Nouvelle Societe

11-06-09

Des référendums sectoriels à bas prix ?

Madame Marois nous parle de référendums sectoriels et Monsieur Parizeau apporte sa caution, en introduisant toutefois un caveat :  Allons-y mollo, car chaque  réferendum coute tout de même 85  million !  Je suis heureux qu’on aborde ce sujet, car je parle depuis 20 ans de consultations populaires sectorielles.  Bien heureux, car je crois qu’il y a une solution pratique à la question des coûts et des efforts qu’exige une consultation référendaire.

Quand je suggérais des consultations  populaires fréquentes, il ne s’agissait  pas pour moi de départager les compétences fédérales et provinciales, mais plutôt de donner à l’État quelques mandats impératifs en divers domaines. Je reviendrai sur ces consultation et ces mandats imperatifs, car je crois cette question importante, mais il s’agit uniquement ici de constater que la méthode que je proposais pour réaliser ces consultations populaires est parfaitement applicable au réferendums sectoriels dont il est maintenant question. … ce qui permet de les réaliser à bon prix.

Comment ?  En utilisant le réseau Interac qui relie les institutions financières et permet la compensation des transactions.  Imaginons une entité – le Bureau des Élections -  pouvant accéder au réseau Interac comme une institution financière et ouvrant d’abord à chaque citoyen-électeur un compte “électoral”. À chacun d’eux on remet aussi un “Carte Citoyenne”, semblable  à ces cartes de debit que nous connaissons tous et à laquelle le détenteur assigne un mot de passe,

Il ne s’agit pas d’argent, dans ce compte, mais de droits de vote.  Au depart le compte est vide, mais l’État qui veut faire voter ses citoyens, ou tout segment d’entre eux, peut leur créditer à chacun  UN (1) vote au moment qu’il juge opportun.

Quand le compte a été ainsi “approvisionné”, le citoyen peut voter à tout guichet automatique en introduisant sa carte et son mot de passe. La machine rend son vote disponible, débite son compte, puis coupe le lien avec ce compte pour fins de confidentialité du scrutin, après quoi seulement elle lui émet un numéro aléatoire généré par ordinateur et fait apparaitre à l’écran les options de vote dont il dispose pour cette consultation.  L’électeur fait son choix et reçoit confirmation écrite du vote exprimé, portant reference du numéro d’identification aléatoire.

A tout moment, pour une période qu’on détermine, l’électeur peut introduire son numéro d’identification aléatoire et se verra alors confirmer le vote qu’il a exprimé. Une possibilité de contrôle citoyen bien dissuasive de toute manipulation, puisque l’électeur qui prétendra que le vote que lui indique le systeme n’est pas celui qu’il a fait en aura en main la preuve écrite !

C’est la sommation de tous les votes identifés par les numéros  aléatoires qui donne le résultat de l’élection et la confidentialité des électeurs est totalement préservée.   On comprend, cependant, que le même processus peut servir a sonder formellement la population avec régularité sur toute question d’intérêt.    

Si on veut alors obtenir des échantillonnages statistiquement valides, on peut mettre à la carte citoyenne des codes générant des nombres aléatoire à l’interieur de catégories pré-identifiées et indiquant les catégories démographiques ou socioéconomiques du détenteur sans devoir dévoiler son identité,

Non seulement les référenduns sectoriels deviennent faciles, mais des sondages préalables peu couteux permettent de savoir ce que l’électeur veut et de lui poser la question qui correspond  à ses desirs. N’est-ce pas ça, la vraie démocratie ?

 

Pierre JC Allard

10-06-09

Bayrou. Météores et juments vertes

Qui aujourd’hui miserait cent sous sur l’avenir politique de François Bayrou ?   “Mort” et “cuit” sont les épithètes que lui accollent les blogueurs.  Le  météore apparu aux dernières présidentielles – et qu’on avait voulu garder en résere pour un match revanche en 2012 – vient de disparaitre du firmament politique en quelques heures. Il aura suffi de quelques quitte ou double qu’il a perdus contre Cohn-Bendit et Sofres, puis des medias.   Il ne reviendra pas . «Un mort qui ressuscite déçoit toujours un peu son monde» –  disait Marcel Aymé…  On  ne permettra pas à Bayrou de décevoir davantage

On ne laissera pas Bayrou gâcher l’espoir du Centre en 2012. Un grand espoir, car l’égregore du Modem est toujours là. Il y a sa clientèle de rénovateurs idéalistes à prendre, avec, juste  à côté, celles des Écolos jeunes et vieux et des nostalgiques de Mai 68 ou même de Lecanuet !   C’est une base à laquelle il faut ajouter tous ces abstentionnistes qui ne sont vraiment ni à gauche ni a droite,  pas vraiment fâchés, mais pas tres heureux non plus.  C’est ce magma centriste qui est la source la plus probable du prochain pouvoir.

