Nouvelle Societe

16-09-09

Google. La pensée en liberté

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L’Histoire commence avec l’écriture. Dans ce qui vient avant, on cherche des traces, après on lit les signes. Si l’humanité a fait quelques pas depuis 5 000 ans, c’est surtout parce qu’on a pris des notes et qu’on a ajouté une mémoire collective à nos mémoires individuelles. On a vite compris qu’on voyait plus loin si on grimpait sur les épaules des autres. Celles des « géants », comme Bernard de Chartre l’aurait dit et comme Newton l’a fameusement répété. Or, les épaules des géants, ce sont les textes qu’ils nous ont laissés.

Quand est venue l’imprimerie, des nains on pu se joindre aux géants pour amonceler leurs pierres et la pyramide s’est élevée plus vite. Lecture, réflexion, découverte, science, techniques… En haut de la pyramide du savoir, à laquelle chacun peut contribuer, on a trouvé l’industrie et l’abondance. Quand le Timespour marquer l’An 2 000 a choisi Gutenberg comme « Homme du Millénaire », ce n’était vraiment pas bête. Malheureusement, quand le savoir apporte la richesse, le pouvoir est jaloux du savoir.

L’Église, d’abord, s’est approprié le site et a bâti un mur d’interdits : ne montait pas qui voulait à la pyramide du savoir. Pas les femmes, pas les pauvres, pas les autres… Alors la pyramide a grandi, mais moins vite qu’elle ne l’aurait fait si on avait tous pu y grimper et apporter son caillou. Dommage… L’Église est partie, mais il est resté un mur et, même aujourd’hui, ne monte pas toujours qui veut au savoir.

Il y a un guichet et un prix à payer pour lire et savoir. A l’entrée, comme cerbères, il y a la faune des éditeurs, imprimeurs, distributeurs, agents, libraires et que sais-je qui barbotent autour du livre, pour contrôler et faire payer l’accès à l’écrit et à la culture. Oh, il y a bien quelques petits sentiers qui permettent de se faufiler et d’atteindre la connaissance sans payer le prix qu’en exigent ceux qui la tiennent en otage, mais il faut se battre… ou tricher.

Ce qui est inacceptable, car avec l’Internet est venue la possibilité concrète de donner à tous l’accès à toute connaissance et à toute culture. Le temps est venu de la bibliothèque universelle, virtuelle, globale, exhaustive. L’objectif final, c’est que tout ce qui a été écrit et qu’on a conservé, tout ce qu’on a publié et tout ce qu’on publiera soit disponible en ligne.

Pas seulement la littérature, dite grande ou petite, mais aussi les journaux, les périodiques, les manuels et tout le corpus des travaux de recherche scientifique que leurs auteurs souhaitent publier et qui constituent l’état de la science et de la technique. Il faut que tout ça puisse apparaître à l’écran de l’usager et être imprimé à sa discrétion SANS FRAIS. Il est impérieux qu’on abatte le mur et les guichets élevés ceux qui se sont arrogé un droit de cuissage sur l’écriture et sont en fait les geôliers de la culture. Il faut détruire le mur.

Crucial, car si tous peuvent avoir accès à tout ce que la mémoire collective a accumulé, chacun partira de plus haut pour aller poser sa pierre. La pyramide grandira BEAUCOUP plus vite. C’est la voie du progrès, du développement, de l’enrichissement comme du plaisir qu’apporte la culture. L’humain a choisi l’arbre de la connaissance. Il faut en cueillir tous les fruits et inviter tout le monde à table. TOUT ÊTRE HUMAIN A DROIT À TOUTE LA CONNAISSANCE. Nous devons tous avoir accès à tout ce qui a été écrit depuis toujours. C’est notre patrimoine.

C’est le devoir et ce doit être la responsabilité de la société de s’approprier toute connaissance et toute culture et de les mettre gratuitement à la disposition de tous ses citoyens. C’est à l’État, mandaté par nous tous, de rémunérer les auteurs et tous les créateurs pour les motiver à produire plus et mieux, mais la propriété de ce qui est pensé et créé ne peut être que collective et son usage ne peut être que libre pour tous. L’État qui ne le fait pas ne fait pas son travail.

On trahit la culture française en ne le faisant pas, car la prochaine génération ne prendra connaissance que de ce qui aura été numérisé. Or, la Bibliothèque Nationale de France, qui détient 13 000 000 de documents, n’a réussi à ce jour qu’à en numériser que 300 000 en format texte – environ 2% ! – et l’Association des archivistes français déplore la disparition de la Direction des archives de France, diluée dans une « Direction générale des patrimoines de France », dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP)…
Pendant qu’on tergiverse, Google, qui a numérisé 10 000 000 de documents aux USA, presse le pas et part même en croisade pour sauver aussi les « petites cultures », numérisant tout gratuitement, contre l’engagement d’un accès public gratuit. C’est ainsi qu’on est à compléter la numérisation de la bibliothèque de Barcelone, en catalan… Google est le Chevalier qui vient abattre le mur et libérer la pensée. Il y parvient en deux (2) opérations dont les effets se complètent.

