Nouvelle Societe

12-01-09

Les deux fonctions de l’État

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 4:13

Quiconque prend « le pouvoir » dans une société doit la gouverner. Lui servir de gouvernail et donc en identifier les objectifs – qui seront ceux qu’une majorité effective des sociétaires auront choisis – puis établir et faire respecter les règles qui encadreront les efforts pour atteindre ces objectifs. C’est sa fonction de gouvernance. Sont du ressort de la gouvernance de l’État, les décisions – supposant souvent l’usage de la force – qui mènent à ce que règnent l’ordre et la sécurité qui permettront d’atteindre les objectifs fixés

Parmi les objectifs d’une société, toutefois, il y a toujours celui de s’enrichir et d’enrichir ses membres. Quiconque prend le pouvoir dans une société a donc la mission au moins implicite de l’enrichir. Or, pour que la société s’enrichisse, elle doit produire, car seul le travail crée la richesse; on travaille pour produire et la richesse réelle EST la production qui découle de ce travail. Gérer la richesse, c’est gérer la production.

Pour produire, il y a des décisions à prendre et des gestes à poser qui le seront mieux si on travaille ensemble, si l’on se concerte et que chacun accomplit la tâche qui lui est dévolue. Le pouvoir doit gérer cette concertation qui découle de la division du travail et, en sus de sa fonction de gouvernance au sens strict, il a aussi pour mission d’assurer la coordination des efforts de production et d’enrichissement collectif. C’est ce que nous appelons la fonction de gérance du pouvoir.

En parallèle à sa fonction de « gouvernance », qui découle de la capacité que lui donne sa force de se faire obéir par tous, le leadership en place a donc toujours cette fonction de « gérance », qui est l’application de son pouvoir à l’organisation de la production dans la société. Avec le temps, la gouvernance, fonction noble, apparaît primordiale, mais au départ, c’est la fonction de gérance qui requiert surtout l’attention du leader.

Dès que la sécurité est assurée – et que la société semble être là pour durer – RIEN n’est aussi important que produire. Dans les sociétés primitives, il va de soi que le pouvoir assume la responsabilité de gérer l’effort collectif. A lui de maintenir ce qui est d’importance vitale et doit servir à tout le monde : les digues en Chaldée, les cultures en terrasses au Pérou. Dans une économie primaire et de pénurie, on ne lui conteste pas ce droit, on est heureux qu’il l’exerce.

Le besoin est évident, les ressources sont limitées, le partage est difficile. S’enrichir veut dire produire et la société primitive s’attend à ce que son leader s’en occupe. le pouvoir qui gère directement la production se rend bien utile. C’est quand il ne se limite plus à rançonner, mais commence à gérer la production que le pouvoir devient un « État ». Gouvernance et gérance vont de paire, mais c’est la gérance qui montre la voie. Les gens opinent de leurs gouvernants selon le succès qu’ont ceux-ci à les enrichir. La production est donc toujours la première priorité de l’État.

A l’origine, la mission d’enrichissement du pouvoir se confond avec la propension du leader à s’enrichir lui-même, mais, quand les alliances se forment, il en enrichit quelques autres avec lui. Avec le temps, quand le pouvoir se diffuse, il enrichira une majorité effective des sociétaires, puis prétendra enrichir tout le monde, puisque c’est ce que tout le monde attend de lui.

Les bénéficiaires vont ainsi changer, les objectifs prioritaires et les moyens d’action aussi, mais le contrôle de la production et de la distribution de la richesse étant toujours une des conséquences immédiates du pouvoir – et pouvant même parfois en être la source – il est ridicule de penser que le pouvoir puisse jamais s’en désintéresser. L’État, plus ou moins discrètement, gère toujours la production.

L’État peut le faire directement, prenant toutes les décisions qui s’imposent, mais, quand la société devient plus complexe, les formes de production se multiplient et l’État est parfois bien heureux qu’on l’y aide. Il veut la richesse pour ceux qui détiennent le pouvoir, mais il ne tient généralement pas à s’immiscer plus que nécessaire dans la création de cette richesse et donc à devoir côtoyer la production et le travail. Quand Rome veut des routes, César ne devient pas pour autant cantonnier; il s’assure seulement qu’on en construise.

L’État peut donc ne s’acquitter qu’indirectement de sa fonction de gérance, se contentant de décider quelle richesse sera produite, puis déléguant les tâches concrètes de sa mission d’enrichissement à des gens qui décideront de la manière de produire et verront à ce que ce qui doit être fait le soit, l’État se bornant à mettre en place une structure normative pour encadrer leurs décisions. Que l’État assume directement ou indirectement sa fonction de gérance est affaire de principes et d’idéologie, de circonstances, d’équilibre des forces et d’efficacité.

Il peut choisir de n’intervenir directement au processus de production que pour les projets qui lui apparaissent indispensables à l’exercice de sa fonction de gouvernance. Il se garde alors que les projets symboliques qui exigent une totale coordination à l’échelle du groupe et dont la réussite contribue significativement à la cohésion sociale, alors que leur échec pourrait entraîner le mécontentement et donc le désordre au sein du peuple.

L’État se contente de bâtir des pyramides, des cathédrales, des “tours”, au sens de Saint-Exupéry… Pour le reste, il s’en remet pour, produire la richesse, à des gens qui veulent vraiment produire parce qu’ils trouvent leur intérêt à le faire: des entrepreneurs.