Tous ces tièdes sociaux voient que l’UMP est le parti d’un seul homme – parfois bien irritant ! – et que la Gauche n’est qu’une idée qu’on s’est partagée et qu’on a mise en dormance.  Avec la crise, on louchera vers les extrêmes, mais il suffit, pour que le Centre s’impose, qu’aparaisse l’homme ou la femme charismatique qui viendra dire aux Français que le salut passe par le rejet de la Gauche comme de la Droite et que leur abstention aux européennes a été un geste de lucidité et de courage… La priorité ?  Construire un large consensus…

Ce mouvement vers le centre a commencé avec  Ségolène, arrachant l’investiture du PS en prenant de front les éléphants. Segolene avait la cote d’amour et les sondages pour elle. Elle allait vers un triomphe… mais un mauvais virage vers la Gauche, alors que le Centre l’attendait, et Bayrou l’a doublée sur sa droite, lui ravissant ce centre qui bascule à gauche ou à droite et qui donne les victoires.  

Si Segolène avait été plus machiavélique, elle aurait  laissé la presidence à Bayrou en échange de son soutien aux Législatives.  Forte de cet appui, elle aurait mené son équipe  à une victoire facile contre  l’UMP puis, s’appuyant sur la structure du PS  - dont Bayrou n’avait pas l’équivalent – elle aurait exercé le vrai pouvoir.  La France aurait été au centre… mais teintée de gauche.   Elle ne l’a pas fait.  Son heure a passé. 

L’heure est maintenant  à un « Extreme-Centre », teinté de rien.   Un consensus  s’appuyant sur les désenchantés de la politiques qui apparaissent  comme la seule majorité.  N’est-ce pas l’heure de Bayrou ?   NON. La France voudrait un Bayrou… mais pas Bayrou.  Parce qu’il a déçu ?   Il n’aurait pas déçu qu’elle n’en voudrait pas plus !  Il a déjà servi.

On est désormais en démocratie pipole. Bayrou est “usagé”, alors qu’on veut du neuf.  Comme aux USA, ou les candiats battus ne reviennent pas. Même Al Gore, qui avait tout pour revenir, a compris que la plèbe veut toujours un nouveau gladiateur dans l’arène.

Dans un monde ou les idées sont façonnées sur mesure au gré des sondages -  et où ce qui sera fait  ne devra rien à ce qui aura été dit – la politique doit être conçue comme pure imagerie. Le peuple veut un conte de fées.  Il veut un héros qui parte de très bas pour pouvoir monter très haut, tres vite, car c’est à l’ascension du météore que la foule veut s’identifier, C’est là qu’elle trouve son plaisir.. Elle exige que l’on gagne du premier coup, comme Obama, ou qu’on disparaisse.

Il y a une prime de popularité qui accompagne la curiosité pour la dernière trouvaille.   On cherche donc le candidat qui va surprendre. Tant mieux si le cheval court, mais d’abord qu’il étonne !  On a parlé  de Marcel Aymé ?  Disons que le peuple cherche une “jument verte”.  Ceux qui n’étonnent pas ne se rendent même pas au départ.  Segolene ou Bayrou ?  C’était hier.  Besancenot ?  C’était ce matin et il semble bien qu’il va vers la sortie…

Si quelqu’un peut vaincre Sarkozy en 2012, ne le cherchez pas: il est trop tôt.  On verra bientôt trotter sous les vivas, sur la piste Internet, Melenchon,  Cohn-Bendit, Joly, tous les vieux  et  quelques jeunes  aussi, sans doute, mais la Jument verte n’arrivera que vers la fin 2011. Elle arrivera en météore, comme Bayrou.  Elle ne galopera pas avant 2011, sans quoi on s’en lasserait… comme de Bayrou…

Pierre JC Allard

09-06-09

La gouvernance des timorés

Pourquoi sui-je si intensément dégoûté de la gouvernance que nous avons en ce pays, en cette province et en cette ville ? Parce que je vois la peur partout. Parce qu’ayant peur on ne bouge pas, que ne bougeant pas on ne fait rien et que ne faisant rien nous ne sommes plus les acteurs, mais les simples spectateurs de ce qui nous arrive. Je ne blâme pas tant Tremblay, Charest et Harper de ce qu’ils font, que de ce qu’ils ne font pas. Et je ne lis pas dans les yeux de ceux qui veulent les remplacer une autre détermination que celle de vouloir les remplacer. Des timorés à l’affût d’autres timorés

