Nouvelle Societe

11-03-09

Warp 9 !

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:48

La société n’est plus gouvernée. Elle est sur pilote automatique, en marche vers un trou noir. Les dirigeants d’une société démocratique repoussent les choix au-delà de leurs horizons électoraux, tandis que les shylocks, les vrais maîtres du Système, ne voient même plus la réalité. Ils n’en regardent que la réflexion dans le miroir financier et ne s’intéressent plus qu’à cette « spéculation » progressive, au vrai au sens étymologique tu terme.

Quand ceux-ci permettent que notre société devienne de plus en plus injuste, de plus en plus fragile, serait-ce qu’ils espèrent seulement qu’elle survivra le temps qu’eux-mêmes en aient retiré tous les bénéfices et se soient éclipsés ? Si oui, nous n’avons qu’à attendre le jour où, ainsi que l’insinue John Ralston Saul (Voltaire’s bastards ), il sera plus simple de tirer un trait sur la dette publique, comme l’ont déjà fait Solon et bien d’autres réformateurs au cours de l’Histoire. On pourra alors reconnaître que tout cet argent imaginaire ne vaut rien

Plus simple, sans doute, mais les bouleversements qui résulteraient de cette banqueroute seraient effroyables. Pas seulement pour les biens nantis, mais pour tout le monde. Ne pourrait-on pas encore éviter cette banqueroute ? Pour changer le cours des choses et éviter l’implosion, il faudrait, comme le Capitaine Kirk, ordonner “Warp 9!”, mettre le cap sur la Terre et revenir à la réalité.

Revenir à la réalité voudrait dire sortir de l’hyperespace, ramener la valeur des stocks boursiers à un ratio raisonnable des espérances de profits et se libérer de la dette publique. Éponger l’argent de trop, là où il se trouve, jusqu’à ce que ce qui en reste corresponde de nouveau à une véritable valeur. Il faudrait éliminer tout cet argent en trop sans créer de panique et EN NE LÉSANT PERSONNE. C’est à cette condition qu’on pourrait revoir la Terre et atterrir sains et saufs.

Pour éviter de choir dans le trou noir et éviter l’implosion de notre société. Il faudrait arrimer de nouveau l’argent-symbole devenu virtuel à la réalité des choses. On pourrait le faire sans la confiscation vexatoire de la richesse des uns au profit des autres, simplement par une nouvelle fiscalité qui ne soit pas progressive et liée au revenu, mais proportionnelle à la richesse. Le fera-t-on ? Peut-être, mais il est hélas bien plus probable que le Système préfèrera mourir en tenant amoureusement ses trillions de dollars virtuels dans ses bras.

Soyons optimistes, cependant, et supposons qu’on le fasse ; le problème serait-il réglé ? Non. Il faudrait également reprendre le mouvement de redistribution de la richesse que l’on a interrompu au début des années ”80 : cette redistribution est indispensable pour équilibrer la tendance concentrationnaire du capital qui est inséparable d’un système capitaliste ou même entrepreneurial. Supposons qu’on le fasse aussi. Serions-nous hors de danger ? Seulement si l’on passait aussi à une production pour nos vrais besoins.

Il y a des décennies, qu’on ne crée qu’une richesse factice, sans répondre aux véritables besoins ni aux aspirations de la population. Quand notre société a vu que les besoins en produits industriels étaient comblés, elle aurait pu faire un virage abrupt et se choisir une autre vocation. On manquait de services professionnels. Ce sont des services que la population exigeait. Au lieu de lui donner satisfaction, on a préféré donner un sursis à l’industrie pour protéger la mainmise du capital sur le pouvoir et l’on a feint de ne pas pouvoir satisfaire cette demande pour les services.

C’était divorcer du bon sens. La structure industrielle, détournée de sa finalité, est devenue un monstre, privilégiant un gaspillage éhonté de ressources et de travail, puisque, paradoxalement, il est inefficace de produire efficacement quand l’objectif véritable est l’expansion et la pérennité du processus de production lui-même. Il faut que la production recommence à vouloir attendre ses objectifs par le meilleur chemin et de la meilleure façon, en faisant une utilisation optimale de ses intrants, au palier de sa structure et de son fonctionnement.

Il faudrait corriger les dysfonctions du système de production. Le capitalisme doit accepter de remettre l’offre au service de la demande et de laisser en production le pouvoir de décision à la compétence. Il faut produire pour la demande. Il faut convertir nos ressources humaines et offrir les services souhaités en médecine, en loisir, en communications.

