Nouvelle Societe

21-02-09

0501cabareterd

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:24
2005 janvier: Cabarete RD

Etre en republique

Le monde irréaliste

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:00

Avec l’offre en position dominante et la demande qui suit, on a un système de production industrielle stable autour duquel peut s’articuler une société qui le sera aussi. Pour autant que l’on maintienne la demande effective. Depuis toujours, on s’attendait d’un système de production, non seulement à ce qu’il produise pour les besoins, mais aussi à ce qu’il distribue aux travailleurs – dans le sens le plus large de quiconque apporte une contribution au processus de production – un revenu qui leur permettrait de consommer ce qui est produit.

Apporter cette contribution va prendre un sens différent, cependant, à mesure que ce sont les machines qui font ce qu’on appelait le travail et que le travailleur dirige la fabrication avec plus de recul, fournissant de plus en plus des « services » connexes à la production au sens strict, planification, distribution, financement, etc… Services dont l’utilité prête souvent à interprétation, mais sans qu’on n’en ait cure.

Quand le modèle de surproduction a été mis en marche, le système capitaliste n’a pas oublié la nécessité de la demande effective, mais dans l’apposition « travailleur/consommateur », c’est le terme consommateur qui a été ciblé et le volet travailleur est devenu de moindre intérêt. L’important est le revenu distribué qui deviendra un revenu consommé et fera tourner les roues.

Avec le « postulat des deux richesses », la richesse avait déjà accepté de donner naissance à son double monétaire, imaginaire, virtuel détaché de la richesse réelle. En introduisant le modèle de surproduction, on acceptait de produire n’importe quoi, ce qui a conduit à travailler n’importe comment et finalement à créer, pour faire pendant à cette richesse illusoire, un travail tout aussi illusoire, ce qui importait peu puisque ce sont les machines qui faisaient le travail. On veut du revenu ? Créons des emplois…

Avec la création à volonté d’un travail illusoire, il semblait qu’on eut finalement réglé ce sempiternel problème d’une société industrielle qui est de maintenir le niveau de consommation effective. Le travail aussi bien que le capital étant dissociés de la réalité pour devenir des constructions mentales manipulables à merci, on pouvait surimposer peu à peu à la réalité la vision d’un monde irréel, un monde « irréaliste », car voulu irréel, où tous les équilibres sont maintenus et tous les objectifs sont atteints. Un monde quasi onirique dans lequel n’ont droit de cité que les problèmes pour lesquels il est opportun non pas de trouver, mais de chercher une solution, les autres étant simplement niés.

Ainsi, même si toute la valeur a été monétarisée et se retrouve en fait sous le contrôle strict de l’État, rendant inconcevable que l’argent puisse faire défaut à qui que ce soit pour obtenir sa quote-part minimale de ce qui est produit en surabondance, on peut justifier la pauvreté dans l’abondance par une « lutte contre l’inflation ». Ainsi, même si, lorsqu’il s’agit de créer des biens matériels, il n’y a plus guère que les machines qui doivent travailler, on peut ne voir de la crise de l’exclusion que ce qu’on choisit d’en voir dans le cadre d’une « lutte contre le chômage ». On peut décréter que les exclus n’existent pas ; il n’y a que des « chômeurs », présumés en transit vers un emploi et dont le nombre varie discrétionnairement selon la définition qu’on en donne.

Tout ce qui ne colle pas au modèle est scotomisé. On peut donc, simultanément, rester commis à un accroissement indéfini de la productivité industrielle pour combler une demande qui est fomentée de toutes pièces et ne pas former les ressources humaines adéquates pour répondre à la demande de services du tertiaire supérieur.