Il y a tant, et tant de choses qu’on a peur de faire… Les plus graves méritent qu’on s’y arrête, qu’on en discute en profondeur et je le fais parfois, mais il y a aussi tous les petits dossiers qui trainent et qui cachent les grands. Ceux auxquels on ne prend pas le temps de s’arrêter, mais qui ne sont pas résolus non plus et qu’on a peur de régler aussi… Aujourd’hui je vais en souligner deux (2). J’aurais pu en souligner 20 … Regardez autour de vous, jusqu’à ce que vous soyez aussi parfaitement dégoûtés. Peut-être, alors, exigerons-nous tous ensemble que quelque chose BOUGE

Prenons d’abord cette destitution de Guy Chaput, Président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) Il a fait des dépenses exagérées et on le vire. Ah bon… Un geste vertueux ? Je trouverais ce geste vertueux si l’on avait réagi à une escroquerie ou à une corruption, mais on ne l’en accuse pas. J’en déduis qu’il n’en est pas coupable. Il a fait des dépenses exagérées, comme une ci-devant lieutenant-gouverneure qu’on avait aussi critiquée. On a jasé un peu, puis tout s’est calmé…

Ici aussi, il semble qu’on attende que les choses se calment. Pourtant, j’aurais bien aimé savoir si Chaput faisait ou ne faisait pas un bon travail. Parce que j’aime mieux payer plus cher pour un bon travail que moins cher pour un travail qui n’est pas fait.

Le travail qui n’est as fait est toujours trop cher. Or, Je vois souvent dans les officines de l’État beaucoup de travail qui n’est pas fait et dont les timorés ne parlent pas… Qu’est ce qu’on fait à la SODEC ? Le fait-on bien ? C’est ça l’important.

On a viré Chaput sans qu’il soit même question du travail fait et à des conditions qui laissent supposer qu’on n’avait rien à lui reprocher. On a acheté son départ. On a eu peur de lui faire un procés – sans doute à raison – mais on l’a donc condamné sans procès. Avait-on une autre raison de livrer une victime expiatoire à la meute des envieux que d’éviter que le bon peuple ne regarde de trop près les comptes de dépenses des autres fonctionnaires et gouvernants ?

N’est-il pas évident qu’on a eu peur de l’opinion publique ? Je ne vois rien de vertueux à avoir pris Chaput comme bouc émissaire, seulement une terrible trouille.. Peur qu’on ne fouille trop dans cettte apparence de corruption qui flotte autour des commandite, des viaducs qui tombent, des compteurs d’eau… de tout ce qui se fait à tous les paliers de la gouvernance de nos timorés.

Autre dossier, ce projet de téléphérique pour relier le Vieux-Port à St-Lambert. La Société du Vieux-Port de Montréal ne permet pas à la compagnie Skyline l’autorisation de le construire. Pourquoi ? Ce n’est pas un projet de Martiens, il y a des télécabines un peu partout dans le monde. Les commerçants de la zone le réclament et le promoteur ne demande des sous à personne. De quoi a-t-on peur ?

Le comité de la Ville de Montréal chargé d’analyser le projet ne s’est pas « prononcé ». Il attend quoi ? Quel geste devrait poser le promoteur pour susciter un peu d’intérêt ? Pourquoi le ministre responsable de la métropole ne se prononce-t-il pas lui non plus ?

il semble que faire quoi que ce soit fait peur. Et quand on a peur des petits projets, on a encore plus peur des grands, comme on a eu peur de ces milliards que le Cirque du Soleil voulait investir dans un projet de casino et qu’on a refusés… Pourquoi prouver qu’on est là seulement en faisant en sorte que rien ne se réalise ? Encore des gestes qu’on n’a pas faits ?

Moi, ce qui me fait peur, c’est qu’à être gouvernés par des gens qui ont peur de tout, on en vienne à ne plus avoir peur de ce dont on devrait vraiment avoir peur: l’immobilisme, l’insignifiance et la décrépitude progressive d’une société à laquelle on ne propose rien.

Pierre JC Allard

08-06-09

Partir du pied gauche…

L’Europe a voté. Sans beaucoup d’enthousiasme et sans se prononcer pour de grands changements. Avec la prudence qui sied à un temps où l’on peut encore se bercer de l’illusion que cette crise n’est pas terminale de la société que nous avons connue. Prudence, mais, ici et là, en Angleterre et aux Pays-Bas, entre autres, une radicalisation se dessine qui n’est pas une surprise… À moins qu’on ne veuille voir comme une surprise que cette radicalisation n’aille que vers la Droite…

Le message le plus clair de ces élections, c’est que la Gauche stagne. Les Écolos font en France un aussi bon carton que les héritiers de Jaures, pendant que les Besancenot et Melenchon ne rejoignent même pas le score d’un Le Pen pourtant bien vieux ! Pourquoi la Gauche ne représente-t-elle plus l’alternative du changement ? Parce que la Gauche s’est scindée en deux factions.