L’ouverture au tiers-monde semblait rendre cette transformation incontournable… mais on a sous-estimé l’instinct de mort du Système, sa compulsion à vouloir sortir une derniere caisse de doublons avant que le navire échoué sur les récifs ne sombre. Le capital lui-même, hélas, a tant perdu confiance dans la promesse d’un profit à tirer des marchés industriels saturés qu’il fuit dans la spéculation, dans l’hyperespace, vers le trou noir.

Supposons que nous fassions cette conversion. Serions-nous dans le meilleur des mondes ? Pas tout à fait, car il faudrait aussi corriger les effets néfastes sur la psyché individuelle et collective de la grande virée dans l’hyperespace financier que le Système nous a fait faire depuis les années ”80. Nos problèmes se sont aggravés depuis la globalisation, car le cynisme de la grande magouille des shylocks n’a pas seulement fait croître la misère au quotidien, il a détruit cet espoir d’un progrès matériel constant dont on avait fait une mystique et qui était devenu, à l’ère des managers, la seule vraie religion de la société néo-libérale.

Cet espoir était dérisoire – et il a été bien contesté au cours des années ”60 – mais il complétait l’espoir de progrès social que faisait miroiter l’utopie communiste et, ensemble, ces deux espoirs donnaient une raison d’être et un but à l’humanité. Aujourd’hui, elle n’en a plus. Comme toujours, certains se cherchent une raison de vivre dans une vie future. Ceux qui restent fidèles à la terre, cependant, sont si démunis qu’ils en sont à se faire croire que la cueillette des ordures à l’échelle planétaire n’est pas seulement une condition sine qua non de la survie de l’humanité, ce qu’elle est, mais un pas significatif dans son évolution… !

La vérité, c’est que l’humanité qui a atteint l’abondance erre sans but, sans projet, sans valeurs. Qu’on évite ou non la catastrophe annoncée, il faut créer une nouvelle société et lui donner un idéal. Une raison d’être. Il ne suffit pas de sortir d’une crise financière, il faut sortir de la décadence.

Pierre JC Allard

10-03-09

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Le trou noir

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:46

L’hyperespace financier est bien précaire, car tout autour, il y a le vide sidéral… On sait que la décadence est là. Le danger le plus grave n’est donc pas une fausse manoeuvre; c’est qu’on ne cherche même plus à piloter le vaisseau. On a accepté l’inévitabilité du désastre. On danse sur le Titanic.

Le Capital a si bien réussi sa conversion vers l’extorsion par les matières premières et la spéculation en connivence avec l’État, qu’on ne se préoccupe même plus de cette structure de production complémentaire entrepreneuriale sous contrôle des travailleurs qui devait faire pendant à l’exportaion des emplois industriels vers l’Asie.

La grande reconversion des travailleurs vers les services n’a pas eu lieu. Elle n’a même pas été entreprise. Tout s’est tant déplacé vers le miroir, qu’on ne s’intéresse plus à la production. La valeur monétaire, évolue toujours de plus en plus loin de sa base. A l’origine, avait une valeur ce qui pouvait satisfaire un besoin. Avec l’abondance, pour assurer la pérennité du pouvoir en place, la finalité est devenue de produire pour produire et n’a plus eu de valeur que ce à quoi le consensus accordait une valeur. L’argent a pris une valeur énorme, parce que le consensus était qu’il en soit ainsi.

Or ce consensus reposait sur la foi qu’à toute valeur monétaire correspondait une valeur réelle contre laquelle cet argent povait être échangé. Être riche signifiait avoir le pouvoir d’exiger cette transmutation de la valeur monétaire en valeur réelle. Toute la structure des échanges dans la société reposait sur un non-dit, à l’effet que ce pouvoir de la richesse devait aller de paire avec la bienséance de ne pas le faire si brutalement qu’on mettrait la société dans l’embarras.

La politique monétaire reposait sur l’art, puis la science, de prévoir dans quelle mesure ce non-dit serait respecté. Tout pouvoir étai bâti sur le contrôle de cette richesse monétaire excédentaire qui n’existait que par consensus, qui n’équivalait à aucune valeur réelle… et qui pouvait donc être totalement manipulée. Dans la sécurité qu’a apporté le Postulat des Deux Richesses, la richesse a augmenté, s’est diffusée, s’est multipliée. La magie financière s’est raffinée et l’on a pu s’en remettre de plus en plus au contrôle du comportement par la propagande pour augmenter le rapport de la richesse virtuelle à la richesse réelle. On a pu augmenter ainsi la discrétion de ceux qui contrôlent cette richesse virtuelle.

Quand on a voulu contenter tout le monde, on a voulu tirer une dernière traite sur l’imaginaire. On a investi dans des actions de pacotille, on a vendu des maisons à des insolvables, on s’est payé des guerres ruineuses pour faires des profits sur la destruction et une éventuelle reconstruction de pays entiers, des compagnies qui ne vendaient que du rêve ont acquis des entreprises qui avaient une vraie valeur et ont transformé cette valeur en de plus grands rêves… On est allé trop loin du nid.

