Nouvelle Societe

31-07-09

Evangile de l’Autre – 1

Filed under: Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01

PARTIE  1

JEAN

Jean, ayant rendu témoignage de Jésus et non de l’Autre, a été à l’origine de tout. Du temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre, nommé Zacharie, de la classe d’Abia; sa femme était d’entre les filles d’Aaron et s’appelait Élisabeth. Ils n’avaient point d’enfants, parce qu’Élisabeth était stérile, et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge. Or, pendant qu’il s’acquittait de ses fonctions selon le tour de sa classe, Zacharie fut appelé par le sort, d’après la règle du sacerdoce, à entrer dans le Temple pour offrir le parfum. À l’heure du parfum, toute la multitude du peuple était dehors, en prière,

À l’intérieur, Zacharie se tenait debout, à droite de l’autel des parfums, quand un Messager lui apparût. Zacharie fut troublé, mais le Messager lui dit: “Ne crains point, Zacharie, ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Plusieurs se réjouiront de sa naissance car il sera grand. Il prêchera afin de préparer au changement ceux-là qui doivent changer.”

Zacharie dit au messager: “A quoi reconnaîtrai-je cela, car je suis vieux et ma femme est avancée en âge? ” Le messager lui répondit: “J’ai été envoyé pour t’annoncer cette bonne nouvelle et tu n’as pas cru à mes paroles. Elles s’accompliront en leur temps, mais toi, tu seras muet jusqu’au jour où ces choses arriveront, afin que, par ce prodige, le peuple tout entier apprenne à croire. Car, sans la foi du peuple, rien ne serait possible.”

Le peuple attendait Zacharie, s’étonnant de ce qu’il restât si longtemps dans le temple. Quand il sortit, il ne put leur parler et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple; il leur faisait des signes, mais restait muet. Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s’en alla chez lui et, quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte puis donna naissance à Jean.

Quand son temps fut venu, dans la quinzième année du règne de Tibère César, Jean, le fils de Zacharie, alla vers le pays des environs de Jourdain, prêchant, comme tant d’autres avant lui, le baptême de repentance pour la rémission des péchés.

Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain.

À ceux qui venaient en foule pour être baptisés par lui, il disait: “Race de vipères! Qui vous a appris à fuir la colère à venir? Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car, je vous le dis, de ces pierres même Dieu peut susciter des enfants à Abraham! La cognée est déjà à la base des arbres: tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.”

La foule l’interrogeait, disant: “Que devons-nous donc faire?” et Jean, comme les Prophètes, leur répondait: “Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point; que celui qui a de quoi manger agisse de même.” Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: “Maître, que devons-nous faire?” Il leur répondit: “N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.” Des soldats aussi lui demandèrent: “Et nous, que devons-nous faire?” Il leur répondit: “Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne; contentez-vous de votre solde.”.

Le peuple était dans l’attente et, reconnaissant dans la bouche de Jean le message des Prophètes, tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Mais Jean les détrompa et leur dit à tous: “Moi, je vous baptise d’eau et de repentance; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers ! Il porte la lumière et vous baptisera de feu. Il nettoiera son aire, séparera le bon grain de l’ivraie et amassera le blé dans le grenier de ses enfants.”

Vinrent de Jérusalem des prêtres et des Lévites pour lui demander: “Toi, qui es-tu?” et Jean leur répondit: je suis la voix de celui qui crie dans le désert: “Aplanissez le chemin du Seigneur”, comme l’a dit Isaïe, le prophète. C’est ainsi que Jean préparait le peuple au changement, en lui adressant des exhortations. Mais Jean ne savait pas qu’il annonçait la venue du Fils de l’Autre.

Tout le peuple se faisaient baptiser par Jean à Béthanie, au-delà du Jourdain, et j’y étais quand Jean, voyant Jésus venir lui rendit ainsi témoignage. “Celui qui m’a envoyé m’a dit: ‘ Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit ‘. Je ne le connaissais pas, mais j’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur celui-ci. Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde.”

Mais moi, Barabbas, je sais que ce jour, à Béthanie, l’Esprit s’est aussi posé sur le Fils de l’Autre qui était là également dans la foule. Sans aucun prodige, sans aucun signe dans le ciel. Car si le message de Jésus exigeait des miracles, celui du Fils de l’Autre -étant tout entier conforme à la Loi – n’en pouvait admettre aucun .

