Nouvelle Societe

10-03-08

020. 10 000 000 $ pour un emploi

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 10:50

Alléluia! Alcan investit 2,2 milliards à Alma! 225 emplois créés, c’est la reprise!

Ah oui? Bon…, si vous le dites….

Il n’y a rien de plus désolant que de se sentir un trouble-fête. Être le rabat-joie. Être l’empêcheur de danser-en-rond-en-se-pétant-les-bretelles. Celui qui dit que le bonheur n’est pas dans l’absinthe, que l’amour vrai ne se vend pas dans les hôtels de passe et que la création d’emplois à 10 000 000 $ par postes de travail n’est pas la solution au chômage… Croyez-moi, je suis désolé.

Je regrette, mais il faut le dire: investir 2,2 milliards (2 200 000 000 $) pour créer 225 emplois supplémentaires n’est pas une solution au problème du chômage. Ce n’est pas ça qui va remettre les Québécois au travail, qui va faire renaître la solidarité entre travailleurs et qui va ramener la justice sociale.

Oh, la raffinerie d’Alma est une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle, parce que la construction, pour un temps, va prendre du mieux dans la région d’Alma; parce que la position concurrentielle du Québec sur le marché de l’aluminium va se maintenir; parce que la production d’hydroélectricité en est encouragée; parce qu’Alcan est plus proche de nous que la Minière des Grands Lacs et paye des taxes; parce que 225 emplois c’est autant de chômeurs de moins.

Une bonne nouvelle, mais pas une solution. Créer des emplois de haute-technologie est une bonne chose. C’est une NÉCESSITÉ absolue, si nous voulons rester dans la course, demeurer un pays (relativement) riche. Mais il ne faut pas confondre développement économique et création d’emplois. Ce sont deux problèmes différents. Ce n’est pas en créant des emplois de haute technologie qu’on va remettre la population au travail. Pourquoi? Faites un calcul simple. S’il faut investir 2,2 milliards de dollars pour créer 225 emplois, combien faut-il investir pour remettre au travail les 800 000 et quelques chômeurs et assistés sociaux du Québec ?

La réponse, c’est 8 000 000 000 000 $ HUIT TRILLIONS DE DOLLARS. Pour que vous compreniez bien ce que représente cette somme, dites-vous que c’est de l’ordre de grandeur du produit intérieur brut des Etats-Unis ou, si vous préférez, à peu près ce qu’on peut s’attendre à investir au Québec, en dollars constants, au cours des quatre prochains siècles… ! Disons qu’il s’agit d’une solution à long terme.

Voyons le problème autrement. Si vous investissez habilement aujourd’hui 10 000 000 de dollars – et ceux qui investissent dans des raffineries d’aluminium ne sont généralement pas « malhabiles » – vous en sortez directement ou indirectement, immédiatement ou en différé, au moins un million de retour par année. Or combien tirera par année le travailleur du poste de travail de haute technologie qu’on lui aura créé en investissant 10 millions de dollars? 50 000, 60 000 dollars ? Combien iront en salaires aux travailleurs des secteurs en aval et et en amont?

En moyenne, dans l’état actuel du système de production, 38% du revenu national résulte du paiement de salaires: c’est trois fois la contribution des paiements d’intérêts. Si vous ne produisez pas 3 000 000$ de salaires annuels récurrents quand vous investissez 10 000 000 $, vous n’êtes pas en train de régler le problème du chômage mais de l’aggraver.

Comprenons-nous bien. L’investissement dans la haute technologie est NÉCESSAIRE: c’est ça qui, peu à peu, va augmenter notre niveau de vie. Mais, simultanément, si on veut que le pourcentage de ceux qui travaillent augmente au lieu de diminuer, il faut que l’on crée des emplois qui ne demandent pas ou presque pas d’investissements matériels. Il en faut beaucoup.

Comment y arriver? Par la création de postes de travail dans le secteur des services et par le partage du travail dans le secteur industriel. C’est ça, que l’on devrait faire et que l’on ne fait pas. La solution est là. Elle est connue. Elle est négligée. L’investissement dans la haute technologie est absolument nécessaire – (je le répète, parce que je suis sûr qu’il y aura un « expert » de mauvaise foi pour prétendre que je suis contre la haute technologie!) – mais ce n’est pas la haute technologie qui va absorber la main-d’oeuvre disponible et réduire le chômage. Par définition, la haute technologie, c’est ce qui produit beaucoup avec un minimum de travail. C’est se moquer de la population que de présenter les projets comme celui d’Alcan comme une solution au chômage.

Pierre JC Allard

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