Un Parti Socialiste corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres. Les autres, c’est-à-dire les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont les bien-pensants se sont sommairement délestés pour parvenir à la respectabilité électorale républicaine et dont ils n’assument plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

On a un PS de centre-gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant que la naissance d’un « Mouvement Républicain » à sa droite qui lui donnera les répliques attendues pour devenir la moitié d’une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fera consensus et dont tout désir de changement sera exclu. Cette Gauche n’a pas de projet de société, Elle n’a pas un grand dessein à proposer. Cette Gauche ennuie.

À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti de gouvernance. Ils pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si le PS ne leur tend pas la main.

Si le PS préfère se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral, ceux qui veulent de vrais changements ne pourront espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faut que le PS aille vers cette gauche radicale et non vers le centre. Il en naitraît une alternative. Une Gauche unie pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;
2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production;
3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;
4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;
5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;
6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale à l’exception d’un impôt sur le capital;
7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;
8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité
9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;
10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;
11 Reconnaître la violence comme une pathologie, en tirant les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral;
12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un “Contrat Social” explicitant les valeurs républicaines;
13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires de ce contrat social ;
14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par Internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;
15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;
16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;
17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence ;
18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, en ce qui ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, car il y a bien plus à faire… Mais agir vite, car la crise actuelle est une invitation au voyage. Si on ne part pas du pied gauche, on pourrait se retrouver bien loin de ce à quoi profondément l’on aspire.

Pierre JC Allard

07-06-09

Salaam Aleikum !

Obama est allé au Caire offrir la paix : Salaam ! Il en a profité pour dire aux amis juifs d’Israel et de la diaspora qu’ils étaient ses bons amis, mais souligner qu’il ne plaisantait pas lorsqu’il parlait de Palestine. C’est là qu’il va sceller la paix. Je pense au sifflet du train qui passe et vous salue, mais dont le salut est péremptoire : je passe.

Je ne me lasse pas de suivre avec attention – et je l’avoue, avec admiration – les discours d’Obama qui semblent constituer un seul message structuré et bien pédagogique en plusieurs volets, pour faire comprendre à tous que le monde a changé et que ce sont de nouvelles règles qui s’appliquent.

Tout se tient dans cette démarche, tous les rappels sont là, comme dans une symphonie classique et l’on en arrive à prévoir les développements et le phrasé. Rien n’est laissé au hasard dans son périple. Chez Chrysler et GM, la leçon sur le travail. Aujourd’hui, la leçon sur la paix. Demain, en France… on verra. On tire du message d’Obama une double conclusion, alternativement rassurante et inquiétante, selon l’humeur qu’on a.

Rassurante, parce que l’on n’a plus le sentiment d’improvisation qui nous étreignait, il y a quelques années, quand on tentait vainement de suivre la logique de la politique américaine et qu’on ne voyait qu’une foire d’empoigne entre des individualistes balourds, sans idées et sans idéaux, On se sentait à la merci d’une bêtise. Je suis maintenant persuadé qu’il existe un PLAN, que ce plan n’est pas celui d’un homme, mais celui d’une équipe et qu’il n’a pas été conçu il y a quelques semaines, mais il y a des années.

On peut maintenant comprendre ce qui se fait et donc prévoir ce qui sera fait. On peut errer, en faisant ces prévisions. Errer d’autant plus aisément que certains aspects de ce plan ne peuvent se réaliser au mieux que si certains de ceux qu’il concerne agissent spontanément, et que des efforts sont donc faits pour que ce plan leur reste inconnu. Mais la ligne directrice est claire et, si l’on s’égare à un tournant, on peut s’y retrouver au suivant… Il y a un capitaine sur le navire et l’on a mis le cap vers quelque part. Rassurant.

Inquiétant, aussi, cependant, car l’existence d’un plan suppose un déterminisme et une détermination. Un déterminisme incompatible avec la vision d’un monde de libre-arbitre qu’on m’a inculquée depuis que j’ai l’âge de me balader seul. Depuis qu’on m’a dit que c’est moi qui ferait mon destin, dans un monde démocratique dont moi et d’autres comme moi choisirions ensemble la voie. Tous égaux. Tout ça se termine quand il y a un plan.

Quand le cap est choisi, il n’y a qu’à l’accepter. On ne m’a pas consulté. Au mieux, on me consolera si je semble déçu. On le fera si bien que j’en oublierai que j’aurais pu vouloir autre chose. Si quelque chose en moi résiste, tout le monde – et moi le premier, sans doute – saurons que ce quelque chose est une imperfection. En attendant que je m’en corrige, j’aurai devant moi, au service de ce déterminisme, une froide détermination. On me bousculera le moins possible, mais c’est moi qui devrai changer : le plan ne changera pas.

