Nouvelle Societe

16-05-13

Gomorrhe sur-Saint-Laurent

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 7:36

 


 

En voyant le cirque-bordel invraisemblable qu’est devenu le Conseil municipal de Montreal, ma première réaction a été de lancer un appel aux armes pour mettre fin  à cette bouffonnerie qui nous déshonore tous. Qu’on se lève en masse et proteste, invitant le Gouvernement du Québec à mettre cette ville en tutelle et a surseoir aux  prochaines élections, le temps de nettoyer cette porcherie et de faire en sorte que personne de ceux qui ont été mêlés à la gouvernance de cette ville ne s’en approche plus jamais.

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/yves-boisvert/201304/30/01-4645842-triste-fin-pour-gerald-tremblay.php

Dans un deuxième temps,  j’ai décidé lucidement que je n’avais plus ni le goût ni la force de mener cette croisade, qui devrait l’être comme une véritable opération militaire. Je ne lance donc pas cet appel. Que quiconque s’en sent le courage et la mission le fasse, mais je ne m’en préoccuperai plus.

Je me contenterai donc aujourd’hui de ramener  la surface quelques propositions que je faisais, il y a bientôt 20 ans…  

Je ne suis pas heureux que ces propositions soient restées pour la plupart bien d’actualité.  Je suis, au contraire, consterné de constater que, depuis une génération, on n’a somme toute réglé que si peu de choses…  On a finalement, les villes et soi, le destin qu’on se mérite.

Le feuilleton commence à l’automne 1994.  Il était évident qu’aucun candidat à la Mairie de Montréal n’allait apporter cette année-là  quelque proposition que ce soit pour résoudre les problèmes de la ville. J’ai décidé alors – comme je le disais à l’époque –«d’offrir un programme sans candidat comme solution de rechange à des candidats sans programmes».

Il en est résulté 18 propositions concrètes, une esquisse de budget et un scénario de fonctionnement du conseil municipal, le tout constituant un programme qui aurait pu être une option.  Malheureusement, les médias, dans l’intention avouée de restreindre la lutte aux 4 partis en lice à l’exclusion des candidats indépendants, ont totalement occulté ce programme. ll y avait à ce choix des médias une certaine ironie, puisque l’un des éléments fondamentaux de ce programme était de dénoncer les conséquences néfastes d’une structure partisane au palier municipal…

1998. Quatre ans plus tard…. Compte tenu de ce qu’avait vécu Montréal depuis la dernière élection, on aurait pu espérer que les médias auraient été, en 1998, plus ouverts à considérer une alternative au système des «partis» qui ne sont que des « machines à faire élire », sans programmes, sans principes directeurs et sans cohésion. Considérant que rien d’original n’avait été proposé cette année là non plus, j’ai pensé mettre alors en évidence sur ce site, sans RIEN EN MODIFIER, ce programme de 1994. Amusant…

Mais le temps passe… 2002.  Bien sûr, ce programme de 1994, en 2002, aurait dû être remis à jour, ne serait-ce que pour changer les chiffres avancés à l’époque. Mise à part la proposition de création d’une entité métropolitaine – ce qui était enfin chose faite – les autres éléments de ce programme demeuraient néanmoins étonnamment d’actualité. Serait-ce que nous ne nous étions pas beaucoup déplacés … ?

Mon but n’était évidemment plus de faire accepter ce programme; on aurait pu désormais faire bien mieux. Continuant le feuilleton, je voulais simplement inviter tout le monde à proposer des solutions aux problèmes de Montréal, aux problèmes des villes en général…   Sans résultats, bien sûr…

Puis le temps a encore passé…

Nous sommes en 2013.  Lisez les journaux, Tremblay, Applebaum, voyez où nous en sommes…  Navrant. Si le coeur vous en dit, vous pouvez ci-dessous bouquiner dans le passé. Un passé qui n’est jamais devenu le présent et qui reste donc au possible de l’avenir.

Une ébauche de programme pour Montreal en 1994… ou pour demain

Je vous invite à lire l’une ou l’autre de ces quelques idées, plusieurs… ou toutes. Cliquer sur chaque titre de paragrapghe pour un élément du programme

Pierre JC Allard

11-05-13

Au Québec, les jeux sont faits… et on meurt d’ennui.

Classé dans : Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:44

 

 

Si MM. Couillard et Legault veulent bien jaser un peu, on aura sans doute des élections cet automne au Québec et on verra la fin de cet interlude assez désolant  qu’aura été la gouvernance de Madame Marois. Inutile de faire tout de suite le post mortem, on aura tout le temps…

Ce dont je veux parler ici, ce n’est pas de l’amateurisme du Parti Québécois, ni de cette tristesse d’un retour si rapide vers un centre-droit, seulement de la facilité d’être devin au Québec.    Nous avons une politique sans surprise… Tenez, je veux répéter ici mot-à-mot  ce que j’écrivais quand a été créé Québec Solidaire. Puis, je vous dirai POURQUOI je crois utile de le faire.

*****

LA BOMBE À FRAGMENTATION (7 fèvrier 2006)

Mme David et M. Khadir viennent de se mettre d’accord pour créer un nouveau parti politique : Québec Solidaire. Je partage à peu près toutes leurs idées – et j’en remettrais même avec lesquelles ils seraient eux-même sans doute d’ accord – sauf celle d’avoir choisi d’exister. Je ne crois pas qu’il ait été sage de créer ce parti dans la conjoncture actuelle.

Je serais heureux qu’il y ait au Québec un parti de gauche qui devienne l’alternance et, même si je suis sceptique, je ne suis pas sûr que ce nouveau parti va échouer. Je ne crie donc pas au scandale, mais c’est l’immédiat qui m’inquiète. Car, si je ne suis pas sur de l’avenir de Québec Solidaire, je suis absolument sûr, cependant, que la création de ce parti assure la victoire du Parti Libéral aux prochaines élections et pousse le Parti Québécois un peu plus près de sa mort annoncée dont je parlais il y a quelques mois.

En effet, ce n’est pas la clientèle du Parti Libéral qui se joindra à Québec Solidaire. Le succès de ce dernier passe nécessairement par la fragmentation du Parti Québécois entre, d’une part, ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part ­ – ce sont parfois les mêmes, mais pas toujours – ceux qui veulent un Québec socialement plus progressiste. Or, le Parti Québécois n’a pu s’assurer le pouvoir à quelques reprises ­ et faire quelques pas timides à gauche – que parce qu’il a réussi ce mariage, parfois d’amour mais toujours de raison, entre les éléments progressistes de la société et ses éléments nationalistes.

Ses éléments nationalistes de droite aussi bien que ceux de gauche, puisque l’idée d’indépendance primait pour ceux-ci sur leur prise de position sociale. Un nationalisme parfois de droite a donc instrumentalisé la gauche québécoise depuis 40 ans, mais ceci ne s’est pas fait sans concessions et j’ose penser que la gauche d’ici ne soit pas si bête quu’elle n’ait pas accepté les yeux bien ouverts ce mariage de raison, le meilleur auquel elle pouvait accéder. C’est ainsi que le PQ a pu constituer une majorité effective.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’une gauche-autruche qui, lasse des redondances nationalistes, se ferme les yeux et file vers un mur de béton, en voulant croire que, si elle le souhaite vraiment, le mur disparaitra et qu’elle passera dans une autre dimension où les Québécois sont ce que la gauche voudrait qu’ils soient

Il est ironique de penser que le parti qui se crée sous le signe de la solidarité va, au contraire, ruiner toute chance que persiste une telle solidarité entre nationalistes et progressistes et donc la possibilité que soit interrompue la course actuelle vers la droite, yeux grand ouverts, celle-la, du Québec qui se dit lucide. Et la ruiner sans y apporter une solution de rechange, car quelqu’un croit-il que, partant d’une base électorale qui oscille entre 5 et 10%, Québec Solidaire puisse rapidement faire le plein de tous les éléments progressistes au Québec ? Même s’il y parvenait, d’ailleurs, ne faut-il pas faire le constat que ces éléments progressistes ne représentent encore qu’une minorité de la population québécoise ? Québec Solidaire ne peut pas obtenir une majorité dans un avenir rapproché.

Privé de l’appui de tous ceux pour qui l’objectif de progrès social est plus important que l’objectif de l’indépendance, pour qui celle-ci est simple moyen –  et qui vont donc donner leur vote à Québec Solidaire – le Parti Québécois ne peut pas non plus former une majorité. Pis encore si André Boisclair joue la carte du renouveau du Parti Québécois, celle de la jeunesse et du changement, plutôt que celle de l’indépendance nationale. Il se retrouvera alors confronté à une ADQ qui, avec une sensibilité de droite plutôt que de gauche, se réclame néanmoins du même objectif.

Le scénario s’impose alors de trois partis qui veulent le changement – mais pas le même changement – s’opposant dans une lutte suicidaire à un seul parti réunissant tous ceux qui ne veulent PAS le changement. Est-il difficile de prévoir qui gagnera cette lutte inégale ? Face à ces trois partis qui se partageront un même bassin toujours insuffisant de rénovateurs, y a-t-il une autre majorité possible que celle de ceux qui n’ont pas de programmes, pas de volonté d’agir ? Dans une situation où de grands desseins s »affrontent dont aucun ne peut réunir une majorité, c’est toujours le parti du statu quo ante, le parti des « sans desseins » qui triomphe.

Dans ces conditions – gagnantes pour lui si jamais il y en eut – même Jean Charest pourra être réélu. À plus forte raison, le Parti Libéral remportera-t-il une victoire écrasante sur une opposition ainsi divisée, si Jean Charest pose le beau geste de céder la place à l’image benoîte et paternaliste de Couillard, image sécurisante qui colle parfaitement avec la promesse d’un parfait immobilisme.

Cela dit, y a-t-il une solution ? Sous prétexte qu’elle ne gagne jamais, la gauche québécoise doit-elle renoncer à jamais tenter de gagner ? Sous prétexte que ceux qui croient au changement, doivent bien lucidement s’admettre qu’ils ne peuvent gagner aujourd’hui, doit-on cesser de promouvoir les idées auxquelles nous croyons ? Dans l’immédiat, la fondation de Québec Solidaire met évidemment les forces favorables aux changements en position de faiblesse. Cette initiative n’en aura donc valu la peine que si, après un dur moment à passer qui correspondra sans doute aux prochaines élections, un réalignement des forces permet que se constitue une alternative réelle au Parti Libéral.

Il faut penser tout de suite à faire de ce nouveau parti le véhicule d’idées et de solutions vraiment nouvelles. Québec Solidaire ne doit pas se contenter de récupérer du PQ les tenants de la gauche traditionelle. Il faudra que Québec Solidaire aille chercher l’adhésion de tous ceux qui veulent un monde meilleur. Qu’il propose un nouveau but et l’espoir d’une nouvelle société.