Pierre JC Allard

11-01-09

La loi et le marché

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 4:11

L’alliance dominante – le regroupement de ceux qui, ensemble, ont la force d’imposer leur volonté à la société va expliciter le contrat social. Elle va donc définir une éthique, une moralité, des normes de conduite, des lois, des règlements … C’est la dimension normative de l’activité humaine.

Quand ces règles sont ainsi faites que la sécurité permanente qu’elles apportent vaut toujours, pour une majorité effective de ceux qui ont la force, plus que les sacrifices ponctuels que l’application de ces règles peut exiger d’entre eux, on peut raisonnablement s’attendre à ce que la force de ceux qui se commettront à assurer le respect de ces règles soit toujours supérieure à celle de quiconque s’y opposerait. Les lois sont alors stables et un État de droit peut se créer.

Chacun, bien sûr, n’en cessera pas pour autant de chercher à infléchir les règles en sa faveur. Parmi les normes que l’on établit, on trouve en bonne place – peut-on s’en étonner ? – les lois qui établissent des conditions d’échange systématiquement favorables aux membres de l’alliance dominante. Quand des normes existent qui la font respecter, l’inégalité peut se prétendre légitime .

Pour retirer plus de la société et y contribuer moins, ce qui est l’enjeu que l’égoîsme impose aux sociétaires, ceux qui ont le pouvoir mettent donc vite en en place un cadre légal, des règles qui biaiseront toute transaction en leur propre faveur. Cette mise en place d’un cadre normatif (moral, constitutionnel, juridique, réglementaire) à la convenance de ses membres est l’expression la plus significative du pouvoir qu’exerce l’alliance dominante.

Quand les lois ont été édictées qui assurent la suprématie de l’alliance dominante et régissent les rapports entre les membres de celle-ci en tenant compte de leur force respective, chacun peut tirer légalement la couverture à soi et optimiser l’inégalité en fonction de sa propre force, sans remettre en question l’ordre établi, c’est-à-dire sans compromettre la stabilité de la société ni de l’alliance dominante: la rapine est institutionnalisée.

Dans une société naturelle, il ne faut donc pas penser un instant que les lois sont établis pour faire prévaloir l’équité. Loin de garantir la justice, elles visent à garantir la pérennité de l’équilibre des forces tel qu’il existait au moment où les lois ont été édictées. Corollairement, tout ce qui pourrait modifier substantiellement cet équilibre des forces deviendra illégal, puis, peu à peu, immoral… C’est ce qu’on appelle maintenir l’ordre.

Le jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine, l’établissement du cadre légal et de ses lois en est la dimension normative, produire en mettant à profit la complémentarité des sociétaires et répartir entre ceux-ci la masse de ce qui est produit en est la dimension économique. Dans une société naturelle, cette répartition est faite en fonction de la force dont chacun dispose et elle tend à être aussi inégale que faire se peut sans compromettre la survie de ceux qui n’ont d’autre pouvoir que leur utilité.

Dans une société primitive, les forts prennent sans discuter, mais quandce sont des alliances qui détiennent le pouvoir, et qu’un cadre légal a été mis en place, on ne peut plus piller à sa guise: il faut y mettre des formes. On ne prend plus, on marchande. “Utilité” et “rareté” prennent alors une importance accrue et on dit que la “loi du marché” s’impose.

Utilité et rareté sont mises en évidence pour maintenir une apparence d’équité, puisque les inégalités apparaissent alors justifiées ou au pire aléatoires, plus tolérables puisqu’elles sont circonstancielles, « externalisées » donc, et non la conséquence irrémédiables et permanente d’une qualité inhérente à l’un ou à l’autre. L’équité est là, au palier des chances sinon des résultats

Ce qui est vrai… avec certaines réserves. Il est vrai que les biens et services prennent sur le “marché” une valeur variable – et que chaque sociétaire retire un pouvoir précaire de cette valeur circonstancielledu service qu’il offre – mais il est faux de prétendre que l’inégalité s’arrête là et que seules les lois du marché déterminent les “conditions d’échange”.

Il faut voir avec lucidité que l’avantage concurrentiel que confèrent les “lois du marché” à quiconque offre un bien ou un service sur le marché n’est qu’une des composantes du rapport de force qui prévaut au moment de chaque transaction et qui fera que l’une des parties gagnera à l’échange… et l’autre pas. Le pouvoir circonstanciel de la rareté ou de l’utilité et ne fait que s’ajouter au pouvoir, significativement plus stable, que chacun tire de son appartenance au réseau des alliances qui quadrille la société.

Chaque sociétaire qui se présente sur le marché cherche à biaiser en sa faveur les “conditions d’échange” (Terms of Trade) en utilisant tout le pouvoir dont il dispose, y compris, au premier chef, celui qui découle de son appartenance à des alliances qui ont la force pour eux . Avec ou sans cadre légal, on va tricher. L’État de droit efficace est celui qui minimise la tricherie, sans oublier qu’elle ne demande qu’à se manifester. On va tricher, mais malgré ces anicroches, la notion de justice sera là pour rester.

Pierre JC Allard

10-01-09

Réciprocité

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 4:08

À la base de toute société, il y a le concept implicite de réciprocité. Un non-dit. La justice étant, bien sûr, un projet en construction, la réciprocité qui n’est pas exprimée prête à interprétation. La nature humaine est ainsi faite que, dans la réalité, chacun ne contribue à la société que ce que les circonstances l’obligent à y contribuer et en retire tout ce que sa force lui permet d’en prendre.