Dans la réalité, les travailleurs ont néanmoins dû quitter l’industrie. Durant les années de surproduction, le pourcentage de la main-d’oeuvre dans l’industrie a donc baissé un peu partout sous la barre des 30%, des 20%, puis des 15% aux USA…

On ne s’en est pas inquiété démesurément, puisqu’il n’en résultait – et pour cause ! – aucune pénurie ; il ne s’agissait toujours que de « créer des emplois ». Les travailleurs qui n’étaient plus dans l’industrie s’étaient absentés, voila tout. Ils reviendraient quand on leur aurait créé un emploi plus productif. La règle de trois entre besoins de production, productivité et besoins de main-d’oeuvre n’était simplement pas admise au vocabulaire d’un politicien poli. L’important, c’était que le revenu soit là.

Le travailleurs ont tout de même quitté l’industrie. Ils se sont joints à un secteur tertiaire si élargi et si peu cohérent qu’on aurait pu simplement l’appeler « autre chose ». Là, les services de niveau supérieur dont on avait vraiment besoin étant réservés à une petite minorité, les autres ont dû se répartir en deux (2) grands groupes.

Ceux qui l’ont pu sont allés vers un secteur tertiaire de niveau moyen. Souvent comme fonctionnaires, mais aussi comme cadres intermédiaires dans le secteur privé, feignant de produire des services pour lesquels il n’y avait parfois pas d’autre demande que celle créée artificiellement par le système, comme un écrin autour de la production réelle, leur rémunération déduite, en fait, de celle qu’auraient méritée des vrais producteurs.

D’autres, parfois diplômés universitaires, sont devenus professionnels de n’importe quoi, en retirant un prestige certain et un revenu correct, mais ne contribuant pas à la production un apport qu’une majorité de tiers bien informés aurait objectivement jugé bien utile.

On a produit sans cesse de moins en moins de ce que l’on aurait dû et pu produire, mais les lentilles sociales se sont ajustées et on a pu voir clairement ce qu’on voulait. En calculant la productivité au coût des facteurs, par exemple, on a pu comparer sans sourciller la rentabilité d’enquêter sur la probité des assisté sociaux à celle de produire de l’acier, même si l’on sent confusément que l’impact de ces deux activités sur l’enrichissement collectif réel n’est pas de même niveau …

D’autres, enfin, ceux qui n’ont pas eu cette chance d’accéder même au prestige de complaisance de ce tertiaire moyen, se sont intégrés, plutôt mal que bien, à un tertiaire inférieur, fourre-tout de petits boulots, où la demande est largement discrétionnaire et fluctue au gré des circonstances, des humeurs des consommateurs…. et des politiques incitatives de l’État.

Pierre JC Allard

20-02-09

Le 4e travailleur

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:00

La distribution des migrants de l’industrie entre les paliers du tertiaire a créé un problè d’équité. La base de la justice commutative sur laquelle se fonde une société est le postulat d’une équivalence entre l’apport à la production et l’accès au revenu qui permet la consommation. Évidemment, cette équivalence n’ea jamais existé dans les faits, biaisée par l’astuce et la violence au service de l’égoïsme, mais il y avait, avant l’abondance, un vaste consensus pour soutenir que cette équivalence devrait exister. Un effet pervers de l’abondance a été de détruire ce consensus.

Le seul scénario éthique de distribution de revenu est par le travail, réparti entre ceux qui peuvent travailler, un scénario de justice distributive complémentaire s’appliquant à ceux qui ne le peuvent pas. Mais, « ne pas pouvoir » est ambigu ; un nouveau consensus a vite permis d’y assimiler ceux dont on préfère qu’ils ne travaillent pas. Un évolution commencée il ya longtemps.

Au début de l’industrialisation, on avait d’abord laissé le travail industriel produire spontanément un revenu pour ceux qu’on avait sortis des champs, mais, la productivité augmentant, dès qu’il n’avait plus été nécessaire d’avoir tout le monde à l’usine, on avait choisi de ne garder que « les meilleurs ». On avait envoyé les enfants à l’école et les femmes au foyer.

On en était ainsi arrivé à ne plus avoir au sein de la population qu’une minorité de « travailleurs », leur travail générant la production qui répondait aussi aux besoins des non-travailleurs, ainsi que le revenu suffisant pour l’acquérir. Dans une structure sociale familiale, il suffisait de donner au travailleur un revenu suffisant pour lui et ses dépendants et de laisser les ajustements à sa discrétion. On ne faisait que reconnaître le palier hiérarchique qu’occupait le pater familias.