Pierre JC Allard

*****

Aujourd’hui, la « fragmentation » est complétée. « Québec solidaire rejette toute alliance avec le PQ »… ( dixit La Presse) et on a Option Nationale sur l’autre flanc du PQ, pour rendre encore plus évidente la victoire annoncée du Parti Libéral.  L’ADQ a été remplacée par le parti de Legault, mais ça ne change rien. Ce qui était prévu arrivera.

Or, c’est ça le drame: TOUT A ÉTÉ PRÉVU et arrivera comme prévu.  Il ne restera rien a traiter comme un espoir de changement.  Pourquoi je vous dis ça ? Parce que c’est cette routine qui sera notre perte.  Il faudrait que l’on vive une grande passion et, au point où nous en sommes, il est devenu secondaire qu’elle soit de gauche ou de droite, nationaliste ou fédéraliste et je dirais même qu’elle soit bonne ou mauvaise.    Ceux qui ne peuvent pas etonner dans un monde qui change sont laissés sur le bord de la route de Histoire. S’il ne devient pas "IMPRÉVISIBLE", le Québec va mourir.

Pierre JC Allard

29-04-13

Une Gauche malade de ses Gauchistes

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 4:44

tiede col

Tiède. Au Canada – à Québec, de Marois au Bon Docteur et à Ottawa de Trudeau à Mulcair – à gauche, on est dans la politique du tiède

On se console en France ? N’en rêvez même pas !  En France, à gauche, rien de neuf  non plus.  Je deviens bien vieux, car je crois que je deviens sourd. J’écoute Melenchon qui hausse le ton et je n’entends toujours pas très bien … À gauche, en France, j’ai une impression de déjà entendu. C’est le ton qui déçoit ou le langage ?  Plutôt le discours…  Mettre le micro à Matignon ? Bof…. Ça ne changera que le volume…

Je vous mets ici un lien vers ce que j’écrivais après l’élection de Sarkozy.  Ça nous vieillit, hein ?  Se plagier soi-même, quand on est vieux, ça se dit radoter. J’avoue. Mais j’ai un peu le goût de demander:   »Qui a commencé? ».  Refondation de la Gauche…, mort ou métamorphose imminente du PS.., la France qui fait un pas vers la droite, etc, etc…

En 2007, je disais « Vae Sinistris »: malheur à ces Gauchistes vaincus… Je n’ai pas changé d’avis,  mais pouvait-on  penser que vainqueurs aujourd’hui ils auraient l’air encore plus petits ?

La Gauche est malade de ses Gauchistes… Permettez moi donc de reprendre ici le même refrain, puisqu’on a les mêmes couplets de la même rengaine….

La Gauche est sinistrée, parce qu’elle a rentré les voiles et ne va plus au large, mais fait du sur place. La Droite, elle, peut motiver ses gens par le succès personnel, mais la Gauche, quand  elle n’a pas un projet de société, un espoir collectif, un « grand dessein » à proposer n’intéresse pas. Nous avons aujourdhui  une Gauche sans dessein… et elle ennuie.

Il faut faire le constat que la Gauche s’est scindée entre une faction organisée, corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres, dont cette faction s’est sommairement délestée pour parvenir à ses fin : les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont on n’assume plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

De telle sorte qu’on a une Gauche pusillanime qui devient de centre gauche, qui ne demande qu’à devenir le parti d’alternance à un parti de centre droite, dans une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fait consensus et dont tout désir de changement sera exclu. On a une Gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant qu’un « Mouvement Républicain », collé tout contre elle à sa droite et qui naîtra pour lui donner la réplique. À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti sérieux.

Ce sont ces radicaux à gauche qui pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si les mutins et les naufragés du PS ne leur tendent pas la main, mais préfèrent se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral.

Si c’est ce choix que font les sinistrés, les radicaux à gauche ne pourront pas espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Il faudra une génération, peut-être deux, mais tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

La Gauche qui mériterait  de vivre est au-dela de la Gauche qui est là. Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faudrait qu’elle se donne pour but de changer la société.

Changer la société prend du temps, mais la Gauche,  à Ottawa comme à Paris, pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs, donc j’indique quelques-uns ci-dessous, à titre d’illustrations seulement, car il y a bien plus à faire…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;

2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production ;

3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;

4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;

5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;

6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale directe ou indirecte, à l’exception d’un impôt sur le capital;

7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;

8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité

9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;

10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;

11 Reconnaître la violence comme une pathologie et en tirer les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral ;

12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un Contrat Social explicitant les valeurs républicaines ;

13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires du Contrat Social ;

14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;

15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;

16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;

17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence;

18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, mais en ce qui  ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, pour que renaisse une façon de voir le monde qui fasse la part belle à l’innovation et à un progrès vers l’égalité; i faudra ensuite exiger plus, cependant. Citant le Sage Vyasa:  « quand ces mesures ne seront pas suffisantes, qu’on s’en remette à l’inspiration« … Et qu’on la crée, cette Gauche qui n’existe pas.

Pierre JC Allard

19-04-13

Après la démocratie, quoi ?

Classé dans : Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 5:30

Platon NS.

Jacques Attali, avec sa cautèle habituelle, remet en question la démocratie que nous avons.

Blasphématoire. Mais voyant les fruits que notre démocratie nous donne, est-il si téméraire de se demander ce que nous ferions sans elle ? N’y a-t-il pas ‘autre chose‘ APRES la démocratie ?

Après ? J’aurais pu dire aussi « en attendant », la démocratie, car il n’y aura sans doute pas plus de fin au désir de ceux qui sont gouvernés de participer à leur gouvernance, qu’il n’y aura de fin à cette l’Histoire, dont on nous a prématurément annoncé qu’elle était révolue… La démocratie, ça part et ça revient, cyclique comme les bourgeons et les feuilles mortes.

J’aurais pu. … Mais c’eût été trompeur. C’eût été, disons « poétique », comme parler de l’herbe qui pousse lorsque les enfants meurent. La réalité, c’est l’automne. C’est qu’il n’y a plus de vraie démocratie et qu’il ne faut pas compter qu’il y en aura avant quelque temps. La saison ne s’y prête pas…

Pourquoi ? D’abord, parce que le monde s’est « technicisé ». Le monde est devenu une grosse machine à produire et à obtenir des résultats… quand on sait comment opérer cette machine et tous ses éléments. À tous les niveaux, quel que soit son rôle formel dans l’organigramme, celui qui commande est celui qui sait, celui qui à la compétence de faire fonctionner les choses … Dire que le pouvoir doit appartenir à un vaporeuse entité collective de quidams qui n’y connaissent rien n’est donc pas dans le zeitgeist actuel…

On peut réunir tous les experts en tout du monde entier – et à plus forte raison ceux qui ne le sont en rien – et les consulter ad nauseam sur la façon de gérer l’éducation, la santé, les finances et la défense nationale; mais, en bout de piste, on sait bien que rien ne fonctionnera correctement que ce qui aura été mis en place et sera maintenu par ceux qui s’y connaissent… et eux seuls.

On sait bien que ce qui, au contraire, l’aura été en obéissant à ceux qui ne savent pas – aient-t-ils été élus démocratiquement – ne fonctionnera pas, ou pire, atteindra des objectifs occultes, fonctionnant au profit de ceux dont la compétence consiste à manipuler « ceux qui savent », pour détourner toute action de sa finalité propre et en faire un outil de LEURS objectifs personnels. Ce talent pour détourner est aussi une compétence; c’est celle qu’on dit politique, qui est bien réelle, mais pas toujours altruiste.

En démocratie, cette compétence politique prétend s’imposer comme supérieure a toute autre compétence. Il en naît inévitablement de l’inefficacité et des distorsions, car cette compétence ne crée pas de richesse réelle : elle se borne à la mouvoir. Celui qui a cette compétence politique ne peut donc mieux la rentabiliser qu’en étant au service de ceux qui ont déjà la richesse.

Depuis deux générations, les détenteurs de capitaux ont pris les politiciens à leur service. L’explosion des connaissances et l’augmentation de productivité qu’a apportées le progrès n’ont donc servi à accroître que la « richesse » des détenteurs de capitaux. Richesse factice, d’ailleurs, car la limite apparaît vite des biens et services réels que l’argent peut acquérir. Les riches vite repus de consommation, leur but et l’activité des politiciens, banquiers et autres « experts en détournement » à leur solde deviennent par défaut un pur jeu de pouvoir.

Ce « Jeu du détournement » de la richesse – de l’action et de la production vers sa simple possession et la spéculation – s’est imposé comme le seul jeu de société qui en vaille la peine; sa maîtrise est considéré comme le plus important des savoirs …et ce jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres.

Pendant ce temps, ceux qui savent « autre chose » que la politique n’ont plus voix au chapitre au palier de la décision, mais seulement de l’exécution… et sous étroite surveillance. La richesse UTILE n’augmente plus, mais les inégalités, elles, augmentent toujours.

Les temps ne sont pas bons pour la démocratie. Non seulement parce que le monde s’est « technicisé », mais aussi parce que la technique du détournement des objectifs sociaux a été de celles qui ont fait le plus de progrès. Ceux qui en sont devenus les experts contrôlent parfaitement l’outil démocratique. L’éducation d’abord, l’information par les médias ensuite, donnent au citoyen lambda sa pensée correcte.

Une pensée qui inclut même une petite dose de saine contestation. Il est fortement encouragé de protester futilement dans les rues, où l’on pourra corriger vos déviances velléitaires à coup de trique ; il est mal vu, cependant, de s’embusquer avec une arme et d’abattre « traîtreusement » l’un ou l’autre de ceux qui veulent penser pour vous…

Dosant savamment l’information que distillent les médias et disposant des avancées de la psychosociologie – nous sommes à des années-lumière de Bernays et Goebbels – les systèmes démocratiques mis en place peuvent désormais faire élire n’importe qui, n’importe quand, et ce sera toujours le « peuple » qui aura choisi celui qui lui fera voir 6 doigts…

Des techniques permettent aussi, maintenant, de sondages en sondages, de savoir EXACTEMENT jusqu’où l’on peut aller dans la manipulation du comportement humain face à la richesse et à son ombre, la monnaie Les petits rats blancs vont où l’on veut. La démocratie peut jouer le rôle sédatif du violon sur le chemin des douches… Pourquoi violer les foules quand on peut si facilement les séduire ? N’avez vous pas VU, de vos yeux VU, Hollande plus beau que Sarkozy ? Six doigts, comme Smith dans 1984… Notre démocratie est un leurre.