Le Capital a compris que la valeur de la richesse monétaire qui s’était constituée par pur consensus et qui n’équivalait a aucune réalité ne durerait pas une instant de plus que ce consensus lui-même. La simple énormité de l’écart croissant entre richesse monétaire et richesse réelle taxait la crédulité même de l’individu moyen et suffisait à créer les conditions d’une fatale remise en question. La menace serait donc toujours présente, désormais, d’une crise de confiance qui ferait disparaître toute cette richesse virtuelle, non pas peu à peu, mais instantanément, entraînant un chaos qu’on avait peine à imaginer.

Cette compréhension a porté a un paroxysme l’instinct prédateur des shylocks. Leur contrôle étant total, ils ont choisi de faire main basse sur TOUTE la richesse additionnelle qu’apporte les gains de productivité. On s’est retrouvé loin de l’accord débonnaire au partage qui avait permis les Trente Glorieuses. Pendant que le Système poursuivait sa course dans l’hyperespace financier, c’est la stagnation qui s’est imposée pour les autres. Certaines classes sociales et certains pays se sont même retrouvés en voie de paupérisation constante.

Les shylocks ont décidé de se conduire comme si demain n’existait pas. Ils ont laissé le navire à la dérive et fait jouer l’orchestre. Ils ont ainsi commis une grave erreur, car des décennies sans enrichissement réel ont permis à la population, de prendre conscience de cette stagnation, mais surtout, cette stagnation s’accompagnant d’une augmentation ostentatoire de la richesse monétaire, de constater ce fait qu’on lui avait soigneusement dissimulé que le lien n’existe pas entre richesse réelle et richesse monétaire. On a donné une réalité à la peur dont on voulait se prémunir.

La population a SENTI qu’elle ne s’enrichissait plus et que son pouvoir d’achat réel pourrait continuer à stagner, même si les marchés boursiers prétendaient que les trillions s’accumulaient et si le Dow-Jones s’envolait à 20 000 ou à 100 000. Elle A VU que l’économie était construite pour stagner dans la production de gadgets ridicules, pendant que les vrais besoins demeuraient insatisfaits et que la richesse imaginaire grandissait toujours. Elle A COMPRIS qu’il y aurait de plus en plus d’exclus et que les inégalités “virtuelles” continueraient de se transformer une à une en inégalités bien concrètes, de plus en plus intolérables.

La crédibilité du système s’est effritée, diminuant en fonction du nombre croissant de ceux envers lesquels il ne remplissait pas ses promesses. Combien de temps, maintenant, avant que la Bourse ne détrompe brutalement un capitalisme qui croyait qu’en se “virtualisant”, il pouvait échapper non seulement à son hérédité industrielle, mais même à l’exigence naturelle de lier à une valeur sous-jacente réelle les symboles de richesse qu’il s’inventait?

Les shylocks nous font virevolter dans l’hyperespace du crédit au bord d’un trou noir. Un jour ou l’autre, ceux qui croient savoir quand quitter gagnants les vaisseaux en péril jouerontt la baisse plutôt que la hausse une heure de trop. On prendra conscience que le vrai “plancher” du Dow-Jones n’est pas à 10 000 ou à 5 000, mais qu’il n’a jamais existé ailleurs que dans la tête des vrais croyants qui ce matin-là n’y croient plus. On choira dans ce trou noir de l’incrédulité et tout le système implosera..

Pierre JC Allard

09-03-09

Le jeu dans l’hyperespace

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:44

Le consommateur qui cède à la tentation du crédit vend-il son âme quand il signe cette reconnaissance de dette qui lui présente le Système? Pas vraiment. Il la prête, pour qu’elle serve de jeton dans le jeu financier virtuel qui se déroule autour de la production. Le crédit n’est qu’un élément du jeu financier. Un jeu passionnant, si vous êtes de ceux qui s’amusent. La monnaie est un symbole qui n’a que la valeur qu’on veut bien lui donner. Une illusion primaire sur laquelle on en bâtit de plus subtiles.

Plus loin que la monnaie, en effet, dans l’hyperespace financier, il y a les chèques, billets, bons et obligations qui ne sont que la promesse d’un paiement en monnaie. Prenez encore plus de distance avec le réel et, par-delà la valeur des obligations, pensez à la valeur fluctuante d’une action cotée en bourse et qui confère le droit à une part d’un profit problématique sur d’hypothétiques transactions, un profit payable lui aussi en monnaie, bien sûr. Allez encore plus loin et concevez maintenant un “produit dérivé”, une valeur qui se construit autour des fluctuations de la valeur de ces actions et de la monnaie elle-même. Vous voyez encore la réalité dans le lointain?

