Nouvelle Societe

29-09-14

La mort par insignifiance

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles…. » On peut compléter Valery en indiquant la cause probable de décès : les civilisations meurent quand elles acceptent de ne pas avoir de sens….. Lutter dans la boue, pour ce dont on a déja trop par exemple.

Notre civilisation est en phase terminale. Les attaques du mal d’insignifiance viennent par vagues, sapant une valeur-référence d’une civilisation, puis la suivante. Pour nous, Occidentaux, c’est d’abord sur le front du VRAI que nous avons été atteints. La philosophie occidentale a essentiellement renoncé aux profondeurs de l’ontologie et de la morale, pour se confiner aux pitreries des structuralistes. Pirouettes facétieuses sur les ambiguités des concepts d’abord, puis sur celles des termes eux-mêmes, jusquà ce que soit conciliable tout et son contraire.

Ainsi s’établit une brèche dans la cohérence, permettant que la vérité s’établisse par consensus… puis par décision du pouvoir. Quand nous nous avons renoncé à l’exigence du VRAI – toute vérité annoncée ne demeurant structurante que dans le cadre déterminé par l’autorité et pour la durée prévisible de la mémoire qu’on en gardera – la dérive est devenue exponentielle.

Il y a quelques semaines, je disais sur ce site que je faisais mon deuil d’obtenir des médias, incluant les médias citoyens, une vue le moindrement objective des événements. Aujourd’hui, TOUT est filtré ou dénaturé de façon à projeter l’image de la réalité que souhaite le Système… et nulle autre. Pour tricher, plus besoin de raturer et biffer « à la 1984 » ; on écrit simplement « par dessus », en palimpseste… On sait que les gens auront vite oublié les milles versions qu’aura remplacées la mille-et-unième.

La construction d’une pseudo réalité sur mesure pour les fins du pouvoir est désormais tenue pour acquise. Les articles d’information reprennent inlassablement la même irréalité, avec de subtiles retouches qui la rapprochent lentement de celle qu’on veut définitive…. pour un temps. Les « bonnes » contributions des internautes sont introduites dans le topo général des auteurs à gages, pour soutenir la thèse voulue et produire une effet de renforcement… ou un désaccord mou factice qui rendra le tout plus crédible.

Il n’y a donc plus dans la presse « des mensonges », mais une seule et unique fable de l’actualité, dont l’intrigue globale, sans queue ni tête, ressemble à celle d’Alice au pays des merveille… Il n’y a plus de vérité. Bachar-el-Assad, par exemple, peut rester un « méchant », même si ses ennemis le sont devenus aussi en surimposition. Soyez attentifs aux demi-teintes… L’Histoire peut s’écrire en camaïeu, en mal-sur-mal et en mal-sur-pire.

Une civilisation fait un pas de géant vers la perte de sens, quand la vérité ne se déduit plus des faits mais découle de droit d’un consensus démocratique. La Syrie est emblématique, mais idem pour l’Ukraine, ISIS, le Front National, l’Écosse, Ébola, qui sont autant des romans feuilletons distincts qui se déroulent selon leurs scénarios bien rodés qui ne s’enchevêtrent pas… mais qui illustrent une même morale.

Une MORALE. Car, ne nous y trompons pas, c’est de çà qu’il s’agit. On se fourvoie si on croit que le triomphe du libéralisme est celui d’une famille ethnique ou d’une classe sociale. Capitalisme et l’Empire Anglo Saxon, son vecteur, ne sont que les CONSÉQUENCEs, d’un choix CULTUREL qu’a fait l’Occident.

Un choix culturel qui lui a fait sacrifier le VRAI, mais aussi le BIEN. Car en parallèle au verbiage prétentieux des structuralistes et autres ersatz de philosophes, on constate qu’un consensus s’est établi dans notre société pour donner un seul but à notre civilisation : l’ACQUISITION. Il s’y est ainsi mis en place une supra morale de l’enrichissement qui justifie tout.

Ce qui enrichit peut être inopportun, voire indélicat, mais n’est jamais intrinsèquement « mauvais ». La croissance est BONNE, la richesse est bonne. En dire du mal cache toujours est un clin d’œil aux copains par dessus la tête des jocrisses. Dites ‘Kyoto’, mais en faisant les plans du prochain barrage… Un pays, c’est son PNB ; son succès tangible, l’évolution de son revenu par tête. Pinochet a sauvé le Chili. Sans Castro, Cuba aurait le niveau et le style de vie du Bronx. Si on ne respirait que les jours pairs, Shanghai pourrait accueillir 30 millions de voitures…. La logique d’un choix.

Nous avons ainsi fait le choix culturel pervers de NE PAS évoluer hors du paradigme darwinien strict, totalement conflictuel qui met la force au-dessus de tout, vers un modèle de coopération qui aurait pourtant dû le remplacer NATURELLENT. Naturellement, car quand les valeurs humaines apparaissent en société, c’est à leur heure … et elles sont dès lors tout aussi naturelles et incontournables que les lois de la physique !

Quand l’évolution atteint le seuil où la fusion devient plus porteuse que l’assimilation, la coopération tend à s’imposer. La reproduction bi-sexuelle n’en est-elle pas l’incontournable exemple ?

Traiter tout ce qui est « humanité » comme un épiphénomène, dans les cadres d’une évolution dont les principes de base demeureraient inchangés, relève de la foi du charbonnier… en Dieu seul sait quoi ! J  ! En société, – (en fait, dès qu’il y grégarité ou même une rudimentaire interdépendance) – n’est-il pas évident que « le mieux adapté », le « survivant », cesse d’être le plus fort et le plus agressif, ce dernier étant alors remplacé par le gagnant aux jeux de la symbiose, de la gestalt et de l’association ?

Dans le contexte d’une croissante interdépendance comme moteur d’évolution, donner l’acquisition comme but final à une société, c’est évidemment lui enlever toute signifiance, car c’est limiter à un progrès quantitatif ce qui ne peut être essentiellement qu’un achèvement qualitatif culminant en une mutation qui lui donne son sens. Une civilisation qui se donne pour but ultime d’acquérir est mort-née.

Elle ne peut aboutir qu’a une consommation effrénée de biens – que seuls les plus sots pourront quelque temps identifier à une démarche hédoniste per se… – ou à leur thésaurisation, laquelle deviendra alors inévitablement symbolique, en rendant la matérialité triviale et la poursuite insensée.

Morte pour elle et pour les siens, car « acquérir », comme but, a le démérite, pour les individus comme pour celle-ci, de créer un jeu à somme nulle qui est l’antithèse de l’accent sur la collaboration qui devrait être le but du «  être plus ensemble  » que signifie une société… et la vie même de l’individu.

La fixation de la civilisation occidentale sur cette voie sans issue de l’accumulation avait pourtant une claire alternative. Pour l’animal clanique, dont l’évolution allait dépendre de son interdépendance consentie, « aimez-vous les uns les autres » n’était pas qu’un pieu conseil : C’ÉTAIT LA PREMIERE CONDITION DE SURVIE ! Or, confrontée à cette exigence, la civilisation occidentale, n’a eu plutôt de cesse qu’elle n’ait installée partout la zizanie et la querelle comme base de toute relation !

Perdant son sens par le renoncement au VRAI, la civilisation occidentale, obnubilée par le désir d’acquérir, a poursuivi en créant un grande confusion sur la notion de BIEN. Confusion nulle part aussi évidente que dans l’acceptation tranquille de la corruption comme SEULE stratégie politique universelle. Aujourd’hui, l’idée qu’un homme politique, quel qu’il soit, pourrait agir autrement qu’au mieux de ses intérêts personnels ne fait-elle pas sourire…. ?

Tragique, surtout dans dans le mode de gouvernance par démocratie représentative qui prévaut aujourd’hui, car on ne peut imaginer une fracture plus radicale avec la moralité traditionnelle, que toute cette pyramide décisionnelle de la société, les trois (3) pouvoir confondus – dont on voit bien qu’elle ne repose plus désormais de facto, sur des lois, mais sur un équilibre entre intérêts divers dont on veut penser dans un acte de foi , mais sans trop y penser, que la résultante tend vers ce qu’on considère la justice.

Plus grave, le BIEN sous sa forme de partage est devenu une maladie honteuse dont il faut parler à voix basse. Ainsi, même si c’est le problème prioritaire à régler et que ce débat est aussi présent dans la conscience populaire que le sexe dans l’imagination d’un adolescent, la répartition actuelle de la richesse, qui est le résultat cumulatif de brigandages et de marchés inégaux successifs depuis toujours, un partage qu’aucune éthique naturelle ne pourrait justifier, ne peut être être remise en question …. Et on ne doit jamais en dire un mot. Même si on se dit, Socialiste, Communiste, même si on se dit Mélenchon…

La réalité, c’est que nous avons une nouvelle ethique : est bien ce qui enrichit. Ce qui enrichit l’Individu et la Société est au-delà du bien et du mal. L’insignifiance de notre société est indissociable du vaste consensus pour le déni de l’injustice, obtenu par un lavage de cerveau qui confine à l’hypnose. Liberté, démocratie, libre entreprise, individualisme, produire plus. Consommer davantage….

Comprend-on à quel point cette volonté de se réaliser par l’Avoir’ est absurde ? La notion absolument nauséeuse que le bien est d’avoir plus, même de ce dont on n’a nul besoin ni désir, même au détriment fatal de celui qu’on prive du nécessaire est l’antithèse tellement caricaturale du message christique, qu’on ne peut écarter l’hypothèse que ce ne soit voulu et que le néolibéralisme ne soit une prise de position RELIGIEUSE ! Comment interpréter autrement le refus obstiné, qui semble socialement suicidaire, de toute fusion, de toute collaboration ? Cette affirmation constamment martelée du choix de NE PAS AIMER. ?

Notre civilisation ne meurt pas parce que quelques fous fanatiques décollent quelques innocents, mais parce que des millions de fous qui se croient innocents ont jugé cette semaine, que la vie vaudrait mieux d’être vécue s’ils pouvaient ajouter quelques centimètres carrés à l’écran de leur portable. Ils ont choisi de se réaliser par plus de consommation, plutôt que par une volonté de s’aimer plus les uns les autres…. Ils sont les nigauds assassins, complices de la mort de l’Occident.

Car ce n’est pas un Islamiste ni un Chinois qui en finira avec la culture de l’Occident ; c’est le « Méprisable Insignifiant » en chacun de nous qui aura raison de nous tous, si on permet que le seul sens de la vie pour chacun soit d’écraser son voisin…

Rien ne semble pouvoir contrer cette course vers la mort par insignifiance de notre société qui s’épuise à compter et ne pense plus à rien d’autre. Pourtant cette domination est infiniment fragile. Comme l’emprise de l’hypnose, dont le charme peut être brisé d’un clic… Car tout le pouvoir du Système repose sur la fringale de consommer dans l’esprit du manipulé. Toute la civilisation occidentale pivote autour de cet axe de consommation.

Il suffit que VOUS cessiez de consommer ce qu’on vous dit de consommer et choisissiez de ne plus acquérir que selon vos vrais besoins, pour que le Système fasèye et s’effondre. Ne consommer que ce dont on a besoin. Simplicité volontaire.

NE PAS consommer l’inutile est le plus révolutionnaIre des gestes, car vous affirmez ainsi votre indépendance de toutes les pressions que les désirs qu’on vous a créés vous imposent. Votre affranchissement de l’Insignifiant en vous qui est votre véritable ennemi et celui du genre humain.

Pierre JC Allard

08-09-14

D’abord, passez le fric !

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

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La rentrée… Apres l’intermède des vacances, on sait que se remettra bientôt en marche en France, comme dans toutes les démocraties à l’Occidentale, le bavardage oiseux des politiciens et des médiacrates, menant à ces quelques moments d’excitations où l’on demandera au peuple souverain s’il est satisfait de ce qu’ont fait pour lui ses mandataires, les gouvernants : il y aura des élections

Des élections…. Et comme toujours et partout, de ce brassage de méninges périodique – accompagné d’une logorrhée dont le syndrome est désormais sans surpris -, il sortira beaucoup de chaleur et bien peu de lumière. La sensation de suffoquer dans un système clos, toutes issues barrées et toutes lampes sous le boisseau.

Est-ce que vous n’en avez pas assez qu’on se moque de vous  ?

Car on vous demandera d’opiner sur des questions dont les réponses sont connues et des équations qui n’ont qu’une seule bonne solution. Considérant le large consensus qui s’est établi – a tort ou à raison, est une autre question – sur le but et les objectifs de notre société, les décisions a prendre et le gestes a poser sont déjà déterminés par les experts ad hoc et l’on n’en changera rien.

A quoi sert tout le cirque médiatico politique ? À obtenir votre collaboration sans heurts au fonctionnement de cette société en vous faisant croire que c’est VOUS qui avez pris ces décisions… et a désigner les guignols de service qui porteront l’odieux des bavures programmées ; car sans un amiral a pendre, le bon peuple pourrait se fâcher.

Pourquoi toutes les élections déçoivent-elles ? Parce que le peuple souverain n’a pas le droit de poser les deux (2) seules questions qui l’intéressent vraiment, deux questions sur le fric…

  1. Pourquoi la richesse est-elle si mal répartie que l’immense majorité d’entre nous vivions dans une relative pauvreté, voire la misère, alors que le progrès qui a apporté la science et la technologie permet l’abondance  ?
  1. Qu’allez-vous faire, VOUS l’élu à qui on confiera démocratiquement le pouvoir, pour corriger ces disparités en redistrbuant assez de la richesse et mettre fin à la flagrante injustice qui pourrit la société ?

Quand le peuple aura la réponse à ces deux (2) questions, alors, mais alors seulement, ce ne sera pas une insulte à son intelligence de lui demander son avis sur les grandes orientations de notre gouvernance et, a fortiori, sur les détails techniques de la mise en action de ces orientations. Avant de passer à toutes ces questions de santé, d’éducation, de justice, de culture, d’immigration, etc., il faut donc répondre à ces deux (2) grandes questions sur le fric.

En attendant qu’on ait répondu à ces deux (2) questions, Quidam Lambda, sait qu’on se fout de sa gueule

La première question est académique et les éléments de réponses sont simples. Ils sont partout dans les bouquins et sur le Web. Chacun peut trouver une réponse à son gout, il lui suffit de sortir de la transe hypnotique induite par notre éducation puis maintenue par les médias, pour comprendre INSTANTANÉMENT la situation.

  1. La richesse est mal répartie, parce que la nature humaine pousse l’Individu à s’en accaparer toujours tout ce qu’il peut. À la hauteur d’abord de son insécurité, puis de sa volonté de jouissance et de puissance.
  2. Parce que la division du travail rend plus avantageuse la vie en société, l’individu accepte des limites à son égoïsme que lui impose, la société, mais il fera toujours tout pour biaiser les règles en sa faveur.
  3. Il en découle des inégalités croissantes à la mesure du pouvoir de chacun et les lois lois ne visent plus à faire regner la justice ; elle reflètent l’équilibre des forces entre les sociétaires ; le concept de justice n’est là que pour rationaliser le consensus. Les lois sont faites pour PROTEGER les inégalités.
  4. Une gouvernance doit néanmoins s’assurer que ces inégalités acceptées, sans quoi il n’y a pas de société.
  5. Il faut donc de temps en temps remettre les pendules à l’heure… Le moment est venu de le faire

La deuxième question est bien concrète. Quiconque ne voit pas qu’une certaine redistribution de la richesse est aujourd’hui essentielle à la survie de la société est un imbécile. Quiconque ne le dit pas est un hypocrite.

La question préalable à poser à tout candidat, aujourd’hui, est donc en deux (2) volets :

  1. a) dans quelle proportion allez-vous redistribuer la richesse …. ?
  2. b) comment procéderez-vous pour y parvenir ? 

L’homme politique qui ne répond pas a ces question n’est pas une partie de la solution, mais du problème. Il ne mérite pas une seule minute d’attention.

Ce que la population attend de ses gouvernants, TOUT DE SUITE, c’est qu’ils procèdent sagement à une nouvelle répartition de la richesse, sans violence et au profit, sinon de tous, ce qui serait utopique, de tous ceux au moins sans l’accord desquels cette répartition ne pourra se faire correctement.

Il y a diverses façons de procéder. J’ai ai proposé une. On a des choix. Ce que l’on doit exiger, cependant, c’est que le gouvernement pérenise l’effet positif d’une redistribution de la richesse par la mise en place d’un régime universel de revenu/travail garant, favorisant ainsi de toutes ses forces une redistribution subséquente constante raisonnable de la richesse par un revenu de le travail et non par l’assistanat.

L’avenir de notre société passe par la volonté de redisctribuer la richesse et de remettre immédiatement au travail chaque travailleur apte au travail, garantissant a chacun un revenu conforme à sa compétence reconnue, QUELLES QUE SOIENT LES FLUCTUATIONS DE L’ÉCONOMIE. Que ceux qui spéculent ne briment pas les intérêts de celui qui produit

Dans le contexte actuel, parler d’autre chose est inacceptable.

 

Pierre JC Allard

01-09-14

Au Québec… ou un bled près de chez-vous

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:15

 

 

Il y a des pays où règne une corruption éhontée… Tenez, le Québec, qui vit cette année sa crue décennale de l’indignation. Une de ces « Commissions’ qui, de temps en temps, viennent donner au bon peuple une résumé succinct de tout ce qu’on croit qu’on doit lui dire pour qu’il n’imagine pas le pire.

Jouissif. Pourquoi en parler ici sur Agoravox ? D’abord pour en parler aux Québécois, car les blogues encore un peu lus au Québec ont l’impartialité, disons du Monde ou du Figaro… Mais, surtout pour faire trotter dans la tête des Français qu’il ne serait peut-être pas bête d’organiser une grande lessive collective bien médiatisée pour que les partis se refassent au moins une apparence de vertu avant le prochain grand cirque électoral..

Au Quebec, le show est super… Allez voir ce qu’on peut faire avec des acteurs mal rodés à la langue de bois quand ils improvisent…. Imaginez ce genre de discours à la TV française  !

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/09/03/001-tony-accurso-charbonneau-mercredi.shtml

Ce qui rend le Quebec fascinant, c’est sa candeur. Mais attention ! Vous pouvez enlever Quebec et mettre le nom du bled que vous voulez…. Toute notre société est une structure de corruption institutionnalisée. On peut dire « capitalisme », « démocratie », « libre entreprise ».., la seule moralité est d’avoir ce qu’on veut, en donnant ce qu’ils veulent à ceux qui peuvent nous faire avoir ce qu’on veut. Vrai pour TOUT LE MONDE. Tout le temps. Mais il ne faut pas le dire….

Pour que ce monde reste civilisé, il faut qu’on parle de justice, d’État de droit … et qu’on corrompe selon des règles dont conviennent ceux qui ont le pouvoir ; c’est pour ça qu’une batterie d’avocats, au prix du marché, vaut plus cher qu’une équipe de tueurs à gages.

Quand tout va bien, les règles sont modifiées sans bavures pour que les plus forts, qui sont les plus astucieux, gagnent toujours légalement et l’exploitation peut durer longtemps. Mais plus les forts gagnent, moins il en reste pour les citoyens lambdas, les « pas astucieux, … alors il vient un moment ou il faut changer les règles, avant que la masse des lambdas ne devienne forte de son seul nombre…

Changer les règles en cours de partie n’a pas bonne presse… On fait donc tout pour montrer que les gagnants ont triché.  »C’est pas le Système qui est pourri, c’est ce salaud d’Accurso... « … Et de la même façon, on dira que ce n’est pas le Système, mais ce salaud de Couillard ou de Harper qui nous met dans la merde et nous fait des politiques nauséabondes…

Mais les lambdas les moins cons ont déjà compris que l’on reproche à Accurso d’avoir gagné. en OBEISSANT AUX RÈGLES DU JEU. Ceux qui FONT les règles, la Banque qui prend sa livre de chair sur toutes les mises, va feindre de changer les règles de la corruption et de l’exploitation….

On mettra hors jeu les astucieux qui devenaient une menace, et on demandera à de nouveaux avocats – ou aux mêmes – de bâtir un nouveau modèle de corruption qui enrichira une nouvelle génération d’astucieux… tout en envoyant toujours le plus clair de la richesse vers les banquiers.

Souriez…

Pierre JC Allard

18-08-14

Vive les Juifs … libres !

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 11:15

 

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J’aime bien les Juifs. Je les trouve en moyenne plus intelligents, plus intéressants, plus amusants que la moyene des Gentils ; j’ai donc pas mal d’amis juifs de longue date, au Canada et aux USA… et on se parle. Mes amis juifs, à l’UNANIMITÉ déplorent l’action d’Israël à Gaza.

 

- « Tout de même, Pierre, tu ne penses pas que je pourrais approuver cette abomination… ! « 

- Non, je ne crois pas que tu l’approuves…, mais as-tu protesté ? As-tu dit à qui que ce soit que tu n’approuvais pas ? Vas-tu donner un dollar de moins à l’un ou l’autre de cette cohorte de quémandeurs qui te font financer les bombes qu’on jette sur les enfants de Gaza ?

- « Ce n’est pas si simple…. »

Je sais que ce n’est pas si simple. Comment pourrait-on demander à un Juif américain ou canadien, bien correct et bien bourgeois, de condamner les agissements – desquels il ne se sent en rien responsable – d’une bande de fanatiques criminels en Israel avec lesquels il ne sent AUCUNE parenté ? Aucune, car mes amis juifs, comme tous les intellectuels juifs, sont athées ou agnostiques, ont lu Shlomo Sands et Gilad Atzmon … et ils ne se croient pas posseder plus de « gènes sémites » que nous n’en avons, moi ou la Reine d’Angleterre. D’ailleurs, ils hausseraient les épaules si on leur en trouvait. Mes amis ne se croient pas « élus »…

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Pourquoi-Israel-perd-une-guerre-qu-il-est-en-train-de-gagner-Gilad-Atzmon-repond-a-Jeffrey-Goldberg-27020.html

http://www.counterpunch.org/2014/02/14/whatever-happened-to-shlomo-sand/

Pas « élus », mais ils se savent cooptés dans une « appartenance » qui leur apporte beaucoup… Car ils voient bien, comme tout le monde, que la culture juive, via l’Amérique, est dominante en Occident et a imprégné le monde entier. Ils ne peuvent pas ne pas voir que les Juifs ont, depuis longtemps, mérité bien plus que leur part des meilleures places au tableau d’honneur de toutes les disciplines. Ils savent que, compte tenu de leur nombre, ils ont joué un plus grand rôle que quiconque dans le cours de l’Histoire. Lorsqu’on est un intellectuel, un communicateur, un littérateur, un cinéaste, un savant, un musicien juif, pas facile aujourd’hui de refuser d’en être… car la diaspora juive est le grand « success story » de l’humanité…

Et nul besoin d’être un intellectuel, pour comprendre qu’avoir été marqué dans sa chair, dès la naissance, d’un signe qu’on ne peut pas plus facilement effacer que le motard ne le peut du tatouage de son clan sur son bras renforce l’appartenance. Mais il appert qu’en ce cas-ci une commune appartenance – qui facilite toujours les contacts, les relations et les affaires, entre ceux qui ont vécu un mêmerite de passage le rapproche de ceux qui détiennent aujourd’hui une large part de la richesse du monde… ! Ne faudrait-il pas qu’un Juif soit bien bête pour courir clamer partout que le roi n’est pas son cousin ?

Alors les Juifs de la diaspora se taisent, car un pro-sionisme de façade est devenu une incontournable de la société américaine. Un petit gang de va-t-en guerre – ni plus ni moins méprisables que les autres qui font du business de la même façon – fait dans l’extorsion soft et la menace à peine voilée pour garder le quidam juif au pas,

Ils s’activent à garder main mise sur une communauté juive qui, par son poids et sa cohérence, peut obtenir tout ce qu’elle veut des politiciens… Jouir, entre autre, de ce pactole récurrent des aides civiles et surtout militaires à Israel. Est-ce par pure foi sioniste qu’on soutient tant la guerre en Palestine au sein de ce petit gang… ou ne serait pas plutôt qu’on s’y dit sioniste pour que ne s’arrête jamais cette guerre loin des yeux qui est une éternelle source de profits ?

Le chantage à la solidarité entre Juifs aux USA est constant. Tout un réseau dense d’associations qui prétendent guider aujourd’hui le Juif américain dans le sens des intérêts de sa communauté…. le font naturellement dans celui des intérêts de l’oligarchie qui contrôle ces associations.

Il est bien rare qu’un groupe de Juifs américains dise autre chose que du bien du sionisme… Mais ont-ils la liberté de le faire ? Je n’ai JAMAIS entendu, dans une conversation en tête-à-tête, un Juif américain manifester envers le sionisme d’autres sentiments que la condescendance et un certain agacement.

Car le « Juif américain » type qui est né a Brooklyn n’est pas un casseur au front bas de la Ligue de Defense Juive et son père n’était pas a Dachau. Il est devenu un pur Americain – d’origine juive, si on veut – mais plus arrogant que victimé et qui verrait une migration vers Israël comme une condamnation au bagne. Son rêve – discret – serait que le monde cuturellement se judaïse, mais pas trop. Il vaut mieux être le levain que la pâte.

Israel ? Bon d’avoir une lieu ou envoyer les fanatiques, mais encadre.s par des rentiers, Il ne faut pas que ca devienne un problème. Que le sionisme devienne une association caritative et Israël un lieu de mémoire, plaisant, South Beach sur Méditerranée

L’Américain d’origine juive sait qu’une critique d’Israël peut foutre en l’air sa carrière et toutes ses relations sociales… Il ne détesterait pas un peu de liberté. Il se voudrait LIBRE de ses opinions. Je m’interrogeais, il y a quelques années sur le sens de la génération spontanée aux USA du J-STREET, dont J-CALL en Europe est le reflet médiatique, un mouvement qui met en lumière l’opposition jusque là muette des Juifs américains pacifistes aux bellicistes du lobby juif dominant.

 http://nouvellesociete.wordpress.com/2010/06/07/israel-et-les-fauteurs-de-paix/

Se pourrait-il que cette opposition qui perdure discrètement – et dont il ne faut pas sous-estimer importance pour le monde tout entier – trouve finalement la conclusion dans ce qu’il adviendra de l’affrontement à Gaza ? Car quelque chose me questionne beaucoup dans cette affaire de Gaza, plus précisément dans la couverture médiatique de cette guerre.

Ce n’est pas un secret, en effet, que des intérêts juifs contrôlent les médias en Occident. C’est une évidence, aussi, que ce que rapportent les médias dépend entièrement de ce qu’ils veulent bien nous dire, comme on le voit tous les jours en Ukraine, en Irak, en Syrie, en Libye.. et partout.

Comment concilier ce contrôle parfait avec la couverture médiatique globale de cette affaire de Gaza, qui est TERRIBLE pour Israël et ne peut se solder que par une montée fulgurante et tout à fait prévisible de l’antisémitisme ? On ne le peut qu’en acceptant que cette couverture provocante est une stratégie. C’est qu’il y a deux (2) réactions possibles à cette montée globale de l’antisémitisme. 1) Un repli défensif des Juifs sur eux-mêmes, chaque Juif devenant sioniste et se préparant a l’affrontement final entre les « Elus » et les Goim (Non-Juif), ou 2) une dissociation finale et irrévocable entre Sionisme et Judeité, prenant la forme d’une dénonciation sans appel de l’action d’Israël à Gaza émanant de cet espèce de « sanhédrin » que constitue le consensus des élites  juives lorsque il est diffusé orbi et orbe.

Inutile de vous préciser que je suis très favorable a cette seconde solution…..

Quand le New-York Times publiera la liste de 100 ou 500 sommités juives mondiales appelant au retrait immédiat et inconditionnel d’Israel de la Bande de Gaza, enjoignant la gouvernement des USA de condamner cette intervention et de mettre un terme à toute aide ou assistance à Israël. Tout rentrera dans l’ordre. Il n’y aura plus de tueries a Gaza… plus de problème en Palestine au sein d’Israel devenu état biculturel, (presque) plus d’antisémites…

Il n’y aura que des antisionistes, De ça, il y a en aura beaucoup…, mais seulement le temps que le sionisme disparaisse, comme la rage de dents qu’il aura été, s’estompe avec la mémoire de ses crimes, puis disparaisse parmi les autres erreurs et détails de l’Histoire.

04-08-14

Des Juifs, du côté des anges

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

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La semaine dernière, je me suis rendu odieux aux deux-tiers des lecteurs de ce site en suggérant que, vu le rapport de force et l’investissement émotif comme financier des Sionistes dans le réalisation d’un Projet Israel qui exige que toute la Palesine soit juive, il serait opportun que, contre bonne et juste considération, les Palestiniens leur cèdent le territoire et se re-localisent en Jordanie et en Égypte.

Proposition pragmatique dénuée de toute grandeur, j’en conviens, mais qui, considérant la similitude culturelle entre les Palestiniens et leurs voisins, n’est pas du tout l’équivalent de déplacer les Tibétains, les Hottentots, les Hongrois ou les Basques, par exemple. Ceux qui veulent en découdre sur cette proposition sont les bienvenus et peuvent me rejoindre sur l’article en question.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/israel-et-s-ils-partaient-les-154702

Cette semaine, je vais élargir mon périmètre de détestation dans une autre direction. Comme bien souvent, mon inspiration est née de mon indignation. En fait, elle est est née d’une indignité. Hier, a Montréal, on a agressé des Juifs. Pas une émeute, pas un pogrom… une agression verbale… Mais, c’est la première fois de ma vie que j’entendais, à Montreal, un quidam en traiter un autre d »ostie de Juif ! « . Il faut traiter du racisme. Vite, tout de suite. Il faut que ça cesse. Je ne supporte pas qu’on déteste LES Juifs. Les « Juifs », comme ça en bloc… Surtout quand je lis que 27 aviateurs israéliens ont sacrifié leur carrière pour NE PAS aller bombarder des civils palestiniens.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/27-pilotes-de-chasse-israeliens-154865

Voila 27 Juifs que j’aime. Je n’accepte donc pas qu’on dise « les Juif », mêlant ainsi les bons et les méchants. Je ne le supporterais pas, même s’il n’y avait qu’un seul Juif à aimer…, et je sais qu’il y en a bien plus : j’en ai connus…. Il faut dire non aux amalgames. Élever un mur-monument à ces 27 aviateurs, ces Justes en Israel qui ont refusé d’être bourreaux. Un mur -symbole de non-racisme, qui protègera les Juifs innocents d’une colère qui monte. Car, obnubilé par le rapport de force du présent immédiat, on ne semble pas voir que les Juifs, minoritaires partout, sont à l’échelle de la planète, dans une position encore plus précaire que les Palestiniens en Israel ! Si revenait l’antisémitisme – ce qu’à Dieu ne plaise ! – ce n’est pas Tsahal qui défendra les Juifs de la diaspora. Seul les défendra le sens de la justice en nous qui condamne le racisme et affirme que chacun doit être jugé selon SES oeuvres et non celles des autres.

OUI, il y a des Juifs du coté des anges, et sans doute le sont-il dans une large majorité. J’ai déjà dénoncé une pression sociale aux USA, qui soumet une majorité des Américains d’origine juive – de tradition pacifiste – aux diktats d’une minorité belliciste qui occupe tout l’écran et prétend parler au nom d’une communauté bien moins monolithique qu’on ne voudrait le faire croire.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2010/06/07/israel-et-les-fauteurs-de-paix/

Il serait intéressant de vérifier, en France aussi, la représentativité réelle des organismes qui prétendent parler au nom de tous les Juifs.

J’ai déjà proposé que tous les commerces et entreprises de France qui ont pignon sur rue affichent clairement leurs couleurs, sur cette question du soutien à Israel en Palestine qui risque de diviser de plus en plus les Français. Ce n’est pas une question pour les Juifs ; c’est une question pour tout le monde : soutiennent-ils la politique palestinienne actuelle d’Israel et y contribuent-ils de leurs deniers en finançant l’État d’Israel ?

Il serait bon que le consommateur lambda sache si, en accordant sa clientèle a un marchand, il n’est pas à permettre à ce dernier de contribuer à la commission de ce que lui, le client, comme individu, peut selon sa conscience considérer comme des crimes de guerres. Bien sur, nul n’est tenu de répondre à ce type de question, mais chacun n’a-t-il pas intérêt a ce que sa véritable opinion soit connue, plutôt que celle que par préjugés les clients pourraient lui prêter ?

Certains ont voulu prétendre que cette prise de position ciblerait négativement les entreprises dont les propriétaires sont d’origine ou de religion juives. Je le nie absolument et je trouve offensante la supposition que ce segment de la population soutiendrait inconditionnellement le comportement d’Israel en Palestine. N’est-ce pas pur racisme de croire que tous les Français d’origine ou de religion juive – et seulement eux ! – soutiendraient la politique d’Israel ?

La seule prise de position inconditionnelle doit être pour la justice et contre le racisme, et jen crois la communauté d’origine juive capable. Chacun, quelle que soit son origine et sa religion a non seulement le droit, mais aussi le devoir, d’être du « côté des anges ». Comme ces 27 aviateurs juifs israéliens qui ont dit N O N ! à la barbarie et que je salue avec un immense respect.

Pierre JC Allard

28-07-14

Israël. Et s’ils partaient… les Palestiniens ?

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

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Cet article a pour but d’expliquer en mots simples la situation en Israel/Palestine. C’est un effort de simplification qui constate sans préjugés et prévoit sans arrière-pensées. Je ne serai pas dévasté qu’on dise de cette cette analyse qu’elle est simpliste ; il y a des décennies qu’on se tue – littéralement – à la compliquer.

J’écris ce texte parce que je crois qu’il peut être utile : une trêve dans le flux des accusations superflues et des et des provocations revanchardes. Je le crois clair, sans concessions à la langue de bois, et je ne pense pas qu’il me vaudra des amis ; j’ai l’âge de me permettre cette franchise.

Contrairement a mon habitude, je n’ai pas répondu un-à-un aux commentaires aux zouzaines de comentaire ue cet article m’a valu sur Agoravox . Je n’en ai fait qu’un  général et que j’ai voulu impartial, sur les commentaires eux-mêmes, lorsue j’ai pensé que cee fil avait  apporté tout ce qu’il pouvait apporter de positif.

***

Tout au long du XXe siècle une population juive a émigré vers la Palestine. Je précise que je définis ici comme « Juifs » tous ceux – et seulement ceux – qui se sentent juifs ou sont perçus comme juifs et savent qu’ils sont perçus comme tels. Ainsi définie, la judéité ne repose concrètement ni sur une origine raciale ou ethnique vraie ou supposée, ni sur une croyance ou une pratique religieuse, mais sur un sentiment d’appartenance. Or, Il n’ y a pas d’appartenance sans une forme d’exclusivité qui suppose une DIFFERENCE. Le Juif est donc toujours exclu ou s’autoexclut d’une société non-juive à la mesure de cette différence assumée.

Cette différence étant tenue pour acquise, il est bien normal que se développent chez tout Juif deux (2) tendances : a) celle de tirer le meilleur profit de sa différence et de la solidarité découlant de son appartenance à son sous-groupe au sein d’une population identifiée par définition comme différente… et b) celle de réaliser ce qu’on pourrait appeler un « Projet Israel » : une société « JUIVE » exaltant des valeurs juives, dans laquelle le Juif ne serait plus l’élément différent, mais deviendrait la norme.

La poursuite de ces deux (2) objectifs a mené au projet d’une « société juive » qui a été mise en en incubation dans un espace fermé – Israel -, soutenue par une diaspora qui se souhaite partie prenante de ce projet prométhéen, mais sans faire le choix d’y donner totalement de sa personne. Sur ce projet se sont greffées un myriade de considérations philosophiques – pro et antisémites – ainsi que certaines dissensions internes à la judéité elle-même.

De ce projet de base sont nés avec les ans des agendas politiques et économiques. Des récupérations en ont aussi constamment été tentées, partant de motifs allant des plus nobles aux plus triviaux et aux plus ignobles. Ceux qui sont impliqués dans le « Projet Israel » et y croient instrumentent tout le reste … et, inversement, le projet lui-même a été instrumenté comme nul autre. La place des Juifs dans la finance et les communications, ainsi que leur rôle déterminant dans la politique interne de l’État le plus puissant du monde ont donné a ce projet juif une importance énorme dans le monde actuel. Or, il y a un problème…

Pour diverses raisons, ce projet a été établi sur une territoire déjà peuplé, sans l’accord et et au détriment des occupants. RIEN ne peut moralement justifier cette invasion, pas plus que ne peuvent être justifiées moralement la conquête et l’occupation des Amérique par les Européens. L’existence d’Israel ne repose donc pas sur un rapport de droit, mais sur une de force et rien de plus. Il est oiseux d’ailleurs de penser a une autre rapport entre Palestiniens et Juifs, puisque la réalisation du « Projet Israel’ implique un État JUIF homogène. Ce qui n’y est pas juif en est une imperfection. Ce qui est Palestinien en Israel ne peut être voué qu’a disparaitre.

Faire d’Israel un État bi-ethnique, bi-culturel, serait l’échec du « Projet Israel » dans sa finalité même,a fortiori si les Juifs y deviennent minoritaires. Il faut que disparaisse d’Israel ce corps étranger qui ne peut être assimilé que constitue sa population palestinienne. Mais comment le faire disparaitre ? Le judaïsme n’est pas une religion de prosélytisme qui ferait que des musulmans se convertissent en masse. Le « Projet Israel’ en Israel ne peut donc se réaliser que si le Non-Juif en Israel part … ou accepte un statut permanent de non-citoyen, devenant un gastarbeiter,  toléré de résidence pour fournir un service de travail selon les besoins, mais virtuellement étant ainsi évacué du pays rée. C’est vers cette solution qu’Israël semblait vouloir diriger les Palestiniens.

Mais, pour des raisons qui restent a expliquer, on a mise hors-jeu l’option d’un foyer national d’accueil pour les Palestiniens d’Israel. On l’a fait par l’envoi massif de colons juifs en Cisjordanie. En effet, la Cisjordanie ainsi morcelée et ouverte à la colonisation juive, a cessé d’être une option réaliste de foyer national pour les Palestiniens.

Ceux-ci n’auraient alors d’autre citoyenneté acquise ou promise que celle découlant d’une identification à des lambeaux de territoires disjoints sur lesquels ne pourrait s’établir que le souveraineté d’un État sans continuité, regroupant, administrativement seulement, dans un ensemble sans cohésion, un quasi-État dépourvu de toute viabilité économique et ayant la structure d’une « Fédération de Bantoustans » sous tutelle israélienne. On a rendu cette solution bien répugnante.

Cette décision de ne plus disposer d’un déversoir- exutoire acceptable en Cisjordanie pour y baser la citoyenneté palestinienne rend bien difficile l’homogénéisation d’Israel, car à défaut d’une évacuation virtuelle, par une domiciliation en Palestine en zones contrôlées des résidents palestiniens en Israel – dans le cadre d’une d’inégalité programmée et assumée, – il ne reste pour réaliser le « Projet Israel » d’un État vraiment juif que la solution de l’évacuation physique des Palestiniens, auquel cas se crée naturellement l’alternative symmétrique de la disparition de l’État juif lui-même….

Un quitte ou double risqué, car la disparition de l’État juif est aujourd’hui inconcevable, mais quand tout repose sur un rapport de forces et que le paramètre « temps » est ouvert, rien n’est impossible. La démographie travaille pour les Palestiniens et la toute-puissance américaine faseye…. Un temps pour négocier.

La véritable question est de savoir à quelles conditions la population palestinienne accepterait de PARTIR en renonçant a ses droits… et un pays limitrophe accepterait de l’accueillir, en échange d’un réajustement territorial dans la mesure où il est encore possible, mais surtout d’une assistance technique et financière massive, tant au pays d’accueil qu’aux migrants individuels palestiniens eux-mêmes.

N’est-ce pas la seule bonne solution ? Les Palestiniens, se resignant a un rapport de force defavorable, partiraient en laissant le champ libre au « Projet Israel », mais à des conditions avantageuses. Des conditions qu’on ne peut refuser….

Bien sûr, s’opposeront a cette solution tous ceux qui ne veulent pas qu’on achète sa maison au Palestinien qui va migrer, parce qu’Ils font leur blé à vendre l’obus ou le missile qui détruira la maison et tuera le Palestinien est ses enfants…. Mais il faudrait peut-être se demander qui mérite de vivre, du Palestinien et de ses enfants ou du marchand d’obus et de missiles Se demander aussi, si le cout d’une délocalisation volontaire des Palestiniens hors des frontières d’Israël ne serait pas bien moindre que celui d’une guerre qui ne finira jamais et dont l’image d’Israël et des Juifs ne cessera jamais de souffrir.

Pierre JC Allard

21-07-14

Mon premier mariage lesbien

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 4:52

)) BILITIS-

 

 

J’ai assisté samedi à Montreal, au Québec, à mes premières épousailles entre personnes de même sexe. Deux fort jolies femmes à qui j’en profite pour réitérer mes meilleurs voeux de bonheur.Cérémonie émouvante de simplicité, symbolisme de bon aloi, un auditoire tout sourires d’une centaine de parents et d’amis des deux sexes d’où ne transparaissait aucune réticence ni malaise…. Je suis pour ce genre de cérémonies et j’en redemande.

La centaine de personnes qui y étaient venaient dire sans même le dire que la vieille « normalité : est morte…Vive la normalité qui va dorévanant de paire avec une nouvelle moralité. Circulez, y a rien a voir ; juste deux personnes qui s’aiment et qui ont décidé qu’il valait la peine de dire que c’était du solide, fait pour durer. Ca vous gêne ?  

- « Dites donc, Pierre, ce n’est pas vous qui, l’an dernier, écriviez ici sur Avox (et un peu partout) un article parlant du ‘triste mariage gay » qui avait eu quelques milliers de lecteurs, et en avait fait sortir de leur silence plus d’une centaine ? Vous avez changé d’avis ? « 

Non ; j’ai changé de perspective. Pour la société, il est impossible de traiter de la même façon : a) une entente dont le but est de procréer et dont on s’attend à ce que les participants éduquent les enfants aux valeurs dominantes de la majorité… et b) et une entente dont le but est d’optimiser le bonheur de ceux qui veulent la conclure. Je ne dis pas que ces deux buts soient irréconciliables ; je dis qu’ils ne sont pas NÉCESSAIREMENT conciliables, que les deux sont acceptables, et qu’il faut donc que l’intention et les priorités soient claires.

Deux femmes qui s’unissent et forment un couple le font pour être heureuses. C’est un projet hédoniste. C’est leur droit le plus fondamental de le mener à bon terme et nul n’a le droit d’y mettre obstacle. L’État, ni la société, n’ont à poser des limites et conditions à l’amour, ni à intervenir dans la relation entre ceux qui s’aiment au delà de ce que ceux-ci le souhaitent. Personne n’a le droit de remettre en question la légitimité d’un engagement à s’aimer et s’aider.

On me dit que cette question est résolue. Ce n’est pas vrai. On a réglé la question de la légalité, mais pas celle de la légitimité. Elle ne le sera que quand chacun en sa propre conscience – et la moralité publique comme un tout – ressentiront viscéralement qu’il est odieux que l’on prenne prétexte d une pseudo moralité désuète pour brimer la libre expression des préférences sexuelles de quiconque.

Légalité ? Il est normal que l’État gère avec prudence les implications sociales de l’homogamie, en ce qui concerne les droits des enfants, mais là doit s’arrêter son ingérence insidieuse dans la vie de chacun. Qui conteste cette légitimité de l’homogamie, aujourd’hui ? Un conservatisme générateurs de préjugés tenaces qui est refus du bonheur et du plaisir. Un virus qui a été mis dans nos gènes chrétiens et qui doit en être extirpé, car il n’est pas le message christique. NON, Ce n’est pas le bonheur, l’ennemi…

Si cette cérémonie m’a totalement convaincu que ce mariage était BIEN, c’est donc non seulement qu’elle irradiait la joie, mais parce qu’elle était aussi un signal fort du retour de la religion dans le camp d’une recherche du bonheur. Il n’est pas sans importance que cette cérémonie ait pris place dans une église aux airs de cathédrale, ni anodin que l’officiante ait été la personne idoine,une femme mandatée pour le célébrer par la plus importante Eglise protestante du Canada.

Pour ceux qui croient – il en reste plusieurs – ou qui sont au moins de tradition chrétienne et nous le sommes presque tous, c’est un pas de géant pour affirmer la légitimité de cette démarche que Dieu y ait été invité Un pas – relativement – facile à franchir au Quebec, où les ministres du cultes ont traditionnellement le pouvoir d’unir en mariage, mais dont il faudra un effort pour qu’un équivalent soit accepté en France.

Un pas nécessaire, pourtant, car n’en déplaise aux laïques de stricte obédience – et je précise que je ne suis pas croyant – un changement profond et durable de la moralité publique n’est possible en France que si l’Eglise catholique en est partie prenante. Si l’Eglise, comme elle le peut, se positionne à l’avant-garde du retour à une moralité christique qui est l’antithèse de la fixation sur l’enrichissement devenue l’éthique perverse de la société capitaliste actuelle, elle doit remettre à sa place – qui n’est pas la première – le comportement sexuel qui a pris une place obsessionnelle dans notre morale.

Que l’homogamie entre dans les moeurs est un énorme défi ; il n’est pas souhaitable que la religion – qui a des défis ETHIQUES autrement plus profonds à relever ! – vienne compliquer cette évolution sociale. Le moment semble bien venu de revenir au message christique. Qui battra le rappel ? Le Vatican semble en tête, pour assumer le leadership, mais il peut perdre cette longueur d’avance…

Si le Pape Francois ne réussit pas rapidement à relever ce défi et l’Eglise à ne plus voir que du bien dans toute sexualité adulte librement consentie, ce n’est plus « catholique » qu’on pensera quand arrivera le jour qui vient où l’on pensera chrétien, charité, partage et amour

 

Pierre JC Allard

14-07-14

Le Sens des faits – Volume 5

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 6:00

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LE SENS DES FAITS

Volume 5

 Chronique-memento

CENT textes de 2012-2013

PROLOGUE

 Ceci est le 5e volume de cette série   » Le Sens des faits  » et, sauf changement pour l’instant imprévu de mes objectifs de vie, met un point final  à un chronique bien imparfaite, mais révélatrice, je crois, de ce qui se passait dans le monde en ces temps de fin de XXe Siècle et de passage au Troisième Millénaire.   C’est une vue fragmentaire, partielle, allusive, à travers le filtre d’un simple quidam-intello québécois.  Un quidam  même pas lambda, car atypique, situé bien à gauche de la pensée dominante de l’époque ; le lecteur pourra facilement, toutefois, corriger ce biais avoué et pleinement assumé.

Ces 500 textes recouvrent une vingtaine d’années. Le périple d’une génération qui a vécu des désenchantements et des désillusions, puisque les moments-clefs en ont été la chute du Mur de Berlin – métaphore de la déconstruction pierre a pierre de l’idéal socialiste – puis celle des tours du World Trade Center, marquant celle inévitable du capitalisme aux pieds d’argile.  Cette génération n’a pas connu  la  bouffée  d’adrénaline de  l’homme  des deux générations précédentes, créant les Nations-Unies ou se posant sur la Lune.

Privée de mythes, d »espoir et de foi, cette époque interrmède sera peut être connue comme le temps de la désespérance.  Mais quand un jour notre humanité bourrique sera devenue Pegase, il ne sera peut-être pas sans intérêt de revoir a quoi rêvait et s’occupait la chrysalide durant  sa métamorphose.

Dans ce 5e volume, je reprends parfois des articles précédents, lorsque la concordance sembt frappante entre les evénements et/ou les problématique des hiers et des aujourd’hui,  J’ai  cru qu’il ne fallait pas, alors, les maquiller en nouveautés, leur intérêt étant précisément de souligner la récurrence de certaines questions. Ce sont des questions auxquelles il faudrait répondre vite. Des maux à traiter de toute urgence, comme un herpès qui revient,… et revient, encore et toujours….. La première i’mpression est d’une redite; parfois d’un retour en arriere, mais si on est bien attentif, on voit  que l’humanité qui semble tituber dans une marche de l’ivrogne est, d’une erreur a l’autre , à s’ébaucher des ailes….

PJCA

401. Le facteur « psycho » 11.11. 14

La démocratie se casse la gueule ? C’est peut-tre qu’on a négligé le facteur « Psycho »… Bon, attention, ce n’est pas si simple, on reprend ça dans l’ordre….

Fukuyama avait pourtant monté un bon dossier. « Fin de l’Histoire », disait-il, « puisque l’humanité, avec la démocratie libérale, a terminé le tour de son jardin sociopolitique. Son agitation peut continuer aussi longtemps que celle du petit lapin mû par sa pile Duracell, mais sa façon de s’organiser et de se gouverner ne changera plus. Elle a atteint la Félicité. Bravo ».

Bravo, mais, à l’echelle du monde, il y en a pour qui l’Histoire n’est pas finie et qui semblent plutôt courir dans d’autres directions. Ne parlons même pas du tiers-monde, que nous avons mis en coupe réglée.  Que font ceux qui ont un choix ? Se ruent-ils vers la démocratie ?  La Chine, en possession tranquille de son succès, va plutôt vers une dictature éclairée. Les pays d’Islam, dans la mesure où ils ont le choix, préfèrent un à un fonder leurs sociétés dans l’au-delà, évacuant la question même d’une gouvernance politique.

Même en Occident, paraissons nous si heureux dans nos démocraties libérales, dites porteuses de félicité?   Y a-t-il une faille dans notre rêve de démocratie?  A première vue, il est facile de trouver  cette  faille: c’est l’injustice qui prévaut à tous les paliers ! Mais c’est une faille dont on peut penser qu’elle se corrigera d’elle même.

Une société est le reflet de ceux qui la composent. Nous avons une société d’injustice, parce que l’égoïsme de la nature humaine ne veut PAS une société juste.  Heureusement, la nature humaine changera avec le temps, partie par le travail de chacun sur lui-même, partie par la rétroaction positive sur l’individu de la société elle-même. La société changera, surtout, parce que nous avons atteint l’ABONDANCE. Plus  facile plus d’être justes, quand les désirs peuvent  être mieux satisfaits. Or, l’industrie et la technologie nous enrichissent constamment.

Nous sommes connectés à un picc-line qui nous donne goutte à goutte l’abondance. Au palier des BIENS matériels, globalement, tous les besoins peuvent déjà être comblés. Au palier des SERVICES, ils ne le seront jamais (car la demande est infinie), mais il y en aura de plus en plus.  Surtout, la répartition des services disponibles pourra être plus juste. dans la mesure où elle obéira à des règles que soutiendra une majorité effective de ceux qui sont demandeurs de services…. et l’on en remerciera la démocratie.

Il ne faudra simplement pas oublier que ce soutien n’existe que quand une majorité effective croit que soutenir ces règles leur apporte plus que s’y opposer. Chaque individu a son seuil – qui dépend de sa perception de son besoin comme de son conditionnement – au-dela duquel son égoïsme l’amène à s’opposer à ces règles qui assurent la justice. C’est  la responsabilité de la société de veiller alors à ce que cette opposition ne contrecarre pas l’application des règles qui assurent la justice.

Avec l’abondance, les oppositions vont s’estomper. Le temps travaille pour la démocratie.   Pouvons nous donc considérer le débat comme clos et donner la démocratie gagnante ?  Pas tout à fait… car il y a un espace où l’abondance ne suffit pas.  Celui des désirs que ne peut JAMAIS satisfaire une offre de biens ou de services, car ils n’ont pas d’objets réels, ce sont des créations de l’individu en réaction à ce qu’il est ou à la condition humaine. Quand l’individu cherche à satisfaire ce type de désirs autrement que par une action sur lui-même, il devient dangereux. C’est là qu’entre en scène le facteur « Psycho ».

Certains veulent gagner ou détenir plus de richesses qu’il n’en faut pour satisfaire les désirs qui, objectivement, PEUVENT être satisfaits par la richesse.   Ils sont irrationnels.   Leur  démarche prend la forme d’un jeu à somme nulle qui les oppose à tous les autres, dont les besoins et les sentiments ne les touchent plus.  Il se conduisent comme des psychopathes.

Le psychopathe devient un obstacle à ce que les autres aient accès aux biens et services que permet l’abondance et c’est la responsabilité de la société de veiller à ce qu’il soit mis hors d’état de nuire. De même, s’il cherche tant de pouvoir qu’il en devient un obstacle à ce que d’autres aient toute la liberté à laquelle ils ont droit dans le respect de celle des autres.

Psychopathes ? En juin 2010, François Marginean a écrit sur ce site un article qu’il est bon de relire  Il en découle l’hypothèse que le pouvoir attire davantage  ceux qu’on peut ainsi voir comme des psychopathes… et leur échoit davantage.  Suite à cet article, j’ai été un peu plus loin dans l’étude de cette hypothèse et je ne crois pas qu’elle puisse être rejetée  sans discussions

http://www.realitysandwich.com/psychopathy_financial_meltdown

La faille fondamentale de la démocratie serait-elle dans cet avantage dans la course au pouvoir dont jouiraient précisément ceux dont le comportement sera la plus néfaste pour le reste des citoyens? Si c’est le cas, on comprend qu’il ne faut plus chercher le défaut dans le concept même de démocratie, mais dans une certaine négligence de la population qui ne se prémunit pas contre certains individus qui ne devraient pas accéder au pouvoir.

Cela dit,quelles sont les responsabilités que devraient assumer une société pour les en empêcher ? Dans une démocratie parfaite, ces responsabilités serient déterminées par consensus. Mais cette démocratie parfaite ne serait possible, hélas, que si chacun était irremplaçable, ce vers quoi tend une société, mais sans jamais l’atteindre. En pratique, les responsabilités de la société sont donc déterminées par les règles qu’y établit sa majorité effective.

Il en résulte une démocratie imparfaite, où joue à plein, justement, si cette hypothèse est avérée, l’influence de ceux qu’on peut pourrait considérer comme psychopathes !  Dans ces circonstances, il devient clairement  impossible qu’une société où ces derniers exercent le pouvoir effectif puisse en arriver démocratiquement à mettre en place des mesures qui les en excluraient.

Dns cette démocratie imparfaite, la seule défense qui reste  contre les psychopathes en marche vers le pouvoir est celle d’une action individuelle. Le remède d’une « subsidiarité inversée » qui incite tout échelon inférieur de la société, incluant l’individu, à réaliser lui-même ce qu’un échelon supérieur devrait faire, mais ne fait pas.

On a ainsi un « principe de supplétivité » dont l’individu, prisonnier d’un régime dit démocratique,  mais manipulé par des psychopathes et fondamentalement néfaste, pourrait s’autoriser pour poser, même seul, des gestes par définition illégaux… mais dont  sa conscience lui dirait qu’ils sont légitimes.

La mise hors d’état de nuire des psychopathes serait le cas d’espèce emblématique de ce genre de gestes à poser. Cela, hélas, sans garantie aucune que celui qui les pose ne soit pas lui-même un psychopathe…

C’est dans cette optique qu’un contestataire indigné, un rebelle ou un révolutionnaire devrait voir son action et chacun de ses gestes, puis assumer ses responsabilités, leurs conséquences et son propre destin

http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/161-un-temps-pour-lanarchie/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/05/31/puerta-del-sol-on-brise-la-boussole…/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/06/26/quand-lindividu-se-fache-2/

Pierre JC Allard

402. Dieu est mort: les oeuvres sans la foi 11.11.20

L’Occident, qui gère le monde depuis quelques siècles, le fait de droit divin.  Vous ne saviez pas ?  C’est que vous n’avez pas prêté attention au discours en sourdine derrière les bruits de bottes. Parce que nous avons conquis le monde au son d’une musique militaire, vous avez vu comme un simple prêchi-prêcha, l’antienne de la mission civilisatrice qui fait alterner la croix et le sabre.

Erreur.  Car si on ne croit pas que Dieu est avec nous, Chrétiens, et qu’a défaut de faire du bien aux corps qu’on maltraite on fait du bien aux âmes, bien des gestes héroïques apparaissent comme d’assez répugnantes saloperies.

Voyez comment, après les règlements de compte entre hérésies qui ont été les premiers divertissements de l’Occident chrétien, on a eu les schismes, les croisades, les guerres de religions puis la colonisation des colorés de toutes teintes sous couvert d’évangélisation. Voyez comment, christianisme bien en place sur la planète, on est passé à nos guerres entre Chrétiens, toujours menées au nom de notre éthique chrétienne, par des « bons » contre des « méchants ».

Ces guerres se sont toujours terminées par la victoire des « bons », puisque le certificat de bonne conduite était délivré au gagnant avec le reste du butin.  C’est ainsi que, de victoires en victoires – Dieu  toujours solidement avec eux –  les « bons » se sont enrichis au détriment des autres en ne faisant que du bien et que le droit divin s’est imposé. Le droit de l’Occident chrétien à gouverner le monde et celui des riches à gouverner l’Occident.

Tout se passait bien. Mais là, sans réfléchir, on a tué Dieu ! Grave erreur.Des philosophes brillants, honteux d’avoir l’air sot, ont tué la notion de Dieu, parce qu’elle avait été jointe à des religions reposant sur des tissus d’absurdités. Triste coquetterie, car on a ainsi jeté le bébé avec l’eau du bain.

En enlevant la notion de Dieu, d’un Dieu qui soutenait les Chrétiens – et que Dieu existe ou non n’a ici aucune importance –  on a enlevé le « droit divin » qui légitimait la gouvernance de l’Occident et celle des riches.

Dieu parti, les yeux humblement  fermés s’ouvrent et l’on voit tout sous un jour nouveau. Aujourd’hui, par exemple, on voit comme une répugnante saloperie – parmi tant d’autres, mais c’est la plus récente – la « geste héroïque » d’avoir été tuer chez eux des milliers de Libyens sans défense et qui ne nous avaient rien fait.

Dieu parti, on s’enhardit et on regarde de plus près comment quelques familles milliardaires, gérant quelques douzaines de consortiums, ont pris non seulement la gouvernance, mais la PROPRIÉTÉ du monde… On voit tout à coup comme une impardonnable couardise de les laisser continuer. Il y a donc des gens dans la rue pour protester, à Wall Stret et ailleurs. Simple question de temps avant qu’on ne passe des cordes aux lanternes.

La vieille morale apprise par cœur et acceptée comme divine apparaît soudain humaine, trop humaine… et contestée. On pense à d’autres solutions… Rien de mal à y penser, mais n’oublie-t-on pas l’essentiel ?  De quel droit va-t-on gouverner, si ce n’est pas de « droit divin » ?

Démocratie ? On sait bien que la démocratie n’est PAS une valeur absolue, seulement un mécanisme.  Quelqu’un croit-il que, dans un groupe de trois (3), deux (2) aient le droit de se mettre d’accord pour décider de la vie du troisième ?  Pense-t-on qu’une génération qui se proclame de « purs Aryens » puisse légitimement, parce qu’ils sont une majorité, décider de l’extermination d’une minorité de Juifs ?

Il faut un « droit divin ».  Il faut une éthique transcendante, quel que soit le nom qu’on lui donne  – Constitution, contrat social, etc … –  qui encadre et limite la démocratie, puisse évoluer avec le temps selon sa propre dynamique…  mais qu’on ne s’accorde pas la liberté de modifier au gré des engouements et des caprices !

En Occident, cette éthique transcendante se confond avec la morale chrétienne qui a servi de tuteur à la croissance de notre culture. Cette morale chrétienne est dans toutes nos fibres. Elle a évolué depuis des siècles pour intégrer des concepts plus raffinés de justice, d’égalité, de liberté  – et, paradoxalement, de laïcité !    C’est la seule éthique qui puisse faire  consensus chez-nous.  Ce qui s’y opposerait serait  rejeté comme un greffon incompatible…  à moins de parvenir à faire mourir l’arbre lui-même.

Attention, pourtant, de ne pas confondre cette éthique avec l’un ou l’autre des salmigondis de croyances plus ou moins ridicules que des meutes de clercs ont érigé en dogmes au cours des siècles, pour marquer leurs territoires de prédation et d’extorsion !  On ne parle pas ici de religion, car l’éthique est affaire de comportements. St-Jacques, dans une Epître qui a fait une belle carrière, dénonçait « la foi sans les oeuvres » . Faisons un pas de plus et parlons d’une éthique où la foi n’a même pas sa place. Une éthique qui ne juge que des œuvres.

On pourrait définir ici cette « morale chrétienne »  comme « le plus grand commun diviseur » des interdits que s’imposent et des contraintes auxquelles s’astreignent tous ceux  qui adhèrent au précepte du Christ de s’aimer les uns les autres.  Que celui qui respecte cette exigence se définisse ou non comme chrétien est sans importance ; ce sont ses « œuvres » qui importent.

Sans importance aucune, non plus, pour la société, que celui-ci ait une foi, une autre, ou aucune en un dieu quelconque : il peut avoir les œuvres sans la foi… Il peut bien, en son for intérieur, croire en tout ce qu’il veut et même créer ses propres superstitions… mais sans embêter personne, C’est ça le vrai sens de la laïcité.