Moi, Barabbas, je rends témoignage selon ce que j’ai vu et ressenti, que le Fils de l’Autre a alors compris sa mission de sceller la Nouvelle Alliance avec un nouveau Peuple Élu, de rompre avec tous les messages de tous les Prophètes et de créer l’Homme Naturel nourri des fruits de l’Arbre de la Connaissance.

Moi, Barabbas, j’ai vu, de mes yeux vu, le baptême et la genèse du Fils de l’Autre, celui que certains appellent Satan mais qui est le Sans-Nom-aux-cents-noms. Le Fils de l’Autre qui est aussi, sans qu’on le sache:

Fils de celui qui le premier fit d’une pierre une arme, d’un silex un couteau, d’un bâton un javelot, d’une corde un lasso;

Fils de celui qui découvrit qu’un âne peut tirer un chariot, qu’un boeuf peut tirer le soc, que le cheval peut porter un harnais et que tout être humain peut aussi être asservi;

Fils de celui qui le premier prétendit se concilier les dieux et établit son pouvoir en sacrifiant au feu la colombe, l’ennemi vaincu, la vierge innocente;

Fils du premier qui dit: “ceci est ma terre, celui-ci est mon esclave, cette chose est à moi, cette femme m’appartient” et fit qu’on le crût;

Fils de celui qui décréta que l’or vaut plus que le pain, et que celui qui possède l’or est plus grand que celui qui sème, que celui qui récolte et que celui qui boulange;

Fils de celui qui le premier, mettant son sceau sur le parchemin ou la cire, put convaincre que la cire et le parchemin valaient maintenant richesse, force, puissance, justice;

Fils de celui qui établit que la richesse, même mal acquise ou volée, mérite un intérêt qui sans cesse dès lors l’agrandit, la multiplie, la perpétue;

Fils du premier conquérant, du premier geôlier, du premier tortionnaire, du premier avocat, du premier banquier;

Fils de Prométhée qui apporte le Feu, fils de Lucifer qui apporte la Lumière, fils de l’Autre dont le service est de ne pas Servir et qui, transformant ainsi l’UN en DEUX, apporte la Conscience et la conscience du mal.

Le lendemain, Jean, qui était là avec deux de ses disciples, vit Jésus qui passait et dit encore: “Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde, celui dont j’ai dit: ‘ Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi ‘ “. Les deux disciples l’entendirent prononcer ces paroles et ils suivirent Jésus.

Moi, j’ai suivi le Fils de l’Autre. Parce qu’il m’a regardé.

L’ANGE

Je le suivis de loin, car il m’en intima l’ordre d’un regard: il voulait être seul. Prenant conscience de sa mission, le Fils de l’Autre voulait mettre sa résolution à l’épreuve. Pendant quarante jours, il réfléchit près du Jourdain après quoi il se mit en marche. Un ange lui apparût bientôt qui lui dit: “Vois cet enfant aveugle qu’on a abandonné sur le bord de la route. Porte le jusqu’au prochain village où on l’accueillera. Il ne t’en coûtera qu’un léger effort et cet enfant vivra.”.

Le Fils de l’Autre lui répondit: “Ange, tu as erré trois fois. Cet enfant, d’abord, ne serait pas accueilli au village qui n’a que faire d’un aveugle de plus; ensuite, le serait-il qu’il serait un fardeau inutile et ne doit pas survivre; enfin, tout effort est trop grand qui ne rapporte rien. Il sera écrit: ‘ Toute parcelle de bien vous perdra ‘; ce n’est pas la pitié qui apportera la lumière aux Hommes”.

Continuant son chemin, le Fils de l’Autre arriva à une rivière près de laquelle une foule nombreuse attendait avec impatience qu’accoste enfin le bateau passeur qui ne suffisait pas à la demande et auquel il faudrait des douzaines de voyages pour les transporter tous. Allant droit vers la berge en écartant ceux qui faisaient la file, il sauta dans la barque d’un bond agile avant qu’elle n’atteignit la rive et, prenant la perche des mains du passeur, repoussa le bac loin du bord. – “Va” – dit-il à ce dernier lui rendant la perche – “Fais ton travail; conduis nous à bon port.”