Si vous voyez encore la réalité et qu’elle vous dérange, faites un autre grand saut dans l’hyperespace. Puisque le crédit est là qui ne demande qu’à grandir, créez d’un acte de volonté audacieux le concept d’une “ligne de crédit” – un droit de dépenser – qui pourra reposer sur la garantie de vos “produits dérivés”… Ensuite, faites confiance aux copains et confiez le pouvoir d’animer ces lignes de crédit à des banques qui inscriront à leur livres, comme un actif, les sommes que vous reconnaissez leur devoir quand vous utilisez ces lignes de crédit.

Ces actifs permettront des activité “hors-bilan”, d’où résultera, entre autres, un accroissement constant de la valeurs monétaire des titres boursiers qui serviront d’aval au crédit. Ne vous tracassez pas de ce qui est aux livres sans être au bilan : ce sont de simples singularités de l’imaginaire, des trous noirs qui absorbent de l’énergie et du travail, mais dont il ne ressort rien. Ne vous tracassez surtout pas, car votre pauvre coeur en prendrait un coup en voyant que ces activités hors-bilan représentent désormais 85 % des activités bancaires.

L’imaginaire est insondable et les possibilités de jeu dans l’hyperespace financier sont infinies. La valeur monétaire de tout ce qu’il y a sur cette planète est estimée à USD$ 145 trillions. Chaque jour, il se fait USD$ 3 trillions de transactions. Pensez que tous les biens meubles et immeubles sur cette terre sont échangés, vendus, achetés à chaque 7 semaines, puis encore, et encore… Ils ne le sont pas, bien sûr, mais pour chaque pseudo transaction, un agio est payé à qui contrôle cet argent.

À ce jeu dangereux, qu’en est-il de votre « âme » que vous avez mise au clou ? Si on regarde l’ensemble des consommateurs devenant ainsi débiteurs, leur dette commune est sans importance. On n’en demandera jamais le paiement, puisqu’on recréerait alors le déséquilibre qu’on a justement accordé ce crédit pour éviter. La somme de toutes ces créances augmente la dette de ceux qui n’ont rien envers ceux qui ont tout, mais on joue ici sur des infinis. « tout » n’augmentera pas et il n’y a que dans les livres comptables que rien peut devenir moins que rien.

La dette publique ? Une construction mentale. Globalement, elle ne représente que la correction de la somme des erreurs d’ajustement de la valeur globale du travail à la valeur du produit global. Dans l’univers réel, cette dette n’a aucune valeur. Elle ne sera remboursée que par l’usage judicieux de la touche « Delete » d’un ordinateur central, noble héritière de la gomme à effacer. Quant à votre bilan, il est modifié hors de votre contrôle, mais par des forces bénéfiques qui vous protègent. Passez à la caisse, on vous rendra votre âme.

Deux vrais dangers vous menacent toujours, cependant. D’abord, déduire du caractère illusoire de la richesse que vous puissiez personnelement vous endetter sans risque. Les manipulations du pouvoir feront bien, après coup, que l’ensemble des décisions des consommateurs auront miraculeusement été celles qui gardent le système stable, enrichissent les riches et gardent les autres tranquilles, mais, si la position financière d’un individu n’est plus jaugée au vu d’une quelconque réalité objective, elle l’est toujours par rapport à la moyenne des comportements des acteurs économiques.

Le crédit garantit que le système a toujours raison et que l’équilibre global est maintenu, mais le croupier n’épongera pas les écarts entre joueurs qui font que l’un riche est riche et l’autre pauvre, car ces écarts sont le résultat des innombrables jeux sur lesquels tous ont misé leur sécurité et leurs espoirs. Ne pas respecter ces écarts, ce serait coucher le roi et dire que cette partie a fait son temps. Ce serait la fin de l’ordre établi et du pouvoir des puissants. Ce serait la banqueroute. Justement ce que l’on ne veut pas ! Si vous vous endettez PLUS que la moyenne, vous devrez en supporter les conséquences.

Le deuxième danger, c’est une fausse manoeuvre. On a attribué à cette richesse monétaire, coupée de tout lien efficace avec le réel, une valeur nominale qui équivaut à 10 ou 100 fois – avec les produits dérivés, on ne sait plus très bien – celle des biens dont on prétend qu’elle est le symbole. À l’actif d’individus et de corporations sont inscrits des dizaines de trillions de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur.

La plupart de ces trillions de dollars sont en Bourse, aux confins de l’hyperespace, constituant une valeur totalement évanescente qu’il suffirait d’une crise de confiance pour faire disparaître. Priez pour votre âme, car l’hyperespace financier est un univers bien précaire.