Quand le corps social fait consensus et que cette morale chrétienne, expurgée de tout dogme et de toute croyance, est acceptée comme l’éthique transcendante qui détermine en dernier ressort de la légalité des règles, il y a harmonie entre l’ordre civil et cette morale dont le respect joue alors le rôle de l’appartenance à une religion sans en avoir les défauts.

C’est cette « religion » sans dogme, tout entière définie par une éthique et où il n’y a plus que les oeuvres qui comptent, qui serait la seule acceptable en société. Ne serait-il pas opportun que tous les Chrétiens de toutes obédiences s’y rallient, libre à chacun de croire aussi tout ce qu’il veut, mais sans l’imposer à qui que ce soit ?

Les Chrétiens – en fait tous ceux qui veulent témoigner de la parole du Christs pour l’amour et la charité – constitueraient alors une force énorme pour le bien dans le monde. Ils pourraient, ensemble, se choisir un « Pape », lequel  n’aurait aucun pouvoir matériel, mais une autorité telle, grâce à ce mandat universel qu’il aurait reçu, que sa parole pèserait lourd pour séparer le bien du mal au palier des consciences … là où des individus libres doivent décider des gestes qu’ils posent.

Pourquoi un synode épiscopal universel, auquel seraient invitées à participer aussi les églises protestantes et orthodoxes,  n’élirait-il pas le prochain homme – ou la prochaine femme – qui siègera sur le trône de Pierre ?   Le monde changerait si nous avions ce pape-guide, avec pour seul objectif que ce qui est BIEN soit clairement énoncé au profit de tous les hommes de bonne volonté… même ceux qui ne croient en rien.

Pierre JC Allard

403.Traître et blasphémateur… 11.11.20

J’avoue. Inutile de fouetter davantage les chevaux pour m’écarteler. J’avoue que je suis un traître et un blasphémateur. Pourquoi cet aveu auquel ne se joint, je le souligne, ni remords, ni repentance ? C’est que j’ai rencontré Michel, un vieux copain. Copain enfin, n’en mettons pas trop… Nous avons pris quelques pots et échangé quelques notes quand j’étais en fac à Paris, Place du Panthéon, dans les années « 60.

- « Tu te souviens de Emile James, le doyen ? » – qu’il me dit le copain – « Et Guitton ? Et Jean Lhomme, LE grand expert sur la bourgeoisie qui, cette année-là, nous parlait de la Monarchie de Juillet ? Il nous dictait son cours, nous écrivions. Au niveau doctoral ! C’était avant Mai 68, bien sûr… Ah ! Les choses ont changé, heureusement ! » Michel, il y a cinq (5) décennies était un progressiste, un peu de gauche, mais sans excès.

Bien sûr que je me souvenais d’avoir pris scrupuleusement les notes que nous dictait lentement le Professeur Lhomme… Alors on a jasé. La Contrescarpe, le petit bar chilien de la rue Monsieur le Prince. Paris qui, pour un Canadien, ne coûtait pas encore très cher… Ce qu’on pensait en France en 1963…. Comment tout avait changé en 1968…. C’est là qu’on s’est un peu perdu.

Entre vieux, on s’entend vite sur le passé. Dame, on a vécu le même passé et on l’a vu ensemble, alors… Mais quand on revient vers le présent, on voit qu’on a divergé. J’ai bourlingué sur la planète. Michel, lui, s’est déplacé dans la galaxie sociale.

Il s’est fait une jolie carrière. Il s’est créé une bonne situation. Il a une large famille élargie. Il est à sa retraite depuis 15 ans. Il s’intéresse beaucoup à l’évolution des carillons à travers les époques, de la Belgique au Portugal, avec des pointes vers l’Est… Il pourrait écrire un bouquin là-dessus… Michel est heureux.

Je suis heureux aussi, mais avec une certaine fébrilité que Michel n’a pas. Michel n’est pas seulement un type qui a bien tourné ; il est celui qui a tourné dans la même direction que le bateau et qui est toujours resté en phase. Les pieds solidement plantés à plat sur le pont et le regard fixé sur le cap qui est celui du navire.

Pourtant – il le dit lui-même – il est un homme aux aguets. L’innovation, l’évolution…. C’est en « 68 qu’il a compris qu’il fallait faire table rase et mettre en place une éducation moderne. Utile. La meilleure. Puis il a voulu penser qu’on l’avait fait et il s’est transformé.

Il est devenu pompidolien sans cesser d’être gaulliste, puis il a compris la nécessité du « virage à gauche » de Mitterrand. À gauche… mais pas trop vite ; d’abord, Giscard : il l’avait prévu et il en a été. Juste le temps qu’il fallait. Après Mitterrand, retour à Chirac. Chirac était son homme. Le manque de loyauté de Balladur l’a chagriné : Sarkozy ? Manque un peu de classe, Sarko, mais il s’est ressaisi. Pour 2012, qui d’autre que Sarkozy, d’ailleurs, pourrait diriger la France ?

Cette France dont Mai 1968, pour Michel, est resté le grand moment de la liberté reconquise. La revanche des Communards… Après « 68, tous comptes payés dans une fraternité gauche droite au Boul’Mich, est née une France de conscience sociale et de modernité, qui a tout bon et qui ne fait pas d’erreurs.

Moi, j’en fais, des erreurs… Comme on divergeait beaucoup, je lui ai refilé l’adresse de mon site… Quand on s’est reparlé, il ne m’aimait plus vraiment…

Pourtant, Michel ne s’énerve pas, quand tous les quidams qui lui vendent son pain ou ses légumes, qui le véhiculent ou qui le blanchissent, lui disent que le pays va au diable. Il ne bronche pas. Il SAIT que c’est parce qu’ils n’ont pas compris. Parce qu’ils n’ont pas lu Schumpeter, Walras, la théorie des jeux et n’ont pas eu la chance de voir une éducation vieillotte se refaire une jeunesse… il y a 40 ans et en rester là. Mais moi, je l’énerve…

Je le mets en rogne, parce qu’il se demande comment, ayant reçu la grâce rue Soufflot, je puis ne pas comprendre. Comment pourrais-je de bonne foi ne pas voir que nous vivons dans le meilleur des mondes, puisque tous les médias-Pangloss, citant les économistes, nous expliquent que les mains ont bien tort de ne pas s’ajuster aux gants ?

Quand j’écris ce que les gens simples disent tous les jours sans qu’on les réprimande – à savoir que l’argent ne vaut plus rien, que ces bouts de papiers ne correspondent a aucune réalité et ne sont encore utilisés que parce que les médias nous font croire qu’ils valent quelque chose et que l’État a les fusils pour en imposer l’usage – Michel ne m’aime plus du tout. Sénilité ? Perversité ? Il ne sait plus.

Que les gens simples se plaignent, ce n’est pas grave pour Michel, parce que Michel ne les écoute pas. Mais si je le répète, je suis méchant, car ça pourrait faire scandale. Je suis un traître à la caste de ceux à qui l’on a donné un DES en Sciences économiques et un Doctorat d’université. N’est-ce pas une forme d’ingratitude de ne pas me taire, puisque j’ai tiré parti de ces titres et parchemins, même si j’ai gagné ma croûte à faire tout autre chose ?

Je suis un traître, parce que je dis que les prédictions des économistes ne se réalisent que quand ceux qui contrôlent l’argent et l’économie leur disent à l’avance les gestes qu’ils vont poser. Je suis un blasphémateur, parce que j’insinue – c’est un euphémisme – que si on ne le leur disait pas, leurs boules de cristal ne feraient pas mieux que celle de Madame Soleil.

Ceux dont on dit qu’ils n’y connaissent rien peuvent le dire à raison tous les jours, mais mois je blasphème Bien pire, encore, quand je dis qu’on pourrait – et qu’il faudrait – rembourser la dette publique tout de suite et en imputer le remboursement à tous les contribuables au prorata de leurs actifs. Suis-je conscient que ce serait une forme de redistribution de la richesse ? Est-ce pour dire ça qu’on m’a ouvert les portes du savoir ?

Ça c’est pire que le blasphème ou la trahison… puisque c’est la solution. Puisque c’est d’une telle évidence, qu’on n’ose pas en parler, même pour le nier. C’est une référence à l’incantation tabou. C’est le concept de sorcellerie monétaire dont aucun Harry Potter d’économiste ne se risquerait à prononcer le nom. Je vais au delà du blasphème et de la trahison ! Je touche la vérité ! Alors Michel cherche un autre nom méchant pour m’en affubler. On cherche…

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/08/08/la-dette-remboursons-la-bon-dieu/

Pierre JC Allard

404. Mon chat est mort; une culture de l’arnaque 11.12.05

Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui est le plus important au monde. De ce qui nous intéresse plus que tout. Hélas, je vais devoir vous dire que ça ne va pas très bien sur ce front.  Mais reprenons au commencement.

Quand les Romains flânaient aux bains, testant de l’orteil la température du tépidarium,  ils philosophaient…  Les BHL de l’époque jasaient sans doute des mêmes platitudes qui, 2 000 auparavant, avaient passionné les Sumériens.    « Les femmes ont-elles une âme, et si oui, dites pourquoi ? »   Ou encore : « Quelle est la plus cruciale, la plus captivante la plus accaparante des relations dans lesquelles s’investit l’être humain, faire l’amour ou faire la guerre ? » Qu’est-ce qui est le plus important ?

Pour l’âme des femmes, rien n’a changé. Le débat fait rage, plus féroce que jamais depuis qu’elles en ont elles-mêmes pris charge.  Pour ce qui passionne le plus l’être humain, cependant, j’ai réfléchi.  Je crois que le plus important ce n’est pas de se faire l’amour ou la guerre. C’est plus bête que ça. Je crois qu’on fait tout pour ne pas l’avouer, mais que, ce qui nous  fascine le plus, c’est de rouler le voisin dans la farine, pour se dire que même si le destin nous traite comme des minus, on n’est pas si sot puis qu’il y a plus sot que soi. Comme la fourmi de Lafontaine qui « trouvait le ciron trop petit ».

Tant qu’il y a eu des gros pour se moquer grossièrement des petits à leur face même  – et des petits pour en faire autant des gros dans leur dos, non sans une certaine petitesse – ce grand désir de blouser son prochain est demeuré un divertissement.  Mais la démocratie est venue…

En démocratie, on s’est retrouvé entre sociétaires présumés égaux qui avions besoin les uns des autres et devions nous compléter. Alors on a cessé de seulement s’amuser à s’arnaquer : chercher à profiter les uns des autres est devenu un mode de vie.

Dans une société tertiaire, où presque tout le travail ne consiste plus en production, mais en échanges, tirer plus de chaque échange en donnant moins est devenu le BUT de la vie.  On a créé une société mercantile. On fait du commerce. La guerre est au service du business et l’amour est sa récompense.  On se passe la vie à tenter d’abuser du voisin. C’est le jeu.

Ça peut être une joute de l’esprit, comme acheter un tapis au Bazar à Istanbul ou un Van Gogh chez Sotheby.  Ça peut être une forme de passe-temps pour les gens simples, pour la ménagère qui, promos en main, va de Wal-mart à Carrefour en cherchant « le meilleur prix » comme on chercherait le Graal.   Ça peut aussi être l’obsession du mec qui va rouler une heure pour économiser un euro sur un plein d’essence. Un jeu.

Ça peut être tout ça, mais ça peut être plus grave.  Ça peut être l’omniprésente mise en boîte dont est victime le consommateur qui ne sait vraiment plus comment se défendre, dans un monde ou produire et consommer sont les deux faces du seul jeu qui compte et auquel où nous sommes tous devenus incompétents.

Vivre en société, c’est avant tout pouvoir jouir de la compétence de l’autre en lui offrant la sienne…   Mais qui va déterminer les termes d’échange, quand on ne connaît rien de la valeur de ce qu’offre l’autre, sauf le besoin qu’on en a, et que TOUT LE MONDE ne cherche qu’à en abuser ?

Des économistes parlent d’une « main invisible » qui, d’essais en erreurs, mène aux ajustements du lit à Procuste ou de Procuste au lit, mais le processus est long et n’est pas sans coût ni douleur…

Il y a d’abord les ajustements qui déterminent finalement le prix de vente de tout  « sur le marché », en optimisant le rendement pour le vendeur qui est fonction de ce prix et du volume de la demande rendue effective a ce prix.   Vraiment ?  Mais il faut se demander à quel jeu lubrique se livre parfois la « main invisible »…

Est-ce qu’elle ne triche pas quand, pour tirer un max de tous, elle segmente le  sacro saint « marché » en mini-marchés, de sorte qu’un médicament puisse  se vendre 5 ou 10 fois plus cher aux USA  ou en France qu’au Mexique ou au Congo par exemple ?  Ou que le type qui occupe le siège à côté du vôtre dans l’avion puisse l’avoir payé trois fois moins cher que vous ? Le marché triche

Le marché triche, mais ce n’est pas le plus grave.   Le  plus grave, c’est l’inconscience et l’irresponsabilité  nonchalamment revendiquée de quidam lambda qui a accepté, comme un acte de foi, que le but de la vie dans une société mercantile est de blouser tout le monde.

Car il n’y a  pas que le prix des choses, il y a leur qualité sur laquelle on triche. Et c’est plus facile, surtout quand on parle de services plutôt que de biens.   Plus facile, mais aussi plus grave s’il y a des dangers liés à l’utilisation d’un bien ou d’un service et que le vendeur, tout occupé à vous soutirer tout ce qu’il peut, néglige de vous en faire part.

Exemple récent, qui a fait du bruit sur Internet.  FULGATOR un fabricant de pesticides, a vendu un produit réputé anodin pour  se débarrasser des puces à une acheteuse de bonne foi … dont les deux chats sont morts dans les deux jours suivants !   Émoi, protestation… Réponse du fabricant qu’on interpelle : “à vous de vous renseigner sur les effets du produit que vous achetez…”

Les Romains avaient déjà ce principe que c’est à l’acheteur de se protéger.CAVEAT EMPTOR !  L’admission brutale que chacun est là pour abuser de vous et que c’est à vous de prendre garde. Mais cette attitude est bien dangereuse.

Dangereuse ici pour les chats, mais dangereuse aussi pour les irresponsables qui vendent ce genre de choses et donnent ce genre de réponses, car seul un long investissement dans la prière et le yoga  peuvent faire que le propriétaire des chats n’ait  pas à lutter contre la pulsion de rendre immédiatement indispensable l’usage d’une double prothèse dentaire à celui qui lui a fait cette réponse.

Dangereuse pour tout le monde, car l’irresponsabilité et l’absence de toute conscience professionelle sont les fléaux de notre société de consommatiom.  Le consommateur est continuellement arnaqué à l’extrême limite de ce qu’il peut l’être.

Se protéger soi-même… Mais dans le monde complexe où nous vivons, cela n’est plus possible.  Puis-je surveiller les relations de mon médecin avec toutes les compagnies pharmaceutiques ?   Celles de mon avocat avec toutes les entreprises avec lesquelles je pourrais faire des affaires ?  Est-ce que je puis vérifier ce qu’ont mis dans mes aliments tous ceux qui y ont eu accès ?

La main invisible  ne nous protège pas du désir universel de tous d’abuser de nous… Alors on demande à l’État de le faire. J’ai expliqué déjà en détail, comment ce serait possible. On le fera sans doute. Mais ça ne règlera pas tout.  On ne sera jamais à l’abri du psychopathe qui ne voit pas comment vous pouvez éprouver un sentiment pour un chat, ni pourquoi ce sentiment pourrait interférer avec son désir, legitimé par notre société, de vous prendre tout l’argent qu’il peut.

Est-ce que nous voulons  vraiment que l’ultime résultat de notre tradition judéo-chrétienne soit cet affrontement cauteleux, hypocrite, incessant entre tout le monde et chacun pour arracher à l’autre un dernier centime ?

Le pourrissement de la relation entre nous tous est exponentiel et cette question ne restera donc pas sans réponse bien longtemps. Si notre civilisation n’y apporte pas la bonne réponse notre civilisation disparaîtra. Et elle l’aura mérité.

Pierre JC Allard

405. L’euro et les Anglais 11.12.11

Merkel et Sarko sont à bâtir une Nouvelle Europe. Les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres constitueront de fait le gouvernement économique de la zone euro et se réuniront tant que la crise durera pour gérer tout ça au mieux à la petite semaine.  La Nouvelle Europe, ce sera celle des 17 pays déjà en otages de l’euro et de tous les autres qui voudront s’y joindre…

Ils seront nombreux les volontaires  pour embarquer dans le navire qui sombre?  Peut-être… Pourquoi pas ! Ne vaut-il pas mieux finir avec les autres en chantant des cantiques sur le pont, plutôt que seul au milieu des vagues?  Et comme il suffira d’émettre des voeux pieux pour en être…

Des voeux pieux, puisque la Cour européenne de justice ne pourra pas opposer son véto aux budgets des États; elle viendra seulement, de temps en temps,faire le constat que personne n’a respecté ses engagements et des sanctions pourront automatiquement être appliquées…

Ca va régler la crise ?  Certainement pas, car pourquoi tous ces écoliers qui n’obéissent pas aux règles obéiraient-ils  aux sanctions ?… D’ailleurs, dixit Sarkozy: “L’Allemagne et la France sommes tout à fait d’accord pour dire que les eurobonds ne sont en aucun cas une solution à la crise, en aucun cas !« . Or comme rien d’autre n’a été proposé, la proposition est : « Dites oui, ensuite on avisera… » De Paris, de Berlin ou des autres capitales du continent on ne voit pas d’issue à la crise.  On voit une Europe qui se désagrège et des écoliers qui s’affolent.

Vu de Londres, c’est autre chose: on voit une révolte des vassaux financiers du continent, sous l’égide d’une Frédégonde et d’un Roi fainéant. On voit les Goths et les Francs qui s’agitent. On voit le dernier  épisode de ces rebellions velléitaires contre la domination britannique qui dure depuis deux siècles et demi.

Même pas “shocking”, cette rébellion, “just annoying”…  car il y a longtemps que l’on croit savoir dans les clubs de la City – et qu’on chuchote au moment du porto – que “Negroes begin at Calais….  Alors à Londres, on ne s’inquiète pas. On a remis à leur place en leurs temps  les Espagnols, les Français. les Allemands et les Russes, parfois même, quand il le fallait, les Japonais et les Chinois. On le fera bien  encore cette fois. On sait qu’il ne s’agit que de se recroqueviller sur l’Ile Inexpugnable et d’attendre que les enfants se calment, même s’il leur faut une bonne bagarre avant de se calmer.  On parle déjà en France de germanophobie…

Les Anglais ne s’inquiètent pas. Il savent qu’ils gagneront… parce qu’ils sont Anglais. Ils ont la sereine certitude que leur insularité à la japonaise, leur éducation élitiste et mille ans de succès en commun ont fait d’eux un “peuple élu”, don’t la supériorité ne repose sur rien qui pourrait se perdre, comme la richesse ou l’intelligence, mais sur la cohésion qui découle de leur simple appartenance.

On se trahit peu entre Anglais. Les exemples d’Anglais qui ont trahi sont rares et, en chaque cas, la fin des événements a été telle qu’on ne peut écarter l’hypothèse d’agents doubles ou triples…  On peut se faire confiance entre Anglais.  C’est ce qu’illustre mieux que tout cette stratégie légendaire des guerres d’Écosse où, affrontant des ennemis physiquement plus forts, le fantassin anglais devait négliger l’ennemi devant lui pour frapper d’estoc l’attaquant de son voisin de droite qui découvrait son flanc en voulant attaquer celui-ci de taille….  Il devait le faire croyant fermement que son  propre voisin de gauche lui rendrait le même service: sa vie en dépendait.

Les Anglais se sentent différents. Rien d’aussi vulgaire que du racisme ou la haine de l’autre.  Plutôt de la compassion. La conviction, sans qu’il soit jamais nécessaire de l’exprimer et encore moins d’en abuser, qu’être supérieur est une responsabilité et entraîne des devoirs.  Il faut, comme disait Kipling, « porter le fardeau de l’homme blanc« .

Protéger… Mais manipuler, aussi, car cette responsabilité a ses limites … et cesse sans préavis, quand l’intérêt de l’Angleterre est en jeu.  Ainsi, une poignée de britanniques iront administrer des millions d’Indiens… puis  mener au combat des dizaines de milliers de Pathans et de Bengalis pour défendre l’Empire…

Quand les circonstances ont changé, les Anglais on pu aussi, comme en “14 ou en “40,  appeler à la rescousse le “peuple ami “ américain démocratique, avec ses longues carabines et ses idées courtes, qui est venu sauver la mise quand on le lui a dit. De la même façon, les Anglais seront solidement avec la Pologne et la France contre l’Allemagne pour défendre Danzig, mais a Dunkerque ils partiront seuls … et à Mers-le-Kebir ils tueront des Français… puisque c’était nécessaire. Fort de sa cohésion, l’Anglais entre dans des alliance et protège ses amis avec une ostentatoire loyauté… mais  il est d’abord Anglais et partie d’une “union sacrée” implicite qui ne se rompt jamais.

L’Angleterre, qui manipule ses amis, en fait autant avec ses ennemis. Depuis qu’elle a établi son hégémonie, elle l’a maintenue en alimentant une constante zizanie entre les  États européens, particuiièrement entre l’Allemagne et la France… sauf lorsqu’il a été nécessaire que ceux-ci collaborent pour offrir à l’Angleterre un bouclier contre la Russie soviétique.

Quand la guerre est devenue une affaire d’argent, elle a continué par d’autres moyens, mais les principes sont demeurés les  mêmes. Albion est devenue encore plus inexpugnable, maintenant que son Empire maritime s’est transformé en « fricocratie » virtuelle et n’est plus a la merci de l’invasion d’une quelconque Armada.

C’est dans le même esprit, quand il a semblé bon que l’Europe soit créée, que l’Angleterre a répondu oui, mais sans jamais y mettre toutes ses billes  ni y jouer son va tout.  Elle y est ainsi entrée contre l’avis de Gaulle qui savait reconnaitre un cheval de Troie.  Commonwealth, privilèges, exceptions… l’Angleterre a su tirer parti de l’Europe.  Mais elle n’a pas oublié où ses intérêts en divergeaient  et s’est gardée une voie ouverte vers un Dunkerque financier. Ne pas être partie prenante de l’euro lui gardait cette issue.

Quand les Continentaux ont pris la décision de remettre leurs politiques monétaires à une Banque Centrale Européenne, elle même sous contrôle des banquier internationaux opérant depuis la City de Londres, l’Angleterre  ne s’est évidemment pas jointe à cette aventure, que seule peut expliquer la naïveté des peuples et une grandiose  manoeuvre de corruption. (Il faudra que l’on découvre un jour et que l’Histoire sache, ce qu’ont personnellement touché tous les dirigeants qui ont accepté cette haute trahison ! )

L’important, aujourd’hui, c’est que l’Angleterre ne l’a pas fait, gardant sa propre monnaie, la livre sterling… tout en  acquérant par ses banquiers le contrôle de l’euro, monnaie de l’Europe sa rivale. Ce qui permet aux Anglais de rigoler maintenant des déboires de leurs alliés qui sont tombées dans ce piege.

Dans un monde où la valeur des devises ne repose plus sur rien d’autre que la volonté des États d’en maintenir la valeur – et la crédulité des citoyens qui croient que l’État gardera cette volonté –  l’Angleterre, en conservant son indépendance à la livre stirling, a  maintenu un point de référence monétaire relativement stable…. et un avantage énorme.

En effet, il n’y a simplement pas, pour garantir l’euro, un « État » réel auquel on puisse faire confiance. Seulement une ébauche d’État auquel on croit de moins en moins. Tout ce qui est libellé en euros est donc prêt à prendre.   Or, vendre en dollars, c’est miser sur une hausse indéfinie du prix du pétrole, ou sur une hausse encore plus insoutenable du prix des denrées alimentaires, les deux domaines où l’Amérique à une marge de manoeuvre.  Euro et dollar hors jeu…. Il reste de sérieux que la livre sterling…ou le yuan.

Contrôlant par la BCE la monnaie, les  transactions des banques continentale et les politiques financières des  États européens, les banquiers  de Londres peuvent, à leur discrétion, créer la monnaie qu’ils veulent, définir les taux de change qui leur conviennent et se porter acquéreurs de tout sur cette planète.  S’ils ne semblent pas le faire c’est que presque tout leur appartient déjà et que le reste ne leur est pas nécessaire pour tout contrôler….

Il ne faut donc pas voir la crise actuelle comme une action agressive pour avoir plus.  C’est une mesure conservatoire, pour garder la propriété du monde à ceux qui l’ont déjà, en mettant l’Europe à  l’abri d’un « péril jaune » qui devient imminent…. tout en apportant  certains changements structurels au mode de gouvernance que nous disons « démocratique’ et qui ne donne plus le change.

Les anglo-saxons visent une tutelle plus efficace des finances et donc de l’économie européenne. Quand la perte de confiance en l’euro deviendra totale, les État européens, un à un, s’en dissocieront et ce ne sont pas les remontrances de ce pouvoir sans fusil qu’est l’UE à Bruxelles qui les en dissuadera par des sanctions…    Ils vont tous s’en sortir… et filer à l’anglaise.

Y a-t-il une solution ? C’est une autre histoire, comme dirait justement Kipling, et je la raconterai la semaine prochaine :-)

Pierre JC Allard

406. Une « primaire » au Centre   11.12.18

On parle beaucoup de politique, on en parle tout le temps. Le moment est venu de parler de stratégie: la façon de s’assurer que le pays aura bien la politique qu’il voudra, considérant le contexte, les circonstances et le sérieux qu’on mettra à faire qu’elle puisse s’appliquer.  Parlons stratégie. Pour les fins de cet article, je n’ai pas d’opinions politiques.

Le contexte, c’est la France de 2012, en crise profonde, qui va se choisir un président puis des législateurs, en application des règles de ce que nous appelons « notre démocratie ». On pose comme prémisses que les électeurs ont une opinion que peut modifier l’information dont ils disposeront et que le vote des électeurs sera honnêtement pris en compte. On pourrait discuter ces prémisses, mais ce serait un autre débat.

L’enjeu devenant de convaincre une majorité des votants, les circonstances spécifiques à la course qui s’engage tiennent au contrôle de l’information – et nous y reviendrons – mais aussi d’abord à cette évidence que les candidats vont entrer sur la piste avec des handicaps divers. En fait, ils vont se départager dès le départ en trois (3) pelotons.

1)  Le premier peloton se compose des deux (2) partis – le PS et l’UMP – disposant de ressources humaines et organisationnelles beaucoup plus considérables que les autres… et jouissant par surcroit du préjugé qu’eux seuls peuvent gagner. Ce sont les partis « grand-frères », qu’on peut appeler les « partis de gouvernance« 

2) Le second groupe est celui des évangélistes, des « porteurs de message« . Ils ne peuvent pas raisonnablement gagner, mais on croit savoir vers lequel du candidat PS ou UMP leurs électorats respectifs iront au deuxième tour. Voter pour les candidats de ces partis, c’est donc seulement ajouter une petite remarque à ce qui deviendra le choix final et qu’on annonce déjà au premier tour

Ainsi, il est présumé qu’on ira de Melenchon ou de Joly vers le PS, mais seulement après avoir dit qu’on souhaiterait que ce parti évolue vers la gauche… ou mette davantage l’accent sur l’écologie. On passera de même de Marine vers l’UMP, mais en ayant souligné que c’est bien faute de mieux… ! Les partis porteurs d’un message ont coutume d’assortir celui-ci de la menace implicite, plus ou moins sérieuse, de ne PAS accorder leur soutien au parti grand-frère si celui-ci ne leur prête pas attention et respect.

3) il y a enfin la mêlée des candidats du troisième type qu’on peut dire « indépendants », dont on ne peut vraiment savoir si leurs troupes iront vers la gauche ou la droite au second tour.  Ces candidats ont en commun d’offrir des projets qui n’obéissent pas PRIMORDIALEMENT à la dichotomie gauche-droite. Ils peuvent proposer des mesures tout aussi à gauche ou a droite que les autres, mais ce n’est pas sur ces mesures qu’ils jouent leur va-tout. On peut dire ces candidats « centristes », mais c’est une appellation de commodité. En réalité, ils sont « ailleurs » car ils suggèrent un clivage des opinions selon un autre ordonnancement des valeurs.

Il y a de ces clivages qui pour un temps transcendent celui historique entre la gauche et la droite. On en a eu un exemple concret au Québec, où toute une génération, en se définissant d’abord comme « fédéraliste » ou « souverainiste », a pratiquement relégué au second plan le débat social.

En France aussi on le fait. On a déjà été royaliste ou républicain, puis, bien sûr, pétainiste ou gaulliste, sans  que ce choix de base n’implique nécessairement une opinion quant à la question sociale ou au partage des richesses.  Beaucoup en France, aujourd’hui, semblent voir l’appartenance à l’Europe comme une de ces questions qui priment sur les autres et plusieurs candidats indépendants – mais pas tous – reflètent ce nouveau clivage.

Autre caractéristique des candidats indépendants, ils sont d’abord des INDIVIDUS, dont chacun a son projet. Ils ne sont pas l’émanation d’un parti, c’est le parti qui est l’incarnation de leur projet.  Les projets peuvent être uniques, originaux, sans apparentement logique évident avec ceux des autres candidats de ce groupe.  Les ralliements sont donc difficiles, entre indépendants, car on peut se rejoindre sur un point et être en désaccord total sur un autre.

On comprend facilement que la stratégie qui sied à un candidat va varier du tout au tout, selon qu’il est du premier du second ou du troisième groupe.

Un candidat du premier groupe, même s’il parle de changements, incarne la continuité. Il demande à gouverner. L’aspirant Président du premier groupe, avec SES députés à élire aux législatives, veut le mandat de réaliser leur politique qui est celle du programme du parti…   Il demande à l’électeur de choisir entre cette politique et celle de l’autre candidat du premier groupe. Il doit donc avoir pour stratégie de s’identifier clairement à son parti et a son programme.

Le candidat du deuxième groupe, au contraire, sait qu’il ne gouvernera pas. Il doit obtenir des avantages immédiats pour les idées qu’il défend – et pour les gens de sa faction ! – sans négliger aussi de préparer l’avenir. Sa stratégie doit donc être de se rendre intéressant. Idéalement, il doit faire regretter que ce ne soit pas lui cette fois qui soit premier de cordée pour la Gauche ou la Droite.

La stratégie du candidat du troisième groupe est plus complexe. Il est seul contre tous, et ses plus dangereux  rivaux sont les autres candidats indépendants. Aux élections de 2012 plus que jamais, car un sondage a affirmé la semaine dernière que 53 % de la population préfèrerait AUTRE CHOSE que Sarkozy ou Hollande !  Ça donne des idées..

Le Centre – on parle d’un centre large, incluant (par ordre alphabétique) Asselineau, Bayrou, Borloo, Chevenement, Dupont-Aignan, Villepin et tous ceux qui voudraient s’en réclamer, a le vent dans les voiles.

On sait que c’est la division des suffrages entre plusieurs qui seule va sonner le glas pour les indépendants. On sait qu’elle le fera au premier tour,  car si l’un d’eux miraculeusement accédait au second tour, il pourrait compter sur les suffrages des 53 % qui ne veulent ni de l’un ni de l’autre des candidats du premier groupe… plus ceux du candidat du premier groupe évincé au premier tour et de ses alliés! il serait sans doute plébiscité par une très large majorité.

Face à cette situation, la réaction viscérale des candidats indépendants est de se taper dessus les uns les autres, ce qui est absurde. On va faire chavirer cette barque. La seule stratégie de TOUS les candidats « centristes » devrait bien  être de viser à ce que toutes les voix du « Centre » se portent vers UN SEUL CANDIDAT .. mais sans aller chercher ces voix par la bagarre.

On pourrait s’entendre. On pourrait convier tous les volontaires à une grande « primaire » du Centre, à la seule condition de retirer leur candidature s’ils ne sortent pas vainqueur de cette primaire. Considérant la visibilité liée a cet exercice, ne pas y participer serait une grosse erreur…

Attention ! Il ne s’agit pas de fusion idéologique, mais d’une manœuvre stratégique. On ne demande pas aux perdants d’appeler à voter pour le vainqueur – les idées de ce dernier et les leurs pourraient rendre ce soutien inacceptable – seulement de retirer leur candidature.

En retirant leurs candidatures qui, s’ils n’ont pas gagné cette primaire, deviendrait sans espoir et de pur égo, il renonceraient simplement à contribuer au stratagème de diviser pour régner qui est celui des « partis de gouvernance » et choisiraient de laisser le peuple français  choisir  celui qu’il rendra lui-même  « providentiel » en en faisant l’arbitre des grandes décisions, ce qui doit être le rôle d’un Président. Au-dessus des partis.

On ne demanderait pas un programme au candidat indépendant ainsi choisi par une primaire au Centre, seulement de jouer, s’il est élu à la présidence, son rôle d’arbitre au dessus des partis;  en nommant impartialement Premier ministre quiconque obtiendra le soutien d’une majorité des députés élus aux législatives.

Si un Président indépendant est élu, il se passera des choses aux législatives.  Il est probable que de nombreux candidats y seront élus en s’identifiant désormais aux divers partis ayant participé à la primaire du Centre. Probable, aussi, que se constitueront des alliances entre certains de ces petits partis qui auront alors un autre avenir possible que d’être des clubs à sensibilités orphelines.

Cette opération « primaire au Centre » est souhaitable, car elle offre une alternative à l’alternance  PS-UMP  que refuse aujourd’hui une majorité des Français. Elle est possible, à cause de l’émergence de l’internet et des blogues, qui ouvre un deuxième front dans la guerre de l’information.

Les deux partis dits de « gouvernance » n’ont plus, en effet, le monopole de l’information. Ils ont encore le contrôle de médias, mais le traitement que ceux-ci ont donné aux innombrables « affaires » des dernières années – et surtout les mensonges incroyables qu’ils ont débités durant l’agression de la Libye ! – se sont soldé par une perte de crédibilité.

Une perte de crédibilité dont on verra les conséquences, justement, lors des présentes élections présidentielles. N’oublions pas que 50% des électeurs peuvent modifier leur intention de vote en deus semaines.

L’organisation de cette primaire du Centre doit être la priorité des candidats indépendants… Comme ce sera la priorité de la Gauche comme de la Droite partisanes de l’empêcher.   Il ne faudra pas s’étonner, si une campagne vigoureuse de diffamation et de corruption est mise en marche pour empêcher cette primaire qui pourrait vraiment changer les choses.

Il serait donc habile, pour ceux qui souhaitent que cette primaire ait lieu, d’en discuter entre eux très discrètement …. et de ne l’annoncer que lorsque la décision de la tenir aura été prise irrévocablement. A chacun d’établir sa stratégie et d’agir selon sa conscience

Pierre JC Allard

407. Quidam Lambda chez Papa Noël   11.12.25

- « Pour moi » – dit Quidam Lambda, en entrant dans la boutique – « ce sera du fric. Rien que du fric ! »

Papa Noel soupira dans sa barbe blanche. Encore un autre ! Qu’est-ce qu’on fait quand on a un entrepôt plein de cadeaux, mais qu’on a tous ces n’importe-qui qui disent n’importe quoi et ne demandent que la même camelote qu’ils ont vu dans la pub des banquiers? Bon, on essaye…

- Du fric, du fric… Moi je veux bien, fiston, j’en ai des trillions de dollars dans mes caisses. Même qu’on annonce une vente pour bientôt. Tu préfères de l’euro ? Je passe un coup de fil à Draghi et on remet ça… Mais pas d’échanges et pas de garantie, hein… !

- Pourquoi vous me regardez comme si j’étais un con, Papa ?

- Parce que les dollars ne se bouffent pas et les euros pas davantage. Tu as gobé la pub des fabricants de monnaie et tu demandes du fric, alors que moi qui en ai vu des Noel, depuis des millénaires, je sais qu’au fond ce que tu veux ce n’est pas du papier, mais de vrais biens et de vrais services… alors je pense que tu vas être déçu.

- Vous me proposez quoi ?

- De la santé, de l’éducation, de la justice, de la culture, de la démocratie, de la sécurité… etc. Il y a plein de bonnes choses qui sont là ! Il suffit de les prendre. Mais attention ! Ca ne s’imprime pas et ça vient en pièces détachées. Alors, il va falloir travailler un peu…

- Travailler ? Je ne demande pas mieux. Mais le chômage …

- On t’a vraiment bourré le crâne de bêtises ! Le travail, c’est l’effort pour mettre des idées ou des choses ensemble pour qu’elles soient comme tu veux qu’elles soient. Si ça prend moins de travail, tant mieux, mais tant que ce que tu veux n’est pas là, dans ta main, il y a du travail à faire. Dire qu’on manque de travail est une colossale absurdité.

- Mais le chômage…

- Le chômage, ce n’est pas manquer de travail, c’est manquer d’emplois. Ca arrive quand tu produis quelque chose et qu’on ne te paye pas assez pour l’acheter. Parce que tu n’as pas d’argent, tu ne l’auras pas. Celui qui te l’a fait produire ne le vendra pas et cessera d’en produire. Non seulement tu n’auras pas ce que tu voulais, mais tu n’auras pas de travail non plus, car tu n’as pas accès aux outils pour travailler et en produire. Bien bête…

- Ca semble bien bête en effet… Personne n’a pensé a ça ?

- Oh que si ! Mais on se chamaille sur les parts de celui qui travaille et de celui qui fournit les outils. On ne règlera pas la question aujourd’hui… Les gens sont têtus…

- Rien à faire en attendant ?

- En attendant, j’ai un kit ici qui pourrait être assemblé rapidement et qui te ferait plaisir car il te donnerait du fric, mais du fric avec un production à la clef, pas seulement des piles de billets qu’on imprime. On appelle ça : « revenu-travail garanti »

- Un nouveau concept ?

- Pas vraiment. L’idée c’est que tout le monde travaille et que tout le monde a donc de l’argent. Ça aussi, on y avait pensé. Ce qui est nouveau, c’est qu’auparavant – il y une génération – pour mettre tout le monde au travail il fallait le faire au pif, alors il y avait des bavures. Pierre gagnait trop, Paul pas assez  Il y avait trop de boulangers, pas assez de cordonniers… ou le contraire. Du chômage tout le temps, une crise par ci par là. Chômage, crise… Maintenant, avec les ordinateurs, on peut ajuster. Enfin, on pourrait, on ne le fait pas… »

Ce que Papa Noel veut nous dire, c’est que maintenant, avec l’informatique moderne, on peut savoir de combien de travailleurs nous avons besoin dans chaque catégorie professionnelle que nous choisissons de définir. En fait, on peut définir autant de catégories professionnelles qu’on a de combinaisons de compétences en demande sur le marché du travail. Et on peut savoir de combien de travailleurs nous avons besoin dans chacune. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait du chômage

La demande de travail, ça change tous les jours, mais nous pouvons la prévoir pour demain, après-demain… Les besoins de main-d’oeuvre, on peut les voir fluctuer en temps réel.

Nous pouvons former en continu les travailleurs dont nous avons besoin pour un marché du travail qui change, en ajoutant de petits modules a leur compétence. On peut aussi prévoir les grandes vagues de fond et changer à moyen terme les grandes orientations de l’éducation, en se gardant des passerelles pour les imprévus.

On peut établir une politique EFFICACE de ressources humaines, de sorte qu’il n’y ait jamais plus de chômage, autre que frictionnel entre deux emplois, ou entre un emploi et une formation de recyclage. Des intermèdes de non-travail si courts, dans un paysage de plein emploi généralisé, que la prise en charge du revenu du travailleur pendant ces périodes ne représenterait pas une dépense insupportable ni même significative pour la société.

Dans ce contexte, on peut garantir à chaque travailleur son revenu assuré en contrepartie d’un travail qu’on peut aussi lui assurer. Ce n’est pas un rêve; c’est une possibilité technique immédiate. C’est aussi une exigence sociale incontournable.

Le changement de paradigme nécessaire, c’est de comprendre que, dans une structure de production en transformation rapide, la sécurité d’emploi n’a plus aucun sens. Elle est NUISIBLE. C’est la sécurité du revenu qui importe, maintenant; c’est cette sécurité que l’État doit offrir et c’est celle que les travailleurs doivent exiger.

Le revenu garanti, ça ne doit pas être une pitance pour ceux qui perdent leur emploi; ce doit être le plein salaire de chacun selon la certification de sa compétence par l’État. Le travailleur a DROIT à ce revenu. C’est le DEVOIR de l’État d’utiliser les services des travailleurs. On ne doit exiger du travailleur que sa disponibilité et sa volonté de travailler à exécuter les tâches qu’il a été formé pour faire.

… – « alors » – conclut Papa Noel – « en régime de « revenu-travail garanti » tu cherches comme aujourd’hui un emploi aux conditions que tu veux, mais, si tu n’y arrives pas, tu te présentes au ‘Bureau du Travail’, tu prends l’emploi qu’on te donne et tu seras payé le revenu garanti correspondant à ta qualification. Ca te va ? »

- Super ! Mais comment croyez-vous que l’État pourrait assumer une telle responsabilité ? »

- En faisant son boulot qui est de prévoir. En acceptant que la formation professionnelle au sens large, qui est un élément crucial de l’éducation, doit s’ajuster au marché du travail. Vous, les Quidam Lambdas, devez surtout comprendre qu’un régme de « revenu-travail garanti » n’est pas une utopie : c’est le régime dont jouissent déjà les fonctionnaires ! Exigez-en autant.

- C’est un beau cadeau, mais en plus de l’éducation et du travail, vous parliez aussi de santé, de culture , de sécurité, de démocratie

- Oui, j’ai tout ça sur les tablettes.. Mais c’est la haute-saison et je suis bien vieux…. Pourquoi ne vas-tu pas jeter un coup d’œil toi-même dans l’entrepôt ?

Pierre JC Allard

408. Les 7 mensonges capitaux  12.01.01

CE TEXTE EST UNE REPRISE DU 31 DÉCEMBRE1997

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Il faudrait finir l’année en rappelant les faits les plus révoltants, les décisions les plus injustifiables de 1997. Hélas, les faits les plus révoltants et les décisions les plus injustifiables de 1997 n’ont rien d’exceptionnel: ils ont été aussi ceux et celles des années précédentes. Plutôt que d’événements exceptionnels qui sont monnaie courante, je préfère donc vous parler de mensonge. Les mensonges exceptionnels qui sont devenus usuels et qui nous mènent à la catastrophe. Les sept mensonges capitaux.

1. Le mensonge de la lutte à l’inflation.

La vérité, c’est que nous courons vers un cataclysme parce qu’il n’y a PAS d’inflation. Quand l’inflation ne fait pas disparaître régulièrement de la masse monétaire une valeur équivalente à la somme des intérêts payés, il y a concentration de la richesse, moins de consommation, plus de spéculation et moins d’investissement, décroissance, crise, pauvreté, révolte… Historiquement, c’est une guerre qui imposait brutalement la dévaluation qu’on avait refusé de faire en douceur. Aujourd’hui qu’une guerre est impensable, qu’est ce qui mettra fin à la phase actuelle de concentration de la richesse? Le plus probable, c’est qu’une inflation galopante (qu’on permettra quand les vrais riches se seront mis à couvert) réduira à la charité de leurs enfants toute la génération de ceux qui auront mis leur confiance dans les REER, les obligations à long terme et autres pièges non-indéxés ou donc l’indexation peut être précaire. Le mensonge est de prétendre que cette dévaluation monstrueuse viendra MALGRÉ les politiques du gouvernement, alors qu’elle viendra À CAUSE de ces politiques et au moment où ce seront les petits et non les gros qui en feront les frais.

2. Le mensonge de la création d’emplois.

Il y aura de moins en moins d’emplois; c’est la conclusion inévitable de la révolution industrielle. D’ailleurs, nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie et être concurrentiel sur les marchés mondiaux, qu’en remplaçant le maximum de travailleurs par des machines. Les gouvernements le savent très bien: chaque fois que le chômage se résorbe un peu, la Bourse baisse!   Le mensonge, c’est de prétendre qu’il y aura encore un jour un emploi salarié pour tout le monde, alors que la solution c’est le travail salarié partagé, le revenu garanti, la formation permanente, le travail autonome qui peu à peu deviendra la norme. Tant qu’on n’aura pas le courage de dire la vérité et d’instaurer le travail-revenu garanti les choses iront de plus en plus mal.

3. Le mensonge de l’éducation.

Nous avons cent mille emplois dans l’éducation et des milliards de dollars d’investis; un Québécois sur quatre suit des cours de quelque chose… Nous avons de l’éducation. Non. C’est un mensonge. La vérité, c’est que notre système d’éducation déphasé – comme celui de bien d’autres pays, d’ailleurs, la crise est mondiale – ne transmet plus ni valeurs, ni sentiment d’appartenance, ni aucune connaissance utile entre le moment où l’enfant sait lire, écrire et compter et celui ou débute sa formation professionnelle spécifique. Entre les deux, on tue le temps en inculquant une pseudo culture fragmentée, dérisoire. Les polyvalentes ne sont que des garderies pour adolescents et l’éducation des adultes n’est là que pour offrir des gratifications aux laissés pour compte de la vie quotidienne: il n’y a plus d’éducation. La vérité, c’est que tout est a revoir en éducation et qu’on ne le fait pas.

4. Le mensonge de la justice.

Nous sommes un régime de droit et l’accès à la justice est universel. Mensonge. Si vous avez un droit à faire valoir qui dépasse le niveau des Petites Créances, demandez-vous d’abord si vous avez le temps d’attendre des années et les moyens de payer un avocat. Demandez-vous surtout si votre adversaire, en y mettant le prix, ne pourra pas vous ruiner en frais avant que vous ne puissiez obtenir justice. Le mensonge est de prétendre qu’il faille un avocat pour que justice soit rendue… alors que l’avocat ne sert qu’à circuler dans le labyrinthe scandaleux de procédures que les avocats ont bâti autour de la justice afin que personne n’y accède sans leur payer rancon. La vérité est qu’il n’y a plus d’accès efficace à la justice, parce que c’est trop long et que c’est trop cher. Il faut réformer tout le système judiciaire.

5. Le mensonge de la prospérité

Nous sommes un pays-modèle, prospère et qui s’enrichit. Mensonge. En 1946, nous avions le deuxième niveau de vie du monde, parce que nous sommes collés sur les Etats-Unis et que nous avions fait la Guerre mondiale… ailleurs. Aujourd’hui, tous les pays du Nord de l’Europe, y compris la France, ont des niveaux de vie supérieurs au nôtre et de meilleurs services sociaux que les nôtres. Le Japon aussi, même Singapour… et il y a 18 ans que notre niveau de vie stagne. La distribution de la richesse est de plus en plus injuste. La vérité, c’est que nous sommes un pays en voie de sous-développement et qu’il n’existe même pas un projet politique pour nous en sortir !

6. Le mensonge de la liberté

On parle, on discute, on vote… mais il n’y a pas d’alternatives réelles. Les partis ont des programmes mal définis qui vont du centre-centre gauche (NDP) au centre-centre droit (tous les autres). Le mensonge est de nous faire croire que nous choisissons entre des politiques, alors que nous n’avons que le choix de choisir, entre quelques unes qu’on nous soumet, la gueule du comédien qui va tenir le rôle de Premier ministre dans une pièce dont le scénario – et il n’y en a qu’un – est écrit àWashington par des financiers pour le compte de ceux qui ont le pouvoir, l’argent, les armes, les médias. La vérité est qu’il n’y a plus de vraie démocratie, seulement un exercice futile pour désigner le clown de service qui fera semblant de nous gouverner. La démocratie ne renaîtra que lorsque surgiront de la base des hommes qui seront tenus de tenir leurs promesses et ne rendront de compte qu’à la population.

7. Le mensonge de l’indépendance

Il y a près de 40 ans qu’on parle d’indépendance au Québec. Le mensonge, c’est de prétendre que l’indépendance changerait quoi que ce soit, en bien ou en mal, à notre vie quotidienne. Tant que les règles du jeu mondial ne changeront pas et que ce sont des mécanismes financiers internationaux qui contrôleront cette planète, l’indépendance ne changera pas grand chose. Ceci dit, le Québec pourrait bien être “indépendant”; ca nous ferait plaisir et ça ne coûte rien. Rien que les coûts artificiels de la mauvaise volonté des “Autres” dont on nous menace si nous partons. Une méchanceté gratuite, soigneusement entretenue par ceux dont ca fait l’affaire, non pas que nous quittions ou ne quittions pas le Canada – ce qui est absolument sans importance économique – mais dont ca fait l’affaire que nous perdions notre temps à en parler. Quand un peuple s’épuise durant deux générations à parler d’autre chose que des vrais problèmes, ca fait bien l’affaire de ceux qui ne veulent pas que les choses changent.

En 1998, souhaitons-nous la VÉRITÉ

Pierre JC Allard

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EN  2012, ENCORE UNE FOIS , SOUHAITONS NOUS LA VÉRITÉ…

PJCA

 

409. L’horreur au jardin de Canberra   12.01.09

Ils sont sympas les Australiens. Des sourires, toujours … et l’entraide (matesmanship), dont ils pensent à faire la devise nationale…! Si on en arrive à mettre cette planète aux ordures, il faudrait bien d’abord en extraire soigneusement l’Australie.

Evidemment, c’est la bienveillante sollicitude des petites banlieues cossues où personne ne dort sous les ponts. Pas de chomage en Australie, une économie qui va comme si on avait oublié de lui parler de la crise globale, le confort douillet… mais il reste que l’on est gentil, ici, alors que j’en ai vu d’aussi riches ailleurs, en Floride avant la crise, par exemple, qui semblaient l’avant garde d’une armée de psychopathes en train de muter en fils de putes. Sympas, les Australiens

Les Australiens, comme les Canadiens, se sont fait une capitale – ici, c’est Canberra – qui n’a pas d’autre mission que d’en être une, sans importance économique ni symbolismes partisans qui prêtent à controverses. Bien proprette, un plan à la Niemeyer sans en avoir les extravagances, des musées, des galeries d’art… Des rues où l’on tourne en rond et se perd, mais en se disant qu’il n’y a vraiment pas de bonne raison de vouloir aller ailleurs.

Puis, en passant, au hasard d’une promenade dans ce jardin qu’est Canberra, on peut trouver l’horreur. Une excellente image de l’horreur. Dans ce pays heureux, qui apparaît l’épitome du paisible et qui n’a vraiment jamais eu de querelles avec personne depuis que ses bagnards d’ancêtres se sont transformés en éleveurs de moutons et en joueurs de tennis, on a élevé un temple à Mars : un memorial-musée gigantesque à la gloire des soldats australiens tombés au combat.

Le War Memorial de Canberra étonne par sa taille, par la place d’honneur qu’on lui a donnée, par le soin jaloux qu’on en prend. Pourquoi cet accent mis sur la vertu guerrière ? Oh, bien sûr, les Australiens ont vraiment donné au bureau dans les guerres de l’Empire – 410 000 conscrits en 1914, pour une population de cinq millions d’habitants ! – et ils ont été de toutes les noubas. Contre les Turcs a Gallipoli, contre les Boers au Transvaal, contre le Japonais dans tout le Pacifique, mais aussi au Vietnam, en Corée…

Les Australiens ont aussi eu souvent la veine/deveine d’être dans la première ou la dernière escarmouche de conflits qui se sont vraiment faits un nom. Ainsi la fameuse « Charge de la Brigade légère », la derniere fois dans l’histoire ou la cavalerie, sabres au clair, s’est follement lancée – et a emporté ! – une positon tenue par des types jouant de la mitrailleuse, c’était eux… Naturellement il y a eu des pertes… Les Australiens ont eu plus que leur quote-part de héros.

Héroïsme. Mais n’y a-t-il pas un petit quelque chose en plus à cet héroïsme qui explique la fascination qu’on trouve ici plus qu’ailleurs pour le devoir de mémoire ? Est-ce que ce ne serait pas sa totale gratuité ? Car ces dizaines de milliers d’Australiens morts au champ d’honneur ne protégeaient pas leurs terres envahies et leurs foyers menacés. Ils n’ont pas eu vraiment à se battre pour occuper leur ile-continent et ils n’ont eu à la défendre que quand on a fait d’eux des pions dans des parties que d’autres jouaient pour d’autres enjeux

L’expression latinoaméricaine qui parle de “suer la sueur pour l’autre” prend ici tout son sens. Des Australiens sont VRAIMENT morts pour « the Raj and the Queen », puis leurs fils sont devenus des héros pour la liberté, la démocratie… Ils ont versé du sang bien réel pour des causes bien abstraites qui ne concernaient l’Australie que quand elles concernaient tout le monde. Ça met l’horreur en évidence…

Tenez, moi, j’ai redécouvert l’horreur absolue de la guerre de 1914 -18 au War Memorial de Canberra. Des images, des photos, des maquettes, des tableaux de soldats de plomb… Ringard, mais efficace. Il FAUT se souvenir qu’en “14 on a envoyé des millions de pauvres types mourir dans la boue des tranchées en Picardie et aux alentours, qu’on en a forcé beaucoup, pistolet sur la nuque, à faire des sorties-suicides contre d’autres pauvres types qu’ils ne connaissaient pas…

En “14, on a pris prétexte de l’assassinat d’un prince autrichien par un anarchiste serbe pour que Russes, Allemands, Français, Anglais et d’autres, même des Australiens, aillent se faire trouer la peau pour rien.

Jaures ne voulait pas… on a tué Jaures. Et personne ne me fera croire que ce ne sont pas les autorités françaises qui l’ont fait abattre. Il était une épine au flanc du nationaliste bébête qui devait cavaler hardiment pour mener les hommes à leur trépas et le fric aux banquiers.

On sait, maintenant, que ce sont les mêmes marchands de canon qui opéraient dans la Ruhr allemande et la Lorraine encore française, permettant aux fritzs et aux poilus de se massacrer les uns les autres pour enrichir leurs profiteurs apatrides respectifs.

Ces derniers, tous bien copains, bien sûr… Et les Australiens ? Comme les Canadiens, ils sont venus là en passant… Ils ont été là pour devenir des héros.

On ne retrouvera sans doute jamais la parfaite horreur, visuellement si expressive, de 14-18. Comme disait Brassens, c’est celle à préférer… Ensuite, on était trop pressé et on a tué trop vite ; on a rendu presque désuètes les lentes agonies, sauf pour quelques “manque-de-pots,” comme les enfants brulés au napalm du Vietnam, ou les civils de Hiroshima qui ont mis des années pour mourir.

Maintenant, en Iraq et en Libye, on a fait un pas de plus : des milliers d’irradiés à l’uranium appauvri. On ne voit presque rien, mais ce sont des peuples entiers qui vont désormais agoniser, durant des générations…

Les Australiens se souviennent. On devrait tous se souvenir. Chacun devrait avoir quelque part en mémoire une image de Verdun et la remémorer quand il rencontre un de ces salauds qui déclarent des guerres pour le bénéfice des enrichis de l’uranium appauvri.

Il faudra bien qu’un jour, face à un système complètement pourri, chacun interroge sa conscience et se demande s’il est bien ou mal de laisser vivre ceux qui tuent et font tuer. Ne faudrait-il pas tirer d’abord sur celui qui a la main sur son arme ? L’humanité ne doit elle pas avoir aussi un droit de légitime défense contre les assassins psychopathes qui la mènent à sa perte ?

Pierre JC Allard

410. Aprèe l’État de droit   12.01.17

il y a encore des gens qui s’étonnent de la fin de l’État de droit aux USA ! Surprenant. « Cet excellent article de Bruce Fein repris par Irène sur Cent-papiers, par exemple, m’a surpris qu’on s’étonne. Aussi bien se demander en novembre pourquoi les arbres sont nus !

Le monde est cyclique, on ne le savait pas ? Bien sûr, on peut rester optimiste en se disant que tout déclin ce n’est pas un retour au point de départ, mais unes spirale et que, même si on semble refaire les mêmes étapes, on a monté d’un palier. On peut le croire…

Je veux le croire aussi, mais je sais que c’est du déni, une idée pour me consoler. Dans le cadre d’une vie humaine, ce sont les petits hauts et bas qui se mesurent en années et décennies, pas en siècles, qui touchent l’individu. Ceux qui concernent son pays, sa culture, sa civilisation. Or, à cette échelle, il faut être aveugle pour ne pas voir le déclin, la grande courbe descendante que nous avons devant nous comme Québécois, Français, Occidentaux…

Un déclin comme Québécois, puisque tout indique que, comme groupe, la simple démographie réduira bientôt le Québec au statut de sympathique curiosité. Des Québécois, bien sûr, pourront encore réussir et apporter une contribution significative au monde de demain – comme le pourront des Finlandais, des Suisses, des Ouighours ou des Malgaches – mais ils le feront comme INDIVIDUS. Leur appartenance au clan « Québec » ne sera qu’un handicap à surmonter. Je sais que ce langage amène l’écume aux lèvres des vrais patriotes québécois, mais ce qu’il y répondent est de plus en plus viscéral, sans pertinence.

Québécois, nous somme en déclin aussi, culturellement, comme partie prenante de la culture française. La France a mené depuis trois générations un élégant baroud d’honneur pour garder son rang de grande nation – avec la bombe atomique, des lambeaux d’empire en Afrique et une très habile diplomatie – mais la France c’est moins de 1% de la population du globe. Disons qu’il y a 2% de Francophones sur la planète. Soyons généreux et disons 3% en trichant un peu… Ce n’est pas beaucoup.

La France, c’est – et hormis un miracle ça sera de plus en plus – une division administrative de l’Union Européenne. 70 % des lois de la France sont conçues pour l’Europe à Bruxelles. La moitié des doctorants en Sciences en France choisissent déjà de publier en anglais, alors…

La culture française prend sa place – sa très grande place – dans l’Histoire. Mais l’Histoire n’est pas toute la vie… Combien de Nobels de culture française depuis 20 ans ? Combien dans 20 ans ? Être de culture français, ce sera encore une joie et un plaisir demain, je l‘espère, mais ce ne sera pas la voie facile. Un autre handicap…

Etre québécois ou de culture française, de toute façon, est – relativement – un détail. Essentiellement nous sommes des Occidentaux. La vraie question, c’est combien de temps encore, comme Occidentaux, tiendrons-nous le haut du pavé militaire et culturel que nous avons occupé depuis quelques siècles? L’Occident est en déclin. Une à une à une, les marches de l’empire sont abandonnées. Un à un sont abandonnés les symboles qui donnaient la primauté à une « vision du monde » qui parlait de liberté, de curiosité, de charité…

Le plus grave, d’ailleurs, n’est pas que cette hégémonie de l’Occident fasèye, mais qu’elle le fasse dans le déshonneur et la confusion, ce qui est un malheureux développement récent.

Quand les Espagnols ont quitté l’Amérique qu’ils avaient colonisée, on y a gardé leur langue et leur religion. Quand les Britanniques ont quitté l’Inde, il y a environ soixante ans, les Indiens ont choisi volontairement de garder les lois et les institutions du Raj. La primauté de ‘Occident tenait à sa valeur. Mais on n’a rien gardé de la France en Indochine et bien peu en Algérie.

Aujourd’hui, Irakiens et Afghans rejettent tout ce que les Américains ont apporté et les Libyens vomiront l’apport de l’Occident dès qu’on enlèvera le baillon qu’on a voulu leur mettre. Le signe du déclin de l’Occident, c’est la perte non pas seulement de son pouvoir, mais de l’AUTORITÉ de sa culture.

La force de sa culture, car la culture, c’est aussi la guerre par un autre moyen. Quand l’Égypte ou Bollywood font un cinéma populaire différent – encore plus navrant ! – que celui des Américains, c’est un échec pour l’Occident. Pas parce que notre « art » méritait de s’imposer, mais plus cyniquement parce que c’est un signe de faiblesse fatale que nous n’ayons pas réussi à inculquer de façon durable à ceux que nous avions conquis notre vision de l’insignifiance et de la vulgarité.

Ceux-ci rejettent désormais les « mèmes » que nous leur avions inoculés et on ne donne pas sa juste importance à ce rejet. On n’en saisira l’importance, que quand on aura compris que c’est l’image de l’Amérique, créée par Hollywood et Madison Avenue et diffusés par Voice of America, qui a gagné la Guerre Froide.

Nous n’avons plus cette « supériorité » culturelle: les « Autres » ne veulent plus être comme nous. Or, c’était ça, notre arme de persuasion massive qui semait la zizanie chez l’adversaire et nous facilitait la conquête. Nous ne l’avons plus. Au contraire, on nous méprise.

C’est pour ça que nous sommes à perdre la guerre que nous menons sans le dire contre l’Islam, dans les cœurs et dans les cerveaux, avant de la perdre par attrition sur les champs de batailles dont nous faisons des champs de ruines… Et c’est pour ça que nous ne gagnerons certes pas un conflit contre la Chine !

Dans ce contexte, la fin de l’État de droit aux USA est un épiphénomène. Il est plus grossièrement ostensible aux USA qu’ailleurs, mais ce qui arrive là est là dans tout l’Occident: il ne reste pas de vrais États de droit parmi nos pseudo démocraties. Partout la justice formelle est devenue impuissante devant les outils d’un vrai pouvoir qui se cache.