Ce que chacun contribue à la société détermine sa valeur pour les autres, mais ce qu’il en retire ne dépend pas de cette valeur, mais de sa force. Avec la société vont donc naître des inégalités et l’injustice. La seule limite intrinsèque à l’injustice vient des impératifs de la division du travail lui-même.

Chacun, quelle que soit sa faiblesse et la méchanceté humaine, jouit toujours du respect qui découle de son utilité. Toute utilité a sa valeur et l’esclave, qui n’a aucun droit, reste protégé par sa valeur qui est celle de son travail. On ne le détruit pas, on l’utilise. Il suffit qu’il travaille. Ce qu’on peut obtenir par des châtiments : la force est là pour ça.

Dans une société primaire, pour obtenir un travail simple de travailleurs interchangeables, il suffit que le fort menace le faible et au besoin le punisse. La réciprocité reste à l’étape du voeu pieu. Quand une société se complexifie, cependant, des compétences multiples sont requises dont chacune devient plus rare et donne donc plus de valeur à qui la possède. Chacun garde le respect dû à son utilité, mais cette utilité peut devenir indispensabilité et donc conférer un véritable pouvoir, au moins d’omission, à celui qui la détient. Le fort doit manier la trique avec plus de discrétion .

Certaines compétences apparaissent irremplaçables et suscitent plus de respect. Il en est, surtout, qui ne peuvent donner entière satisfaction à celui qui en profite que si elles sont appliquées avec bonne volonté par celui qui les a, chercher à l’y obliger ne donnant pas les résultats escomptés. La peur peut saboter les résultats, même si l’exécutant terrifié ne le souhaite pas et voudrait bien qu’il n’en paraisse rien. A fortiori, s’il VEUT insidieusement saboter son action

Celui qui a la force apprend donc vite qu’il vaut mieux garder heureux son chirurgien, sa courtisane et le précepteur de ses enfants. Quand il l’a compris, il voit qu’il est plus efficace d’obtenir ce qu’on veut par des promesses que par des menaces et le sourire revient, au gynécée et chez les précepteurs. Quand une majorité effective de la société l’a compris, on passe d’une structure sociétale rigide qui repose sur la punition à une plus souple qui repose sur la récompense.

C’est une approche infiniment plus efficace, car celui travaille fait mieux ce qui va dans le sens de ce qu’il veut faire et s’il le fait dans la sérénité. De plus, tous ces gens qu’on doit utiliser pour manier le bâton dans une société gérée par la peur ne produisent rien et peuvent même se rebeller. Surtout, menacer et punir exige une surveillance et des efforts constants, alors qu’on peut compter que celui à qui l’on a promis une gratification vienne la chercher. Le châtiment est portable, la récompense est quérable

Le principe peut être universalisé à tout le fonctionnement de la société. Si chacun peut être motivé à apporter volontairement sa contribution à la société, tout le monde y gagne. On peut y arriver, si on revient à cette notion de réciprocité que les société en croissance ont tendance à négliger. L’immense majorité des gens apportent sans discussion l’apport qu’on leur demande, en échange d’une part qu’ils considèrent raisonnable de l’apport des autres. La justice commutative peut établir une équivalence entre la valeur des apports et la réciprocité devient alors explicite. Elle le devient efficacement quand chacun a des droits et qu’il y a une même justice pour tous.

Comme la complémentarité, qui permet l’efficacité et la richesse, conduisant à une meilleure maîtrise de l’homme sur la nature et le destin, la réciprocité est une constante de l’évolution de l’humanité. C’est elle, dès qu’on en a compris la nécessité, qui permet que la complémentarité puisse être acceptée, voire désirée, plutôt qu’imposée, ce qui en retarderait le développement.

La réciprocité, instinctive ou bien tôt acquise, de l’enfant qui laisse aller un hochet pour un câlin, peut donc évoluer vers l’État de droit, où tous les échange pourront être consensuels et être dès lors dits justes et équitables, s’ils s’effectuent selon les termes dont on aura convenu. Ce consensus n’empêchera pas que, dans leur application quotidienne, ces termes d’échange restent presque toujours « naturellement » biaisés par la force des parties en présence, mais il y aura une volonté commune affirmée qu’ils ne le soient pas. Le temps travaillera pour la justice.

En attendant, tout pouvoir circonstanciel cherche à devenir permanent et la société évolue vite vers la mise en place d’un cadre “stable” et “légal” de marchandage qui donnera une légitimité à l’inégalité. On va expliciter le contrat social. À l’avantage, autant que faire se peut, de ceux qui l’explicitent.

Pierre JC Allard

09-01-09

Le pouvoir

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 4:05

On se met en société pour travailler . Un peu paradoxal, car chacun ne cherche rien tant qu’à satisfaire ses besoins avec un minimum de travail. On se met en société pour avoir plus, mais travailler moins. Il faut donc qu’une société soit efficace : c’est sa raison d’être.

L’efficacité exige, d’abord, que chacun accomplisse la tâche complémentaire pour laquelle il est qualifié. Il va de soi que si la division du travail ne mène pas à ce résultat, elle ne joue pas son rôle. L’efficacité, cependant, ne s’arrête pas là. Le bon usage de la complémentarité est l’essentiel, car c’est de la ressource travail que naît finalement toute, mais il y a du travail caché. L’efficacité, c’est donc aussi d’être économe des matières premières qu’on utilise, puisqu’il faut les chercher les trouver, les amener à pied d’oeuvre, et que cela aussi exige du travail.