- “Mais, Maître” – lui dit le passeur – “Pourquoi ne pas emmener quelques-uns de ces paysans qui attendent depuis si longtemps? Et de quel droit es-tu passé devant eux tous, n’est-ce pas injuste? Et combien me payeras-tu?”

- “Ange” – lui répondit le Fils de l’Autre – “je t’ai reconnu. Je n’ai emmené aucun de ces paysans parce que, si j’avais pris le temps de le faire, ils auraient eu le temps de m’empêcher de partir. De quel droit suis-je passé devant eux? Dis-moi plutôt de quel droit serait parti avant moi l’un ou l’autre de ces paysans? Le fait d’attendre lui aurait-il conféré ce droit, alors que la bonne décision n’était pas d’attendre mais d’agir, comme ce qui est arrivé en a fait la preuve? Quant à te payer, je suis plus fort que toi et tu n’as pas un ami sur l’autre rive: sois heureux que je ne jette pas à la rivière. Il est écrit: le soleil luit pour l’injuste comme pour le juste. Ce n’est pas la justice qui apportera la lumière aux Hommes.”

À peine eurent-ils atteint le rivage, que Fils de l’Autre se sentit transporté au faîte du Temple de Jérusalem, d’où l’Ange lui montra en un instant tous les temps à venir. – “Fais-en seulement le voeu” – lui dit l’ange – “et tous les gens de toutes les époques recevront l’abondance et le bonheur en ton nom et te béniront loyalement pour toujours.”

- “Va-t-en” – lui répondit le Fils de l’Autre – “et ne crois pas même me tenter. Car que m’importe qu’ils me bénissent, si je n’ai pas eu la force de les façonner à mon image? Crois-tu que je veuille l’illusion plutôt que la réalité du pouvoir? Et ne parle pas de la loyauté qui est l’ultime faiblesse, le dernier obstacle à la vraie puissance, laquelle ne doit ni ne peut rien devoir au passé. Ce ne sont pas les mythes “gratitude”, “vertu” et “loyauté” qui apporteront la lumière aux Hommes.”

Après l’avoir tenté de toutes ces manières, l’ange comprit que les temps de l’Illusion étaient révolus et s’éloigna de lui. Le Fils de l’Autre, attendant que j’eusse aussi franchi la rivière, vint alors vers moi et, m’ayant narré les feintes de l’Ange et ses propres réponses, pour la première fois m’enseigna la Vérité: la pitié est une faiblesse, la justice est un leurre, l’illusion du pouvoir le plus grand obstacle au pouvoir. Ensuite, revêtu de la puissance de l’Esprit, il retourna en Galilée où je le suivis.

NAZARETH

Il se rendit d’abord à Nazareth, où il avait été élevé, et entra dans le souk le jour du marché. Inconnu, mais achetant de chacun des objets peu coûteux dont il ne discutait pas le prix, il se fit vite reconnaître comme un fils de la place qui avait réussi. Le lendemain, à la synagogue, pour lui faire honneur, on lui demanda de lire et commenter le livre du prophète Isaïe. L’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il est écrit:

“L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur.”

Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur, et s’assit. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient le regard fixé sur lui. Alors il commença à leur dire:

- “Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. Je parlerai peu, car il a été dit: “A beau mentir qui vient de loin”; je vous annoncerai seulement la bonne nouvelle: désormais, quiconque en cette ville peut et veut travailler recevra un salaire et il n’y aura plus d’autres pauvres que ceux qui méritent d’être pauvres. À tous ceux qui ont le coeur brisé, j’offre de guérir leur blessure par l’espoir et l’ambition. À tous ceux qui sont captifs, j’offre d’acheter leur liberté, en travaillant encore plus fort. À ceux qui sont aveugles, je promets que nous chercherons un remède à leur mal et prierons ensemble pour qu’ils attendent sereinement leur guérison. Aux opprimés je promets que nous veillerons à leur enseigner la résignation et à vous tous ici, qui êtes l’élite de cette ville, je promets que j’intercéderai auprès de César – que je connais – pour que vienne le temps de la grâce: que vos taxes soient réduites, que vous deveniez plus riche et que votre situation et votre pouvoir ne soient jamais contestés”.