Partout, un jeu électoral anodin et des médias parfaitement contrôlés conduisant à la gouvernance officielle des élus qui sont de simples pantins. Partout, un fonctionnariat non pas élu, mais nommé – en fait, coopté – appliquant la politique dont décide le pouvoir financier. Partout une culture universellement acceptée de prévarication et de corruption. Partout le crime organisé travaillant main dans la main avec les services secrets pour une justice qui devient d’ »ombre et brouillard« 

Nous entrons dans un nouveau moyen-âge. Un état d’anarchie remplaçant progressivement et sans le dire l’État de droit dont nous avons joui comme d’un âge d’or pendant bien peu de temps… De plus en plus, hélas, l’individu devra veiller à ne plus compter sur l’État pour le protéger, mais plutôt à s’en méfier.

En attendant que l’individu ne commence à voir l’État comme son ennemi… et ne passe à l’attaque... et nul ne sait avec certitude où cette évolution nous mènera.

Pierre JC Allard

411. Sur le papier tue-mouches   12.01.23

«  Des soldats afghans  tuent quatre (4) soldats français » 

Je n’ai pas en ce moment le loisir d’en discuter comme je le souhaiterais. Je vous soumets ce texte qui aidera peut-etre à comprendre….que les mêmes bêtises tendent à produire les mêmes effets néfastes     pjca

***

Il y a longtemps que ça ne va plus pour les Américains en Irak, mais on a passé un autre seuil quand le Sergent-Major Davis a payé de sa vie l’erreur d’avoir tourné le dos à un soldat irakien. Pas une rebelle, pas un insurgé, pas un terroriste, un soldat de l’armée irakienne.  Un collègue de travail, si on peut dire…  Il était là pour les conseiller, pour les former à tuer de l’irakien rebelle. C’est lui qu’on a tué. L’étranger. L’envahisseur.

Davis n’est pas la première victime de ce qu’on a appelle encore parfois pudiquement un “tir ami”. Il y en a beacoup. On se souviendra de ce type qui avait tué quelques G.I dans un camp retranché en Irak, y a déjà quelques années, en jetant une grenade dans leur tente. Il était devenu fou, qu’on a dit à l’époque…  On ne parle plus de folie. Il y a eu sept (7) autres incidents de ce genre depuis six (6) mois dans le nord de l’Irak.

On connaît le meurtrier du Sergent-Major Davis: Saleh Hamadi. Il a fui avec un complice après l’attentat, un véhicule l’attendait.  Un meurtre prémédité. Le soir même,  il a été remis par des gens de sa tribu aux gardes à la frontière syrienne. Rien de crapuleux, meme si l’armée américaine cherche sans conviction à convaincre tout le monde qu’il a sans douté été payé pour le faire.  En fait, c’est un assassinat. Il y a eu une execution. Un geste de résistance et Hamadi un jour sera un héros.

C’est ce qui distingue ce cas de tous les autres.  Comment la justice irakienne le traitera-t-elle ?  Deux de ceux qui l’ont aidé à s’enfuir auraient été condamnés, mais les details manquent… Hamadi, lui, non. Tout traine en longueur. Garde-t-on Hamadi pour la célébration qui marquera le départ du dernier “protecteur” américain ?  On verra…

En attendant, les Marines ont été appelés en renfort pour protéger les conseillers américains contre ceux-la mêmes, leurs élèves, sur qui l’on comptait au depart pour assurer leur protection !  C’est cette insertion des conseillers USA dans l’armée irakienne qui était la stratégie à long terme.  Ils noyauteraient, convaincraient, soudoieraient et assureraient le contrôle du pays conquis, avec la loyale obedience admirative des troupes indigènes.

182  de ces equipes de conseillers sont déja en place. Il ne s’agissait que d’en multiplier le nombre, pour créer une réseau de points d’appuis à une presence américaine indéfinie en Irak – 10 000 de ces conseillers auraient suffi, avec une armée irakienne fidèle et dévouée – puis de ramener le reste des boys au pays. Colonisation coutêuse, mais tout de même finalement réussie.

L’affaire Hamadi vient de changer la donne. On vient de comprendre que si les autres partent, les 2 000 conseillers déjà insérés dans l’armée irakienne non seulement ne soutiennent rien, mais sont autant d’otages en puissance.   En rajouter serait encore plus bête que de les y avoir mis.

On vient juste de réaliser que quitter l’Irak n’est pas aussi simple qu’il parait, comme quitter la Russie n’a pas été  une parade de retour pour Napoléon ni pour Hitler. Qu’est-ce qu’on fait quand on décide de se retirer, mais qu’on vous tire dessus ?  Quelques pertes, c’est un retraite  humiliante. Beaucoup de pertes et c’est une déroute ignominieuse.    Le peuple américain ne le permettrait pas.  Va-on faire marche arrière… en reprenant la fuite en avant ?

Tout ça rappelle, mais à grande échelle, les helicoptères quittant le toit de l’Ambassade américaine, a Saigon.  Ou mieux, cette phrase du célèbre roman de Steinbeck:  “ The flies have conquered the flypaper…

Envahir l’Irak était pire qu’un crime. Talleyrand aurait dit que c’était une erreur.

Pierre JC Allard

412. La présidentielle USA de novembre 12.01.29

Quoi de neuf pour la présidentielle USA de novembre 2012 ?  Rien. On se dirige vers la primaire républicaine de Floride après un émondage des candidatures qui laisse en lice, sans surprises, Mitt Romney, Newt Gingrich, Rick Santorum et Ron Paul.

Pourquoi sans surprises ? Parce que, comme dans la Commedia dell’arte, les croquants qui se cachent derrière les masques sont sans intérêt: ils jouent leurs rôles de Pantalon ou d’Arlequin pour des villageois ignares qui connaissent déjà par coeur la trame – toujours la même – de leurs pitreries.  On a Newt, le vieux politicien roublard, un peu sulfureux, on a Rick, le porte-flambeau qui fait la synthèse des fondamentalismes;  on a Ron-le-sympathique, pour l’émotion des espoirs impossibles – ou le très improbable coup d’éclat qui viendrait méduser les jacques s’ils arrivaient courroucés aux grilles du château ! Et, finalement, on a Mitt, l’Homme de la Situation, le monsieur bien sous tous rapports, beau, bien pensant et d’une insignifiance à pleurer qui gagnera sans doute à la convention après un suspense bidon…

Des idées ?  Ron Paul-le-marginal en a plein, mais qui ne sont absolument pas solubles dans la réalité américaine actuelle.  Imaginez Louis XVI nommant Danton ou Marat pour remplacer Necker ! Pour les autres, penser, serait une distraction.  Gingrich ne voit le reste du monde que comme un appendice des USA, et croit donc que le spectre de la science politique va de « Démocrate libéral » à « Républicain conservateur », ce qui en excède étant dans le Monde du Mal. Pour Santorum, le monde lui-même, incluant les USA, n’est d’ailleurs que le vestibule d’un monde meilleur. On n’est ici que pour faire son salut…

Reste Romney, Romney, c’est l’homme d’expérience. BCBG, milliardaire issu d’une bonne famille et ses idées sont celles de l’Establishment.  C’est à lui que l’on a donné le plus de fric, en stricte observance de la démocratie censitaire à l’américaine, qui permet aux riches de bloquer l’accès des pauvres au pouvoir politique. On le fait en leur niant les fonds indispensables pour mener une campagne électorale qui coûte des dizaines, voire des centaines de millions de dollars. Aujourd’hui, dans la cohorte des prétendants républicains, seul Romney a du fric.

Alors c’est joué ?  On a le gagnant,  Romney ?   Minute … ! Vous n’avez rien compris au jeu de boules.  Tout ce cirque n’a pas pour but de trouver un gagnant…  mais de trouver un PERDANT !  La convention républicaine ne vise qu’à trouver celui qui mènera la “chaude lutte” que le people attend contre Obama, « le Noir qui a déçu ».   Une chaude lutte que le Républicain de service perdra, cependant, puisqu’on n’a pas fini de tirer tout le jus du citron Obama.

Il en a fallu des efforts pour mener l’Afroaméricain Barack Obama au Salon Ovale….!  Tout suggère donc qu’on fera  en novembre une deuxième pression d’Obama. Car si ce dernier a déjà réussi à reporter d’une génération la demande  des Américains  pour un système de santé universel et gratuit et à en envoyer 14 % vivre dans la mendicité des “food stamps sans une révolte, il n’a encore qu’amorcé le train des mesures impopulaires qui permettront de transformer les USA en un véritable état corporatiste.   On s’est donné bien du mal pour mettre Obama dans sa position exaltée et infiniment vulnérable. Il a déjà la corde au cou, mais on va le charger encore avant de déclancher la trappe.

Il ne faut donc pas trop s’inquiéter des facéties des candidats républicains: c’est pour rire.  Il n’est pas prévu que l’un ou l’autre de ces guignols devienne président des USA. Même si l’on sait mieux, depuis le super communicateur Obama, à quel point celui qui lit  de façon convaincante les messages qu’on lui écrit au téléscripteur n’a pas besoin d’en comprendre le sens, ce serait gênant pour l’Américain moyen que soit élu Newt, Ron, Rick ou Mitt et de sentir confusément que le monde entier ricane de son leader… On va sans doute garder Obama pour un autre tour de piste.

Si les candidats républicains ne sont là que pour servir de faire valoir, il ne faut pas croire, toutefois, qu’ils ont été choisis au hasard.  Romney, bien sûr représente les conservateurs “progressistes” anglo-saxons qui sont encore – pour une ou deux décennies – la première composante démographique de la population et les gardiens de la tradition ”Mayflower”.  Ils sont encore l’image de l’Amérique pour le monde qui veut y croire et le modèle  d’imitation pour sa population de plus en plus bigarrée, Mainstream USA, qui veut d’autant plus se reconnaître en Romney qu’elle lui ressemble de moins en moins…

Gingrich, lui, est là pour l’image de l’Américain maquignon, “streetsmart”, vendeur d’huiles de serpents miraculeuses et de voitures usagées. Tammany Hall au quotidien, mais aussi le cousin  véreux dont on dit du mal, mais dont on est fier au fond qu’il puisse couillonner les étrangers au besoin.  Parce que l’Américain se veut bon et craignant Dieu… mais astucieux et sans faiblesse.

Ron Paul est l’opposé de Gingrich. C’est l’idéal composite d’un vieillard qui pense jeune. Un clin d’oeil à la nostalgie des pionniers autosuffisants et des robber-barons, qui insistent pour « plus de liberté », sans trop regarder les aspects pervers d’une société sans solidarité.

Ceux qui ont tout perdu dans la crise ne demandent qu’à croire que c’est la faute des fonctionnaires… sans voir que le mal de l’État est venu d’un fonctionnariat totalement corrompu par l’usage habile et indiscriminé des “lois du marché”, dont on n’a exclu que du bout des lèvres qu’on puisse y soumettre aussi l’achat, la vente et la location des consciences.

Quant à choisir Paul comme candidat républicain ce serait un énorme gambit. J’aurais peur, car j’y verrais une façon pour l’Establishment de faire plébisciter cet automne, en choisissant Obama, toutes ces choses que Ron Paul rejette par principes … alors qu’Obama reste ouvert à les faire à regret. Ce qui inclut la main mise de l’État sur l’économie pour régler la dette… ou encore des guerres inutiles.  On aurait peut-être ce raisonnement tordu que, si le people n’a pas voté pour Paul, c’est qu’il approuve une guerre d’agression contre la Syrie ou l’Iran… !

Santorum ?  On peut le voir comme un sot… ou comme la force montante du fondamentalisme qui séduira les Américains quand ils en auront marre de l’hypocrisie des medias, du grenouillage  des politiciens et du pouvoir occulte des banquiers.  Le fondamentalisme ne pouvait sauter cette élection 2012 à la présidence sans avoir son cheval dans la course, car  quand ce monde les aura vraiment déçus, les Américains auront sans doute le réflexe historique de miser sur l’Au-delà.

Ce ne sera pas cette fois, mais dans 4 ou 8 ans… le danger sera alors bien réel que ce soit Savonarole qui vienne demander des comptes aux banquiers. Et il n’est pas sûr, alors qu’on aura gagné au change.

En attendant, il est clair que le vrai pouvoir demeurera encore caché pour un temps. Pour les apparences du pouvoir, car c’est de ça qu’il s’agit ici,  je donnerais Obama favori en novembre 2012…. et je m’attends au pire.

Pierre JC Allard

413. Tout droit 12.02.05

Je suis assis dans un train qui se prépare a engager un ligne droite sans virages de 480 kilomètres. Paysage à gauche, une sorte de reg, un autre mot pour dire « rien ». A droite, même chose. Nullarbor est le nom qu’a donné à cet espace un type qui a pensé que c’est ainsi en latin qu’on devrait dire qu’il n’y a pas d’arbres… Alors je pense au temps qui passe. A notre société qui va en ligne droite vers sa fin prévisible, maintenant qu’il n’y a plus, ni à gauche ni a droite, la moindre trace d’une pensée politique vivante.

La fin que tout appartienne à quelques-uns, puis, inexorablement que les autres brutalement le leur reprennent. J’ai retrouvé ce texte que j’ai publié le 8 0ctobre 1997. Un fait divers mais qui marque qu’on est bien sur la ligne droite… Depuis 15 ans, rien n’a changé. La route s’étire,  on est presque  arrivé, pjca

  LE TEXTE QUI SUIT EST UNE REPRISE

Les vautours à charte

Il semble qu’il n’y a pas de limite au nombre de couleuvres que ceux qui nous gouvernent peuvent faire avaler au monde ordinaire. Ainsi, la Banque du Canada vient d’annoncer froidement qu’elle augmente les taux d’intérêts pour “contrer une reprise économique trop rapide qui POURRAIT créer un risque d’inflation”. Personne ne s’inquiète. Les médias sont muets.

Muets encore, les médias, quand les banques a charte annoncent qu’elles vont refiler à leurs clients le DOUBLE de l’augmentation du taux d’intérêts que leur impose la Banque du Canada.

Silence encore, et personne ne rigole, quand la Banque du Canada se dit “surprise” par la décision des banques. Décision, bien sûr, dont il faut croire qu’elle n’a pas été concertée entre les banques – concurrence oblige – et que la Banque du Canada n’en a pas été préalablement avisée.

Ce qui est choquant, ce n’est pas tant que les possédants soient à quatre pattes sous la table pour ramasser les miettes avant que Lazare ne s’en nourrisse, c’est qu’ils se donnent si peu de mal pour dissimuler l’opération. Il semble que nous ayons atteint le point où le système n’a plus ni la peur ni le respect d’une population que son apathie condamne à une descente progressive aux enfers.

En langage clair, voici ce que la Banque du Canada, les banques et le gouvernement viennent de faire: virer sur le compte des possédants environ 1% par année d’une dette publique et privée d’environ 1,2 TRILLION, soit 12 milliards, dont une partie significative restera aux mains des banques a charte.

Ces 12 milliards sortent des goussets du monde ordinaire. Ce sont les intérêts supplémentaires que vous allez payer pour votre maison, pour votre auto… et sur le solde impayé de vos cartes de crédits, car une hausse du taux de base se répercute à travers toute la structure.

Ces 12 milliards iront dans les goussets de ceux dont les besoins sont satisfaits et n’entraineront donc pas une plus grande consommation. En fait, on vient de décider de NE PAS augmenter la consommation de 12 milliards. On vient de décider de NE PAS CRÉER LES 150 000 EMPLOIS qui auraient été nécessaires pour produire ces 12 milliards de produits de consommation.

Ne pas créer ces emplois, c’est ce qu’on appelle freiner une croissance trop rapide. Virer 12 milliards aux riches, pour les rassurer que tout gain de productivité finira bien dans leur poche et non dans celle des miséreux ou de la classe moyenne, c’est ce qu’on appelle “contrer les risques d’inflation”.

La principale activité de nos gouvernants n’est PAS de lutter contre le chômage; c’est, au contraire, de garder le chômage au niveau le plus élevé qui n’entraîne pas de désordre civil incontrôlable. Vous ne le croyez pas? Regardez comment la Bourse BAISSE chaque fois que les chiffres de l’emploi s’améliorent. Regardez et comprenez. Croyez-vous que l’objectif de nos gouvernants soit de réduire le chômage, même au prix d’une baisse des valeurs en Bourse… ou de maintenir le prix des valeurs en Bourse en faisant en sorte que le chômage ne diminue pas?

Nous venons d’avoir la réponse – encore une fois – de la Banque du Canada: on vient de faire en sorte qu’il n’y ait pas de reprise de la croissance… On vient de relancer le chômage au profit des banques – les vautours à charte –  et de ceux qui vivent de leurs intérêts.

Pierre JC Allard

414. Legault: « Celui qui doit venir  » ? 12. 02.12

Il semble bien que Legault sera le prochain proconsul à qui les maîtres du monde confieront la gestion du Québec. Voyez, tous les sondages le disent… Bidons les sondages ? Bien sûr. Mais un sondage bidon est bien plus révélateur que ne le serait un sondage honnête, car une population peut changer d’avis en quelques semaines de manipulation, alors que ceux qui fabriquent et bidonnent les sondages, eux, n’en changeront pas…

Les sondages sont donc, la plupart du temps, des prophéties qui se réalisent : les résultats des sondages sont un élément fondamental de l’enfumage à chaud et à froid du surgelé démocratique qu’on nous fait bouffer. Considérez les sondages comme des messages que le vrai pouvoir vous envoie.

Ainsi, l’immense popularité de Layton a commencé avec de surprenants résultats de sondages…et ce n’est que bien plus tard qu’on a compris l’astuce de donner sans risque son heure de gloire à la gauche en lui offrant un sacre ante mortem. Maintenant, les sondages disent « LEGAULT » et il semble que celui-ci sera le nouvel oint du Système.

Oh, il ne faut jurer de rien ; voyez comment Ignatieff, qui avait été prévu pour le poste de PM à Ottawa, est disparu comme il est venu, quand il a semblé plus simple de garder Harper, qui apparaissait désormais prêt à toutes les compromissions… Mais tout indique que ce sera Legault et il faudra s’y faire, quoi qu’en pensent mes amis de la Gauche qui s’énervent…

Qui s’énervent bien à tort, car ce serait quoi l’alternative réaliste à Legault ? Un Charest totalement discrédité – et vu par beaucoup, a tort ou a raison, comme un outil du crime organisé ? Le PQ en déroute, comme prévu, avec une leader mal-aimée et une vieille option indépendantiste dont toutes les rides apparaissent soudain comme sur le portrait de Dorian Grey ? Québec Solidaire, encore marginal et qui le restera jusqu’à ce qu’il ait réalisé sa fusion avec Projet Montréal ?

Qui d’autre que Legault pourrait prendre la main ? Alors, puisque c’est lui qu’on nous destine, il vaudrait mieux faire un petit effort de pensée positive et se demander déjà ce qu’on pourra attendre de lui…

D’abord, il semble bien que Legault arrive à point pour mettre à l’heure deux (2) grandes pendules qui retardent depuis longtemps… et en remettre en marche au moins trois (3) autres, où il semble que les souris – ou des rats – aient fait leur nid.

1. Mettre à l’heure la pendule constitutionnelle.

Il y a deux générations que la place du Québec dans le Canada ne se négocie plus de bonne foi. On se borne à l’affirmation impuissante, vociférée par une minorité velléitaire, que l’on en sortira… Ce que l’on ne fera pas que dans le cadre d’une Union Nord Américaine, lorsque ce sera devenu totalement inutile. Le monde a changé, le partage des pouvoirs entre Ottawa et Québec doit être revu pour de simples raisons d’efficacité et l’on tarde trop à le faire. Legault, le ci-devant sécessionniste devenu pragmatique, est l’homme pour le faire.

La menace de l’indépendance écartée, on aura des négociations sereines avec Ottawa, car l’avènement de Legault peut marquer la fin du Parti Libéral au Québec… Or,sans le Québec comme position de repli et pépinière de talents, le Parti Libéral au palier fédéral cédera au Parti Conservateur le rôle de parti « naturel » e gouvernance. C’est la fin d’une époque et Harper ne ratera pas cette chance. On peut compter qu’Harper donnera au Québec de Legault tout ce qui sera raisonnable et consolider la position de celui-ci en lui offrant un « fédéralisme renouvelé » qui sera bien accueilli au Québec.

2. Mettre à l’heure la pendule syndicale.

Le syndicalisme au Québec doit être changé. Il n’est pas acceptable que les piliers sur lesquels repose principalement la défense des intérêts des travailleurs soient ancrés dans le secteur de la construction et la fonction publique, dans la corruption, le népotisme et le travail planqué.

En refusant une enquête dans la construction, on a associé syndicalisme et mafia dans l’esprit de la population et cela ne changera que quand tout le mouvement syndical aura montré patte blanche et aura accepté que son leadership se soumette aux principes de la démocratie sous contrôle judiciaire.

Dans la fonction publique, on a une aberration, puisque le syndicalisme oppose le travailleur à un employeur présumé « exploiteur » qui, ici… est la population elle-même ! Une grève dans la santé, l’éducation, les services publics n’est pas ne lutte contre le capitalisme. C’est une prise d’otage de TOUS les travailleurs par certains qui sont « bien » syndiqués. Il faut comprendre que le torchon bbule entre le peuple et les syndicats et qu’une large part de la population est jalouse, aussi, des conditions privilégiées dont elle estime que jouissent les fonctionnaires.

Legault aura donc le large soutien de la population pour remettre le syndicalisme à sa place dans ces deux secteurs. Il gagnera cette bataille – peut-être brutale, mais courte – qui sera décisive et qui marquera aussi la fin d’une époque. Sans la construction et la fonction publique, les syndicats ne représenteront plus une force dominante au Québec et c’est tout le syndicalisme actuel, jugé anachronique, qui pourra être re-ciblé.

Ayant remis ces deux (2) pendules à l’heure, Legault aura ensuite le vent dans les voiles pour s’attaquer aux trois (3) problèmes irritants que sont la Santé, l’Éducation et la Justice et où c’est l’immobilisme béat dans l’ineptie qui est l’ennemi. Ce qu’il propose à ce jour en ces domaines est bien sommaire, mais soyez sûrs qu’il bonifiera ses offres selon le calendrier de la campagne électorale à venir.

Or, il suffirait d’UNE avancée spectaculaire dans chacun de ces dossiers, pour que Legault apporte plus que ce que nous à donné le tandem PQ-PLQ depuis des décennies. Il pourrait se limiter à des améliorations peu coûteuses, mais bien visibles.

Ainsi, en santé,, faire que, dans les 90 jours des élections, chaque citoyen ait son médecin de famille. Une simple question d’appariement… et de fermeté avec les médecins.

En éducation, qu’on laisse TOUTE la composante pédagogique à la discrétion des enseignants et qu’on donne toute a responsabilité des examens au Ministère. On aurait tout de suite des élèves qui apprennent. On discuterait ENSUITE, ad nauseam, de docimologie et d’évaluation formative et normative…

Dans le système judiciaire, aire que, en toutes matières contractuelles, l’arbitrage devienne le prefmier palier incontournable de résolution des conflits.

Ne me faites pas dire que ces trois mesures suffiraient à régler tous les problèmes ! Il y a des dizaines d’autres choses urgentes à faire… Mais ces trois (3) mesures faciles instaureraient un climat d’optimisme. Elles passeraient le message qu’on est sorti de l’immobilisme. Qu’on VEUT changer quelques choses, envers et contre tous les corporatismes.

Je vois presque des mains se lever pour demander « Et la dette ? Et la répartition de la richesse ? Et le contrôle des banques sur l’économie… ? » Baissez ces mains que je ne saurais voir. « Ne demandez pas l’impossible. Il n’est pas dans les pouvoirs réels de nos gouvernants de toucher ces sujets. Si Legault n’avait pas déjà donné l’assurance qu’il n’y changerait rien, il ne serait pas dans la course et son nom ne serait même pas mentionné…

Etes-vous celui qui doit venir » – demandait les envoyés du Baptiste – «… ou devons-nous en attendre un autre ? ». Il faudra attendre, car Legault ne viendra pas réaliser les grands espoirs de ceux qui veulent une nouvelle société. Mais, attendant le messie, il faudrait se demander, cependant, si AUJOURD’HUI ce que peut offrir Legault n’est pas le meilleur de ce que peut offrir le régime que nous avons.

Si votre réponse est « non », dites-moi : qui pourrait être élu et faire mieux ?

Si votre réponse est « oui », mais que vous en vouliez plus, il faudrait changer le régime. Mais cela ne se ferait qu’avec des fusils. Pensez-vous sérieusement que les Québécois veuillent faire une révolution ? Alors, amis de Gauche, en attendant, pourquoi pas Legault ?

Pierre JC Allard

415. Le temps du mécontentement 12.02.19

Hollande, Sarko… le temps du mécontentement Avec un petit clin d’oeil à Shakespeare et Steinbeck, je vous annonce la fin du monde.  Pas celle qu’auraient prévue les Mayas, celle que n’importe qui peut prévoir, comme on peut prévoir qu’un corps en chute libre va tomber.  La fin du monde dans le sens franchouillard d’une rupture avec cette vieille paire de pantoufles faite sur mesure pour le Grand Charles qu’a été la Ve République… et avec la démocratie qu’on nous a inventée.

C’est que je ne peux m’imaginer un lendemain qui chante à cette élection qui vient, quel que soit le vainqueur.  On peut s’attendre, quoi qu’il arrive, à 70% de mécontents.  Mécontents du résultat, mécontents du système lui-même.  Dégoutés des partis, dégoutés des politiques. Ras le bol  des  mensonges, des magouilles… et de la démocratie bidon qui repose sur le contrôle des médias et une corruption omniprésente pour arrondir les angles.

Il y aurait eu une option : une candidature unique, rassembleuse de centre droit.  Mais le Système ne voulait ni Villepin, ni Bayrou, encore moins Asselineau… Le Système veut l’immobilisme des machines PS ou UMP, celles qui changeront quelques copains, mais ne toucheront surtout pas au copinage.

La France  d’« en-haut »  a fait la pari qu’on pourrait faire un autre tour de piste avant que la musique n’arrête et, jusqu’à maintenant, il semble qu’elle ait eu raison.  La France d’en-bas ronchonne discrètement, mais ne bouge pas. Elle semble résignée à ce qu’il n’y ait pas de solutions aux problèmes, à ce que les inégalités augmentent et à ce que notre société meure faute d’une bonne raison de vivre.

Résignée… mais les sociétés ont parfois des sursauts.  Le mécontentement du lendemain d’un certain jour de mai prochain pourrait être salutaire. On pourrait comprendre d’un seul coup que notre société est à mourir empoisonnées de sa démocratie… et qu’il faudrait lui en donner une autre.  Je parlais déjà l’an dernier d’une crise politique, dans un texte dont je reprends ici certains points, mais qu’il serait bon de lire.

Pas une crise politique dans le sens d’un choix entre un homme ou un autre, entre un programme de gauche et un programme de droite, mais une crise de la politique elle-même. Une remise en question, non pas tant des hommes et des procédures pour déterminer qui exerce le pouvoir – même s’ils ont leur importance – que de la façon dont la gouvernance se définit, de ses limites et de ses modalités d’exercice.

En apparence, il semble y avoir un consensus pour la démocratie. Qui vous a dit du bien, récemment, du fascisme, du stalinisme, du despotisme éclairé, de la monarchie absolue ou que quelque forme de gouvernance autre que la démocratie ? La DÉMOCRATIE occupe seule tout l’espace correct du débat politique. Tout le monde ou presque est convaincu des mérites de la démocratie. On est pour la démocratie ou l’on est un monstre.

Il y a un consensus en faveur de la démocratie. Évidemment, le consensus s’arrête là. Parce que, lorsqu’on a dit ” démocratie ” et qu’on a applaudi, le consensus se brise. Il éclate dès qu’on tente de répondre à quelques questions pourtant simples, mais bien embêtantes, comme ” Qu’est-ce que la démocratie ? “, ” Quel type de démocratie ? ” ,” Quelles sont les conditions minimales pour qu’on soit bien dans un régime démocratique ? ” etc. etc…

Ces questions agacent, parce qu’elles nous confrontent à cette réalité choquante que si l’idéal démocratique comme concept règne sans rival sur les coeurs et les esprits, celle-ci ne règne en fait nulle part ailleurs. La démocratie est un projet de société qui reste à bâtir.

Peut-on parler de démocratie, quand certaines options de gouvernance disposent, pour se faire connaître et vanter leurs mérites, de moyens financiers qui sont 100 fois ceux de leurs concurrents et que l’accès de ceux-ci aux médias est, avec les premiers, dans le rapport du zéro à l’infini ? Même les conditions matérielles pour un choix démocratique n’existent pas. Triste… et ce n’est que le moindre des problèmes de la démocratie…

Supposons une information parfaite, accessible à tous. Peut-on honnêtement prétendre que tous les citoyens ont le bagage de connaissances générales, la culture et l’éducation pour accueillir cette information et la comprendre ? Supposons même que si.  Avons tous une même aptitude fondamentale à penser droit ?

A connaissances et information égales en arriverions tous à nous former une opinion éclairée et judicieuse ? Faisons un acte de foi et supposons-le aussi. Il n’en reste pas moins qu’une société qui peut fonctionner doit être, par définition, un ensemble de compétences complémentaires.

L’opinion de chacun sur chacune des questions spécifiques auxquelles gouverner exige une réponse a-t-elle la même probabilité de conduire à la décision la plus efficace ? Serait-il raisonnable que mon avocat opine sur le traitement de mon ulcère et mon médecin sur la conduite de mes affaires ?

La volonté populaire nous dira-t-elle avec sagacité, si on doit encourager l’épargne ou la consommation, si la conjoncture internationale et le rapport des forces suggèrent des investissements militaires, si on doit – et si on peut – favoriser un nivellement des revenus, si nous avons les ressources pour un système de santé gratuit et universel, etc. ?

La réalité, c’est que, dans une société complexe, considérant tous les facteurs, il n’y a qu’une seule « meilleure solution » et que ce n’est pas Quidam Lambda, mais des experts qui la connaissent. On peut s’en remettre à la volonté du peuple pour nous dire ce qu’il juge « la meilleure », mais on connaît ses critères. Les réactions du peuple sont prévisibles.

La politique globale qui résulterait de la volonté populaire ne constituerait pas un ensemble cohérent, mais serait au contraire un tissu dense de contradictions. La volonté démocratique de la population serait d’augmenter les services et de diminuer les taxes et impôts tout en remboursant la dette, misant sur un gain d’efficacité qui irait de paire avec une réduction non seulement des effectifs, mais de la charge de travail de chacun…! La quadrature du cercle.

Le peuple veut l’impossible. Le rôle du politicien en démocratie est donc d’abord de faire croire à l’impossible, puis de s’excuser de ne pas l’avoir livré en promettant que désormais il le fera…  Mentir n’est cependant pas suffisant. Pour qu’un État fonctionne, il faut qu’aux choix démocratiques des quidams soient substituées des décisions prises par des experts. Des décisions cohérentes. Efficaces. Le fonctionnariat est là pour ça. Il est choisi, nommé, pas élu.

Quand on dit démocratie, en faisant tout pour exclure toute participation du peuple à la prise de décision, il faut donc comprendre que ce n’est pas SEULEMENT une arnaque pour déplacer le maximum de richesses vers ceux qui ont déjà la richesse et le pouvoir. C’est AUSSI un geste de mansuétude, pour cacher aux enfants chéris du bon Dieu que, non seulement la démocratie n’existe pas, mais que, dans le sens racoleur qu’on a donné au terme “démocratie”, celle-ci est rigoureusement impossible.

La crise actuelle de la politique, c’est qu’une part grandissante de la population prend conscience de cette impossibilité.

La solution ? Il faut accepter que l’individu ne peut pas définir des politiques : il ne peut que choisir celle qu’il veut, entre des options cohérentes qu’on lui présente. La démocratie efficace est donc celle d’un droit de veto.  Pas moins, pas plus.

Si la démocratie efficace ne peut être qu’une sequence de « oui » et de « non », la démocratie vraie, c’est introduire dans la gestion de l’État BEAUCOUP de points de contrôle sectoriels permettant que les citoyens puissent dire démocratiquement ce qu’ils ne veulent pas et, dans le champ de leur compétence, exclure les moyens qu’ils considèrent inacceptables.

C’est cette VRAIE démocratie qu’il faudrait mettre en place. Ceux qui profitent de la situation actuelle ne veulent évidemment pas qu’on en change…  Ils préfèrent faire ce qu’ils veulent …en disant que c’est nous qui l’avons demandé.   Nous n’aurons donc une vraie démocratie que quand le people sera TRES mécontent.  Il le sera peut-être en mai.  Après, on verra…

Pierre JC Allard

416. Halte à la dérive… 12 03.06

Je vous copie verbatim cette semaine un envoi de Michele Delpech, une lectrice. Cet envoi parle par lui-même. Je vais signer cette pétition, parce que je voudrais que la France demeure respectable. Que la France dise halte à la dérive vers la veulerie face au désordre et à la violence gratuite.

Je suis conscient que les chances que cet appel réussisse sont minces: c’est au pouvoir judiciaire de juger et d’imposer des peines, pas à un maire devenant justicier. Signer cette pétition n’est pas vain, toutefois. C’est dire clairement qu’il est temps que l’on créée une société où le pouvoir judiciaire juge et impose les peines qu’il faut. En attendant qu’on le fasse, c’est le justicier qui a la sympathie de la population et
c’est ne PAS se conformer à la loi qui est perçu comme respectable.

Il est temps que tous les gens de bonne volonté se lèvent et affrontent le mal. Il ne faudrait pas trop attendre, car Les honnêtes gens se lassent et la lassitude mène à de tristes excès. Au Honduras, on vient de faire bruler vifs dans l’incendie de leur prison près de 400 criminels d’un seul coup… et la population hausse les épaules… ou sourit.   Essayons d’éviter ces excès.

Des pétitions ne suffiront sans doute pas à arrèter la dérive, mais c’est un début. Ensuite, il faudra aller aussi loin qu’il le faudra, car quand l’ordre ne règne plus, il n’y a plus de société.

pjca

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« Ses cheveux ont blanchi en quelques jours »

Lorsque la reine Marie-Antoinette fut extraite de son cachot pour être guillotinée, la foule fut médusée : ses longs cheveux châtains étaient devenus blancs, en quelques jours.

C’est ce qui est arrivé à Maurice Boisard, maire de Cousolre, une petite commune du Nord. Sa vie a basculé lorsque cet honnête homme a été traîné devant un tribunal comme un vulgaire délinquant.

Le 24 août 2010, Maurice Boisard, élu de sa commune depuis trente ans, sans étiquette, surprend un jeune en train d’escalader le grillage entourant les bâtiments municipaux.

Ce grillage est tout neuf. Il a coûté 10 000 euros, une somme importante pour un village de 2500 habitants. L’attitude du jeune est d’autant plus suspecte que tous les jeunes de la commune savent qu’ une clé est à leur disposition pour pénétrer dans les lieux.

Mais surtout, il se trouve que ce jeune est le chef d’une petite bande qui, depuis longtemps, empoisonne la vie des habitants.

Selon la presse locale, ils parlent fort, tard et traficotent sous les fenêtres. Les habitants se plaignent, à tel point que le Maire a été obligé de prendre un arrêté municipal interdisant les rassemblements à certains endroits du village, comme dans les pays en guerre ! (Nous sommes pourtant dans l’Avesnois, une région rurale réputée tranquille).

En rétorsion, les jeunes multiplient les provocations, insultes, bris de vitres, bouteilles d’alcool jetées sur la chaussée. Des tags agressifs maculent les murs de la commune un peu partout. Les vasques de fleurs sont piétinées. Les plaintes affluent au commissariat… qui est trop débordé pour réagir.

Le Maire organise alors un voyage pour les jeunes de la commune , espérant leur montrer sa bonne volonté.

Rien n’y fait. Le 18 juin 2010, le jeune chef de bande vient ouvertement provoquer le maire et rigoler pendant la commémoration avec les anciens combattants. Il se « met ostensiblement devant sa voiture lorsqu’il va chercher son petit-fils à la sortie de l’école communale » raconte le chroniqueur judiciaire du Monde .

La tension est d’autant plus forte dans la commune que le prédécesseur de Maurice à la mairie de Cousolre a démissionné en 2006 après avoir été battu à coups de manche de pioche pour avoir refusé un droit de stationnement à un forain.

Alors, ce jour-là, le maire décide de ne pas laisser passer. Il sort de la mairie et exige du jeune qu’il descende immédiatement du grillage, le menaçant de « l’emmener au poste ».

Devant une douzaine de copains, le jeune rétorque qu’il veut aller chercher un ballon « C’est pas toi qui va m’empêcher de faire ce que je veux ». « Il m’a insulté, m’a traité de ‘bâtard’ » raconte le Maire. Celui-ci décide de réagir et lui administre une gifle.

L’adolescent sort de ses gonds, les insultes pleuvent –  » Fils de pute, je vais niquer ta mère, attends si t’es un homme, je vais te tuer « . Mettant ses menaces à exécution, il cherche d’abord à le frapper à coup de poing, puis rentre chez lui, prend deux couteaux qu’il glisse dans ses chaussettes et revient sur la place de la mairie !!!

Il s’en faut d’un cheveu que l’irréparable soit commis : seule l’intervention de ses « copains » permet d’éviter le drame.

Quand les parents du jeune apprennent ce qui s’est passé, leur réaction est d’aller… porter plainte contre le Maire pour « violence ».

Et voilà que la Justice, parfois si peu pressée de défendre les citoyens, se saisit immédiatement du dossier . Maurice Boisard se retrouve au Tribunal, à la barre des accusés.

La scène est surréaliste : le Procureur Bernard Beffy l’accuse de s’être organisé pour pouvoir fanfaronner devant la Cour, faire parler de lui et se faire passer pour une « victime » !

Le journaliste du Monde raconte :

« Vous vouliez le tribunal, parce que vous vouliez une tribune ! » , lui lance le procureur. Il s’en prend avec la même agressivité aux élus – pour la plupart des maires sans étiquette de petites communes et d’autres, sympathisants ou militants du PS – venus soutenir leur collègue et à leur  » corporatisme un peu primaire « . Il ironise avec lourdeur :  » On voudrait savoir, Cousolre, c’est Chicago des années 30 ? Heureusement que vous n’êtes pas maire de Montfermeil, Monsieur Boisard ! « 
Et la charge continue, sur le même ton.
— Avez-vous mis en place un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance ?
— Mais on est une commune de 2 500 habitants… , souffle le maire.
— Voulez-vous autoriser tous les maires de France à donner des gifles à leurs administrés, à rendre eux-mêmes la justice, à se voir confier des pouvoirs de shérif ? , poursuit le procureur.
A son banc, Maurice Boisard semble sonné. La voix du procureur résonne encore dans la salle :  » Vous êtes quelqu’un de bien, et à 62 ans, vous êtes d’autant moins pardonnable de vous être laissé aller à un emportement contre un jeune de 16 ans, ces jeunes auxquels notre génération laisse si peu d’espoir… La jeunesse est insolente, turbulente, mais ce n’est pas une maladie ! « , tonne-t-il encore avant de requérir une peine de 500 euros contre le maire.

Deux semaines plus tard, la sanction tombe : le Tribunal a décidé d’aller plus loin encore que ne le réclamait le Procureur : non seulement il décide de condamner pénalement Maurice Boisart, qui se retrouve avec un casier judiciaire, mais il exige en plus qu’il verse 250 euros de dommages et intérêts au jeune voyou, et surtout de prendre à sa charge tous les frais de Justice !

L’assistance n’en croit pas ses oreilles. Maurice Boisart avait cru qu’il était de son devoir de « marquer une limite aux insultes à l’homme et à la fonction qu’il représente ».

Surtout, chacun réalise avec effroi que la Justice vient de retirer au Maire le peu d’autorité qu’il avait encore : « C’est une gifle qui coûte cher mais est-ce vraiment le plus important ? Si je suis condamné, les jeunes vont faire ce qu’ils veulent, les maires ne vont plus se retourner. On va faire jouer les assurances et puis c’est tout », déclare Maurice Boisart, ravagé. (La voix du Nord – 3 février)

Le constat est partagé par le maire PS de la commune voisine de Jeumont, dans le Nord, Benjamin Saint-Huile : « La sanction financière, on s’en moque (..). Le symbole, c’est vous, mesdames et messieurs les élus de la République, qui faites le choix de vous engager pour les autres. Quand vous aurez un problème, sachez qu’il faudra vous débrouiller, que l’institution judiciaire ne considérera pas que vous avez un statut particulier » .

Mais surtout, ce que vous devez savoir, c’est qu’en dehors de quelques réactions isolées, personne ne s’est exprimé publiquement pour défendre Maurice Boisart .

Aucune réaction massive n’a eu lieu dans la population, jusqu’à présent.

Le « jeune » va toucher son chèque, ses amis ricanent, Maurice Boisart est détruit. La fonction de Maire, en France, a perdu encore un peu de son prestige. D’autorité, il ne lui reste quasiment plus rien, et il est certain que, la prochaine fois qu’ils sont confrontés à des actes de vandalisme, l’ensemble des Maires de France se souviendront de ce qui est arrivé à leur collègue.

Tout ceci est inéluctable. Mais il reste un grand espoir :

L’affaire n’est pas tout à fait terminée. Maurice Boisart a fait appel.

Et cette fois, nous pouvons tout changer à ce procès en rassemblant des centaines de milliers de signatures pour le soutenir.

Oui, si vous signez la déclaration de soutien ci-dessous, et si vous passez ce message à tout votre carnet d’adresses, nous pouvons provoquer une vague de solidarité historique dans le pays.

Nous pouvons faire en sorte que Maurice se sache soutenu par des centaines de milliers de Français, et manifester publiquement notre réprobation la plus totale contre cette Justice-là qui marche à l’envers et qui nuit aussi directement à la paix et à la bonne entente dans notre pays.

Notre mobilisation commune, si elle est massive, changera complètement l’état d’esprit de Maurice Boisart. D’homme seul, abandonné de tous, il passera au statut de héros d’une cause qui nous appartient à tous.

L’Institut pour la Justice vous appelle donc solennellement à signer la déclaration officielle de soutien à Maurice Boisard , et à la faire signer par tout votre entourage.

Cela ne vous demandera qu’un instant, mais c’est un moyen concret de réparer, au moins partiellement, la bêtise et l’agressivité déplacée de ce fonctionnement-là de la Justice

S’il vous plaît, ne fermez pas cet email pour l’envoyer aux oubliettes. Ce serait un énorme gâchis. Puisque vous avez investi du temps pour lire ce message jusqu’ici, faites ce geste simple de signer la déclaration officielle de soutien au maire de Cousolre.

Alors merci de soutenir notre ami Maurice Boisart en signant maintenant la pétition ( cliquer ici ). C’est une question d’élémentaire justice et équilibre. C’est aussi une question d’honneur.

Un grand merci,

Laurence Havel
secrétaire nationale

Pour signer la pétition de soutien : http://petitions.institutpourlajustice.com/maire_cousolre/

 

Pierre JC Allard

417. Australie. A chacun son verglas…   12.03.11

L’Australie connait les pires inondations de son histoire.  Paralysie ? Bien sûr, il y a des villes sous l’eau, des digues qui craquent, des déplacés à foison et quelques morts… Mais dans les têtes et les coeurs, c’est autre chose. On travaille plus dur, on s’entraide…Comme au Québec, il ya quelques années, quand le verglas avait paralysé le Québec et qu’on avait eu peur. L’Austraiie vit sa crise du verglas… qui a été un grand – et beau – moment de l’histoire du Québec .  Alors ça m’a rappelé….

Je pense qu’on devrait tous se rappeler. On pourrait s »éveiller, se battre  et se débarrasser des Harper, Charest et autres su même acabit.  Dans les Québécois qui sommeillent, il y a peut-être, comme disait Levesque, « quelque chose comme un grand peuple »…    Je ne sais pas.  La foi, c’est pour ça, pour quand on ne sait pas.

CE TEXT QUI SUIT EST UNE REPRISE 

Guerre et paix

Étant encore enfant, alors que les nouvelles de la guerre mondiale faisaient toutes les manchettes et occupaient à peu près tout l’espace des journaux, je me souviens de m’être souvent demandé de quoi diable on pourrait bien parler quand la paix serait revenue. Quand la guerre s’est terminée, bien sûr, j’ai eu ma réponse. Quand la guerre est finie, on dit des niaiseries.

Quand la guerre est finie, on parle de hockey, de base-ball, de la vie privée des vedettes du sport et du cinéma, de crimes crapuleux qu’on ne fait rien pour empêcher, de trafics qu’on fait tout pour encourager, de pseudo problèmes économiques qu’on pourrait régler d’un trait de plume mais qu’on laisse pourrir, comme le chômage et la dette publique, parce que l’essence d’une politique de temps de paix, c’est de ne pas faire de vagues. Rester tranquille en espérant que la situation demeurera supportable le temps de vivre une carrière de politicien sans envergure. En temps de guerre, c’est autre chose….

En temps de guerre, il y a de vrais problèmes à régler et on prend des décisions. En temps de guerre, on sait que c’est le travail qui produit, qui enrichit et qui fait gagner les guerres… et tout le monde travaille. En temps de guerre, on sait que l’argent est un papier commode pour reconnaître le travail effectué et faciliter les échanges… et on en imprime selon les besoins. En temps de guerre, on sait que c’est la solidarité qui fait gagner les guerres. Pendant la guerre, on reprend contact avec la réalité.

Je dis “la guerre”, mais il faut comprendre “crise”, “urgence”, “catastrophe”. Au Québec, pendant deux semaines, nous avons vécu la guerre. L’ennemi, c’était la neige, le froid, le verglas. Nous avons fait la guerre. Nous allons gagner cette guerre parce que nous nous battons contre de vrais ennemis. Le froid est une réalité; un fil brisé est un vrai problème pour lequel il y a une vraie solution – le réparer – et avec lequel on ne peut pas tricher: le courant passe ou ne passe pas.

Si nous avions réagi à cette crise comme nos gouvernants réagissent à nos problèmes de “temps de paix” – chômage, éducation, justice, santé, etc. – c’est le froid et le verglas qui auraient gagné. Si nous avions procédé par commissions d’enquête, griefs, injonctions, si nous avions lancé un “vaste débat public”, si nous avions pensé d’abord aux coupures budgétaires, aux privilèges syndicaux et au profit des investisseurs, nous serions morts de froid. Dieu merci, on a repris contct avec la réalité et on a fait ce qu’il fallait. Le temps d’une guerre.

Mais après? Quand la guerre à la glace et au froid sera bientôt finie, faudra-t-il vraiment qu’on revienne au spectacle navrant des politiciens de “temps de paix”? Ceux qui se gargarisent de mots et préfèrent se battre contres des fantômes, pour pouvoir dire de temps en temps qu’ils ont gagné quand ils choisissent de changer de moulin a vent ? Ceux à qui il faut 30 ans pour digérer une mise à jour de l’éducation… dans un monde où une technique qui a cinq ans est désuète? Ceux qui trouveraient “naturel” un taux de chômage de 9%, sans vouloir voir qu’il cacherait encore une réalité de 22 % de sans-travail? Des politiciens qui ne voient rien de scandaleux à ce que le monde ordinaire n’ait plus d’accès efficace au système judiciaire, trop lent et trop coûteux?

Pourquoi les gouvernements qui peuvent réagir avec célérité à une crise naturelle imprévue comme celle que nous venons de vivre ne peuvent-ils pas réagir avec la même promptitude pour résoudre les problèmes cruciaux permanents – et bien connus – de notre société? Il n’y a, hélas, qu’une seule réponse à cette question: nos gouvernants NE VEULENT PAS régler les problèmes de notre société.

Ils feignent de lutter contre le chômage, mais, en réalité, ça arrange bien les marchés financiers que près d’un travailleur sur quatre ne travaille pas; ça diminue la pression à la hausse sur les salaires, et il faut bien que les ouvriers cèdent la place aux machines si on veut des investissements rentables et une production concurrentielle. Ils feignent de lutter contre le crime organisé, mais ça fait bien l’affaire du pouvoir en place que les marginaux et délinquants les plus doués trouvent plus attrayant de régler leur problème individuel en s’enrichissnt dan le crime plutôt que de devenir les leaders d’une révolte collective dont ils seraient les Guevara et les Mao potentiels.

Nos gouvernements feignent de vouloir réduire la dette publique, mais tout le monde sait bien que le volume de la dette dépend fondamentalement d’une série de décisions quasi-quotidiennes de recourir à de nouveaux emprunts portant intérêt – plutôt qu’à la prese à billets, gratuite – pour financer les investissements de l’État. Des décisions dont chacune transporte un peu plus vers les riches l’argent qu’on ira chercher chez les moins fortunés de notre société.

Et le reste de l’action de l’État est à l’avenant. Des feintes, des escarmouches, pour soutenir l’image d’une volonté – qui en fait n’existe pas – de changer la situation actuelle, de créer une société plus équitable. Tous nos gouvernants constituent, quel que soit le parti dont ils se réclament – un bloc monolithique opposé au changement. Nos gouvernants sont en paix, bien intégrés dans les rangs de ceux à qui la situation actuelle profite. Rien ne presse. Il n’y a pas de catastrophe…

Quand la guerre est finie, on dit des niaiseries. On dit que nous sommes les meilleurs parce que Villeneuve a des nerfs d’acier et une bonne bagnole, parce que Céline a une jolie voix et un bon manager. On dit qu’il est plus important de rembourser la dette publique que d’avoir une population en santé. On fait comme s’il n’y avait pas d’autres solutions que de donner plus à ceux qui sont déjà pleins aux as et de laisser sur le bord de la route ceux qu’on ne prend pas le temps d’éduquer, de former, de mettre au travail. La solidarité? C’est pour les jours de tempêtes, pour les jours de guerre contre le froid et le verglas.

Il faudrait insuffler à ceux qui nous dirigent la volonté ferme de traiter avec le sérieux qu’ils méritent les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il faudrait qu’ils comprennent que la crise actuelle justifie qu’on lui fasse la guerre. Il faudrait que le temps de la paix ne soit plus le temps de l’exploitation mais le temps de bâtir.

Pierre JC Allard

418. Université gratuite: mauvais combat 12.03.18

Il faudrait vivement doubler les frais de scolarité ! Au moins pour commencer… Ensuite, il faudrait les augmenter sérieusement…”  ( Pierre JC Allard, circa 2005 … )

Je m’étais fait des ennemis en 2005, en contrariant ainsi la sagesse conventionnelle de la Gauche.  On a dit que mon commentaire était “inopportun”. Je suis souvent inopportun. Je suis un “in-opportuniste” littéralement invétéré qui préfère la vérité à Platon… Je sens que je vais me faire encore des ennemis.

Je sens déjà des milliers de petites aiguilles transpercer mon portrait et pas question que je laisse traîner une mèche de cheveux ou une rognure d’ongle. Je sens que tous les pouvoirs de la pensée magique vont s’activer contre moi. C’est comme ça que réagissent les tenants de la pensée magique quand on les contredit.

La pensée magique, c’est celle qui croit et affirme que ce qui est gratuit ne coûte rien, alors que ce qui est gratuit, en fait, est payé par quelqu’un d’autre. Parfois votre voisin, mais bien souvent par VOUS. Quand on comprend que la moitié du revenu brut des citoyens va à l’État bienfaiteur qui, directement ou indirectement, le redistribue, il ne reste qu’à sortir de la pensée magique pour comprendre, aussi, que c’est vous et moi qui payons ce qui est gratuit.

« Eux » aussi – les riches – payent une part de ce qui est gratuit, mais si vous croyez qu’ils en absorbent la grosse part, c’est que vous êtes sous hypnose. Ils sont peu, nous sommes nombreux et c’est surtout nous qui payons. Les choses pourraient être autrement, mais c’est une autre histoire. Hic et Nunc , Here and Now, “Icitte et Astheure,’stie”, c’est surtout le monde ordinaire qui paye. Il paye, entre autres, l’éducation.

Le monde ordinaire, c’est ceux qui gagnent le revenu moyen. Disons le revenu moyen plus ou moins 100 %, pour ratisser large. Disons,encore plus largement, tous ceux qui gagnent entre rien du tout et 100 000 $ par année. Ils sont nombreux. Vous vous sentez chez-vous ? C’est eux – nous – qui payons l’éducation gratuite. On paye toute l’éducation de tout le monde. Oh, on peut demander des frais de scolarité, mais on ne couvre ainsi qu’une petite part des frais réels de l’éducation, l’équivalent d’un ticket modérateur.

Vous en êtes heureux ? Vous êtes d’accord avec cette proposition socialement progressiste ? Tout va bien ?  Tout va bien… Tout va bien… Tout… va… bien….  bbbzzzzzzzzz…     1, 2, 3 Click ! SNAP ! Sortez de la transe.

Ouvrez les yeux. Voyez-vous que, lorsque vous payez l’éducation gratuite du futur ingénieur, du futur MBA, du futur médecin spécialiste, vous êtes en train de financer à fond perdu le fond de commerce que constitue le diplôme du futur professionnel, lequel, dans 5 ou 10 ans et jusqu’à sa retraite, exploitera ce fond de commerce à SON profit ?

À SON profit et non au vôtre, car le futur spécialiste à 200 000 $ par année ne fera de cadeaux à personne. C’est l’État – vous, encore un fois – qui lui payerez alors, bon an mal an, 3, 4, 5 fois le revenu moyen de la population. Vous êtes bien bon. Seriez-vous prêt à payer aussi de vos deniers la construction de stations-services qu’on donnerait clef-en-main à des pompistes, lesquels vous vendraient ensuite l’essence au prix fort ? Non ? Où est la différence ?

Je suis un homme de gauche depuis bien longtemps, mais je nevois pas ce qu’il y a de socialement progressiste à faire payer par la classe moyenne la formation d’une élite qui gagnera plusieurs fois le salaire moyen de cette classe moyenne. Il y a ici un équivoque entre éducation et formation qu’il faut courageusement dissiper. Une vache sacrée à abattre.

-  Il est BON qu’une société paye à tous, toute l’éducation qu’elle donne à tous. Il est socialement progressiste que l’on augmente l’investissement dans ce tronc commun de l’éducation à la hauteur de nos moyens collectifs et en accord avec le consensus social.  Mais…

- Il est MAUVAIS qu’une société prenne sur elle – et fasse donc porter par tous – le coût de la formation spécifique dont l’acquisition bénéficiera à quelques uns seulement.

Une générosité d’autant plus perverse, que les bénéficiaires se situeront dans les classe les plus élevées de revenu. On a ainsi un transfert systématique de richesse, direct ou en moins prenant, des pauvres vers les riches de la société. Ce n’est pas le seul de ces tranferts, hélas, mais celui-ci n’est pas plus vertueux, du seul fait qu’il se camoufle derrière l’étudiant impécunieux pour enrichir à terme le professionnel bien nanti.

On devrait doubler, peut-être tripler, les frais de scolarité pour toute formation professionnelle qui excède du tronc commun. On devrait, en fait, vendre cette formation à l’étudiant au prix qu’elle coûte. Pas plus, pas moins. On ne devrait rien donner à celui qui poursuit des études professionnelles supérieures, car il n’étudie pas pour nous, il étudie pour lui. Il est à bâtir SON avenir. Il travaille activement à SON enrichissement.

Cela dit, même si collectivement ces compétences nous seront ensuite vendues et non données, la société, vous et moi, avons intérêts à ce qu’elles soient disponibles. . Nous devons donc faire en sorte qu’elles soient acquises. Comment pouvons nous faciliter la préparation des ressources humaines compétentes dont nous aurons besoin demain ? En PRÊTANT aujourd’hui à ceux qui ont prouvé leur aptitude et leur ferme volonté à suivre des études universitaires.

Il ne faut pas donner, mais prêter aux étudiants. Il n’y a rien de scandaleux à ce que le jeune professionnel entre dans la carrière avec une dette, tout comme commencerait ses activités avec une dette le fabricant ou le commerçant qui lancerait une affaire aussi rentable qu’un cabnet de dentiste… s’il pouvait trouver aussi facilement qui le finance !

Il faut prêter à l’étudiant, pour poursuivre ses études supérieures, les sommes nécessaire pour qu’il puisse non seulement payer des frais de scolarité qui deviendront beaucoup plus onéreux quand on vendra la formation à son coût, mais aussi pour vivre au-dessus du seuil de la pauvreté durant ses études sans faire autre chose qu’étudier. Etudier est son travail.

Dans une société vraiment juste et socialement progressiste, ce travail d’étudiant pourrait être rémunéré, comme tout autre travail, mais, comme nous l’avons dit, ceci est une autre histoire. Aujourd’hui, il est malsain qu’une caste de travailleurs-entrepreneurs – les étudiants – jouissent d’avantages disproportionnés dont le coût est assumé par les autres travailleurs qui ne sont pas plus riches qu’eux et qui ne sont pas, eux, sur une voie royale vers la bourgeoisie.

Que j’ai tort ou raison, ça se discute. Mais ça ne se discutera sans doute pas.  Il est typique de notre  société couillonne, que le débat sur les frais de scolarité – qui n’est qu’un aspect d’un problème plus large qu’est la garantie de revenu! –  ait été déjà détourné de son thème et s’en écarte de plus en plus.

On est d’abord venu à discuter du “droit” de bruler des voitures pour contester… puis au droit d’un quidam de discuter du droit de l’individu à se révolter contre un pouvoir qui l’opprime… puis au droit du journaliste de dire qu’un  quidam l’a dit…  et on en est aux discussions  sur les droits et les devoirs du journaliste…

Toutes ces dérivées en cascade ne disent pas que des bêtises, au contraire, mais il est emblématique de la pensée erratique divergente  ( voir le concept populaire: “noyer le poisson” ) – qui est devenue le mode mental prédominant au Québec – que rien n’en sortira, puisque ni le sujet initial du débat si les autres auxquels il aura donné lieu ne seront discutés jusqu’à une conclusion.   Tout sur tout se règlera finalement en petits comités… et le peuple causera toujours.

Pierre JC Allard

419. YHA – “I have a dream”   12.03 26

En 1956, j’ai connu ma première Auberge de Jeunesse à Aachen ( Aix-la Chapelle). “Tiens“, me suis-je dit, “c’est intéressant… il faudra revoir ça“. Et puis on se laisse distraire… Je viens juste de remettre ça Je viens de passer cet hiver 2011-2012 en auberges de jeunesse (YHA), en Autralie et en Nouvelle-Zélande. 120 nuits, dans une trentaine de “hostels”. Une experience concluante. Je crois que c’est une idée dont l’heure est venue.

Hostelling International est né en 1909, quand Richard Schirmann, un instituteur allemand en randonnée avec ses éléves, a été surpris par un orage, a trouvé refuge dans une école et qu’un fermier leur a donné de la paille pour dormir et du lait pour déjeuner… Schirmann a réfléchi. En 1912, la première Auberge de Jeunesse (Jugenherberge) était inaugurée dans le vieux château d’Altena.

Puis l’idée s’est répandue. Pour l’historique, allez voir le lien: j’ai horreur de bloguer en battologie programmée. http://www.hihostels.com/web/100history.fr.htm

Retenir, toutefois, qu’il y a maintenant plus de 4 000 hostels de HI partout dans le monde. 4 000 endroits où l’on peut dormir, se laver, preparer sa propre bouffe dans une cuisine bien équipée. Tout est propre, les prix sont tout en bas de la gamme.

Au contraire du YMCA – dont je ne dis pas de mal, mais qui est autre chose et un peu gênant si l’on n’est pas un homme, ou pas un jeune ou pas un chrétien – il suffit au HI de respecter les autres. Les autres qui sont souvent de sexe, d’âge, de langue, de race ou de culture différente. Plus facile.

En quatre (4) mois – 30 hostels, c’est un gros échantillon – je n’ai vu aucun incident violent, ni même disgracieux dans un hostel HI. Impossible d’extrapoler sans plus l’expérience de l’Océanie à d’autres continents, bien sûr, mais il faudrait voir de près si, ailleurs aussi, ne pourrait pas du respect naitre une autodiscipline, un désir d’entraide et une fraternité. Ce sont ceux qui réagiront à cet article et feront part de LEUR expérience qui permettront d’en juger.

Imaginons un instant que, comme Martin Luther King, nous fassions un rêve. Imaginons que l’on favorise ces rencontres d’égal à égal entre individus qui VEULENT être ensemble, mieux se connaitre et s’entraider, plutôt que de forcer la cohabitation entre groupes par des politiques de migration appliquées dans les conditions d’inégalité les plus abjectes. Est-ce que nous n’atteindrions pas mieux et plus vite l’objectif final qui est que toute l’humanité s’accepte avec ses differences et puisse vivre en paix ? Parce qu’aujourdui, c’est mal barré….

Personne dans un YHA australien ne vous oblige ni ne vous interdit de manger du porc ou de porter un voile. Je suis persuadé, toutefois, que quiconque a fréquenté les hostels d’abstiendra sans discussion des nourritures interdites dans les pays où elles le sont. Il lui semblera NORMAL de se plier aux us et coutumes de la majorité, car ce n’est pas à l’aune des idiosyncrasies locales qu’on doit juger de la valeur humaine de celui qu’on côtoie.

