, il y en a pour quatre. Quand il s’agit de services, chaque service rendu, à quelques économies d’échelle près, a un coût/travail qui demeure constant. Le dernier service qu’on donne a un  » pauvre », quel que soit ce service, a exigé autant de travail – et coûte donc tout autant, en termes réels – que le premier service de même nature qui a été vendu à un « riche ». Les services que la solidarité nous impose de donner ont un coût REEL élevé.

Circonstance aggravante, contrairement à ce qui était le cas pour les biens industriels, les services les plus essentiels ne sont pas nécessairement les moins chers ; c’est souvent le contraire. Les nouveaux services que la science et la technologie rendent un à un disponibles ne viennent pas seulement ajouter un avantage additionnel aux services existants ; parfois, ils apportent enfin la réponse à un besoin qui n’avait jamais été satisfait auparavant, une réponse qui rend désuètes toutes les quasi-solutions antérieures.

Ces nouveaux services peuvent être essentiels, vitaux quand il s’agit de santé. La demande pour ces nouveaux services étant maximale lorsqu’ils apparaissent – et les ressources pour les fournir, étant alors toujours insuffisantes – ils sont toujours rares. Le coût du travail qu’ils exigent est gonflé et le prix en est donc élevé. Parfois, il apparaît trop élevé.

Dans une société industrielle, il était à l’avantage de tous d’optimiser le revenu de consommation pour maintenir la production en marche ; le bien général se confondait ainsi avec le bien particulier des défavorisés, auxquels il était avantageux que soit donné le nécessaire et même plus. Dans une économie de services, la demande pour les services excède l’offre. Il n’y a pas une surabondance de services, comme il y a un surplus de produits industriels, il n’y a jamais, au contraire, assez de services pour satisfaire pleinement tout le monde. Dans un univers de technologies en expansion, des trous noirs de pénurie de services apparaissent constamment.

Dans une économie tertiaire, il ne s’agit donc plus, comme dans la société industrielle mature, de répartir des surplus ; il s’agit de rendre équitable le partage de ces denrées rares que sont les compétences. On constate vite qu’il ne s’agit plus de laisser les miettes à Lazare sous la table, alors qu’on est déjà soi-même repu, mais de se priver d’une part de ce dont on a soi-même grand besoin. La solidarité exige tout à coup un vrai sacrifice. Il ne s’agit plus de donner libre accès à sa poubelle ; il faut, comme Saint-Martin, donner la moitié de son manteau.

Il n’est pas sûr que tous les sociétaires – ou même une majorité d’entre eux – veuillent donner la moitié de leur manteau. Et la baleine de la Sécu commence à peine à émerger. Une société, apprivoisée depuis des générations à une solidarité qui se manifestait par le partage facile des biens primaires et industriels toujours excédentaires, continue, pour un temps du moins, à générer un consensus social fort pour un partage similaire des services. A mesure que les factures des services arrivent et que l’on prend conscience du coût de ce partage, toutefois, celui-ci apparaît à beaucoup comme trop exigeant.

La réalité d’une offre de services systématiquement inférieure à la demande nous ramène donc aux règles d’un « jeu à somme nulle » … et ce ne sont pas des règles qui incitent à la solidarité. Il ne faut donc plus espérer obtenir facilement un consensus solide pour le type de péréquation tous azimuts que justifiait l’abondance des biens industriels. Pour une péréquation des services, il faut revenir à une gestion prudente des ressources; la même gestion de pénurie qui prévalait pour tous les biens avant la révolution industrielle.

Ce qui apparaît comme un retour en arrière sur la spirale de l’enrichissement laisse pressentir le même égoïsme qui prévalait avant que la révolution industrielle n’ait apporté l’abondance. Dans une économie tertiaire, le consensus social pour le partage du coût des services vit donc des phases de rejet de plus en plus fréquentes. Ce qui crée un dilemme et conduit à un mensonge.

Le dilemme, c’est que, d’une part, le consensus pour la prise en charge par l’État du coût des services essentiels se lézarde, mais que, d’autre part, nous devenons chaque jour de plus en plus interdépendants. Toute mansuétude mise à part, ce n’est pas parce que le coût de la solidarité n’est plus dérisoire qu’on peut se passer de la solidarité.

Le mensonge, c’est que, confrontés à cette nécessaire solidarité – et à une population qui consent en principe au partage, mais se rebiffe quant elle en vit les conséquences et doit payer la note – les gouvernements choisissent aujourd’hui de tenir un discours de solidarité, mais de ne pas y donner suite. ON MENT ! Les apparences remplacent la réalité et, dans ce contexte de maquillage, même les services que l’on devrait pouvoir rendre sans grands sacrifices ni discussions risquent de ne plus être rendus !

Un risque paradoxal, à l’opposé de ce que devrait apporter le passage à une économie tertiaire. La gouvernance et tous les partis politique de quelqu’importance ont aujourd’hui cessé de parler de solidarité. Pourtant, sans solidarité, cette société mourra.

Pierre JC Allard

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