La logique d’un monde d’interdépendance auquel la technologie impose la cohérence vient de nous rejoindre. Les dinosaures qui s’accrochaient à des préjugés et des émotions et qui voulaient gérer le monde selon leurs caprices sont mis à la retraite. Ils étaient souvent bêtes, parfois méchants. Humains, trop humains. Maintenant on va regler les crises une à une, mettant les dinosaures à l’écart, là où ils ne piétineront personne.

On va redistribuer la richesse, lentement, mais sûrement, car la misère est un inconvénient. Produire autre chose et travailler autrement, car on salit le nid et l’on n’en tire même pas ce que l’on veut vraiment . Vivre en paix, car il y a pour tous… Il faudra seulement ne pas trop discuter et, au moins pour un temps, ne parler de liberté qu’en mode poétique.

Pierre JC Allard

06-06-09

Le charme discret de la zizanie

Qui ne connaît pas Louise Harel ? Une tradition, un monument, une de la première heure. Elle a occupé toute une brochette de fonctions au Parti Québécois, dont celle de Chef par intérim du parti, entre Landry et Boisclair. Elle est une de ceux et celles qui ont eu le courage de leurs convictions et se sont désolidarisés de René Lévesque, quand celui-ci a penché plus vers l’association que la souveraineté en novembre 84. Si l’expression « plus catholique que le pape a un sens », elle ne peut mieux s’appliquer qu’à Louise Harel dans sa foi souverainiste.

Je l’ai rencontrée à quelques reprises. Une personne d’un commerce bien agréable, mais sans complaisance dans ses convictions. Je n’ai que du bien à dire de Louise Harel. Elle a gardé pendant 27 ans la confiance de ses commettants et a été – entre autres – Ministre des Affaires municipales et de la Metropole, connaissant donc la problématique de Montréal aussi bien que quiconque. Si quelqu’un a le profil du candidat sur mesure à la mairie de Montral, c’est bien elle.

Simultanément, l’administration Tremblay a pris des airs de catastrophe et les soupçons de corruption se sont accumulés dont personne n’accuse formellement le maire en poste d’être coupable, mais dont bien peu ne croient pas qu’il ne soit responsable, ne serait ce que par une inacceptable naïveté. Le lit de Madame Harel est donc bien fait. Si bien fait, que le chef de l’opposition, Benoit Labonté, lui cède la place sans discussions. Comment pourrait-elle ne pas être triomphalement élue en novembre ?

Il est bien possible qu’elle ne le soit pas, pourtant, car il est loin d’être assuré que cette élection portera sur la compétence des candidats ou leurs promesses respectives. Il est au contraire presque certain qu’elle opposera deux visions déjà bien campées de ce que doit être Montreal… et aussi des loyautés tribales.

D’une part la vision d’une métropole intégrée, conforme au projet de fusion qu’avait justement piloté Madame Harel et qui avait été mené à bon port en 2002, s’opposant à une vision autonomiste, « confédérale » de la gestion de la conurbation montréalaise. C’est cette vision autonomistes qui a eu le dernier mot, pourtant, suite aux réferendums organisés par le gouvernement Charest en 2004 et qui a permis a 31 villes participantes de reprendre une large part de leur autonomie.

D’autre part, des loyautés tribales. Ce sont les municipalités anglophones qui ont voulu prendre leur distance d’un Grand Montréal encore francophone et qui ont obtenu leur autonomie en 2004, par la grâce du gouvernement Charest, lequel leur devait bien cette récompense pour leur indéfectible soutien au parti libéral. On ne votera pas pour Louise Harel dans ces bastions anglophones.

Pas de surprise dans ce clivage, mais il faut être conscient que les enjeux pour le bien de Montreal ne joueront pas le premier rôle dans les décisions de vote qui seront prises en novembre. La plupart des électeurs y arriveront avec des préjugés solides, totalement imperméables à toute remise en question.

La réalité, c’est qu’on votera pour ou contre une centralisation accrue et que les opposants à la centralisation seront surtout les anglophones. Qui gagnera cette lutte dépendra du talent de chaque parti et des moyens dont ils disposeront l’un et l’autre pour motiver et mobiliser leurs troupes.

Je ne sais pas qui aura l’avantage, mais je suis absolument certain que le candidat qui l’emportera aura gagné pour de bien mauvaises raisons et qu’il en sortira une communauté montréalaise plus divisée que jamais. Je ne vois pas l’intérêt pour Montréal de devenir une simple volet du dossier national et pour un temps le champ de bataille de ceux qui s’affrontent dans ce dossier.