Je ne verrais rien de mal à ce qu’une Occidentale respecte les codes vestimentaires d’un pays islamique – tout en affirmant qu’elle le fait pas respect, et non parce qu’elle en accepte la nécessité – si un pays islamique acceptait qu’elle puisse y voyager et y frequenter des hostels … ! Il est important de ne pas réagir à l’intolérance par la critique – ou pire par la provocation – mais qu’on se borne à montrer bien clairement qui porte la responsabilité de l’intolérance. C’est ainsi que disparaîtra un jour l’intolérance. Quand l’intolérant apprendra a connaitre le tolerant comme un être humain… bien tolerable.

Et ce n’est pas qu’au palier des oppositions culturelles religieuses et donc viscérales que l’individu peut apprendre, au contact de l’autre. La fréquentation de l’autre, perçu comme un individu in se et non comme la simple manifestation de ses appartenances, peut guérir aussi les vésanies légères…

Ainsi, au Canada, il y aurait beucoup a gagner à ce que les Québécois voyagent davantage en terres anglo-saxonnes et à ce que les Canadiens des autres provinces viennent circuler un peu au Québec. Se parler, se connaitre, se dire qu’on s’apprécie, et pas seulement les veilles de référendums.

Le Gouvernement federal pourrait favoriser ces contacts en subventionnant massivement, par exemple, les voyages interprovinciaux par train ou par autobus, quand ils ont une date d’aller et de retour ferme pour un séjour de plus d’une semaine et peuvent donc être presumès pour des fins de tourisme. Le Gouvernement pourrait aussi assumer alors une partie des coûts du séjour dans les hostels de ceux qui se prévaudraient de ces tarifs de voyage à prix réduit.

Subventionner aussi l’accueil des touristes étrangers. Le but en serait de multiplier le nombre de ceux qui voyagent pour augmenter la convivialité, mais aussi de permettre l’essor d’un réseau plus dense de tels hostels qui sera un investissement pour l’avenir.

Un investissement. Car si on fait du Canada la destination privilégiée de ceux qui veulent voyager ainsi à bon compte, on aura fait beaucoup pour que le Canada soit connu et aimé partout dans le monde, mais, la vertu étant parfois sa propre récompense, il n’est pas dit qe cette initiative d’aller chercher un tourisme bas de gamme ne s’avérerait pas aussi à moyen terme une entreprise bien lucrative. Il y a là un marché pour ceux qui pensent fric et leur aide à ce projet sera bien utile…

Pierre JC Allard

420. YHA: L’avant-garde de la postbourgeoisie 12.04.02

J’ai écrit récemment sur Avox et aussi sur d’autres sites, un petit article sur les YHA qui en a étonné plusieurs. …« Comment quelqu’un de votre maturité peut-il s’abaisser.… » « YHA ? Du tourisme a bon marché pour adolescents… ». Etc, etc…

Derrière ces commentaires et d’autres, le même non-dit : il est irresponsable et un peu pervers de parler de trivialités pendant que se déroule entre Hollande et Sarkozy une lutte titanesque dont dépend le sort de la France éternelle et donc sans doute de l’humanité … Bon. Et pourquoi pas celui du cosmos ?

Je vais vous dire pourquoi je pense qu’il fallait le faire. Je vais dire pourquoi les élections en France sont une pitrerie … et pourquoi parler du YHA n’est pas trivial. Et pour ne pas bousculer encore davantage les idées établies, je vais même le faire selon le modèle des thèses traditionnelles en Sorbonne : une (1) introduction et deux (2) parties. Mais rassurez vous, ce sera plus court :-)

Introduction : la situation actuelle

La démocratie capitaliste néo-libérale, qui a gagné le derby-démolition idéologique du XXe siècle en éliminant monarchies, dictatures, fascisme, communisme et autres modèles de gouvernance concurrents, se retrouve maintenant seule maîtresse du terrain.

Bravo. Mais elle est maintenant copieusement sifflée par la foule … ! Il semble qu’à peu près tout le monde ait vu en même temps que la démocratie actuelle n’était qu’un leurre permettant aux citoyens de choisir le visage de ceux qui portent le baldaquin du vrai pouvoir.

Il semblerait qu’on ait compris que, médias et corruption aidant, élus de gauche comme de droite dînent au Siècle et sont aux ordres de ce vrai pouvoir, lesquel est financier, n’a rien de démocratique et se renouvelle par cooptation.

L’argent apparaît pour l’illusion qu’il a toujours été, notre civilisation occidentale, qui s’est recroquevillée depuis un siècle, est a disparaître par plaques comme une flaque d’eau au soleil… et l’on n’a même plus de véritable projet crédible de société !

Le peuple est mécontent. Il grogne. On regarde cette mer de pouces pointés vers le bas dans les estrades et on se dit qu’on va bientôt lyncher les vedettes et prendre la voie du désordre. Il faut gerer ce mecontentement. Que faire ?

Partie I La solution des vrais croyants.

Il y a ceux qui croient que si la démocratie actuelle ne convainc plus, il faudrait en mettre plus. On va faire voter les Libyens, les Irakiens, les autochtones de Nouvelle Guinée… Mais, surtout, on va faire voter encore les Français puis les Américains : ça les tient tranquilles.

Il devrait être bien évident que la politique de la France est déjà établie par d’autres depuis longtemps et que ces élections à venir ne la changeront pas. Croire autre chose est bien naïf et voter est donc bien ridicule. Mais on veut tellement y croire…

Alors on se cherche un avantage tangible bien précis à en retirer et on se dit qu’on vote par intérêt : on va en retirer quelque chose pour soi… Ça fait sérieux et on ne badine plus.

Remarquez que ce n’est pas très joli. Car la distribution du butin étant une opération à somme nulle et les riches étant hors-concours, une campagne électorale « par intérêt » devient ainsi uniquement une série de promesses d’avantager Pierre ou Paul – personnellement ou par le biais d’un groupe auquel il appartient – au détriment des autres groupes ou de l’ensemble de la nation. “A nous les vieux … et non aux jeunes ; à nous les malades… et non aux pauvres ; à nous les syndiqués… et non aux sans-travail…”

Ce maquignonnage assez inique pour tirer à soi la couverture serait assez dégoûtant, si l’on ne savait pas que ce ne sont que des bobards. On sait, au fond, que l’on ne prendra vraiment des uns pour donner aux autres que dans la mesure où le Système l’aura jugé conforme à ses intérêts et en se fichant comme d’une guigne de la façon dont vous allez voter… Mais on fait semblant.

La vérité, c’est qu’on sait qu’on vote pour rien. La « lutte titanesque » entre Hollo et Sarko n’est que querelle entre deux canards dans un étang … Si le peuple, visant le noir tue le blanc, il pleurera pour rien, car ces élections ne peuvent rien changer. Et c’est parce que la France est dans ce déni qu’il FAUT parler d’autre chose

Il faut parler d’autre chose, car ce n’est pas un homme ou un parti, c’est la démocratie capitaliste néo-libérale elle-même, avec le mode de pensée qui la sous-tend, qu’il faut remettre en question. Si le Système ne nous satisfait plus, c’est qu’il a été conçu pour répondre à un paradigme qui a changé. Il faut penser AUTREMENT.

L’ancien paradigme, c’est que l’important était de passer de la pénurie à l’abondance. On ne pouvait donc faire mieux qu’une société néolibérale, tout-entière tournée vers la compétition. Une société dite « bourgeoise », avec la richesse possédée comme signe distinctif et comme trophée. La caste gagnante était celle des bourgeois. Le pouvoir venait en prime, discrètement.

On ne pouvait faire mieux que le libéralisme et la démocratie, car quoi de plus performant qu’une démocratie ostentatoire cachant un pouvoir financier immuable ? On pouvait parler de liberté… puis manipuler tranquillement, par la promesse et la récompense. Une manipulation qui n’était pas plus morale, mais était certes plus EFFICACE, que de brandir la menace et le châtiment. C’est cette efficacité qui a conduit à la victoire des USA sur l’URSS.

Pour enrichir une société, pas mieux que le néolibéralisme, mais il y a des zones sombres. Le défi du bourgeois est de posséder plus. Indéfiniment. Ce qui crée la misère autour de lui., car le partage inégal qui est l’enjeu de la compétition, va tendre à créer une infinie pauvreté. Dommage… Mais l’important est de s’enrichir, n’est-ce pas ? Le but était d’atteindre l’abondance…

Ce l’était, mais c’était le paradigme d’hier. Aujourd’hui, l’abondance est là. On fait tout pour le cacher, mais le monde, avec l’industrialisation, peut désormais produire bien plus que pour les besoins de l’humanité. La pauvreté actuelle qui persiste dans un monde devenu d’abondance est donc voulue : c’est une DÉCISION POLITIQUE pour maintenir en place la hiérarchie actuelle du pouvoir.

Mais cette décision est battue en brèche. Dans un monde d’abondance,POSSEDER la richesse ne vaut plus rien : seule la satisfaction compte. Or la corrélation entre possession et jouissance est si imparfaite, que Bill Gates ou Buffet, entre autres, peuvent trouver leur satisfaction à se départir de dizaines de milliards de dollars ! L’abondance a créé un nouveau paradigme. Il faut une nouvelle façon de penser et ces èlections qui semblent « sérieuses » sont une pitrerie. Comme la farce d’Obama et des petits méchants aux USA…

Soyons sérieux : esclaffons nous… et parlons d’autre chose.

Partie II Parlons de « trivialités ».

Dans le nouveau paradigme, ce n’est plus la possession de la richesse, mais la satisfaction qu’elle peut apporter – et dont elle n’est que l’un des facteurs – qui devient le nouvel objectif social formel. Le monde n’est plus unidimensionnel. On peut penser autrement et avoir raison… sans que les autres aient tort.

Les conséquences sont multiples, mais il y a celle fondamentale que les contacts humains sont adoucis. L’espace où la vie est un jeu “à somme nulle” se rétrécit, alors que croît celui où il vaut mieux coopérer.

Bonne nouvelle, car depuis quelques temps, je me demandais si l’évolution conduirait nécessairement à l’élimination des humains que nous jugeons aujourd’hui « normaux » par les psychopathes tels que les décrit Lobaczewski. N’est-ce pas ces derniers qui semblent le mieux armés dans la lutte pour la vie ?

Je ne le crains plus ou, plus prudemment, disons que je ne suis plus résigné à la fatalité du triomphe de la violence et de la cruauté sur le désir d’amour et de paix. Je pense que le monde en devenir exigera tellement plus de collaboration, qu’il deviendra essentiel de penser d’abord à s’allier plutôt qu’a se détruire.

L’égoïsme ne cessera pas d’être à la base du comportement humain, mais la NECESSITÉ de la solidarité apparaîtra si clairement que le comportement de tous en société deviendra de plus en plus correct.

C’est dans cette optique que j’ai cherché à identifier les « contrariants ». Ceux dont le comportement n’est PAS de posséder d’avantage, mais d’optimiser leur satisfaction. Je ne suis qu’au début de cette recherche, mais je vois beaucoup de pistes. Ce sont celles que suivent des gens qui s’intéressent aux trivialités et que dédaignent les « psychopathes » et ceux qui en ont peur.

Le choix de renoncer à plus de revenus pour avoir plus de loisirs – quoi de plus trivial que le loisir ? – en est une manifestation. De même, tout le phénomène de la « simplicité volontaire »,qui est loin d’être toujours le choix de la pauvreté est-il vrament trivial … ou est-il absolument essentiel si on veut que cette planète survive ? La vie en YHA en est un excellent exemple.

Ce qui ressort du modele YHA, c’est d’une part une tres grande acceptation de l’autre, ayant pour corollaire un effort constant pour être soi-même « acceptable ». On a ainsi des micro-sociétés qui se policent elles-mêmes avec une grande efficacité et où la vie est sereine. Il y a là des leçons IMPORTANTES à tirer.

Le YHA, c’est aussi, d’autre part, une optimisation des ressources qui, au prix de concessions bien tolérables, permet à chacun un niveau de vie bien supérieur. C’est précisément ce que cherche les missionnaires de l’environnement. Le principe d’utilisation en commun des équipements ne pourrai-il pas être reproduit dans d’autres contextes ? Il faut chercher… et ce n’est pas sans importance.

Pourquoi pas un parc de véhicules qui répondrait aux besoins et même aux caprices de ceux qui le détiendrait en commun … ? Et à un coût bien moindre que celui d’un véhicule par famille ( ou d’un par personne comme ce peut souvent être le cas en banlieue !) Pourquoi pas des services domestiques partagés ? Des services de garderie partagés ?

Dès qu’on pense « libre collaboration » et qu’on ne voit plus “posséder” comme une fin en soi, mais comme un moyen, on peut concevoir un nouveau schème de vie mieux adapté à ce qu’est devenue la cohabitation en société. Les YHA en sont un modèle à scruter de près. On aurait tort de prendre leur exemple à la légère. J’y reviendrai.

Pierre JC Allard

421. Le Pen, Melenchon; maquillage coquin pour le Système 12.04.11

ABSTENTION !!!

Melenchon a la vent en poupe”. “Les jeunes sont avec le FN”… Ils sont gentils tout à coup les médias. Dissonances imprévues ou arythmie ? À quoi on joue ?

La réalité, c’est que les médias en sont à refaire un peu le maquillage de la démocratie pour cacher les cernes de la vieille baderne… N’importe quoi pour stimuler la libido electorale et avoir quelques votes de plus qui permettront de tricher moins quand on en sera aux chiffres pour montrer que la cocotte séduit toujours.

Mais le Système qui fait du lifting me rappelle cette phrase de Guitry « On voyait très bien que son fond de teint était invisible”

De moins en moins de gens croient encore que ces élections soient autre chose qu’une fumisterie et je regarde avec une certaine tristesse ceux que l’on convaincra d’aller voter. Des gens – autrement sains d’esprit – admettent sans sourciller qu’une petite minorité sur cette planéte contrôle le plus clair de la richesse réelle… et tout ce qu’elle veut de la richesse virtuelle qu’elle se crée et distribue à sa discrétion. Mais ils vont voter…

Ces mêmes gens constatent que cette minorité à le contrôle total des médias qui façonnent les opinions et celui des forces militaires et policières, incluant leurs services secrets. Ils ne peuvent ignorer non plus que la corruption est partout et ils savent très bien en leur fors intérieur qu’ils ne sont pas eux-mêmes insensibles à de discrets appels du pied. Pourtant, ils vont voter…

Pourtant, mieux que des augures de la Rome antique, ils peuvent se regarder et nous regarder maintenant sans rire, proclamant, la main sur le coeur, que le peuple est roi et que la démocratie va triompher. Ils feignent de croire que, si quelques millions de quidams en décidaient ainsi, cette minorité dominante tyrannique qui mène le monde s’inclinerait loyalement, rendrait les armes et permettrait que viennent les jours de la justice et de la fraternité.

Ces gens nous disent : votez à gauche, votez à droite… Qu’est ce qu’on ne se raconterait pas les uns les autres pour se créer l’illusion que nous ne sommes pas complètement impuissants ! …

J’en parle encore par acquis de conscience, mais ce sera sans doute la dernière fois : je suis résigné à voir s’effilocher notre société. Je suis résigné à voir le people manipulé, comme était sans doute résigné Julien l’apostat, comprenant que le déclin de l’empire était irréversible. En votant à ces élections, on va prouver que le dispositif “démocratique” mis en place par l’oligarchie est sans faille.

Le people votant aura réussi à scotomiser l’évidence que, quel que soit le résultat de cette présidentielle, il n’y aura pas un traître sou de moins pour les riches, ni un sou vaillant de plus pour les autres. À moins qu’on n’ait hypocritement soutiré ce sou à leurs voisins encore plus mal en point. En votant, le people manipulé se sera placé pour être aussi culpabilisé à quia au moment opportun… car ce sera lui qui l’aura voulu, n’est-ce pas ?….

Regardez la superbe simplicité du dilemme…

Sarkozy a fait tout le mal qu’il pouvait ? Bon. Voici Hollande qui vous

bavures… Je ne trouve donc pas raisonnable de mettre au front les agents de BEST contre les étudiants en grève de l’UQAM ou d’ailleurs. Nous en baverons beaucoup et, depuis hier, c’est déjà commencé, avec les profs qu’on veut intimider. Une grave erreur du gouvernement…

Mais est-ce une erreur ? Seule une énorme bavure dans le déroulement de la grève étudiante pourrait arracher à la population un autre mandat pour le gouvernement discrédité de Jean Charest. Alors, quand le gouvernement provoque les étudiants, comme il le fait à Gatineau, par exemple, c’est de la bêtise ou une astuce ?

Je crois que le gouvernement est bête, SURTOUT s’il se croit astucieux. Il devient si évident qu’on a tendu un piège aux étudiants qu’on ne pourra que faire porter au gouvernement la responsabilité des conséquences qui en résulteront.

Or, le gouvernement ne semble pas comprendre que, dans un conflit urbain violent, les techniques modernes modifient radicalement l’équilibre des forces entre la société et l’individu. L’État ne peut pas prendre en otage toute une population où se mêlent ses amis et ses ennemis. Tout affrontement entre insurgés anonymes et les forces de l’ordre – qui ne peuvent jouer leur rôle qu’en s’identifiant – se transforme donc en une lutte inégale entre voyants et aveugles…

Il serait pourtant si facile de proposer un plan RAISONNABLE de financement a long terme… Si un malheur arrive, quel que soit le camp qu’on voudra en accuser, je prétends que Jean Charest en sera le grand responsable.

Pierre JC Allard en changera … Mais il est clair que Hollande en fera tout autant. Il ne reviendra pas sur les retraites, ni sur les ententes avec l’UE, ni sur les pouvoirs de la BCE, ni donc sur la menace d’un euro qui va au diable. On continuera avec Hollande à tuer et à mourir en Afghanistan, en Libye, peut-être en Syrie… N’ayez aucune crainte, vous ne sentirez rien… Bien sûr… puisque tout va changer pour que rien ne change !… Votez Hollande…

Mais supposons que Hollande ne vous émeuve pas…? Pas de panique, vous pouvez vous émoustiller en votant LePen ou Melenchon au premier tour. Oui, oui, vous pouvez… Ca ne changera strictement rien…. ou ce sera pire. Car supposons un second tour « Hollande-contre-Marine » ou « Sarko-contre-Mélenchon… » ? Vous croyez que ce serait une victoire du changement ?

Erreur. Rien ne serait plus jouissif que ce scénario pour le Système. Car si un tiers candidat centriste avait atteint le deuxième tour, il aurait écrasé Hollande comme Sarko… mais l’un comme l’autre de ces deux-là gagnera facilement contre un dangereux “extrêmiste”. Or ce sont les médias qui vous diront entre les deux tours qui est un extrêmiste.

Ils le diront ad nauseam et, quelles que soient les médisances ou les calomnies, il sera impossible de les réfuter en temps utile, car les outils pour diffuser la vérité hors des medias traditionnels ne sont pas encore rodés.

Les extrêmistes auront-ils mangé des enfants, sodomisée des nonnettes, reçu du fric du Saint-Siège ou des Chinois ? Peu importe, on trouvera bien ce qui les rend odieux. Les médias trouveront, c’est leur mission. Il est invraisemblable que la presse aux ordres du pouvoir ne puisse pas effrayer le peuple entre les deux tours.

On aurait donc la situation de Chirac-Le Pen en 2002… et au moins 70% des Français choisiront alors la continuité dans l’exploitation tranquille “à la UMPS », contre tout ce qui pourrait ressembler à une dérive vers la gauche ou vers la droite dites “extrêmes”.

Le Système, qui veut bien se contenter d’une pseudo rivalité PS-UMP pour gagner à tous les coups, serait néanmoins fou de joie si Hollande ou Sarkozy n’arrivait pas au deuxième tour. D’où cette presse qui, sans en avoir l’air, mousse maintenant le FN et Mélenchon.

Un outsider au deuxième tour, ce serait l’occasion que le peuple choisisse massivement la “démocratie” – qu’on assimilera au statu quo – et se donne un gouvernement fort par une majorité écrasante. Cette majorité écrasante sera ensuite interprétée comme un mandat clair donnant au pouvoir la légitimité de poser les “gestes necessaires”… c’est-à-dire d’aller encore plus loin dans l’injustice.

C’est à ça que servira votre vote. Il n’y a pas de vote utile en 2012. Ni en France, ni aux USA, ni où que ce soit. Cette année tous les votes sont complices de l’iniquité.

Votez et, dans tous les cas de figure, rien ne changera. L’on pourra penser à Copé en « 17, à un socialiste rose-bonbon en “22, à Jean Sarkozy en “27…. Ou à n’importe qui. Ça n’aura plus d’importance. On ne vous a pas dit que l’Histoire était finie ? Votez et ce sera chose faite pour longtemps.

Pierre JC Allard

422. Les mercenaires, de l’Irak à l’UQAM 12.04.20

Montherlant disait – plus élégamment, puisqu’il était Montherlant – que si, dans une querelle, les deux parties vous attaquent à tour de rôle, c’est que vous êtes sans doute un esprit libre… Je vais sans doute avoir fait un grand pas vers la liberté d’esprit avec ce dossier des revendications étudiantes pour la gratuité des études universitaires, car je ne me suis pas à m’y faire des amis…

J’ai répété, dès le début de cette grève, ce que je disais depuis longtemps : la gratuité des études. universitaires est une mauvaise solution. Ce n’est pas une mesure progressiste, mais élitiste, faisant porter par la classe moyenne le coût de formation et donc les frais d’établissement d’une minorité privilégiée. Mes amis de la Gauche ont grincé des dents…

Quand j’ai dit, cependant, que la gestion provocatrice de la crise par la gouvernement indiquait que celui-ci comptait bien attiser ce conflit pour qu’il en résulte une bavure qui lui permettrait de se faire réélire par une population apeurée, c’est la Droite qui s’est voilée la face, comprenant que ma position dans dossier n’était pas le commencement de ma conversion au libéralisme.

Je restais néanmoins dans une sorte de no man’s land idéologique, puis hier, patatras ! Je suis retombé relaps impénitent dans mes vieux péchés de gauchiste. Car je continue de penser qu’il faut prêter et non donner à ceux qui suivent une formation professionnelle, mais la faute du gouvernement qui ne propose pas sérieusement cette solution évidente devient tout a coup infiniment plus grave que celle des étudiants qui ne la réclament pas.

C’est que le gouvernement vient de faire un pas tragique dans l’escalade. Il a transformé nos étudiants en Taliban. Vous croyez que même si le mot « taliban » signifie bien « étudiants » en arabe et en pashtan, il n’y a rien en commun, entre les fondamentalistes qui explosent les statues du Bouddha et lapident des femmes en Afghanistan et nos étudiants québécois ?

Détrompez vous. Les étudiants de l’UQAM ont maintenant UNE chose en commun avec les Talibans : on leur a donné pour adversaires des mercenaires. Et pas n’importe quels mercenaires : les agents de sécurité de BEST, une filiale de la même société, GARDA, qui fournit des mercenaires en Irak.

De ceux dont on a dit qu’ils étaient responsables du plus clair des atrocités et des exactions. Ces familles décimées, ces femmes violées par douzaines, ces films innombrable où l’on voit et entend ces mecs rigoler en tirant sur tout ce qui bouge… Ce n’étaient pas seulement des mercenaires, les responsables, mais c’était SURTOUT des mercenaires.

Tous les mercenaires ne sont sans doute pas des brutes sadiques – ce serait une impossibilité mathématique – mais peut-on avoir un préjugé favorable concernant la bonne conduite d’individus qui choisissent d’aller brutaliser et tuer au besoin des gens qu’ils ne connaissent pas ? Et qui ne le font pas comme des soldats sous prétexte de défendre une patrie en danger, mais pour gagner pas mal de fric ?

Quand arrivent les mercenaires – à Montréal, comme à Kandahar et à Bagdad – c’est le signe que l’on ne fait plus trop confiances aux forces régulières pour mater l’adversaire avec toute la brutalité qu’il faudrait; un sursaut d’humanité est trop vite arrivé chez un policier ou un militaire honnête qui tape sur un honnête homme …

À ceux qui se battent pour une cause le pouvoir oppose donc des mercenaires. Le bon mercenaire est payé et il fait son boulot sans états d’âme. Le mercenariat a une longue tradition d’excellence dans l’abomination depuis Carthage, mais, ne regardons qu’hier,

Ce sont les agents de sécurité de Pinkerton qui ont tabassé les grévistes pendant les décennies noires de l’histoire syndicale des USA. C’est le même genre de ressources qui tapaient sur les grévistes à Asbestos. Ce sont d’autres mercenaires qui ont fait et défait les gouvernements en Afrique depuis l’affaire du Katanga dans le Congo des années ‘’60. On les appelait « les affreux »…

Encore des mercenaires qui ont tué et massacré sous contrat au Guatemala et au Salvador, puis massivement au Nicaragua : où on a parlé des « Contras ». N’oublions pas la Colombie, où l’on a mis en lignes les « Paramilitaires », payés par les propriétaires terriens, qui ont fait depuis 20 ans chez les paysans 10 fois plus de victimes que la guérilla… Seul le nom change.

Introduire des mercenaires dans un conflit a toujours mené à des bavures… Je ne trouve donc pas raisonnable de mettre au front les agents de BEST contre les étudiants en grève de l’UQAM ou d’ailleurs. Nous en baverons beaucoup et, depuis hier, c’est déjà commencé, avec les profs qu’on veut intimider. Une grave erreur du gouvernement…

Mais est-ce une erreur ? Seule une énorme bavure dans le déroulement de la grève étudiante pourrait arracher à la population un autre mandat pour le gouvernement discrédité de Jean Charest. Alors, quand le gouvernement provoque les étudiants, comme il le fait à Gatineau, par exemple, c’est de la bêtise ou une astuce ?

Je crois que le gouvernement est bête, SURTOUT s’il se croit astucieux. Il devient si évident qu’on a tendu un piége aux étudiants qu’on ne pourra que faire porter au gouvernement la responsabilité des conséquences qui en résulteront.

Or, le gouvernement ne semble pas comprendre que, dans un conflit urbain violent, les techniques modernes modifient radicalement l’équilibre des forces entre la société et l’individu. L’État ne peut pas prendre en otage toute une population où se mêlent ses amis et ses ennemis. Tout affrontement entre insurgés anonymes et les forces de l’ordre – qui ne peuvent jouer leur rôle qu’en s’identifiant – se transforme donc en une lutte inégale entre voyants et aveugles…

Il serait pourtant si facile de proposer un plan RAISONNABLE de financement a long terme… Si un malheur arrive, quel que soit le camp qu’on voudra en accuser, je prétends que Jean Charest en sera le grand responsable.

Pierre JC Allard

423. Présidentielle: les lemmings dans le dernier droit   12.04.23

Que diable peut-on bien raconter aux lemmings, pour que ces petits animaux courent en masse se suicider en sautant des falaises dans la mer glacée ? On l’ignore, d’autant plus qu’il semble bien que ce ne soit qu’une légende scandinave.

Une légende absurde… Mais dites-moi : qu’a t-on bien pu raconter aux Français, pour que 80% d’entre eux aillent voter au premier tour de cette Présidentielle, permettant à Sarkozy de les féliciter pour « leur attachement à la démocratie » ?

On leur a raconté que Melenchon allait faire 20% et ils l’ont rêvé au deuxième tour, puis à l’Élysée. Ils se sont réunis à 100 000 pour pousser en choeur Marseillaise et Internationale et rêver de lendemain qui chantent. Finalement on l’a tenu à 12% , ce qui était plus prudent, mais ce faisant on a engrangé tous ces votes pour plébisciter une manière perverse de gouverner.

“Push” sur le FdG, “Pull” sur le FN. Côté LePen, au contraire, on a coté à la baisse. On a dit que le FN aurait moins de votes que le Front de Gauche… On a incité à voter les vrais croyants du FN, qui savent se compter et ont été vexés qu’on les croit en perte de vitesse… On a encouragé aussi à voter pour le FN ceux qui en ont peur, mais y voient la meilleure protestation. Pourquoi pas, puisque c’était vraiment sans risque… On a annoncé aussi bas que 13 %… les résultats sont sortis à 20% On a corrigé à 18 % in extremis… il faudrait nous expliquer comment on a compilé tout ça…

Un peu vicieux, tout ça, mais bon, au fond, quelle importance… L’important, c’est que 80% des Français ont voté et ne sont donc pas sortis de la bulle de crédulité où la démocratie libérale vit sous respiration assistée.. Maintenant, on croit fermement qu’ils vont se précipiter le 6 mai pour voter encore…

Ce qui serait bien bête, car ce serait un blanc-seing pour faire les bêtises que l’on va faire. On les fera ces bêtises, à gauche ou à droite. Il est clair que la politique de la France ne changera pas et que la situation ne pourra donc évoluer que pour le pire. Ca ira de mal en pis de toute façon.

Parce que si le 6 mai entérine une victoire de Hollande, ce choix déclenchera la riposte des milieux bancaires dont « The Economist » a déjà prévenu les Français et pour laquelle les mécanismes sont déjà en place depuis la semaine dernière pour détruire la crédibilité financière de la France. Le marasme social suivra, car on cherchera des boucs émissaires

Si, au contraire, on se ravise en dernière heure et que l’on reconduit Sarkozy, la crise continuera simplement dans la continuité. Le même favoritisme, la même corruption, la même morgue que maintenant. On arrivera à une même désintégration sociale et à une même faillite économique.

Les Français ne devraient pas voter le 6 mai

Si le résultat est le même et qu’il est vraiment trop tard pour infléchir le cours des événements, qu’importe que les Français votent ou non au deuxième tour ? C’est que le cours des événements ne peut être changé dans la dynamique actuelle de la gouvernance libérale, mais peut l’être si l’on accepte une rupture.

La situation peut être changée si : 1) l’on rapatrie la politique monétaire en dénonçant la main mise de la BCE ; 2) si l’on accepte de régler le problème de la dette en l’imputant aux entités économiques au prorata de leurs actifs nets ; 3) si l’on nationalise les institutions financières et qu’on met en place une politique de crédit… et que 4) on accepte un régime de revenu-travail garanti.

Mais ces gestes sont RÉVOLUTIONNAIRES. Ils signifient une redistribution au moins minimale de la richesse et ils ne peuvent être posés que par une population en rupture avec sa gouvernance. Posés par peuple qui fait le choix de la désobéissance civile, pleinement conscient d’une probabilité d’anarchie à laquelle un gouvernement fort d’union nationale devra mettre fin avant que ne puisse renaître une nouvelle démocratie.

Or, si les Français votent massivement le 6 mai, qu’ils aient choisi l’un ou l’autre des candidats, cette rupture avec sa gouvernance deviendra bien plus difficile. On rappellera alors aux lemmings qu’ils ont choisi démocratiquement leur destin et qu’ils n’ont à s’en plaindre qu’à eux-mêmes.

Un soutien massif réitéré à ce que Sarkozy appelait aujourd’hui encore la « démocratie » serait une reddition. Il n’est pas trop tard pour l’éviter.

Il suffirait que s’abstiennent au second tour les partisans de Melenchon, que l’on dit « communistes », maintenant qu’ils ont voté et qu’on les veut au second tour par fidelité à une gauche dont ils sont hélas les seuls éléments sincères.

Il suffirait que s’abstiennent les partisans du FN, qu’on courtise maintenant en ne les disant plus « fascistes d’extrême droite », mais « les oubliés, les pauvres et les déshérités… ».

Que s’abstiennent les partisans de Bayrou, dont ni le PS de Hollande, ni l’UMP de Sarkozy n’ont la moindre intention de satisfaire les attentes.

Si ceux-là qui n’ont PAS voté pour Hollande ou Sarkozy prennent conscience de l’irréductible contradiction entre ce pour quoi ils ont voté au premier tour et ce que veulent leur offrir l’un ou l’autre des candidats au deuxième tour, ils comprendront que la réponse du Système à leur demande est NON.

Ils comprendront qu’ils ne devraient pas apporter la caution de leurs suffrages à une politique qui a ruiné le pays et divisé la nation. Ils choisiront de s’abstenir le 6 mai et de garder leurs coudées franches pour participer sans compromission à tout ce que la situation pourra exiger.

Et les lemmings réfléchiront…

Pierre JC Allard

424. Lettre ouverte à Messieurs Charest et Nadeau-Dubois 21.04.28

Il y a 15 ans que j’écris sur la Toile; je le faisais bien avant que le mot «blog» n’existe. Parfois je me répète. Je crois qu’il y a des choses qui méritent d’être redites et je sais qu’une redondance obstinée est la seule pédagogie qui vaille avec ceux qui ont remplacé toute reflexion par la culture en serres de leurs préjugés et leur total dévouement à leurs intérêts personnels. Je vais donc répéter ici des choses que j’ai déja dites. Dites il y a des années et redites il y a quelques semaines.

Je vais résumer beaucoup, ici, parce qu’il y a une crise à régler. Pour les détails, voir ce que j’en écrivais quand il n’y avait encore qu’une solution à apporter calmement à une crise évidente et incontournable qui se préparait, mais que personne ne voulait voir.

1, Il faut, dans une société, une éducation générale commune qui serve de socle aux valeurs et à la culture. Une éducation générale commune qui transmette ce qui est  prérequis à toute formation spécifique au travail.   Ce tronc commun va jus’au point où il se scinde et apparaissent des options. La société doit donner gratuitement cette éducation générale à tous et agrandir ce tronc pour donner autant que sa richesse le lui permet. C’est ainsi qu’elle s’enrichira davantage et ses citoyens avec elle.

2. Cette éducation générale doit être complétés, cependant, par DES FORMATIONS SPÉCIFIQUES qui sont toutes nécessairementt différentes, puisqu’elles doivent être complémentaires.  Ces formations distinctes exigent des aptitudes différentes et confèrent des avantages inégaux.  Si la société paye le coût de ces formations, elle donne à certains plus qu’a d’autres, ce qui est fondamentalement INJUSTE.  En fait, elle fait payer par le citoyen à revenu moyen ce qui deviendra le fond de commerce de privilégiés qui gagneront parfois plusieurs fois son revenu.  Si elle investit dans ces formations au seul vu de ce que réclament ceux qui veulent y avoir accès, elle risque aussi que les compétences acquises ne correspondent pas aux besoins de la population et que les plus importants de ceux-ci demeurent insatisfaits

3. Une solution est que les besoins soient estimés, les capacités ajustées à ces besoins et les admissions déterminées par concours. Maisc’est un processus lourd et il n’est pas certain qu’en l’état actuel de la science nous puissions le conduire parfaitement. Une solution efficace plus facile est que les formations spécifiques soient payées entièrement, chacune au prix qu’elle coûte, par ceux qui en profitent et que l’on fournisse à ceux-ci les prévisions sur les besoins qui leur permettront de prendre des décisions raisonnables, tenant compte de la situation comme de leurs motivations.

4. Cette solution efficace n’est juste, toutefois, que si ceux qui ont le goût et le talent de poursuivre des études n’en sont pas empèchés par un manque d’argent. Il faut donc que quiconque veut poursuivre des études puisse disposer d’un revenu qui lui permette de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté tout en assumant le coût de sa formation.

5. Tous les citoyens et les jeunes en particulier ne disposant pas de ce revenu, il faut qu’il soit prèté par l’État à l’étudiant. Immédiatement. Sans discussions, sans autre condition que de RÉUSSIR les test d’admission puis les examens périodiques qui indiquent sa persévérance dans son projet.

6. Un prêt doit être remboursé. Le prêt consenti pour l’éducation professionnelle et universitaire devrait être remboursé par celui qui en a profité, en versant un pourcentage de son revenu entre l’âge de 45 et 55 ans. C’est la période de sa vie où sa formation aura produit son plein impact sur son revenu et où ce remboursement aura le moins d’effets négatifs sur ses autres objectifs de vie. Ceux qui auront choisi les professions les plus rémunératrices payeront ainsi davantage… et c’est bien ainsi que les choses devraient être.

7. Il y des détails a régler, dont les pourcentages de remboursement, l’exclusion de cette dette de toute faillite, la participation possible du gouvernement fédéral, les intérêts, qui doivent se limiter à une indexation de la dette (car le but n’est pas d’enrichir les banquiers ! ), les conditions pour celui qui, après un échec, voudrait bénéficier à nouveau d’un prêt, etc, etc. Tout ça est négociable… le principe ne l’est pas.

Le principe, c’est que le premier bénéficiaire d’une formation doit en assumer le coût, mais que la collectivité en bénéficie aussi et que la société a donc la responsabilité de rendre effective la demande de ceux qui veulent s’instruire, en leur prêtant ce dont ils ont besoin pour vivre et étudier.

(Notons, en passant, qu’en traitant  ainsi la formation comme  un investissement, on supprime une dépense énorme et que le budget du Québec se retrouve miraculeusement équilibré… La société y gagne beaucoup)

Ne serait-il pas opportun que les parties en présence nous disent comment elles réagissent à cette proposition, laquelle règlerait cette crise pour laquelle il n’existe présentement aucun terrain d‘entente ?

Pierre JC Allard

425. Les Présidentielles, d’un 6 mai à l’autre…   12.05.07

Vous vous souvenez du 6 mai 2007 ? Je relis avec attendrissement ce que j’écrivais à l’époque, parlant de Bayrou et de Ségolène… Ce 6 mai là, après une victoire, avouons le, bien plus convaincante que celle de Hollande aujourd’hui, Sarkozy partait diner au Fouquet’s avec les copains et un milliardaire canadien règlait l’ardoise. On s’imaginait déjà le yacht de Bolloré. On voyait venir une gouvernance de division, d’injustice et de corruption… On entendait tinter les grelots du bling-bling et on s’attendait au pire.

Aujourd’hui aussi, d’ailleurs, on peut s’attendre au pire, mais pour de tout autres raisons. Les choses ont bien changé. En 2007 on voulait croire que la Droite avec Sarkozy damnerait la France. Aujourd’hui, on peut croire, à tort ou à raison, que cette menace s’est bien réalisée, mais la conjoncture et les événements ayant été ce qu’ils ont été, il devient bien douteux qu’il aurait pu en être autrement. Il en reste donc bien peu pour penser que le coup de barre qu’on voudrait maintenant donner suffira à changer le cap… Bien peu, chez ceux qui réfléchissent un peu, pour croire que la Gauche sauvera cette France que Sarko aurait damnée.

Le croire ce soir, peut-être, dans un moment d’euphorie, mais on peut craindre que cette soirée de réjouissances ne soit la dernière d’une phase de bienheureuse innocence. Le pouvoir d’achat va-t-il augmenter ? Va-t-on créer des emplois ? Le déséquilibre des comptes publics va-t-il se régler, la dette se payer, la corruption cesser ? On voudrais le croire. Mais on peut craindre, hélas, que rien ne change et que la désillusion ne vienne s’ajouter aux autres maux dont la société française est atteinte.

Pas par incompétence ou par mauvaise volonté, mais simplement parce que les outils nécessaires ne sont pas accessibles. Croissance, bravo, mais comment, si la France n’a pas le contrôle de sa monnaie pour financer une expansion industrielle, ni celui de ses frontières pour donner un cadre territorial gérable à cette expansion ?

D’où viendra l’appui pour la croissance, quand The Économist, (qui parle pour la City de Londres, là où est vraiment l’argent), dit que « Monsieur Hollande est dangereux » – ce qui est une courtoise, mais impitoyable déclaration de guerre économique – et que notre vieille alliée, l’Allemagne, ne partage pas du tout cette idée de fuite keynesienne en avant dans la croissance ? Quelles sont les hypothèses crédibles de travail ?

Croit-on pouvoir compter sur les USA, qui ont leur propre agenda en cette année d’élections chez eux ? Aurait-on prévu de spectaculaires renversements d’alliances, mettant en cause la Chine ou la Russie ? Pense-t-on que la société française, scindée presque également ce soir entre Droite et Gauche, a en elle le potentiel d’un accord sacré pour s’en sortir seule ?

Peut-on la rêver unie pour une sorte de Valmy économique, dans une austérité qui lui permettrait d’accepter « de la sueur et des larmes » pour un grand bond en avant… alors qu’elle vient justement de dire non à cette austérité ?

On voudrait le penser, mais il faut admettre que ce n’est pas l’hypothèse la plus probable et que les mécanismes qui ont été mis en place récemment pour attaquer la crédibilité de la France en spéculant sur sa dette n’aideront en rien…

Si une telle attaque a lieu, elle sera immédiate, avec pour premier objectif de faire basculer l’opinion populaire avant les législatives, pour priver la Gauche du consensus solide qui lui permettrait de faire front à ses adversaires de l’intérieur et de l’extérieur. Si un tel revirement avait lieu, on aurait en France une présidence de Gauche et une Assemblé de Droite qui se rendraient réciproquement impuissantes.

C’en serait fait, alors, des espoirs de réforme et c’est la Gauche qui sera blâmée pour les maux qui s’ensuivront, au cours d’une longue cohabitation qui imposera que la nation reste à genoux aux pieds de ses banquiers, pleurant doucement avec les Grecs et les Espagnols….

Monsieur Hollande fera-t-il que cela n’arrive pas ? Peut-être, si on le lui souhaite très fort. C’est ce qu’on appelle la grâce d’état.

Pierre JC Allard

426. Québec Solidaire cherche des candidats   12.05.16

Je vous encourage à saisir l’occasion. Défendre une cause sans espoir est une expérience passionnante de fraternité et de pensée positive. Si vous êtes jeune, ça vous prépare à la vie, si vous êtes vieux ça vous en console. Voyez en lien ici la description de ce genre d’aventures que j’ai pu me permettre deux (2) fois et qui ne coûte pas plus cher qu’un mois de vacances en Floride ou en Europe.

http://nouvellesociete.wordpress.com/une-campagne-en-mauricie/

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui ? Parce que j’ai vu sur un blogue de Cyberpresse un de ces commentaires qui ont l’air de sortir de nulle part… Ce sont les seuls qui sont intéressants.

Les seuls commentaires intéressants qui y restent, depuis que Gesca a compris que les blogues étaient un échantillon représentatif – non pas des lecteurs, mais des éléments proactifs de son lectorat – et que prévaut donc une censure sélective.

Une censure sélective, sans faire de vagues, mais qui devrait d’ici un an ou deux contribuer à ramener l’internet à la bien-pensance et à l’y ancrer solidement. L’évolution est perceptible, facilement vérifiable et j’en ferai peut-être un jour un bouquin… Aujourd’hui, ce serait prématuré.

Aujourd’hui, j’en suis à identifier les signes prémonitoires, les messages liminaux Voyez celui-ci qui est fascinant. Vendredi 11 mai, en pleine crise étudiante, voici ce que nous dit Ligulaire : « Le mouvement étudiant tient le même discours que Québec Solidaire. Quel pourcentage du vote croyez-vous que QS va obtenir aux prochaines élections? »

Je ne vous dirai pas pourquoi Gesca publie ce commentaire, pourquoi on le fait de cette façon, ce qu’on en attend… et les suites qu’on lui donnera. Ce serait vous encourager à la paresse et puis je pourrais me tromper… Je vous invite donc simplement à y réfléchir, en vous souvenant de FD Roosevelt, qui disait que le hasard n’existe pas en politique et que rien n’y arrive que quelqu’un n’ait préparé…

Donc, pensez-y. Revenant à nos moutons, je vais cependant vous dire ce qui sera l’impact immédiat du message, mais avant, voici la réponse que j’ai envoyée à Ligulaire et qui sera ou ne sera pas publiée

« Quel pourcentage du vote croyez-vous que QS va obtenir aux prochaines élections ? Environ 5% et on dira que c’est un succès. Faites un sondage en faisant comparer les programmes des partis et ils ont 63%. La différence ? les Québécois ne croient pas que QS peut gagner… et ne votent donc pas pour QS. Pourquoi ils ne le croient pas ? Parce que les medias leur disent que c’est impossible… Le Pouvoir en place (financier) contrôle les médias. Si Legault jure qu’il ne changera rien on le laissera peut-être gagner…. Mais évidemment ça ne pourra alors rien changer. Il n’y a plus rien à discuter »

Ma réponse sera censurée ou, plus subtilement, on en diffèrera la publication de 12 ou 24 heures ou le temps qu’il faudra pour que la vague des blogueurs soit venue et ait quitté ce fil. C’est ce que les bien-pensants appelent « Damage control » …

On va tenter d’évacuer ce genre de réponses, parce que le Systeme n’aime pas qu’on remette en cause le processus électoral comme manifestation libre de la volonté populaire. Qu’on prêche pour la Droite ou pour la Gauche, pour le fédéralisme ou pour l’indépendance lui est indifférent. D’abord, parce qu’il est possible de rendre le message pratiquement inaudible en lui barrant l’accès aux médias traditionnels ; ensuite, parce que toute conviction populaire, en ces temps de relative stabilité sociale, étant fragile et superficielle, l’impact de tout message peut être contré par une interprétation de mauvaise foi qu’en feront les médias qui sera vigoureusement diffusée ; enfin parce que des mesures exceptionnelles peuvent être prises qui changeront la donne.

Ici au Québec, aux USA, en France ou n’importe où, tout est parfaitement contrôlé. Il est seulement obscène de parler de cette manipulation… C’est donc parler d’abstention, ou dire que les dés sont pipés au départ par le contrôle médiatique et la corruption qui fait froncer les sourcils. C’est la seule chose dont le Systeme souhaiterait que l’on ne parle pas.

Mais revenons à l’impact du non-dit du message de Ligulaire. Les étudiants à Carré Rouge dans la rue peuvent être des milliers, mais l’on ne veut pas que vous oubliiez qu’ils pensent comme Québec Solidaire. Ils sont donc une infime minorité. Des marginaux et des rêveurs ! Vous ne votez pas pour QS, ce sont des « loosers » ! Comment pourriez-vous soutenir les étudiants en grève ? D’ailleurs ce sont de dangereux extremistes, des « terroristes » qui mettent de bombes dans le métro ! Ce sont eux, jeudi dernier, qui vous ont fait marcher sous la pluie. Avez-vous ressenti dans votre chair, au plus profond de votre grelottement. À quel point leur cause est ignoble ?

Tout ça pour un commentaire sur Cyberpresse ? NON. Tout ça pour des milliers de petites phrases saupoudrées apparemment au hasard sur les blogues, dans les chroniques, dans les articles supposés impartiaux, et surtout aux nouvelles du Téléjournal de RC, de TVA et de RDI. Un bloc solide de manipulation contre lequel la psyché populaire est sans défense.

On vous dit tous les jours, dans tous les médias, que 70% de la population soutient le gouvernement Charest contre les étudiants. Vrai ou faux ? En doutez-vous encore ? Surtout, quand on aura mis les étudiants hors d’état de nuire, souvenez vous bien que Québec Solidaire, ce n’est que la contestation étudiante qui continue sous un autre nom… Et c’est pour ça que QS n’aura que 5 % des voix

Mais je vous invite malgré tout à être candidat pour QS. Car le Bien ne triomphe jamais, mais le Mal recule toujours…. C’est ainsi que ce monde a été bâti, et croyez-moi: on fait œuvre pie et on prend bien du plaisir a trottiner dans la bonne direction.

Pierre JC Allard

427. Education: la reine des vaches sacrées (1/3)   12.05.22

La crise étudiante au Québec, prenant sa source dans une augmentation brutale annoncée des frais de scolarité, a donné lieu à des protestations, puis à des désordres auxquels un gouvernement discrédité par la gabegie et la corruption a trouvé avantageux de réagir de façon musclé pour mettre de son côté la masse de ceux pour qui tout ce qui semble menacer la paix sociale est anathème.  Il en est sorti une autre menace, sur les droits et liberté, celle-là, créant le dilemme d’une crise sociale quelle que soit la direction que l’on prendra.

Dans l’ombre de cette crise sociale, la question initiale des droits de scolarité est devenue quasi marginale, ce qui est bien dommage. Dommage, parce que, ne parlant plus des frais de scolarité, on ne parlera plus du coût de l’éducation  15,5 miliards  cette année  – et on s’empressera d’occulter une question ENORME à laquelle il serait pourtant crucial d’apporter une réponse, si on veut que notre société se développe de façon raisonnable et cohérente : que vaut vraiment cette éducation qui nous coûte si cher.

On peut se demander : en avons-nous pour notre argent et les sommes sont-elles bien distribuées ? C’est la question qui sert de socle à l’argumentaire des étudiants pour contester la hausse des frais qu’on veut leur imputer et on comprend que l’on veuille retarder l’échéance d’en parler. Pourtant, ce n’est là que la pénultième question. Celle qui n’est taboue que parce qu’elle défend l’accès à la dernière, la question qui tue, même si personne n’en parle : que vaut VRAIMENT cette éducation ?

Que vaut-elle dans le sens bien concret de nous apporter les biens et les services que nous voulons ?  Quand on accepte de remettre en question le préjugé que toute éducation est bonne et qu’il n’y en a jamais assez, on constate d’abord que, une fois transmises les valeurs de base morales et traditionnelles qui sont le ciment de notre société, mais dont c’est essentiellement la famille qui est le vecteur, l’éducation que l’on attend de notre Ministère de l’éducation – celle qui nous coûte 15,5 milliards – est de deux types.

Une formation PROFESSIONNELLE, qui prépare le citoyen à jouer un rôle utile dans le système de production des biens et services, pour satisfaire les besoins et les désirs des consommateurs. Il faut joindre, en amont à cette formation professionnelle, tout ce qui lui sert de prérequis, comme lire, écrire et compter. Il faut y ajouter en aval, tous les modules spécifiques – la plupart du temps fournis par des entreprises – qui permettent de faire le pont entre les techniques générales qui peuvent faire l’objet de programmes  d’apprentissages formels et les idiosyncrasies de chaque employeur pour en arriver à un produit ou service bien concret.

Toute cette formation professionnelle a une valeur qui se mesure à son apport direct ou indirect à la satisfaction des désirs des citoyens, ce qui, dans une société de marché comme la nôtre, se confond avec la demande des consommateurs. Cet apport est mesurable. Bien sûr, il y a des hypothèses à poser, des prévisions et des projections à faire et l’on peut se tromper, mais, en principe il est possible, voire théoriquement trivial, de mettre un chiffre sur la valeur de chaque élément de cette formation.

Le deuxième type de formation, celle qu’on peut dire CULTURELLE, sert essentiellement au developpement de l’individu et indirectement seulement à satisfaire une demande de la société. Une demande changeante, dont la priorité peut varier beaucoup durant ce qu’on pourait appeler la  « durée d’utilisation » de cette connaissance, entre le moment où elle est acquise et celui où elle est totalement désuète. Les hypothèses et les prévisions concernant la formation culturelle ne permettent pas de déterminer avec une bonne fiabilité la valeur de ses éléments.

Quand on se demande ce que « VAUT » l’éducation, il faut se demander, considérant le prix de revient de chaque élément de connaissance transmise, si, consulté, le citoyen lambda payeur de taxes serait bien d’accord pour que son gouvernement en assume le coût en son nom. Un gouvernement démocratique devrait s’efforcer de prendre les décisions qu’il croit honnêtement conformes à la volonté des citoyens.

Si la réponse est oui, pour une écrasante majorité de la population, va pour que ces éléments de formation soient gratuits. Si la réponse est non, toutefois, l’option de la gratuité devrait être exclue.  Si elle ne l’est pas, il faut se demander si quelques corporatismes plus ou moins avoués  – ou quelques vieilles habitudes devenue néfastes – ne sont pas à biaiser la décision de l’État en la matière… Et il faut agir en conséquence.

Se demander si l’étudiant ou l’État doit payer un élément de l’éducation  n’a tout son sens que si on se demande d’abord si la volonté populaire est bien que ces 15,5 milliards soient dépensés pour l’éducation… et pas pour autre chose. Or cette question est loin d’être évidente. Nous en parlerons la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

428. EDUCATION: LA REINE DES VACHES SACRÉES (2/3)   12.05.27

La volonté populaire est-elle bien que 15,5 milliards de dollars soient dépensés chaque année au Québec pour l’éducation ?… Probablement.  Mais La volonté populaire n’est-elle pas une peu… disons, désinformée ?

Au départ – lire, écrire, compter, savoir résoudre un problème et autres compétences de base, c’est une même formation pour tous. Puisque tout le monde doit en profiter également, il est normal que tout le monde absorbe le coût de ce tronc commun de préliminaires. C’est ce qui se passe quand l’État offre gratuitement une formation générale. Souvenez-vous, cependant, que « gratuit » ne veut pas dire que cette formation de prérequis et des préliminaires ne coûte rien ; seulement que  vous et moi et  tout le monde la paye au prorata de sa contribution fiscale.

La sagesse conventionnelle, aujourd’hui, est qu’il est bon pour une société de donner autant de cette formation générale que ses moyens le lui permettent. Mais il y a éducation… et éducation. Il y a une éducation professionnelle qui sert à  produire des biens et des services.  Tout  le monde, dans une société, devrait collaborer à la production des biens et services: c’est ce qu’on appelle travailler. ..

Pour le faire efficacement, dans une société technique, il faut une formation dite PROFESSIONNELLE . On veut plus d’éducation professionnelle, c’est la clef de l’abondance.  On se dit que ça fera des travailleurs avec une base professionnelle polyvalente et que ça pourra toujours servir …. Alors on en ajoute

Mais il y a un piège.  Plus une société est complexe, plus il y a de connaissance professionnelles spécifiques à acquérir qui doivent être complémentaires. Si on met ces connaissances spécifiques au tronc commun, celui-ci s’allonge – ce qui coûte plus cher – et s’alourdit, ce qui entraîne plus d’échecs et d’abandons. IL EST NEFASTE D’AJOUTER AU TRONC COMMUN DES CONNAISSANCES QUI NE SERONT PAS UTILES A UNE TRES VASTE MAJORITÉ DES APPRENANTS.

Il saute aux yeux qu’il faut plus de formation pour satisfaire les besoins d’une société en évolution technique accélérée, mais ce n’est pas au tronc commun professionnel qu’il faut en ajouter ; c’est aux paliers des diverses options, qui doivent être  de plus en plus finement ramifiées si on veut que puisse être transmise la masse des connaissances qui doit l’être.  Est-ce à dire que l’éducation générale doive s’arrêter là où se termine le tronc commun des connaissances professionnelles utiles ?

Nenni…  Car depuis le Rapport Robbins en Grande Bretagne, il y a près de 50 ans, on a compris qu’il y avait une demande sociale pour l’éducation indépendante de l’activité de production à laquelle elle donne accès. Cette demande peut être satisfaite par l’éducation que nous avons dite « CULTURELLE ».  Cette éducation culturelle, qui est essentiellement pour le plaisir de l’individu, peut néanmoins avoir un impact social positif si elle est dispensée au palier de l’éducation de tronc commun, en permettant un nivellement des schemes de développement personnels générateur d’un sentiment d’appartenance et donc de cohésion identitaire.

Va donc pour la formation culturelle de masse, mais il faut aussi dire à la population puritaine qui boude son plaisir que cette formation est indispensable…  L’est-elle vraiment ?   À défaut de transmettre des connaissances spécifiques utiles, peut-on transmettre une métacompétence qui permettrait d”acquérir les autres ? Un art d’apprendre qui serait une source de pouvoir ?

« La connaissance est le pouvoir », disait déjà Hobbes.  Une connaissance scientifique ou technique qui permet un contrôle de la nature est bien utile, mais en quoi une formation « culturelle » apporte-elle du pouvoir ?  C’est que, dans une société complexe d’interdépendance et de complémentarité, il est parfois moins important de connaître et contrôler les lois de la nature ou les techniques que les  « règles du jeu » qui régissent la production (Économie) et les rapports sociaux (Politique) …

Or, ces règles qui nous font une société ne sont pas « naturelles », mais humaines et semblent donc bien arbitraires. Le rapport entre savoir et pouvoir, au palier de leur contrôle, n’a pas la rigidité ni la  rigueur de cause à effet d’un plan de travail à son exécution…   Elles intègrent des hypothèses sur le comportement humain; les disciplines « professionnelle» qui veulent nous les expliquer sont donc contestées.

Mais ce n’est pas parce que ces règles ne sont pas  parfaitement connues qu’elles n’existent pas…  L’éducation dite « culturelle » a pour but premier de nous donner  cette connaissance – qui est devenu le plus important des apprentissages – en s’appuyant non pas sur des disciplines « soft » – contestables – mais sur un non-dit transcendant – la culture –  qui en laisserait supposer la maîtrise.

La culture est pour une bonne part discrétionnaire dans sa forme. Elle rend chacun différent, identifie l’individu et détermine ses appartenances, lesquelles lui font un destin.  La culture, sous ces diverses formes, devient ainsi un discriminant au sens strict.  Que cette qualité protéenne  ait, sous tous ses voiles, la faculté  d’aider à contrôler les « règles du jeu » n’est pas évident, mais n’est pas absurde non plus: c’est l’hypothèse de la « tête bien faite ».  Le rapport de cause à effet entre une formation culturelle et une aptitude à contrôler les « règles du jeu » n’a pas la rigueur de celui d’une analyse de tâches à l’acquisition d’une compétence, mais, tout comme la formation professionnelle, l’éducation dite culturelle peut conférer un pouvoir.

Un pouvoir et, surtout, une aura de pouvoir qui impose le respect. En effet, au-delà de son efficacité factuelle qui reste sujette à caution pour permettre un meilleur contrôle des jeux économiques et politiques, la culture a son aura dont l’impact est indubitable qui résulte du consensus quant à cette efficacité. Ceux qui ont été adoubés, ayant reçu la culture comme on reçoit la grâce, jouissent d’un préjugé favorable.

Ceux qui profitent de ce respect  en tirent le pouvoir de faire en sorte qu’il ne s’estompe pas, mais grandisse.  On a donc ici un de ces feedbacks positifs dont on ne sait jamais trop comment sortir…

Tout a commencé par une stratégie inopportune, il y a deux générations, au temps du rapport Robbins, quand les bons pasteurs de l’éducation qui avaient les bons diplômes au départ se sont servi du préjugé favorable à l’éducation pour faire de celle-ci un passage obligé vers n’importe quoi.

Dans un premier temps, on a mis en marche une machine infernale, faisant augmenter constamment les exigences académiques pour TOUTE activité professionnelle, indépendamment des exigences réelles de ses tâches constituantes. On voulait une promotions sociale, mais c’était une évolution perverse, puisque, si l’exigence professionnelle demeure inchangée, ce n’est que le volet culturel de chaque formation qui peut augmenter…  Il est clair que, s’il faut un bac pour le faire et une maîtrise pour coiffer, ce n’est pas demain qu’on rasera grato !

On voulait que l’individu se réalise à tout prix par l’éducation; en fait, on a biaisé l’équilibre du pouvoir en faveur de ceux qui n’ont pas la compétence de produire ou d’offrir des services que veut vraiment la société, mais seulement l’habileté de se coller au processus de production pour en tirer prétexte à un revenu. Ils sont donc devenus de en plus nombreux à traire la vache et de moins en moins nombreux à la nourrir.

C’est dans ce contexte et cet esprit, d’une éducation qui n’a pas à apporter autre chose qu’une satisfaction à l’individu, qu’on a dû affronter la conséquence inéluctable  de l’industrialisation puis de l’automation de la production des biens qui a été de rendre superflue une part croissante  de la main-d’œuvre.

La solution aurait été de donner plus d’une formation professionnelle ciblée permettant offrir les services haut de gamme  pour lesquels il existait une intarissable demande.  En augmentant le nombre de ces professionnels dont la compétence était requise, on aurait satisfait un vrai besoin et l’on aurait pu réduire peu à peu l’écart entre leur rémunération et celle des autres travailleurs, ce qui est la SEULE façon d’améliorer à terme la qualité de vie de tous.

Mais la plus grande partie de l’éducation offerte n’ayant plus de liens directs avec  la production de quoi que ce soit, on n’a pas résisté à la réticence corporatiste de ceux qui contrôlent les professions en grande demande, médecins, ingénieurs, etc et voulaient qu’on en limite les effectifs.  On a choisi la solution de facilité de former des « logues ».   Ainsi sont nées dans la société des confréries de « logues » à préfixes innombrables, souvent sceptiques les unes envers les autres, mais s’accordant un respect mutuel devant les péquenots sans « culture ».

Ces confréries ont formé ainsi un bloc solide pour que se développe indéfiniment une éducation « culturelle », engendrant des « logues» dont le seul plan de carrière, pour beaucoup, ne peut être que d’en former d’autres ….  L’éducation est devenue ainsi une « génisse gestante sacrée »… que demain on ne pourra même plus traire, tout occupée qu’elle sera à allaiter la super vache sacrée que sera éducation future dont elle aura mis bas.