Une vraie participation du peuple à sa gouvernance est-elle possible ? Certes, et elle viendra, car c’est un désir humain qui ne disparaîtra pas. À long terme, la démocratie reviendra. En fait, on ira au-delà de la démocratie. Pour presque tout, le CONSENSUS s’imposera, puisque la complémentarité qu’exige une société de haute technicité rendra un large consensus incontournable. Quand tout le monde est indispensable, il faut bien tenir compte de l’avis de tous …

À court terme, toutefois, ce n’est pas un piano nobile libertaire sur un socle démocratique qui remplacera notre démocratie discréditée. Mieux vaut prévoir une phase « néo-paternalisme » assumée, une gouvernance éclairée « à la Platon », prenant la forme d’une dictature de la compétence. On n’élit déjà pas nos généraux, ni nos banquiers, pas plus que nos médecins ou nos ingénieurs, nos chercheurs ou les pilotes de ligne. Comment peut-on croire que des politiciens élus pour leur charisme ou leur roublardise sauraient nous gouverner et nous voudraient vraiment du bien ?

Dans une société complexe où l’efficacité est la première vertu, la compétence doit être reine, et ce n’est pas une option d’avenir de penser en soumettre les diktats aux caprices et aux magouilles de politiciens dont la seule compétence aura été de convaincre d’autres ignares de la pertinence de leurs élucubrations. Dans une société technique évoluée, on voit mieux qu’à chaque problème correspond UNE solution optimale et une seule. Cette solution doit être identifiée et elle doit s’appliquer sans ergoter.

« Optimale » au vu des critères que choisit une société, bien sûr. Il faut donc garder de la démocratie une intervention du peuple au palier du choix de ces critères. Mais il doit intervenir par des choix binaires simples, consensuels ; des vetos ou des acquiescements référendaires qui « plébiscitent »…

Si on est confronté à un clivage sérieux au sein de la population, mieux vaut s’abstenir d’agir, car les faits nouveaux qu’apportera l’évolution de la situation détermineront bientôt une majorité plus claire… et des décisions plus « éclairées ». Quand on a un consensus raisonnable, c’est alors le travail des experts -de « ceux qui savent » – de faire en sorte que la solution choisie soit appliquée sans plus de palabres. Pendant qu’ils y travaillent, il faut les tenir indemnes de la critique oiseuve et de la corruption. C’est là la clef.

La démocratie, aujourd’hui, est devenue un incessant grenouillage pour finasser, changer le sens des mots et la pondération des facteurs, créer des dilemmes talmudiques, avant et pendant l’exécution des projets de société. On vise ainsi à favoriser les intérêts personnels de tous ceux qui y participent et qui y voient alors une rente de situation, plutôt qu’un mandat sacré qu’on leur a confié et qu’ils devraient remplir. Il faut se défaire de cette démocratie qui n’est que prétexte à enfumage et corruption.

Ce faisant, on aura gardé l’essence de la démocratie, qui est de faire ce que le peuple veut. On aura seulement renoncé à faire de la politique un sport de combat ou d’astuce rivalisant avec le foot pour contrer la morosité d’une société qui a perdu ses valeurs.

Un jour, plus tard, quand chacun aura appris et saura mieux, on pourra consulter la population sur des aspects plus détaillés des objectifs à atteindre. Mais on évitera alors, encore et toujours, le piège populiste de prétendre donner un droit de regard sur l’exécution des projets à ceux qui, n’y connaissant rien, peuvent être trop facilement persuadés de vendre pour un plat de lentilles un droit d’aînesse dont ils ne soupçonnent pas la valeur.

Pierre JC Allard

08-04-13

LA GRANDE ZIZANIE

Classé dans : Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 1:00

On sait depuis longtemps que le fin du fin de toute stratégie guerrière est de diviser pour régner.Une évidence, dès qu’on comprend que  le plus fort est faible quand se crée une alliance solide contre lui  et que la première exigence du maintien de son pouvoir, pour quiconque l’exerce, est donc de s’assurer qu’une telle alliance ne se crée pas. Une évidence.  Mais va-t-on vraiment jusqu’au bout des conséquences de cette évidence quand on l’applique à la situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde ?

Je ne le crois pas. On ne le pourrait, d’ailleurs, qu’en posant  une hypothèse qui fasse consensus sur ce qu’est cette « situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde »…, consensus qu’il est de l’essence même du « diviser pour régner » de tout faire pour qu’il ne réalise pas…  Le serpent se mange la queue.  Considérons donc, faute de preuve, que ce qui suit est une pure spéculation… tout en se souvenant que toute spéculation n’est pas nécessairement trompeuse.

Tenez, cette affirmation lapidaire de Goldstein  – l’archi-traître de « 1984 » – qui dit que toutes les classes dirigeantes du monde sont en guerre contre leurs populations respectives pour maintenir leur domination et que les autres guerres et conflits ne sont là que pour la frime ? Pas prouvée, mais ne trouvez-vous pas que ça ressemble beaucoup à cette histoire du « 1% d’en haut », tous partis confondus, qui exploitent à quia les 99%  de péquenots qui n’ont pas leurs entrées au Siècle ?

Imaginez un instant que cette « guerre » opposant banquiers et millionnaires à une masse d’être humains ordinaires ne soit pas qu’une invention, voyez-vous comment le « diviser pour régner » s’appliquerait pour favoriser la caste des seigneurs ?  Dans un premier temps, on a les divisions traditionnelles entre Noirs, Blancs, Jaunes et autres teintes et demi-teintes qu’on peut monter en épingle. Du même type, l’éducation remplaçant seulement la génétique comme cause de différentiation primaire, on a la religion et tous les autres facteurs culturels acquis. Par-delà le langage ‘politiquement correct’, ne voit-on pas que le Système joue de ces dissimilitudes pour qu’une alliance dangereuse ne se crée pas contre les élites autoproclamées?

Le résultat d’une politique d’immigration ouverte en Occident – présentée fallacieusement comme généreuse et progressiste – a été d’abord d’augmenter le nombre des travailleurs sans compétences spécifiques et donc de réduire le pouvoir de négociation des classes laborieuses. Mais elle a été aussi de créer des oppositions – des tensions entre Musulmans et non-Musulmans en particulier – qui ont saboté  les chances d’une coalition des travailleurs contre le pouvoir capitaliste.   Croit-on vraiment que cet effet n’ait pas été prévu, voulu et encouragé ?

Sur la scène internationale, quels griefs ont les uns envers les autres les travailleurs occidentaux et ceux des autres nations ?  Pourquoi une guerre contre l’Irak, contre la Libye, contre l’Afghanistan et maintenant la Syrie ou le Mali ?  Car existe-t-il encore un pauvre  jocrisse pour croire que nous soyons à apporter la démocratie aux  divers segments du tiers-monde ? On trouve des atrocités à reprocher aux « autres’ , mais est-il si difficile de penser qu’ils ne veulent, eux aussi, que la paix selon les préceptes de LEURS propres cultures ?  On sème la zizanie, parce qu’ensemble ils seraient plus fort que nous. Plus forts, surtout que, cette petite coterie du 1%, cette mince pellicule de moisissure à la surface de notre société.

Zizanie entre « races », peuples, nations, religions et sectes diverses, au seul profit d’une minorité qui n’a ni patrie ni croyance, mais seulement une terrible soif de pouvoir que rien ne peut assouvir. Une poursuite de la domination qu’aucune abomination ne rebute.

La volonté de zizanie, d’ailleurs, ne s’arrête pas là. Nos maîtres les riches et leurs banquiers ne se contentent pas de dresser chaque groupe contre les autres en jouant de leurs préjugés et de leurs sentiments d’appartenance; ils ont aussi la volonté de faire de chaque individu le rival de tous et ils ont en main l’arme odieuse pour y parvenir : le consumérisme.

Avec l’industrialisation qui a apporté l’abondance, il aurait été raisonnable que l’humain, pouvant satisfaire ses besoins facilement, puisse vivre dorénavant avec son prochain en plus grande d’harmonie que ne l’avaient permis les siècles de carence, quand  l’opulence des uns menait souvent à la disette pour les autres.

Pourtant, ce n’est pas cette bonne entente que nous a apportée la capacité de production  de biens pratiquement illimitée que nous a donnée la machine. L’oligarchie a réussi, par la publicité et la manipulation de l’information, à susciter des désirs plus vite que même la croissance vertigineuse de la science et de la technologie n’ont pu en satisfaire. On a créé une population de consommateurs de biens-gadgets, dont l’avidité, éternellement insatisfaite, a permis qu’ils demeurent les rivaux, voire les ennemis les uns des autres. Comment créer la zizanie mieux qu’en faisant de tous les concurrents trop nombreux de tous les autres, pour s’approprier des biens qu’on garde toujours rares ?

Rareté artificielle de biens  que rien n’empêcherait de produire davantage, car il n’existe pas d’autre limite  réelle à la production que la disponibilité du travail, lequel est aujourd’hui  largement sous-utilisé. On parle de chômage…

Il n’y a du chômage que parce que l’on  se garde bien de former la main-d’œuvre pour qu’elle ait les compétences lui permettant de produire et de satisfaire la demande.  On veut maintenir la rareté, maintenir la concurrence, MAINTENIR LA ZIZANIE qui fait que la communauté d’intérêts entre les exploités ne leur saute pas aux yeux et qu’il ne se fasse pas une alliance contre les exploiteurs.

Comment briser cette dépendance infernale ?  Un geste simple suffit :  si chacun décidait de ne consommer pour un temps que selon ses besoins, on verrait vite qu’il y en a amplement pour tout le monde.  Cette zizanie dressant chacun contre tous n’opèrerait plus … et il ne faudrait que quelques semaines pour que le système capitaliste s’effondre.

C’est pour ça que la simplicité volontaire est la pire ennemie de ceux du 1%.  … C’est pour ça que le Pape François pourrait bien devenir le plus grand des révolutionnaires. On verra…

Pierre JC Allard

 

01-04-13

TERRORISTES, ANCIENS ET MODERNES

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 12:52

Le 6 mars, dans le quartier de Kiryat Moshé, à Jérusalem, un terroriste a ouvert le feu avec une arme automatique, tuant huit étudiants et en blessant une trentaine d’autres. À Bagdad, une nouvelle vague d’attentats relance (poursuit) une guerre qu’on nous avait dit terminée…

Je suis contre la violence, non seulement parce que je la crois immorale, mais aussi parce que je la vois inefficace. Il ne peut y avoir de changements durables positifs de la société que ceux qui permettent la possession tranquille d’un acquis. Or, il n’y a pas de possession tranquille de ce qui a été obtenu pas la force aussi longtemps qu’un large consensus ne s’est pas établi quant à la légitimité de cette possession, ce qui est d’autant plus long qu’a été brutale la force employée.

Guerres et révolutions sanglantes peuvent être évitées car ce sont désormais des alliances et non des individus qui ont le pouvoir et les liens qui assurent la cohésion d’une alliance peuvent être détruits par les armes de la persuasion au profit d’une alliance rivale. La violence est une solution de facilité. Une solution d’impatience, sans intelligence, qui modifie les effets sans changer les causes et dont les résultats bénéfiques ne peuvent donc être permanents, alors que les dommages causés sont bien lents à réparer.