De même pour les outils et équipements, qui représentent eux aussi un investissement travail en amont. On n’est pas efficace, non plus, si on ne tient pas compte des priorités et si on n’affecte pas le mieux possible le travail, les ressources naturelles et ce capital que sont les outils, mais aussi les réserves sans lesquelles demain le travailleur ne mangera pas et ne travaillera pas. L’efficacité exige que l’on s’organise ou qu’on soit organisé. Il faut organiser la production.

Il y a toujours des volontaires pour prendre charge de l’organisation de la production, pour deux raisons. La première est que quiconque « organise » le travail de la société, peut le faire en privilégiant ses propres intérêts. La deuxième, c’est que, lorsqu’on répartit tâches selon les compétences, il y a une préférence pour les tâches qui ne consistent pas tant à travailler qu’à faire travailler. Faire travailler se confond vite avec organiser et c’est la compétence que s’arroge le plus fort.

Le plus fort assume le leadership, exige l’obéissance, organise la production en fonction de ses intérêt et assure assez d’ordre et de sécurité, pour que ses intérêts ne soient pas mis en péril. Parfois, dans sa mansuétude, il en fera plus, mais rien n’est moins sûr.

Dans toute société, il y a donc des inégalités et l’injustice est la règle. Au départ, elle est totale. Quand la société grandit, toutefois, le moment vient ou nul ne possède plus seul la force d’agir à sa discrétion.. La primauté de la force ne disparaît pas quand une société grandit et devient plus complexe, mais la manière d’utiliser la force doit changer car même le plus fort se sent faible s’il doit affronter plusieurs adversaires. Dans une société mature, la véritable force cesse d’être celle qu’on peut exercer soi-même pour devenir la somme des forces qu’on peut rallier et contrôler. Ce sont les ALLIANCES qui deviennent la clef du pouvoir.

Ces alliances se font et se défont à tous les paliers d’une société. Elles se recoupent et se chevauchent, imbriquées comme des poupées-gigognes: moi et mon frère contre mon cousin; moi et mon cousin contre le voisin; nous et nos voisins contre l’étranger…. Toutes les combinaisons de “nous” contre “eux” apparaissent, l’objectif demeurant pourtant toujours d’unir des forces diverses en une force commune, laquelle sera supérieure à celle des opposants et permettra aux “alliés” de constituer une « majorité effective », un groupe dont les membres ont, ensemble, la force d’imposer leur volonté.

Ce jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine. Une dimension toujours présente à tous les paliers, mais dont la manifestation la plus ambitieuse est la construction, au sommet de la pyramide, d’une alliance dominante qui possède la force de diriger la société. Il y a toujours une alliance dominante dans toute société.

Une majorité effective est bien fragile, toutefois, si les alliances varient uniquement au gré des intérêts. Jouer de sa force au cas par cas ne permet pas l’exercice serein du pouvoir. On peut contrer cette instabilité en élargissant la majorité, mais il devient vite plus rassurant pour tout le monde que des règles soient acceptées par tous à la défense desquelles chacun apportera le soutien de la force dont il dispose.

L’injustice fondamentale demeure, mais pour que se maintiennent les alliances sur lesquelles repose son appartenance à cette majorité effective, quiconque y détient une parcelle de pouvoir doit dès lors respecter ses accords, ou du moins donner à penser qu’il les respectera. La majorité effective y ayant intérêt, un consensus s’établit pour affirmer qu’il serait « juste » que les accords soient respectés; l’honnêteté gagne soudain à être ostensible et devient donc une vertu.

Un « contrat social » tacite s’établit entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés fixant les condition auxquelles les accords seront respectés. La morale s’installe, intimement liée à la notion de justice commutative. Dans une société, on travaille tous ensemble et l’on produit ensemble. La société s’enrichit. Quiconque contribue son apport devrait pouvoir retirer de la société sa part d’enrichissement, sa juste part des biens et services produits.

La morale est un grand pas en avant, dont on voit tout le mérite quand la société grandit. A la base de toute société, il y a le concept implicite de réciprocité. Le pouvoir obtient sa légitimité quand il reconnaît, au moins du bout des lèvres, que celle-ci est aussi une vertu.

Pierre JC Allard

08-01-09

La division du travail

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 7:00

Pourquoi vivre en société ? Parce que l’être humain a un désir d’éternité et d’omnipotence qui lui crée le défi impossible de maîtriser son environnement et son destin. Il découvre bien vite qu’il n’atteindra jamais cette maîtrise parfaite qu’il souhaiterait, mais qu’il peut s’en approcher par son travail. Or, on travaille mieux en société.

Homo Faber a des désirs à satisfaire. Quand ses désirs sont impérieux, il les appelle besoins. Désirs ou besoins, il doit pour les satisfaire se servir de ce qu’il est pour transformer ce qu’il a en ce qu’il veut. C’est ce qui lui permettra d’obtenir une maîtrise d’abord modeste, mais qui peut être croissante, sur la nature et donc sur sa vie. Il doit consentir l’effort de transformer les choses et les circonstances Il doit TRAVAILLER à se rendre les choses utiles et les circonstances favorables, ce qui est le sens du mot production. La production EST la richesse et seul le travail crée cette richesse.

Pourquoi peut-on travailler mieux et produire plus en société? Parce que, tous ensemble, chacun faisant son propre effort, l’on peut accumuler collectivement plus de connaissances que chacun seul ne pourrait le faire. On en sait plus et, surtout, l’on sait des choses différentes. Ces connaissances distinctes font de chacun un être différent, un travailleur tirant de ses connaissances un compétence qu’il a et que les autres n’ont pas.