Et tous ceux qui, ayant pouvoir, sont ceux-là seuls dont l’opinion importe, lui rendaient témoignage; ils étaient étonnés des paroles de miel qui sortaient de sa bouche, et ils disaient: ” Mais de qui donc d’entre nous cet homme si sensé est-il le fils? ” Mais il ne leur dit pas. Car nul n’est prophète en son pays s’il ne s’entoure d’un mystère. Il leur dit plutôt que tout Israël attendait son message et qu’il devait partir, mais qu’il reviendrait bientôt, car il était des leurs.

S’étant levés, ils applaudirent et l’escortèrent jusqu’à la porte de la ville. Nombreux étaient ceux qui voulaient le suivre, mais il ne leur permit pas, n’acceptant avec lui que le fils unique et un peu simplet d’une riche veuve, laquelle lui confia du même geste son héritier et les dix talents d’or qui étaient sa fortune. Il fit de celui-ci mon valet, en me disant de lui transmettre du message du Fils de l’Autre ce que je jugerais qu’il en pourrait comprendre.

C’était peu, mais ce fut suffisant pour que ce premier disciple s’en montrât content. Ce qui était important, car le Fils de l’Autre ne voulait personne à ses cotés qui ne fut satisfait et ne parût heureux. ” Le succès d’un prophète” – m’avait-il dit -”se mesure au sourire de ses disciples. Car c’est celui qui a la joie qui consent au sacrifice, pas celui qui vit la douleur et en a déjà sa quote-part.”

Quittant Nazareth, le Fils de l’Autre descendit ensuite vers Capharnaüm, s’arrêtant dans chaque village, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. Il enseignait dans les bazars et il était glorifié par tous. On était frappé de sa doctrine, car il parlait avec autorité. Partout des gens voulaient le retenir, afin qu’il ne les quittât point, mais il leur disait: “Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle, car c’est pour cela que j’ai été envoyé”. Puis nous partions

LES APÔTRES

Alors que parcourant la Galilée en attirant des foules de plus en plus nombreuses nous avions fait halte un soir près de Génésareth, le Fils de l’Autre m’éveilla au lever du soleil. – “Vois, Barabbas, comment le message du Fils de l’Autre se précise sans que diminue pour autant l’enthousiasme avec lequel il est accueilli. L’heure est proche à laquelle la Vérité pourra être dite.”

Comprenant que ce que j’avais cru être une amélioration de son discours venant de l’habitude était la libération prudente d’un message déjà complet – et que ce qui m’avait semblé normal lui paraissait merveilleux, le remplissant d’une confiance accrue en sa mission – j’osai l’interroger: “N’est-il pas évident, Rabbi, que la clarté entraîne l’accord et que mieux l’on explique, mieux l’on est compris et accepté?”

Il sourit avec indulgence: -”Ne crois pas que ce soit là chose ordinaire, Barabbas, car un langage imprécis permet à chacun de retrouver dans le message ce qu’il veut y trouver; tous sont facilement ainsi mis d’accord sur ce qui confirme ce qu’ils souhaitent déjà. Au contraire, la clarté engendre la discorde, car elle souligne les différences entre les désirs divergents de ceux qui écoutent. La clarté rend aussi le message pénible à entendre, car elle montre ce qui doit être changé et il en est peu qui ne soient rebutés par la nécessité d’un effort. Il sera dit: “Il n’est pas de tâche plus ardue que de changer l’ordre établi”. Or, la clarté menace l’ordre établi en en montrant les failles; c’est pourquoi le discours clair ne peut être reçu que s’il colle de si près à la vraie nature humaine qu’il puisse susciter l’adhésion de tous sans éveiller la moindre résistance.”

- ” Et c’est bien ainsi que tu parles, Maître ” – lui dis-je avec respect.

- “Oui, Barabbas, tu as bien dit; le message du Fils de l’Autre est bien, en vérité, le discours que veut entendre tout homme. Et si tous n’y ont pas encore adhéré, ce n’est pas que sa clarté les en avait dissuadés mais, au contraire, parce que la forme de ce discours n’avait pas encore atteint sa perfection. Maintenant, c’est fait. Sois prêt, Barabbas, car l’heure est proche où la Vérité sera dite.”