Dans cette optique, le phénomène du terrorisme est particulièrement néfaste. Cela dit, la « guerre » qu’on prétend mener aujourd’hui contre le terrorisme est triplement trompeuse, d’abord en ce qu’elle n’identifie pas adéquatement ce qu’est le terrorisme ni son extension, ensuite, parce qu’elle ne va pas à la racine du mal et utilise donc les mauvaises armes pour en triompher et, finalement, parce que l’éradication du terrorisme, qui devrait être une fin en soi, est instrumentalisée par des intérêts qui veulent y voir une « guerre » et une guerre comme les autres.

Il se verse aujourd’hui bien du sang et de larmes parce que cette « guerre » au terrorisme est menée de façon remarquablement inepte. Il s’en versera encore bien plus – et plus qu’on n’ose même l’imaginer ! – si on ne fait pas un diagnostic intelligent et honnête de ce phénomène et de la nouvelle forme qu’il revêt.

LE TERRORISME TRADITIONNEL

Avant toute chose il faut distinguer entre un « nouveau terrorisme » et l’ancien. Ceci n’est possible que si on identifie l’essentiel du nouveau terrorisme et qu’on accepte donc de le comparer à l’ancien en regardant et identifiant celui-ci sous toutes ses formes et dans toute son extension.

L’ancien terrorisme est là depuis toujours. La terreur est une arme efficace de domination, venant tout de suite après le génocide comme procédé immémorial de solution des conflits internationaux, s’imposant dès qu’on préfère utiliser la population conquise au lieu de l’exterminer.

La terreur peut être aussi une arme préventive bien efficace si elle convainc l’adversaire de se soumettre plutôt que de résister. Elle peut se limiter à la menace (Voir Shakespeare, Henry the Fifth) ou, plus brutalement, signifier l’incendie des fermes avoisinantes (Voir Wolfe à Québec), le viol des femmes et l’exécution d’otages

La terreur est un objectif militaire reconnu. Cette terreur « traditionnelle » est depuis toujours prise en compte dans les stratégies guerrières. Les Nazis bombardant Guernica ou Belgrade, les Anglais bombardant Dresde, ou les Américains Tokyo ou Hiroshima, ne faisaient pas autre chose que terroriser. On peut parler de dommages « collatéraux », mais quand la terreur est le but c’est l’objectif militaire qui est la collatérale; la vraie cible c’est l’Ennemi-qui-a-peur. Le civil, homme, femme ou enfant.

Semer la terreur est une tactique militaire tellement acceptée qu’on n’en parle même plus. Quiconque marche derrière un drapeau reconnu jouit du double zéro (00) qui donne à James Bond une licence pour tuer et terroriser. Il est un soldat. Un patriote. De la graine de héros. Il est là pour « abreuver nos sillons d’un sang impur ». Il fait peur ? Tant mieux, c’est son métier. Ce n’est que lorsque les combattants n’ont pas un étendard auquel bien du sang versé a déjà conféré une légitimité que la sémantique accepte qu’on parle de terrorisme lorsqu’ils terrorisent. Deux poids, deux mesures.

Deux poids, deux mesures, mais il y a plus pervers : la licence pour tuer peut n’être émise que longtemps après le meurtre. Le succès transforme une rébellion en révolution, une campagne de terreur en guerre d’indépendance et les terroristes en héros et en martyrs. On peut ainsi rendre acceptables a posteriori les actes de terreur, et des jugements qu’on croyait indiscutables nous sont présentés tout à coup comme hâtifs, des épithètes à corriger.

Ce qui est bien malencontreux, car les mouvements révolutionnaires, comme l’Irgoun en Palestine ou le FLN en Algérie – qui ont visé les civils et pratiqué une stratégie de terreur – n’ont pas fait pire que ceux qui mènent toutes les autres guerres, mais il faut surtout retenir qu’ils n’ont pas fait mieux. Avoir gagné ne les rend pas plus vertueux que le Sentier Lumineux au Pérou, par exemple, ou que les Tigres tamils au Sri Lanka. Les actes qu’ils ont commis restent des horreurs.

Comme sont des horreurs les actes de ceux qui, aujourd’hui, face à la misère du monde, prennent sur eux de mener par la terreur la lutte des perdants contre les gagnants de la société actuelle. Une horreur, quand ils jugent que quiconque profite du système en place peut être désigné comme complice des profiteurs et que tout ce qui soutient le système ou lui est utile mérite donc d’être détruit.

On aimerait penser que ceux qui font sauter une mosquée ou une école, parce que c’est un « acte de guerre » qui affaiblit le moral de l’adversaire, resteront à jamais des meurtriers aux yeux de l’Histoire. Hélas, rien n’est moins sûr…

On ne pourra condamner avec crédibilité le terrorisme, que quand celui-ci aura cessé d’être un crime sous condition résolutoire et qu’on mitigera l’hommage rendu à ceux dont la terreur a atteint ses objectifs, en ne gommant pas le cas échéant des biographies des héros qu’ils ont été des terroristes et des meurtriers. On absout trop facilement le terrorisme traditionnel. On doit dénoncer l’arme de la terreur et tout ce qui tue indistinctement combattants et non-combattants. On doit le dénoncer, que celui qui tue soit au service d’un État ou d’une Cause.

Si, obéissant à la simple logique, on donnait ainsi à « terrorisme » son vrai sens de combattre par la terreur – et qu’on reconnaissait que celui qui terrorise les non-combattants est un criminel – il faudrait être bien prudent, toutefois, en dénonçant l’arme du terrorisme, de ne pas sembler donner du même coup l’absolution aux autres horreurs qui sont commises au cours d’une guerre. C’est la guerre qui est l’abomination.

On a colporté que le pilote du Enola Gay, l’appareil qui a lâché LA bombe sur Hiroshima, est devenu par la suite « irrationnel » et l’est demeuré sa vie durant, parlant d’horreur et de culpabilité. On devrait se demander si la magnitude du meurtre collectif auquel il avait participé ne l’a pas au contraire rendu sain d’esprit. On devrait se demander si, derrière le voile pudique du rejet des armes atomiques, chimiques et biologiques qu’on dit « massivement destructrices », on ne rend pas irrationnels tous ceux qu’on envoie aujourd’hui lancer des obus « normaux » et tirer des balles « ordinaires » sur d’autres êtres humains.

La punition des nations qui font de leurs citoyens des meurtriers, en prétendant en faire des soldats, est qu’ils doivent un jour affronter leurs propres vétérans à qui l’on a montré à penser comme des meurtriers. Le risque n’est pas nul que beaucoup d’entre eux, désabusés, mettent en pratique « at home » ce qu’on leur a enseigné. C’est chez eux qu’ils continueront peut-être la violence .. et il n’y aura pas alors assez de prisons pour les accueillir.

LE NOUVEAU TERRORISME

Le terrorisme traditionnel est une horreur connue et fichée. Quand on parle de terrorisme aujourd’hui, cependant, on ne pense plus au terrorisme traditionnel accepté et banalisé de ceux qui bombardent des civils, et encore moins à la bombe vengeresse de l’anarchiste qui tente de s’enfuir après l’attentat. On a en tête une autre démarche, un nouveau terrorisme qui ne se caractérise pas tant par sa cible que par l’intention de l’auteur.

La dimension nouvelle des attentats qui ensanglantent aujourd’hui le monde entier – et dont l’expression la plus spectaculaire a été l’attentat du 9/11 au WTC de New York – n’est pas que des innocents en soient la cible. À quelques bref interludes près de « guerres en dentelles », où le « plaisir » du combat l’emportait sur le profit qu’on en pouvait tirer, les innocents ont toujours été la cible des terroristes, déguisés ou non en soldats. Le fait nouveau, c’est le sacrifice de sa vie exigé du combattant, non plus comme un risque à courir ou un prix à payer, mais comme une condition essentielle de la victoire.

Ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme négligent à tort la composante suicidaire du nouveau terrorisme. C’est cet ’élément nouveau qui fait toute la différence, car ce n’est plus la valeur ni l’importance de ce qui est détruit qui est le message – même si c’est cette destruction qui fait les manchettes et qui en assure la diffusion – c’est le sacrifice lui-même qui est le message. Un message d’irrationalité qui vaut son pesant d’or.

Pour comprendre l’importance de ce message, il faut voir que l’interdépendance des acteurs dans le monde moderne a fait de nous tous, pauvres comme riches, l’équivalent social de frères siamois. Le monde est devenu une machine si complexe que, si l’ordre social disparaît, même le plus pauvre et le plus misérable sur cette planète y perdra. Si le vaisseau qu’est notre société chavire, le dernier des galériens sombrera, tout autant que les officiers sur le pont supérieur et César lui-même.

Ceci a eu pour conséquence que le salut du navire soit devenu, pour toutes les parties, plus important que les contentieux qui nous opposent. Galériens et patriciens peuvent se disputer les rations du bord, mais toute contestation raisonnable de l’ordre social établi prend en compte l’absolue nécessité de ne pas saborder le navire.

Toute discussion entre gagnants et perdants de la société pour amener une redistribution de la richesse et du pouvoir, repose donc aujourd’hui sur le bluff des uns comme des autres. Chaque partie qui avance d’un pas ne le fait que persuadée que l’autre ne commettra pas l’irréparable …et ne peut poser ce pas à profit que si elle a convaincu l’autre qu’elle-même pourrait bien le commettre si on l’en empêchait. Gauche comme Droite traditionnelle se déplacent donc avec prudence, dans une évolution lente qui ressemble plus à une partie de poker qu’à un match de pancrace,

Il est irrationnel, pour les uns comme pour les autres, de mettre le navire en péril. Mais celui qui donne à l’adversaire l’impression d’accepter les conséquences du naufrage a évidemment un atout majeur en main pour obtenir des concessions. Dans ce poker, l’irrationalité est un atout maître et la démarche du terroriste qui se suicide – et apparaît donc prêt à tout pour obtenir gain de cause – marque des points.

Chaque fanatique qui se suicide emporte une levée, car il rend plus crédible l’hypothèse que les perdants de la société sont prêts à risquer de perdre ce qu’ils ont pour obtenir davantage. Ce qui est un bluff. Car, pour celui qui a peu, ce peu n’en est pas moins tout ce qu’il a et il n’y tient pas moins que celui qui a plus… À moins qu’il ne soit « irrationnel ». Irrationnel, s’entend, selon les critères qu’on veut bien appliquer.