Pierre JC Allard

08-03-09

L’hyperdrive du crédit

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:42

Comment l’État pouvait-il parachever son contrôle de l’économie ? En étendant au monde ordinaire les artifices qu’il utilisait déjà sur les marchés financiers. Dès qu’on entre dans l’hyperespace financier, la dimension temps apparaît et avec elle le CREDIT qui rend tout plus facile. Avec le crédit qu’on lui consent, la masse des travailleurs peut acheter tout ce qu’elle produit, dépenser plus que son revenu et dormir sur ses deux oreilles.

Rien n’est plus facile que d’augmenter ou de restreindre le crédit. Il existe déjà, dûment inscrites aux livres devenus eux-mêmes virtuels, des sommes fabuleuses qui n’attendent qu’une excuse pour devenir du crédit et l’État, d’un simple clic, peut en créer bien davantage. Qu’est-ce que le crédit ? Le crédit est une magie. Le crédit n’obéit pas à d’autres règles que d’ajuster la demande à l’offre selon les instructions des alchimistes financiers au service du Système.

Le Grand Savoir des alchimistes financiers, c’est que la richesse RÉELLE n’est strictement rien d’autre que la somme des services que nous rendent nos co-sociétaires et de ceux que nous retirons des biens que nous utilisons. La richesse monétaire n’est qu’une clef d’accès à cette richesse réelle et n’a pas d’autre valeur que ce rôle de clef. On peut s’en servir comme bon nous semble. Si on sait comment.

Les alchimistes financiers savent que le système de production industriel a pour unique but réel de produire des biens. Ils savent aussi, toutefois, que les « gagnants » ont d’autres objectifs intangibles, comme le « Pouvoir », ou même la « Richesse »… mais la « richesse » dont on parle alors ne consiste plus en biens concrets pouvant rendre des services; elle est un concept mythique affublé de la propriété de satisfaire tous les besoins et d’assurer le bien-être.

Quêtes du Pouvoir et de la Richesse ont leur épiphanie dans l’univers virtuel, mais leur simple reflet sur la réalité interfère souvent avec le processus de production des biens et services et peut même parfois s’y substituer. Ces objectifs intangibles des gagnants peuventt créer au monde ordinaire bien des tracas. Des tracas qui, à la limite, peuvent avoir un impact négatif sur le Grand Oeuvre d’enrichissement virtuel des alchimistes et des gagnants eux-mêmes. Il faut donc prévoir qu’une providence vienne résoudre les problèmes causés aux simples mortels par les activités d’ En-Haut. Cette providence agit par le crédit, un geste de mansuétude du monde virtuel envers la réalité.

Si les consommateurs manifestent des velléités de sous-consommation, on appelle au secours l’univers parallèle de la richesse virtuelle et on distribue du crédit. Facile, car pour un travailleur qui veut épargner, on peut toujours en trouver dix qui ne demandent pas mieux que de dépenser plus qu’ils ne gagnent. On trouve ceux qu’il faut et ils font ce qu’on veut qu’ils fassent : ils dépensent. Quand le consommateur moyen s’endette, c’est parce qu’on le veut bien. C’est que l’équilibre est par là.

Croyez-vous qu’une population qui dépense plus que son revenu vit « au-dessus de ses moyens » et risque des lendemains qui déchantent ? Pas du tout. Elle utilise, précisément comme on veut qu’elle les utilise, les crédits mis à sa disposition pour que le pouvoir d’achat découlant de son travail coïncide avec la valeur monétaire fixée à la production découlant de son travail… comme il ne peut en être autrement, si on veut maintenir le niveau de consommation effective.

Que faire si les consommateurs choisissent malgré tout d’épargner, d’investir et donc de faire avec l’ « argent pour la consommation » ce qui ne devrait être fait qu’avec l’« argent pour le pouvoir » ? Aucun problème, car on peut non seulement mener l’âne à la rivière, on peut même aussi le forcer à boire. S’il ne dépense pas, l’État dépensera simplement ce qui doit être dépensé et enverra la facture au consommateur sous forme de taxes et d’impôts. Les dépenses publiques rétabliront l’équilibre et tant pis pour l’individu qui aura refusé d’être prodigue.

Témérité ? Non, puisque si les consommateurs y vont trop fort, on augmentera le taux d’intérêt ou, plus simplement encore, on alourdira les exigences et l’on privera de crédit des classes entières de la population ; celles qui ont de vrais besoins, naturellement, puisque les autres n’ont pas de véritable impact sur la réalité. Si la population bascule de nouveau vers la parcimonie, hésite à s’engager et que les roues ralentissent, on baissera les taux, ou l’on augmentera simplement les marges disponibles sur les cartes de crédit, sans même consulter les bénéficiaires. C’est une faveur qu’on leur fait, n’est-ce pas ?