Faber Jean, en société, ne doit plus se limiter, comme les chimpanzés, à épouiller son voisin Faber Pierre, qui lui rendra le même service. Il peut maintenant, se servant de cette compétence qui lui est propre, aider Pierre comme lui seul peut le faire. Pierre, pour aider Paul, utilisera ses propres aptitudes, rendues effectives par d’autres connaissances et Paul, à son tour, pourra se servir de sa compétence propre pour aider Jean.

L’un peut apprendre à faire une lance d’une branche et d’un tronc un esquif, convenant que son voisin pêchera pour eux deux. L’un, qui est plus fort, roulera la pierre devant la grotte et assurera la sécurité ; son voisin, plus rapide, ramènera du gibier. Avec le temps, un travailleur sera médecin, l’autre menuisier, l’autre agriculteur et l’on pourra tous manger, se loger et vivre en meilleure santé en société que Robinson seul sur son île.

Vivre en société est un plus, parce que les “sociétaires” peuvent produire ensemble plus que la somme de ce qu’ils pourraient produire chacun pour soi. Quoi que chacun fasse, il apprendra en le faisant à le faire mieux et chacun pourra faire de son mieux, pour le plus grand bien de tous. En société, on peut devenir complémentaires et se diviser le travail.

C’est surtout pour ça que l’on passe de l’unité familiale de base vers des entités de convivialité plus grandes et que l’on vit en société : pour tirer avantage de cette division du travail, dont le premier effet est de permettre une meilleure protection du groupe et le second d’enrichir la société et ses sociétaires, tout en échappant au mieux à l’incontournable malédiction originelle du travail.

Échapper au travail ? Bien sûr, car le travail est un fardeau et ne vaut que par ses résultats. Si le travail apporte une satisfaction autre que son résultat et celle de l’avoir accompli, il ne faut pas parler de ‘travail”, sous peine de créer une grande confusion . Il y a une “désutilité” intrinsèque du travail et chacun ne cherche rien tant qu’à satisfaire ses besoins avec un minimum de travail. On appelle “efficaces”, les procédés qui permettent d’avoir plus de résultats pour moins de travail. La division du travail est un procédé efficace.

En société, l’on se partage les tâches, l’on travaille mieux, l’on produit plus et l’on s’enrichit. COMPLÉMENTARITÉ est le mot-clef et c’est la division du travail, mettant à profit la complémentarité, qui est la voie vers la richesse, elle-même symbole de cette maîtrise croissante que l’on recherche sur le destin et la nature. L’évolution de l’humanité et de la civilisation a toujours été le résultat de cette division progressive du travail et l’on ne peut dissocier l’enrichissement continu de la société de ce processus de complémentarité croissante des apports.

Toute société, pour accroître sa richesse, va spontanément vers une division plus fine du travail, ce qui conduit à une structure de production plus complexe où les tâches se multiplient. C’est une bonne nouvelle, car plus de travailleurs en deviennent irremplaçables par leur complémentarité et le pouvoir se redistribue donc plus équitablement. Cette complémentarité et donc l’équité qu’elle sous-tend sont des tendances lourdes de l’évolution de toute société.

C’est dans cette direction qu’uns société évolue. Rien n’est plus essentiel à l’enrichissement matériel de la société que d’identifier de nouveaux partages plus efficaces des compétences, menant à une spécialisation constante des fonctions s’appuyant sur une diffusion ciblée des connaissances. C’est ce processus qui est à la base du progrès et de toute utopie d’un monde idéal où tous seraient indispensables, auraient donc un égal pouvoir et seraient également respectés. Un monde idéal où rien ne pourrait se faire que par consensus…. Nous n’en sommes évidemment pas là !

La division du travail est la raison d’être de la société. Elle ne joue bien son rôle, cependant, que dans la mesure où chacun accomplit la tâche complémentaire pour laquelle il est qualifié. Dans un petit groupe, quand l’objectif est connu de tous et les compétences de chacun bien établies, la concertation peut être informelle et la répartition des tâches tout à fait spontanée. Quand une société grandit, cependant, une organisation s’impose. Il y a toujours un volontaire pour prendre charge de l’organisation….

07-01-09

Systèmes et sociétés

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 6:00

On parle d’une Nouvelle Société, mais qu’est-ce qu’une société ? Une société est un système. Le mot “système” est utilisé dans plusieurs disciplines et revêt des sens si différents, que son emploi peut jeter la confusion. Un système, dans le sens où nous l’entendons ici, est un ensemble d’éléments en interaction ; un système est entièrement défini par ses éléments et les interactions qui constituent son fonctionnement. Il existe une immense variété de systèmes: naturels, artificiels, fermés, ouverts… Votre corps est un système. VOUS êtes un système.

Une société est un système dont les individus sont les éléments et dont les interactions sont des activités de production et d’échange, “échange” incluant ici toute forme de transmission de biens, de services ou d’information, avec ou sans contrepartie, consentie ou imposée. Une société est donc un lieu d’échanges. Échanges d’idées, de connaissances, de sentiments, de bien et services. On y donne, on y prend, on y vend et achète et l’on y troque. On y met aussi en commun les forces et les ressources dont on dispose, ce qui n’est qu’une autre forme d’échange.