Le maintien du niveau de consommation effective – qui exigeait qu’on remette au travailleur/consommateur la pleine valeur de son travail, afin qu’il puisse acheter toute la production – n’était en rien compromis, si on rendait effective la demande de non-travailleurs par le biais du revenu payé au travailleur. Le non-travailleur dont la demande est ainsi rendue effective est un « bon » consommateur. Le meilleur, car celui à qui l’on donne ne rouspète pas tant que celui qui gagne sa croûte et celui qui ne produit rien n’a pas à être formé.

Lorsque les gains de productivité ont permis de produire plus, avec moins de travail, il s’est créé un énorme surplus de travailleurs dans l’industrie. Beaucoup se sont retrouvés dans des postes du secteur tertiaire où un travailleur humain n’est pas essentiel, mais qu’il semblait encore plus rentable de confier à un travailleur mal payé que d’investir dans la machine idoine pour s’en acquitter. D’autres ont été mis en chômage, souvent déguisé sous des noms d’emprunt. « Non-participation » et « sous-emploi » ont proliféré et sont devenus endémiques.

C’est une situation qui rappelait celle qu’on avait connue longtemps auparavant de ne garder que les « meilleurs ». Quand la mécanisation a atteint le seuil où, les machines faisant tout, le travail est devenu si surabondant qu’il n’était plus qu’une variable à manipuler pour justifier la distribution du revenu nécessaire à la consommation effective, on s’est souvenu du « bon » consommateur et on a choisi la solution de la facilité.

On ne s’est pas trop embarrassé d’utiliser au mieux le travailleur déplacé de son emploi par les gains de productivité. Plutôt que de faire un effort sérieux pour utiliser toute la main-d’oeuvre de façon productive, le système a simplement maintenu la demande effective en distribuant des revenus aux non-travailleurs.

Comment donner plus quand on a déjà dû tout donné et commet le faire sans contrevenir à l’équation du niveau de consommation effective ? Simple. Il suffit de maintenir bien étanches les « deux richesses ». Il ne faut pas puiser dans la part du capital pour distribuer des revenus aux non-travailleurs, car cette part consistant en une richesse illusoire, l’on ne pourrait la transformer en « argent pour la consommation » sans une colossale inflation. Il faut déduire totalement le revenu donné aux non-travailleurs du revenu des travailleurs.

Ainsi, on ne modifie en rien l’équation. Tout le revenu est toujours entre les mains des consommateurs et seule est entre leurs mains la valeur de leur travail et de la production. On recréé simplement, au palier de l’État devenu « providence » et au bénéfice de tous les non-travailleurs de la collectivité, la fonction de redistribution du revenu qui, dans une structure familiale, avait été traditionnellement celle du pater familias. Évidemment, on faisait ainsi que se développe dans la société, à côté des consommateurs/travailleurs, toute une classe de consommateurs non-travailleurs vivant à leurs dépens.

Les non-travailleurs pris en charge seraient, comme toujours, les plus vieux ou les plus jeunes, les moins doués et les moins instruits, mais ce serait surtout aussi maintenant ceux dont allait décider une quasi-loterie technologique qui rendrait certains emplois superflus. Les perdants à cette loterie des emplois seraient entretenus, plutôt mal que bien, traités avec condescendance, dévalorisés mais leur demande serait effective. Les autres travailleraient plus sans que leur revenu personnel n’augmente dans la même proportion, puisqu’un large part du produit de leurs efforts serait détournée pour assurer l’entretien des perdants. Dur, mais nécessaire.