Il y a toujours eu des fanatiques prêts à mourir pour une cause. Drogue, conditionnement à Sandhurst ou à Saint-Cyr, propagande et pression sociale aidant, on a toujours fait le plein de héros pour défendre Camerone ou mener une charge de la Brigade Légère. Simultanément, il y a toujours eu des gens qui souffrent et qui veulent en finir. Affaire d’opinion, de prétendre que les gestes de ceux-ci ou de ceux-là sont ou ne sont pas rationnels, mais c’est une question de fait que ce ne sont généralement pas les mêmes qui sont prêts à mourir pour une cause et qui veulent échapper à la vie.

On peut croire que celui qui est prêt à mourir pour une cause préfèrerait néanmoins s’en sortir vivant et la voir triompher ; la mort est pour lui un mal nécessaire, un sacrifice consenti. Celui qui est suicidaire parce que la vie lui pèse, à quelques rares exceptions près, n’a que faire des causes et des idées. Il ne veut plus exister et cette décision occupe toute la place.

La spécificité du « nouveau terrorisme » est de mettre en scène un protagoniste qui est à la fois un fanatique prêt à mourir pour une cause ET suicidaire. Ce phénomène s’est déjà manifesté – (pensez aux Assassins (Haschichim) drogués du « Vieux de la Montagne » – mais il n’est pas courant. C’est une combinaison terriblement efficace.

On ne parle pas ici de ceux qui tentent un coup risqué, dans une école russe, par exemple, puis font tout sauter quand les choses tournent mal. On parle de celui qui se barde d’explosifs et se fait exploser dans un marché ou un autobus. Le nouveau terroriste VEUT mourir. La racine du problème, c’est que ce nouveau terroriste est fanatique, bien sûr, mais SURTOUT suicidaire.

Le nouveau terroriste a pris de l’ahimsa de Gandhi le renoncement et le refus passif, mais ostentatoire de toute acceptation de l’ennemi et de ses oeuvres. Il a hérité des bonzes bouddhistes protestant contre l’occupation du Vietnam et s’immolant par le feu, l’invulnérabilité à la souffrance et à la peur. Il n’a pas retenu d’eux, toutefois, la non-violence ; il est tout sauf non-violent. À l’action sacrificielle, il a joint la menace.

C’est une menace contre laquelle il y a peu de parades. Il est impossible de se protéger de quelqu’un qui veut mourir. Il y a des douzaines de façons de tuer n’importe qui, dès qu’on est prêt à y laisser sa propre peau. Je ne les décrirai évidemment pas, mais il serait sot de penser qu’un volontaire pour le suicide ne puisse pas les trouver par lui-même. Le Nouveau Terrorisme consiste en centaines, voire en milliers d’individus qui ne demandent qu’à mourir en faisant un maximum de dommage. Comment se prémunir contre ce danger ?

D’abord en distinguant clairement entre le fanatique suicidaire et ceux qui instrumentalisent son suicide pour obtenir des concessions. Ce sont deux types différents. Le fanatique suicidaire n’a pas de revendications. Ce n’est pas lui qui inscrit sa démarche dans un bluff, mais les joueurs traditionnels qui se servent de lui eux dans le cadre de la partie gagnants/perdants avec laquelle ils sont familiers.

Cette situation rend le problème du nouveau terrorisme plus grave même qu’on ne le dit, car il est extrêmement improbable que des fanatiques suicidaires, déjà entraînés et n’attendant que de passer à l’acte, renoncent à leur projet en échange de quelque concession que ce soit. Ceux qui les manipulent pourraient à la rigueur influer sur l’aspect « fanatique » du nouveau terroriste ­ -(même si personnellement je ne puis penser que celui qui s’est investi à ce point dans un « geste » accepte de s’en détacher sous le seul prétexte rationnel que le but en a été atteint ­!) – mais ils ne peuvent certes pas contrôler sa composante suicidaire. Le suicide est une décision personnelle.

On ne peut pas contrôler efficacement le nouveau terrorisme en palabrant au niveau des mouvements qui l’utilisent. On peut espérer, en négociant avec ceux-ci, saboter la logistique du terroriste – transport, approvisionnement en explosifs, etc. – mais ceci n’est qu’une action dilatoire ; le fanatique suicidaire reste une grenade dont la goupille est tirée et qui, si ces mouvements ne nous la lancent pas, tôt ou tard leur explosera entre les mains.

C’est au niveau de sa composante suicidaire qui en marque la spécificité qu’il faut désamorcer le fanatique suicidaire et l’on n’y arrivera pas par chefs interposés. On cherche à nous convaincre que l’augmentation des attentats suicide découle entièrement d’une croissance de l’intégrisme religieux. Il ne serait pas mauvais de se demander si c’est bien le ciel qui est devenu plus attrayant ou si ce n’est pas la terre qui n’a plus rien à offrir. Il faudrait voir si le paradis n’est pas devenu le premier choix de beaucoup simplement parce qu’il est resté leur dernier, toutes autres nourritures terrestres leur ayant été refusées.

Le fanatisme incite certainement à l’action terroriste, mais quand cette action devient prioritairement autodestruction, la problématique est différente. Il faut voir quel rôle y joue une profonde désaffection envers la vie elle-même et ce qu’elle peut offrir. La guerre en Iraq a coûté, à ce jour, près de USD $ 15 000 par Irakien. Est-il si cynique de se demander combien des terroristes se seraient tout de même fait exploser, si les circonstances leur avaient fourni USD $ 15 000, à chacun d’eux et à chacun des membres de leur famille ? La seule défense contre un fanatique suicidaire, c’est de lui donner une bonne raison de vivre.

Ceux dont c’est la tâche de nous protéger du terrorisme réagissent au premier niveau, celui d’une lutte traditionnelle entre gagnants et contestataires. Ils voient le fanatique suicidaire comme un adversaire rationnel qui vient négocier ou, au contraire, comme un pion comme les autres sur le même échiquier, tout entier sous contrôle de celui qui le dirige. Or, il n’est ni l’un ni l’autre. Ils scotomisent la dimension irrationnelle du nouveau terrorisme et, à ce deuxième niveau, ne semblent pas comprendre que chaque terroriste suicidaire ne peut être que farouchement individualiste. À côté de sa décision fondamentale de mourir, la cause qui lui sert de prétexte ne peut être qu’accessoire.

Parce qu’ils ne s’intéressent pas vraiment au fanatique suicidaire, mais uniquement à ceux qui l’instrumentent, ceux qui devraient nous en protéger s’attaquent au nouveau terrorisme avec les mauvaises armes, ne touchant même pas à la racine du mal. En fait, ils aggravent la situation et l’on est confronté, comme si souvent lorsqu’on analyse la politique américaine, au dilemme de décider si c’est la bêtise qui explique les décisions qui sont prises ou si toutes les conséquences néfastes et bien prévisibles n’en sont pas voulues, au niveau d’un diabolique agenda caché.

Ainsi, la politique américaine a commis l’erreur de traiter le nouveau terrorisme comme une option politique, de lui donner un nom – Al-Qaeda – ­ et un chef : ben Laden. Un chef invisible, quasi-mythique le chef parfait pour un délire onirique. N’a-t-elle compris que, derrière la panoplie ridicule d’une lutte au premier niveau contre les Talibans ou Saddam Hussein, elle a créé au deuxième niveau, celui de l’irrationalité, un point de ralliement pour TOUS les suicidaires irrationnels auxquels elle fournit ainsi une cause, une pseudo rationalité sur mesure et quelques cibles spectaculaires ?

Si on est suicidaire sans raison, et donc irrationnel, pourquoi ne par partir avec un peu de panache, en prenant pour prétexte et en amenant avec soi quelques Américains de service, dont on peut se convaincre qu’ils sont responsables de tous les malheurs ? La création d’Al-Qaeda a-t-elle été une simple bévue de la propagande américaine ou une étape de plus vers la fascisation de la société en lui créant des « Sages de Sion » imaginaires pour justifier les nouveaux Dachau que sont les prisons d’Irak et Guantanamo ?

La politique américaine a commis une seconde erreur: celle de prétendre qu’on pouvait triompher du terrorisme en envahissant un pays ou un autre et en augmentant les armements, ce qui est aussi absurde que d’envoyer la garde nationale à l’assaut de la peste ou du choléra ou de tirer du canon sur des anophèles.

Le nouveau terrorisme, en ce qu’il a une composante suicidaire, est individualiste et naît dans la tête des gens. Une division blindée ne vous protégera pas contre votre voisin qui n’a jamais rien fait de mal, mais qui, ce jour-là, dans un café, décide qu’il en a ras-le-bol et vous ouvre la gorge avec le couteau à fromage. Or, si on sait lire, c’est vers ça qu’on tend.

Le nouveau terrorisme est une décision individuelle et, de plus en plus, ce sera une décision imprévisible. L’apparition d’un comportement totalement irrationnel, quand un seuil est atteint dont rien n’annonçait l’existence. Comme apparaît brusquement une image sur un négatif plongé dans un révélateur. Le même phénomène se manifeste autrement chez les automobilistes qui perdent tout contrôle et tuent froidement celui qui les a dépassés ou invectivés. Chez les passagers d’un avion, qui agressent le personnel de bord. Chez tous ceux qui se sentent impuissants. C’est le même phénomène ; on l’appelle terrorisme quand on lui greffe une « Cause », mais c’est la même rage irrationnelle et sa composante suicidaire est plus significative que sa composante fanatique.

N’est-il pas clair, dans cette optique, qu’en faisant la guerre a une population civile au bord de la misère, on augmente quotidiennement le nombre de ceux qui n’ont plus rien à attendre de la vie, de ceux dont la haine de la terre, l ‘amour du ciel, le désir de vengeance ou la simple quête d’un sens font des candidats de choix pour le suicide, suicide qui est moins motivé que justifié et donc rationalisé par une action terroriste ?

L’invasion de l’Iraq a été une absurdité que seul peut expliquer l’objectif à courte vue du complexe militaro-industriel américain, dénoncé par Eisenhower et devenu mondial, ­ de spéculer sur le pétrole et de mousser un peu plus ses ventes. Une absurdité qui confine elle-même à l’irrationnel et devient donc le « juste » pendant de l’irrationalité du terrorisme lui-même. Les officiers supérieurs se joignent aux galériens pour mettre le vaisseau en péril et César, hélas, ne semble pas très doué.

Pierre JC Allard

25-03-13

Pourquoi les emplois disparaissent

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 6:33

 

Parlons travail et emplois. Je reprends ici l’essentiel d’un texte que j’ai publié il y a bien des années. Je le fais parce que que je suis bousculé par les exigences de préparer mon retour au pays après un hiver en Argentine….  mais  je crois, aussi, qu’il faut répéter ce message jusqu’à ce qu’on l’ait compris; je suis confronté ici tous les jours aux conséquences sociales de ne PAS vouloir le comprendre.