La compétence accrue que pourrait apporter Louise Harel à la gestion de la metropole justifie-t-elle cet antagonisme qu’on va raviver ? Je ne me prononce pas aujourd’hui sur cette question, mais à chacun d’en juger.

Pierre JC Allard

05-06-09

“The shoah must go on” ?

Je pense que le élections européennes du 7 juin 2009 auront une certaine importance pour la communauté juive de France. J’ai choisi de reproduire ici – et sur Agoravox si on l’accepte – un article que je publiais en septembre 2005 lorsque les colons juifs ont été forcés de quitter Gaza. Je n’y ajouterai pas de commentaires.

“” C’est un ami juif qui fait dans le show business -même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions – qui m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. L’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs – pas toujours, mais souvent – je pense aux perdants de Gaza. Comme je pense à ceux de Bagdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisis et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, même pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt – qui était aussi de la famille – aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes.”

Pierre JC Allard

04-06-09

Une démocratie en tutelle

Ce qui se passe au parlement européen intéresse peu. On voit ces gens qui s’agitent sans avoir même le goût d’en changer. Ils inspirent plus de pitié que de colère ou de mépris, car ce serait leur rôle, en cette période de crise, de réaliser un programme que la population aurait choisi en les élisant et de fixer les moyens d’y parvenir, mais on sait qu’ils ne le peuvent pas: le pouvoir est ailleurs.

Les élections européennes nous rendront un grand service, si elles nous ouvrent les yeux et nous font constater que cette situation n’est pas vraie qu’au parlement de l’Europe, mais dans tous les parlements. On aura fait un grand pas vers le renouvellement de nos institutions, si on comprend que le problème fondamental de la démocratie actuelle est que ce ne sont plus les élus qui ont le vrai pouvoir de décision. L’élu est devenu impuissant… et un intermédiaire inutile.

Inutile, parce qu’il faut une connaissance spécialisée des dossiers pour pouvoir faire le choix des moyens. Les élus n’ont pas cette connaissance, puisque leur spécialité, à eux, c’est d’être politiciens. Se faire élire est un job à plein temps et, s’ils voulaient connaître aussi les subtilités de l’éducation ou des finances, les députés et les ministres ne feraient pas leur travail de politiciens. Les élus délèguent donc le choix des moyens aux hauts fonctionnaires.

Mais les hauts fonctionnaires ne peuvent pas non plus être des spécialistes en éducation, en finance ou quoi que ce soit d’autre que l’administration, puisque leur mission est de gérer des centaines ou des milliers d’employés et un budget de centaines de millions ou de milliards d’euros. Le haut fonctionnaire est donc un administrateur.

Qui connaît les dossiers des finances, de l’éducation, de la justice, etc ? Des fonctionnaires, aussi, mais d’un autre niveau. Du niveau “professionnel” qui se situe beaucoup plus bas dans la hiérarchie. Des fonctionnaires qui ne sont pas consultés quand les décisions sont prises, seulement quand il s’agit de les justifier.

Parce que les décideurs sont des administrateurs, c’est la logique administrative qui prévaut quand ils décident des moyens: programmes, critères et procédures. Hélas, le choix des buts étant inextricablement lié à celui des moyens, les objectifs qui ne satisfont pas à la logique administrative – (qui ne permettent pas, par exemple, une utilisation optimale des ressources disponibles) – sont perçus comme impossibles à atteindre. Les buts définis par les représentants du peuple sont alors “reformulés” pour coller aux besoins du système. En fait, ils sont mis au rancart.

La démocratie représentative ne fonctionne plus, parce qu’elle a conduit à une situation où nous ne sommes plus gouvernés, mais sur-administrés. Ceux qui savent ne peuvent pas, ceux qui peuvent ne savent pas et les politiciens, impuissants, sont renvoyés pour des décisions qu’ils n’ont pas vraiment prises… alors que les vrais décideurs, les mandarins en contact direct avec les lobbies, qui ne veulent surtout pas le changement, mais seulement la pérennité du système et son fonctionnement sans heurts, ne portent pas la responsabilité de leurs erreurs ni surtout de leur indécision.

Il faut transformer radicalement le système démocratique. La démocratie, ce serait de soumettre au peuple des choix et de le laisser décider des buts, mais qu’ensuite le mandat d’atteindre ces buts soit confié à “ceux qui savent”, que ceux-ci aient la responsabilité formelle de décider des moyens et qu’ils soient responsables de leur décision, directement devant l’électorat.

Je suis tout à fait conscient des implications énormes de consulter la population sur le choix d’un président de banque centrale ou d’un chef d’Etat-Major. C’est une révolution. C’est l’avènement de la démocratie. Y sommes nous prêts ? Si les coups d’épée dans l’eau qu’on donne au palier de l’Europe nous font comprendre que le problème de l’absence de contrôle de la population sur le fonctionnement des institutions est le même aux autres paliers, cet exercice des élections européennes aura été bien utile.