- “Je suis prêt Seigneur” – lui dis-je.

- “Alors, Va” – me dit-il – “Retourne vers ces villes de Galilée dont tant de gens ont voulu nous suivre et dis publiquement à ceux que voici – (et ce disant, il me tendit le rouleau où étaient déjà inscrits les noms de ceux qui deviendraient ses apôtres) : ‘ le Maître t’a choisi; viens ! Laisse tout et suis-moi ‘.

- “Pourquoi me croiraient-ils, Maître?”

- “Tu leur montreras les dix talents de la veuve que je te confie, et tu diras: ” Le salut d’Israël ne se fera pas sans toi. Viens. Viendras-tu pour cet argent, ou pour l’amour du Maître?”. Ils te suivront.

- “Mais si un seul prend l’argent, Seigneur, qu’offrirai-je au suivant?”

- “Nul à qui l’on a dit qu’il était indispensable ne se vend au premier prix qu’on lui offre; ils ne le prendront pas.”
- “Mais s’ils refusent de me suivre?”

- ” Nul ne refuse de suivre celui qui lui offre cent fois ce qu’il croyait valoir; ils te suivront. Et, quand ils seront tous les dix à ta suite, hors de la ville, tu leur diras: “Le Maître m’a fait votre chef à tous; y en a-t-il un parmi vous qui le conteste?” Personne ne le contestera, puisque tu seras devenu pour eux celui par qui leur viendra la richesse.”

J’acquiesçai respectueusement et il continua: – ” Dans chaque ville, dans chaque village où tu passeras, dis aussi à tous: “Le Maître, qui s’entoure maintenant de ceux qu’il a choisis, parlera bientôt de la Vérité à tous ceux qui veulent entendre. Venez.”"

- “Combien en viendra-t-il, Maître?” – “Autant qu’il y a de gens en ces villages de Galilée qui, sachant que quiconque offre dix talents pour un homme ordinaire en mettra mille pour établir sa Vérité, voudront savoir ce qu’ils peuvent en tirer pour eux-mêmes. Ils seront nombreux et le Fils de l’Autre n’a rien à dire à ceux qui ne viendront pas. Va, pars.”

Je partis de Génésareth au soleil levant et tout se passa comme il l’avait dit. Je revins le septième jour avant la sixième heure, suivi des dix qu’il avait choisis et d’une multitude d’hommes et de femmes de tout âge, des familles entières s’étant jointes à la cohue dès qu’il fut devenu apparent que nous serions nombreux. La rumeur s’étant répandue qu’un richissime homme de bien, ami de César, allait sauver Israël, beaucoup vinrent même de villages où le Fils de l’Autre n’avait pas prêché, du Décapole et d’au-delà du Jourdain, du nord de la Samarie et de la proche Syrie.

Nous étions désormais Douze que le Fils de l’Autre avait choisis:

Un Pharisien, de haute lignée et impeccable réputation;

Un prêtre, ancien du Sanhédrin, qui savait tout de la Loi de Moïse;

Un Scribe qui connaissait mieux que quiconque le droit des Romains et celui des gens;

Un Publicain qui savait compter, savait qui comptait, et à qui tous devaient des faveurs;

Un Centurion romain qui avait vu Tibère et auquel on obéissait sans réplique;

Une Courtisane à qui nul n’avait jamais dit non;

Un Éphèbe androgyne qui n’avait encore jamais dit oui;

Un Commerçant de Tyr qui savait le prix des gens et des choses;

Un Sophiste juif hellénisé qui pouvait expliquer n’importe quoi;

Un Essénien qui, sans qu’il se crût prophète, apportait la caution de l’Avenir et du Mythe.

Avec ces Dix, il y avait aussi le fils simplet de la veuve aux dix talents et moi, Barabbas, ancien esclave et affranchi, voleur de bourses, coupeur de gorges, pilleur de tombes, galérien en fuite, et désormais leur Chef à tous et vicaire du Fils de l’Autre, puisqu’il en en avait ainsi décidé.

A Suivre  - Partie 2

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