Nouvelle Societe

02-05-09

Chrysler : le Rubicon

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Vous n’avez pas lu mon article du 25 avril et ma prévision du stratagème  pour régler les déboires de Chrysler ?  Vous n’avez perdu que quelques jours : Obama vient de le réaliser.  De A à Z, avec la participation dominante des syndicats, le bradage du fond de pension des travailleurs, les concessions dont on est à peaufiner les détails et Fiat, l’entreprise étrangère qui pourra faire des profits en Bourse et payer les pots-de-vin…. On réalise le scénario que j’avais prévu et décrit il y a des semaines, des années, des DÉCENNIES.

En donnant ses directives à Chrysler, Obama vient de franchir le Rubicon. Les USA passent en mode « dirigisme ».  Le nouveau capitalisme américain – celui qui fonctionnera main dans la main avec l’État - fait une entrée réussie et remarquée sur la mappemonde économique. L’Establishment ne renonce pas au pouvoir, mais il semble qu’il ait eu la lucidité de comprendre que sa survie passait par moins d’individualisme et plus de solidarité, une redistribution plus équitable de la richesse et  un capitalisme d’État complétant l’entrepreneuriat du secteur privé.  

En vieux militant de gauche, je devrais peut-être déchirer ma tunique, hurler à la trahison et préparer la lutte armée, car ce que fait Obama n’apportera l’équité qu’à moyen terme et, dans l’immédiat, va maintenir au pouvoir une oligarchie détestable.  Pourtant, je suis bien satisfait de la tournure des événements. Il semble que l’on pourra peut être changer la société sans effusion de sang.

Le principe d’intervention de l’État accepté, je crois que la marche vers la justice sera désormais relativement rapide. Je suis heureux que l’Establishment se soit converti à temps, car toute autre solution aurait exigé un recours à la violence qui n’aurait pas accéléré le changement, mais l’aurait retardé.  Nous avons une révolution sans guillotine j’en suis bien content

La révolution a commencé avec la décision de porter Obama à la présidence, bien sûr, puis a prouvé son sérieux en faisant porter aux riches plutôt qu’aux pauvres  le premier effort pour faire  disparaitre l’« argent de trop ». Mais c’est avec la main mise sur Chrysler, qu’on entre dans le vif du changement : la production. Chrysler, d’abord, mais les autres suivront

En associant les travailleurs à la nécessaire transformation de l’industrie, on s’assure que le changement se fera en respectant leurs droits acquis et en mettant à profit leur bonne volonté pour dessiner la nouvelle structure de production qui nous permettra de produire pour nos véritables besoins.  Nous serons plus riches. Plus égaux, aussi, parce que l’interdépendance accrue entre les acteurs donnera à tous plus de pouvoir, exigera la solidarité et imposera une gouvernance de consensus.

Prochaine étape ? Prendre le contrôle des institutions financières, puis ramener dans le giron de  l’État la création de monnaie et le crédit. Ça ne devrait pas tarder, car il faudra une monnaie crédible si on veut investir et progresser, alors que celle que nous utilisons encore ne vaut plus rien.   Cela fait, il faudra stabiliser la situation internationale. En deux (2) volets.

D’abord, les autres pays développés seront invités à marcher au pas de l’Amérique… Ils accepteront, d’autant plus facilement que leurs réserves sont en dollars. Ils deviendront partie d’un ensemble autarcique au sein duquel on parlera de concurrence, mais qui se fermera complètement aux imports des pays hors zone et dont on réduira même les exports, pour sevrer son économie de la dépendance envers une clientèle extérieure

Cette zone créée, le libre-échange cessera entre celle-ci et le reste du monde, remplacé par un protectionnisme féroce.  L’Occident, dirigiste et planifié, va produire pour ses besoins. Les autres pays, s’ils sont émergents, comme la Chine ou l’Inde, seront traités comme des rivaux.  Avec le respect de leurs cultures et en toute justice – c’est le prix de la paix – mais sans complaisance. 

Les pays sous-développés seront aidés, dans un même souci de paix et en reconnaissant que le colonialisme a été l’un des facteurs de leur sous-développement, mais on les aidera chez-eux…   Les frontières  avec le tiers-monde sous-développé seront étanches à l’immigration comme aux importations, car un apport constant de main-d’œuvre ne permettrait pas le nivellement progressif des revenus par la complémentarité qui est la voie pour que se développe chez-nous le justice sociale.

