Nouvelle Societe

21-02-10

Quand la nation n’est plus…

820 intellectuels québécois viennent de signer le « Manifeste pour un Québec pluraliste ». C’est peu, mais c’est beaucoup. Peu, parce qu’on en trouvera certes vite tout autant pour dire le contraire; beaucoup, parce qu’il a toute de même fallu les trouver, les grouper, les convaincre de lancer ce pavé dans la mare.

Le lancer, sachant bien qu’on déplacerait la vase et qu’on dérangerait les brochets, mais qu’il n’en sortirait rien d’autre. Rien d’autre de constructif, s’entend, car il en sortira assez de querelles, d’insultes, de hargne et de vociférations pour nous faire gagner du temps. Gagner tout ce temps qu’on veut perdre, pour NE PAS régler les problèmes.

Je ne veux même pas discuter du pluralisme sur le fond, car le « fond », ici, est presque anodin. Le fond dont on voudrait discuter n’est que paroles, arguments, arguties, expression des mêmes préjugés, de part et d’autre, qui sont les motifs des vrais convaincus. Personne ne changera d’opinion suite à ce Manifeste. Pour ou contre, les jeux sont faits.

Le sens comme les effets du « pour » comme du « contre », d’ailleurs, semblent de bien peu importance à côté du fait FONDAMENTAL qu’ils sont irréductibles. Le fondamental, c’est que cette bataille du pluralisme ne sera jamais gagnée, car elle n’est qu’une facette d’une guerre qui ne finira jamais. Elle durera une éternité, pendant laquelle nous serons tous perdants. Ce débat sur le pluralisme ne changera rien. Il ne sera qu’un épisode, une péripétie de la preuve récurrente que le Québec n’est PAS une nation.

Pas une nation, car ce ne sont pas les similitudes qui font une nation; c’est la priorité qu’on leur accorde. Une nation est là, s’il existe sous les partis, les dogmes et les intérêts, un sentiment d’identité et d’appartenance qui transcende les différences : le germe d’une union sacrée. Or, il n’y a pas au Québec un consensus sur ce que nous sommes, ni sur ce que nous voulons être. Il n’y en a plus.

On ne parle pas ici de divergence sur les moyens, mais sur les objectifs fondamentaux de la société québécoise. Deux référendums l’ont prouvé et, s’il y en avait un troisième, il confirmerait certainement ce clivage. Pluralisme ? Quoi d’autre pour dépasser la dualité ? Comment aurions-nous un consensus sur l’opportunité ou la manière de défendre une identité, alors que la moitié d’entre nous en mettent l’existence en doute ?

Il ne faut pas penser, surtout, que « gagner » un référendum résoudrait le problème. Le problème n’est pas que le Québec soit, ou ne soit pas, dans la fédération canadienne ; le problème est que nous soyons irrémédiablement divisés entre nous. Le désaccord qui tue n’est pas entre “Québécois” et « Canadiens », mais entre deux factions de Québécois pour qui ce qui les sépare est plus important que ce qui les unit.

Il ne semble plus y avoir de socle identitaire qu’on pourrait atteindre en creusant. Pas de drapeau ni de Marseillaise qui nous ferait tous bondir ensemble. Tous les symboles ont été instrumentés. Ils sont devenus partisans. Feuille d’Érable, Fleur-de-lys, n’apparaissent pas pour nous rassembler, mais pour nous dresser les uns contre les autres.

Dans ce pays de factieux, tous les clivages prennent une importance démesurée. Tous les conflits sont insolubles, car c’est à l’opposition à l’autre qu’on s’identifie. C’est la désunion qui est sacrée. On préfère que le Québec ne soit pas, plutôt que de penser qu’il pourrait être autre chose que ce qu’on l’a rêvé. C’est pour ça que la nation québécoise n’existe pas.