La semaine prochaine :  «  Pour en finir avec l’éducation : comment abattre une vache sacrée, sans lui faire mal ni en avoir du chagrin… »

Pierre JC Allard

429. Education: la reine des vaches sacrées (3/3) 12.06.04

On m’a virtuellement “entarté” – vitriolé serait plus proche de la vérité ! – dans quelques courriels cette semaine, ce qui m’a fait bien plaisir. Grande gratification, car j’ai eu  un signe que quelques-uns avaient lu mes bouquins, et avec assez d’intérêt pour protester quand j’ai parlé d’abattre cette vache sacrée qu’est l’éducation. C’est que, depuis des décennies, l’éducation n’a pas eu de plus fervent promoteur que moi. J’étais à l’OCDE dans les années 1960, quand Denison, Schultz et d’autres révélaient que RIEN ne contribuait plus rentablement au développement que l’éducation, et j’ai été au premier rang des convertis.  J’ai été convaincu et c’est le principal message que j’ai porté durant toute ma carrière…  Alors on me morigène un peu sur ma “trahison”… Ce petit texte devrait éclaircir ce malentendu.

***

Quand je dis qu’il faut en finir avec l’éducation, je ne suggère pas d’arrêter la diffusion des connaissances ni leur acquisition. Je dis trois (3) choses :

1) Je dis d’abord qu’il faut mettre fin à la confusion, tout à fait sciemment créée par ceux qui en profitent, entre l’éducation/formation professionnelle qui permet directement de produire des biens et des services pour lesquels il existe une demande … et l’éducation culturelle qui permet le développement personnel de l’individu.  La première est une CONDITION nécessaire de l’enrichissement de la société et est un INVESTISSEMENT.  La seconde est une CONSÉQUENCE de cet enrichissement et est une DÉPENSE.

La première est une priorité, car c’est par elle que passe le défi de remettre tout le monde au travail et de revenir à une société de collaboration tendant vers l’interdépendance et donc plus d’égalité, plutôt que de plonger plus avant dans une société d’exploitation où l’assistanat occupe de plus en plus de place, avec à terme des effets terribles dont je ne veux même pas discuter ici. La seconde n’est pas anodine non plus: elle est peut-être le seul aboutissement de l’aventure humaine; mais elle est néanmoins un plaisir, et qu’on ne peut s’offrir que si on l’a mérité.

Une politique d’éducation et son financement doivent donc reposer sur la fin de cette confusion

2)  Je dis aussi qu’il faut distinguer clairement entre « enseignement » et « apprentissage ».   Ce qui est enseigné est sans autre intérêt qu’administratif; ce qui importe, ce qui est vraiment éducation, c’est ce qui est appris. De là découle la nécessaire prise en compte des autres médias qui transmettent de l’information. Une information qui peut-être connaissance formelle, mais aussi interprétation des connaissances, interaction entre elles et parfois la présentation d’hypothèses ouvertes venant remplacer le corpus unique actuel, supposé  vecteur d’une globale et immuable réalité.

Ce qui est enseigné doit l’être par modules, ceux-ci constituant une maquette recouvrant ce que l’on sait qui est su et pouvant faire chacun l’objet d’un contrôle strict.  C’est ce contrôle qui est à la base de la compétence professionnelle formelle que l’on peut reconnaître à l’apprenant, et donc de tout système efficace de placement, de prévisions des besoins en main-d’œuvre, d’évolution des programmes et éventuellement d’un régime acceptable de revenu garanti.

Ce qui est « appris », au contraire de ce qui est enseigné, procède de tout le vécu de chacun.  On apprend par le biais d’un quasi-enseignement plus ou moins formel, par des lectures discrétionnaires, par le simple contact avec les choses et les événements, ou par les rapports établis avec les autres, auquel cas on peut parler d’« interformation »

Une compétence qui n’est pas enseignée peut néanmoins être apprise.  Elle peut avoir une valeur professionnelle et c’est la responsabilité de l’État de veiller à la vérification des acquis pour s’assurer que quiconque a une telle compétence ne sera pas privé de l’utiliser du seul fait qu’il n’a  pas suivi la voie ritualiste d’un système d’enseignement. Pour cette raison, entre autres, seul l’État doit conférer des diplômes et donc être en charge de tout le volet docimologique du système éducationnel.

3) Je dis, enfin, qu’il faut donc pratiquement faire table rase de la structure actuelle de l’éducation pour permettre à tous d’en acquérir davantage – aussi bien professionnelle que culturelle – en rendant plus efficace et moins onéreuse la diffusion du savoir.   Cela exige qu’on tire parti de toutes les méthodes modernes pour donner accès à la connaissance et à la compétence.   Cela exige, prioritairement, qu’on remplace, dans toute la mesure  du possible, l’enseignement par l’apprentissage autodidactique  et que, même quand un enseignement est requis ou au moins semble utile, on remplace l’approche magistrale qui est à sa face même grossière et aujourd’hui désuète, par des procédés tuteuraux divers qui tiennent compte de la spécificité des apprenants.

Cette nouvelle approche remet évidemment en cause la mission des profs, lesquels  doivent devenir des guides dans l’univers des connaissances et donc cesser de se prétendre la source ou les seuls dépositaires de celles-ci, ce qui, au rythme où la science grandit, est une prétention ridicule.  Elle remet donc en cause leur nombre et leur formation et signifiera souvent leur réaffectation, ce qui ne sera possible que si on pose au départ deux principes : a) tout enseignant a droit au maintien de son revenu et de son plan de carrière en termes de revenus ; b) aucun enseignant n’a droit au maintien de son poste de travail ni des tâches spécifiques constituantes de ce poste.  Ajoutons qu’une large partie des connaissances professionnelles sera transmise par des professionnels ayant reçu une brève formation pédagogique plutôt que par des pédagogues de carrières

Pour dispenser l’éducation, on cherchera à utiliser les lieux physiques présentement affectés à cette fin, mais on les modifiera, au rythme ou les ressources financières le permettront, pour les adapter aux nouveaux schèmes pédagogiques d’éducation à distance, d’autodidaxie, de tuteurât, d’interformation et de formation dans le milieu du travail.

Les premiers changements doivent toucher les volets professionnels spécifiques, mais le tronc commun de l’éducation, incluant sa composante culturelle doit aussi changer. Il doit d’abord être enseigné autrement, mais il faudra bien aussi que l’on s’interroge sur le contenu même de cette « culture » que l’on souhaite transmettre. Je ne veux pas m’écarter trop ici du thème de cet article qui est d’abattre la vache sacrée – de mettre fin au système d’éducation que nous avons – mais ceux qui sont curieux de l’avenir peuvent lire les articles de cette section du site Nouvelle Société.

Pierre JC Allard

430. Quand Pierre Foglia roule tout croche   12.06.12

Le jeudi 7 mai dernier, Pierre Foglia a pris la moitié de sa chronique dans « La Presse », pour nous parler de la folie, s’en gardant l’autre pour dire un mot des fraises de jadis et du Michel Therrien de maintenant, mettre une petite taloche à Patrick Roy – ah la nostalgie … – et envoyer un crochet assassin à un quidam anonyme qui s’inquiétait pour la démocratie. Un assemblage bien équilibré. Pas du grand Foglia, mais du prêt à boire bien correct. Alors on trinque….

Mais attention! Il y quelque chose d’imbuvable qui est tombé dans cette carafe et qui pourrait nous donner un sacré mal de tête. Genre « âne de Buridan », car quand, parlant de folie, Foglia nous dit qu’il est d’accord avec les jurés qui ont acquitté Turcotte, on est surpris: on ne sait plus pour qui il roule.

D’une part, il roule vent debout, face à la colère populaire qui veut la peau de Turcotte et c’est une sacrée côte à monter. Rien de surprenant à le trouver là ; il ne s’est pas fait connaître à pédaler en descente et s’est plutôt bâti la réputation de pouvor faire tourner le vent. D’autre part, acquiesçant au jugement dans l’affaire Turcotte, il roule aussi pour le système, ce qui est plus étonnant

Oh, il ne dit pas que Turcotte était ou n’était pas responsable; il dit simplement qu’il est d’accord avec le fait que les jurés s’en soient remis à l’avis des psychiatres. Si on ne peut plus se fier à l’opinion de ceux qui disent connaître, où allons nous… Dans le doute, il vaut mieux prendre la courbe dans la roue du mec devant, n’est-ce pas ?

Raisonnable, mais si Pierre Foglia, qui est un peu devenu l’expression la plus audible dans les médias du bon sens et de la MORALE populaires, convainc une partie significative de la population d’accepter sans discussion le verdict de non responsabilité criminelle qui a été porté sur Turcotte, aura-t-il fait œuvre pie ?

N’aura-t-il pas fait douter la population de son propre jugement, la rendant ainsi un peu plus jocrisse, un peu plus docile, manipulable ? Quand on voit que, de guerres pour rien en crises financières pour rire, le monde depuis cinquante ans va de mal en pis, ne peut-on pas se demander s’il faut rester « raisonnable » … ou s’il ne faudrait pas encourager chacun à penser un peu plus par lui-même ?

Le système d’éducation enseigne mal, le système de santé ne suit plus du tout, la Caisse de dépôt a perdu 30 milliards de dollars, la corruption a infiltré toute la gouvernance… Bravo les experts. Mais ne serait-ce pas le devoir d’un Pierre Foglia, de véhiculer le message inquiétant, mais salutaire qu’il faut désormais vérifier de ses propres yeux que la piscine est remplie avant de plonger ?

Doit-on, dans cette affaire Turcotte, pour que justice soit faite, s’en remettre aveuglement à ces « psychanalystes » dont toute la démarche ne repose que sur un échafaudage de spéculations qui constitue la plus contestable des sciences dites « soft » ? Or, au-delà de ses pilules, un psychiatre n’est qu’un analyste. Il ne peut prévoir avec certitude ce que fera Turcotte. Le laisser croire est une dangereuse fumisterie.

Foglia le sait très bien, qui nous donne d’ailleurs la sentence du tueur de la petite Bianca Leduc (3 ans), en exemple d’une justice qui est devenue folle. Il y a d’autres exemples de cette folie de la justice. Voyez ceci, et aussi ceci et cela…. Foglia sait très bien que le système judiciaire est inepte et il le dit… mais il dissuade la population de protester contre le verdict dans l’affaire Turcotte. Pourquoi ?

Stratégie du possible ? Tout le poids du corps et un coup de pédale à gauche, idem à droite… et le cycliste grimpe la côte ? Astuce peut-être, mais, pour le spectateur, le type sur sa bécane roule tout croche. Il faudrait expliquer. Pour le lecteur lambda, dont Foglia est le maître à penser au quotidien, il faudrait que notre Maillot jaune des chroniqueurs moralistes explique où il s’en va quand il roule tout croche, sinon il va créer des « dissonances cognitives » – (merci Freud, Lacan et aux autres saltimbanques) – chez notre population qui ne demande qu’à l’écouter.

Foglia l’explique déjà dans son article du 7 juin, quand il écrit « Déclarer fou quelqu’un n’est pas l’acquitter, c’est seulement reconnaître qu’il est déjà dans une prison ». Mais est-ce suffisant ? Il y a ici un non-dit, une ellipse, une anacoluthe (merci aux grammairiens ☺ ). Il faudrait être plus clair.

Si un psychiatre prétend que Turcotte était fou quand il a tué ses enfants, c’est une supposition qui semble tenir du bon sens. Le psychiatre n’en sait rien, mais bah ! …, l’assassin est fou, « il est déjà dans sa prison ». On peut vivre avec ça. Mais si ce même psychiatre ou un autre vient dire ensuite que Turcotte n’est plus fou et doit être libéré, alors, ça ne va plus. On ne peut pas vivre avec ça, car c’est l’acquitter de facto ou le gracier… et au grand péril de la population

Quand le Docteur Dominique Bourget vient affirmer que Turcotte ne récidivera pas, parce que les circonstances qui l’ont poussé au meurtre n’existent plus, elle dit une énorme bêtise. Elle « scotomise » (ne veut pas voir) que tous les cocus ne tuent pas leurs enfants et que, si Turcotte l’a fait, c’est qu’aux circonstances externes s’ajoutaient des circonstances « internes », créant en lui une propension à devenir un meurtrier dans des circonstances où d’autres ne le seraient pas devenus. OR CETTE PROPENSION EST TOUJOURS LÀ.

C’est cette propension – que les psys de tous acabits ne comprennent pas et dont ils ne peuvent donc pas prévoir les conséquences – qui impose que Turcotte ne soit JAMAIS remis en liberté.

En ne le voyant pas, par stupidité ou par vénalité – payée pour ne pas le voir – le Docteur Bourget s’est rendue indigne d’exercer sa « profession ». Quant aux autres psy-farceurs, aussi longtemps qu’ils divertissent on peut sans doute les laisser courir ; mais il faudrait voir de plus près à ce qu’ils ne causent pas trop de dommages et au besoin faire revoir chacun de leurs dossiers par un astrologue, un cartomancien et un sorcier africain, avant d’en tirer des conclusions qui peuvent être fatales, comme celle de laisser Turcotte errer libre sur les mêmes trottoirs que le monde ordinaire.

J’ai déjà eu une triste expérience de ces jugements de Salomon à la manque.

Pierre JC Allard

431. Le secret du juge Delisle   12.06.17

Au Québec, ,le juge à la retraite Jacques Delisle, 77 ans,vient d’être condamné par jury à la prison à perpétuité pour le meurtre de son épouse invalide. Un fait divers. La justice a parlé. Mais tout est-îl si simple … ?

*****

Ce que je vais vous raconter ici est une pure fiction. Une spéculation. Je ne connais pas le secret du Juge Delisle et je ne sais même pas s’il a un secret. J’ai pensé à écrire ce texte en lisant la chronique de Yves Boisvert, dans le journal La Presse du vendredi 15 juin.

J’ai hésité à l’écrire. J’y pensais depuis longtemps, mais, réserve durant un processus judiciaire en marche, j’ai attendu. Puis, quand ce processus est arrivé à terme, une certaine pudeur, vis-à-vis ceux qui sont personnellement concernés. Ils ont droit à ce que tous et chacun ne prennent pas prétexte de leur malheur pour pondre des lignes agate à se faire de la pub, en prétendant qu’ils ont trouvé quelque chose.

Puis, j’ai senti chez Boisvert, un chroniqueur que je respecte, le même malaise que je ressens depuis le début de cette affaire : le Juge Delisle n’a pas un profil d’assassin. Boisvert est perplexe et je pense que j’ai le droit de l’être aussi. Je pense même que le devoir de réserve et la pudeur ne tiennent pas, si l’on croit qu’on peut dire un mot pour faire avancer la justice.. Alors j’ai choisi de dire ce qui me trotte dans la tête. Ce n’est pas une révélation… mais c’est un scénario qui expliquerait bien des choses.

Imaginez …

… Tout ne va pas bien pour le couple Delisle. Elle est malade, handicapée, souffrante et ça ne peut aller que de mal en pis. Il est vieux, la vie et ses défis sont derrière lui, il n’y a plus de joie pour lui dans les quelques années qui lui reste. Il y a cette affection qu’il partage avec une autre femme, mais, à son âge c’est un sentiment qui n’en mène large que parce que la vie est bien étroite. On ne tue pas à 77 ans pour rejoindre une maîtresse. Je le sais : j’ai 77 ans. La vie n’est pas drôle pour le couple Delisle.

Quand il n’y a plus de joie, la hargne s’installe. L’impatience vient par vagues. On la regrette, on s’excuse, on recommence… On voudrait que ça finisse. Celle qui souffre dans sa chair, surtout, voudrait que ça finisse. Elle parle de suicide. Elle lui en parle. Un peu pour le culpabiliser… Mais l’idée fait son chemin. Car il n’y a pas d’autre issue et elle le sait. Nous le savons tous, mais quand on est cloué a une chaise on a plus de temps pour y penser. Pour apprivoiser l’idée de simplement en finir…

Elle lui en parle et il culpabilise. Il se sent coupable de même penser qu’il pourrait se sentir soulagé si elle prenait la décision d’en finir. Lui la tuer ? Ridicule. Impensable. Ce serait la contradiction totale de tous ses principes et de toute sa vie. En bonne logique il sait bien que la mort est la seule issue, pour lui comme pour elle, comme pour tout le monde, mais ce n’est pas son affaire. On lui a appris jeune, dans les années “30 et “40, que c’est Dieu qui s’en occupait. Mais en bonne lucidité, il doit bien s’admettre que, si elle partait la première, elle n’y perdrait rien, mais que ses dernières années à lui seraient moins pénibles. Cette idée de son suicide à elle peut devenir un non-dit entre eux. Un non-dit bien lourd.

Supposez maintenant un matin plus triste que les autres. Une acrimonie d’autant plus blessante qu’elle est retenue, polie et donc insupportable, puisqu’elle ne donnera jamais lieu a des excuses, à un rapprochement… C’est la désaffection définitive. Supposez que Nicole Rainvile, épouse Délisle, décide que c’est le bout de la route. Imaginez un dialogue que je me sentirais inconvenant de vouloir inventer, mais dont le sens peut être bien clair. ..

” Moi, Nicole, ta femme je veux mourir. Tout de suite. J’ai la ferme volonté, mais ma main n’a pas cette fermeté. Je n’ai pas physiquement la force de mon projet. J’ai besoin de toi. Ne me laisse pas tomber, ne me refuse pas ton aide. Je ne te demande pas de me tuer – je sais que tu ne le pourrais pas – mais seulement de guider ma main, d’affermir mon geste…”

Et le Juge Delisle, qui n’est pas un assassin, peut bien cependant accepter de rendre ce service… Sa main sur celle de Nicole, l’arme à l’envers – qui est la position la plus confortable – et sa main a elle bien sur le canon, solidement, car ce n’est pas lui, mais elle qui va tirer. Son doigt a lui sur son doigt à elle, mais c’est bien son doigt a elle sur la gâchette…

En son âme et conscience, le Juge Delisle n’a pas tué sa femme. Elle s’est suicidée. En toute bonne conscience il ne se sent pas tenu de donner les détails aux policiers. Ce sont des détails intimes, personnels, un secret entre elle et lui. Parce que le Juge Delisle ne veut pas dire son secret, il va « simplifier » les faits, faisant le pari que sa réputation pèsera plus lourd que les petits détails qui n’ont pas de sens…

Mais ce n’est pas le travail de la police d’aller au fond de la bonne conscience, seulement de voir des faits, de trouver des incohérences… Or, sans les petits détails qu’il a omis, il y en a. Il devient soupçonné, accusé… Parlera-t-il des détails ? De sa main à lui sur sa main à elle… ?

Comme il a cette moralité rigide venue des années “30 et “40, il est piégé, car il ne voudra jamais avouer un premier mensonge d’omission. Rigidité, amour propre,… dire la vérité lui devient insupportable, impossible… Un parjure lui serait encore plus odieux et, plutôt que de mentir sous serment, il va choisir de ne pas témoigner, ce qui pour les jurés va apparaître comme un aveu.

Il s’ensuit la CONDAMNATION à laquelle il n’a pas cru et qui lui apparaît infiniment injuste. Le résultat ? Le reste de sa vie en prison. Une assistance à suicide, avec toutes les circonstances aggravantes qu’on pourrait y trouver, ne lui vaudrait sans doute que d’être confiné à domicile pour quelque temps.

Chacun, selon ses propres principes, a le droit de trouver où il veut son estime de soi et celui de payer le prix qu’il veut pour la conserver. Chacun a aussi le droit de réévaluer ses principes.

Tout ça, bien sûr, n’est qu’une fiction en forme d’hypothèse…. ou l’inverse.

Pierre JC Allard

432. Parti Libéral du Québec: un gambit du fou ?  12.06.23

On pourrait se demander parfois à quoi diable peut bien jouer Jean Charest.  Au départ, un climat de favoritisme, de corruption et de gabegie dont il est tenu pour le principal responsable fait que les ¾ des Québécois souhaiteraient qu’il disparaisse.  Dans ce contexte,  il pourrait coucher le roi ou, sinon, tout faire pour se faire des amis et se rendre sympathique…

Mais surprise ! Au lieu de faire patte de velours, voici  le vieux matou qui engage une lutte à finir avec les étudiants, sans doute le seul segment de la population qui semble avoir encore un peu d’intérêt pour les pirouettes du cirque politique !  Pourquoi  cette approche qui semble suicidaire ?  Pourquoi, surtout, avoir mené cette lutte de façon si ostensiblement provocatrice ?

L’explication  que favorisent la plupart des gens  est que cette provocation, qui a créé la violence et le chaos, n’a eu d’autre but  que de donner au PLQ, tant discrédité et si mal-aimé,  le rôle du défenseur de l’Ordre qui le fera aimer…. et réélire.  Prenez ce pion que vous ne pouvez pas ne pas voir… Mais peut-on sérieusement croire qu’un piège aussi grossier suffirait à redonner au Gouvernement Charest l’amour du peuple… ?  Peut-on croire que le vieux matou tenterait ce “coup du berger” ?

N’y croyez pas un instant. Voyez plutôt qu’il est évident que le gouvernement libéral n’a pas du tout à se faire aimer pour être réélu … Et donc ne le fera pas.  Voyez que, paradoxalement, c’est au contraire quand on le déteste le plus  passionnément que le Parti Libéral peut jouir de la position électorale la plus favorable .  Si on le déteste LÀ OÙ ÇA COMPTE, bien sûr.   Ca compte dans les circonscriptions où le vote francophone est dominant.

Là où la minorité anglophone a la balance du pouvoir, en effet, le PLQ est gagnant par défaut. C’est son fief  traditionnel… et on remarquera que la crise étudiante n’a pas touché significativement la minorité anglophone. Charest y est plus que jamais en pays conquis.

L’arithmétique d’une victoire du PLQ aux prochaines élections repose donc essentiellement sur un partage équilibré des circonscriptions à dominante francophone entre la CAQ de Legault et le PQ de Marois, sans oublier que, dans une triangulaire, ce partage égal du vote entre CAQ et PQ augmente le nombre des comtés où ce sont les Anglophones qui peuvent devenir dominants !

Rien ne peut mieux « équilibrer » les soutiens à la CAQ et au PQ qu’une haine profonde pour Jean Charest.  À défaut de se faire aimer – ce qui serait bien malaisé –  Charest peut se faire haïr, s’excluant de facto de la triangulaire et permettant ainsi à la CAQ de battre le PQ dans une majorité des circonscriptions francophones. VOYEZ OÙ GAGNAIT L’ADQ !  Là peut gagner la CAQ.

Que se passe-t-il, en effet, si Charest se rend exécrable ?  Un nombre suffisant des Libéraux  – que rien ne pourrait rendre majoritaires – peuvent aller vers la CAQ pour que ce dernier monte dans les sondages et devienne une alternative crédible.  Quand elle est crédible dans les sondages – on l’a vu il y a quelques mois – la CAQ grimpe en flèche et arrache de grands lambeaux de l’électorat è Madame Marois, dont on  ne trahit pas ici de secret en soulignant qu’elle ne suscite pas un enthousiasme populaire délirant.

Il suffit donc à Charest de se faire détester des Francophones, – ce dont il s’acquitte fort bien – et, la clientèle anglophone lui restant totalement acquise, il peut tirer profit d’un split entre CAQ et PQ pour sortir en tête au décompte des circonscriptions.  Prenez ma Reine…. puis vous êtes mat.

N’y a-t-il pas un risque d’emballement ? Supposons que TROP de votes aillent vers Legault ?   D’abord, quand on contrôle les médias et donc les sondages comme les contrôlent  Gesca et Quebecor, un déplacement  bien manipulé du vote du PQ vers la CAQ apparaît sans danger. Mais, supposons néanmoins une bavure… La soupape de sécurité est là.  Il serait facile pour le PLQ de réajuster alors la situation, en prenant quelques mesures  de total aplaventrisme envers la minorité anglophone ou le gouvernement fédéral.

Ces mesures – les plus honteuses le mieux – suffiraient à renvoyer ce qu’il faudrait de nationalistes inquiets vers le PQ, ramenant le soutien de la CAC sagement en-dessous de celui du Parti Liberal et gardant ce dernier en tête.   Une mesure facile et suffisante,  mais  pourquoi viser si peu ? Avec un peu de travail on aura peut être le temps de faire beaucoup mieux. …

En arrosant la zizanie qui ne manquera pas de naître entre les étudiants et un PQ qui trahit maintenant le Carré Rouge par pur électoralisme,  on pourra peut-être faire en sorte que – advenant ce besoin de créer un reflux nationaliste pour contrer Legault – on puisse faire passer les électeurs  les plus férocement anti-Charest directement du CAQ à Québec Solidaire, en sautant l’étapisme mou du PQ de Madame Marois.  If suffit qu’on deteste assez Jean Charest. Si un ou l’autre des leaders étudiants se retrouve en campagne  électorale bras dessus, bras dessous avec les deux chefs de QS pour former un triumvirat,  vous saurez qu’ON y a pensé….

La beauté de cette stratégie de diviser le vote francophone entre CAQ et PQ  – tout en moussant une progression de QS qui à court terme est sans danger pour le Systeme – c’est qu’en aucun moment Charest n’a à se rendre sympathique,  à justifier ses actions passées, à s’engager pour l’avenir ou à quémander des votes, toutes choses qu’il ferait mal. Il n’a qu’à être lui-même, à distribuer  des embûches là où elles feront le plus de mal à ses adversaires les plus menaçants … et  à jouer son rôle de politicien astucieux.   Ce qu’il fera bien.

Ce faisant, il pourra entrer dans l’Histoire comme  encore plus retors que Bourassa, comme le  vainqueur d’une corrida à plusieurs, où il n’aura eu qu’à rendre le peuple fou de rage et à esquiver les charges de la grosse bête. ¡Ole toro !

Et je ne vois même pas une façon efficace et réaliste de contrer cette stratégie….

Pierre JC Allard

433. La chasse aux connards méchants   12.07.01

Je reprends ici un article signé Gerard Amaté paru dans « Le Monde Libertaire » sous le titre  » Trois ans derrière des murs pour une simple gifle  » Il me semble important, car il va au coeur du plus grand problème de l’humanité: la convergence entre bêtise et méchanceté qui se manifeste partout, mais est plus visible chez ceux qui ont un peu de pouvoir. Il y a une grande connivence implicite entre un Georges W Bush ou un maire cul-terreux des Cevennes: ils font autant de mal qu’ils peuvent….

****

 » Les Cévennes sont de basses montagnes couvertes de pins et de châtaigniers, où aucune agriculture industrielle n’est possible. Le cultivateur tend à y disparaître, remplacé par le bobo du Nord. Les éleveurs de chèvres continuent à y faire du pélardon. Ceux de brebis envoient le lait à Roquefort, et abattent les bêtes au moment de l’Aïd, pour les travailleurs marocains.

C’est ainsi que vivait Alain, berger d’un troupeau d’une soixantaine de moutons. Il n’était pas exactement de Malons (sa commune d’adoption), puisqu’il était de la DDASS, mais s’y était installé il y a quatorze ans. Il ne buvait pas, ne fumait pas (à part quelques joints quotidiens d’herbe locale) et, quand il redescendait au village, menait une vie rangée, entre sa compagne et leur petite fille.

On a beau vivre dans la nature, il arrive qu’on aille à l’hôpital. C’est ce qui arriva un jour à Alain, heureusement pas longtemps, rien de grave.

À son retour, il n’avait plus de troupeau. Tous les moutons avaient été abattus, à la demande du maire, parce qu’ils étaient sans surveillance et menaçaient d’aller brouter l’herbe d’autrui.
On ne discutera pas la décision du maire. Peut-être agit-il sagement, en l’occurrence. Mais certainement pas amicalement. Il aurait pu au moins prévenir.

Alors que là, la surprise fut totale. Et l’exaspération aussi. Alain alla trouver le maire et, d’un propos discourtois à l’autre, d’un nom d’oiseau à celui d’autres animaux plus ou moins sympathiques, le ton monta. Si bien que le berger finit par allonger une paire de gifles au premier magistrat de la commune.

On a toujours tort de s’énerver. Le maire porta plainte, et Alain, à peine sorti de l’hosto, se retrouva en taule.

Son avocat n’avait pas inventé l’eau tiède. Au tribunal correctionnel d’Alès, il plaida le nervosisme de l’accusé, si bien que le juge, convaincu d’avoir affaire à un énervé de naissance, ordonna l’hospitalisation d’office (HO) dans un établissement ad hoc.

Alain se retrouva donc, après dix-huit mois de préventive, au quartier pénitentiaire de l’HP Carrairon, à Uzès, où il eut tout le loisir de regretter la quiétude des maisons d’arrêt, entouré qu’il était de quelques psychopathes particulièrement inquiétants.

Heureusement, personne, parmi les personnels de cet établissement, ne consentit à le reconnaître fada.

Le juge des libertés fut saisi et, se conformant à l’avis des experts, prononça l’élargissement d’Alain. C’était un vendredi. Le parquet fit aussitôt appel, lequel fut dans la foulée fixé au premier jour ouvrable suivant, lundi 12 décembre, à 10 heures du mat’. Alain ne put ni préparer sa défense, ni même avertir un avocat. En revanche, ce lundi-là, on avait trouvé un nouveau psychiatre qui, contrairement aux autres, pensait qu’il fallait garder Alain à l’hosto.

Ce n’est pas qu’il l’avait trouvé déséquilibré. Non, il écrivait même, dans son rapport :

« Monsieur Paya [c’est le nom d’Alain] est adapté dans une situation qu’il refuse (l’HO) mais ne pose pas de problème d’opposition et de trouble du comportement. »

Oui, mais voilà. Ce n’était pas tout. D’abord, il y avait les cheveux « crépus et emmêlés évoquant la coiffe rasta » et une apparence trop raisonnable pour être honnête « lisse dans ses réponses, ce qui peut renvoyer à une forme de réticence… » Le tout, avec un passé franchement louche : « Concernant son enfance (en famille d’accueil), il ne signalera pas d’événement particulier. De la même manière, à l’adolescence, il n’évoquera pas de dysfonctionnements sociaux ou relationnels. Cependant, il a arrêté l’école à quatorze ans et a travaillé à la ferme familiale. »

Quand on a grandi orphelin chez des pauvres, peut-on se prétendre sain d’esprit ? Et a fortiori lorsqu’on n’a pas fait fortune plus tard : « Il dit qu’il n’avait aucun pzoblème social, ni n’ayant besoin de soin psychiatrique et laisse penser qu’il avait obtenu un équilibre personnel, se contentant de peu dans un contexte qui parait précaire. »

Car, en effet, le pauvre est une variété d’asocial qui, lorsqu’il a un peu de bons sens, demande à être assisté médicalement pour supporter son état. En conclusion, l’expert s’avoue bien embêté : « Nous nous trouvons là devant un problème complexe à savoir que […] Monsieur Paya est adapté et ne présente pas de problème majeur ni de nécessité de traitement, si ce n’est qu’il se sent mal dans un milieu de maladie mentale. »

Et si vous voulez savoir quel est ce problème complexe, il n’est que de se reporter à la question finale posée par le tribunal : « Dire si les troubles mentaux dont est atteint Monsieur Paya compromettent la sûreté des personnes et portent atteinte, de façon grave, à l’ordre public. »

Le psy n’a même pas eu besoin de se contredire pour trouver à Alain des troubles mentaux. Le tribunal s’en était chargé à sa place. Il lui a suffit de reprendre les termes de la question dans sa réponse : « Les troubles mentaux dont Monsieur Paya est atteint compromettent la sûreté des personnes désignés dans son processus persécutif et par conséquent peuvent porter atteinte de façon grave à l’ordre public. »
Processus persécutif car Alain, au cours de l’entretien, avait prétendu qu’on s’acharnait sur lui parce qu’il avait giflé un élu au bras long, de surcroît magistrat.

Le tribunal, quant à lui, s’appuyant sur la seule expertise qui confirmait ce qu’il voulait penser d’Alain, reconduisit la mesure d’enfermement en hôpital psychiatrique. Laquelle commence à faire long, pour deux claques.

Trois ans de placard, déjà. D’abord la taule, dix-huit mois en tout depuis 2008, et ensuite l’HP, dont il n’est pas près de sortir. Pour un homme considéré par tout le monde, y compris le psy qui l’a renvoyé à l’asile, sain d’esprit.

Mais qui persiste à ne pas admettre qu’on n’a jamais eu aucun tort à son égard. Ce qui prouve sa folie, imperceptible mais tenace. La même qui nous menace tous, à l’occasion. On croyait l’épidémie presque éteinte depuis celle qui avait emporté tant de dissidents dans l’URSS brejnévienne. Elle se manifeste à nouveau dans la France sarkozyste.

Gérard Amaté

***

Nota Bene: Ne pas confondre le « méchant connard », une espèce non-protégée dont la population est stable, car la nature se charge de la régulariser… et le « connard méchant » lequel vit en habitat élevé, est protégé par des privilèges, et dont la saison de chasse n’est pas assez longue. Pour être de cette exceptionnelle occasion de participer à une chasse aux connards, Inscrivez-vous ici

Pierre JC Allard

N.B  Je me dissocie de la partie de l’hypothèse d’Amaté suggérant que le nombre de connards méchants puisse être significativement modifié par l’arrivée ou le départ d’un Brejnev ou d’un Sarkozy. La politique n’y a rien a faire.

434. Jean François Lisée : un Grand Vizir pour le califat Marois   12.07.12

Quand Bernard Landry a renoncé à gouverner le Québec, la question attendue s’est posée du fossé transgénérationnel entre ceux de l’équipe de René Levesque et une nouvelle garde. Une période de turbulences s’est ouverte au Parti Québécois, digne des péripéties d’une fin de siècle chez les Ottomans, cette époque où héritait du trône celui qui avait survécu à ses frères…

Déjà, au moment où quitte Landry, il flotte sur notre Sublime Porte à nous, au Québec, une odeur de zizanie fratricide, avec la création de Québec Solidaire annonçant la rupture de l’alliance entre nationalistes et gauchistes qui avait fait au départ le succès du Parti Québécois. Mauvais présage…

Il allait vite s’y greffer une lutte épique pour la succession. Une lutte opposant d’abord des « Anciens » – Madame Marois et Gilles Duceppe – mais qu’allait « mettre d’accord en croquant l’une et l’autre » André Boisclair, un Raminagrobis « Moderne », audacieux et mieux organisé…

La fortune qui sourit aux audacieux, pourtant, ne leur est pas toujours fidèle. Boisclair allait servir de victime sacrificielle et c’est vite l’Impératrice Pauline qui allait monter sur le trone. Son règne serait aussi mouvementé qu’une fin de califat.

D’abord Legault – le Grand Vizir en titre – va rentrer dans ses terres, d’où on le soupçonne de comploter et de lever une armée. Un peu de temps, puis ce sont les revendicateurs gauchistes du SPQ-libre, Laviolette et Dubuc en tête, qui, à défaut d’être étranglés dans leur berceau selon l’usage turc, seront éliminés dans une version locale de la « Nuit des longs couteaux ». Ensuite, ce sont les autres supposés dauphins présomptifs qui, on ne sait trop pourquoi, vont s’immoler par grappes.

Beaudoin, Lapointe, mais surtout Curzi, un « sérieux ». Aussant, aussi, qui quitte la cour et se crée une satrapie dans les marches de l’Empire. Il y a aussi Drainville, un janissaire prometteur, qui tergiverse et vacille et prouve, hors de tout doute, qu’il n’est pas l’inconditionnel qu’on croyait.

Restait Duceppe, blessé dans l’écrasement de son parti fédéral, mais qui respirait encore… Le destin a voulu, toutefois, qu’il choisisse de s’autodétruire une fois pour toute, en ratant un rétablissement en forme de putsch et en retombant dans les ruines fumantes de son Bloc Québécois. Et tous ces aspirants de partir, revenir, se rallier… Et hop, ça repart, et ca complote, et ça trahit … L’hécatombe des prétendants au trône a été digne des rives du Bosphore. Sans pitié, spectaculaire.

Aujourd’hui ? Le ciel ou quelque diable ayant fait que soient éliminés, poussés au suicide politique ou à l’exil, tous ceux qui convoitaient son trône, l’Impératrice Pauline règne toujours. Mais elle est désormais bien seule. Sa situation est mouvante, volatile, car Legault a levé son armée et campe sous les murs de la Ville qu’il assiège. En qui peut-elle avoir confiance, pour la seconder et éventuellement lui succéder ? ….

Qui a la stature d’un nouveau Grand Vizir ? Qui est l’oint du Seigneur, celui qui fait le poids et qui pourrait reprendre avec elle les choses au point où Parizeau les a laissées ?

Jean François Lisée. Candidat probable du PQ dans Rosemont. Il y a des années que je souligne qu’il est le candidat naturel.

http://les7duquebec.com/2010/09/06/tout-changer…-pour-que-rien-ne-change/

Si quelqu’un peut obtenir, sinon l’indépendance du Québec – une idée maintenant un peu vieillie – au moins un meilleur partage des pouvoirs entre Québec et Ottawa, puis une meilleure position de négociation pour les Québécois au moment de l’intégration à l’Union Nord-américaine, c’est bien JFL.

Il a l’expérience, l’intelligence, l’habileté qu’il faut. Je ne sais pas ce qu’il veut,– et encore moins comment il y parviendra – mais depuis plus de 20 ans, il a eu un parcours parfait. Dans la mesure où le passé peut laisser prévoir l’avenir, ce qu’il a dit et ce qu’il a fait est garant de ce qu’il fera. JFL n’est jamais arrivé trop tard et, surtout, il n’est jamais arrivé trop tôt ni trop vite…

Tous ses livres, tous ses postes sont arrivés à point nommé, comme si un destin précurseur était venu opportunément « aplanir la voie du Seigneur ». Stratège brillant – discret, mais tout le monde le sait – du référendun de 1995 (dont le consensus populaire a lentement fait une victoire qui a été volée), il est passé sans heurts de Parizeau-le-Pur à Bouchard-le-Lucide, mais servant celui-ci sans jamais être accusé d’avoir été au coeur des compromissions qu’on a reprochées à ce dernier.

JFL est brillant, mais est-il intégrable dans le contexte d’envie mesquine, de méfiance et d’hyper quérulence qui est aujourd’hui celui du PQ ? Sans doute mieux que personne… Car, depuis des années maintenant que les couteaux volent bas au PQ, JFL est resté sagement en retrait du derby-démolition des prétendants péquistes. On ne peut lui reprocher que tous ceux qui auraient pu avoir préséance sur lui dans l’ordre de succession se soient mis hors jeu…

Un détail important pour une intégration. JFL a dix ans de moins que Madame Marois. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’il pourrait jouer un rôle de premier plan auprès d’elle et attendre son tour sans lui porter ombrage, comme il a toujours joué avec discrétion et loyauté le rôle de Pere Joseph des leaders qui ont fait appel à lui et à qui il n’a jamais disputé le feu des projecteurs.

Je souhaite bonne chance à Jean François Lisée. J’avais déjà fait mon deuil du Parti Québécois, mais un Parti n’est jamais moins que la somme des ressources qui y collaborent. Un PQ avec Lisée m’apparaît plus stimulant. Plus crédible. De loin le meilleur des choix qui nous sont offerts.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/26/le-parti-quebecois-arretons-les-frais/

Pierre JC Allard

435. Pourquoi je serai candidat à ces élections d’été 2012 au Québec 12 07.23

D’abord, pour garder la forme, bien sûr. Voir si je pourrai, comme il y a huit ans, marcher du matin au soir en montant des escaliers et faire mes 500 km durant la campagne électorale.  Aout, septembre, quelle jolie saison, pour faire des élections au Québec !  Il est sympa, notre Premier Ministre. Espérons que ce ne sera pas une fausse rumeur et qu’il ne nous renverra pas en février !

Février, avec les snowbirds en Floride, qui sait quel biais ça introduirait aux résultats… Pas que ça ait une quelconque importance, mais qui suivrait les « Soirées de Lutte » à la TV, si les lutteurs ne frappaient pas très fort en heurtant le matelas et ne faisaien pas des grimaces ?   Il faut montrer une belle démocratie et donc ce sera une fin d’été.  Bravo. !  Je vais pouvoir marcher et garder la forme.

Je vais même faire plus. Parizeau nous ayant déjà dit qu’« au Québec on pouvait faire plusieurs choses en même temps », je vais donc marcher, mais en profiter pour parler un peu, aussi …  Pas parler à n’importe qui : parler aux Anglais. « «Anglais », ici au sens large, signifiant anglophones.  Je vais profiter de cette campagne pour peaufiner un peu mon anglais.   Pour m’assurer  que, quoi qu’il arrive, je pourrai toujours prendre un café grec, manger des sushis, des tapas, des arepas, un spaghetti ou un chowmein sans avoir l’air d’un étranger.

Peaufiner mon anglais va orienter ma démarche électorale. Oh, je sais bien qu’on peut tout faire en anglais à Montréal, même à Hochelaga, mais pourquoi risquer  une immersion contaminée par des idiotismes et truffée d’expressions québécoises ?   Le choix réel Charest-Marois qui est le seul qui nous reste prouvant que nos yeux de Québécois « pure laine » sont parfaitement fermés, je vais aborder cette élection avec les yeux des autres.  Je vais me dépayser.

J’hésite pour l’instant entre D’Arcy-Mcgee,  NDG,  Westmount… D’autres suggestions ?  Puisque je ne traiterai pas de problématiques locales dans cette campagne, le seul  facteur important pour le choix de la circonscription est que le résultat n’en soit pas en doute…   Je ne voudrais pas risquer de faire pencher la balance dans un scrutin serré.

Je sais de bonne source qu’on ne me le pardonnerait pas car, en 1994, alors que catastrophé par la navrante campagne qui se profilait je m’étais présenté à la Mairie de Montreal, pour y insuffler un peu de vie,  on a décidé  de m’exclure SPÉCIFIQUEMENT des débats médiatisés.  Un responsable m’avait expliqué, avec une grande franchise que, n’ayant pas un « parti » je n’étais pas un candidat sérieux, mais que la façon dont on m’avait vu  débattre laissait craindre que je puisse faire mal paraître les « vrais » candidats….   Il est resté de cette aventure quelques propositions pas trop bêtes que j’ai léguées au domaine public et que les curieux peuvent voir.

Donc, soyons sérieux, il est TRES improbable que je sois élu. A quoi  donc pourra  bien alors servir  ma candidature ?  À attirer l’attention sur quelques vices et petits travers de notre « démocratie pour rire »… puis à donner aux électeurs l’occasion de dire NON au  système. Non à ce choix d’alternance PLQ – PQ , dont on peut très bien ne PAS vouloir sans trouver amusant de jouer du QS ou de la CAQ pour enjoliver le tableau.  Voter pour un indépendant, c’est une abstention, mais en plus appuyé

Quels sont ces vices et travers qu’il faut dénoncer ?

D’abord, la totale inutilité du député.  L’électeur vote pour un parti et son programme. Il ne veut rien savoir du candidat, ne l’écoute pas et ne veut même pas le voir.  Le sort des transfuges qui changent de partis et croient naïvement que leur popularité les fera réélire est l’expression pathétique de cette réalité.  Je m’attends à être bien reçu par tous les électeurs.  Je parie qu’ils me trouveront sympa… mais, normalement, ils ne voteront pas pour moi et ne se souviendront même pas de mon nom.

L’électeur SAIT que son député n’a aucun pouvoir et ne le représente pas, mais est un jeton entre les mains du chef de son parti. Si on n’aime aucun des programmes, la logique normale est de ne pas voter… ou, si on est vraiment furax, de voter pour un indépendant qui sera une épine au flanc du système.  J’aimerais donner une occasion aux “furax” de se lever et d’être comptés.

Ensuite, autre travers, le désintérêt absolu des citoyens lambda pour toute idée un peu complexe et pour tous les MOYENS de réaliser les plans qu’on lui propose.  Le citoyen veut répondre OUI ou NON  à une idée simple et essentiellement émotive. Le « comment » des politiques l’ennuie. Priorité, donc, aux concepts comme Dieu, Patrie, Liberté, Justice ou n’importe quoi qui fait consensus parce que  chacun le définit a sa façon.  La cohérence importe peu. Ça gêne normalement peu l’électeur que tous les partis promettent d’augmenter les services, de diminuer les taxes et de réduire la dette et tout ca en même temps …! Sauf quand l’électeur est furax, bien sûr…

L’opinion de l’électeur québécois est normalement déjà faite quand la campagne électorale commence. Elle repose sur son choix viscéral pour ou contre l’idée de souveraineté,  modulé par sa sympathie et sa confiance envers le leader qui défend celle de ces deux options qu’il préfère. Les seules variables pendant la campagne sont cette confiance et cette sympathie,  lesquelles peuvent croître ou décroitre par l’action massive et bien coordonnées des médias, puisque le message médiatique est le seul intrant significatif que reçoit l’électeur.

Tout passe par les médias et c’est donc sur ce point que doit travailler quiconque veut apporter sa pierre et avoir au moins un tout petit impact sur l’évolution des choses. Au cours de cette campagne, j’enverrai quelques textes aux médias – avec copie sur http://nouvellesoc1ete.wordpress.com –   suggérant  des changements concrets, non pas à la structure même de la société, mais aux services qu’on peut rendre à la population, puisque c’est à ce palier qu’il est réaliste aujourd’hui d’intervenir à court terme.

Mais si tout se règle dans les médias, pourquoi être candidat, aller marcher et serrer des mains ?  Parce
que les médias chercheront à ignorer toute proposition nouvelle qui ne viendra pas du PQ ou du PLQ.  Par apathie, mais aussi par crainte d’être ensuite accusés d’avoir, par inadvertance, diffusé des  idées qui pourraient déranger. Or, il est juste un peu plus difficile d’ignorer complètement quelqu’un qui s’est porté candidat et qui est VISIBLE.

Les médias vont d’abord ignorer mes propositions. Mais si certaines de ces propositions sont reprises sur le web, le petit caillou dans la chaussure deviendra plus gênant.   Le plus gênant n’étant pas les propositions elles-mêmes, mais l’évidence éblouissante du soin qu’on met à les occulter et à ne pas en débattre…

Le résultat le plus tangible de ma candidature sera alors que quelques-uns qui ne le voyaient pas encore puissent prendre conscience de la mauvaise foi du système et de l’acharnement de nos gouvernants à garder toute leur attention sur leur propre enrichissement sans PERDRE UNE MINUTE DE LEURS TEMPS à résoudre les problèmes de la population. Cette prise de conscience n’est pas sans valeur.

Quand vous verrez  les Chefs de partis dans le débat télévisé, regardez leurs visages et leurs mimiques, puis fermez les yeux, écoutez le son et le timbre de leur voix puis suivez votre instinct et demandez vous : cette personne  s’intéresse-t-elle VRAIMENT à moi, à ma vie et à mes problèmes ? Est-ce que je crois qu’elle veut VRAIMENT faire un effort pour m’aider ?

Ensuite, allez voter selon votre conscience

Pierre JC Allard

436. Élections au Québec : la forêt derrière les arbres   12.07.30

Je vous ai annoncé, la semaine dernière, que je serais candidat aux élections de cet été au Québec. Pourquoi ? Pour dénoncer d’abord le rôle inutile dévolu aux députés que l’on va envoyer à l’Assemblé nationale et l’indifférence des citoyens quant à la faisabilité des programmes que proposeront les partis. Ces deux vices suffisent à faire de notre démocratie un leurre, mais il faut y ajouter le contrôle de l’information par les médias – tous aux ordres du système en place – et une corruption assumée et affichée.

Corruption ? Je ne parle pas ici de la corruption des individus – un autre sujet – mais de la coutume ahurissante de briguer OUVERTEMENT les suffrages en offrant à chaque groupe de le privilégier, ce qui n’est possible, bien sûr qu’au détriment des autres. Dire aux vieux et aux jeunes, aux chômeurs et aux étudiants, aux malades et aux assisté sociaux, au francophones et aux immigrants, aux agriculteurs et aux commerçants qu’on va spécifiquement leur donner un avantage à eux et pas aux autres, c’est la négation même de la gestion éclairée de la chose publique. C’est acheter des votes au détriment de l’intérêt général qui devrait toujours être le seul critère.

Une campagne électorale qui repose sur un milliard de dollars (1 000 000 000 $) de promesses ciblées pour satisfaire des besoins locaux, c’est l’ultime version du « diviser pour régner », à la sauce « démocratie ». C’est une infamie de le faire et une incroyable bouffonnerie de le dire. Notre façon de faire des élections est ridicule, ignoble, inefficace si on cherche vraiment à vivre en démocratie. On la croirait stupide… si on croyait un seul instant que son seul but n’est pas de cacher la vraie gouvernance qu’exerce une oligarchie qui ne nous dit jamais son nom ni ses objectifs.

Si qui que ce soit veut engager le débat sur cette question, je suis son homme. On sauvera bien du temps, toutefois, si vous lisez d’abord ce bref mémoire présenté en Commission parlementaire et très bien accueilli alors par tout le monde… avant d’être définitivement occulté.

Nos élections sont quelques arbres qui cachent la forêt du pouvoir… et on ne sait ni qui ni quoi se cache dans cette forêt. À remarquer que cette métaphore s’applique aussi à la campagne électorale pour rire qu’on va nous faire. Pourquoi pour rire ? Parce que, cette fois comme toujours, le choix restreint des thèmes dont on débattra durant cette campagne sera sciemment réducteur.

Ni vous ni moi ne pourrons contribuer significativement à en établir l’ordre du jour, le choix des enjeux sera celui des médias. Quoi que vous disiez, quoi que dise un candidat ou même un chef de parti, la discussion ne lèvera que si les médias en font la promotion constante. Cela est prévu, les thèmes sont déjà choisis, chacun bien pointu, mais présenté comme emblématique d’un pan entier de la forêt des questionnements de la société.

Chaque thème, adoubé par la presse avec ses sous-thèmes, comme autant de questions à choix multiple de réponses, va devenir cosmétique. Comme ces lisières de sapins bien taillés cachant l’« horreur boréale » dont parlait Falardeau. C’est de ces thèmes qu’on va discuter … et de rien d’autre.

Tenez, vous vous intéressez à l’éducation ? À la formation professionnelle ? À l’apprentissage, au rôle de jeunes dans la société ou à tout autre sujet connexe ? Allez faire la queue au micro « Conflit étudiant » et prenez position sur les frais de scolarité. Ne touchez pas à la pédagogie, à la didactique, à la quantité ou la quantité des enseignements et encore moins à celles des enseignants. Ne référez pas à la notion de culture, aux valeurs, ni aux besoins du marché du travail, sauf pour répéter des lieux communs. Ne soulignez pas de liens avec les médias, même dans le cadre d’une éducation permanente et n’approchez même pas des concepts de docimologie et de reconnaissance des acquis . Soyez simple. Soyez simplistes

En éducation, ne parlez que de frais de scolarité. Vous êtes pour ou contre ? Combien doit-on y mettre? Ne vous égarez pas, car on est nombreux en file au micro. … « Moi, je pense que… ». Comme le citoyen lambda n’a absolument pas les connaissances pour en discuter, il dira n’importe quoi, écoutera distraitement ce qu’on lui en rabâchera, puis repartira avec son opinion inchangée, celle-ci tout entière fondée sur ses préjugés de départ et ce qu’il a lu dans les médias ce matin de ce qu’on dit la veille d’autres lambdas, parlant au même micro.

Autre exemple. Vous êtes un fan de l’économie ? Chanceux, vous avez deux (2) micros ! Le chômage pour vous est une réalité ? La maîtrise des Québécois sur leurs ressources vous préoccupe ? La relation avec les Autochtones vous intéresse ? Passez d’abord au micro « Plan Nord » .

A ce micro, « Think big », comme dirait Elvis Gratton. Tout de suite – enfin, presque – on va créer des emplois dans les marches éloignées du royaume. Beaucoup d’emplois. Ensuite, un gros pactole. Gros travaux, gros investissements étrangers et grosses commissions. Ici, rien de mesquin : on ne parle que milliards. N’évoquez pas de conséquences à long terme et ne faites pas allusion à ces villes qu’encore une fois on fera et défera…

Concentrez vous sur le développement précaire à moyen terme, avec un horizon de 15, 20, 25 ans. Dans 20 ans, combien de nos politiciens, sauf Leo BB, seront encore là ? Serez-VOUS là dans 20 ans ? Alors restez donc sur l’important du moment présent : les « prix par tonne », les redevances, les pots-de vin à éviter et les droits ancestraux des Cris et des Inuits. Le reste, comme dirait l’Ecclesiaste, est « poursuite du vent ».

Après le micro « Plan Nord », surtout si l’environnement vous intéresse, passez au micro « Gaz de schiste ». Juste un minute, car c’est plus technique. Comme vous n’y connaissez rien et que ceux qui s’y connaissent, évidemment, ne diront rien, affirmez simplement ici votre loyauté à Gaïa et votre amour inconditionnel du Vert. Dites aussi, toutefois, dans la même phrase, que tout ce qui enrichit le Québec est du pain béni, qu’il faut s’affranchir de la tyrannie énergétique des Arabes et des Albertains et que le prix du pétrole a la pompe est insoutenable. Ensuite, on attend de vous que vous vous taisiez et attendiez, comme un vrai démocrate qui a fait son devoir.

Ne cherchez pas de troisième micro pour parler d’économie. Secteur industriel, secteur tertiaire, exportations, la dette publique, le système bancaire, réforme fiscale… Néant. Cette année, c’est la fête du secteur primaire – en fait, de la branche extractive du primaire, exclusivement – ce qui, pour le développement économique, nous met dans le même club que les gens du Sahel. Fin du dossier « économie ».

Et à part l’économie ? Allons, allons, soyons sérieux ! Avec la « crise », croyez-vous que c’est le moment de parler d’autre chose que d’économie ? Musarder sur la santé, la justice,la culture, le revenu garanti, le rôle des secteurs public et privé, les services sociaux, la démocratie ? Pourquoi pas un projet de société et le sens de la vie pendant qu’on y est ! Il n’y aura pas d’autres micros pour parler de quoi que ce soit cette année. Ou plutôt, si, j’oubliais, on parlera aussi de souveraineté. Mais comme on n’aura rien de neuf à en dire…

Cette année, il semble qu’on parlera peu de la forêt. À moins qu’on ne tasse un peu les arbres, pour y voir clair et entrevoir ce qui s’y cache. On va essayer…

Pierre JC Allard

437. COMMENT être candidat indépendant en 2012 au Québec   12 08 05

Le semaine dernière, je disais POURQUOI je serai candidat à ces élections. Essentiellement, c’est pour attirer l’attention sur tout ce dont on ne parlera pas et, SURTOUT, sur le fait même qu’il y a tant de choses dont on ne parlera pas.

C’est cette sélection par les partis et les médias – agissant si ostensiblement de connivence – d’un petit “menu du jour” politiquement correct qui ne gâtera pas notre régime minceur, qui montre bien que parler encore de démocratie est quelque peu trompeur…

Durant cette campagne, je vais donc parler sur ce site – et partout où l’on voudrait que j’en discute – de toutes ces choses qui ne sont pas au programme pour la tournée de 2012. En parler au plus tôt. Mais aujourd’hui, pendant qu’on en est a monter le ring, je vais vous dire COMMENT je vais être candidat.

Comment N’IMPORTE QUI PEUT L’ÊTRE, car j’ai une arrière pensée… celle d’une génération spontanée de candidats indépendants, offrant aux électeurs l’option du REFUS GLOBAL. L’option de ne soutenir aucun parti, quand aucun parti ne propose ce que lui, l’électeur voudrait.

Des candidats indépendants partout ? Dangereux. Il faut choisir pour le moment, entre les chefs de partis, celui ou celle qui assumera la responsabilité de gouverner. Une autre démocratie le ferait autrement, mais nous n’en sommes pas la. Pour exprimer le refus global de la population, il faut donc que ne se présentent symboliquement des candidats indépendants que dans les circonscriptions où leur présence ne modifiera pas le résultat.

Nous posons arbitrairement, faute d’un meilleur critère, que ne sera pas délogé un parti qui, au dernier scrutin, a reçu le double des suffrages de son plus proche concurrent. S’il perdait malgré tout, ce serait qu’il était déjà condamnée par sa faute: Inutile alors de blâmer la présence d’un indépendant.

Qui le veut peut choisir une circonscription, se présenter au Directeur du scrutin et faire acte de candidature. Les formalités sont simples; c’est sur la justification de la démarche qu’il faut être clair. Voici ce que je propose.

Ayant choisi sa circonscription, le candidat indépendant doit annoncer la couleur. Supposons que ce soit vous. Vous pouvez proclamer à tous vents que vous n’avez pas de programme à présenter – puisque vous ne formerez pas un gouvernement – mais que vous ferez le vrai travail d’un membre de l’Assemblée nationale:

a) Vous vous renseignerez sur chaque projet de loi;

b) Vous consulterez formellement et informellement vos électeurs pour savoir ce qu’ils en pensent;

c) Vous interviendrez chaque fois qu’on vous le permettra, disant honnêtement ce que vous pensez de ce qui est proposé, au meilleur de votre compétence, sans préjugé, ni pour ni contre le gouvernement;

d) Vous proposerez au besoin des amendements pour refléter l’opinion de vos commettants, mais en y ajoutant ce que vous suggère votre propre vision non-partisane des choses;

e) Vous voterez sur chaque projet selon votre conscience;

f) Vous participerez aux travaux qui vous seraient confiés, de toutes vos forces et avec toute votre bonne foi;

g) Vous ferez régulièrement rapport à vos électeurs de ce qui a été fait à l’Assemblée et de la part que vous y avez prise, en publiant chaque semaine un compte rendu sur un site internet crée à cette fin. A la fin de chaque session, vous publierez un bilan de ce qu’a fait l’Assembée et vous y joindrez votre évaluation objective de député indépendant sur ce qu’a fait le gouvernement

h) Vous vous engagez solennellement à ne vous joindre à aucun parti et, si des responsabilités ministerielles vous étaient proposées, à ne les accepter que sous condition de pouvoir vous en démettre en tout temps, sans autre obligation que de respecter la parfaite confidentialité des informations et des discussions auxquelles votre participation au Cabinet vous aurait donné accés

Ça … et rien d’autre

Cet engagement (si vous êtes élu) étant bien clair, comment procéder à vous faire élire ?

a) Ne sollicitez pas de fonds ni n’acceptez une aide financière de qui que ce soit .

b) Que tous ceux qui veulent vous aider le fassent bénévolement.

c) Que votre message doit diffusé gratuitement, par les citoyens de bouche à oreille et sur la Toile, dans toute la mesure qui ne contrevient pas à la loi.

d) Que votre message doit diffusé gratuitement par les médias, dans l’exécution honnête et impartiale de leur mandat d’informer la population.

e) Ne donnez rien à personne que votre carte personnelle vous identifiant … et une seule feuille, qui peut être une copie de cette page, faisant le point de vos principes et balisant votre action.

Le candidat indépendant en 2012 est un missionnaire pour une démocratie è renaître qui doit sortir des catacombes… Si vous êtes prêts… allons-y. Mais “s’il n’y en a qu’un, je serai celui-là“

Pierre JC Allard

438. La démocratie ? Loin à l’horizon…   12 08.14

On est en campagne électorale au Québec. On m’a refusé hier, aux appartements « La Cité » à Montréal  – 1 600 logements –, la permission d’y solliciter des signatures pour que je puisse officialiser ma candidature. Trois (3) résidents m’ont confirmé que les mandataires du Parti Libéral avaient quadrillé les mêmes édifices la veille dans le même but.  On ne prête qu’aux riches… ou à ceux dont on croit qu’ils vont vous enrichir.

Quelques naïfs croient-il encore que nous soyons dans une démocratie ?   Nous obéissons aux lois faites par une oligarchie pour ses propres intérêts. On feint de donner un choix à la population en lui présentant bonnet banc et blanc bonnet et on l’amuse à la faire voter.   Chaque parti vient dire tout et son contraire en se gardant le droit de s’en dédire.   Le PQ fera la Plan Nord et développera le gaz de schiste… tout comme le PLQ.  Et soyez sûr qu’en cas d’Union Nord Américaine, la CAQ ou le PLQ, sur un appel de Sagard,  demanderait  d’Ottawa.une « autonomie »  qui ramènerait au Québec plus de vrais pouvoirs que la souveraineté-association de Lévesque n’en prévoyait !

La démocratie est un leurre. Une histoire pour endormir les enfants. On a dit « si les élections pouvaient changer quoi que ce soit, elle seraient interdites» .  En fait elles le sont.  La politique du gouvernement que nous aurons est déjà approuvée et s’appliquera. Les partis sont permis car ils ne prennent le pouvoir que s’ils sont intercheangeables

Des députée indépendants ne sont pas les bienvenus. Parce que des députés non alignés sur les comptines des partis poliques bien pensants risqueraient de changer quelque chose, ne seralt-ce que poser une question inopportune, on fera TOUT pour qu’il n’y en ait pas.  On veut que les discussion à l’Assemblee nationale demeurent du bien ficellé. Du déjà-vu, de l’insignifiant émaillé uniquement, pour éviter le soporifique, d’insultes molles et de quelques quasi-grossièreté .

Un débat de fond sur une question sérieuse ?  N’y pensez même pas.  On renverra a un Comité qui pondra un épais rapport alambiqué qui dira de faire mieux ce que l’on fait déjà et on passera à autre chose.   On changera la loi et la société, quand ceux qui ont le pouvoir jugeront qu’il est de leur intérêt de les changer. Ou on créera un Commission qui nous fera un « treize-semaines »  de prime time pour Radio Canada, puis on conviera à l’incendie publique rituelle des  écuries d’Augias, après avoir mis les chevaux et le foin en sureté et n’y oubliant qu’un ou deux palefreniers  qui parlent trop ou en ont vraiment trop vu.