La première, c’est cette numérisation de tous les documents écrits. Un travail colossal, mais indispensable dont j’ai parlé il y a longtemps. La deuxième, c’est une procédure pratique et efficace que Google vient d’annoncer, pour rémunérer ceux qui écrivent.

Il était difficile de payer sur Internet de tout petits montants. Google va intervenir pour consolider les petits paiements de chaque lecteur à tous les auteurs… et les versement à chaque auteur de ses nombreux lecteurs. Chaque auteur pourra ainsi devenir autonome et vendre lui-même sa prose, dont Google fait aussi la promotion méthodique. Intelligente. Gratuite.

Aujourd’hui, l’auteur ne touche que 6, 8 ou 10% des 20, 30, 40 euros que coûte un bouquin. Via l’Internet et Google, l’auteur ne touchera peut-être que 1/100e ou 1/200e de centime du mot pour ses écrits, mais à ce prix, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions de gens voudront le lire…. C’est par là que passe la rentabilité future du métier d’écrivain.

Numérisation et micro paiements permettent de briser les barreaux de la prison et de libérer la pensée. Google, bien sûr, veut aussi numériser la France. À la rage folle de l’élite de ce qui y scribouille. Le Syndicat national de l’Edition française (SNE), ne veut pas comprendre que Google est là pour aider notre vieille connaissance, Quidam Lambda, héritier de la même culture que le SNE et qui paye sa quote-part de son entretien, mais à qui on n’envoie pas des exemplaires gratuits des espoirs au Goncourt et au Renaudot pour avoir son avis.

Le SNE ne comprend pas que QL, qui paye pour ses livres, en a marre de les payer au prix fort, pas pour mettre du beurre sur les épinards des écrivains, mais pour faire vivre la faune des geôliers de la culture. Le SNE qui a visiblement fait le choix de grenouiller et de grouiller, monte aux barricades contre le projet Google.

Le 4 septembre dernier, le ministère de la Culture et de la Communication a adressé“ses observations sur le projet de transaction” au tribunal américain chargé de vérifier la légalité des ententes entre Google et les autres intervenants. Le SNE allégue que l’intervention de Google est “non conforme” au droit de la propriété intellectuelle et au droit de la concurrence.

Même son de cloche à l’occasion des auditions de Google Books devant la Commission européenne : “cette affaire (intervention Google gratuite) pose une question de principe” : le respect du droit d’auteur qui garantit la rémunération des créateurs et fonde la diversité culturelle..

Bullshit (selles de bœuf) ! Tout le monde est pour la rémunération des créateurs. Il faut seulement affirmer que c’est à l‘État de le faire, selon le consensus social et d’assurer ainsi vraiment l’égalité d’accès au savoir et à la culture. Tout le monde est aussi pour la diversité culturelle. Il faut simplement cesser de dire des âneries et favoriser la diffusion des diverses productions culturelles si on veut qu’elles survivent.

Il est temps de dire que, comme vecteur d’un message, enveloppe d’une oeuvre, contenant d’un contenu, le livre est l’accessoire. C’est un bel objet qui a sa place dans les musées, mais Il n’y a plus de raison pour que tout ce qui est écrit ne soit pas accessible à tous. Il faut arracher la culture à ses geôliers qui tirent une rente d’en réclamer itérativement la rançon. Il est temps que l’âme de l’écrit échappe à son enveloppe matérielle et s’envole, immortelle, sur les ailes de Internet. LIBRE.

Vivement la pensée en liberté ! J’aurais préféré que l’État la libère, mais peut-on espérer une bonne action de ceux qui ont imaginé HADOPI. Ici, c’est Google le preux chevalier. On peut trouver que Du Guesclin est laid et dire qu’on n’aime pas les Bretons… mais c’est lui qui vient sauver la France.

Le SNE et ceux qui le soutiennent concoctent une mixture délétère de chauvinisme et de corporatisme qui leur permettrait de momifier la culture francaise. Il faut les ignorer. Tout ce qu’à pensé l’homme est à toute l’humanité. Google va numériser ? Vivement Google.

Pierre JC Allard

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7 commentaires »

  1. Oui c’est malheureux de voir que ceux qui sont à la tête de l’État français ne se servent pas plus d’internet que de leur cerveau pour voir que même si c’est une atteinte au droit d’auteur et de la concurrence, et ils ne se trompent pas, cela se justifie du fait de l’intérêt social, culturel et du système de rémunération qui ne devrait pas léser les « nains ».

    Sans doute les « géants » se sentent menacés. On peut guère les blâmer de chercher à préserver leur royaume, toujours est-il que l’État français en matière de numérique n’est absolument pas à jour. Qu’à cela ne tienne, le netizen n’a guère plus besoin de l’état pour chercher à se cultiver, mais c’est effectivement malheureux d’être un des seuls pays au monde à avoir un ministère de la culture et ne pas en profiter.