J’ai fait mon deuil du Québec. Il ne sera ni laïque, ni missionnaire, ni pluraliste, ni vraiment français. Il ne sera rien. Juste une barque sans barreur, dans un espace tiède, entre chaud et froid, dérivant au gré des vents qui le feront changer de cap, mais sans avoir la force de gonfler ses voiles. Le Québec ne veut pas vraiment naviguer et, si certains voulaient briser ses amarres, il se trouverait toujours 820 lucides pour les retenir… et des milliers d’autres pour les applaudir

Notre révolution bien tranquille, qui avait cru faire l’économie de trancher quelques têtes, nous a laissé un pays décapité où il ne semble plus rester un seul chef qui pense, qui espère et qui ose. Nous sommes devenus un pays équivoque, veuf d’une nation, divisé contre lui-même. Un pays sans projet de société et qu’on pourra maintenant faire dessiner au jour le jour, pour des desseins qu’on dira “pluralistes”, par des gouvernants sans desseins.

Pierre JC Allard

15-02-10

Je t’aime… moi non plus.

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:01

Je vous souhaite une bonne et joyeuse Saint-Valentin. J’en souhaite une à toute humanité. Un coup d’oeil sur le journal de ce matin et l’on comprend qu’elle en a bien besoin… Tous les jours, on se raconte des histoires en se disant qu’on l’aime bien, cette humanité, mais il ne faut pas trop creuser, car on se bute sur tous ces gens qui sont aussi l’humanité… et ça nous force à maîtriser le plus-que-parfait du mensonge.

Dans toutes ces histoires qui ont fait la une ce matin, se pourrait-il est qu’ils nous eussent tant menti. ? Se pourrait-il que nous ne nous en fussions pas déjà indignés ?

Ce matin, ça commence par un triste accident. L’ouverture des Jeux Olympiques de Vancouver est attristée par la mort d’un lugeur géorgien. Un accident, bien sûr, mais comme il y a eu 12 autres incidents au cours des derniers jours seulement et qu’un des vrais pro du sport a déjà dit que les chances de se casser la gueule dans la courbe no 13 étaient d’environ 50-50%, on se demande si on n’a pas bâti cette piste si outrageusement difficile pour faire une bout de chemin vers les jeux du cirque. Morituri te salutant…

On se défend bien aujourd’hui, à Whistler, d’apporter in extrémis des changements à la piste  ; tout est parfait et a toujours été parfait. Comment aurait-on pu commettre une erreur ! Georges Hackl, triple champion olympique allemand de la discipline résume bien la situation dans cette jouissive apposition conceptuelle : “ On peut vivre toute une vie dans ce sport sans voir quelqu’un projeté ainsi au-dela du parapet (…) Je ne crois pas que cette piste soient vraiment plus dangereuses que les autres“.

N’avouez jamais… tout ce fric, n’est-ce pas… J’aime l’olympisme… Mais je me retiens.

Pendant ce temps, à Dresden, en Allemagne quelques milliers de gens qui voulaient commémorer l’anniversaire du bombardement de février 1945, quelques semaines avant la fin de la guerre, d’une ville qui n’avait même pas de défense antiaérienne et où l’on avait réuni les malades et les infirmes ont été empêchés de le faire. « Des néonazis » a dit le maire de la ville, Helma Orosz “nous n’avons pas besoin de ces gens ici“.

Tout le monde sait depuis 65 ans que ce bombardement sans intérêt militaire a été un acte de pure vengeance et qu’on y a massacré 135 000 personnes par plaisir. En fait, il faudrait maintenant dire « savait », puisque un “étude officielle” récente affirme que tous les experts ont eu tort et qu’on n’a tué que 25 000 personnes à Dresden ce jour là. Chic ! Vous voyez, on a règlé 81,5 % du problème et cette affaire n’est même plus dans la classe Hiroshima ! Circulez, rien à voir. On ment, mais ça soulage. Aimons-nous les uns les autres.

Retrouvons à Londres les Anglais qu’on avait laissés à Dresden. Sommé par la cour d’appel de dire la vérité, le gouvernement britannique vient de relâcher les documents qui prouvent hors de tout doute qu’il a été complice des Américains pour torturer un présumé terroriste anglais d’origine éthiopienne plus tard envoyé à Guantanamo… Puis éventuellement trouvé innocent.