Le travail. Rien n’est plus important que le travail, car le projet prioritaire de tout individu est de satisfaire ses besoins et ses desirs, en transformant ce qui est en ce qu’il voudrait qui soit. C’est ce qu’on appelle produire et le moyen d’y parvenir est le travail.

On peut dire à juste titre que les individus s’assemblent d’abord en société pour assurer leur défense en commun, mais, dès qu’une société existe, c’est produire qui devient la priorité de tous les instants et c’est la division du travail que permet la vie en société qui devient le meilleur argument pour qu’on accepte les contraintes que celle-ci exige. La place du travail dans la société est primordiale.

Le travail est à la fois la clef de la production et donc de l’activité économique et la pierre d’assise de la structure sociale, puisqu’il est la forme privilégiée de distribution du revenu qui permet la consommation consensuellede cette production. Or, ajourd’hui, le travail est en crise. Aujourd’hui, nous avons une crise financière qui fait les manchettes, mais, derrière cette crise qui met en interaction des symboles, il y a le problème réel d’une production mésadaptée aux besoins et celui, encore plus grave, de l’exclusion systématique d’une part croissante de la main-d’oeuvre de toute participation significative à la satisfaction des besoins de l’humanité.

Une exclusion de la production qui sert à justifier son exclusion la consommation équitable du produit. Son exclusion concomitante, aussi, tout processus de décision et donc de tout engagement profond envers l’évolution et le développement de cette société dont cette main-d’œuvre laissée oisive est aliénée. C’est cette cette aliénation qui est le problème prioritaire auquel la société contemporaine doit faire face.

Cette aliénation, dans les pays développés, prend la forme emblématique du chômage. Trouver une solution au problème du chômage est la clef d’un avenir de prospérité et de paix. Mais la solution au problème de la remise au travail passe d’abord par la compréhension, de la distinction entre travail et emploi.

Le travail, c’est un effort qu’on consent pour obtenir un résultat. Aussi longtemps que tous nos besoins ne seront pas comblés et que tous nos désirs ne seront pas satisfaits, il y aura toujours du travail à accomplir, Dite que l’on manque de travail est une absurdité. Le problème actuel n’est pas que nous manquions de travail, mais que nous manquions d’emplois, ce qui n’est pas du tout la même chose.

L’emploi n’est qu’une façon de travailler; c’est celle qui consiste à exécuter certaines tâches, ou à s’acquitter de certaines fonctions, en considération d’un salaire déterminé. Il y a d’autres façons de travailler et d’autres modes de rémunération. Avant la révolution industrielle, l’emploi comme nous le connaissons aujourd’hui, n’existait guère que pour les domestiques qu’on « engageait » – et qui recevaient leurs « gages » -et pour les soldats, qui touchaient leur « solde ». Serfs et artisans, commerçants, troubadours, la masse de la main-d’oeuvre était constituée de travailleurs autonomes. Ceux-ci manquaient souvent de revenus, mais jamais de travail.

C’est avec l’industrialisation que la majorité des travailleurs ont cessé d’être autonomes pour devenir dépendants d’une machine sans laquelle leurs efforts n’avaient plus qu’une valeur dérisoire. Dans cette situation de dépendance du capital fixe, l’emploi à salaire fixe apparaissait comme un progrès social, remplaçant la rémunération à la pièce qu’on pouvait dire inhumaine, même si des cyniques pourraient penser que cette dernière a surtout été mise au rancart parce qu’elle avait le tort d’être incompatible avec le travail à la chaîne…

L’emploi – le « job » – est la meilleure façon de travailler à la chaîne, quand on peut diviser le travail en ses éléments constituants les plus simples et superviser l’exécution de chaque élément en mesurant son output immédiat. Pour fabriquer des souliers ou des jujubes, par exemple, le « job » est imbattable. Dans le travail à la chaîne, chaque travailleur, comme une machine, a son « programme » qui est son « job »; le système agence l’output de chaque travailleur et tout le monde trouve, au bout de la chaîne, chaussure à son pied et des jujubes à son goût. C’est la façon de travailler qui correspond le mieux à une production industrielle, quand le travailleur exécute du « travail en miettes ».

Mais aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. Maintenant, ce sont de vraies machines qui font – et qui feront de plus en plus – ce que faisaient ces ouvriers industriels de jadis qu’on traitait comme des machines. Le problème, c’est que, pour le travail qui exige encore une intervention humaine directe dans une production tertiaire, l’emploi n’est simplement pas la meilleure structure d’encadrement et de rémunération. D’autres façons de travailler correspondent mieux aux exigences des sociétés postindustrielles.

Les emplois sont donc en voie de disparition. Les emplois disparaissent parce qu’ils sont devenus une forme désuète d’encadrement du travail.

Les emplois disparaissent? Où est la surprise? Il y a deux siècles qu’on remplace des travailleurs par des machines ! La crise que nous vivons n’est pas une surprise, elle est simplement la phase ultime de la révolution industrielle.

Nous utilisons des machines de plus en plus performantes et la conséquence pour la main-d’oeuvre – discutées ad nauseam depuis des décennies! – était inévitable et parfaitement prévisible : une même main-d’œuvre allait produire de plus en plus… ou une production industrielle constante exigerait une main-d’oeuvre de plus en plus réduite.

Parler de récession et de conjoncture pour expliquer le chômage actuel est donc un pieux mensonge. Il faut d’abord accepter cette évidence d’une incontournable baisse de la demande de travail quand un seuil de satisfaction est atteint. Ensuite, il faut en tirer les conséquence et faire ce qu’il faut faire: encourager le travail autonome et bâtir une structure de production ENTREPRENEURIALE…. mais tout  en assurant la sécurité du revenu. C’est ça le défi.   Aussi longtemps qu’on ne verra pas la production, le travail  et la PRIORITÉ DE LA GOUVERNANCE en ces termes, nos problèmes iront en s’aggravant

Pierre JC Allard

18-03-13

Le pape François et la simplicité volontaire

Classé dans : Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 12:00

D’entrée de jeu, il a annoncé la couleur : il et François.   Comme dans François d’Assise, qui  est l’archétype de la simplicité volontaire… Tout le monde a su bien vite qu’il voyageait en métro et qu’il menait une vie spartiate.  Puis il a refusé une cape en hermine qu’on lui offrait pour qu’il ait cet air des grands rois, refusé aussi de porter les mules rouges traditionnelles du pontificat, signifiant que ses souliers à lui sont faits pour voyager et non pour être montrés du haut d’une chaise à porteur. « Le carnaval est fini » a simplement dit François… Le pape de la simplicité volontaire vient d’arriver.

Il était temps. C’est EXACTEMENT  ce que  l’on voulait entendre : un appel du pied aux riches pour un rééquilibrage volontaire de la richesse, car sa répartition actuelle n’a plus de sens. Vite, repartager, avant que ne bascule tout l’ordre social. Car ne pensez pas que ce soit un signal pour changer l’ordre social… du moins pas tout de suite. L’Église est partie de cet ordre social, elle en est un élément-clef tout au faîte de la pyramide. L’Église ne se prépare pas à passer la main ; elle prend acte du changement qu’ont apporté le temps et l’évolution de la science et de la technologie.  Elle veut changer pour que rien ne change.

L’Église a seulement compris que la richesse est devenue totalement symbolique, s’imprimant en billets de monopoly, ou apparaissant virtuelle en formules cabalistiques aux écrans d’ordinateurs d’un geste des banquiers;  elle ne repose plus que sur  la force de l’Etat. La  richesse n’est plus la source du Pouvoir, mais est devenue une simple conséquence du pouvoir, puisque le Pouvoir peut s’octroyer tout ce qu’il veut de cette richesse symbolique et virtuelle qu’il crée lui-même et dont la valeur ne dépend plus que de son arbitraire.

La richesse immense, exorbitante, est donc devenue triviale. Nul besoin de thésauriser; on peut se contenter de posséder des sommes relativement modestes pour la consommation courante et, pour le reste, le Pouvoir crée selon les besoins autant de cette richesse monnaie qui n’est qu’un leurre,  simple outil-prétexte pour indiquer qui a  la propriété tranquille de toute richesse réelle, mobilière et immobilière, laquelle par un réseau dense de lois et de titres, de liens et de crédits soutenu par la force de l’État, appartient en fait à qui le pouvoir veut bien.

Dans ce contexte, être riche et surtout paraître riche est  inutile, ridicule, vexatoire… Quand Gates ou Buffet donnent des dizaines de milliards de dollars, ce n’est pas par ascèse ;  c’est qu’ils ont compris que l’argent n’est plus la source du  pouvoir. Staline n’avait sans doute pas de compte en Suisse et je parierais que Castro n’en a pas non plus.  Assurez-vous du pouvoir et le reste vous sera donné par surcroît. Le message de François 1er  est que l’Église dénonce l’apparat et va renoncer à la richesse dont cette ostentation était le symbole.  Il était temps…

L’Église va renoncer à la richesse, mais il n’est pas dit que l’Église veuille renoncer au pouvoir. Si la richesse n’est plus la source du pouvoir, où en est donc désormais  la source ?  Dans la force de l’État, nous l’avons dit, mais QUI dirige cette force ?   CEUX QUI SAVENT.   Le pouvoir et chacune de ses parcelles, à tous les niveaux, repose sur l’autorité que confère la confiance en celui qui sait. On obéit à celui qui sait, parce que la science et la technique, ont leurs exigences qu’on ne peut pas contester. C’est cette subordination progressive  du capital – qui augmente sans cesse – à la COMPÉTENCE qui reste rare, qui est l’ultime conséquence de l’abondance qu’a apportée la révolution industrielle. C’est le grand changement de paradigme de notre époque.

On en a vu d’autres… Le but en est toujours que le rapport des forces change le moins possible… mais avec de nouveaux derrières posés sur les trônes. Ainsi, par exemple, remplacer la noblesse du sang par celle de l’argent,  et le roi de droit divin, par la dictature d’une oligarchie de possédants jouant à la démocratie et  feignant de se faire adouber par le peuple.

Le peuple ne sort jamais grand vainqueur de ces permutations  qui font transiter le pouvoir d’une élite à l’autre, mais tous ceux qui aspirent au pouvoir n’ayant pas  les mêmes intérêts ni les mêmes stratégies, il en résulte des  batailles entre « ceux d’en-haut »  qui sont la seule chance pour ceux d’en bas d’avoir un peu plus.  C’est cette zizanie occasionnelle entre les forts qui permet à l’évolution de laisser les  faibles monter d’un cran. Pas beaucoup, mais un peu… La Révolution française a ainsi permis un peu plus d’égalité, beaucoup moins de brutalité. Un petit progrès, mais un pas en avant.