Chaque société est un système qui a ses façons de faire, plus ou moins efficaces, plus ou moins satisfaisantes pour ceux qui en sont parties. Efficacité et satisfaction dépendent largement de ce que sont les sociétaires, de leurs valeurs et de ce qu’ils font, mais, si le résultat n’est pas conforme à leurs espoirs, ce sont toujours les façons de faire qui seront blâmées, puisque se sont toujours dans les interactions que les insuffisances se manifestent. Critiquer ces façons de faire, c’est critiquer « le système ».

Le Système est donc vu comme le méchant loup dans la bergerie des citoyens innocents, ce qui est loin d’être faux. Les maux qui nous viennent du Système et ceux dont est responsable la simple nature humaine, cependant, se confondent souvent et la confusion est rarement innocente. Les vicissitudes qui nous viennent de la nature sont ainsi imputées au Système par tous les marchands d’illusions, alors que, pour protéger des intérêts acquis, des problèmes qu’il serait facile de résoudre sont parfois présentés comme des fatalités

C’est la première confusion à éviter quand on parle d’apporter des changements fondamentaux à la société. Or, le loup se déguise en Mère Grand, en Chaperon Rouge et même en descente de lit quand ça l’arrange. Dans la pénombre, l’inverse n’est pas non plus exclu. Il est donc vital de diffuser un signalement précis du Système, car nous sommes désormais bien nombreux à dénoncer le “système” et, à défaut de reconnaître le loup de profil comme de face, on risque de plus en plus de se tirer dessus entre chasseurs.

On risque surtout de tirer en l’air, d’imputer à une société en particulier ce qui est commun à toutes les sociétés et dont il est donc oiseux d’accuser le système qui y prévaut. Ainsi, les sociétés que nous connaissons, y compris celle dans laquelle nous vivons, sont des structures qui ont pris forme spontanément, longtemps avant qu’un intello de service ne décide de les appeler “sociétés” et n’en analyse le fonctionnement. Ces sociétés n’ont donc pas été créées sur plan, pour une finalité, mais se sont développées selon les circonstances. Ce sont des sociétés qu’on pourrait dire “naturelles”.

Les principes de fonctionnement des sociétés naturelles n’ont pas été créés non plus; ils ont simplement été découverts, de même qu’on n’a pas créé, mais qu’on a simplement découvert la Loi de la gravité, celle de la conservation de l’énergie et autres lois de la nature. Il y a longtemps qu’on a découvert les règles qui régissent le fonctionnement des sociétés naturelles: ce sont celles qui découlent de la nature humaine.

Il y a deux principes fondamentaux qui déterminent l’avènement, le fonctionnement et l’évolution des sociétés qui se sont ainsi créées spontanément.

Le premier est que l’ÉGOÏSME EST PARTOUT. Chaque “sociétaire” tente de retirer tout ce qu’il peut de la société en y contribuant le moins possible. Altruisme, dévouement et abnégation peuvent exister dans une société naturelle – surtout quand, comme l’explique Maslow, l’individu, bien repu, cherche des plaisirs plus subtils ou voit son bénéfice au ciel ou ailleurs – mais le comportement prévalent d’une société, celui qui permet de prévoir son fonctionnement, c’est que chacun tire à soi la couverture. Ceci demeure vrai, même si certains mettent à le faire plus d’élégance et moins de malveillance que d’autres.

Le second est que LA FORCE TRIOMPHE TOUJOURS. Au départ, il y a la simple force physique, à laquelle s’ajoute vite celle des armes; ensuite, il y a l’intelligence, à laquelle vient s’ajouter l’information, prenant la forme de la connaissance puis de la formation ; enfin, il y a la richesse, laquelle permet de manier la promesse en plus de la menace. Les circonstances modifient les rapports de force et il faut en tenir compte, mais, dans une situation donnée, le plus fort gagne toujours.

Dans une société idéale, ces principes ne s’appliqueraient pas. Chacun exécuterait avec abnégation et enthousiasme la tâche qui lui est dévolue et l’appartenance au groupe serait joyeusement consentie. C’est la situation qu’on imagine dans un monastère bénédictin. Hélas, les États que l’histoire a connus jusqu’à ce jour n’ont pas été des sociétés idéales. Si on veut que ce soit l’altruisme et la justice qui prévalent, il faut que le système l’impose et il faut d’abord lui montrer à le faire.

Pierre JC Allard

06-01-09

L’ascèse de l’évidence

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 3:59

Il est pénible de s’astreindre à écouter ce que l’on sait déja… c”est pourtant un exercice salutaire, au petit matin, quand on ne sait pas tout a fait ce qui fait partie du rêve ou de la réalité… ou quand on sort d’une transe hypnotique. Au cours des jours qui suivront, nous allons décrire le parcours archi-connu qui a mené l’humanité de la pénurie à l’abondance.

Un chemin qui a donc essentiellement conduit aussi de l’esclavage à la liberté – car y a-t-il pire servitude que l’indigence ? – mais sans oublier que l’abondance qui libère est celle qui est désirés et qui vient permettre un dépassement. Avec l’abondance est apparue, dans la société industrielle puis postindustrielle, le pouvoir et souvent la volonté, pour une élite auto-proclamée, de n’octroyer cette abondance à une majorité qu’elle préfèrait docile qu’en échange de la complaisance de celle-ci à ne pas réclamer cette liberté.

La liberté qui a fait route avec l’abondance a connu bien des embûches. On lui a souvent vu la corde au cou, mais jamais la tentation n’a été plus grande qu’aujourd’hui – novembre 2008 – de réserver tous les efforts de progrès à une minorité de l’humanité, en traitant le reste comme un cheptel exploité, ou pire, comme une masse simplement encombrante à laquelle seul un vieux fond d’éthique suggère timidement de dispenser un peu de bienveillance.