Aujourd’hui la démocratie est un leurre. La population vote ce que la publicité lui dit de voter. On prétend rendre la publicité électorale équitable en la limitant à deux (2) volets :  1) les commentaires dans les journaux –  TOUS CONTRÔLÉS PAR LE SYSTÈME ! – et 2) le viol du subliminal des badauds, par des affiches qui coûtent beaucoup d’argent… et ne montrent dès lors que ceux qui ont recu l’imprimatur potest du Systeme..

Cette année, l’Internet et Twitter sont en tentative d’évasion. Voyons jusqu’où ils pourront aller. Bien improbable qu’ils aillent très loin, puisque le Systeme balise un route étroite dont on ne peut s’écarter, hors laquelle il n’y a pas de points d’eau, ( Lisez des guichets automatiques bien approvisionnés qui vous sont accueillants)  Une élection marche sur deux pattes, dont la premiere est la pub et la deuxième la corruption.

On ne peut aller très loin sans changements majeurs. Une vraie démocratie commencerait  par l’élection du gouvernement au scrutin universel, toutes circonscriptions confondues. On choisirait le Gouvernement pour son programme; c’est un « contrat» avec la population  et il devrait l’accomplir, sous peine d’être révoqué par une Assemblée composée de députés, un par circonscription.

Ces derniers seraient choisis pour leur crédibilité et élus par un vote distinct de celui pour le choix du Gouvernement  La première exigence pour un député  serait donc qu’il ne soit préjugé en faveur d’aucun parti, puisqu’il devra juger des gestes posés par le Gouvernement issu de l’un des partis.

Un vrai député DOIT être indépendant, sans quoi il ne sert à rien d’avouable. Universaliser cette approche du  gouvernement vraiment responsable – et du député  représentant vraiment ses électeurs – introduirait une nouvelle démocratie.  Beaucoup le souhaiteraient, quelques-uns… non.

Tôt ou tard il y aura une épreuve de force et il faudra chosir son camp.  Lisez donc ce rapport  et ces quelques notes sur ce que pourrait et devrait être la démocratie. Puis agissez selon votre conscience.

En 2012, au Québec, élire ne serait-ce qu’UN député indépendant votant selon sa conscience serait un premier pas, une geste précurseur d’une possibilité de changement.  J’aimerais assez être celui par qui ce « scandale » arrive, tout en étant conscient qu’il pourrait m’en valoir des malheurs

http://nouvellesociete.wordpress.com/2007/06/17/lassemblee-legislative/

Pierre JC Allard

439. La bataille de Westmount-St-Louis   12.08.19

Waterloo, Trafalgar, Austerlitz…. Les grandes batailles qui changent des choses peuvent avoir lieu dans les endroits les plus inattendus. Peut-on s’imaginer qu’une décision cruciale pour l’avenir du Québec soit prise dans la circonscription de Westmount-St-Louis ? Et pourtant, ce que vont faire le 4 septembre les électeurs de ce qui est en fait le centre-ville de Montréal va apporter un message d’une extrême importance. De quoi s’agit-il ?

D’une fracture et d’une re-soudure. Pensez à un os qu’il va falloir remettre en place, si on veut enfin marcher droit. Une opération qui tôt ou tard se fera, mais dont il faut voir si elle se fera maintenant ou sera remise à plus tard…. au risque de claudiquer encore péniblement pendant des années. Laissez-moi expliquer.

Il y a des lustres qu’on fait chambre à part, au Québec, entre Francophones et Anglophones, avec un partenaire qui a sa valise tout prête pour aller vivre ailleurs. Mais il n’y a pas que le partage du patrimoine qui inquiète. Il y a aussi les chats, le canari, le jardin qu’on a sarclé ensemble, les vieilles photos et quelques bons souvenirs. Il y a l’odeur du café pris avec l’autre avec plaisir…

Alors on se chamaille, on se tolère un jour de plus et, après cinquante ans de cette valise qui s’empoussière dans un coin du salon, il y a même des jours où l’on se demander si, après tout, on ne pourrait pas arrêter de faire semblant de se détester et même se laisser aller à s’aimer un peu….

Il n’y a pas de signe plus clair du clivage entre Francophones et Anglophones au Québec que l’attachement inconditionnel de ces derniers au Parti Libéral du Québec. Se sentant menacés, ceux-ci en ont fait le bastion de la résistance à une possible sécession. Pas bête…  Mais, avec le temps, ils sont devenus les otages de ce Parti. Ils se sont retrouvés à défendre par inadvertance d’autres « valeurs » qu’on y a hypocritement glissées, précisément pour tirer avantage de cette clientèle captive que constituait l’électorat anglophone. Des valeurs qui NE SONT PAS les valeurs traditionnelles dominantes de cette communauté.

Historiquement, la communauté anglophone a été laïque et à gauche bien AVANT que la communauté francophone ne le devienne. Je me souviens du temps où le CCF puis le NPD, le RCM et les premières lueurs dans la “grande noirceur” brillaient à NDG avant Hochelaga-Maisonneuve… Il aurait été logique que Anglos et Francos se rejoignent à la Révolution Tranquille, dans une volonté commune de progrès social.

Il a fallu que ceux qui profitent de la zizanie montrent alors une géniale malfaisance, pour empêcher que cette évolution ne culmine dans une fusion plus étroite des communautés culturelles du Québec, mais conduise plutôt à une querelle ethnocentrée réactionnaire… et sans issue. Nous avons été manipulés.

La scission politique soigneusement entretenue au Québec atteint aujourd’hui un nouveau sommet dans la perversité, alors que 18% seulement des Francophones soutiennent encore le Parti Libéral du Québec…. tandis que 82% des Anglophones persistent à le faire.  Ces derniers le font, aujourd’hui, au risque de se percevoir eux-mêmes comme complices après le fait – ou au moins comme témoins passifs bien complaisants – de ce qui pourrait se révéler cet automne comme la plus grande affaire de corruption de l’histoire de ce pays.

Pourtant, fermer les yeux sur la gabégie, le favoritisme, la corruption 021et l’infiltration de l’appareil de l’État par le crime organisé ne fait pas partie des habitudes notoires de la culture anglo-saxonne. Dans la mesure où cette culture à imprégné la population anglophone du Québec, on peut raisonnablement s’attendre à ce que celle-ci se dissocie des gestes contestables posés par le régime Charest… et manifeste son désaccord en ne VOTANT PAS pour le Parti Libéral du Québec le 4 septembre.

Ne pas voter pour le PLQ, mais encore faut-il qu’elle puisse ne pas le faire sans renier ses autres attentes et autrement qu’en s’abstenant de voter. Que peut faire aujourd’hui l’électeur qui ne veut pas accorder un vote de confiance au Parti de Jean Charest, mais ne veut pas non plus donner son aval à une option indépendantiste et reste sceptique quant aux intentions réelles des uns comme des autres ?

C’est le but de ma candidature dans Westmount-St-Louis. Je propose à cet électeur en errance un candidat sans affiliation partisane, m’engageant solennellement à ne voter à l’Assemblée nationale qu’après avoir consulté mes électeurs sur chaque vote significatif et en votant alors dans chaque cas SELON LES PRÉFÉRENCES QUE CEUX-CI AURONT EXPRIMÉES

En élisant un candidat qui n’obéit aux directives d’aucun parti – mais suit les instructions de ses seuls commettants – on crée un petits îlot de vraie démocratie dans notre vaste espace politique où celle-ci n’est plus qu’une parodie. La grande bataille de Westmount-St-Louis, elle va se passer dans la tête de chaque électeur, lequel devra décider s’il va cautionner par simple habitude un Parti qui ne représente plus en aucune façon ses valeurs… ou s’il va mandater à Québec un député qui l’informera régulièrement et lui permettra de choisir pas à pas le meilleur chemin vers l’avenir que lui l’électeur veut suivre.

De la fracture du lien qu’on croit a tort obligé entre lui et le Parti Libéral, l’électeur va tirer une nouvelle liberté. C’est beaucoup pour la démocratie, mais il y a plus. Si électeurs anglophones comme francophones font front commun contre la corruption, ils se souviendront du même coup qu’il partagent des valeurs profondes et peuvent se faire confiance.

On verra que cette valise qui amasse la poussière dans un coin ne répond plus à une véritable volonté de partir, laquelle à été surtout celle d’une autre génération. On verra, aussi, que la peur d’une sécession a été cultivée et instrumentée depuis des décennies, par le PLQ et ses commanditaires, pour imposer à la population anglophone de soutenir de fausses valeurs qui ne sont pas les siennes.

J’ai recueilli des centaines de signatures pendant des jours dans Westmount-St-Louis. Ce faisant, je n’ai rencontré que CINQ (5) personnes qui ne parlaient pas français. On est très, très loin des mythes d’intolérance qui ont été trop longtemps véhiculés. On pourrait peut-être recommencer à aimer nos chats et à sarcler le jardin ensemble.

Pierre JC Allard

440. Médecin ami… ou médecine ennemie   12.08.27

On parle ad nauseam, dans cette élection au Québec, du médecin de famille, comme s’il y avait là matière à discussions.  Il n’y en a pas. Nous savons tous très bien que le médecin de famille est la clef de voute du système et je l’écrivais il y a plus de 20 ans… http://wp.me/p59O0-5V

Le débat actuel ne porte donc que sur les couts et les échéanciers. Un débat de totale mauvaise fois, puisque  le noeud du problème est la volonté des médecins de ne PAS ajuster les ressources médicales aux besoins. Ajuster les ressources médicales aux besoins, ce serait  en avoir plus dont la rémunération unitaire diminue, parce que  leur coût de formation est réduit  et  et leur charge de travail réduite, ce qui est possible et opportun si les tâches qui constituent la maquette des services à rendre à la population  sont redistribuées.

C’est ce que les médecins en bons corporatistes ne veulent pas. L’ennemi public numéro 1, ici, c’est le corporatisme médical. Le drame, c’est l’’hypocrisie  générale qui fait qu’on ne l’admet pas. On est encore dans la logique néfaste – CRIMINELLE – qui en1996  a conduit le Gouvernement du Québec à pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins et infirmières en exercice.

J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele). Le Québec ne s’est jamais remis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à y bâtir à grands frais. Nous ne nous sommes jamais remis de ce renoncement à faire mieux pour accepter lâchement de devenir moins.

On a réduit alors  le nombre des médecins au Québec, parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que d’en diminuer le nombre.

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs. Bravo, mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, jadis, on les avait réduits, Augmentez les effectifs et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Un État qui veut maintenir la gratuité et l’universalité de la santé doit-il nécessairement choisir entre le sous-développement ou la ruine, ou y a-t-il une issu à ce dilemme? OUI ! Il y en a une. La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales et, si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation, en deux (2) étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout. Même aux USA, où ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation et chaque médecin payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste encore, bien sûr, des spécialistes dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte; mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi avec équité la rémunération des médecins en place et respecté les droits acquis, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser. Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à salaires faramineux (On a parlé de 9 fois le salaire moyen, au Québec !)

Une société n’en a pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération exorbitante est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans une deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra, mais, dans l’avenir, ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose. Parmi ces nouveaus spécialistes, il doit y en avoir un dont la tâche est de suivre le citoyen. Chaque citoyen. Pour la prevention, le diagnostic et l’aiguillage vers les autres specialists, pour le réconfort. C’est LUI LE MÉDECIN DE FAMILLE

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus. On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique.

On espère que, durant la présente période électorale, les partis en lice diront aux Québécois POURQUOI ils ne considèrent pas cette approche.

S’ils ne le font pas, on pourra penser que prévaudra bientôt au Québec la même situation qu’aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est la PREMIÈRE source de financement des partis politiques !   Aux USA, ce qui devait être plus de services pour la population a été manipulé pour devenir plue d’OBLIGATIONS  au profit des assureurs ! Le Québec doit faire plutôt le choix de la solidarité.

D’abord ce choix . Il y a  des détails à régler, mais en discuter en période électorale rendrait le débat complexe et ingérable… ce qui est bien ce que veulent les défenseurs du corporatisme médical ! Basta, donc. !  Pour les esprits curieux, toutefois, je répondrai avec plaisir aux questions sur les 80 textes  traitant de cette question dans la section “Santé” du projet Nouvelle Société. http://wp.me/P59O0-5N

Pierre JC Allard

 

441. Le « juriste de famille » et enfin la justice   12.09.02

On parle beaucoup du « médecin de famille » au cours de cette élection, mais il n’y a pas que la santé qui laisse à désirer au Québec: ily a aussi la justice. Le citoyen ne se reconnaît plus dans le système judiciaire qu’on lui offre. Il est de plus en plus convaincu qu’il n’y a pas de justice au Québec. À cause de quelques « bavures » bien ostensibles, mais surtout parce que c’est trop long et que c’est trop cher.

Le peuple dit « bavure », quand le droit ou les décisions des tribunaux ne correspond pas à son sens de la justice et de l’équité. Entre les affaires Turcotte, Lacroix, Robinson et les cas de quelques innocents qui au contraire ont écopé – comme Michel Dumont et le désormais célèbre Monsieur Hinse – la confiance du citoyen est devenue bien mince. Quand on prefere faire appel à des « justiciers » plutôt qu’à la justice, la societe a un probleme.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/07/23/lacroix-18-mois-dumont-18-ans/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/08/03/les-martiens-et-claude-robinson/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/07/22/mettre-a-lecart-le-fou-qui-a-tue-ses-enfants/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/05/23/ces-fonctionnaires-de-merde/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/22/montreal-de-la-corruption-a-lextorsion/

La justice en a un encore plus gros, quand l’État et les compagnies d’assurance, mais aussi quiconque a du fric, sont de fait au dessus des lois, puisque quiconque veut obtenir justice devra entreprendre un parcours du combattant dont il sortira ruiné, brisé, détruit, qu’il ait eu tort ou raison. Comment, dans un État qui se dit « de droit », peut on tolérer qu’il faille PAYER pour obtenir justice !

Obtenir justice ne doit rien coûter celui plaide a raison. Il y a diverses façon d’y arriver, mais la meilleure serait en deux (2) étapes

1. De la même façon que chacun doit avoir son medecin de famille, chacun doit avoir son « juriste », payé par l’État par capitation. Le fournisseur de services reçoit un montant forfaitaire mensuel pour chaque citoyen inscrit comme client à ses registres. L’avantage de cette approche est qu’elle laisse à l’individu le choix du professionnel et lui permet de manifester son insatisfaction en changeant de fournisseur, celui-ci étant alors privé du montant forfaitaire mensuel correspondant.

Cette approche évite la concurrence au niveau des honoraires, élimine toute tentation pour le professionnel de rendre le service autrement que de la façon la plus efficace et permet à l’État de déterminer précisément le budget qu’il entend consacrer à la satisfaction de toute demande sociale dont il choisit d’assumer les coûts.

Ce paiement par capitation s’applique parfaitement aux besoins en expertise légale de la population. Chacun a son juriste avec lequel il maintient une relation personnelle continue. S’il ne donne pas satisfaction à son client, le client change de juriste et le revenu du ce dernier baisse. Un litige ne n’apporte pas de revenus supplémentaires au juriste, seulement une charge de travail additionnelle, un litige long une charge plus lourde qu’un litige court. Vous voulez parier qu’il y aura moins de litiges ?

Rien n’oblige un individu à consulter son juriste avant de conclure une entente, mais, ce service ne lui coûtant rien, il le fera; qui veut des ennuis ? Des contrats conclus entre parties dont chacune a son juriste à ses cotés donneront lieu à moins de contestations. Mais on peut faire encore mieux: l’arbitrage

2. En matières contractuelles – la majorité des litiges – le recours de première instance serait toujours l’arbitrage. Ce sont les parties qui choisissent un arbitre. L’arbitre peut-être n’importe qui sur lequel les parties s’entendent et il juge en équité. Les arbitres ne seraient pas payés par capitation par l’État, mais selon entente, par ceux qui recourent à leurs services.

Si un litige survient, les parties doivent se choisir un arbitre. Si les parties ne peuvent s’entendre en dix (10) jours sur le choix d’un arbitre, le Tribunal en désignera un sur requête de l’une ou l’autre des parties et ce sera alors un juriste. Ses honoraires seront forfaitaires, fixés selon un barème relié au montant en litige. Ils ne devraient représenter qu’un petite fraction des coûts actuels et seraient imputés aux parties selon leur responsabilité, telle que déterminée par l’arbitre

La décision de l’arbitre serait exécutoire. Chacune des parties peut demander la révision par le Tribunal Civil et même s’adresser ensuite à la Cour d’appel, mais l’introduction d’une demande de révision ou d’un appel, toutefois, ne retarderait jamais sauf injonction l’exécution de la décision initiale. Exécution sans préjudice au droit à des dommages réellement compensatoires si cette décision initiale était finalement renversée.

Un juriste “de famille” en soutien permanent, Un arbitrage en équité, une révision au niveau du Tribunal et une possibilité d’appel. Tout ca “toutes affaires cessantes, sans interruptions, et sans frais pour quiconque a plaidé a bon droit. Ce serait enfin la justice.

Seul obstacle ? Les intérets corporatistes des avocats. Comme les intérêts corporatistes des professionnels de la santé sont le seul obstacle à ce que nous ayons les ressources médicales et infirmières nécessaires et en recevions les services dont nous avons besoin.

Pierre JC Allard

442. « Les 7 du Québec » 3.0   12.09.10

Je vous demande la permission de quitter aujourd’hui toute prétention à l’universel pour parler simplement boutique. La boutique des « 7 du Québec ». Les 7 se transforment ; voici comment, voici pourquoi et ce que vous pouvez en tirer.

Mais d’abord, un petit rappel. C’est en septembre 2008 que le blogue les « 7 du Québec » a débuté, avec un idéal qui n’a pas changé. http://les7duquebec.com/2008/08/26/v’la-l’bon-vent…/ Depuis, nous avons eu plus d’un million de visiteurs. Plus du double, en ajoutant, au cours d’une deuxième étape, ceux du journal citoyen CentPapiers dont vous avons pris charge en mai 2010. Nous commençons maintenant une troisième étape

Incessamment, vous serez accueillis sur « les 7 » par une page d’accueil encore plus simple et plus dépouillée qu’auparavant, mais vous offrant paradoxalement d’un seul clic incomparablement plus de choix.

Configuration du site en otobre 2012; (elle evoluera)

D’abord, en haut à gauche, vous verrez un billet court axé sur l’actualité. Ici, on cherchera vous dire en trois minutes ce que nous croyons le plus significatif de ce qu’aujourd’hui nous apporte. En-dessous, trois (3) colonnes chapeautées chacune d’un article mis en vedette. Ces articles parleront de politique, bien sûr, mais aussi parfois de ce qui semblera tout autre chose, puisque la politique a ses racines en tout et produit ses effets partout. Deux ( 2) de ces colonnes regroupent des articles d’auteurs québécois.

La première correspond à la séquence, avec laquelle vous êtes déjà familiers, des chronique hebdomadaires de ceux d’entre nous qui nous sommes compromis à publier chaque semaine à jour fixe. L’article en vedette est de celui dont c’est aujourd’hui le tour de monter au front. La seconde réunit ceux, que vous connaissez bien aussi, qui sont toujours de garde, mais dont les contributions sans être nécessairement moins fréquentes peuvent être moins régulières.

La troisième colonne regroupe des auteurs d’ailleurs dont nous avons pu constater, depuis des années, que leur pensée et la façon dont ils l’expriment séduisent notre lectorat québécois tout comme celui de l’Héxagone. En participant à ce site, ils contribuent à maintenir entre nos deux volets de la francophonie le lien qui fait de nous, essentiellement, UNE culture francaise.

C’est cette vision d’ailleurs, jointe à celle que nous avons comme Québécois – (comme le regard de droite comme de gauche que nous adoptons sans préjugés) – qui donne son relief à l’image en profondeur que nous voulons diffuser des événements

Nous vous invitons à lire d’abord ces quatre (4) articles quotidiens qui vous sautent aux yeux, mais n’oubliez pas que ce n’est que la pointe du iceberg. Il y a les autres ceux qui se font plus discrets. Ceux que vous voyez sont en montre, mais en cliquant sur le nom de vos auteurs préférés, vous trouverez des centaines d’autres articles, nouveaux ou plus anciens, que vous ne voudrez pas rater. Et derrière ces centaines d’articles auxquels vous pouvez accéder sur le site même, il y en a des MILLIERS sur les sites personnels de nos auteurs vers chacun desquels un lien vous dirige.

NOUS VOUS ATTENDONS: http://les7duquebec.com

Nous espérons que vous aimerez cette nouvelle version des « 7 du Québec ». Elle n’est néanmoins que le premier pas d’une démarche plus ambitieuse. Depuis que nous avons conçu ce site, l’un de nos objectifs a été d’amener plus de citoyens à s’exprimer. Nous croyons que c’est un élément essentiel de transformation de la démocratie que nous avons ne nous semble plus remplir parfaitement son rôle.

La démocratie, ce n’est pas seulement le citoyen qui écoute, mais aussi celui qui parle. En prenant charge de CentPapiers, nous pensions augmenter considérablement le nombre de ceux qui voudraient s’exprimer. Malheureusement, force nous est de constater qu’il n’en a rien été.

Nous voulons donc profiter de cette expansion de ce site « Les 7 du Québec » pour inviter avec encore plus d’insistance les citoyens à s’exprimer et pour leur en faciliter encore davantage la tâche. Si vous avez une texte de plus de 1000 caractères – autre que crassement publicitaire – que vous aimeriez partager, faites le nous parvenir par courriel en cliquant sur le bouton « Exprimez-vous » en haut à droite de la page d’accueil de ce site, en ajoutant la mention : « permissions de publier » . S’il n’est pas injurieux ou raciste, n’enfreint pas autrement la loi et est écrit dans un français correct votre texte sera publié sur CentPapiers.

De même, si un des articles sur « Les 7 du Québec » vous suggère un commentaire de plus de 1 500 caractèress, vous pourrez publier ce commentaire sur CentPapiers en faisant référence à l’article que vous commentez et vers lequel nous mettrons alors un lien. Soulignons que cette facon de publier à partir du site « les 7 » ne se substitue pas à la facon habituelle de soumettre des textes a CentPapiers, mais vient seulement s’y ajouter.

Un dernier point. Nous savons par expérience que tous les changements apportés à la manère d’opérer un site web peuvent produire des effets ennhuyeux. Nous vous demandons votre indulgence et les corrigerons le plus tôt possible. Dans un mois, nous vous demanderons formellement vos commentaires sur ce que nous aurons fait de ce site ainsi que vos suggestions pour l’améliorer. Nous comptons sur vous.

Votre éditeur

Pierre JC Allard

443. « L’innocence des Musulmans »: un billard à milles bandes   12.09.12

Depuis quelques jours, on tue et on meurt un peu partout dans le monde pour protester contre un film grotesque. Pas une attaque perfide ou même une critique malveillante de l’Islam. Juste une parodie de mauvais goût, comme le serait un soap décrivant par le menu les amours incestueuses de Jesus avec la Vierge sa mère ou la défécation en chaine sur des hosties ou des reliques du Bouddha. Même pas du bon porno : purement blasphématoire.

« L’innocence des Musulmans » n’ayant qu’une valeur de blasphème, le film est totalement dénué d’intérêt… sauf dans la mesure où il choque. Il est une provocation et rien d’autre qu’une provocation. Il faut donc se demander à quoi on joue. Qui a intérêt à provoquer le monde musulman ?

La réponse la plus triviale c’est : « quiconque croit qu’il y a du fric a faire à produire un tel film ». Soit en misant sur le vaste auditoire que lui garantira sa valeur de scandale, soit plus subtilement en comptant qu’on payera cher pour qu’il ne soit pas mis en marché, soit, encore plus minablement, simplement en arnaquant un profit immédiat de la différence entre des sommes significatives qu’on peut lever des commanditaires en leur faisant miroiter des ventes mirobolantes et le coût minime de production d’un navet à petit budget.

L’hypothèse triviale ne peut pas être exclue, surtout au vu du passé trouble de celui qui s’en proclame le producteur, mais elle n’est évidemment pas la seule. Ce producteur juif-américain, avec de riches Juifs-Américains comme commanditaires, ne voit-on pas tout de suite le complot sioniste et une tentative pour créer une réaction antiaméricaine dans le monde à laquelle les USA ne pourront réagir que par une riposte contre les États musulmans ? Tout ce qui augmente l’antagonisme entre les USA et le monde arabe n’est-il pas à l’avantage d’Israel ? Alors oublions l’hypothèse triviale du promoteur véreux et pensons complot juif.

Ouaaais … Mais ce « complot » semble bien facile à percer. Producteur juif, commanditaires juifs, intérêt évident pour Israel… Israel nous a habitué à mieux. Est-ce que quelqu’un ne tente pas de faire accuser Israel, en mettant de petites miettes de pain qui conduisent directement à la maison de Mère-Grand ? Il ne manque pas de candidats pour le faire. Ça pourrait être l’Iran, qui a bien besoin de détourner attention, les monarchies du Golfe et l’Arabie saoudite, ou le Pakistan, dont les rôle ne sont pas clairs depuis le 911 dont on « célèbre » l’anniversaire. On peut donc penser aussi complot antisioniste.

Mais l’antisionisme n’est pas non plus une trouvaille bien originale. Une recrudescence de l’antiaméricanisme dans le monde musulman, ça sert essentiellement à qui ? Aux Russes, bien sûr, qui sont dans une position assez difficile présentement en Syrie, et qui n’ont pas la puissance de s’opposer militairement aux USA, sans faire sauter toute la baraque. Faire de chaque Musulman un allié contre l’Amérique serait pour eux un geste habile… Soyez bien sûrs qu’on y a pensé.

L’antiaméricanisme, toutefois, n’est pas non plus d’un surprenant machiavélisme. La petite boule de billard n’aurait elle pas une trajectoire plus complexe ? Car qu’on pense Islamistes, Israëliens ou Russes, il reste que c’est aux USA que ces désordres en pays musulmans vont surtout profiter, leur permettant de riposter en accroissant leur présence militaire au Moyen-Orient.

En mettant ainsi encore une fois le blâme sur l’Amérique, a-t-on enfin un scénario satisfaisant ? Hmmm… pas si vite ! Il ne manquera pas de doigts accusateurs pour soulever cette possibilité, somme toute assez facile, d’un montage par la CIA ou le Pentagone. Or, si cette idée d’une manipulation par les USA était reprise par les médias et devenait crédible, elle aurait un impact important sur les élections de novembre aux USA… ce qui ouvre encore plus grand l’éventail des suspects…

Il ne faut jamais oublier, en effet, que pour les Américains, surtout en période d’élections chez eux, le monde n’est qu’une extension des USA et la politique internationale une facette secondaire de leur politique domestique. Ils jouent entre eux. Nous sommes les pions… ou les boules.

Si donc toute cette provocation s’avère un complot – et soyons réalistes, il est plus probable qu’elle en soit un plutôt qu’une simple bêtise d’un quelconque quidam – les chances qu’ils s’agisse d’une manoeuvre des Républicains ou des Démocrates pour embarrasser le parti rival sont au moins aussi probables que celles d’une intervention des Juifs, des Arabes, des Iraniens, des Russes ou que sais-je.

Les déclarations qu’on obtiendra du producteur et autres témoins dans les jours et semaines qui suivent permettront de voir à qui finalement les médias voudront faire porter le chapeau et donc a qui profite le crime.

Bravo. Mais ça ne s’arrête pas la. Ensuite, on passera à la deuxième étape, qui pourra faire apparaître comme une manipulation tout ce qui semblera avoir avoir visé à créer la première impression. Et de là à un troisième niveau, comme dans une éternelle partie de papier-caillou-ciseaux. Tout deviendra plus trouble, incertain…

Roosevelt disait qu’il n’y a pas de hasards en politique. Quand on verra dans quelle poche elle aboutit, on pourra supposer que la petite boule – qui aura rebondi sur tant de bandes – a bien suivi le chemin voulu par celui qui l’a frappée. Peut-être. Mais rien n’est moins sûr. Le monde est devenu bien complexe. On est dans un billard à mille bandes et on ne connaîtra peut-être jamais le fond de cette histoire. On pleurera les morts et on préparera le prochain coup.

Pierre JC Allard

444.Un temps pour St-Martin   12.09 28

Il y a quelques semaines, le moment était venu au Québec, comme il revient à son heure dans toutes nos démocraties « à l’occidentale », de demander au peuple souverain s’il était satisfait de ce qu’avaient fait ses mandataires, les gouvernants : nous avons eu des élections.

Comme toujours et partout, il est sorti beaucoup de chaleur et bien peu de lumière, de ce brassage de méninges périodique accompagné d’une logorrhée dont le syndrome est désormais sans surprise. Les élections sont venues et l’on a vociféré un peu … jusqu’à ce que les ergoteurs naïfs se taisent.

Jusqu’à ce que ce soit fini et que Quidam Lambda puisse reprendre une vie docile sans questions, comme si le grand execice démocratique n’avait pas eu lleu. La reprendre soulagé, en fait, que cesse ce brouhaha.   Quand on l’agite moins, Quidam respire mieux.  et se remet au quotidien plus guilleret. La houle des remises en question le fatigue.

Mais  on n’a rien reglé. Ces élections n’ont pas changé la sensation de suffoquer dans un système clos, toutes issues barrées et toutes lampes sous le boisseau. Nous sortons de ces  élections déçus.  Toutes les élections déçoivent, puisque le peuple souverain n’a pas le droit de poser les deux (2) seules questions qui l’intéressent vraiment :

1. Pourquoi la richesse est-elle si mal répartie que l’immense majorité d’entre nous vivions dans une relative pauvreté voire la misère, alors que le progrès a apporté l’abondance ?

2. Qu’allez-vous faire, VOUS l’élu à qui on a confié démocratiquement le pouvoir, pour corriger ces disparités et mettre fin à la flagrante inéquité qui pourrit la société ?

Quand le peuple aura la réponse à ces deux (2) questions touchant une repartition plus equitable de la richesse, alors, mais alors seulement, ce ne sera pas une insulte à son intelligence de lui demander son avis sur les grandes orientations de notre gouvernance et, a fortiori, sur les détails techniques de la mise en action de ces orientations.

En attendant ces réponses, qu’on parle à Quiodam Lambda de la « noble cause de l’indépendance » ou d’un  «100 dollars par enfant pour sa prochaine fin de mois », on se fout de sa gueule… et il le sait.

On sait pourquoi la richesse est mal répartie.  Elle l’est parce que l’humain normal s’en accapare toujours tout ce qu’il peut.  À la hauteur de son insécurité, d’abord, puis de sa volonté de jouissance et de puissance.  Parce que la division du travail fait qu’il y gagne à vivre en société, il accepte les limites à sa cupidité que la société lui impose, mais il fait tout pour biaiser les règles en sa faveur. C’est la nature humaine et nous le savons. 

Nous savons que la tendance normale des lois d’une société n’est donc pas de viser à la justice, mais de reflèter l’équilibre des forces entre les sociétaires; le concept de justice n’est là que pour rationaliser le consensus.  Les lois sont faites pour PROTEGER les inégalités.  Il faut faire naître des Saint-Martins.

Le temps, heureusement, travaille pour une meilleure repartition de la richesse. La richesse dans une société serait également répartie,  si chacun y était INDISPENSABLE et donc également « fort ».  La complémentarité d’une société complexe nous pousse dans cette voie, mais il faudra encore du temps avant que cette interdépendance ne produise tous ses effets. En attendant, il y aura toujours des disparités.

Nous le savons, mais nous voulons que l’État  lutte ACTIVEMENT contre ces disparités et contre l’iniquité. Nous voulons être des humains en évolution, des St-Martins qui partageons, non pas une groupe de chimpanzés.

Profitant du changement de garde à la barre du système de production. alors que le Capitaliste est remplacé par l’Expert, la lutte sociale dans l’immédiat PEUT apporter moins d’injustice.  Nous soutiendrons un gouvernement qui s’y attaquera et aucun autre gouvernement.

Concrètement, quand on laisse de côté le verbiage, ce que la population attend de ses gouvernants, aujourd’hui, c’est qu’ils procèdent à une nouvelle répartition significative de la richesse, sans violence et au profit, sinon de tous, ce qui serait utopique, au moins au profit de tous ceux sans l’accord desquels la société ne peut plus progresser.

Or, au premier rang de ces derniers, heureusement, il y a Quidam Lambda, le travailleur-consommateur qui porte sur ses épaules cette société.  La valeur relative du travail DOIT être augmentée, de même que le revenu net des particuliers. Cela n’est pas négociable.

C’est un impératif économique et cela arrivera quel que soit le gouvernement au pouvoir. Ce que l’on doit exiger, cependant, c’est que le gouvernement en place favorise de toutes ses forces une distribution du revenu par le travail et non par l’assistanat qui est la voie vers l’aliénation.  La première mesure a prendre pour le gouvernement est donc la mise en place d’un régime universel de revenu/travail garanti.

L’avenir de notre société – en fait de notre civilisation – passe par la volonté de remettre immédiatement au travail chaque travailleur apte au travail et de garantir a chacun un revenu conforme à sa compétence reconnue QUELLES QUE SOIENT LES FLUCTUATIONS DE L’ÉCONOMIE. Le Québec doit s’inscrire dans cette démarche.

C’est possible, si l’État assume ses vraies responsabilités.  Il ne faut pas permettre qu’il se défile et tente d’éviter cette responsabilité en parlant d’autre chose.  Un meilleur partage d’abord. Maintenant. Le reste, on en parlera après.

Pierre JC Allard

445. Une société égalitaire   12.10.01

Cet article m’a été suggéré par un commentaire sur un article de Robert Bibeau, sur « Les 7 du Québec », dans lequel un intervenant réclamant plus d’égalité se demandait si « la classe ouvrière renverserait le système impérialiste de reproduction élargie« .

Comme je suis de ceux qui réclament une meilleure distribution de la richesse – dans mon article de la semaine dernière sur ce site en particulier –  je me suis senti interpellé….

J’ai commencé  à concocter une réponse… De fil en aiguille j’ai pondu ce texte… puis j’ai pensé qu’il valait mieux en faire cet article plutôt qu’un trop long commentaire

La classe ouvrière ?  Je crois qu’elle n’existe simplement plus. Ou, pour le dire autrement, je crois qu’elle s’est dissoute dans autre chose.  Quelque chose de plus vaste qui tient le même rôle que tenait la classe ouvrière, – être exploitée par le 0,0001% de la population qui possède tout – mais qui n’est plus effectivement une « classe », car des facteurs identifiants autres que l’exploitation y ont pris une telle importance, que la solidarité « positive » découlant d’un sentiment d’appartenance  à une « classe » n’y existe plus.

Oh, bien sûr, dans ce « quelque chose de plus vaste » (qui regroupe tout le monde sauf le 0,0001 %  de vrais possédants ! )  il subsiste une possibilité de collaboration ponctuelle,  naissant d’un commun sentiment de victimisation.  Une  entente suffisante pour aller conduire ensemble des charrettes à la guillotine…  Mais il ne reste pas de solidarité POSITIVE sur laquelle on pourrait bâtir les assises d’un nouveau système social.

Il n’y a plus aujourd’hui de « classes », dans le sens d’unités discrètes d’individus en commune affinité sur le plan professionnel et économique. La réalité d’une économie tertiaire, c’est que les travailleur, n’étant plus interchangeables, ne se voient plus comme une classe, mais comme une longue théorie de petites fourmis, chacune se croyant subtilement différente, plus méritoire, souvent  supérieure aux autres.

Avec l’appartenance, la solidarité de classe est aussi disparue. Il prévaut maintenant entre travailleurs un individualisme bien affirmé, voire antagonistique, qui rend plus facile l’exploitation de tous, par ceux qui en profitent puisqu’ils peuvent mettre en place la version définitive du « divide ut imperat » classique.  ll va donc falloir faire « table rase » de la notion marxiste de « classes ».

Décourageant ? Oui… et non.  OUI ou NON

OUI, – désespérant – si on pense à l’équité et à la justice dans l’abstrait et en termes relatifs, car, si nous continuons à trouver notre plaisir à nous comparer et a nous vouloir mieux que les « Jones », nos voisins d’en face…. l’avenir sera bien triste.

En effet, le risque est grand que, prenant mieux conscience des limitations de la nature humaine et des contraintes que celles-ci nous imposent, nous cherchions alors à trouver un sens à la vie dans une infinie hiérarchisation. Loin d’aller vers un réduction des inégalités économiques et sociales, nous prendrons plaisir à les exacerber, les fourmis jouissant de « trouver les cirons trop petits »

Mais décourageant, NON, si nous supposons que renonçant à cette rivalité morbide issue d’une période où, dans l’humanité en pénurie, la lutte pour la vie était une réalité quotidienne, nous prendrons conscience de l’ABONDANCE que nous a apportée l’industrie puis l’automation. En ce cas,  Il n’y aura pas de désespérance, au contraire.

L’humain qui prend conscience de l’abondance ne perd pas toute agressivité, car « hiérarchiser » est dans sa nature – et un aspect de sa danse rituelle de séduction-accouplement ! – mais l’aspect factice de la rivalité pour « posséder des choses » dans un monde d’abondance lui apparaît.

Il  voit que même soi-disant « pauvre », il vit mieux qu’un pacha et plus riche que Crésus. Il comprend qu’en termes absolus – et non relatifs – il va vers la satisfaction croissante de ses désirs et que l’écart RÉEL se rétrécit NÉCESSAIREMENT entre ce que la vie lui offre à lui et à son « exploiteur »

Nécessairement ?  Oui, car une consommation de masse est le corollaire de cette production de masse qu’a permise la machine et qui a permis la richesse. C’est ce qu’on produit en masse qui nous enrichit et on ne produit en masse que des choses qu’on peut consommer en masse.

On va donc vers des consommations REELLE équivalentes. Égalitaires. On peut satisfaire la vanité des riches en jouant sur la griffe et le label, mais c’est un simulacre.  Si  Dupont paye 5 000 $ pour une bouteille de Chateau Petrus, il n’en sortira pas plus d’ivresse que Dupond son voisin qui boira le gros rouge qui tache…  C’est un conditionnement qui leur fera croire à tous deux que le premier a eu des milliers de fois plus le second. On est dans le subjectif.

Totalement subjectif et on comprend que cette « inégalité » est artificielle. Un enfant, ou celui qui n’a pas été conditionné, ne s’en sentira pas lésé. Au-dela d’un certain seuil – assez bas – richesse et pauvreté ne divergent plus, mais en termes de consommation réelle convergent.  Le bien-être réel plafonne vite. On se ne distingue plus qu’au palier des illusions qui gratifient et qui motivent… Quand on parle d’enrichissement, c’est le plafond de richesse RÉELLE, qu’il faut viser et une société devient égalitaire dans la mesure où elle l’atteint.

La planète produit déjà bien assez  – environ USD$ 7000 par tête – pour les besoins essentiels de tous.  Le seuil de bien-être est atteint. Il ne s’agir plus  tant de s’enrichir que de prendre conscience que la richesse.  Ne pas croire que les riches enlèvent le pain des pauvres. Il y en a amplement pour tous.   Contrairement aux mythes diffusés, d’ailleurs, les matières premières sont encore surabondantes. Nous pourrions produire deux ou trois fois plus sans effort… Ce n’est simplement pas nécessaire.  Je reviendrai sur les concept d’insatisfactions programmée et de simplicité volontaire.

Si nous sommes riches, d’où vient la pauvreté ? Les seules variables vraiment importantes  aujourd’hui sont le travail… et les obstacles au travail créés par les jeux de la spéculation. La spéculation est un jeu pervers pour amuser les riches.  Les obstacles au travail sont des décisions politiques.  La pauvreté est une décision politique.

Pour une société égalitaire, il faut viser le plafond de la richesse réelle qui se mesure en satisfaction.  Ce qui en excède est du domaine d’un jeu dont vient tout le mal. Toute richesse qui excède de ce plafond des désirs réels a satisfaire n’a qu’une valeur vaine d’ostentation, à la Veblen… ou une valeur malsaine de POUVOIR injustifié.

Pour l’ostentation on a luxe futile qui n’est qu’illusion. Il ne coute rien et motive bien… Quant au pouvoir, ce ne sont pas des décisions économiques, mais politiques qui vont rétablir l’équilibre. On est à prendre ces décisions.  Posséder 10, 100. ou 1 000 milliards a désormais si peu d’importance que Bille Gates et les autres milliardaires se défont de leur argent… ayant mis à l’abri autrement le pouvoir qui s’y rattachait..  Nous en parlerons aussi une autre fois.

Ici, le message est que la marche vers la société égalitaire passe par la fin d’une lutte obsessionnelle contre les inégalités qui ne mettent pas en cause le vrai bien-être: elles se résoudront d’un trait de plume au moment opportun. Il faut concentrer sur l’atteinte d’une égalité au seuil de satisfaction des besoins réels.  Cette satisfaction universelle est à portée de main. Seul nous interdit d’y accéder le jeu pervers de la « richesse pour rire ». C’est à ce jeu qu’il faut mettre fin. À tout prix

Pierre JC Allard

446. Le Réel contre-attaque   12.10.08

Il y a des lustres que la réalité est devenue Cendrillon dans nos vies et dans nos rêves. Peu à peu, insidieusement, le virtuel a occupé toute la place.

D’abord le champ du ludique. On ne se méfie pas, puis on découvre que c’est à l’écran que ça se passe. Le foot sous la pluie, le hockey dans la neige, bon pour les enfants et les adolescents… Après les premières amours, s’il n’y a pas un million à la clef pour devenir un pro, on se contente d’être un sportif sur console de jeux.

Et ces premières amours et celles qui suivent, parlons-en ! … Pas encore le tout-virtuel – car la testosterone a ses exigences, auxquelles on sacrifie – mais quelle grande passion vaut un script de téléroman ? Quel maquillage servira la beauté aussi loyalement que Photoshop ? Videos pornos, l’orgasme au télephone… Chut… La libido n’en saura rien.

Le virtuel a fait ses classes en nous amusant… mais il est aussi en pays conquis quand on parle des choses qu’on dit sérieuses. Votre travail, par exemple. PRODUISEZ-VOUS vraiment quoi que ce soit ? Si vous êtes des 14% de travailleurs au Canada encore en industrie, ou dans la construction ou dans le transport, vous pouvez répondre oui, bien sûr, mais quelle part de votre travail consiste à presser des boutons ou à déplacer des chiffress, les machines faisant le reste ?

Et si vous n’avez même pas ce rapport tenu à la matière – étant des 80 % qui ne travailent qu’à manipuler des concepts et des symboles, avec des paroles en garniture et un enracinement total dans la « communication », – êtes-vous vraiment en prise sur le réel ? Et le réel en prise sur vous, à moins qu’une rage de dent ou un accouchement vous rappelle que vous êtes faits de chair et d’os ? Le réel ne se manifeste plus que rarement, dans les grandes occasions. Pour le reste nous sommes « branchés » au virtuel…

Sans même nous en rendre compte, à nous nourrir de symboles, nous sommes passés, dans le virtuel, d’un travail évanescent à une richesse imaginaire. Du pain vers l’or, de l’or aux papiers puis des papiers aux pixels, avec comme résultat que nous considérons maintenant comme richesse, ce que nous disent qu’est richesse ceux qui prétendent la posséder.

Un peu jocrisse et troublant, avec ce résultat encore plus troublant qu’on peut dorénavant se découvrir tout a coup pauvre et impuissant, sans que rien n’ait changé. Il suffit que veuillent nous en convaincre ceux dont c’est l’intérêt que nous en soyons convaincus.

Nous avons migré vers le virtuel. Un monde à la Harry Potter, où les choses peuvent être transformées magiquement par ceux qui connaissent les bonnes incantations. La Première Incantation, indispensable a l’efficacité de toutes les autres, sert à convaincre ceux qu’on manipulera du pouvoir des Magiciens. C’est de ce pouvoir des Magiciens que nait… la magie de l’autorité.

Prenez une heure et comprenez bien ça. ILS sont riches et VOUS êtes pauvres, parce que vous acceptez l’illusion d’un monde virtuel créé par des magiciens dont vous acceptez l’autorité. Une autorité qui repose sur un échafaudage d’actes de foi et rien d’autre. L’homme le plus riche ne peut s’acheter un pain que si celui qui a un pain le lui cède contre valeur. Si cette valeur est monétaire, comme c’est aujourd’hui le cas pour la quasi totalité des transactions, elle n’existe que parce qu’existe la foi en celui qui émet cette monnaie. La foi que – en échange de cette monnaie – l’émetteur fera qu’on obtienne toujours des biens…

Les Magiciens qui émettent la monnaie ne peuvent pas dire qu’on obtiendra toujours des biens pour cette monnaie. En fait, ils n’existent pas assez de biens pour remplir cette promesse et ils le savent. Ils ne font que retarder le moment où ils devront avouer qu’il faut désormais 2, 5, 10 ou 100 fois plus de monnaie pour se procurer ces biens. Une bien mauvaise nouvelle à annoncer, mais tout ça est facile quand on est dans le virtuel. Il suffit que le Magicien vous garde sous l’effet de la Première Incantation : le pouvoir de son autorité. Le virtuel, en effet, n’a pas occupé seulement le jeu, le travail et la richesse. Il a aussi, surtout, créé l’autorité.

Qu’est-ce que l’autorité ? L’autorité est l’équivalent dans le virtuel de ce qu’est la force dans la réalité. L’autorité repose sur des promesses et des menaces implicites. Respecter une autorité est un acte de foi. C’est la transe qui résulte de la Première Incantation.

Quand vous arrêtez à un feu rouge, quand vous payez une contravention, quand vous ne tuez ni ne volez personne -même si un gendarme n’est pas là – parce qu’on vous a dit qu’il ne fallait pas le faire, vous acceptez une autorité. C’est votre acceptation qui CRÉE l’autorité, laquelle se substitue alors au pouvoir réel qui est celui de la force.

CE QUI EST JUSTE ET BON : EN ACCEPTANT L’AUTORITÉ VOUS VENEZ DE PERMETTRE LA CIVILISATION.

Juste et bon, mais comprenez qu’ici est la source de la Première Incantation : la naissance du droit qui fonde la civilisation. La première grande victoire du virtuel sur le réel qu’on peut voir et toucher, découlant peut-être d’une foi en un être supérieur, absent, invisible, qui fera respecter le bien et le justice. Qui fera respecter toutes ces choses virtuelles qui ont fait que nous ne sommes plus une bande de chimpanzés…

Le virtuel est né, bravo pour la civilisation. Mais quand des Magiciens poussent le virtuel au-dela du supportable et qu’on s’aperçoit que la magie de l’autorité ne travaille plus pour le bien, mais pour le mal, il suffit d’un déclic, d’une perte de foi, pour que s’évanouisse l’autorité des Magiciens… qui est purement virtuelle…. et le réel contre-attaque.

Quand 200 000 étudiants et sympathisants dans les rues de Montréal défient la loi, c’est la réalité qui ré-apparaît : le gouvernement n’a pas la FORCE de faire respecter la loi et son autorité, virtuelle, disparaît comme une brume du matin

Quand des milliers d’Espagnols qui ont faim vont faire le plein de nourriture dans les supermarchés et disent calmement qu’ils n’obéiront pas à la loi de donner de la monnaie en échange, c’est la réalité qui défie le virtuel. L’État n’a pas la force de l’en empêcher, car sa force dépendait entièrement du respect qu’inspirait son autorité. Quand l’État perd ce respect et que les forces de l’ordre, à Madrid, fraternisent avec les manifestants, l’État est sans pouvoir.

Si se poursuit ce type de protestations – qui sont des gestes insurrectionnels – et que le réel marque encore des points par la force contre la structure purement virtuelle de la loi et de l’ordre, nous entrerons en anarchie. Ce n’est pas une situation agréable.

L’anarchie, c’est toute la richesse symbolique reposant sur la confiance qui ne vaut plus rien. C’est la loi du plus fort qui s’impose contre toute autre loi. C’est la civilisation qui se met en grève. Les Magiciens qui sont allés au-delà du supportable n’ont plus beaucoup de temps pour changer de cap et veiller à ce que cela n’arrive pas. Ils devraient se hâter, car si cela arrive ce sera la Bastille et il est probable qu’on les tuera.

Pierre JC Allard

 

447. À moi, on ne me la fait pas…   12.10.17

La semaine dernière, je parlais du retour du réel.  La compréhension revenue – rampante d’abord, puis épidémique même au sein des classes dites laborieuses – du message « à la Magritte» que le symbole d’une chose n’est pas la chose. Que l’argent ne se bouffe pas et qu’il faudrait brûler BEAUCOUP de billets de banque pour chauffer même un tout petit meublé.

Quand on veut toucher du doigt, on entre dans un nouveau rapport avec l’avoir. On adopte un nouveau point de vue, donc, sur la Bourse et la monnaie, dont on comprend que cette dernière ne vaut rien d’autre que la confiance évanescente qu’on lui accorde.

Un voit un nouveau rapport, aussi, entre l’Autorité et le Pouvoir, alors qu’on comprend qu’un petit bâton blanc n’a pas d’autre force que le respect évanescent lui aussi qu’on lui accorde. Or il ne reste que quelques oasis en rétrécissement sur la planète où ce respect règne encore vraiment.   Je ne parle pas de l’Ituri ou d’un no man’s land an Irak ; je vous demande de prendre conscience du fait qu’il y a sans doute, à 30 minutes de chez-vous, des endroits où vous n’aimeriez pas aller de nuit seul et sans armes.  La réalité rôde.

La réalité revient quand la confiance s’en va. Celle-ci s’en va quand s’estompe la foi, laquellei est la quintessence du virtuel, puisqu’elle en est la source, et aussi l’accomplissement concret quand il devient un substitut accepté de la réalité.

Aujourd’hui, la confiance est partie.

Vous attendez-vous encore vraiment à ce que la justice soit impartiale et incorruptible ? Croyez-vous encore que les associations diverses, syndicats, partis politiques, groupes de pression qui se disent là pour vous protéger servent d’autres intérêts que ceux de la petite élite que chacune d’elles engendre, aussi sûrement que vient une moisissure sur une confiture ?

Pensez-vous que la gouvernance de l’État soit elle-même autre chose que la plus vorace de ces moisissures, digérant ce super pot de miel qu’est la société ?   La gouvernance en place, mais aussi toutes les alternatives de leadership offertes, comme autant de bactéries en dormance, impatientes de proliférer à leur tour. Nous sommes dans la société de l’arnaque.

« À moi, on ne me la fait pas« !   Ah bon…. Vive le réel. La confiance partie, on fait gourdin de tout bois. On tend vers le réel, comme ces gens qui vont prendre la nourriture dans les supermarchés de Barcelone et de Madrid. Comme ceux qui se délestent de leurs valeurs monétaires et investissent dans la terre et la pierre, comme ces écolos qui font pousser leurs propres tomates… Fort bien, mais au bout de cette tendance vers le réel il y a un cul-de-sac.

Le profit sociétal à tirer de la méfiance qui protège des arnaques… est une arnaque.  La non-confiance est une chaîne de Ponzi, où les précurseurs et les premiers investisseurs gagnent, mais dont l’issue ne peut-être que de refiler, au moment propice, la facture aux jocrisses qui n’ont pas compris tout de suite. Car une société, ce sont des gens qui vivent ensemble, se protègent ensemble, produisent ensemble et, en deçà d’un certain seuil de confiance, la société se désagrège. Tous s’appauvrissent et tous sont en danger.

Peut-on éviter que disparaisse toute confiance envers tout ce qui traditionnellement a inspiré  confiance, religions, partis, appartenances nationales ou de classe et, bien sûr, tous les outils de propagandes favorisant ces appartenances, une structure dont l’éducation formelle est la colonne vertébrale et les médias les manifestations emblématiques ?

Non.  On ne peut l’éviter. Cette confiance est morte, car les bisons futés de notre société ont compris qu’il n’y avait là que des outils pour les manipuler, maniés par encore plus malins qu’eux.

Les plus astucieux ont cependant compris, aussi, que la confiance est indispensable et ils ne se contentent donc pas de se libérer de toute confiance envers ce qui est en place ; ils s’activent à identifier une autre structure de confiance sur laquelle on pourra bâtir  – qui, en fait, DEVIENDRA – une nouvelle société, puisqu’une société c’est d’abord ses valeurs.   Un nouveau bananier est à pousser au pied du vieux qui a fait son temps.

Une nouvelle structure  de confiance est à se mettre en place. On n’en voit encore qu’une esquisse, car elle s’appuiera sur une nouvelle moralité.  On sait seulement que, par-delà les critères bien objectifs dont elle se dotera, cette moralité n’évoluera que si elle s’avance hardiment dans le virtuel et qu’au-delà du geste elle impute déjà la faute à l’intention.  La méfiance – qui aujourd’hui est une nécessité quotidienne, mais un obstacle à notre évolution – reculera donc, à mesure où de nouveaux non-dits prendront valeur de règles universellement acceptées.

Avec le consensus sur ces règles, reviendra  la confiance par défaut nécessaire à la civilisation et s’imposera donc à nouveau au réel le virtuel nécessaire à cette confiance. Dans un monde ostensiblement – voire ostentatoirement – immoral comme celui que nous avons bâti, toutefois, cela prendra du temps, car nous repartons pratiquement du niveau zéro de confiance correspondant à un niveau zéro de moralité. Il va falloir ré-apprivoiser la confiance, pas à pas.

On y parviendra, car le désir est toujours là d’un espace de confiance se propageant ensuite par contagion… Comme l’était le couple quand il était présumé indissoluble.  Le désir de recréer la confiance se manifeste aujourd’hui dans une résurgence de la volonté d’appartenance. Une appartenance non pas imposée  – comme celles de la famille du clan ou de la patrie – mais désormais librement consentie.

N’est-ce pas là le vrai but du réseautage (networking) et de tous ces « amis » sur Facebook ou Linked, de créer l’illusion d’un espace de confiance ?  Pratiques, les réseaux sociaux, car c’est la compétence qui est devenue le seul vrai pouvoir; si vous avez besoin d’un accès prioritaire au système de santé, par exemple, avoir un ami médecin vous servira de coupe-file bien mieux qu’un pourboire…

Pratiques, mais quand on met en évidence les aspects utilitaristes du réseautage, est-ce  qu’on ne cache pas avec pudeur ce que ce phénomène peut receler de simple désir de fraternité ?

Derrière l’utilité des réseaux, n’y a-t-il pas le désir transparent de recréer des liens, dans une société qui semble avoir été conçue pour dissoudre tous les liens?  Il faudrait peut-être voir dans ces réseaux les balbutiements de la même tendance humaine qui a conduit à l’essor de toutes les fraternités, de toutes les maçonneries. Un prélude à la confiance ressuscitée

Après sa petite virée dans le réel et la méfiance, il y a fort à parier que l’humanité va remettre le cap sur le virtuel pour y chercher une nouvelle moralité et sans doute une nouvelle foi.  Ne commettons pas l’erreur de ne pas le prévoir.  Celle-ci ne dessinera pas ses vertus et ses péchés avec le même poncif, toutefois.  Même si les signes sont encore flous, il faut chercher à lire ce qui s’écrit sur le mur,

Pierre JC Allard

448. Des valeurs humaines pour l’humanité   12.10.22

Ceci est le troisième article d’une série où je parle d’un retour vers le réel.  Un retour vers le réel qui résulte d’une perte de confiance en tous ces symboles commodes dont on a créé un univers virtuel, un miroir où tout peut être traité plus efficacement, comme par magie, puis se refléter sur la réalité.

La confiance est partie, car on a compris que la monnaie n’est pas la richesse, ni l’autorité la force, mais qu’elles n’en sont que des reflets. On s’est aperçu que le miroir peut déformer et que toutes les arnaques, hélas, deviennent aussi infiniment plus faciles, si on fait aveuglement confiance au reflet.

Tout est plus facile, si la confiance règne.. et le mal aussi ; on a donc coupé la confiance. Mais cette perte de confiance est régressive dans l’histoire de l’humanité, car c’est travailler sur des symboles qui nous rend humains.   Nous voulons donc rebâtir la confiance.

La confiance, toutefois, présuppose un accord préalable sur ce qui est BIEN.  Elle exige une éthique au cœur de l’individu, une morale au sein de la société.  On ne peut se faire confiance que si on  respecte des valeurs.  Mais lesquelles ?   Celle que nous avions, héritées souvent des religions, nous ont déçus. Vite, des valeurs…

On se plaint souvent de ce que Dieu nous manque pour fonder cette éthique et cette morale, mais c’est ne pas comprendre que c’est cette éthique innée en nous – et cette morale que nous voulons respecter ensemble – qui définissent le comportement qui nous sert tous. Le comportement « moral » consensuel que nous trouvons pratique de présenter comme une volonté divine.

Un attribution pratique, mais qui a des effets pervers, car dès qu’on prête à « Dieu » un volonté qui puisse être différente de ce qu’un consensus UNIVERSEL perçoit comme le Bien, ce qui pour certains est  « mal » peut être présenté par d’autres comme « bien », sans autre argument que la « foi en Dieu »… laquelle se confond alors avec la foi en la parole de celui qui l’affirme, sans qu’il soit  possible de soumettre cette dissonance à l’arbitrage de la raison.

Or, tout ce qui exclut ainsi l’arbitrage de la raison – le seul par définition qui puisse déterminer un consensus « raisonnable »  –  ne peut conduire qu’à d’irréductibles divergences entre croyances, qui ne se règleront que par la force et la violence, à la mesure de la foi qu’on leur accordera.  Est-ce sur ça, que nous voulons établir de nouvelles valeurs ?

Ces croyances sont des éléments de discorde dans une société. Ce sont des poisons dont les effets se conjuguent pour détruire la solidarité qui seule en permet l’évolution harmonieuse.  La « foi » doit donc être vue pour ce qu’elle est :  une pulsion pré-rationnelle.  La foi est le déterminant par défaut à l’action, quand nulle raison consciente n’existe d’agir que la volonté d’un changement.

Ces tropismes, qu’on rationalise en en faisant des croyances, créent alors une illusion de sens, en ce que celle-ci confère de persévérance dans l’action engagée.  Irremplaçable au départ, mais n’est-il pas évident que l’intelligence – et donc l’humanité – se développent  au fur et à mesure que ces croyances sont remplacées par des  motifs réfléchis, orientés vers un but  que la raison a choisi ?

Nous sommes aujourd’hui au point ou de nouvelles valeurs doivent s’imposer : c’est à cette condition que reviendra la confiance. Inutile de souligner lourdement que l’égoisme, qui est le premier fondement de la nature humaine  –  et de toute individuation ! – sera encore le premier déterminant de ces valeurs. Mais, cette contrainte acceptée, les progrès que nous avons fait dans la connaissance et les acquis que nous avons tirés de l’abondance industrielle, devraient nous permettre de définir une éthique pour notre temps. Une moralité porteuse du genre d’humanité que nous voulons.

Il y a donc des vertus dont nous devons DIRE qu’elles sont des vertus et que c’est un vice de ne pas les manifester. Au premiers rang de ces vertus, la SOLIDARITÉ. Une société doit affirmer que, dans la condition d’interdépendance croissante que l’humanité va vivre, il y a des péchés, voire des crimes qui peuvent être commis contre la solidarité.

Il y a aussi la TOLERANCE comme vertu – dont la laïcité est l’une des manifestation essentielles –et contre laquelle il y a ces transgressions que sont le racisme, le sexisme et le refus actif  des différences.

Il y a bien d’autres de ces vertus encore méconnues et aussi les péchés capitaux contre ces vertus dont une société devra choisir de s’y attaquer plus ou moins fermement. Il va falloir les identifier.  Si quelque chose doit jouer le rôle d’une morale – et je crois qu’il le faut – il faudra que cette morale soit compatible avec le devenir d’une humanité que nous jugeons souhaitable. Ce qui n’est pas le cas de la route que nous suivons présentement.

Le néoliberalisme est IMMORAL.  Il est non seulement responsable de tous les maux que nous connaissons et n’avons pas ici a répéter, mais il est incompatible avec la renaissance d’une confiance entre sociétaires-citoyens sans laquelle une société, quelle qu’elle soit, ne PEUT PAS SURVIVRE.

Il semblerait qu’une nouvelle morale en Occident – dont la solidarité et la tolérance seraient des piliers – puisse découler normalement d’un nouveau paradigme fusionnant le message christique et celui du communisme, les deux s’étant succédés pour parler de partage et de générosité.  Les deux dépouillés, bien sûr, de tout dogme qui en ruine l’essence en en limitant l’universalité.  Il faut penser morale, sans penser religion.  C’est une voie a explorer.

Pierre JC Allard

449. UNE morale et un million de religions   12.10.29

J’ai parlé, la semaine dernière, de l’urgence qu’apparaisse dans le monde une nouvelle morale qui tienne compte, entre autres, des vertus essentielles  « collectives » que sont devenues la solidarité et la tolérance,  mais sans sauter dans les bras des religions …et encore moins tomber entre leurs mains!  Est-ce possible ?… rappelons d’abord précisément la distinction a faire.