Pierre JC Allard

03-06-09

Les élections européennes

Entre les 4 et 7 juin prochain (2009), les 27 Etats membres de l’Union Européenne vont voter au suffrage universel par circonscriptions et se choisir 736 représentants.  En principe, les élus au Parlement de Strasbourg – qui siègent la plupart du temps à Bruxelles – constitueront le volet démocratique de la gouvernance de l’Union Européenne.  Les trois quarts au moins des lois adoptées par les États nationaux devant se conformer aux directives de l’Union, on pourrait penser que ce qui se discute dans ce Parlement n’est pas sans intérêt.    Et pourtant….

Pourtant, les élections européennes n’intéressent pas beaucoup les Français, ni les Allemands et les Anglais encore moins. Les Belges oui, mais c’est chez eux…  Généralement la moitié des Européens ne votent pas à ces élections et il semble que cette fois ce sera pire. Pourquoi ce manque d’intérêt?   Parce que le Parlement européen n’a ni vrai pouvoir ni autorité.

Pas de pouvoir, parce que, même si on lui demande bien son avis et qu’il a un droit de censure, il n’a pas l’initiative législative. Il ne propose pas des lois; il est le tampon sur des lois qu’on lui soumet.  Les lois, c’est la Commission Européenne qui les propose, la Commission, qui est une création des États et non des peuples de l’Europe.

Le Parlement peut bien se prononcer sur ces lois qu’on lui propose, mais sur quelle base ?  Les dossiers sont nombreux, complexes et leur technicité en rend la maitrise ardue.  Les membres de la Commission ont derrière eux chacun une armée de fonctionnaires nationaux pour étudier les dossiers, les députés européens n’ont que des opinions.  Ce sont donc ceux de la Commission qui ont, non seulement l’initiative des lois, mais aussi tous les atouts pour en discuter. Ils ont le haut du pavé, car ils parlent le langage des Eurocrates de Bruxelles et personne ne doute que ce soient eux qui aient le vrai pouvoir.

Les députés au parlement européen n’ont pas le pouvoir, soit, mais pourquoi leur en faire grief ?  Le député au Luxembourg en a-t-il davantage ?  C’est l’expertise, désormais, qui mène le monde et elle est a Bruxelles.  On leur en fait grief, parce qu’ils n’ont pas non plus l’AUTORITÉ.  Si un Président de l’Europe était élu au suffrage universel et devait rendre des comptes à ce Parlement européen, ce Président aurait l’autorité de la légitimité de son mandat populaire et le parlement celle de son mandat de surveillance des gestes de ce Président.

Même sans pouvoir exécutif, le Parlement européen aurait la force de cette autorité. On ne le contredirait pas à la légère, ni à la Commission, ni à Bruxelles.  La population se sentirait REPRÉSENTÉE et elle s’impliquerait dans le choix de ses représentants. Impliquée, elle voterait davantage, augmentant d’autant  la crédibilité des députés européens… et on serait sur la voie de bâtir une appartenance à l’Europe

Une vraie appartenance, car ces députés, responsables d’une politique européenne, ne suivraient que de très haut les méandres de la réglementation; les Eurocrates de Bruxelles peuvent le faire sans un suivi quotidien. Il se consacreraient à imaginer un avenir pour l’Europe et à en concevoir les grandes politiques.  Ils ne se rangeraient plus ipso facto sous les  bannières, Droite (PPE), Centre (ADLE) ou Gauche (PSE) qui font du parlement européen une projection caricaturale des clivages politiques nationaux. Ils se regrouperaient selon des critères pertinents à leur mission.

Les députés européens seraient utiles. Ils seraient intéressants. On voterait aux élections européennes avec passion, plutôt que de souhaiter qu’après 30 ans de leurs inepties, quelque Cromwell vienne enjoindre à ces notables en probation ou en préretraite – au nom du Christ ou du simple bon sens ! - de ramasser leur maroquins en rodage et de rentrer chez eux.

La semaine prochaine, on voudra nous dire ce que signifent les résultats de ces élections.  Une autre démarche inutile, car nous savons déjà ce que signifie l’abstention qui en sera le résultat le plus marquant;  elle  signifie la profonde désaffection des Europens pour une démocratie reduite à un rideau de scène derrière lequel le vrai pouvoir s’agite.

L’attitude envers les élections européennes est emblématique de cette désaffection. On a rendu la démocratie inutile. On l’a rendue rididule et il n’en reste qu’une image de corruption et de non-signifiance. Il faut rebâtir la démocratie. On pourrait commencer à Strasbourg.