Le contrôle de l’État sur la consommation devient alors en théorie parfait, puisqu’un ajustement fiscal, un réajustement des salaires, une modification des taux d’intérêt, une inflation ou une dévaluation feront, à posteriori , que la décision collective des consommateurs aura été la bonne. Un individu peut se tromper, mais la population, non, puisque c’est l’équilibre global qui est tenu pour acquis et qui sert de point de référence dans l’univers virtuel. Les variations monétaires sont introduites de façon purement discrétionnaire, pour confirmer cet équilibre. C’est le reste qui est en mouvement. C’est la réalité qui s’ajuste au miroir.

Comme dans 1984 d’Orwell, le pouvoir qui contrôle la valeur monétaire présente peut réécrire la valeur monétaire passée et y mettre les chiffres qu’il faut pour nous faire l’avenir financier qu’il veut. Quand le Crédit descend en Pentecôte sur la réalité, il efface les bévues des péquenots consommateurs et rétablit l’équilibre. Le crédit ajuste tout. On ne demande au consommateur qu’une simple formalité, comme Méphisto à Faust : signer cette reconnaissance de dette qui porte intérêt et qu’on lui présente quand on lui consent le crédit.
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Pierre JC Allard

07-03-09

0605tadjikistan

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 5:10
2006 mai: Tadjikistan

Gurdjieff et lénine

0604kazhastan

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:35
2006 avril: Kazhakstan – Kyrghizstan

Acculturation

La fuite en avant

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:40

Le Capital a choisi l’assistanat plutôt que le partage du pouvoir qu’impliquait l’entrereneuriat. Cette décision prise, il aurait pu tout au moins reconnaitre sa dernière erreur et reprendre la redistribution de la richesse inopinément interrompue, augmentant la valeur du travail et enrichissant d’abord les travailleurs, puis éventuellement les capitalistes eux-mêmes. Le Système a préféré la solution périlleuse de contenter tout le monde et d’abord ses amis. Il l’a tenté en trois (3) mouvements.

Reagan a d’abord mis les riches à l’abri de tout nouvel effet de redistribution de la richesse, en réduisant les impôts qui leur avaient été imposés pendant les Trente Glorieuses et en rétablissant un taux d’intérêt assez supérieur à l’inflation pour que, toute fiscalité prise en compte, un riche puisse encore devenir plus riche en ne faisant rien et sans courir aucun risque, par simple accumulation des intérêts sur un capital oisif.

Les amis servis, on s’est concilié la strate supérieure de la classe moyenne, celle qui contrôle de fait le processus démocratique qui sert de faire valoir au Système. Cette strate est essentiellement composée de petits propriétaires, on pouvait donc tenir ceux-ci indemnes de toute contribution au processus de redistribution en leur faisant réaliser, par l’inflation, un gain en capital sur leur propriété supérieur à ce qu’ils contribuaient en impôts.

Qui allait subventionner la consommation des laissés pour compte, toujours nécessaire au fonctionnement de l’économie, si ni les capitalistes, ni la classe moyenne aisée n’y contribuaient? La seule cible restait la strate inférieure de la classe moyenne, ceux qui payaient des impôts à la source et qui, n’étant que locataires, ne bénéficiaient pas de l’inflation.

Il était manifestement impossible, cependant, sans les paupériser eux-mêmes, de soutirer des seuls travailleurs/locataires le coût de la subsistance des pauvres et de l’enrichissement constant des nantis. Il fallait donner aux pauvres le pouvoir d’achat qu’il fallait et permettre aux propriétaires de tirer leur épingle du jeu, tout en laissant les riches engranger des intérêts, mais sans faire basculer une majorité des travailleurs dans la pauvreté.

Le Système a choisi la solution de la fuite en avant. Poussant le Postulat des Deux Richesses à sa conclusion logique, il a simplement créé l’argent qui lui manquait. Le Système a fait plaisir à tout le monde en distribuant largement de l’argent qui ne correspondait à aucune valeur réelle. Pour régler ses fins de mois, le système allait, plus que jamais, créer une richesse virtuelle.