Je crois que la collectivisation que vient d’initier Obama est la bonne solution pour une société au stade de développement où nous sommes et ne s’arrêtera pas.  On parlera cogestion plutôt que « soviets », mais le plus grand défi, pour les USA de 2009 comme pour la Russie de 1918, sera de contrer une inévitable tendance de la gouvernance vers l’autoritarisme et la technocratie. Soyons vigilants.

 

 Pierre JC Allard

01-05-09

Le gang des Barbares

Toute la France s’émeut à juste titre. Ils s’y sont mis à plusieurs. Ils ont torturé la victime pendant des jours… Maintenant on va les juger… Il y aura un de ces procès à effets de manches dont on s’efforcera de part et d’autre d’évacuer la justice pour en faire un spectacle et un symbole.

On cherchera des circonstances atténuantes – ce qui est normal – mais on cherchera aussi  des circonstances “aggravantes”, ce qui est absurde,  car l’abomination est ici à son comble et vouloir y ajouter ne peut, en bonne logique, que sous entendre qu’elle sera diminuée si ces circonstances aggravantes ne sont pas établies…  Absurde et choquant

On tirera certainement de ce procès le spectacle et le symbole, mais en tirera-t-on le plus important, qui serait une leçon ?  Quelle leçon ? La leçon que la déresponsabilisation des criminels érigée en principe est incompatible avec la protection que la société doit accorder aux citoyens. Ce ne sont pas les barbares qui devraient être notre priorité, mais les innocents.  Il faudrait s’en souvenir.

Je constate que quand Youssouf  Fofana décide de séquestrer Ilan Halimi, il n’arrive pas de la planète Mars. Il a 13 délits à sa fiche de police, il a été condamné cinq fois  pour vols, violences volontaires, braquages et agression et a déjà passé quatre années en prison. Quans il a planifié ce coup, Il n’aurait pas dû être là. S’il n’y avait pas été, sa victime, elle, serait  aujourd’hui  bien vivante.  La société, a fait un mauvais choix. Comme elle a fait le mauvais choix dans un cas bien précis que j’ai eu l’occasion de dénoncer jadis, mais hélas en vain. 

La société a fait pour Fofana le choix de tenter l’improbable rehabilitation d’un récidiviste et a laissé en liberté, sans suivi et sans aide, un individu qui s’est avéré un danger mortel pour un citoyen innocent.  La société a erré.  Il faut corrigé cette erreur pour l’avenir. Il faut cesser de penser que la justice, c’est d’abord la punition et la rehabilitation du coupable. La justice, c’est d’abord la protection des innocents et, le cas échéant, l’indemnisation des victimes.

Pour obtenir ce résultat, il faut changer notre approche  et distinguer clairement entre crimes violents et non-violents. S’il n’y a pas eu violence, les crimes et délits doivent faire l’objet de peines dont le but est la reparation du dommage causé; le système carcéral doit être reservé à ceux dont on craint la violence.  Quand il y a violence, c’est la protection de la société qui doit être prioritaire et le criminel doit être mis à l’écart.

Il ne s’agit pas de le punir mais de protéger les innocents.  Qu’il soit ou non lui-même une victime de la société n’est donc pas pertinent à cette décision de le mettre à l’écart et celui qui commet un deuxième crime de violence grave ne devrait que bien exceptionnellement être réadmis dans la société.  Il n’est pas pertinent non plus qu’il soit fou ou sain d’esprit; c’est quand il sera à l’écart qu’on verra s’il est ou n’est pas nécessaire de le traiter. L’affaire Fofana, me rappelle le cas de la femme Homolka qui a fait les manchettes au Canada il y a quelques années.

Comme il n’est pas question de punition, mais de protection, les conditions de cette mise à l’écart doivent nécessairement être revues.  Elles ne doivent pas être cruelles, mais elles doivent s’appliquer sans faiblesses. La justice pénale et  le système carcéral sont à revoir entièrement.

On ne peut changer le passé… mais il n’est pas trop tard pour s’assurer que Fofona ne nuira plus. Surtout pas trop tard pour décider que les barbares peuvent arriver à l’improviste, mais qu’il faut garder l’oeil ouvert, les voir venir et, quand on les tient, ne plus les lâcher. Jamais

Pierre JC Allard

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