Pierre JC Allard

02-06-09

What’s good for GM…

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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En 1953, Charles Erwin Wilson, Prèsident de General Motors, appellé au poste de Secrétaire (Ministre) de la Défense par Eisenhower et intérrogé par les Sénateurs sur un possible conflit d’intérêts,  pouvait faire taire ses critiques en disant simplement que “ce qui était bon pour GM était bon pour les États-Unis”.  Aujourd’hui ou demain, cette General Motors, qui a été pendant deux générations le symbole même de la  puissance industrielle américaine sera officiellement en faillite…

Ce qui serait mauvais pour GM serait encore mauvais pour les USA, toutefois;  l’État va donc, après la faillite, en devenir le principal actionnaire.  Eh oui ! Au pays de la libre enterprise… Les créanciers de GM perdront beaucoup, mais n’en souffriront pas tellement, car ce sont les mêmes institutions financières  que le gouvernement abreuve de milliards depuis des mois.  Alors, un peu plus un peu moins… la main gauche qui donne, la main droite qui prend, voilà tout !  

Les actionnaires de GM, eux, y perdront vraiment et, parmi ceux-ci, les companies de fiducies dont les avoirs sont souvent les fonds de pension des américains moyens…   Ça, c’est mauvais.  On va donc jongler un peu avec les chiffres, avant d’annoncer à des millions de retraités que leurs projets de retraite dorée devront être radicalement modifiés. C’est sans doute quand le moment de le faire sera venu, que des circonstances “incontrolables” exigeront que le gouvernement contrôle tout.  On posera alors un tendre baiser sur le front de la démocratie et on lui dira d’aller faire un somme… Mais n’anticipons pas.  Voyons aujourd’hui ce qu’il adviendra de GM sous contrôle de l’État

D’abord, les travailleurs, qui ont du devenir aussi actionnaires de GM sous peine de perdre leurs emplois, vont assumer des responsabilités plus larges. Ceux qui s’y intéressent savent déjà depuis longtems que ca ne pouvait finir autrement. Le capitalisme de papa immiscé dans la production était un dinosaure pris au piège: seuls les travailleurs devenus entrepreneurs peuvent faire fonctionner la production d’une économie complexe. 

L’État sera le proprio de GM, mais les travailleurs en auront la gérance effective. Que fera ce nouveau duo ?  Ce qu’on appelle aux USA la  Conventional Wisdom (C.W) dit bien haut que le but sera de faire à nouveau de GM un producteur concurrentiel, offrant des produits qui plaisent et reprenant sa place de leader sur le marché national et mondial.  Le New York Times de ce matin abonde dans ce sens, mettant même l’État en garde contre la tentation de gérer GM comme un projet politique, pour preserver des emplos et sauver du naufrage des douzaines de petites villes qui vivent  de l’industrie automobile et de ses fournisseurs…

C’est le discours de la C.W…. mais c’est un mensonge. La vérité, c’est que GM ne pourrait être concurrentielle qu’en s’automatisant brutalement ainsi que ses fournisseurs, créant du même coup des millions de chômeurs. Même le voulant, d’ailleurs, il n’est pas dit qu’on pourrait le faire rapidement, dans une industrie qui a tout fait pour freiner l’automation. C’est un secret mal gardé que le volet assemblage de la grande industrie est encore bien artisanal. Il faudra du temps. En attendant, c’est en Asie qu’il faut fabriquer des voitures

Et tout ça n’est que la surface du problème. Au fond, il y a plus grave. Il y a que le marché de l’industrie automobile aux USA est saturé depuis longtemps.  C’est une marché de replacement qu’on ne maintient  qu’à coup de publicité et d’une obsolescence programée, scandaleuse en cette époque où l’on veut conserver les resources.  Non seulement il faut fabriquer les voitures en Asie, mais c’est aussi en Asie qu’il faut les vendre. Et encore risque-t-on que Asie résiste à la publicité et à la corruption, prenant la decision intelligente de favoriser plutôt le transport en commun !

La vérité, c’est qu’on a besoin de moins de voiture; on peut les produire plus efficacement et pour quelle dure plus longtemps.  L’industrie automobile américaine n’a donc plus besoin que d’une fraction de sa main-d’oeuvre actuelle. Les travailleurs en surnombre doivent être recyclés et assignés à d’autres tâches.  Pas des tâches où l’on produit pour travailler, mais des tâches qui répondent à une demande et où l’on travaille pour produire.

On ne relancera donc pas GM. On va en brader de larges pans et ramener le géant à une taille plus modeste. On a meme trouvé l’homme pour le faire:  Brian Deese, 31 ans, dont on entendra bien parler…   GM n’est qu’un début. C’est toute la structure industrielle des USA qu’il faut transformer.  Cette crise est venue pour cà. 

 

Pierre JC Allard

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