Il l’a fait en maintenant les intérêts élevés, alors que la surabondance de capitaux aurait du mener à des taux bas ou même négatifs. Au Canada, par exemple, des obligations de l’État portant 19 % d’intérêt ont pu débuter en 1982 leur généreuse carrière et la poursuivre entre les mains de ceux qui les avaient acquises, pendant que les politiques de l’État ramenaient à 2 % l’inflation de 14 % qui avait justifié leur émission…

En distribuant cette richesse virtuelle aux riches, on pouvait satisfaire leur ambition sans risque d’inflation, puisque cet argent ne serait jamais utilisé pour la consommation, mais uniquement comme un outil de pouvoir. Donner de l’argent aux riches dont l’aisance assurait que cet argent ne trouve pas sa voie vers la consommation n’avait déjà cependant plus rien d’innovateur. Le problème étant devenu plus général, il fallait maintenant en donner un peu à tout le monde, tout en gardant le même contrôle sur son utilisation.

L’État a d’abord convaincu les “presque-riches’ a qui on donnait de l’argent pour rire de ne pas le dépenser. Des placements irrésistibles pour les mieux nantis, des fonds de pension pour la classe moyenne. On créait le mirage d’une richesse qui viendrait plus tard…

Au lieu de récompenser ses enfants doués en leur donnant plus de friandises, le Système ne leur a plus offert que des images. On n’avait renoncé à l’irréaliste que pour choisir l’imaginaire. En bourse se créait une valeur fictive colossale qui ne représentait aucune réalité et qui, comme un arc-en-ciel n’existait que dans la mesure où l’on n’étendait pas la main pour y toucher. Une chimère qui n’existerait qu’aussi longtemps qu’on feindrait d’y croire.

Au cours des 25 ans qui ont suivi, l’indice Dow-Jones passerait de 800 à 13 000, multipliant par 17 la valeur des stocks en bourse. C’était un ajout à la richesse des nantis d’une valeur monétaire supérieure à celle de tout le patrimoine de la France ! Mais que valait RÉELLEMENT cet ajout ?

Les actions d’une compagnie confèrent un droit au partage des profits à tirer de la vente de ce que celle-ci produit. Mais si la population n’a augmenté que modestement et son revenu par tête encore moins, l’espérance des profits à retirer des biens et services qu’on peut vendre au consommateur est-elle si supérieure à ce qu’elle était au début de la période ?

En l’absence d’une inflation qui, même désagréable, aurait au moins maintenu un rapport entre la réalité et son symbole, on créait une richesse de pur consensus et on permettait ainsi qu’il ne subsiste plus aucune commune mesure entre la masse monétaire et les biens réels que celle-ci prétendait représenter.

Pour les pauvres il fallait être plus parcimonieux – pendant la même période, le niveau de vie en dollars constants des classes moyenne aux USA n’augmenterait pas d’un iota et celui des plus défavorisés diminuerait, même un peu ! – mais s’assurer tout de même que par le travail ou l’assistanat la demande effecticve serait suffisante. Encore un travail d’orfevre…

On a compris qu’on ne s’en sortirait qu’en contrôlant EXACTEMENT la consommation de tout ce qu’on souhaitaient qu’ils consomment. Si pour les nantis, on pouvait quitter la réalité et plonger dans l’imaginaire, pourquoi s’en tenir à une approche encore bien lourdaude de consommation impulsive pour gerer la demande effective des petits consommateurs ? Pourquoi ne donner qu’aux riches les émotions de l’hyperespace financier ? On a découvert la magie du crédit.

Pierre JC Allard

06-03-09

Le temps du désordre

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 2:38

La décadence que nous voyons n’est pas un phénomène local, mais un problème mondial. A divers degrés, ce que l’on vit ici ou là est une facette de ce qui se passe partout. En refusant de partager son pouvoir, le capitalisme a créé un problème d’ordre. On aurait voulu croire que pauvreté et désordre allaient de paire et que le temps apporterait une commune solution dans un enrichissement collectif. Le désordre, hélas, ne croît plus seulement dans la pauvreté, mais partout.

Dans le monde sous-développé, en Afrique, en Amérique latine, une partie de l’Asie, une pauvreté objective abjecte crée une crise permanente. Le pouvoir formel y devient précaire, son emprise réelle faible, sa légitimité nulle. Parfois, un pouvoir clanique, arbitraire, devenant toujours de plus en plus mafieux – puisque la criminalité y est le seul secteur porteur de l’économie – peut s’y exercer de fait, ici ou là, mais sur des territoires trop restreints pour que puisse s’y maintenir une structure de développement stable. Le désordre est presque total ; on meurt au jour le jour, sans attirer l’attention

Dans les pays dits « en voie de développement », s’établit presque toujours un pouvoir totalitaire. Ces régimes sont dénoncés et souvent sabotés par le reste des nations; pour ce motif de dictature, ou ce prétexte en cachant de moins avouables. Ces pays, de toute façon, ont perdu la partie de créer le bonheur, lequel n’est vraiment possible que dans la liberté. D’autres feignent une forme de démocratie, mais celle-ci tout entière soumise à une omniprésente corruption et leurs assises mêmes sapées par les deux (2) problèmes systémiques, auxquels ils n’échappent jamais: un chômage endémique et une dette publique en croissance ininterrompue

Ajouter, dans le tiers-monde, les guerres spontanées ou fomentées qui viennent et vont, comme toujours, mais semblant plus que jamais inutiles. Des guerres qui apparaîssent désormais encore plus désespérantes, car elles se terminent sans que la paix ne revienne vraiment, la violence se poursuivant, plus ou moins larvée, dans un désordre permanent. Les oasis de sécurité deviennent plus rares sur cette planète. Cette sécurité, là où elle subsiste, est sans cesse plus précaire, moins sereine….