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas l’infamie ; elle est quotidienne. C’est le mensonge des Anglais qui ont toujours tout nié et, surtout cette réaction des USA qui nous montre bien où sont les priorités dans notre monde d’amour. Dennis Blair, Director of National Intelligence, nous dit qu’il regrette.  Il regrette la torture ? Mais non, voyons, il regrette l’indiscrétion !

“The protection of confidential information is essential to strong, effective security and intelligence cooperation among allies. The decision by a United Kingdom court to release classified information provided by the United States is not helpful, and we deeply regret it.”. Cupidon devrait mettre du curare sur certaines de ses flèches.

Un peu dur pour les Anglais, mais même entre eux… À l’aube d’une campagne électorale où il part perdant, le Premier Ministre Gordon Brown, qui est allé pleurer à la télévision la mort d’un de ses enfants, a suscité chez les critiques une réaction où l’on cherche en vain de la sympathie

This is, in part, about making Gordon a more likable person to the voters,” said Ben Page, chief executive of polling group Ipsos-MORI. ”Voters see him as remote and out of touch.. He’s not sobbing into his handkerchief, which would be regarded as cynical. What they want from a politician is authenticity — Brown seems to have managed to display that.” Flegme et retenue, hein …

Filez maintenant sur l’Ukraine. Tymoshenko, cette heroine de la Revolution Orange et candidate malheureuse aux dernieres élections, est désormais à peu près la seule à prétendre qu’on lui a volé cette élection. Les USA ont laissé tomber et concédé la victoire au candidat pro-russe

Cette élection n’ayant été ni plus ni moins manipulée que les autres, on comprend que le choix des Américains de protester en Iran et de ne pas protester en Ukraine n’est sans toute pas basé uniquement sur les faits. Il y a de l’amour, la-dedans… Un manque d’amour. On aimait mieux l’Ukraine il y a quelques années

Amour… On peut penser, surtout, que la petite démonstration de force de Poutin en Georgie a permis de stabiliser les zones d’influence. J’en suis heureux pour la paix. Pour l’amour, je ne suis pas si sûr…

Bon, comme disait  Bardot et son copain, on va et on vient… il y a les méchants, mais nous on s’aime, n’est-ce pas ?Est-ce qu’on se retient encore un peu avant de faire des bêtises ?

Pierre JC Allard

03-02-10

Monsieur de Villepin, républicain

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:43

La question que devrait se poser aujourd’hui le Président de la République, après sa dénonciation de Dominique de Villepin qui prend maintenant des airs de calomnie et lui vaut ce camouflet, c’est : « Devrais-je m’accrocher au pouvoir jusqu’à l’horizon 2012, ou prendre le risque que la rue me signifie mon congé de façon plus musclée, quand la détérioration prévisible de la situation économique et sociale lui suggérera de s’en prendre à un pouvoir qui vient de perdre ce qui lui restait de crédibilité ? » ….

Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. La fin de tout respect pour celui devrait la guider, au moment précis où la France doit serrer les rangs pour faire face à la crise. On a déjà dit de la France qu’elle était veuve, aujourd’hui, elle est orpheline.

Le Président a fait une grave erreur. Il n’a pas compris que sa maîtrise de l’appareil de l’État ne lui servirait de rien, en cette affaire, puisque ce procès se ferait dans la rue et sous les regards d’une population qui, avec l’affaire Mitterrand, était au point de rupture dans le dégoût. Dégoût d’une petite élite qui fait bloc avec ses ministres prévaricateurs ou fiers habitués de lupanars juvéniles.

La justice vient de se prononcer, mais cette cause était déjà entendue. L’ambiance vulgaire de corruption, d’agiotage, de scandale de cette fin de république a déjà convaincu les Français de vouloir s’en laver par la DIGNITÉ, la CLASSE, et le STYLE. Dans ce contexte, avant même qu’un mot ne soit dit ou qu’un témoignage ne soit entendu, ce procès, était déjà gagné pour Villepin. il y avait délit de faciès contre Sarkozy.