La bonne volonté des travailleurs serait mise à rude épreuve, car ces non-travailleurs, dans la société industrielle mature, ne seraient plus des dépendants soumis aux travailleurs auxquels les liaient des liens affectifs et leur procurant la gratification de l’autorité en contrepartie de leur entretien. Ce serait désormais des travailleurs, leurs pairs – et s’affirmant comme tels avec véhémence dans une société démocratique – qui allaient vivre aux dépens d’autres travailleurs. On allait faire de l’assistanat un mode de distribution du revenu du même ordre de grandeur que le travail.

Comment le faire accepter aux travailleurs ? En n’en parlant pas trop. Les hausses de productivité permettant une production supplémentaire avec un même travail, le travailleur ne verrait pas diminuer le pain dans sa corbeille, il recevrait seulement moins que ce que ces gains de productivité auraient suggé qu’il reçoive pour son travail. Apres 40 ans de surproduction et d’exclusion, c’est environ UN TRAVAILLEUR SUR QUATRE qui ne travaillerait plus, les trois autres assurant son entretien.

Pierre JC Allard

19-02-09

Les joueurs bien élevés

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:00

Le héros – ou le traître, selon le camp qu’on choisit – arrive dans ce qui paraissait une chasse gardée avec un nouveau concept, et un capital financier qui n’est pas déjà investi et qu’il prend le risque de transformer en un nouvel équipement. Si le concept est porteur et que l’équipement produit mieux et à meilleur compte, ou répond mieux aux désirs des consommateurs constituant la demande effective, l’ Étranger va s’accaparer du marché. Ceux qui le détenaient doivent réagir ou ils sont perdus. L’offre condescend alors à écouter la demande. Brièvement.

Dans ce nouveau scénario, ce ne sont plus, comme le voudrait la théorie classique, les signaux qu’envoie la demande qui entraînent une réaction automatique des producteurs. Ceux-ci sont en attente d’un autre signal : celui de l’investisseur trouble-fête. En fait, ce n’est plus de la demande mais de l’offre que doit venir l’initiative du changement. L’équilibre à maintenir entre l’objectif de satisfaire la demande et l’exigence d’amortir les équipements est évidemment alors biaisé en faveur du report de la décision de réinvestir et l’adaptation de l’offre à la demande subit un décalage systémique.

Un décalage d’autant plus important que le pouvoir du producteur est grand face à celui du consommateur, car la tentation est forte de tirer un peu plus de profit de l’équipement. De retarder l’innovation et, au besoin, d’abattre dans un défilé – symboliquement, on veut le croire – les héros en puissance qui voudraient compromettre les profits des cartels de fait qui règnent sur la production de chaque branche d’activités. Les héros n’arrivent pas. La production continue inchangée pour encore un temps et la demande, pendant ce temps, est de moins en moins satisfaite. C’est le scénario le plus fréquent, car, comme disait Macchiavel, rien n’est plus difficile que de changer l’ordre établi.

Les joueurs peuvent feindre des rivalités mortelles, mais ils ont, du simple fait qu’ils sont à la même table, plus d’intérêts communs que de différends. Le marché est saturé, mais chacun a un énorme tapis et, derrière lui, un ou plusieurs États qui ne le laisseront pas tomber. Personne ne crie banco. Le système feint une libre concurrence, mais ce n’est qu’un leurre. La «concurrence» n’est jamais qu’une émulation courtoise entre joueurs acoquinés qui se renvoient l’ascenseur. Que ce soit Ford ou GM qui prévale cette année, l’an prochain sera différent et recréera l’équilibre. C’est le jeu qui importe.

Ce qui est vraiment crucial pour chaque joueur, c’est ce qui l’est pour eux tous. Pour la table « Automobile », par exemple, la position concurrentielle de chacun à un moment donné est anecdotique ; l’important c’est que le transport par voitures particulières ne soit pas délaissé au profit du transport en commun et que le jeu continue. Les vrais concurrents, ce sont les joueurs de la table à côté. Ceux du rail qui voudraient qu’on passe au transport en commun. Ceux de l’aéronautique qui trouvent bien injuste que l’on construise encore des routes sans péage alors qu’on impose des taxes d’aéroport.