En laissant savoir que l’argent ne vaut plus rien – et c’est bien le message des autorités monétaires américaines promettant aux Banques centrales des dollars en quantité « illimitée » – on a mis un terme à la société que nous avons connue depuis soixante ans, elle-même héritière de celles qui l’avaient précédée. C‘était une mort prévisible et annoncée. Nous sommes désormais dans une société nouvelle que nous construirons comme nous le voudrons. Mais dans les limites que nous impose le passé…

Nous allons poursuivre de nouveaux objectifs, mais nous n’échapperons pas aux exigences de la nature humaine, ni aux conséquences des gestes que nous avons posés. Nous retrouverons vite l’abondance – car tous les éléments réels en sont encore là, il ne s’agit que de les recombiner – mais il est moins facile de savoir quelle part de liberté nous retrouverons dans cette Nouvelle Société . Pour éviter les pièges, Il est indispensable de voir clairement ce que nous avons fait pour en arriver où nous en sommes et d’en tirer les leçons.

Ici, nous allons tenter de suivre ce périple pas à pas. Nous allons partir de loin et nous ne sauterons pas d’étapes. Nous n’allons donc pas apporter des révélations, seulement faire le rappel de quelques évidences qu’on réussit presque à nous faire oublier. Si tous les liens que nous établirons ici vous semblent simplistes et indiscutables, bravo ! C’est que vous êtes sorti par vous-même de la transe où le système a voulu vous garder…

En ce cas, surtout si vous êtes pressé d’agir et de changer le monde, vous pouvez sauter les billets qui suivront et lire plutôt l’un ou l’autre des textes du site Nouvelle Société qui apportent des solutions concrètes. (http://nouvellesociete.org/00.html) Si vous ne lisez pas ces petits billets quotidiens – juste une capsule, au lever – toutefois, je vous suggère de les garder en réserve…

Le chemin vers une Nouvelle Société est long et vous serez peut-être assailli par des doutes, en cours de route. Vous vous direz parfois que c’est trop gros. Qu’il n’est pas POSSIBLE que ce soit si simple et si obscène, que la misère soit le résultat d’une politique sciemment appliquée, que toutes les guerres soient fomentées pour en tirer profit, que toute l’information des medias soit un conditionnement pour donner du monde une image biaisée et que le jeu politique ne soit qu’un assemblage de complots pour manipuler… On l’a dit et redit, c’est ennuyeux, simpliste et ce n’est donc sans doute pas vrai…

Quand vos yeux se fermeront seuls à l’ennui de l’évidence, ce qui est l’essence de l’hypnose ericksonnienne, c’est qu’on vous aura endormi. Je vous invite à revenir alors ici à ces textes, si vous ne les avez pas lus, et à vous frapper la tête sur l’évidence jusu’à ce que celle-ci vous apparaisse sous un jour nouveau. Vous saurez alors que vous êtes éveillé. Comme vous ne l’êtes aujourd’hui que si vous voyez clairement que l’argent ne vaut plus rien. Il faut partir du commencement

Pierre JC Allard

05-01-09

La crise de l’abondance

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 8:02

Merci a ceux qui ont suivi la serie sur le democratie contractuelle qui vient de se terniner A partir de demain, je vous invite a une serie d’articles tracant lun petit historique de comment nous sommes passes de la penurie a l’abondance pour en arriver a la crise financiere actuelle qui est la fin du monde comme nous l’avons connu

Je cherche a pouvoir utiliser un procede qui permettra de mettre les accents et de rendre ces textes moins desagreables a lire

Pierre JC Allard

04-01-09

Un pas vers la liberté

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 7:00

L’instauration d’une véritable démocratie détruira le Système. Une réforme de la démocratie qui rend le pouvoir diffus et transparent – au palier du contrôle de l’application de la décision comme à celui de la prise de décision elle même – porte un coup mortel au Système. Fatal, parce que la corruption systématique qui est l’arme jusqu’ici imparable du néo-libéralisme s’en trouve mise hors d’usage et que, sans cette arme, le Système s’effondre au premier revers.

Aujourd’hui, quand le Système perd une bataille, il refait rapidement ses forces par “l’adjonction des compétence”, s’attachant par des présents et des promesses ceux de ses adversaires qui, en remportant sur lui une victoire partielle, ont prouvé qu’ils valaient le prix d’être acceptés dans la majorité dominante. (L’Église et les syndicats sont de ces alliés naturels du changement dont le Système s’achète souvent l’appui circonstanciel). Le Système ainsi se transforme aussi peu qu’il le faut, mais perdure.

Dans une situation transparente, cette régénérescence continue qui exige une sélection sévère et discrète devient impossible; quand il faut soudoyer tout le monde on ne peut plus efficacement “convertir” personne. Notre société pourra jouir d’une période de grâce.

Seulement une période de grâce? Hélas oui, car la nature humaine ne changera pas si vite. La corruption – qui constitue avec la violence les deux pôles de l’iniquité – reviendra vite; elle reviendra aussitôt que l’ingéniosité humaine aura trouvé de nouveaux moyens d’utiliser à mal escient les nouvelles normes établies .

Instaurer une démocratie contractuelle, ce n’est donc pas créer l’horloge qui ne retardera plus; c’est seulement remettre les pendules à l’heure. Cette perspective devrait-elle nous amener à renoncer au combat? Certes pas, car ce sont ces périodes de grâce qui font évoluer l’humanité.