D’abord, l’éthique et la morale. Tout individu a des valeurs.  Ces valeurs sont les critères qui déterminent les décisions qu’il prend et donc les gestes  qu’il pose.  C’est cette combinaison unique de valeurs qui lui confére  son identité  et fait de lui une « personne » , avec sa propre « culture » différente de toutes les autres et peu ou prou distincte de la culture de référence à laquelle il dira et/ou on dira qu’il appartient.

Qu’il ait été affublé de ces valeurs par son éducation, ou que ce soit son expérience  qui l’ait conduit à les faire siennes, chacun veut voir son éthique  comme un tout bien structuré. On ne peut pas, sans perdre la raison, se soustraire beaucoup ni lontemps à la contrainte de garder à sa propre éthique une cohérence interne.

On ne peut  pas vraiment TRICHER avec ce qu’on perçoit de sa propre éthique, car elle semble s’imposer,  pas plus qu’on ne peut facilement se convaincre que ce que l’on voit n’existe pas. Mais on peut PÉCHER hardiment contre sa propre éthique, chacun pouvant s’en accommoder…

Quand on vit en société, un consensus peut donc s’établir sur une MORALE  qui reflétera ce que l’on est tous d’accord pour respecter et que devra refléter la loi. Chacun sera un peu en porte à faux, mais le résultat sera un compromis  fonctionnel. Entre gens de même culture de référence, on peut arriver à ce ompromie.   UNE morale et une seule, en Occident, est un but raisonnable à atteindre.

Et la religion ?  La religion commence là où finit la raison.  Elle n’est pas soumise à la  contrainte d’une cohérence interne, car elle s’appuie sur la foi. La religion, nous l’avons dit, met la foi au dessus de la raison et supprime donc la seule autorité qui pourrait arbitrer les  conflits entre croyants de fois diverses.  Pour cette raison, la foi est un obstacle a l’évolution harmonieuse de toute société qui n’est pas composée de croyants d’un même religion.

Si la religion a ce travers, pourquoi même parler ici de religion ?  Parce qu’avoir une morale ne garantit pas qu’on la respectera.  L’individu, que ça nous plaise ou non, a prouvé au cours de l’Histoire qu’il avait besoin d’un modèle de rétribution du bien par la récompense et du mal par le châtiment, ajoutant a celui visible un autre monde dans l’au-dela qui puisse pallier les insuffisances du premier.

Si l’individu en est empêché, c’est son éthique qui en souffre et nous avons, comme aujourd’hui, une société amorale où dominent progressivement les éléments immoraux. La « vertu pour la vertu » n’est pas un scénario, gagnant, si ce n’est pour une toute petite minorité … Le Stoïcisme n’a pas été une solution satisfaisante à la déchéance des dieux du pantheon romain…  La plebe est allé en masse vers Mithra et Jésus, qui promettaient une rétribution.

Le régime soviétique n’a pas maintenu longtemps, non plus, le dévouement à un monde meilleur de « lendemains qui chantent ».  Quand on fait disparaitre cette fameuse « pie in the sky » dont se moquait les marxistes, on s’apercoit vite qu’entre deux « tartes sur la terre », tout le monde prend la plus grosse, la moins chère… et la plus facile a prendre.

Dans la situation présente, alors que notre  survie comme société dépend de l’avénement d’une nouvelle morale, pouvons nous penser que nous ferons l’économie de l’éclosion d’une nouvelle ferveur religieuse. ? Je ne le crois pas.  Sans la foi en « autre chose » – qui justifiera les notions de générosité et de paix en y accolant la promesse d’une récompense au-delà  du cours de cette vie – ils seront bien peu  nombreux à accepter de sacrifier une parcelle de celle-ci par simple respect du bien et amour des autres.

Est-ce à dire que nous devions attendre qu’une nouvelle religion conquérante déferle sur le monde, celle des Islamistes, des Fondamentalistes américains, ou de l’une ou l’autre des petites sectes qui, en ces temps d’Internet, pourraient prendre le « marché de la foi » au prix de quelques miracles et oraisons ?

Je pense, au contraire, que cette montée d’un fanatisme qui trouverait comme d’habitude son plein développement et donc toute sa malice dans une alliance étroite avec le pouvoir politique , peut être  contrariée.  Elle peut l’être par un effort pour que s’établisse  une morale universelle qui ne s’appuiera pas sur UNE foi et UNE religion, mais sur une myriade de croyances.. Autant de croyance, qu’il y a de croyants, chacun ayant  la sienne en ce qu’il voudra et y trouvant l’espoir – ou la menace – d’une retribution de ses œuvres.

Dieu ne peut-il pas avoir, pour ceux qui veulent le trouver, autant de facettes que peut en prendre leur foi ?  Or, ce Dieu que chacun bâtirait a son image serait le parfait « juge équitable » dont l’être humsin semble avoir besoin, pour que chacun puisse chosir de faire le bien plutôt que le mal sans se sentir floué.

L’avantage de cette multiplicité ? Le danger des religions, c’est leur masse, vite critique, et l’énergie qu’elles peuvent canaliser dans toute direction, bonne ou mauvaise, au gré des caprices  de quelques individus.

La foi ne disparaîtra pas, ni le besoin d’un sens à cette vie,  prenant la forme d’une rétribution attendue. Quand chaque croyant est littéralement un « libre penseur », toutefois, le danger que porte la foi disparaît.  Quand coexistent des milliers de religions, Il ne reste de significatif qu’un accord sur une morale qui fait consensus et dont tout dogmatisme a été extirpé.  C’est la grâce à se souhaiter.  Amen.

Pierre JC Allard

450. Un « coup d’État » au Vatican ?   12.07.11

Nous avons un gros problème de moralité.  À cause de l’égoïsme humain ?  Certes.  Mais, il y a un espoir.  Une société complexe exige qu’on s’entraide et le besoin croissant qu’on a les uns des autres devrait servir d’antidote à l’égoïsme des individus pour permettre une évolution morale allant de paire avec notre enrichissement collectif. La nature crée des chevaux fougueux, mais pour le labour ils doivent et PEUVENT être harnachés  et tirer dans une direction commune.

Ils le peuvent, parce que, dans un monde d’interdépendance, la solidarité n’est pas une rêve contre nature; elle  devient, au contraire, la voie la plus efficace. À partir d’un certain seuil de complexité, le nombre et l’importance de ceux qui comprennent que leur plus grand bien personnel passe NÉCESSAIREMENT par le bien commun augmente…  et ceux qui veulent « collaborer  deviennent une majorité effective.

La société change donc ses valeurs et la solidarité est alors reconnue comme une vertu; une nouvelle moralité doit s’imposer qui en tienne compte. Nous sommes a vivre ce changement de paradigme, ce qui ne se fait pas sans résistance… Au cœur de cette résistance d’un individualisme qui n’est plus efficace, il y a tout un habitus.  il y a que l’on a tant triché et trompé, dans notre monde du symbole et du virtuel, que nous en avons perdu la foi.

Nous avons créé un monde sans foi – ni lois qui vaillent – qui est le royaume de l’arnaque Pas l’arnaque qu’on pratique comme un vice honteux, mais une arnaque universelle et institutionnalisée:  l’activité première du bon citoyen.

Le bon citoyen ne s’efforce plus de produire quoi que ce soit, mais de « commercer ». Or, qu’est-ce que commercer ?  C’est acquérir un bien ou un service qu’on revendra plus cher, avec un minimum de valeur ajoutée significative, sans y avoir mis d’autre travail que des efforts pour que l’écart soit le plus grand possible entre le  prix de revient et le prix de vente.

C’est créer cet écart qui est devenu le but réel de la vie, car c’est cet écart qui enrichit.  C’est le profit qui en découle qui est la récompense de l’astuce qu’on a mise  à convaincre qui nous l’achète  que  la chose vaut plus… après avoir convaincu qu’elle valait moins celui qui nous l’a vendue !   C’est cette astuce à mentir – et non la production – qui est devenue la base de l’enrichissement, la source donc du bien-être et le signe de la réussite sociale

Or, si produire est plus efficace quand on collabore, tricher et tromper tendent à rester des vices solitaires, car les occasions de fourberie, de trahison et  de délation augmentent avec le nombre de ceux qui y participent.   La guerre est donc ouverte entre le pouvoir encore dominant dans notre société, qui repose sur la suprématie de l’astuce au profit de quelques-uns, et le pouvoirqui arrive pour le supplanter, porté  par l’abondance issue de l’industrialisation et de l’automation  et qui peut donner BEAUCOUP plus à une vaste majorité des sociétaires.

Il est incontournable qu’une nouvelle majorité de travailleurs et d’entrepreneurs  – créant et produisant VRAIMENT des biens et services – arrache incessamment le pouvoir des mains de la minorité des spéculateurs qui le détiennent encore. Le virage sera politique, bien sûr, mais cette révolution, qu’elle soit brutale ou pacifique, s’appuiera sur un énorme consensus populaire, une  majorité qui deviendra  effective et assumera le pouvoir.

Ce consensus populaire qui déferlera aura, comme toujours, ses racines dans une conception morale : on ne réussit une révolution que si on a la conviction d’avoir Dieu (ou son équivalent, comme le « sens de l’Histoire ») avec soi… Il est donc nécessaire que s’affirme une nouvelle moralité.

Il est impérieux que la classe dirigeante actuelle des spéculateurs, des exploiteurs et des hyperpossédants  soit identifiée clairement comme « pécheresse » . Déclarée ennemie de Dieu comme des hommes. Que ses  gestes contre la solidarité deviennent des péché, puis des crimes. Que ses pompes et ses œuvres soient vues comme celles du Malin, que l’abattre soit largement accepté comme faire œuvre pie…  Que ceux qui l’affrontent ne soient plus seulement des héros, mais des saints…     C’est quand prévaut cette nouvelle moralité qu’une  nouvelle société  se constitue

Quand apparaît une nouvelle moralité, les gens simples veulent l’associer à une RELIGION.  Qu’on se dise laïque, agnostique ou athée, n’y fait rien: le constat à faire est que c’est la croyance en une rétribution dans l’au-dela qui bat le rappel des troupes et permet de rallier à la cause  du changement ceux qu’une rigoureuse logique ne suffirait pas a conscrire.

Cette importance d’une nouvelle vision religieuse de la société n’échappe pas à ceux qui veulent promouvoir le changement… ni à ceux qui veulent s’y opposer. Le pouvoir en place, en fait, ne craint rien plus que cette ferveur religieuse qui pourrait être sa perte.   Aucun effort n’est donc négligé pour éviter l’émergence d’une force politique qui prendrait cette couleur religieuse.   La stratégie pour lui barrer la voie est double.

D’abord, le pouvoir cherche à rendre le fanatisme  – qui fleurit sur la foi comme la pourriture noble sur les raisins – encore plus haïssable que le systeme actuel d’exploitation.   Exécré pour sa violence –  comme on la monte en épingle ou la suscite, même, pour contrer l’Islam – …  ou mis hors jeu par le ridicule, comme on le fait pour les fondamentaliste et charismatiques de tous acabits.

Par cette stratégie, le pouvoir peut résister et avec le temps triompher contre  les « extrêmismes », qui, offrant un changement plus marqué, séduisent au départ davantage, mais, avec le temps, généralement déçoivent.   Le système , cependant, n’a pas de défense plausible contre la force infiniment plus dangereuse des religions chrétiennes traditionnelles qui, pour des raisons historiques et géopolitiques, ont aujourd’hui le haut du pavé parmi les croyances.

Ces religions peuvent- elles etre des incubateurs crédibles pour une nouvelle moralité qui conduirait à une remise en question du système actuel?  Ces religions sont toujours du côté du pouvoir… mais le quittent sans vergogne quand il semble fasèyer et menace d’être supplanté.  Parmi ces religions, la plus puissante est à Rome ; or, un regard entre les lignes de l’Encyclique  Caritas in Veritate  pourrait suggérer  que l’Eglise ne néglige aucune de ses options…

Or, si l’Église catholique prenait parti pour le changement en évoluant vers une nouvelle moralité, nous aurions un tout autre équilibre des forces en ce monde. Quelles sont les chances qu’elle le fasse ?   On peut dire avec pessimisme, celles d’une gérontocratie riche contrôlant sans trop de peine les comportement bien rodés d’une masse amorphe dont seuls quelques éléments sont sincères et actifs. …  Les chances sont minces que se révoltent, dans une monarchie millénaire, les généraux qui font parader l’armée de pères en fils depuis des siècles…

Mais sous les vieilles badernes, il y a parfois des colonels aux yeux  bleus de braise pour faire un vrai coup d’État…. Supposez quelques évêques progressistes recevant un gigantesque appui populaire –  comme il y a désormais les outils de  sondage sur Internet pour aller le chercher.  Supposez que 20, 50, 100 000 000 de Chrétiens sur Avaaz ou autrement réclament que le prochain pape soit élu par un conclave des évêques du monde entier de toutes les dénominations chrétiennes.

Si ces évêque d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique, des patriarches orthodoxes et des pasteurs des églises réformées – dont beaucoup ne sont que des Catholiques qu’on ignore – faisaient cause commune pour demander fermement voix au chapitre ? Si la vox populi réclamait UNE Église, UN Pape et UNE morale chrétienne… et que les dogmes soient laissés à la conscience de l’individu ?  Oserait-on au Vatican risquer un schisme  en refusant cette demande?

Mais si cette demande est acceptée, alors nous aurions un coup d’État au Vatican. UNE  Église, avec un Pape et UNE morale…   Que serait cette morale.  À tous d’y penser,  mais d’abord, vite, faire ce coup d’État.  Car c’est par ça que tout doit commencer et il dépend de NOUS qu’il se produise. Chaque voix qui en parle nous en rapproche.

Pierre JC Allard

451. UNE Église, UN Pape, UNE (vraie) morale

Depuis quelques semaines, je parle d’éthique. Pas la morale des fermiers de l’Ohio qui vient de faire élire Obama… et de condamner pour délit d’adultère Petraeus, le « meilleur » espoir d’un coup d’État césariste aux USA, mais une morale pour assurer la continuité de la société humaine qui me semble menacée.

Menacée, parce que, vouloir vivre en société, c’est essentiellement vouloir vivre mieux en s’en partageant les tâches, lesquelle peuvent alors devenir plus complexes … et complémentaires.  On se complète et on s’enrichit, s’enrichir n’étant qu’un autre mot pour dire « avoir ce qu’on veut ».

Pour avoir ce qu’on veut, il faut se compléter, ce qui implique collaborer… et donc se faire confiance.  Les hominiens qui ont commencé à se faire confiance, se sont mis en tribus, puis en sociétés de plus en plus complèxes…. Et ils se sont enrichis.   La morale a eu ainsi le vent dans les voiles durant des millénaires.   On a codifié en «éthiques » les règles à suivre pour que l’indispensable confiance soit là.

Il y a eu des désaccords, bien sûr.  Chaque fois que quelqu’un a eu le pouvoir de biaiser l’éthique à son avantage, pour qu’elle serve un autre but que de permettre aux gens de se faire confiance, les uns les autres.  Ce sont ces désaccords qui sont devenus des religions, abusant ainsi de cette force qu’est la foi pour faire agir sans autre raison que le goût d’agir, et en abusant pour accepter des dogmes, comme autant de fatras d’absurdités contradictoires.

Il y a eu des désaccords, mais pendant longtemps il est resté, en tronc commun, une éthique largement partagée qui a permis que les humains travaillent ensemble et que les peuples puissent survivre.  Survivre en créant au moment de vérité –  et quelles que soient leurs autres divergences – un consensus de ceux qu iavaintt une morale pour lutter contre ceux qui n’en avaient pas.

Pendant des millénaires, on a tenté de se faire de plus en plus confiance et se mériter cette confiance a été perçu comme une vertu.   Puis, il y a quelques siècles, un virus  est apparu dans l’humanité – né de l’abondance qu’apportait l’industrialisation ou de quelque autre facteur, ce serait un autre débat  -…  et mériter la confiance a cessé d’être VRAIMENT perçu comme une vertu. Oh on a continué à en dire du bien, mais agir moralement est devenu dans les faits une inadmissible faiblesse, une involution darwiniste, un pas vers l’extinction.

Le vrai but proposé par la société est devenu, au contraire, d’abuser de la confiance d’autrui. « Faire du commerce » – ce maquignonnage vénal qui est à sa face même l’expression la plus vulgaire de la relation humaine – est devenu une entreprise glorieuse.  On a créé une culture reposant sur l’arnaque: profiter de l’autre comme but premier de la vie et voie royale vers la réalisation personnelle.

Ce faisant, on a extirpé insidieusement de la conscience humaine les principes de l’éthique qui permettaient de se faire confiance les uns les autres.  On les a remplaçés par la profonde insignifiance d’une foi en des dogmes ridicules et une notion du péché réduite  à des tabous sexuels de convers pervers.   Cet effort a culminé aujourd’hui avec une « aristocratie » de banksters. Dans une société américaine si dépourvue de noblesse que l’on se débarrasse  d’un militaire présumé bonapartiste … en l’accusant de tromper sa femme !

Il n’y a plus de vraie morale. On a perdu toute confiance les uns envers les autres. Or, une société ne peut perdurer que si les sociétaires peuvent raisonnablement supposer que la pulsion égoiste primaire en chacun est efficacement compensée par la compréhension des avantages supérieurs que lui apportent la collaboration et la valorisation constante  de cette compréhension.   Vouloir une morale, c’est vouloir cette valorisation.

Idéalement, on voudrait une morale universelle, laquelle serait un facteur de paix.  A défaut de cette universalité, rendue difficile à court terme par les dogmes antagonistes que les religions traditionnelles ont inoculés comme une rage sélective à leurs victimes respectives, on doit au moins faire prévaloir une morale correspondant à chaque culture  religieuse.  Il peut en être ainsi dans ce que l’on pourrait appeler la « chrétienté ».

La « chrétienté », c’est l’Occident, un territoire où  prévalent les « principes du Christ », aussi bien pour les laïques, agnostiques et athées « postchrétiens » que pour ceux qui se disent encore « pratiquants ». Les greffons de cultures non-chrétiennes n’ont pas encore la masse critique pour compromettre l’homogénéité de cet ensemble et il est donc encore possible d’avoir UNE morale de consensus en Occident.

Le défi, c’est d’exprimer cette morale et de renvoyer dans la sphère de la conscience personnelle toutes les questions de dogmes. À chacun sa foi, pourvu qu’elle le motive.  Peu importe la croyance, s’il en sort un individu à qui l’on peut faire confiance, car  2 000 ans de christianisme nous ont tissés de la même fibre morale. Ce ne sont pas les dogmes disparates et souvent saugrenus qui sont l’ennemi, ce ne sont que des inconvénients.

L’ennemi, c’est l’immoralité programmée qui affirme que le bien supréme consiste à prévaloir sur son prochain.  Le jeu à  somme nulle qui fait que l’on gagne et que l’autre perd.  C’est ce concept mortifère, qui est la négation absolue du message du Christ et qui est à détruire notre société.

Il faut ramener une vraie morale.  Ce n’est pas mon propos de définir ici ce que doit être cette morale incarnant les « principes du Christ ». Seulement de dire qu’elle devrait être définie et qu’il serait bon qu’existe une Autorité, sans autre pouvoir que moral, dont le rôle soit d’identifier un consensus sur le plus grand commun diviseur de ce que les « Chrétiens »  croient être ce message du Christ.

C’est ce consensus dans une seule église et avec un seul Pape, non comme chef, mais comme interprète, conseiller et arbitre, qui permettrait que refleurisse en Occident une vraie morale d’où renaîtrait la confiance.

Des milliers d’hommes et de femmes de bonne volonté  pensent en ces termes.  Oecuménisme, Parlement des Religions, etc… mais s’il est une personne qui puisse aujourd’hui   être le symbole de cette démarche, c’est  sans doute Hans Küng, le vieux théologien contestataire, intime du Pape Ratzinger, qui appelle aujourd’hui les clercs de la base à la révolte contre les diktats de l’Église traditionnelle.

Le mouvement de la base ne pourrait pas partir d’encore plus bas que le bas clergé que cible Küng ?  Partir des  laïques, croyants et incroyants.  De ceux qui comprennent qu’il faut que revienne la confiance, que revienne une morale, un sens à la vie autre qu’une infinie cupidité…   Ceux qui comprennent  qu’il n’y a pas de meilleur vecteur pour transmettre ce message en Occident que la structure de la vieille Église désaffectée qui doit elle-même se retrouver un sens ?

Comment partir de cette vraie base ?  Aujourd’hui, à l’Ère de l’Internet, par une pétition.  EN VOICI UNE  que je viens de lancer se soir.  Juste pour vous. Je ne m’y attarderai pas, car ce n’est pas ma compétence.  Mais elle pourrait grandir, à la mesure de la vie que lui insuffleraient ceux qui s’y reconnaîtront.

Pierre JC Allard

452. La repentance complaisante   12.11.19

j’ai beaucoup parlé de moralité depuis quelques semaines. Une riposte systémique contre l’immoralité, entre autres, passant par une Église qui devenue vieille se ferait ermite. Mais n’oublions pas que ce changement systémique est un moyen seulement et doit aller de paire avec une transformation de la notion d’éthique au coeur de l’individu. L’alpha et l’omega de la moralité sont bien sûr en nous.

Il faut donc recevoir comme une épiphanie la nouvelle que ce que l’on a vu comme le progrès, le succès, l’affirmation de l’individu et son triomphe dans la lutte darwinienne pour la vie sont des bornes le long d’une route vers nulle part. Il faut rebrousser chemin. Or, le long de la longue route du retour vers le carrefour d’ou l’on prendra la bonne voie,  la première étape s’appelle « repentance » et la chausse-trappe qui en interdit l’accès est la COMPLAISANCE..

Au Québec, où une enquête a été lancée pour débusquer la corruption dans l’industrie de la construction et celle qui la soutient dans l’appareil de l’État, cette complaisance apparait et grandit, grandit… Il n’est pas sans intérêt de voir comment, insidieusement, cette petite bête fait son nid…

Une re-moralisation de la société occidentale n’a pas de plus dangereuse embûche à éviter que cette complaisance, qui se déguisera en indulgence, couverte des feuilles mortes du pardon des offenses

Le but traditionnel d’une commission d’enquête comme celle que préside Madame Charbonneau est de trouver des coupables et de les exposer au pilori.  Il s’agit de permettre à la population de se défoule de ses pulsions vengeresses sur ces boucs émissaires, quand elle voit à quel point elle a été flouée. Crachats, flagellation et couronne d’épines, mais généralement il n’y a pas de Jesus dans ce prétoire et on peut donc ensuite être indulgent avec les Barabbas, sans avoir a crucifier d’innocents.  Une commission a rempli son rôle, quand le système est déclaré « nettoyé » et donc propre…

Cette fois, cependant, au Québec, avec la Commission Charbonneau, on sent un bizarre malaise.  Est-ce la faute de l’Internet ? De l’omniprésente télévision en direct?  On dirait que le peuple, au lieu d’invectiver seulement ceux qu’on mène au gibet, comme on l’y encourage, se pose des questions sur les alguazils, les tabellions et autres marauds serviteurs du système. Tout se passe comme si la foule COMPRENAIT…

Comprenait quoi ?  D’abord, que ce qu’on veut montrer comme les excès, les bavures, les malfonctions du «système» en sont simplement les conséquences bien prévisibles.

Exemple.  Si un système, dans sa logique capitaliste, impose «le plus bas soumissionnaire» tant et si bien qu’il conduit tous les fournisseurs de services à la faillite, à quoi peut-on s’attendre ? Il est RAISONNABLE que ces fournisseurs s’unissent pour fixer les prix, comme il était raisonnable, un siecle plus tôt, que les travailleurs forcés de travailler sous le minimum vital se constiutent en syndicats pour obtenir un prix acceptable…  Illégal  ? Comme l’étaient les premières Unions…

Autre exemple: l’ntervention de la mafia.  Une mafia est le plus souvent, au départ, une justice parallèle et consensuelle qui s’établit avec un soutien populaire non négligeable, là où il n’y a pas a de justice satisfaisante.

Bien sûr, ce sont là deux exemples de déséquiibre. On peut s’attendre à ce qu’on abuse tôt ou tard d’une entente pour fixer les prix et qu’on finisse par payer bien trop cher.  S’attendre aussi à ce qu’une justice mafieuse aboutisse, avec le temps, a une occasion d’extorsion …

Il faut donc se prémunir contre ces dérapage et d’autres…. Mais il ne faut jamais oublier que la SOURCE du probleme a été dans l’injustice et l’ineptie du Systeme et que là aussi il y a des choses à corriger.  C’est ca, le système pris en faute, que la population perçoit confusément quand elle offre une ovation a Zambito à TLMEP.

La population qui suit la Commission Charbonneau à RDI peut aussi comprendre bien davantage…  En regardant le fonctionnement du secteur de la construction, qui est gros et tangible et donc bien visible, il est bien possbible que la population ait entrevu comment  TOUT fonctionne dans notre société.   Compris comment les choses se font. Comment les décisions se prennent, s’appliquent, puis s’expliquent.

A partir d’une facette de la société dans son quotiden, le peuple aurait-il extrapolé le fonctionnement de l’ensemble ?  Le peuple, en regardant les magouilles qu’on lui montre, aurait-il vu, en arrière plan, se profiler cette minorité de profiteurs  – que par comvention on appelle l’«élite» – qui peut d’abord contrôler l’argent, puis par l’argent les médias, puis par les médias ET l’argent le processus démocratique et, enfin, par cette «démocratie» un gouvernement qu’on dira «légitime» ?  S’il l’a vu, peut-on s’étonner que le peuple soit devenu cynique ?

S’étonner qu’il ne s‘identifie plus à un gouvernement légitimé uniquement par un consensus sur ce qu‘on en dit,  et qui fait des lois et des réglements iniques que gère une armée de fonctionnaires protégée par les forces de l’Ordre ?   Doit-on être surpris qu’il désavoue en bloc une gouvernenance qui –  TOUT A FAIT OUVERTEMENT – veille à ce que chacun tire de la société, non pas le bénéfice qui correspond, à ce qu’il y apporte et donc mérite…. mais au pouvoir dont il dispose ?

Quidam Lambda, le Québécois moyen, a été invité par cette Commission Charbonneau à un monde de cynisme qui l’a d’abord stupéfait, mais il pourrait resoudre ses dissonances cognitives d’une façon qui ne nous plaira pas.   Le citoyen, qui a applaudi Zambito, en est venu à s’esclaffer au témoignage de Luc Leclerc au lieu de s’en indigner.  N’est-ce pas le signe qu’il est tout près d’accepter comme normales des règles de vie fondées sur l’arnaque et l‘injustice ?

Luc Leclerc laisse entendre que la corruption c’est la faute aux suppressions de postes, lesquelles ont rendu « la tentation trop forte» pour lui et les entrepreneurs; n’avez vous pas l’impression qu’il est convaincu de parler à un auditoire complaisant?  Et quand il dit qu’il ne ressent pas le besoin de se montrer repentant devant la Commission, puisqu’il est convaincu qu’il ne sera jamais pardonné, n’avez-vous pas l’impression d’un clin d’oeil à la cantonade de Leclerc, se sentant le porte-parole de Quidam Lambda ?

Voyez sa photo. Est-ce que vous n’entendez pas, comme moi:

« Je ne pleurnicherai pas ici, car je sais (et vous savez aussi), que tous et chacun d’entre vous, à ma place et pouvant jouir des mêmes avantages, en aurait profité tout autant que moi et sans l’ombre d’un scrupule. Mon patron l’a fait, mes employés l’ont fait  et je ne connais pas de cas où un contrat ait été accordé sans que celui que le donne ait voulu en  rétirer, en argent ou en « bonnes notes », tout le profit qu’il pouvait.  Si quelqu’un a volé un oeuf plutôt qu’un boeuf, c’est qu’il était au poulailler et non à l’étable.  Je peux exprimer mes regrets à la population» – (sous entendu, que vous n’ayez pas tous eu ma chance !) – mais je ne pense pas que la population me pardonnera» (- sous entendu, que j’aie eu cette sacrée veine dont les autres ont été privés.) 

N’est-ce pas là ce que pense, au fond, Luc Lambert ? Et sommes-nous si sûrs qu’il n’ait pas raison ? Il y a grave encore que la prise de conscience par la population de la turpitude de sa gouvernance; il y a celle pour chacun de la sienne propre, si seul, entre quatre murs, il doit s’avouer à lui-même qu’Il n’aurait peut-etre pas résisté à la tentation.

On doit tous y réfléchir. Tout en posant des gestes pour changer la société, il faut aussi poser, si nécessaire, ceux pour se changer soi même.  Et ce n’est pas gagné.

453. Vers une vraie démocratie… comme la Chine   12.11.26

Ce titre semble provocateur? Il l’est… mais juste un peu, car il est surtout ambigü. Comme la plupsrt des gens, vous avez sans doute cru que je disais que nous allions vers une véritable démocratie, comme la Chine serait, une véritable démocratie et vous en avez été choqué. La Chine démocratique, quelle blague !

Je vous demainde de relire et de comprendre autre chose. Je souhaiterais que nous allions vers une véritable démocratie… comme je crois que la Chine voudrait aller vers une véritable démocratie…. Vous voyez ? Ca va mieux, n’est-ce pas ? Une ambiguïté…. Ma seule (petite) provocation a été de planter cette ambiguité. Elle n’est pas gratuite: elle veut montrer ce qu’on peut faire à la vérité quand on crée des ambiguités….

Par exemple, tout le discours que nous tenons en Occident sur la démocratie est ambigü … et la vérité en prend pour ses frais. C’est que, lorsque nous parlons de démocratie, nous n’y voyons que le droit pour tous de décider des grands principes à suivre, l’obligation inhérente à notre démocratie de laisser la majorité choisir. Nous négligeons le droit, au moins implicite dans un Etat de droit, que nous du peuple avons de réaliser ensemble les choses que nous voulons accomplir ensemble sans en être empêchés sans raison.

Quand on escamote ce second droit, il en sort le préjugé que nous en Occident sommes démocrates… et les Chinois, non. Or c’est au mieux une demi-vérité et ce n’est pas innocent.
Quand on parle de démocratie en Occident, on parle exclusivemt d’un droit de choisir les options qui seront appliquées au palier des grande dossiers poltiques, économiques, sociaux… Joli, mais c’est une arnaque. Une fumisterie, car il est évident que Quidam Lambda n’a pas les connaissances nécessaire pour comprendre ces grands dossiers, ni pour prendre les décisions pointues qu’il faut prendre dans cesdossiers etqui font la différence entre être bien ou mal gouverné.

Quand disant « démocratie » on reste au palier des « grands principes », on ne dit que des paroles creuses. Sur la justice, la liberté ou autres choses sur quoi on est tous d’accord. Le peuple décide… mais Il n’y a rien à décider. Est-ce ça la démocratie ?

Quidam Lambda sait très bien qu’il n’y comprend rien et il ne touche pas a ces grands dossiers autrement qu’en échangeant des poncifs au Café du Commerce ou sur le web. Il opine, comme lui disent d’opiner les médias partisans qu’il choisit par atavisme, comme il s’identifie au Russe ou au Tchèque de son équipe de hockey, au Marocain ou au Suédois du PSG ou des Verts. En politique comme en sport, Quidam Lambda est partisan: il joue à la démocratie par identification.

Il y joue parfois avec ferveur, mais il sait très bien que sa vie quotidienne ne dépend pas de ses choix démocratiques, que tout ce qui est important en politique est décidé par d’autres. Par des gens qui en savent plus que lui…. Des gens qui ont aussi, souvent, d’autres intérêts que les siens. Il n’ira pas plus loin que de s’en plaindre.

Cette démocratie peut être amère. Comment pourrait-il apporter des solutions? Comment pourrait-il VIVRE la démocratie? Question académique. On ne lui en donne pas l’occasion et il n’en a même pas le goût.. il n’y a sans doute pas plus de 3% de la population qui s’intéressent aux grands dossiers. Les autres veulent seulement qu’on leur donne plus d’argent, plus de services, qu’on assure leur sécurié et qu’on ne les embête pas trop.

La démocratie que nous avons est un emballage vide. On nous demande de mettre le titre et la photo sur les dossiers: d’autres y mettent le contenu… L’emballage de la démocratie sort de chez Hermes, mais il ne contient que du papier froissé, couvert de mots creux et déja lus.

Cette démocratie des grandes options n’existe pas vraiment; en fait, elle est impossible. Si on voulait la faire naîtreau-dela d’un certain seuil assez bas, le résultat en serait catastrophique, comme l’ont prouvé les Athéniens, il y a plus de 2000 ans. La démocratie est là pour cacher le pouvoir que n’ont pas ceux qui ne savent pas.

La démocratie « qui choisit les grandes options » est un leurre. On a dit ad nauseam que nombre ne faisait pas raison, que la démocratie était la tyrannie de la majorité, et même Churchill, qui s’y connaissait en ambiguïtés, a eu cette phrase-poison bien connue, pour dire que « la démocratie était la pire forme de gouvernement… sauf les autres formes que l’on avait essayées. ».. Se gardant bien d’ajouter, toutefois, qu’on ferait tout pour que jamais ne soit essayée une meilleure forme de gouvernement qui pourrait fonctionner…

Se pourrait-il qu’existât une meilleure forme de gouvernement que la chimérique démocratie que nous avons. ? Que ce soit justement une démocratie dans ce sens escamoté en Occident du « pouvoir d’agir ensemble » ? Le Empowerment de Saul Alinsky et la pensée qui en découle ?

Est-ce qu’une VRAIE démocratie ne devrait rester EN DEÇA de ce «certain seuil» au-delà duquel l’individuu ordinaire perd pied, et où la démocratie comme nous l’avons bâtie en Occident devient une mystification? Il faudrait voir, car c’est précisément ce que l’on fait en Chine.

La Chine démocratique n’est pas une blague. C’est une chose qui grandit. Nous avons en Occident une pseudo démocratie mise de l’avant au niveau étatique – là où elle ne peut PAS s’appliquer – alors que la démocratie au niveau local, celle qui pourrait jouer son rôle, est perfidement mise sous tutelle par cette pseudo démocratie au palier de l’État ! En Chine la démocratie est bien présente. EN DEÇA DU SEUIL.

Surtout, ne pas croire que ce qui est en deçà de ce seuil soit anodin. En fait, l’essentiel du RÉEL est là. Le réel, c’est ce puit qu’il faut savoir où creuser, cette route dont on fera le tracé, les vigiles qu’on mettra pour que l’ordre règne… Il y a beaucoup de décisions à prendre au palier où le peuple a la compétence de les prendre. On évite en Occident d’en parler trop, pour deux (2) raisons.

La première est que ces décisions portent sur le quotidien et, pour la gouvernance, sont de ces « détails » dont on dit souvent que le Diable y loge… parce qu’ils ne s’ajustent pas toujours bien avec les grands principes dont ont décidé les « autorités supérieures ». La deuxième, c’est que ce domaine recèle un énorme potentiel d’argent et de pouvoir. Trop pour que ceux qui ont fai main basse sur le contrôle des États en en faisant un jeu de symboles en abandonnent sans lutte la gestion au monde ordinaire.

Tout ce qui est local, municipal, proche du peuple et de ses besoins ET DONT LE PEUPLE POURRAIT EFFICACEMENT DÉCIDER est donc, en Occident, soigneusement soustrait à l’influence directe de celui-ci. Le fonctionnement en est astreint aux règles de la «démocratie» représentative qui prévaut au niveau de l’État, avec ses Partis pour encadrer toute liberté de pensée, ses caisses occultes pour que toute conscience puisse être louée, ses médias menteurs pour que l’imagination ne soit JAMAIS au pouvoir

En Chine, au contraire on a commencé la démocratie pas là. En bas. La démocratie monte vers le pouvoir, poussant devant elle ce seuil dont nous avons parlé et qui est mobile. C’est peut-être le modèle à suivre. Nous en reparlerons.

PIerre JC Allard

454.Chine. Parti unique n’est pas pensée unique   12.12.03

J’écrivais, la semaine dernière, que ce que nous appelons «démocratie» en Occident n’est plus qu’un subterfuge, pour faire tenir la population tranquille – dans une société de plus en plus inéquitable – en lui laissant croire que c’est ELLE qui choisit les politiques qui sont appliquées !  Cette façon qu’a le système de se moquer des gens me devient de plus en plus insupportable

En réalité, la population n’a d’autre choix que celui du discours pour décrire les politiques que d’autres « qui savent »  auront choisies… et celui de la figure de proue qu’elle préfèrera, entre les politiciens de carrière auxquels une chaîne de filtres mise en place par « ceux qui possèdent » aura permis qu’ils puissent solliciter d’être ainsi adoubés.

Le but du présent article n’est pas de discuter de ce subterfuge – il reste peu de gens de bonne foi qui conteste que c’en soit un – mais de voir si ce qu’on fait en Chine ne pourrait pas nous guider vers une VRAIE démocratie, en nous montrant un modèle différent

Ici, je vous invite à jeter un coup sur ce que fait en Chine une démocratie encore embryonnaire. Je ne feindrai pas d’y connaître quelque chose, en me faisant par copicollés une réputation usurpée de sinologue. Je vous propose plutôt ce lien vers un article de Gunther Schubert qui me semble instructif.  L’immense majorité des lecteurs, comme moi, n’ont pas la moindre idée de ce qui se construit en Chine et n’en connaissent que  que nous disent les journaux. Ce texte est un peu long, mais c’est un effort qu’il nous faudra tous faire… et mieux vaut le faire tôt que tard.

http://perspectiveschinoises.revues.org/56#tocto1n1

J’ajoute ci-dessous quelques remarques. Ne croyez surtout pas qu’elles peuvent remplacer la lecture du texte  de Schubert ! Je profite simplement de l’occasion pour clarifier trois (3) malentendus auxquels on se bute souvent quand on parle de démocratie en Chine.

1. Première remarque, je suggère de s’en tenir au sens réel des mots, sans nous en laisser distraire par ceux spécieux dont les affublent ceux qui ont des agendas à promouvoir.  La réalité ? La démocratie, c’est quand on peut passer sans solution de continuité d’une décision prise par une majorité à son application effective, sans que le sens de cette décision ne soit changé ou ses conséquences substantiellement modifiées.

Ce qui n’est pas évident. Nous savons tous, par exemple, que ce n’est pas parce qu’une « république socialiste soviétique » se disait démocratique  que le pouvoir y appartenait au peuple.  Bien des forces s’exerçaient pour que ce ne soit pas le cas….   De la même façon, dans nos démocraties à l’occidentale, sous couvert de représentativité déléguée, la décision populaire est elle aussi dénaturée par paliers et devient, hélas, n’importe quoi. Le fonctionnariat et le judiciaire y veillent.

D’ailleurs, le sort du référendum sur le Traité de Lisbonne a fait la preuve irréfutable qu’on a cette distorsion même en restant dans le volet législatif.  Il n’est même pas nécessaire, non plus, d’introduire l’omniprésente corruption par l’argent, ni le contrôle de la pensée par les médias pour remettre ainsi en question la QUALITÉ de la décision :  la construction de la décision est viciée dans ses assises mêmes…

Ne perdons donc pas plus de temps à faire le post mortem de notre démocratie. Voyons plutôt, dans le texte de Schubert, les instances en Chine qui prennent des décisions à la majorité  de ceux qu’elles concernent et dont l’application est pleinement soutenue par le pouvoir de l’État.  Ces décisions SONT démocratiques et leur champ d’application définit un espace ou prévaut la démocratie. Prenons en modèle.

2. Ensuite, il faut rester conscient que  la démocratie n’est pas une fin en soi; elle est un expédient.  Elle vise à garder à l’individu un maximum de liberté, dans le cadre d’une société, un regroupement qui limite cette liberte, mais dont on pose l’hypothèse que l’individu accepte d’en être partie prenante parce qu’il en tire des avantages qu’il juge suffisants.

Dans cette optique, la meilleure démocratie n’est pas celle qui soumet tout à la décision collective. Au contraire, cest celle qui réduit l’espace démocratique a ce qui est essentiel au bien commun tel qu’en décident les participants, laissant tout le reste à la libre discrétion de chaque individu.

Tout serait bien, en ce cas, si chaque individu était  libre de son appartenance au groupe. Mais si on prétend décider « démocratiquement »  de ce qui constituera l’espace démocratique lui-même auquel l’individu est tenu d’appartenir et où s’exercera  la volonté de la majorité, on est en terrain logique bien douteux.  Il faut alors choisir une valeur transcendante qu’on place AU DESSUS de la démocratie, et Il est crucial que nous, Occidentaux, ne vous arrogions pas le droit de définir pour toute l’humanité, ce que doit être cette valeur transcendante.

3. Enfin, parlant de la Chine, il faut cesser cette mauvaise foi de nier qu’il puisse y exister une quelconque démocratie, sous prétexte qu’on y est en régime du Parti Unique.  On joue alors sur les mots, et ce n‘est ni honnête ni innocent…

La vérité. c’est qu’Il y a en Chine, comme dans toute société, un corpus de principes, d’objectifs et de moyens d’action jugés acceptables qui font consensus. On peut appeler ce corpus, une éthique, une constitution, la « légitimité socialiste » … ou la « démocratie ». Affaire de vocabulaire, mais il faut comprendre que ceux qui acceptent  ce corpus peuvent ensuite se reconnaître, aussi, dans des idées, des opinions des intérêts divergents… et s’opposer farouchement sur le plan des politiques qu’ils préconisent. Ils le peuvent sans renier en rien leur accord avec l’intégralité du corpus de base, lequel est alors tenu pour un acquis commun, AU-DESSUS du débat.

La pensée en Chine n’est PAS monolithique. Il est certain que, dans le « Parti Unique » en Chine, existent des factions, des groupes, des sensibilités tout aussi distinctes  entre elles que celles que manifestent en  France le PS, le FN, L’UMP etc… ces « partis » qui ne sont que des variantes d’une seule  pensée politique qu’on appelle, nous, la « démocratie« … et qui est notre Parti Unique à nous.

Une pensée contraignante et un Parti unique, car comment croyez vous que serait accueilli sur la scene politique, en Europe ou pire en Amérique, quiconque voudrait proposer une option politique SÉRIEUSEMENT différente de cette démocratie ?  Quelque chose comme une dictature fasciste, un retour des Bourbons ou même un vrai communisme ?   Proposer quoi que ce soit qui ne s’insèrerait pas dans les normes de ce qui, sans dire son nom, est essentiellement le « Parti Unique de la démocratie à l’Occidentale » ? Ce corps étranger serait expulsé sans top de ménagements.

Il serait expulsé, comme la Loi Gayssot a expulsé le négationnisme et ils seraient bien peu à s’en plaindre, car on y verrait l’affirmation d’un consensus fondamental qui reflète NOTRE culture.   Soit,  mais n’inférons pas, alors, que la Chine ne peut pas implanter d’institutions démocratiques, simplement parce qu’elle ne parle pas de « partis » pour identifier ses divergences.

Pourquoi ne pourrait-elle pas souligne les similitudes plutôt que les oppositions, au sein du Parti Unique qui lui semble définir le consensus de base sur les valeurs de SA culture ?  N’est-il pas bien indélicat et un peu saugrenu de reprocher à la Chine de vouloir résoudre ses contradictions autrement que par le cirque partisan médiatique sponsorisé par lequel nous amusons périodiquement nos badauds ?

Pierre JC Allard

455 Père Noël (alias Santa Claus); abattre sans coup de semonce   12.12.11

Oui, vous avez bien lu. Il faut tuer le Père Noel. Envoyer la facture de la balle à Coca-Cola, son créateur, et enterrer le costume du vieux sacripant. On a déjà dit qu’il était une ordure. En fait, il est l’Ennemi Public  # 1.

Numéro 1 ? On ne manque pourtant pas de sujets d’inquiétudes pour l’humanité !  Quand on voit la Guerre, la Peste etla Famine chevauchant avec la Mort, que vient faire le vieux barbu souriant, bedonnant, ostensiblement repus, dans ce qui semble une cohorte d’adversaires autrement plus redoutables?  C’est que quand on va au fond des choses, c’est toujours son message à lui, Santa, qui est là. C’est le message qu’il faut abattre.

Le message du Père Noel, c’est d’assimiler TOTALEMENT le plaisir, le bonheur et la joie à l’AVOIR. De présenter la vie idéale comme une séquence d’efforts pour satisfaire un désir insatiable de  POSSÉDER sans limite, apparemment pour s’assurer qu’on ne manquera de rien,  mais en fait pour thésauriser au-delà de tout risque crédible de carence, pour feindre d’être « plus » parce qu’on a plus et transformer ainsi la vie en un jeu à somme nulle CONTRE les autres.

Posséder… et une fringale, qui en est pourtant la négation, de consommer sans cesse davantage. C’est ça, le message de Santa qui nous empêche de bloquer facilement  la charge des quatre Cavaliers qui nous amènent notre apocalypse

D’abord la « Guerre ». Disons la violence et le crime, sous toutes ses formes. On se trucide depuis toujours pour un oui, pour un non, pour une couleur, une opinion, ou n’importe quoi… On est bien quérulent… Dans sa forme la plus achevée, la violence est la guerre, dans son mode mineur le crime. On en dit bien du mal et c’est en effet une saloperie.

Mais la guerre, comme nous l’avons connue, est une menace qui se transforme.  On voit que les horreurs en Libye et en Syrie sont différentes de celles de Dresden et d’Hiroshima au XXe siècle.

Qu’y a-t-il derrière la violence qui change de masque ? La cause principale de toute violence est de prendre ce que l’on juge essentiel pour satisfaire ses besoins, quand la ressource est rare et que l’accès en est contesté. Il s’agit de posséder sans limite.

Voyons la « Famine », emblématique de toutes les carences, et spécifiquement de l’épuisement accéléré de nos ressources naturelles, arrivant de paire avec une expansion démographique incontrolée ? Combien de temps avant que nous ne puissions plus répondre par le simple déni à l’imparable mise en demeure de Malthus ? Le problème n’est-il pas similaire à celui de la violence, toutefois? Une pénurie causée par une adéquation inepte de la demande et de l’offre…

Voyons, enfin, la « Peste », toutes ces « vieilles » maladies létales – dont le diagnostic  et le traitement aujourd’hui sont pourtant souvent triviaux, – qui reprennent l’offensive au tiers-monde, pendant que la recherche et la médecine modernes, confinées en pays développés, n’en ont que pour les affections singulières « intéressantes » des clientèles plus aisées.

Posséder sans limite. La compétence, aussi, laissant craindre qu’une élite de gouvernance, de plus en plus disjointe de la population « ordinaire », ne mette celle-ci en coupe reglée, jouant la carte de la ressource de santé en carence  pour tout contrôler,  avec l’aide d un establishment médico-pharmaceutique bien collé sur le pouvoir politique.  Contrôle d’une ressource rare. Voyez ce que l’on fait déjà avec les seules drogues illégales… ! Imaginez TOUTES les médications, une prohibition ciblée, un monopole absolu une dépendance totale

Quel est dénominateur commun de nos problèmes ?  On s’aperçoit que guerres, famines, pestes et autres périls découlent d’un seul problème : une pénurie de ressources… et le désir de posséder   Mais l’industrialisation a apporté l’abondance.  Ne serions nous pas en bonne voie d’apporter une solution à ces pénuries, si quelques-uns parmi nous ne trouvaient pas leur avantage à ce qu’elles ne soient pas corrigées ?

Ces problemes sont aggravés, voire créés entièrement, par une gestion scélerate des ressources. Aujourd’hui, nous avons une production moyenne sur cette planète de USD$ 7 000 $ par tête.  Nous produisons déjà largement assez  pour loger et nourrir tout le monde au prix des marchés et même leur offrir des loisirs ! Produire n’est plus un défi pour l’humanité. Posséder le demeure…

Si c’était écessaire, nous pourrions produire facilement deux, trois, quatre, dix fois plus de bien matériels. Avec l’industrie, la technologie, la science croissant au rythme exponentiel de nos connaissances, il n’y a pas d’autre contrainte à la satisfaction de tous nos besoins matériels que la disponibilité des ressources naturelles et notre bonne volonté à laisser le travail  et la compétence produire.  Nous avons encore les ressources naturelles pour le faire et au moins 80 % de nos ressources humanes sont sous-utilisées ou inutilisées

Nous ne le faisons pas, parce que tout le système économico-politique actuel s’évertue à réduire la production et à créer des raretés sur lesquelles il peut spéculer.  Pour mieux posséder, des ressources nous sont présentées comme en pénurie, alors qu’elles sont surabondantes.    C’est le jeu auquel s’amusent ceux qui ont le pouvoir.

Nous, nous consommons du matin au soir. À la limite de ce que nous pouvons avoir de temps disponible pour le faire, en équilibre avec celui que nous devons consacrer au travail ou autre activité rémunératrice pour payer ce que nous consommons.  C’est le but que nous donnons a notre vie, peu ou pas du tout conscients que c’est le but auquel on nous a conditionnés… pour le plus grand plaisir de ceux qui jouent à produire et à spéculer sur ces choix de consommation que nous faisons.

Plus personne ne remet en cause que l’abondance est là.  LA PAUVRETÉ EST UN CHOIX…. Pour mieux posséder. Ce choix fait par une élite financière est odieux. Il n’y a rien que vous et moi puissions faire pour changer cette affectation  criminelle des ressources…. Hormis la méthode traditionnelle de mettre au bout d’une pique la tête des responsables… Ou que nous ne nous insurgions contre le Père Noël et son message…

Le message du Père Noël a permis que le but ait cessé d’être d’« avoir assez », ou même d’« avoir beaucoup », pour devenir simplement d’« avoir PLUS »…  («Avoir trop » n’étant pas une valeur reconnue par le programme….).   Quand le jeu n’a plus ainsi d’autre maximum qu’un « plus » parfaitement mobile – qui fuit devant soi comme un arc-en-ciel – le système des possédants est heureux, car on a une pénurie infinie et sur commande.

RIEN ne pourra  jamais combler le désir d’avoir « PLUS ». On est dans une insatisfaction permanente. Motivante….   Une pénurie qui peut permettre, guerre, famine, peste  ou tout ce qu’il faut pour garder Quidam Lambda au travail  et dans l’obéissance …

Il y a une façon et une seule d’échapper  à l’insatisfaction.    Dire NON au Père Noël.  Voir comme une vertu de ne consommer que ce qui rend VRAIMENT plus heureux  Faites-en la liste et vous serez surpris. Elle sera bien courte…

Les Jones  de Veblen cessent alors d’être les ultimes arbitres, car l’objectivité qui n’était qu’un mirage prend fin.  Vous comprenez que VOUS êtes le seul arbitre de la valeur de ce que vous faites et acquérez, et que c’est  à vous de noter votre propre copie, puisque vous ne le faites que pour donner subjectivement plus de sens à votre vie, dont autrement vous croiriez – tout aussi subjectivement –  qu’elle en a moins ou n’en a aucune.

Vous comprenez – et c’est une véritable épiphanie – quelques évidences : qu’un bien ne vaut que par le service qu’il rend ; que la propriété ne vaut que par l’usage qu’elle permet ; que l’obligation sociale de montrer aux gens qu’on les aime en leur donnant des choses qu’ils ne veulent pas est une aberration ;  que s’encourager à acheter des gadgets inutiles est une bêtise ; que croire qu’on se réalise par l’avoir est vulgaire ;  que consommer au-delà du nécessaire, c’est affamer les autres. … et que le Père Noël…  Bon, on l’a déjà dit…

Pierre JC Allard

456.Turcotte et Cathie Gauthier: le dilemme   12.12.21

Au Québec, les affaires de parents qui tuent leurs enfants se suivent… et il n’est pas sûr que les verdicts se ressemblent. Bien sûr, chaque meurtre a sa spécificité…  mais il y a la spécificité réelle et celle qu’on y voit.  Bientôt va tomber au Québec un verdict  dans  l’affaire de Cathy Gauthier, une affaire complexe, avec pacte de suicide raté . A côté de l’affaire même, il y a donc ce qu’y verra la population.   Ca ne devrait en rien influer sur le verdict ni sur la sentence. Naturellement. N’oublions pas que nous l’avons dit. Cathy Gauthier est sub judice. Parlons donc de Turcotte…

Lors du procès de Guy Turcotte, j’ai dit tout le mal que je pensais de la façon dont ce procès s’est déroulé.  Plus je réfléchis, plus je trouve répugnante cette histoire de juré exclu. J’ai dit aussi ce que je pensais de cette démarche à la Ponce Pilate, remettre le sort de Turcotte entre les mains d’un Comité d’examen des troubles mentaux. Un comité qui n’est qu’un tribunal administratif, avec les lacunes qu’on connait à ce genre de structures, lesquelles ne sont, même dans le meilleur des cas, que d’étranges exceptions à la séparation de l’executif et du judiciaire qui est présumée à la base de notre État de droit.

Nombreux sont ceux qui ont pensé, dans la population indignée, que cette manœuvre n’avait d’autre but que de garder indemne l’image d’une élite autoproclamée. Une image NÉCESSAIRE pour justifier les insupportables écarts de revenus et de privilèges dont elle jouit.    Nécessaire, car dès qu’on s’interroge sur la valeur morale de cette élite, la structure même de notre société est menacée.  Turcotte ? Un geste de folie, à la rigueur, mais une folie passagège, n’est-ce pas …

Beaucoup est en jeu.  Aurait-on pensé qu’il valait mieux laisser le temps passer, en espérant que l’on oublierait la monstruosité de Turcotte et qu’on pourrait le libérer assez vite, en s’appuyant sur des expertises payées à gros prix et établies par des confrères complaisants ?  On n’en manquerait pas,… on pouvait ainsi mettre à profit les deux grands atouts de ce tueur d’enfants : avoir de l’argent et être un intouchable médecin.  On n’avait qu’a attendre un peu…

Pourquoi le destin méchant n’a-t-il pas collaboré au plan du blanchiment  de Turcotte par l’oubli programmé ?  Pour deux (2) raisons qui ne dépendent pas du plan, mais du zeitgeist qui prévaut maintenant, lequel est en partie la cause, d’ailleurs, du geste de Turcotte…. mais que son geste ne contribue pas peu à renforcer !

La première raison ? Le sadisme, qui a la cote. Depuis quelques années, on a vu la télévision et les autres médias faire la part de plus en plus belle au crime-spectacle. Mise en évidence du crime lui-même – le plus crapuleux et horrible le mieux –  mais, aussi, de tout le processus visant à trouver et à punir le coupable.  Comme si on avait voulu distraire la  population de ses vrais problèmes économiques, sociaux et politiques ou, qui sait, peut-être banaliser la tuerie ininterrompue à laquelle notre civilisation se livre au tiers-monde…

Il était inévitable que l’on recueille tôt ou tard les fruits de cette commercialisation ignoble des faits divers dans leur forme la plus radicale et la plus obscène et que ce phénomène produise son effet sur la population.   Columbine, Polytechnique, hier Newton……    Mais aussi ces « affaires » qui ont en commun qu’au-dela du crime il semble qu’on veuille sciemment choquer et faire les manchettes par la cruauté. Le sadisme est devenu à la mode.

Sadisme et exhibitionnisme. Luka Rocco Magnotta est l’exemple qui vient d’abord a l’esprit, mais si Magnotta a dépecé sa victime et l’a filmée, n’oublions pas que Turcotte n’a pas choisi d’ empoisonner  – doucement (!) – ses enfants…. Il a choisi de faire durer le plaisir, en les tuant de 46 coups de couteau. Je frémis à la pensée que cet homme ait pu avoir eu un scalpel entre les mains. Je ne veux même pas penser qu’on pourrait lui en laisser prendre un autre.

La population non plus, ne veut même pas y penser. Le sadisme, qui avec Magnotta et Turcotte est apparu comme une nouvelle constante du crime, l’a brutalement éveillée. La population n’a aucune volonté de pardon. Or, il faut en tenir compte.  Au cours de la Terreur, on a dit qu’il fallait que le gouvernement soit cruel pour éviter que le peuple n’ait à l’être.  J’ai bien peur qu’ici on n’ait fait le choix contraire… et l’on pourrait s’en repentir L’État de droit et la démocratie, en effet, ne sortiront pas plus forts, si Turcotte est lynché, ou si des motards ou des gangs de rue décident que ce serait un beau geste viril d’exposer son scalp à la porte de leur local !

Ce serait une provocation à la population de remettre Turcotte en liberté… On peut le faire avec une chirurgie esthétique le rendant méconnaissable, une nouvelle identité et un billet vers un lointain ailleurs.  A ces conditions, il pourrait s’en sortir et on le fera peut-être, mais l’État, lui, ne s’en sortira pas indemne.

L’État payera le prix, car la deuxième raison  pour laquelle le temps na pas suffi a faire oublier Turcotte, c’est que tous les scandales de la Commission Charbonneau ont convaincu la population, à tort ou a raison, que la corruption et le favoritisme sont la règle plutôt que l’exception dans le haut-fonctionnariat.

Non seulement, donc, on ne pardonne pas son crime sadique à Turcotte, mais on ne pardonne pas non plus au pouvoir judicaire d’avoir laissé cet O.J Simpson québécois s’en tirer par des pirouettes inusitées.   On pardonne encore moins à ce Comité d’examen des troubles mentaux de vouloir le remettre en liberté en s’appuyant des expertises pour lesquelles il a payé… et dont les conclusiont sont au mieux équivoques.  Le peuple ne pardonnerait pas au gouvernement, quels que soient les prétextes énoncés, de remettre en liberté ce tueur dont le Comité lui-même reconnaît qu’il EST un risque pour la société.

Nos élites sont sous examen et, d’ici peu, le résultat du procès de Cathie Gauthier va porter au paroxysme le mécontentement de la population et créer un dilemme.

Cathie Gauthier, qui elle aussi a tué ses  enfants, mais moins brutalement que Turcotte, sera-t-elle  aussi déclarée « folle » et irresponsable – auquel cas la voie sera confirmée et l’on trouvera désormais bien plus de fous que de coupables ! –…. ou sera-t-elle jugée responsable, elle ?    En ce cas, ils seront rnombreux a penser  que c’est la condition sociale et la situation économique de Turcotte qui ont fait la différence…  Le respect pour notre système judiciaire pourrait bien, alors, n’être plus qu’un souvenir du passé.

Pierre JC Allard

457. Québec, terre de pèlerinage   13.01.01

L’article de Raymond Viger, samedi, sur les 7 du Québec, m’a branché sur des souvenirs. C’est que j’ai fait, par petits bouts, un grand bout du Chemin de St-Jacques et des treks assez longs, aussi, vers Macchu Picchu, Rishikesh, Sri Pada, etc, etc.…. Il y a du gitan du vagabond, de l’itinérant et donc aussi un peu de pèlerin en moi…

Pour éviter les malentendus, je vous dis tout de suite, cependant, que je ne parlerai pas aujourd’hui de Paulo Coelho ni de quête spirituelle. Une autre fois, peut-être… Aujourd’hui, je vais vous raconter une anecdote. Une de ces petites histoires qui naissent des ratées de la  grande.

1984.  On nous avait survendu cette année-là, mais, même sans Big Brother, il y a eu bien des choses à couvrir, pour un journaliste. 1984, au Québec, ce fut la fin de l’épopée René Levesque, le début de Céline Dion… et la visite  de Jean-Paul II. J’avais un pote journaliste : Jacques Giroux du Journal de Québec.

J’avais rencontré Jacques au RIN, quelques 20 ans plus tôt. On pensait, on jasait, on avait des idées… De sorte que quand je suis parti me farcir un doctorat à Paris et discourir  sur l’indépendance en buvant des panachés et des ballons de rouge pas cher, Jacques, qui était un homme d’action, est allé passé quelques années de sa jeunesse en tôle pour un pétard qu’il avait posé  pour le Front de Libération du Québec et qui avait tué un homme, sans réussir a faire sauter le couvercle de la bavarde indifférence des Québécois.

20 ans après, le FLQ disparu, Jacques Giroux était demeuré un des mousquetaires qui voulaient encore l’indépendance…, mais il avait d’autres idées.  L’idée, par exemple, de faire venir le Pape au Québec. Au Québec, d’abord ; au Canada ensuite, si ça « adonnait »…  Ne croyez pas ceux qui vous diront que la venue du Pape au Québec fut une idée collective. J’ai assisté à la conception de ce projet. Il est sorti tout  armé du cerveau  de Jacques Giroux, nourri par un enthousiasme délirant. Cet enthousiasme que certains appellent la foi.

Jacques a conçu ce projet, puis il l’a fait adopter. Par les « boss » du Journal de Québec, par les autorités religieuses… J’ai suivi ses démarches pendant qu’il insistait pour que ça se passe d’abord au Québec.  C’était son bébé. C’est donc la photo de Jacques Giroux qu’on a mis sur cinq colonnes à la une du Journal de Québec quand le Pape est arrivé…

La visite du pape a été un énorme succès.  Un succès pour l’Archevêché, un succès pour le Journal de Québec… et même Celine, chantant pour le Pape au Stade Olympique, faisait ainsi le premier pas de son propre pèlerinage vers Las Vegas…  Il y en a eu pour tout le monde

Pour Jacques aussi, car le pèlerinage  de mon ami Jacques, sur cette terre, passait par des étapes d’idées géniales qu’on disait loufoques.  Or, un projet loufoque qui a un énorme succès, ça change son monde…. Jacques Giroux, après la visite du Pape, a cessé pour un temps d’être perçu comme un « imaginatif flyé » pour devenir un « visionnaire ».  On était prêt a écouter ses « idées de fou ». C’est alors que Jacques a eu cette idée du « Québec, terre de pèlerinages ».