La France avait déjà acquitté Villepin et condamné Sarkozy, parce que Villepin incarne ce que les Français voudraient être, alors que Sarkozy leur montre ce qu’ils ont bien bien peur d’être devenus : des vendeurs de frégates et de sous-marins par la corruption, des gens qui votent “non” par référendum, puis qui supportent qu’on leur fasse ensuite dire oui… Même jugé coupable, Villepin serait quand même apparu comme victime de la lettre de cachet d’un prince méprisé. Blanchi par le tribunal, évidemment, il triomphe…

Il triomphe et le Président, qui parfois s’énerve, voit qu’il a ainsi, par cette calomnie, mis le pied à l’étrier à celui qui, en l’absence d’une gauche crédible, apparaît désormais comme le plus intéressant de ses rivaux. Comment le Président pourrait-il encore commander le moindre respect ? Va-t-il s’accrocher au pouvoir, ou partir avec dignité et sauver peut-être sa dynastie ? Car un moment de dignité bien placé, avec le temps, peut faire oublier bien de erreurs…

Dans la crise actuelle, la solution idéale pour la France serait la démission de Sarkozy, des États Généraux et un gouvernement d’union nationale, représentant TOUTE la nation, de gauche à droite, en attendant une constituante pour une VIe république. Villepin serait le chef parfait pour ce gouvernement de transition….Cela dit, on peut toujours rêver, mais le plus probable reste que tout ne se règle qu’en 2012. Ce qui ne met pas Dominique de Villepin hors-jeu, au contraire.

Avec une Gauche sans leader et sans projet et une Droite qui déçoit, il semble logique que ce soit du Centre que vienne le candidat vedette qui raflera la mise en 2012. Mais quel Centre ? On peut penser Bayrou ou les Verts, mais tous les sondages semblent bien mettre le centre de gravité de l’opinion française plus à droite. Est-il inconcevable que l’UMP se scinde entre une faction amie du FN – qui tirera d’autant plus Sarkozy vers elle qu’elle fera des gains et que celui-ci perdra des amis au centre – et un “Mouvement Républicain” (MOREP) qui ne demande qu’à naître, puisqu’il collerait de près au centre-droit que semble vouloir les Français ?

Ce “Mouvement Républicain” serait une image miroir au Centre-droit du Modem au Centre-gauche, les deux pouvant éventuellement devenir les seuls partis de gouvernance, dans une structure bipolaire à l’américaine. Les deux quasi indiscernables dans leurs politiques, sinon dans leurs langages, comme leurs modèles américains, puisque, en l’absence d’un nouveau projet de société révolutionnaire dont on ne voit pas pointer l’aube, ce sont les événements et non les idéologies qui pour l’avenir prévisible imposeront la seule politique possible : l’opportunisme.

Pour ce Mouvement Républicain, Villepin serait le candidat idéal. D’une tout autre stature que Bayrou ou DCB. Centre-droit, si on veut, mais je ne lui vois aucune autre idéologie que le pragmatisme. Je crois qu’il voudrait donner aux Français ce que les Français veulent… Dans le scénario d’un statu quo social, bien sûr, mais la France veut-elle vraiment autre chose aujourd’hui qu’un prudent statu quo social ?

À moins que n’apparaisse à gauche ou a droite un “homme providentiel “ – ce qui n’est pas toujours une bonne nouvelle – je vois en 2012 une finale Villepin – Sarkozy avec le choix entre d’une part l’ordre à tout prix – avec une bonne dose d’autoritarisme clairement annoncée – et, d’autre part, la légitimité républicaine férocement défendue par un aristo… Ce qui n‘est pas sans précédents, ni en France, ni ailleurs.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/10/bayrou-meteores-et-jumen…

Pierre JC Allard

Thème : Rubric. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 33 followers