La phase constructive de la Révolution Française, par exemple, n’a duré qu’environ 3 ans. Cependant, la mise à jour des institutions à laquelle elle a donné lieu à été globale, profonde, durable et nous en vivons encore les effets après deux siècles. Abattons le Système, et quelques années de vraie démocratie permettront que le levain des idées nouvelles agite la pâte sociale.

Quand se terminera la période de grâce et que les forces de l’inertie figeront à nouveau la société dans un moule, ce sera dans un moule nouveau. Imparfait, bien sûr, mais bien supérieur à l’ancien parce que mieux adapté aux exigences de la technologie et de l’évolution des moeurs. Un pouvoir démocratique aura eu la chance de mettre en place les reformes qui s’imposent dans les domaines du travail, de l’éducation, de la justice, de la santé, de la fiscalité etc. Nous vivrons dans une Nouvelle Société.

Cette société sera plus juste et plus libertaire. Elle sera même, on l’espère, un peu moins imperméable au changement, ce qui serait un petit pas en avant bien important dans le cheminement de fond qui, d’une société à l’autre, conduit l’humanité vers sa destinée. Il nous faut une période de grâce et c’est sur le terrain de la réforme de la démocratie qu’il faut engager le combat pour l’obtenir.

Pierre JC Allard

03-01-09

La fronde

Filed under: Actualité,Auteur,lesensdesfaits — pierrejcallard @ 7:00

Si une majorité de candidats du parti DC sont élus, l’Assemblée se declare constituante, vote la démocratie contractuelle et les élus se démettent pour permettre des nouvelles elections selon les nouvelles regles. La démission d’un PM intérimaire désigné par l’Assemblée avant sa dissolution ne sera effective qu’au moment de l’élection du nouveau Gouvernement, toutefois, afin d’assurer une presence démocratique qui fera l’interface avec les fonctionnaires et légitimera les mesures conservatoires qui devront être prises sur le champ.

Si une minorité de députés du Parti DC siègent à l’Assemblée , ils se comporteront, (nous l’avons dit) en députés independants modèles et voteront selon leur conscience. Cela ne signifie pas, toutefois, que leur mission première sera renvoyée à plus tard. Il faut comprendre que le pouvoir formel d’instaurer la DC au Québec repose sur une majorité des 125 députés élus à l’Assemblée nationale. Bien qu’il ne faille pas négliger le nombre ni la brutalité des forces qui peuvent s’exercer sur eux pour tenter de les en empêcher, il faut garder en mémoire que ces 125 députés élus à l’Assemblée nationale ont, à tout moment, le DROIT d’instaurer la DC.

Ils ont ce droit quelle que soit et quelle qu’ait été auparavant leur appartenance partisane. 

Le groupe-cible d’une démarche pour mettre en place la DC est donc, en dernière analyse, la députation à l’Assemblée nationale; toute action entreprise ne vise qu’à faciliter aux députés le choix de voter le passage à la DC. Un député élu sous l’étiquette d’un Parti DC aura un engagement en faveur de la DC, bien sûr, mais un député élu sous l’étiquette d’un parti d’opposition, voire un député du parti au pouvoir, mais ignoré au moment de la distribution des portefeuilles, peut en faire autant.

La conséquence est qu’une mutinerie de députés des partis traditionnels devient une menace constante pour le Gouvernement dès que le parti ministériel n’a pas une majorité des sièges à l’Assemblée et que les députés du Parti DC, détenant la balance du pouvoir, peuvent causer la chute du gouvernement. Pour un député ministériel obligé de retourner devant l’électorat quand l’Assemblée est dissoute, le choix de le faire comme candidat indépendant dans un régime de démocratie contractuelle en ascension peut apparaître plus avantageux que de se représenter comme candidat d’un parti qu’on viendra de mettre en minorité parce qu’il ne respectait pas ses promesses.

Cela lui sera d’autant plus facile que cette prise de position ne l’oblige à renier aucun de ses principes. Le Parti DC n’a pas de programme, et est neutre sur toutes les questions qui opposent les protagonistes du jeu politique traditionnel; le député d’un parti qui vote la DC malgré les instructions de son whip ne trahit pas son parti, il se dissocie simplement de ce qu’il juge une décision ponctuelle erronée. Il pourra rester loyal à “son” parti lors de l’élection subséquente du gouvernement (Exécutif) sous un régime de démocratie contractuelle.

Il n’est même pas nécessaire que le Parti DC ait la balance du pouvoir. Dès qu’il apparaît que la DC peut être une alternative réaliste – si, par exemple, quelques députés DC sont élus et qu’un pourcentage significatif du vote populaire (20 %) est acquis à cette option – chaque député des partis traditionnels ne peut que songer sérieusement à en être partie prenante et, en affirmant immédiatement son indépendance des directives de son parti, à ménager son avenir dans un régime de DC où les députés devront être sans allégeance. Il parlera souvent à ses électeurs. La possibilité d’une fronde oscillera avec les sondages.



Les trois voies d’accès à la DC sont complémentaires. Tout succès d’un Parti DC augmente les risques de fronde au sein des autres partis et cette menace même peut servir de prétexte aux organisations centrales de ces autres partis qui souhaiteraient se délester du bois mort et ramener leur parti à la dimension d’une équipe en instaurant la démocratie contractuelle.

Tous les efforts pour instaurer la DC convergent et se renforcent donc. La clef passe-partout, c’est d’obtenir 20% dans les sondages, puis lors du vote populaire.

Pierre JC Allard

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