La concurrence se fait de table à table et par lobbies interposés. L’État sert d’amiable compositeur et ses lois sont ses jugements. Les jugements font le constat de la force relative des parties en présence. L’automobile, pas le train. Pas de supersoniques ni de super-jumbos aux USA. Aux USA: Boeing. Seulement Boeing. Concurrence entre tables seulement, mais sans jamais, toutefois, même à ce niveau, compromettre la stabilité du Casino lui-même. Le Casino du Capital a intérêt à ce que la production industrielle se fasse en optimisant l’utilisation du capital fixe et donc à ce que la « concurrence » n’oppose que quelques joueurs bien élevés qui respectent les règles du jeu et ne trichent jamais sur les choses sérieuses. Les intrus ne sont pas les bienvenus, surtout s’ils ont des idées.

Quelques joueurs, donc, à chaque table et chacun à la sienne. Bill Gates en informatique, mais pas en chimie ; Hoffman-Laroche pour les pilules mais pas pour les pneus et je vous prédis que Wal-Mart – qui circule trop allégrement entre les tranchées de la distribution – va subir bientôt bien des avanies Le capital financier, par sa nature même pourtant indifférencié, a mis fin à la prolifération des conglomérats et garde désormais ses industriels dans des cages à part, permettant une concurrence contrôlée qui n’est plus une véritable concurrence.

On est loin du capitalisme sauvage mais dynamique de John Rockefeller ou d’Andrew Carnegie. On a un marché bien élevé, mais, sauf pour Shylock dont le capital se multiplie sans contrainte dans son univers virtuel, le système stagne. Cette fragmentation du marché réduit à néant l’effet de la concurrence dont on fait tant état pour assurer le dynamisme du système de production et garantit que c’est l’offre et non la demande qui conduit le marché.

Qu’est ce que ça produit un système dominé par l’offre, un système qui n’existe que pour se perpétuer et retourner un profit au fabricant ? N’importe quoi. N’importe quoi, mais préférablement la même chose, puisque la rentabilité de la production industrielle va de paire avec l’utilisation prolongée des équipements. Chaque innovation abrège le temps d’amortissement des équipements dont cette innovation suggère le remplacement, hâte leur mise au rancart et réduit le profit du producteur. Donc, rien ne presse pour innover.

Le résultat de ce marché géré en connivence est de freiner l’innovation. Il s’est écoulé 7 ans entre la mise au point du DVD au Japon et son introduction commerciale aux USA ; personne n’a triché. Les écrans à plasma attendent sagement leur tour, lequel viendra sans doute quand sera vraiment saturé le marché de la téléphonie cellulaire.

Pierre JC Allard

18-02-09

Le baccarat des initiés

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 5:00

Où est le bouclier du consommateur ? La concurrence ? Il n’y a pas de concurrence. Ou plutôt si, il y a une concurrence, mais elle n’est plus entre fabricants produisant des produits similaires et se disputant la clientèle des acheteurs, fabricants vulnérables donc, aux pressions que les consommateurs peuvent exercer ; elle est désormais à un tout autre niveau et ne le protège en rien.

En théorie, l’offre doit se plier à la demande : c’est son rôle. Elle le fait lorsque l’acheteur a le choix entre une large gamme de fournisseurs dont chacun lui propose, pour satisfaire son besoin, un produit raisonnablement différent de celui des autres, ou un produit similaire, mais à un prix différent. Dans la mesure où ce choix est inexistant, trop limité ou purement spécieux, c’est la demande, au contraire, qui doit se conformer à l’offre. Avec d’autant plus d’empressement que son besoin est pressant.

Si les producteurs se concertent pour ne pas offrir un véritable choix au consommateur, ils sont alors en position de force et constituent de fait un cartel. Ils sont un cartel même si les ententes entre eux demeurent au niveau du non-dit. On a une situation qui confine au monopole. L’hydre a plusieurs têtes, mais c’est la même bête. C’est la situation que nous vivons présentement.