Quand un petit progrès a donné tout ce qu’il peut, il faut faire un autre pas.  L’humanité claudique ainsi vers un avenir meilleur. Maintenant, la gouvernance des petits roitelets banquiers oligarques ne répond plus aux besoins… ils ne sont plus obéis, ils se chamaillent et perdent le pouvoir avec l’autorité.  Il faut un changement. On en tuera quelques uns, pour se soulager, mais surtout on les ruinera. De ce changement de paradigme est à naître un nouvel ordre social, une nouvelle hiérarchie des valeurs, une nouvelle classe dirigeante, celle des « experts »…   Évidemment, il y a des résistances.

Il y a 60 ans  qu’une classe de possédants capitalistes livre une lutte d’arrière-garde pour ne pas céder le pouvoir à une nouvelle élite de la connaissance/compétence. Elle s’accroche par divers moyens, la guerre, l’intrigue, la corruption, surtout, que rend  irrésistible le poison de la consommation à outrance de biens matériels dont elle a fait le but absolu de la vie, manipulant l’éducation et l’Information pour que personne n’en doute.

Pas facile de choisir la simplicité, car on a mis la population en état d’hypnose, pour la faire courir comme un écureuil en cage sur sa roue,  activant une noria  qui  produit aujourd’hui plus de dérisoire que d’essentiel… mais donne beaucoup de plaisir à une petite classe de  psychopathes qui s’amusent à  « commercer » au lieu de produire, gardant la majorité de la population dans l’indigence. C’est d’avoir créé cette addiction à la possession  du futile et du superflu comme  succédané à un véritable sens à la vie qui est le péché contre l’esprit qui ne sera pas pardonné aux capitalistes ni aux banksters.

Mais un état d’hypnose est  précaire, surtout s’il doit voiler une vraie souffrance.  Si la suggestion est brisée, ne serait-ce qu’un instant, il n’est pas facile de la remettre en selle. En quelques mots, le Pape François a rompu l’illusion.  «  Le carnaval est fini… »  INSTANTANNÉMENT, les yeux se décillent et tout le monde a compris que limousines, mules de soie et Gardes Suisses ne font pas un Pape, mais le simple respect qu’il impose  par son attitude, son message… et la parfaite adéquation de ce qu’il est et fait avec ce que la population veut qu’il soit et qu’il fasse.

Un mot, et un Pape en habit doré semble un anachronisme parfaitement ridicule. Tous les vêtements mordorés vont donc vite partir aux musées sous peine d’être accueillis par des quolibets.  Pas seulement à Rome, mais partout. Pas seulement dans l’Église, mais dans tous les palais et palaces, où ce changement déjà bien engagé n’attendait que cet imprimatur.

On ne saurait surestimer l’impact de cet événement. Si Dieu lui prête vie, ce pape  marquera  sans doute l’Histoire comme aucun autre ne l’a fait. La composition du Collège des Cardinaux fera qu’aucun retour en arrière ne sera possible après lui.  Et le plus probable est que le pouvoir de choisir le prochain pape n’appartienne même plus aux cardinaux, mais aux 5 000 évêques catholiques ou simplement chrétiens !

Choisir la simplicité volontaire, c’est détruire radicalement le consumérisme qui est la clef-de-voute de la société actuelle. C’est compléter la transition vers un monde où le pouvoir appartient aux experts plutôt qu’aux riches, en sciant la branche sur laquelle nous sommes assis… Ce qui se passe au Vatican s’inscrit dans cette perspective, car  ceux qui scient la branche ont chacun leur plan pour ce qui viendra après … et l’Église a certes le sien…

Longue vie à François…. Mais n’oublions pas la face discrète du changement  qui se produit.  Un pape jésuite, c’est une manière de penser et de gérer controversée au sein de l’Église qui devient la façon de penser et de gérer de l’Église elle-même. Dans un monde où c’est la compétence – le capital humain – qui se substitue  au capital traditionnel comme premier facteur de la production, les Jésuites représentent une force considérable. Un « brain trust » redoutable.  C »est un coup d’État au Vatican.  Pour le meilleur ou pour le pire.

On a parlé de complot des financiers pour mettre la main sur le Vatican ; possible, mais il serait simpliste de  penser que les fils de Loyola  sont contrôlés par Goldman Sachs. De connivence, peut-être, on verra par les gestes concrets que posera l’Église pour les déshérités; mais à leur service ? Je ne le crois pas. Il faut plutôt s’attendre à une bataille d’influence féroce que gagneront les plus forts… mais et dont sortira pour les faibles un petit pas en avant vers la justice. Souhaitons que ce soit un grand pas…

Pierre JC Allard

10-03-13

L’Américanisme produit ses fruits

Classé dans : Auteur — pierrejcallard @ 8:47

 

Je suis en Argentine depuis quelques mois.  Un pays merveilleux, mais qui a quelques problèmes écononiques.  Problèmes « financiers» serait plus exact., car le probleme est un dette odieuse que  lui ont créée ses anciens dirigeants au profit de banquiers internationaux. La Grèce avant l’heure, quoi… !

Rien de nouveau sous le soleil : on corrompt, on prête des sommes folles qui serviront à payer des biens et services inutiles achetés des copains du prêteur…  puis on vient réclamer le remboursement du prêt. Même les enfamts aujourd’hui le comprennent…  Tous les Argentins savent  qui est ce « ON » qui corrompt, qui prête, qui vend des babioles puis vient vider les caisses du pays pour le tenir a sa merci.   Je n’ai pas rencontré, depuis des mois, un seul Argentin pour dire un mot gentil des USA.

Il s’est bâti ici une rancune solide contre le gringo.  On n’en est pas à le lyncher, mais l’accueil n‘est plus ce qu’il était et le tourisme fond comme neige au soleil, ce qui n’arrange rien.   Cette animosité s’est manifestée de façon spectaculaire, depuis quelques jours, par des MILLIERS de graffitis rendant hommage à Chavez et dont il est impossible de ne pas voir qu’ils sont autant de défis aux USA.  La video du coup d’Etat contre Chavez,  contrecarré par  un soulèvement populaire, ( Voir l’article de Oscar Fortin), est diffusée inlassablement sous diverses formes et  commenté partout comme  une victoire de tous les « Latinos » sur l’oppresseut anglo-saxon.  «  ILS  avaient eu Allende, ILS n’ont pas eu Chavez…. »

En fait, le lambda argentin sait bien « qu’ILS  ont eu Chavez » – puisque Chavez est mort – mais croit que c’est la fourberie qui a transformé la victoire en défaite et que c’est un présage de victoire finale… puisque le peuple PEUT gagner.  il faudra  seulement être plus prudent, désormais, comprenant que l’Ennemi est abject et capable de tout….   Fourberie. Traitrise…. Il est implicite, ici, que l’homme de la rue voit la main  des USA dans ce cancer de Chavez et cette maladie subite qui semble viser les leaders de gauche d’Amérique latine.

ll y voit l’influence américaine sans l’ombre d’une preuve, et c’est ça, la vraie mauvaise nouvelle pour les USA. L’Argentin de la rue VEUT croire qu’ON a fait mourir Chavez. Il y trouve la justification d’un  ressentiment qui grandit à la mesure de sa pauvreté qui augmente et qui ressemble de plus en plus à de la haine..  Cette évolution est-elle irréversible ? J’écrivais, il y a quelques années,  un texte (voir ci-après) décrivant une dérive « américaniste ».  Je le reprends ici, car je crois qu’on  y trouvait en germe  ce qui a créé aujourd’hui  cet antagonisme Nord-Sud.   Se demander si on pourrait  y mettre fin, c’est se demander si  les Nord-Américains  peuvent changer leur vision du monde.  Le débat est ouvert…

***

» On parle bien trop d’antiaméricanisme et pas assez d’Américanisme. On ne sait plus trop qui, de Huey Long, d’Upton Sinclair ou d’Albert Weisbord, a dit le premier, dans les années 30, que si le Fascisme s’établissait en Amérique, il s’appellerait «Américanisme». Ça n’a d’ailleurs guère d’importance : on l’a redit tellement souvent depuis !

Quand on lui propose le couple de mots-clefs « Fascisme/Américanisme », Google a 144 000 références à vous faire, dont une bonne part ne disent pas autre chose. Ce n’est pas un secret. Que les USA soient en voie de fascisation n’est pas non plus un phénomène nouveau. Eisenhower, en ses propres mots, l’annonçait dans son discours d’adieu comme Président des USA et, à défaut de prendre le pouvoir, le Sénateur McCarthy a eu sur la politique américaine d’il y a deux générations une influence délétère dont les artistes et les intellectuels ont fait les frais et qu’on ne peut décrire que comme parfaitement fasciste.

Le phénomène n’est pas nouveau, pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’on vient d’entrer dans la phase finale de mise en place de l’Américanisme. Je ne parlerai pas ici de l’Iraq, ni même de Cuba, mais de deux faits qui font aujourd’hui les manchettes et qui sont extrêmement significatifs, parce que, chacun à sa manière, ils marquent la fin de ce qui restait de l’État de droit et de la démocratie en Amérique.

Premier signal – le plus brutal – la fin de non-recevoir des USA à toutes les critiques concernant le camp de concentration de Guantanamo. On garde des centaines de prisonniers de toutes nationalités en cages depuis des années. Anonymes, sans procès, sans avocats, sans même qu’ils aient été l’objet d’une accusation précise. On les garde dans des conditions inhumaines dénoncées par la Croix-Rouge Internationale. Au mépris des conventions internationales, au mépris des lois américaines elles-mêmes. Au mépris de la simple humanité. Selon la logique et la jurisprudence du Procès de Nuremberg, ceux qui ont conçu et qui gèrent l’opération de Guantanamo devraient être pendus.

Ce qui rend Guantanamo significatif, ce n’est pas que les USA s’en rendent coupables, c’est qu’ils l’avouent. Les USA opèrent depuis 30 ans des écoles de torture en Amérique Latine, mais ils le faisaient discrètement : c’est toujours des locaux qui pédalaient la « gégenne ». Maintenant, Guantanamo est une politique officielle connue de la population américaine et mondiale, comme jamais Auschwitz et Treblinka ne l’ont été lorsqu’ils faisaient leur travail meurtrier. On n’a rien à cacher : Guantanamo sert les intérêts de l’Amérique et est donc « BIEN ». Comme il était « bien », à l’époque, qu’un Aryen puisse taper sur un Juif ou le tuer. Cette perversion de l’éthique au nom d’intérêts décrétés supérieurs, c’est ça l’essence du fascisme.