Dans les pays dits développés, les USA offrent l’exemple qui semble prémonitoire d’une fracture sociale entre les pauvres et les riches, entre les blancs et les autres. Une fracture qui s’élargit et conduit à un inévitable éclatement, dont l’imminence est occultée par un cirque médiatique: un déluge d’informations incohérentes qui, paradoxalement, sert de censure et permet que le citoyen moyen n’ait plus qu’une vision de plus en plus floue de l’ensemble de la situation.

L’Europe suit la même voie. Les inégalités inhérentes à une expansion qui y fait cohabiter ses nations riches et pauvres et une immigration incontrôlée y créent peu à peu des opposition ethniques et raciales à la mesure de celles de l’Amérique. Une voie balisée par la concentration de la richesse, l’exclusion progressive des travailleurs, la récupération de la démocratie par la manipulation des médias, la rupture de la solidarité sociale, le choix de la décroissance, la diminution inexorable des services sociaux et une perte d’éthique.

Cette perte d’éthique favorise la criminalité dans les pays riches comme dans les pays pauvres, mais elle y prend d’abord une autre forme. C’est la prolifération de la délinquance et une désaffection croissante envers les valeurs sociales sans lesquelles une société complexe ne peut survivre. On assiste de plus en plus à l’abus de biens publics, à la fraude fiscale généralisée, au travail au noir et, surtout, toutes ces tares deviennent socialement tolérées. Il devient acceptable de ne pas respecter les règles qui ne nous conviennent pas et l’on peut compter sur l’indulgence des autres, puisqu’ils en font tout autant.

Le seuil à partir duquel le désordre s’impose grimpe sans cesse plus haut sur l’échelle de la richesse et de la respectabilité. Voyez des ministres convaincus de gestes criminels se représenter sans gêne devant les électeurs, voyez, aux USA, une vedette de la télévision signer des contrats à partir de sa cellule de prison et sourire aux photographes invités. il n’y a plus de véritable opprobre à l’illégalité. Institutions, méthodes, mécanismes, objectifs ne font plus consensus.

Chacun prend donc ses distances de l’ordre établi dont le capitalisme ne l’a pas invité à être partie prenante. Il est devenu acceptable de ne plus EN être. Chacun s’en dégage presque en catimini, mais sans trop de pudeur, content d’en sortir, mais sans entendre l’appel d’une alternative autre que son propre individualisme. Chacun le quitte sans se sentir encadré par autre chose et devient donc ainsi vulnérable et même plus ou moins consciemment, réceptif au désordre.

Le « système » qui gère la société n’inspire plus aucun respect. Que ce soit à tort ou à raison, regrettable ou non, ce sont d’autres débats. Ce qu’il faut d’abord s’admettre, c’est qu’une société ne vit pas sans un système qui la gère et des lois qu’on respecte. Sans une large adhésion aux valeurs d’un système qui sert de référentiel pour déterminer ce qui est bien, il n’y a pas de société possible. Celle-ci s’étiole, entre en crise et meurt. C’est la voie de la décadence. Somme nous une société moribonde ?

Pourquoi cette désaffection, comme si les principes, les valeurs les raisons de vivre qui devraient encadrer notre société et y maintenir l’ordre ne collaient plus avec la réalité et l’esprit du monde actuel ? Après des siècles à se gaver de progrès, comme Rome s’était nourrie de conquêtes, la vaste majorité de l’humanité ne croit plus que demain sera mieux qu’aujourd’hui. En refusant que le systeme de production évolue vers une PARTICIPATION, le capitalisme a empêché que se développe dans la société elle-meme la participation qui conduit à une appartenance et à la solidarité. On a voulu qu’ii y ait les capitalistes… et les autres.

Sans solidarité au soutien de l’ordre, le désordre s’installe partout. Même en Occident, au coeur de la société globale, la croissance du nombre de ceux qui rejettent le système est exponentielle. Qu’on les appelle exclus ou rebelles, leur refus est le signe d’une société en phase terminale.

Pierre JC Allard

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