    De plus, en matière de « démocratie » moderne, il n’a jamais était dans l’intérêt d’un gouvernement d’avoir un peuple trop cultivé, mais plutôt un peuple qui achète gala pour se renseigner sur les dernières bonnes actions de la dame de France, et qui continue de donner son appuie au gouvernement actuel et à ses héritiers.

    Le contrôle sur internet se resserre avec l’éternelle chasse aux pédophiles comme justification (qui sont sûrement bien plus facile à attraper si les professeurs d’école étaient davantage contrôlés).

    Mais au fond, on sait très bien que ça commence comme ça, et ça finit comme en Chine, où l’information provenant de l’extérieur est coupée.

    Commentaire par Tonyoh — 17-09-09 @ 9:57

  2. Inévitable. Le peuple ne veut plus vraiment de la démocratie que nous avons.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/12/tien-an-mein/

    PJCA

    Commentaire par pierrejcallard — 17-09-09 @ 11:47

  3. Avec les années, les majors et les éditeurs sont devenus puissants et ont noué des bons contacts avec le pouvoir. On voit qu’ils les utilisent aujourd’hui pour ralentir et tenter d’inverser l’évolution en cours de manière à sauver leur business. Il agissent donc plus en « entrepreneurs contribuable » qu’en « diffuseurs de culture ». Merci Google de secouer un peu le cocotier.

    Par rapport à la culture française maintenant, je pense aussi que « la prochaine génération ne prendra connaissance que de ce qui aura été numérisé ». Donc soit on numérise suffisamment et on fait entrer la culture française dans le 21ème siècle, soit on numérise pas et on fait entrer la culture française au musée. Dans le premier cas on démontre que notre culture est toujours vivante, dans le second qu’elle appartient au passé et les prochaines générations combleront le vide avec autre chose.

    Finalement, la nature fait bien les choses :)

    Commentaire par jb — 18-09-09 @ 1:05

  4. @ JB: Rien à ajouter.

    Commentaire par pierrejcallard — 18-09-09 @ 10:54

  5. Selles de boeuf!
    Il y a comme un abus dudit «droit d’auteur».
    Je veux bien croire qu’on protège. Parole.net est fermé. On pouvait avoir accès à de vieux textes de chansons qui sont des trésors.
    Il va falloir passer par les USA pour revoir les textes d’AZnavour écrits en 1960…
    L’histoire de la poésie française recèle elle aussi des trésors. Du 15 ième siècle. J’en ai trouvé il y a quelques années. Je ne sais pas trop où l’on en est à la numérisation. Mais si les éditeurs ont le droit de le mettre en «papier» sans payer de droits, une version électronique serait bienvenue. Et, probablement, serait une sorte d’incitatif à l’achat. Qui y perdrait?
    À se demander s’il ne se produira pas la même chose qu’avec la musique populaire. L’abus des compagnies a été tel, que les consommateurs achètent apparemment moins. Mais si on compte les CD, on semble ne pas bien compter les autres moyens de diffusion.
    En musique, ce que le consommateur ne veut plus, c’est un album de 12 chansons avec… deux bonnes.
    En France, les droits d’auteur sont bien rémunérés.
    Au Québec, certains éditeurs sont partis avec les recettes, ou alors alléguaient des dépenses trop élevées.
    N’y a-t-il pas un certain snobisme à «s’emparer» de la culture et la garder?
    Il en est qui ne se nourrissent que de cette «propriété» qui les élèvent.
    Veulent pas descendre au rang de la «plèbe»? :-)
    Bonne journée!

    Commentaire par gaetanpelletier — 18-09-09 @ 5:09

  6. Google n’est pas le sauveur, c’est une étape

    Et il est l’heure de s’éloigner de se phare.

    Il faut la décentralisation : partout

    Le risque c’est la centralisation, il faut une forme en réseau.

    J’essayerai de parler des monnaies et économique alternatives , ( et je trouve des chiens même parmis les libres ) : par ailleurs ces monnaies décentralisés, sont également une étapes.

    Mais pour cent papier une émission visuelle sera un autre phare : quelque soit la qualité, les gens ont besoin de mettre des têtes sur de nouveaux mots.

    Commentaire par K. — 21-10-10 @ 6:32

  7. […] Les reporters, journalistes et chroniqueurs professionnels devraient toucher un salaire de base auquel s’ajouteraient des primes selon le nombre de demandes de lecture qu’auraient suscité leurs textes. Tout le monde peut, à sa demande, être publié dans « Information », sans préjudice à son droit de publier lui-même sur internet et d’être rémunéré pour le faire , y compris par les lecteurs eux-mêmes. […]

    Ping par Pierre JC Allard — 24-06-14 @ 9:41


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