Deuxième signal – plus subtil mais tout aussi nocif – la déconstruction du Candidat Dean. Candidat à l’investiture démocrate pour disputer la présidence à Bush en novembre, Dean avait clairement dénoncé l’intervention américaine en Iraq. Il était le seul. Il menait dans tous les sondages. Mais en Iowa – où une procédure byzantine permet à qui en a les ressources de manipuler totalement les résultats sans qu’on puisse même jamais en faire la preuve – Dean a subi une défaite qu’aucun sondage ne laissait prévoir. Quand le Système le veut vraiment, la statistique peut cesser d’être une science

Ce n’est pas tout. Dean a subi une défaite et a réagi en faisant un discours. Quel discours ? Un tissu d’insignifiances, comme tous les discours de tous les candidats dans toutes les élections aux USA. Mais pour Dean, « on » a fait un spécial. Tous les médias, sans exception, ont crié haro sur le baudet. Chaque journal, chaque station de TV, le Système au complet, démocrates et républicains confondus – vulgairement, violemment ou subtilement selon sa clientèle – a « analysé » le discours de Dean pour en conclure qu’il n’avait pas l’étoffe d’un président. On l’a fait avec la même unanimité que la presse chinoise encensant Mao à l’époque de la révolution culturelle.

Quelques milliers de gens, sans plus, ont écouté le discours de Dean, mais c’est sans importance ; pour des dizaines de millions d’électeurs américains qui ne se renseignent que via les médias, Dean a dit des choses qui le rendent inapte à être élu. Quelles choses ? Tout le monde s’en fout. C’est la démocratie à l’américaine.

Résultat ? Dean a perdu les « primaries » au New Hampshire et n’est plus vraiment dans la course. Il ne faut pas de mouton noir sur la ligne de départ dans une élection américaine. Tous les candidats – 2 seulement, c’est plus facile – doivent n’avoir qu’une pensée : l’Américanisme. On ne peut pas avoir sur les rangs un candidat qui soit opposé sans nuances à la guerre en Iraq. On peut dire qu’il fallait la faire autrement, ou plus tard, mais dire que la guerre à l’Iraq a été une infamie, non. Ce n’est pas AMÉRICAIN.

Ce qui rappelle qu’il y a quelques années Ross Perot – LE CANDIDAT EN TETE DANS TOUS LES SONDAGES ! – et qui disait qu’il fallait revoir la démocratie en Amérique, a mis fin à sa campagne fructueuse suite à des menaces de mort précises contre sa fille. Un scandale inouï ? Le FBI en alerte pour la plus grande chasse à la vérité de l’Histoire des USA? Tous les médias qui ne parlent que de ça pendant des semaines ? Mais non. Quelques entrefilets sans commentaires et cette presse américaine, qui peut écrire cent fois la Bible sur le cigare de Clinton, n’a plus rien a dire sur le retrait de la candidature de celui qui semble en voie de devenir un président « différent». Être différent, ce n’est pas AMÉRICAIN

Cette façon de museler ou d’éliminer tout ce qui n’est pas conforme à la pensée correcte, ça aussi c’est le fascisme. Guantanamo, Dean, l’Iraq et ces histoires de contrôles vexatoires pour le simple transit par les USA. Le Brésil a bien raison de prendre aussi les empreintes digitales des Américains qui se pointent au Brésil : on ne sait jamais ce que peut faire un fasciste. Bien sûr, tous les Américains ne sont pas des fascistes, mais il y a certes moins de poseurs de bombes brésiliens que de fascistes américains.

L’Antiaméricanisme est aujourd’hui une grande vertu. L’antiaméricanisme n’est pas antiaméricain, il est antiaméricaniste. Il faudrait guérir les Américains de l’Américanisme avant qu’ils ne fassent un malheur. Gardons notre respect à tous les Américains qui ne sont pas des fachos et espérons que la population américaine, en novembre, désavouera Bush quel que soit son adversaire. Mais il ne faut pas trop se leurrer : quand le pouvoir contrôle une presse monolithiquement « americaniste », il est hélas bien possible que la population donne son aval a Bush et s’en fasse donc la complice. Pardonnons à l’ignorance. Souvenons nous que si l’on avait voulu jadis serré la main d’un Autrichien qui avait voté contre l’Anschluss, il aurait fallu cherché quelque temps…

Les sondages révèlent que dans tous les pays – sauf les USA – on considère aujourd’hui les USA comme une menace à la paix. L’antiaméricanisme est devenu aujourd’hui un devoir. Toute concession à la politique américaine, toute sympathie envers la politique américaine a aujourd’hui une odeur de Munich. Appelons de nos voeux le changement qui ramènera à la raison l’Amérique qu’on aime. »

***

Nos voeux n’ont pas été exaucés. Aujourd’hui, l’américanisme donne ses fruits: Les USA n’ont plus d’amis sincères en Amérique latine. Aucun.

Pierre JC Allard

03-03-13

Un Pape pour UNE Eglise

Classé dans : Actualité,Auteur — pierrejcallard @ 11:55

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Je reprends aujourd’hui ce texte que je publiais il y a presque huit (8) ans. Remplacez Jean Paul par Benoit, dites départ plutôt que mort et parlez d’un court plutôt que d’un long pontificat… Vous y êtes.   La problématique a évolué, mais sans surprise, la solution demeure inchangée. Je mets aussi en liens d’autres articles  sur le même thème.  Au clergé de jouer. Le peuple chrétien ne leur donnera pas une autre chance.

****

Jean Paul II est mort ce soir, 2 avril 2005. C’est la fin d’une époque. Il ne manquera pas de gens pour faire l’éloge ou la critique de l’homme et de son long pontificat de 27 ans ; ce n’est pas mon propos. Je voudrais seulement parler de l’avenir. Dans deux ou trois semaines, un nouveau pape, aujourd’hui presque un inconnu, ­ deviendra un phare pour un milliard de catholiques et donc une pièce maîtresse sur l’échiquier mondial. Pour le meilleur ou pour le pire. Il faut espérer qu’il portera un jugement lucide sur l’évolution du monde depuis 27 ans.

Que l’on ait ou que l’on n’ait pas la foi ­ et quoi que l’on pense de la mission de l’Église et de la façon dont historiquement elle s’en est acquittée ­ il faut être conscient de l’extraordinaire importance du rôle qu’elle peut jouer MAINTENANT. Il n’existe pas de plus grande autorité morale sur la planète que celle dont va hériter cet homme. Il n’existe pas de message plus motivant que celui du Christ, basé sur l’amour et la charité, pour rallier la résistance contre le système actuel qui repose sur l’égoïsme et la cupidité, l’injustice et la violence. Il n’existe pas d’autre structure crédible, riche, informée, solidement implantée partout qui puisse mieux encadrer un changement de paradigme. Il n’existe pas de plus grand potentiel pour le bien que celui dont l’Église et son prochain chef vont disposer.

Il suffirait qu’il le veuille. Qu’il se donne pour but un monde meilleur. Qu’il échappe au carcan des idées surannées, des phobies misogynes et des vésanies moyenâgeuses. Qu’il ne pense qu’à faire arriver Son règne – qui n’est rien d’autre que le triomphe du bien sur le mal ­et à faire Sa volonté, qui est certes que chacun aime un peu plus son prochain.

Que devrait faire un pape pour que nous ayons un monde meilleur ? D’abord, battre le rappel inconditionnel de tous ceux qui veulent le bien. Ce serait un grand jour pour l’humanité, si un pontife mettait fin à 5000 ans de querelles, de croisades et d’inquisitions, en admettant humblement que nous ne savons RIEN – et ne pouvons rien savoir – de la nature de Dieu et que l’image de la Cause Première qu’a qui que ce soit en tête n’est ni meilleure, ni pire, que l’image qu’en a son voisin. En admettant, surtout, que même celui qui n’en a pas d’image en tête, n’en est pas pour autant un scélérat, mais manque peut être simplement d’imagination, et qu’il vaut mieux regarder comment il se conduit que de chercher à savoir ce qu’il pense.

Ne serait-ce pas merveilleux, si l’on mettait fin à tous les dogmes ­ – qui, à vrai dire, n’intéressent plus que quelques théologiens – et que l’on déclarait que quiconque aime son prochain est en fait un Chrétien, sans préjudice à son droit d’être aussi bouddhiste, juif ou musulman, s’il croit que ça lui apporte plus… ou si ça fait plaisir aux voisins ? Il n’y aurait plus sur la terre que ceux qui pensent aux autres, se conduisent en Chrétiens et font du bien … et ceux qui ne pensent qu’à eux, volent tout ce qu’ils peuvent et tuent quand il le faut, ce qui n’est le message ni du Christ, ni de Mahomet ni de qui que ce soit dont on a fait un Maître.

Celui qui serait devenu de fait, alors, le pape de tous les hommes de bonne volonté s’entourerait de ceux qu’il croit sages, qu’ils soient évêques, imans, rabbins, preachers baptistes ou francs-maçons. Sans interdire que se poursuivent leurs rituels, il conviendrait avec eux de ce qui est bien ou mal… et l’on verrait vite que nous sommes tous d’accord. De ce consensus naîtrait une autorité qui rendrait inutile pour l’Église tout pouvoir matériel.

Le pape et ses sages renonceraient à toute richesse, ne gardant que cette autorité. Ils diraient bien haut qu’ils n’ont d’ordres à donner à personne, mais qu’ils ne demandent qu’à donner des conseils à ceux qui veulent bien les suivre. Ils seraient devenus ce que devrait être l’Église : non pas un joueur en quête de pouvoir, parmi les autres, mais l’arbitre. L’autorité à laquelle chacun se réfère, quand sa propre conscience ne suffit pas à lui montrer sans équivoque où est le bien.

Si une telle autorité morale universelle existait, le monde changerait, car il ne serait pas facile de ne pas en tenir compte. Quand une Eglise, dont l’immense majorité des gens croiraient alors, à juste titre, qu’elle ne veut ni pouvoir ni richesse, mais seulement le bien prendrait parti, qui prendrait le risque de s’y opposer ?

Qui refusera de donner plus aux pauvres, si le message est qu’il est bien de le faire et mal de s’en abstenir ? Une Eglise qui ajouterait la force de son exemple, un consensus oecuménique et la morale naturelle à l’emprise encore considérable dont elle dispose sur ceux qui ont la foi deviendrait un instrument irrésistible au service du bien.

« Unam, sanctam, catholicam » Espérons que celui qui prendra charge de l’Église en fera un instrument du bien. Au tournant où nous sommes, toute religion n’a de sens que si l’on peut, hors de tout doute, être convaincu qu’elle est dans le camp du changement et de la justice et non du côté d’un statu quo qui maintient l’exploitation. Elle ne mérite le respect que si elle consacre toutes ses forces au bien : le monde n’a que faire de religions qui ergotent sur le célibat des prêtres ou le sexe des anges. L’Eglise devra choisir de faire la différence dans le monde. Si elle ne le fait pas, le monde lui retournera son indifférence et c’est une autre structure qui reprendra le message chrétien qu’elle n’aura pas su porter.

Pierre JC Allard

 Voir aussi:
http://nouvellesociete.wordpress.com/2012/10/29/9612/
http://nouvellesociete.wordpress.com/2012/11/07/un-coup-detat-au-vatican/
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