La croissance en volume et en complexité du système de production a conduit à sa division en grappes (clusters). Des groupes d’affinité qui ne sont précisément, ni les branches d’activités ni les ni occupations (professions) identifiées par les classifications traditionnelles, mais qui se définissent d’abord par les besoins connexes auxquels leurs productions d’adressent et qui ont en commun de pouvoir être satisfaits par un agencement des mêmes ressources humaines et techniques. Des grappes d’industries qui se définissent, donc, par un appel aux mêmes compétences et la nécessité de soutenir une même recherche.

Le nombre des joueurs dans chaque grappe tend à diminuer, par la nécessité de réaliser des économies d’échelle et la simple concentration du capital. À l’intérieur de chaque grappe, quelques producteurs peuvent donc se créer de plus en plus facilement une position dominante, en embauchant les travailleurs qui seuls ont les compétences requises et en soutenant une recherche bien ciblée. Ils ont alors le monopole de l’expertise, puisque ensemble ils ont sous contrat tous les travailleurs compétents et la propriété de tous les brevets. Les brevets qui permettent de produire aujourd’hui et, aussi, d’orienter l’évolution de la production pour des années à venir.

On en est arrivé assez vite au point où la production de quelque produit manufacturier que ce soit est réservée de fait à un groupe très restreint de producteurs, les seuls qui disposent des ressources et de l’expérience requise pour gérer cette production spécifique. Chaque grappe devient une chasse gardée où prévaut une stratégie coopérative de type “commmensal” telle que décrite par Astley. C’est un environnement où une industrie peut agir bien à l’aise. Tout le système de production industrielle tend donc à devenir une collection de semblables grappes

Prenez la liste « Fortune » des 500 plus grandes entreprises et répartissez-les par grappes. Vous verrez ainsi se dessiner, pour prendre une autre métaphore, un grand «Casino du Capital » où les gros pontes industriels sont assis à des tables différentes dont chacune correspond à un groupe d’affinités. A chaque table, il n’y a que quelques joueurs. Normalement une demi-douzaine, jamais plus de dix (10). À la table « Automobile », de GM à Toshiba, n’importe qui peut les compter. Même chose dans l’industrie pharmaceutique. Idem pour l’informatique ou l’électronique.

Les joueurs d’une même table s’échangent civilement les jetons que leur fournit le Grand Croupier – le système monétaire international – jetons qui représentaient à l’origine le travail des masses laborieuses, mais qui, de plus en plus, sont « virtuels » et créés de façon tout à fait discrétionnaire. Ils ne se mêlent pas. Un intrus n’a aucune chance de prendre sa place à la table voisine, car ce ne sont plus les jetons qui importent, mais les compétences, les brevets, les amis…

Les amis, car il y a longtemps que le nombre des joueurs été réduit au point où l’on est devenus copains et où chaque table est contrôlée par un cartel de fait. Chaque joueur joue pour lui, bien sûr, mais pour des avantages positionnels qui ne remettent pas la structure en péril Les participants à un tel cartel de fait n’ont pas besoin de s’échanger des mémos pour fixer les prix ou déterminer le rythme optimal d’acceptation de l’innovation qu’ils favoriseront. Comme des trapézistes, ils connaissent parfaitement les règles du jeu, voient du coin de l’oeil les mouvements de leurs concurrents – qui sont surtout plutôt des partenaires – et font les gestes qu’ils doivent faire. Vous avez vu récemment une différence significative du prix de l’essence entre Shell et Exxon ?

L’image que véhicule la théorie économique classique de producteurs aux aguets, anxieux de répondre au moindre désir de la clientèle, est une fiction. On voit plutôt des producteurs qui veulent vendre, bien sûr, mais dont chacun trouve son profit à ne PAS adapter sa production à la demande, si ce n’est in-extremis et à son corps défendant. La production ne s’ouvre à l’innovation, pour satisfaire de nouveaux besoins ou mieux satisfaire les besoins existants, que quand apparaît un étranger, traître/héros qui vient jeter un pavé dans la mare de complaisance de la production routinière.

Pierre JC Allard

17-02-09

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