Sa prémisse était un renouveau de la foi aux USA. Partant de là, nous avons au Québec des lieux fertiles en miracles, parfois associés à des thaumaturges.  Les Américains se bousculaient déjà à Ste-Anne de Beaupré, à Notre-Dame-du-Cap, à l’Oratoire St- Joseph… une bonne publicité et on faisait t venir des centaines de milliers de touristes-pélerins. Bon pour la foi, bon pour le Québec.

Pas bête, mais il faut l’appui  de l’Église et du Gouvernement.  Avant cette visite de Jean Paul II, c’eut été impensable , mais Jacques était maintenant en état de grâce, vu par le haut-clergé comme « notre homme dans les médias » et par son journal… comme « notre contact auprès des autorités religieuses » il était devenu une « compétence » en la matière.  Quand il s’en est ouvert, son projet a été accueilli avec curiosité et respect et l’affaire est donc allée plus loin.

Comme j’étais alors vice-président d’une société d’État québécoise et en contacts étroits avec la haute  gomme du parti au pouvoir, il m’a demandé de suivre l’affaire avec les autorités à Québec et, dès que nous aurions un appui officiel, de créer les liens à établir aux USA.  Lui-même s’occuperait des contacts « Eglise » et « Medias ».

On a jasé des détails. On a pensé a Compostelle.  Un bassin de 80 millions d’Américains qui, de mai a octobre, pourraient MARCHER vers nos lieux de pèlerinage…  Les plus aventureux utiliseraient  le vaste réseau de sentiers de randonnée, (Long TrailAppalachian Trail, etc.) qui quadrille le Vermont, le New Hampshire et le « Upstate New York » pour aboutir à la  frontière canadienne.  Les moins téméraires  pourraient suivre de petites routes de campagne et, pourquoi pas, une voie réservée sur le Chemin du Roy jusqu’à Québec avant de poursuivre jusqu’à Beaupré…

Il faudrait, « viabiliser » la route , si on peut dire, en prévoyant des gîtes d’étapes et des relais là où n’y en avait pas assez. Il serait bon d’avoir des conseillers/guides bénévoles le long des parcours formellement identifiés, chaque presbytère devenant un centre d’aide pour les pèlerins.

Il faudrait monter une campagne publicitaire énorme.  Pas facile, mais la moitié du parcours étant aux USA, on pourrait y trouver des alliés politiques puissants pour ce qui serait un second souffle touristique dans cette région.  Il y avait une manne à faire tomber dont le Québec ne chercherait qu’à avoir sa part, mais une bonne part…

L’histoire a fait assez de chemin, pour qu’un avant-projet soit présenté au Ministère du tourisme et à l’Archevêché, avec des détails et quelques chiffres… L’intérêt et la sympathie des intéressés semblaient bien indiquer que nous recevrions les appuis nécessaires.   On pensait à un parcours pilote Albany-Ste-Anne qui, merveilleuse coincidence, aurait exactement la distance entre Puente-la-Reina et Compostelle, le parcours commun traditionnel de toutes les routes de St-Jacques. Prévoyez 40 étapes de marche tranquille…

Pourquoi ça n’a pas marché ?  René Levesque est parti, Marcel Leger, ministre du Tourisme qui parrainait le projet, s’est retrouvé  en assez mauvais termes  avec l’équipe qui lui a succédé au PQ, et tout ce qu’avait défendu Léger n’avait plus la cote, au contraire.  Le gouvernement du Québec prenant ses distances, l’Archevêché de Québec a pris les siennes.  Jacques a eu d’autres idées, j’ai fait d’autres projets…  C’est une petite histoire qui n’est pas entrée dans la grande… Dommage.

Mais si quelqu’un aujourd’hui reprenait cette idée du Québec comme terre de pélérinages – avec désormais un St-Frère-André et une Ste-Kateri en plus – ça pourrait être intéressant. Ce serait bien, alors, si l’un des « chemins »  qu’on déterminera portait le nom  de Jacques Giroux.

Jacques Giroux est mort il y a quelques années -presque dans mes bras – sans renier aucune de ses convictions. Mais si Pierre Bourgault, athée militant, a eu ses obsèques à Notre Dame, pourquoi une route de pélerinage ne pourrait-elle pas porter le nom d’un Felquiste qui l’a rêvée pour le Québec ?

Pierre JC Allard

458. L’épiphanie de la méchanceté   13.01.08

C’est un échange avec un autre auteur des 7 du Québec qui m’a poussé à écrire cet article. Je trouve symbolique de le faire ce 6 janvier, cette fête chrétienne de la révélation de la nature profonde des choses, car je vais arracher ici brutalement le voile d’Isis.

Je le fais parce que je constate, à mon grand étonnement, que nombreux sont ceux – et des meilleurs – avec qui je partage un désir de changer cette société, qui en perçoivent tous les travers et les crimes et en voient clairement l’injustice, comme la misère qui en découle, gardant néanmoins un scotome qui leur cache le plus impardonnable de l’infamie du Système: sa méchanceté gratuite.   Il faut que l’on prenne conscience de cette horreur, que la misère du monde est voulue, planifiée, organisée.

La pauvreté n’est pas que la conséquence malencontreuse d’une carence, aggravée par un partage inéquitable, comme si, les plus forts s’étant servis, il n’en restait plus assez pour les faibles; la situation réelle ne correspond pas à ce scénario.  La situation réelle – et elle est si évidente qu’il faut que son éducation et l’information qu’on lui donne gardent le citoyen lambda en état d’hypnose pour qu’il ne le voit pas – c’est qu’il y en a amplement pour tous.

Tous les besoins des pauvres pourraient être comblés sans que les riches n’aient a renoncer à la satisfaction d’un seul de leurs désirs matériels.  Il suffit de laisser les pauvres produire. La pauvreté naît quand les porcs de notre système, s’étant nourris, défèquent dans l’auge pour en priver les autres.

Pour bien le voir, il ne faut pas être grand clerc; il suffit de comprendre d’abord ce qu’est la richesse, puis comment ceux qui la possèdent nous en privent.

La vraie richesse, c’est la réalité des biens et des services dont vous jouissez. Pour disposer en abondance, voire en surabondance, des biens qui font que l’on est riche plutôt que pauvre, il suffit de prendre les ressources que nous DONNE la nature, utilisant une énergie que la nature nous donne aussi, et de les transformer en ce que nous voulons. On le fait par le travail.  C’est ce qu’on appelle PRODUIRE.

Il faut seulement savoir comment le faire, ce que nous permettent l’expertise et les connaissances dont la science et la technologie nous ont dotés. Il ne faut rien d’autre pour produire que la matière (énergie) et le TRAVAIL. Répétons-le: seul le travail créé la richesse. Il le fait en transformant la matière de ce qu’elle est en ce que nous voulons qu’elle soit. Simple.

Encore plus évident, si l’on parle de services plutôt que de biens tangibles, car la matière elle-même, alors, a un rôle décroissant et tout se joue sur la compétence. Toute valeur devient de plus en plus intangible… La notion traditionnelle de capital comme un troisieme facteur de la production est une fumisterie.

Une fumisterie, car le capital – dans son sens physique d’outils, d’équipement, de ressources -n’est qu’une matière déjà transformée en T-1 par un autre travail. La transformation ne change rien à l’équation. Passez du capital « physique » à un capital monétaire, et c’est encore plus clair : vous n’avez rien changé ni produit, vous avez simplement introduit une symbolique qui facilite la manipulation des éléments… et permet une fumisterie plus subtile.

La monnaie n’est qu’un symbole. Elle ne change rien à ce que l’on peut produire avec: 1) une matière donnée, arrivée à un stade donné de pré-transformation, et 2) un travail habilité par la connaissance des expertises requises qui amènera cette matière au stade suivant. RIEN.  La monnaie (l’argent) est un facilitateur, sans plus.  Elle n’a d’autre valeur que celle qu’on lui accorde.  Dès qu’on parle d’argent on joue donc avec des illusions. Vous êtes sous hypnose. Personne ne conteste plus ça aujourd’hui… mais on préfère parler d’autre chose.

On ne dit de la monnaie que des sottises et l’on n’en parle que pour le faire oublier. On le fait mieux oublier quand on en discute dans le sabir de ces économistes dont parle Bonafi sur un autre article aujourd’hui et qui s’ajuste à celui des financiers pour couvrir une mystification et une escroquerie en marche depuis des siècles. Des siècles, car la mystification existe depuis qu’il y a des banquiers.

Rien de vraiment nouveau, mais  on a fait un pas de géant dans l’application de la fourberie, toutefois, depuis que l’État marche main dans la main avec les banques… Car l’illusion de la valeur de la monnaie est désormais imposée par la force…. La monnaie qui n’a aucune valeur, prend celle que l’État vous impose de lui reconnaître… et elle aura désormais cette valeur que vous lui reconnaissez … parce que l’État a la force pour lui.

Cela dit, Il faut voir: 1) que la différence entre richesse et misère tient à ce que vous produisez; 2) que les seuls vrais facteurs de production sont la matière et le travail; 3) que nous n’avons encore  ( nous en aurons, mais c’est une autre question) aucune pénurie de matières premières, sauf pour la production de biens de haute technologie qui ne sont PAS prioritaires pour résorber la misère, et 4) que les ressources humaines sont surabondantes et n’exigent que d’être formées.  Il faut alors se demander POURQUOI l’on ne produit pas pour tous les besoins de l’humanité ?

Posez cette question et l’on vous dira : « Nous n’avons pas l’argent pour le produire ».  Mais de quoi parle-t-on ?  On évoque la condition absurde de la disponibilité d’une monnaie, qui n’a aucune valeur intrinsèque, d’un facilitateur dont la preuve est largement faite qu’on le crée de façon tout a fait discrétionnaire.  Comme Paulson l’a fait en 2008. Comme la Federal Reserve nous dit qu’elle le fera plus que jamais cette années et la suivante, pour des trillions de dollars ($ 000 000 000 000,)… juste pour poursuivre la manipulation financière et boursière actuelle.   Pourquoi ne le fait-on pas pour que les ressources humaines dont nous disposons puissent transformer les ressources naturelles que nous avons… et produire ce qu’il faut pour mettre fin à la pauvreté ? On pourrait le faire  en 2 ou 3 ans.

On ne le fait pas, parce qu’un petit groupe de possédants, trouvent leur sens à la vie en spéculant et en s’amusant de la misère des autres.  Ils ne le font pas pour s’enrichir, il n’y a rien qu’ils n’ont pas, rien qu’ont les pauvres que les riches pourraient leur enlever… et si ces derniers veulent plus d’argent, ils s’en créent et se le donnent.  Il n’y a plus AUCUN rapport de cause à effet entre la masse monétaire globale et la partie infime qui sert à la production.  Moins de 1% des transaction financières ont trait a des achats de biens et services reels.

La finance n’est qu’un jeu.  Il faut le voir. Le jeu est entre riches et les pauvres ne sont que des pions sans importance sur l’échiquier. Le jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres. Je l’avais écrit, il y a longtemps, mais le moment est venu d’y resonger et d’en méditer les conséquences. Tous ensemble, mais aussi chacun pour soi.

Pourquoi ce jeu cruel ? Pourquoi le font-ils. C’est une question plus subtile, qui implique ce qu’est la nature humaine et le sens de la vie.  Mais il n’est pas nécessaire de répondre à cette question subtile pour que vienne l’épiphanie.   L’épiphanie, c’est le réveil de la transe, en s’extirpant des méandres d’un vocabulaire fait pour nous endormir…  On s’éveille… et on a la révélation éblouissante qu’ils sont méchants.  Le reste est une autre histoire.

Pierre JC Allard

459. Espaces, démocratique et libertaire 13.01.23

Je surprends souvent mes amis de la Gauche en disant du bien des Libertariens.  Pour éviter les malentendus, je veux donc aujourd’hui préciser certains aspects du projet de société que je propose et développe depuis maintenant une trentaine d’années.

Il y a des choses dans une société qu’il vaut mieux faire ensemble – c’est pour ça qu’on s’est mis en société – et d’autres pour lesquelles chacun se suffit à lui-même. Il faut donc d’abord distinguer les unes des autres et c’est ce que fait le « contrat social ». Dans une Nouvelle Société, le contrat social est explicite.

Une Nouvelle Société posant l’hypothèse par défaut d’une gouvernance démocratique, c’est la majorité qui décidera de la façon de faire ce qu’il  faut faire ensemble. Nous appellerons  donc « espace démocratique », la somme de  toutes ces activités dont chacun a convenu, en acquiesçant au contrat social, qu’il est avantageux qu’elles soient faites collectivement.  Elles doivent obéir à des règles communes, sous peine que ne puisse fonctionner la société, ou que ne puissent en être obtenus les résultats qu’il est de intérêt de chacun qu’on en obtienne.

Appartient à l’espace démocratique tout ce qui est défini par le contrat social comme nécessaire au bon fonctionnement de la collectivité.  C’est le domaine d’intervention légitime et parfois exclusif de l’État. Les décisions qui s’appliquent à l’espace démocratique sont prises par la majorité, selon les règles… de la démocratie.

Les pouvoirs que l’État exerce ainsi dans l’espace démocratique ont d’abord pour objet d’énoncer et de faire respecter des normes: celles qui permettent le fonctionnement courant de la société et celles qui protègent et rendent efficaces les droits fondamentaux du citoyen. Ainsi, l’État peut imposer légitimement – à ceux qui en sont mécontents comme aux autres – qu’il faille stopper aux feux rouges et que soit interdit à tous le stockage de nitroglycérine dans un sous-sol de banlieue. Pour s’acquitter de cette mission normative, l’État et ses créatures – régions, municipalités, etc – doivent avoir les ressources et les structures qui leur permettent de prendre des décisions législatives et réglementaires démocratiques, ainsi que le contrôle efficace des forces militaires et policières.

C’est à l’État, aussi, de prendre les mesures nécessaires pour permettre à tout citoyen la libre jouissance de tous ses droits. C’est sa mission de gouvernance et de protection des droits fondamentaux de l’individu. Quels sont ces droits fondamentaux?  Il y en a qui font consensus dans toute société, mais il en a d’autres qui sont ce que le contrat social en fait.  Certaines notions seront interprétés plus amplement dans le cadre d’une Nouvelle Société.

Ainsi, la sécurité. Personne aujourd’hui ne conteste que l’État doive assurer à l’individu une protection contre les ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur des frontières, mais il faut dire que,dans une Nouvelle Société, la sécurité sous toutes ses formes implique plus. Elle exige aussi  un accès efficace et gratuit à la justice, aux ressources de la santé et une assurance de solidarité contre les coups fortuits du destin.

L’individu doit aussi se voir garantir par le contrat social sa part de l’abondance, celle-ci prenant la forme d’un revenu pour sa contribution à l’effort productif commun, mais aussi à sa part de l’enrichissement collectif qui nous vient de l’essor de la science et de la technologie qu’apporte le progrès. Il la touchera par le biais d’une fiscalité distributive. Ce droit ne doit dépendre que de sa bonne volonté à rendre disponible à la collectivité sa compétence et ses aptitudes.  C’est celui qui ne VEUT pas travailler qui n’a pas « le droit de manger ». Celui qui ne le peut pas garde tous ses droits.

Partie essentielle de cet enrichissement collectif est dans le domaine de la culture, un patrimoine dont nous avons hérité et que nous avons la mission d’enrichir. L’accès à la culture est donc aussi un de ces droits sacrés qu’il faut garantir à l’individu, étant entendu que c’est à la culture qu’il veut que l’individu doit avoir accès… et non à celle que la collectivité voudrait lui imposer.

L’individu, enfin, a le droit de participer démocratiquement au processus d’orientation de la société, ce qui implique son droit à l’information et à l’éducation, à la mesure de ses aptitudes et de sa diligence… et la responsabilité correspondante pour l’État de lui garantir ces droits.

Par delà sa fonction de gouvernance, et accessoirement à sa mission normative et à son rôle de protecteur/assureur universel, l’État peut, si le contrat social le lui permet, jouer le rôle de fournisseur de services divers.  C’est sa fonction de gérance, dans le cadre de ce mandat implicite de les enrichir que les citoyens donnent toujours à leur gouvernants.

Mais quand l’État agit dans le cadre de sa fonction de gérance, il s’écarte de l’espace démocratique qui est son domaine ; il devient un invité dans l’espace libertaire. Le contrat social déterminera quels services doivent ou peuvent ainsi être offerts par l’État et si le prix doit ou peut en être imputé aux dépenses générales de l’État ou aux utilisateurs. Le contrat social d’une Nouvelle Société interdira toujours à l’État, cependant, d’utiliser son pouvoir normatif pour imposer à l’individu l’utilisation d’un service et lui en faire supporter le coût, lui permettant seulement d’offrir au citoyen-client l’opportunité discrétionnaire de l’utiliser, en concurrence avec d’autres fournisseurs

Dans l’espace démocratique où doivent s’appliquer à chacun les décisions prises pour tous – et a fortiori pour ces incursions consenties dans l’espace libertaire – il est crucial de prévenir l’arbitraire de l’État et la tyrannie de la majorité.

On y arrivera en éliminant  de l’agenda de l’État les relents totalitaristesqui l’ont incité à accoler insidieusement des exigences superflues à ses obligations. Les individus, doivent pouvoir prendre eux-mêmes les décisions qui ne regardent qu’eux-mêmes.

Une Nouvelle Société va rénover la « démocratie » actuelle – qui n’est qu’une parodie de démocratie – mais évitons le piège de croire que la démocratie va tout régler, même si on lui donne sa forme optimale. La démocratie, malgré tout le bien qu’on en dit, n’a qu’un rôle supplétif à jouer. La démocratie ne suffit pas à garantir la liberté au quotidien, car la pression de la majorité peut limiter indûment la gamme des choix concrets que l’individu doit pouvoir faire à l’aune de sa propre spécificité.

La démocratie n’offre qu’un premier niveau bien sommaire de liberté.  Au respect de la démocratie qui permet que l’individu participe au mieux à la prise des décisions collectives, il faut ajouter, pour que la liberté y trouve pleinement son compte, la volonté de réduire autant que faire se peut la masse de ces décisions collectives qui sont imposées à l’individu par une majorité dont il n’est pas toujours partie prenante.

La liberté se situe au-delà de la démocratie. Sur un socle démocratique, il faut laisser se construire un piano nobile : un « espace libertaire ». Une Nouvelle Société élargira l’espace de « non-gouvernement », l’espace de « l’an-archie ».

Il y a des choses qu’il faut faire ensemble, nous l’avons dit, et le contrat social confiera à l’État la responsabilité de gérer ces activités collectives.  L’espace démocratique ne représente cependant qu’une petite part des activités auxquelles s’affairent quotidiennement les citoyens d’un État post-industriel. La plus grande partie de ces autres activités n’exigent pas cette unité de direction qui est le rêve des États totalitaires, mais peuvent très bien, au contraire, s’accommoder de la diversité.

Ceux qui s’objectent à ce que l’on accepte cette diversité le font pour deux (2) raisons. D’abord, parce qu’ils craignent de mettre en péril la cohésion de l’édifice social, mais aussi, souvent, parce qu’ils reculent devant le problème logistique de traiter la population autrement que comme un tout homogène. Ce sont deux objections qu’il faut revoir à la lumière de la technologie moderne.

Une société moderne dispose de moyens de captage de l’information, de stockage des données et de communication qui rendent plus facile qu’autrefois le contrôle par l’État de ce qui est vraiment essentiel à la collectivité. Or, attention. Il y a une propension universelle à utiliser les connaissances que l’on a et les moyens qui en sont l’application pratique ; si les moyens plus efficaces de contrôle dont nous disposons ne sont pas mis à profit pour gérer une diversité accrue, ils serviront, du seul fait qu’ils existent et que leur effet n’est pas compensé, à imposer une conformité plus grande. C’est l’approche totalitaire et nous croyons que le totalitarisme est un cul-de-sac que doit éviter une Nouvelle Société.

Il y a l’alternative d’une approche libertaire qui est celle que que nous préconisons: tolérer et même encourager le développement parallèle de schèmes d’action distincts au sein de la société.  L’exceptionnel est devenu moins onéreux et peut désormais être apprivoisé.  Ces mêmes moyens qui peuvent favoriser le totalitarisme rendent possible, sur le plan organisationnel et financier, la mise en place et le fonctionnement simultané de multiples modes administratifs distincts. Le lit de Procuste n’est plus nécessaire.

Vus les moyens de contrôle dont nous disposons maintenant, la diversité ne met plus en péril l’essentiel collectif qui correspond à l’espace démocratique, ni donc la cohésion de la société. Une Nouvelle Société accordera donc droit de cité à tout mode de vie, tout schème d’action et tout comportement qui ne contrarie pas la liberté des autres.

Ceci exigera certains arbitrages et on les fera, mais l’autorité de l’État pour les faire doit apparaître clairement au contrat social. S’ils n’y ont pas été prévus, ils ne pourront se faire que de l’accord des parties ou moyennant compensation.

Le contrat social doit donner à l’État démocratique le mandat formel de s’occuper d’un champ d’activité … ou de ne plus s’en mêler. C’est quand plane une ambiguïté quant à la pertinence d’une intervention de l’État dans un domaine que cet arbitrage prête à controverses.

Accepter une plus grande diversité au sein d’un société, toutefois, exige que des limites soient posées à cette diversité et que ces limites ne puissent JAMAIS être transgressées.  Une société, comme l’image inversée d’un milieu carcéral, ne peut se permettre d’accommoder les préférences en sont sein que si la barrière autour de l’ensemble est elle-même étanche.

Entre citoyens, il faut avec une grande permissivité ; la tolérance des préférence, des fantaisies et des caprices… Mais il faudra que ne soient citoyens que ceux dont on sait qu’une similitude culturelle de départ  verra à ce que leurs exigences soient supportables à une très vaste majorité de la population.  Toute autre approche mène à l’explosion d’une société.

Dans cette optique, on comprend que l’on puisse tolérer que des segments de la population aient leur langue, leur religion, leurs coutumes et refuser de leur imposer une uniformité qui nuirait  à leur bonheur et à notre épanouissement collectif….   Mais, pour que cette  tolérance soit acceptée, il faut que le consensus soit parfait au palier du  socle commun sur lequel elle repose.  Il faut une culture commune. D’où le refus de migrations pour des motifs économique et une réticence a l’accueil, pour quelque raison que ce soit, d’un nombre significatif d’éléments culturellement inassimilables

Pierre JC Allard

460. Le prochain du bout du monde   13.01.30

Il fut un temps où l’on était Berrichon, Poméranien, Aragonais. Puis, on est devenu Français, Allemand ou Espagnol et on a cru que, l’ayant affirmé, on s’était élargi à tout ce qu’on on était et que l’on avait vraiment tout dit.

C’était une époque simple, quand chacun ressemblait plus à son voisin qu’au quidam du village d’à côté, mais bien plus à ce dernier qu’à l’étranger venu d’ailleurs. Les variables étaient solidement liées et l’on était normalement, tout ensemble, blond, Suédois et Luthérien ou, en Espagne, comme disait Franco, « catholique ou rien ». On se reconnaissait et on n’avait vraiment à accepter comme  prochain que ceux dont on était proche. L’appartenance allait de soi.

Ce n’est plus le cas, bien sûr. Allez donc vous « reconnaître » sur le Boulevard Saint-Michel à Paris ou sur la rue Saint-Laurent à Montréal ! Il faut maintenant aimer un prochain qui est là tout proche, en effet, mais qui garde ses distances, encore étranger, parfois étrange…. alors que le prochain qui nous ressemble peut être loin, ailleurs… L’identification au voisin ne va plus de soi. ??Ce qui ne veut pas dire qu’on n’a plus besoin d’appartenance, mais le prochain qu’on veut est parfois éloigné.

Ceux qui nous ressemblent sont au bout du monde, mais, l’essor des communications aidant, ils ne sont jamais qu’à un « clic » d’être rejoints.  On a donc remplacé la réalité concrète du voisinage – qui imposait le contact quotidien avec un « autre » qu’on devait accepter comme un tout – par des relations sélectives et discontinues avec des individus qu’on ne veut connaître que par cette facette de leur personnalité qui s’ajuste à la nôtre.

Les amis pour la vie, qu’on conservait pour le meilleur ou pour le pire, ont été remplacés par des « partenaires de bridge », des « compagnons de voyage » des gens qui s’intéressent comme nous à la philatélie ou à l’art étrusque.., ou qui partagent avec nous un phantasme sexuel qui peut être d’autant mieux ciblé qu’augmente le bassin de population au sein duquel on peut chercher une « âme soeur ».

On n’établit plus des liens d’appartenance avec des groupes composés d’êtres humains dans toute leur complexité, mais avec des « groupes d’affinité », des groupes d’aficionados qui, pour les fins de leur appartenance au groupe, se définissent entièrement par un seul critère: un intérêt commun ou une idée qu’ils partagent.

Ce qui est bien gratifiant. Il est bien agréable de s’associer avec un prochain qui partage une même passion ou qui, pour le moins, bat le rythme à la même mesure que soi. Tout ça a commencé quand l’individu a mis à profit les facilités de transport que lui offrait la société industrielle pour échapper à la contrainte de la proximité et se créer une vie qui débordait de son voisinage. A l’impermanence des relations que lui imposait le déracinement et la mobilité industrielle, l’individu a répondu en se créant des appartenances distinctes, liées telle à son habitat, telle à son travail, à sa famille, à son éducation.  Des « groupes de pairs » souvent étanches, au sein desquels il pouvait donner libre cours à divers aspects parfois contradictoires de sa personnalité.

Puis est venu l’Internet. Ce n’est pas l’Internet qui a permis qu’on soit sergent-major la semaine et chasseur de papillons le dimanche, mais c’est certainement l’Internet qui permet le plein épanouissement de cette tendance. Sur le Web, on trouve facilement où se reconnaître. Trop facilement car, sur certains forums du Web – qui prétendent pourtant brasser des idées – on ne se parle souvent plus qu’entre croyants; on ne discute pas, on renchérit et on surenchérit.

On a si bien exclu les contestataires et les sceptiques, qu’il ne s’y manie plus que le dithyrambe et qu’on croit parfois entendre un choeur « revival » répondre « amen! » en contrepoint, quand l’un des participants trouve une façon ingénieuse de dire, encore une fois autrement, qu’il aime bien ce qu’ils adorent tous.?? Très gratifiant.

Et quand l’internaute s’est rassasié de partager avec des inconnus une passion commune pour les vieilles bagnoles ou un soutien inconditionnel aux idées de Sartre, l’anonymat du Web permet à tous les vieux Césars de se prétendre Marius, aventuriers et séducteurs… ou pourquoi pas Fanny et de parler chiffon! L’individu a découvert le plaisir de porter des masques et ne plus s’identifier comme un élément d’un seul ensemble, mais plutôt comme l’intersection de plusieurs ensembles. Il a développé une multiple appartenance.

L’identification de l’individu à un groupe et un seul, basé sur la proximité, était une impérieuse exigence de la défense en commun quand le danger était partout. Maintenant, ce danger n’est plus là; l’instinct grégaire n’est pas disparu, mais n’est plus une nécessité, seulement un choix aussi discriminant qu’on peut le souhaiter: il y en a pour tous les goûts. C’est l’identification à un seul groupe, laquelle nie son caractère unique – et, comme un uniforme, le rend interchangeable – qui apparaît à l’individu comme un danger: celui de son asservissement à une volonté autre que la sienne alors qu’il peut désormais être plus libre.?? Unique.

Dégagé de la contrainte de l’adhésion inconditionnelle à un seul groupe, l’individu optimise sa liberté nouvellement acquise en accordant sa loyauté temporaire à divers groupements qui, bien souvent, n’existent plus tant pour orienter sa volonté d’action au service d’une cause que pour lui offrir des services. Il leur accorde cette loyauté en se gardant précieusement le pouvoir de la leur retirer, de sorte que, même si il se réfère encore à « ses appartenances » – il en a désormais plusieurs – il ne leur « appartient » plus vraiment; il considère plutôt ces groupes d’affinité comme sa propriété: ils font partie de son patrimoine.

Ainsi, la société devient un réseau multi-dimensionnel d’appartenances multiples se manifestant à travers des groupes d’affinités.  Ce réseau existe déjà; il ne reste qu’à le laisser grandir.??? Il grandira, parce que c’est ce que l’individu veut…  Mais il y a des conséquences parfois perverses et mal comprises à cette évolution. Nous en parlerons la semaine prochaine.

Pierre JC Allard

461. Le citoyen-images 13.02.08

 Je disais la semaine dernière que l’individu se définit dorénavant comme l’intersection de ses appartenances et que ceci apportait des conséquences dont il fallaitt tenir compte.  Je parle ici de trois (3) d’entre elles

La première, c’est que l’individu -appelons-le Maurice – qui a remplacé l’identification viscérale de jadis à un concept simple (race, patrie, nation, etc.) par une myriade d’identifications à des causes parfois transcendantes, mais souvent triviales – et qui semble y avoir gagné d’être maintenant une “personne” unique – devient paradoxalement pour son voisin la somme de ses identifiants… et rien d’autre. il n’est plus perçu par les autres, occupés eux-mêmes de leur propre identification à leurs propres appartenances, que comme le faire-valoir des groupes auxquels il s’est identifié.

Maurice, pour son voisin, c’est le Belge qui a deux caniches, une vieille Peugeot et la maison verte dont la pelouse est mal tondue, qu’on voit parfois à l’église et qui recueille des fonds pour Centraide. Maurice, pour son collègue de travail, c’est le magasinier qui habite en banlieue et qui a des idées radicales sur les droits des travailleurs. Pour son frère, Maurice ne fait pas assez de fric et est trop permissif avec ses enfants. Maurice, pour les autres, n’est qu’une collection d’images. Il n’est substantiel que dans la mesure où ses engagements sont formels et qu’il représente “quelque chose”.

Maurice, s’il veut être incontournable pour les autres, doit donc s’efforcer d’exister réellement en “signifiant” quelque chose, idéalement en devenant un mythe petit ou grand du seul fait de se situer à une intersection que seul lui peut occuper. Si, plutôt qu’un simple sympathisant de gauche ou un chrétien d’occasion, il était militant communiste ou bénédictin, il serait plus “réel” dans son environnement. S’il devenait prêtre-ouvrier, il serait encore plus intéressant, complexe à la mesure de la diversité de ces engagements et représentant une intersection rare qui offre la promesse implicite de résoudre une contradiction, voire de réaliser une synthèse.

Maurice, qui n’est pas prêtre-ouvrier, ne se voit pas unique dans les yeux de ses voisins, de ses collègues ni de son frère. A ses propres yeux, il se perçoit comme un militant de gauche impliqué concrètement dans des gestes de fraternité et d’éducation populaire. Les autres l’ignorent, mais il fréquente assidûment les sites Internet où on parle encore de Grand Soir et y contribue à l’occasion une prose vitriolique; des gens du monde entier lui demandent à l’occasion son avis. De plus – et ça, les camarades des sites d’action révolutionnaire l’ignorent tout autant que ses voisins – Maurice poursuit avec diligence sur Internet des études en pédagogie qui lui vaudront un jour le diplôme d’une vague université américaine. Il s’en sort bien, son tuteur le félicite, il échange des notes avec des Suisses, des Roumains et des Philippins …

Comment voulez-vous que Maurice ne s’intéresse pas plus à l’Internet qu’à ses voisins, ses collègues ou son frère? Maurice n’est plus intéressé à interagir avec la réalité. La réalité est trop exigeante et les autres trop difficiles à impressionner de façon durable. L’internet est parfait: Clic j’arrive, je fais mon numéro sur la vaste scène du Web… et clic je pars.

Une autre conséquence de cette désincarnation de l’individu dont la définition sociale se réduit désormais à ses appartenances, c’est que l’individu en vient à ne plus même percevoir cette partie de lui-même qui pré-existe et peut survivre à ses engagements…  et donc à croire qu’il peut se changer sans travail sur lui même, en changeant seulement ses memberships, une illusion que renforce la créance qu’accorde assez naïvement à ces métamorphoses la masse des gens qui l’entourent.

L’individu à “appartenances multiples” a mis des oeufs dans bien les paniers. La proximité est devenue pour lui un facteur secondaire et son “prochain” n’est plus le type d’à coté mais l’une ou l‘autre des “acquaintances” avec qui il partage l’appartenance à un groupe. C’est dans ce contexte qu’il trouve ceux qui le connaissent sous le jour qu’il a choisi de montrer, c’est là qu’il est apprécié et qu’il peut trouver des appuis. Cet individu n’a donc plus une réputation mais “des” reputations. Il peut abandonner impunément tout un pan de sa vie – et les responsabilités et obligations qui s’y rattachent – et en créer un autre, amenant d’autres relations, d’autres engagements…

Il peut même laisser derrière lui tout son passé ou presque et se réfugier dans une seule appartenance, limitant ses relations à ceux avec qui il partage cet engagement et à qui il peut facilement offrir cette seule facette de lui-même dont il est satisfait. Maurice peut obtenir un diplôme, devenir consultant PNUD au Mali et oublier à la fois sa banlieue et jusqu’au nom de Marx, mais s’il n’y parvient pas il deviendra peut-être Secrétaire-général d’une quelconque Internationale et pourra défiler a Seattle ou ailleurs sous le regard admiratif de gens pour qui il sera important.

Et même ce repli sur l’équivalent émotif d’un paradis fiscal n’a pas à être définitif. On peut le refaire et le refaire encore; l’individu qui a investi sagement dans de multiples appartenances n’est plus vraiment responsable de rien, puisqu’il peut toujours sortir de son image comme un serpent de sa peau et devenir quelqu’un d’autre. La collectivité fait face à ce danger de ne plus pouvoir se percevoir comme un groupe d’individus bien réels mais comme une collection de fantômes. Une procession d’entités juridiques et de personnalités virtuelles évanescentes à irresponsabilité illimitée.

La troisième conséquence de cette évolution – et qui les résume toutes – c’est que l’individu, ayant cent loyautés n’en a plus aucune, mais seulement des engouements passagers et que, se définissant comme l’intersection de ses innombrables appartenances, il devient si totalement unique qu’il risque de ne plus se sentir vraiment solidaire de personne. La question n’est pas d’aimer ou de haïr cette évolution: il faut vivre avec elle et une Nouvelle Société doit en tenir compte.

Pierre JC Allard

462. Benoit XVI démissionne. Et si un complot en cachait un autre ?   13.02.18

Benoit XVI démissionne. Inusité. Cette demission, pourtant, ne me surprend pas.  Je l’attendais assez pour écrire, il y a quelques semaines, une série d’articles invitant les Chrétiens de toute allégeance à réclamer que l’élection du prochain pape soit confiée à l’Assemblée mondiale des évêques…  Cette demission “surprise” de Benoit XVI pourrait-elle être un premier pas pour en arriver à ce changement radical ?

Ne dites pas non trop vite, car il faut bien comprendre, que cette demission crée une situation volatile, totalement imprévisible.  Imprévisible, car on peut parler aujourd’hui de complots,  – et sans doute à raison, car comment quoi que ce soit qui n’est pas l’effet du pur hasard pourrrait-il résulter d’autre chose que d’un complot ?

“Complot”, c’est le nom qu’ont choisi les bien-pensants pour designer les plans qui les embêtent et dont ils ne connaissent pas tous les details, sous-entendant qu’eux, les biens pensants dans l’orthodoxie, sont parfaitement transparents. Ce qui est faux, bien sûr. En fait, tout est complot.  Les complots sont nombreux et ils sont partout. Les « bien-pensants » sont ceux dont les complots réussissent. Un complot réussit quand sa réalisation n’est pas empêchée ou ses conséquences contrecarrées par un autre complot…

On peut donc penser, avec une raisonnable certitude, que Sa Sainteté  Ratzinger n’a pas démissionné sur un coup de tête, mais a subi des pressions, politiques et financières diverses et contradictoire, dont celles que mentionne Jovanovic, lesquelle sont sans doute bien réelles, mais ne sont sans doute que les moins occultes.    …  Il ne faut pas dire « complot » et croire croire que tout soit réglé.

Il y aura bien des complots au cours des semaines qui viennent.  Il n y a pas seulement autant d’agendas personnels que de cardinaux, tous inspirés par l’Esprit Saint, mais autant de petits complots qui s’ourdiront que d’entités nationales, économiques, religieuses sur cette planète. Il n’y a rien, en effet, qui ne subira pas l’impact  de ce changement de la garde au Vatican. Chacun va donc croire devoir  agir, se positionner…  Il y aura beaucoup de mouvement…

Or, grâce à l’internet, toutes ces influences disparates qui veulent s’exercer vont être touillées dans l’immense chaudron de l’opinion publique mondiale, en faisant un brouet de sorcières  dans lequel l’Eglise, le Vatican et la papauté ne seront, comme tout le reste – et comme les banquiers eux-mêmes – que des éléments plus ou moins conscients et plus ou moins ballotés par les évènement.  De ce brouet tout peut surgir. La situation que crée la démission de Benoit XVI est volatile, imprévisible. Ne désespérons donc pas qu’il puisse même en sortir du bien.

Le bien, ce serait que la hiérarchie supérieure de l’Église, qui ne représente plus en aucune façon ni la parole du Christ ni le consensus de ses fidèle, cède son pouvoir à une autre structure plus conforme aux besoins de notre époque.  Impossible ?   Peut-être pas, car deux (2) facteurs  peuvent se combiner pour le permettre.

D’abord, ne mésestimons pas l’exemple ambigu que vient de donner le pape lui-même.  La complexité et l’odieux des scandales et des maux qui frappent l’Église peut rendre bien moins gratifiante la tâche de piloter ce grand navire en perdition.   Il est evident que l’Église, dans sa forme actuelle, nest pas un projet d’avenir. Beucoup de ces cardinaux qui  doivent choisir le prochain pape ne préfèreraient ils pas – si on leur en donnaitune bonne excuse – prendre comme Ratzinger lui-même une retraite dorée ? Passer la main dans la dignité et avec une bonne conscience, leur depart acclamé par leurs ouailles reconnaissantes ?

Or cette bonne excuse est prête.  Il suffirait qu’on l’y incite sérieusement pour que la population catholique, qui ne se reconnait pas dans cette hierarchie de vieillards en rouge, réagisse et exige que le prochain pape soit élu par l’Assemblée mondiale des évèques et non par les cardinaux.  Il suffirait d’une petition en ce sens...  gérée avec habileté et des ressources  par ceux qui y trouveraient leur intérêt.

Le contexte pour le faire serait parfait, car cette petition qui, en d’autres circonstances, aurait pu apparaitre comme un acte d’insubordination, peut aujourd’hui, en s’adressant au conclave pendant le vide d’autorité crée par la démission du pape, prendre la forme d’une respectueuse supplique suggérant aux cardinaux de DÉLÉGUER leur pouvoir aux évêques.

Contexte parfait, car en démissionnant, le pape démissionnaire a créé un vide pour lequel il n’existe pas de précédant … tout en gardant une autorité morale lui permettant au besoin de combler ce vide et de contrôler cette demande de la base  qui, lui mort, aurait pu devenir anarchique et potentiellement multischismatique.

Tous les contextes favorables ne sont pas des complots, mais e pourrait-il que cette vielle roublarde qu’est l’Église ait manipulé ces jeunots que sont encore les banquiers au jeu des complots et qu’il sorte de ce charivari  inédit au Vatican un Église plus puissante ? Une Eglise forte de la confiance renouvelée que lui accorderait son milliard de fidèles sentant qu’on les écoute ? Une Église qui pourrait  introduire un nouveau paradigme moral pour remplacer le mercantilisme actuel  par quelque chose de plus inspirant… et remettre à leur place ces banquiers-usuriers qui commencent à nous faire vomir…

On le saura d’ici quelques semaines. La clef sera la contestation venant des Chrétiens eux-mêmes, dont on serait bien naïf alors de  croire qu’elle n’a pas pris sa source et ne s’appuie pas sur ces 5 000 évêques  qui constituent le “middle management”  de l’Église et sa réserve de ressources pour un changement.  On verra comment tout ceci évoluera… C’est la dernière chance pour l’Église.

Pierre JC Allard

463. Pas de vraie démocratie sans une véritable information   13.02.25

J’ai déjà publié l’essentiel de cet article il y a quelques années; pourquoi  le reprendre aujourd’hui ?  Parce que les choses s’accélèrent et que, non seulement s’estompe la réalité de la démocratie, mais aussi l’amour qu’on lui portait.

Pourquoi cette désaffection ? Si on va au fond des critiques qu’on lui adresse, on voit que celles-ci reposent essentiellement sur l’évidente absurdité de faire décider un peuple de quoi que ce soit dont il n’est pas correctement informé. L’information est le sang d’une société, la communication sa circulation. Une société a un besoin essentiel d’information qui va croissant au rythme où le changement s’y accélère et où les échanges s’y multiplient. Or, le citoyen n’est PAS valablement informé.

Il y a au départ une explication technique. On communique, dans une société, mais émetteurs et récepteurs ne sont pas sur un pied d’égalité. L’auditeur ne peut toujours écouter qu’un seul message à la fois, mais le locuteur peut s’adresser à plusieurs, ce qui est bien utile pour l’ordre et le développement de l’autorité; celui qui parle à le pouvoir et c’est celui qui a le pouvoir qu’on écoute. Cette disparité est une donnée, mais es moyens modernes de communication ont tant exacerbé cette inégalité entre la capacité de dire et d’entendre, que le citoyen moderne se contente souvent d’écouter.

« Informer » — qui est une source cruciale du pouvoir — a été récupéré politiquement par l’État pour devenir propagande et par la structure économique dominante pour devenir publicité. Une situation qui n’est idéale ni pour la propagation des connaissances et donc le progrès de l’humanité ni, surtout, pour l’exercice honnête de cette forme de gouvernance qu’on appelle démocratie.

Elle est Idéale, hélas, pour l’exercice d’une forme autoritaire de gouvernance. Celle qui peut reposer sur la manipulation de l’information et qui permet donc de respecter la forme extérieure de la démocratie, sans que les citoyens ne s’écartent jamais des choix qu’on veut qu’ils fassent, puisque ces choix sont les seuls qu’ils puissent raisonnablement faire à partir de la vision du monde qu’on leur a transmise.

C’est ce système de pseudo-démocratie « médiatique » qui a prévalu dans nos sociétés occidentales. et y a maintenu une confiance et un équilibre: une forme perverse, mais efficace de gouvernance. Cette forme efficace de gouvernance, toutefois, a été compromise par l’avènement de l’Internet qui passe le micro à tout le monde. Le doute s’est installé.

Le système peut réagir à ce défi par un contrôle plus strict de l’information, ou par une gestion plus pointue des réactions à la transparence. Dans le premier cas, il faut une censure de plus en plus difficile à exercer et une montée progressive de l’autoritarisme. Dans le second, une pression est simplement exercée sur l’interprétation des faits, ce qui équivaut à une transformation ciblée, plus ou moins subtile, des critères éthiques eux-mêmes.

Je ne porte pas de jugement sur la valeur morale de cette seconde solution, mais je pose l’hypothèse qu’elle sera retenue.  Le système préférera s’en remettre à sa capacité de parfaire ses mécanismes de manipulation, plutôt que de risquer une dérive ostensible vers le dictatorial.

Si on accepte cette hypothèse, une nouvelle structure d’information sera mise en place, qui restera manipulable au palier des interprétations, mais sera désormais VRAIE quant à son contenu objectif et parfaitement transparente.

Qu’exigera-t-on de cette structure ? D’abord, il faut capter l’information à sa source, aussi exhaustivement que possible, puis que celle-ci soit universellement diffusée Elle doit alors pouvoir faire l’objet d’une contestation et d’une réponse de la part de tous ceux auprès desquels elle l’a été, ce qui en garantit la véracité et l’authenticité. Cueillette et contrôle exhaustifs exigent que tout le monde ait accès au micro. Quiconque apprend quoi que ce soit doit pouvoir le transmettre librement à tous sans censure, sous réserve d’en porter le responsabilité devant la loi.

Cette liberté d’informer génère une masse énorme de renseignements. Il faut donc que l’information transmise soit organisée et structurée, que les principes de son organisation soient connus de tous et fassent eux-mêmes l’objet d’une diffusion universelle prioritaire. On doit enseigner à trouver l’information avec la même urgence qu’on met à enseigner à lire. Ne pas le faire est une manoeuvre pour garder le peuple dans l’ignorance.

Le véhicule nécessaire et suffisant pour transmettre cette masse d’information est l’Internet. Comprenons bien que rien ne doit interdire que qui que ce soit puisse aussi publier quoi que ce soit, sur Internet ou sous tout autre format, mais tout ce qui est information publique doit être publié par l’État sur Internet. C’est là que s’exprime le droit de l’individu à l’information, droit auquel correspond une responsabilité de l’État d’informer.

L’État s’acquitte de cette responsabilité en posant deux (2) gestes : a) Il fournit à tous les citoyens un accès individuel ou collectif gratuit à Internet ; b) il gère le processus de publication et de structuration de l’information. À quelques restrictions près concernant le respect de la vie privée et la sécurité publique, tout doit être publié. À l’individu de juger par la suite si l’information qu’il reçoit d’autres sources confirme ou contredit celle qu’il reçoit de l’État, auquel cas l’État doit avoir des comptes à rendre.

Dans cette structure, tout le monde peut et devrait être un joueur amateur ; c’est ce qui en garantit la crédibilité. Chacun peut jouer comme reporter apportant des faits bruts, comme journaliste les mettant en contexte et les agençant impartialement pour leur donner un sens objectif, ou comme chroniqueur pour les interpréter et aider chacun à se former une opinion personnelle. Mais à ce jeu, doivent aussi intervenir des professionnels.

Il doit y avoir des reporters de métier, des investigateurs professionnels – autonomes ou regroupés en agence de presse. Il doit y avoir des journalistes chevronnés, capables d’expliquer le sens de ce qui se passe et aussi des chroniqueurs, des experts qui peuvent faire les liens et façonner l’opinion publique en influençant, pour le meilleur ou pour le pire, ceux qui leur font confiance. Ces professionnels doivent être rémunérés. Comment ? Par le biais d’une structure à trois (3) volets.

a) L’État doit créer une agence de presse où travailleront ceux qui veulent se faire un métier de chercher l’information et, au premier chef, ceux qui le font déjà pour les agences ou les médias traditionnels. On réglera avec leurs syndicats les conditions de leur embauche et de leur rémunération. Leur nombre et ces conditions évolueront et nous verrons ci-après comment c’est le public qui en sera le juge. Leurs contributions sont publiés à l’état brut.

b) L’État doit créer une « rédaction » ou salle de presse, à laquelle se joindront tous les journalistes de tous les médias qui choisiront de le faire. Chacun pourra au départ se faire reconnaître dans un ou quelques domaines de spécialité ou d’expertise et sa tâche consistera à écrire sur les sujets de cette compétence à partir des données brutes que fourniront les agences de presse et reporters autonomes, amateurs ou professionnels. Chacun pourra aussi écrire sur tout autre sujet, mais son statut comme auteur sur ces sujets sera celui d’un amateur et non d’un professionnel.

c) L’État doit créer enfin un « aréopage » de chroniqueurs, dont il est entendu que la tâche consiste à émettre des opinions en s’appuyant sur les faits bruts et sur l’interprétation des faits par les journalistes. Les chroniqueurs peuvent être biaisés, mais leur réputation dépendra de leur sincérité à admettre qu’ils le sont. Participeront au départ à cet aréopage les chroniqueurs les plus populaires des médias actuels, mais c’est le verdict populaire qui en modifiera vite la liste:

Que doit-on publier ? TOUT. Quand on ne pense plus papier mais pixels, ce qui peut être publié sur un site de l’État – qui pourrait s’intituler simplement « Informations» – n’est plus limité que par ce qu’il est possible de structurer efficacement. Tout ce que publient les reporters, journalistes et chroniqueurs, amateurs aussi bien que professionnels est publié et demeure indéfiniment accessible.

C’est le positionnement, cependant, qui détermine la visibilité relative des nouvelles. Au « Fil de presse » les nouvelles apparaissent par ordre chronologique. Dans la section « Nouvelles », c’est un comité des journalistes qui choisit la préséance d’apparition des articles et leur positionnement de parution de départ, sur une page générale et sur les pages spécialisées qu’on jugera bon de créer. Dans la section « Chroniques », c’est la popularité du chroniqueur au cours de la semaine précédente qui détermine le positionnement initial de ses articles.

Une heure plus tard, cependant, c’est le nombre des lectures qui déterminera le repositionnement d’heure en heure par la suite des articles et des chroniques, selon le nombre de demandes de lectures qu’elles ont reçues dans leurs sections respectives

Les reporters, journalistes et chroniqueurs professionnels devraient toucher un salaire de base auquel s’ajouteraient des primes selon le nombre de demandes de lecture qu’auraient suscité leurs textes. Tout le monde peut, à sa demande, être publié dans « Informations », sans préjudice à son droit de publier lui-même sur internet.

Les « amateurs » seront aussi rémunérés. Pour chacune de leurs contributions, ils recevront une prime plus modeste, mais au prorata de la rémunération d’un professionnel de la même catégorie – nouvelles ou chroniques – ayant reçu un nombre identique de lectures. Un index alphabétique de tous les auteurs d’articles, amateurs comme professionnels nous donnerait la liste des textes qu’ils ont publiés et nous dirait aussi combien chacun a eu de lecteurs.

Cette forme d’autogestion de l’information par les professionnels de l’information eux-mêmes semble la façon la plus pratique d’en assurer l’impartialité, mais il faut y ajouter un contrôle citoyen. La gestion de la publication et diffusion des textes doit donc dépendre d’une Régie autonome de l’Information, sous l’égide d’un « Conseil de presse ».

Ce Conseil consistera en deux (2) sections. La première sera composé de douze (12) citoyens, élus pour la durée d’un mandat (5 ans) renouvelable à l’occasion de chaque élection générale et la seconde de trente (30) citoyens choisis au hasard pour un mois. Ces derniers seront rémunérés pour leur peine à leur revenu actuel plus 15 % et jouiront à la fin de leur mandat du droit inconditionnel de réclamer de leur employeur leur réintégration dans leur fonctions précédentes.

Toute décision du Conseil de presse doit l’être à la majorité de chacune des deux (2) sections. En cas de désaccord, c’est le Tribunal qui tranchera immédiatement et toutes affaires cessantes, tout appel étant entendu lui-meme avec la même priorité.

Nul travailleur de l’information ne sera forcé de se joindre à « Informations », mais on peut supposer que les travailleurs trouveront avantageux d’accueillir cette proposition. Au gouvernement de décider comment il devrait dédommager les journaux et groupes de presse actuels, auquel rien n’interdira de poursuivre leurs activités, mais dont il est clair que celle-ci seront perturbées par l’arrivé de ce nouveau media plus crédible… et gratuit. Surtout que, sur le site « Informations », il n’y a pas d’autre publicité que celle gratuite, considérée d’intérêt public.

Je suis conscient que cette proposition qui fait la part du feu à la limite de l’acceptable est néanmoins bien dérangeante et écrase de gros doigts de pied. À peu près tout sera fait pour qu’elle ne soit jamais mise en place. Si vous croyez qu’elle devrait l’être, il faudra donc que vous vous battiez pour qu’elle le soit. Transmettez la RAPIDEMENT à tous les sites et à tous les médias que vous connaissez.

Pierre JC Allard

464. Un Pape pour UNE Eglise   13.03.03

Je reprends aujourd’hui ce texte que je publiais il y a presque huit (8) ans. Remplacez Jean Paul par Benoit, dites départ plutôt que mort et parlez d’un court plutôt que d’un long pontificat… Vous y êtes.   La problématique a évolué, mais sans surprise, la solution demeure inchangée. Je mets aussi en liens d’autres articles  sur le même thème.  Au clergé de jouer. Le peuple chrétien ne leur donnera pas une autre chance.

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Jean Paul II est mort ce soir, 2 avril 2005. C’est la fin d’une époque. Il ne manquera pas de gens pour faire l’éloge ou la critique de l’homme et de son long pontificat de 27 ans ; ce n’est pas mon propos. Je voudrais seulement parler de l’avenir. Dans deux ou trois semaines, un nouveau pape, aujourd’hui presque un inconnu, ­ deviendra un phare pour un milliard de catholiques et donc une pièce maîtresse sur l’échiquier mondial. Pour le meilleur ou pour le pire. Il faut espérer qu’il portera un jugement lucide sur l’évolution du monde depuis 27 ans.

Que l’on ait ou que l’on n’ait pas la foi ­ et quoi que l’on pense de la mission de l’Église et de la façon dont historiquement elle s’en est acquittée ­ il faut être conscient de l’extraordinaire importance du rôle qu’elle peut jouer MAINTENANT. Il n’existe pas de plus grande autorité morale sur la planète que celle dont va hériter cet homme. Il n’existe pas de message plus motivant que celui du Christ, basé sur l’amour et la charité, pour rallier la résistance contre le système actuel qui repose sur l’égoïsme et la cupidité, l’injustice et la violence. Il n’existe pas d’autre structure crédible, riche, informée, solidement implantée partout qui puisse mieux encadrer un changement de paradigme. Il n’existe pas de plus grand potentiel pour le bien que celui dont l’Église et son prochain chef vont disposer.

Il suffirait qu’il le veuille. Qu’il se donne pour but un monde meilleur. Qu’il échappe au carcan des idées surannées, des phobies misogynes et des vésanies moyenâgeuses. Qu’il ne pense qu’à faire arriver Son règne – qui n’est rien d’autre que le triomphe du bien sur le mal ­et à faire Sa volonté, qui est certes que chacun aime un peu plus son prochain.

Que devrait faire un pape pour que nous ayons un monde meilleur ? D’abord, battre le rappel inconditionnel de tous ceux qui veulent le bien. Ce serait un grand jour pour l’humanité, si un pontife mettait fin à 5000 ans de querelles, de croisades et d’inquisitions, en admettant humblement que nous ne savons RIEN – et ne pouvons rien savoir – de la nature de Dieu et que l’image de la Cause Première qu’a qui que ce soit en tête n’est ni meilleure, ni pire, que l’image qu’en a son voisin. En admettant, surtout, que même celui qui n’en a pas d’image en tête, n’en est pas pour autant un scélérat, mais manque peut être simplement d’imagination, et qu’il vaut mieux regarder comment il se conduit que de chercher à savoir ce qu’il pense.

Ne serait-ce pas merveilleux, si l’on mettait fin à tous les dogmes ­ – qui, à vrai dire, n’intéressent plus que quelques théologiens – et que l’on déclarait que quiconque aime son prochain est en fait un Chrétien, sans préjudice à son droit d’être aussi bouddhiste, juif ou musulman, s’il croit que ça lui apporte plus… ou si ça fait plaisir aux voisins ? Il n’y aurait plus sur la terre que ceux qui pensent aux autres, se conduisent en Chrétiens et font du bien … et ceux qui ne pensent qu’à eux, volent tout ce qu’ils peuvent et tuent quand il le faut, ce qui n’est le message ni du Christ, ni de Mahomet ni de qui que ce soit dont on a fait un Maître.

Celui qui serait devenu de fait, alors, le pape de tous les hommes de bonne volonté s’entourerait de ceux qu’il croit sages, qu’ils soient évêques, imans, rabbins, preachers baptistes ou francs-maçons. Sans interdire que se poursuivent leurs rituels, il conviendrait avec eux de ce qui est bien ou mal… et l’on verrait vite que nous sommes tous d’accord. De ce consensus naîtrait une autorité qui rendrait inutile pour l’Église tout pouvoir matériel.

Le pape et ses sages renonceraient à toute richesse, ne gardant que cette autorité. Ils diraient bien haut qu’ils n’ont d’ordres à donner à personne, mais qu’ils ne demandent qu’à donner des conseils à ceux qui veulent bien les suivre. Ils seraient devenus ce que devrait être l’Église : non pas un joueur en quête de pouvoir, parmi les autres, mais l’arbitre. L’autorité à laquelle chacun se réfère, quand sa propre conscience ne suffit pas à lui montrer sans équivoque où est le bien.

Si une telle autorité morale universelle existait, le monde changerait, car il ne serait pas facile de ne pas en tenir compte. Quand une Eglise, dont l’immense majorité des gens croiraient alors, à juste titre, qu’elle ne veut ni pouvoir ni richesse, mais seulement le bien prendrait parti, qui prendrait le risque de s’y opposer ?

Qui refusera de donner plus aux pauvres, si le message est qu’il est bien de le faire et mal de s’en abstenir ? Une Eglise qui ajouterait la force de son exemple, un consensus oecuménique et la morale naturelle à l’emprise encore considérable dont elle dispose sur ceux qui ont la foi deviendrait un instrument irrésistible au service du bien.

« Unam, sanctam, catholicam » Espérons que celui qui prendra charge de l’Église en fera un instrument du bien. Au tournant où nous sommes, toute religion n’a de sens que si l’on peut, hors de tout doute, être convaincu qu’elle est dans le camp du changement et de la justice et non du côté d’un statu quo qui maintient l’exploitation. Elle ne mérite le respect que si elle consacre toutes ses forces au bien : le monde n’a que faire de religions qui ergotent sur le célibat des prêtres ou le sexe des anges. L’Eglise devra choisir de faire la différence dans le monde. Si elle ne le fait pas, le monde lui retournera son indifférence et c’est une autre structure qui reprendra le message chrétien qu’elle n’aura pas su porter.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/11/20/dieu-est-mort-les-oeuvres-sans-la-foi/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/07/09/caritas-in-veritate/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2012/10/29/9612/

http://nouvellesociete.wordpress.com/2012/11/07/un-coup-detat-au-vatican/

Pierre JC Allard

 

465. L’Américanisme produit ses fruits   13.03.10

 

CE TEXtE EST UNE REPRISE DU 28 JANVIER 2004

 

Je suis en Argentine depuis quelques mois.  Un pays merveilleux, mais qui a quelques problèmes économiques.  Problèmes « financiers» serait plus exact., car le probleme est un dette odieuse que  lui ont créée ses anciens dirigeants au profit de banquiers internationaux. La Grèce avant l’heure, quoi… !

Rien de nouveau sous le soleil : on corrompt, on prête des sommes folles qui serviront à payer des biens et services inutiles achetés des copains du prêteur…  puis on vient réclamer le remboursement du prêt. Même les enfants aujourd’hui le comprennent…  Tous les Argentins savent  qui est ce « ON » qui corrompt, qui prête, qui vend des babioles puis vient vider les caisses du pays pour le tenir a sa merci.   Je n’ai pas rencontré, depuis des mois, un seul Argentin pour dire un mot gentil des USA.

Il s’est bâti ici une rancune solide contre le gringo.  On n’en est pas à le lyncher, mais l’accueil n‘est plus ce qu’il était et le tourisme fond comme neige au soleil, ce qui n’arrange rien.   Cette animosité s’est manifestée de façon spectaculaire, depuis quelques jours, par des MILLIERS de graffitis rendant hommage à Chavez et dont il est impossible de ne pas voir qu’ils sont autant de défis aux USA.  La video du coup d’Etat contre Chavez,  contrecarré par  un soulèvement populaire, ( Voir l’article de Oscar Fortin), est diffusée inlassablement sous diverses formes et  commenté partout comme  une victoire de tous les « Latinos » sur l’oppresseut anglo-saxon.  «  ILS  avaient eu Allende, ILS n’ont pas eu Chavez…. »

En fait, le lambda argentin sait bien « qu’ILS  ont eu Chavez » – puisque Chavez est mort – mais croit que c’est la fourberie qui a transformé la victoire en défaite et que c’est un présage de victoire finale… puisque le peuple PEUT gagner.  il faudra  seulement être plus prudent, désormais, comprenant que l’Ennemi est abject et capable de tout….   Fourberie. Traitrise…. Il est implicite, ici, que l’homme de la rue voit la main  des USA dans ce cancer de Chavez et cette maladie subite qui semble viser les leaders de gauche d’Amérique latine.

ll y voit l’influence américaine sans l’ombre d’une preuve, et c’est ça, la vraie mauvaise nouvelle pour les USA. L’Argentin de la rue VEUT croire qu’ON a fait mourir Chavez. Il y trouve la justification d’un  ressentiment qui grandit à la mesure de sa pauvreté qui

augmente et qui ressemble de plus en plus à de la haine..  Cette évolution est-elle irréversible ? J’écrivais, il y a quelques années,  un texte (voir ci-après) décrivant une dérive « américaniste ».  Je le reprends ici, car je crois qu’on  y trouvait en germe  ce qui a créé aujourd’hui  cet antagonisme Nord-Sud.   Se demander si on pourrait  y mettre fin, c’est se demander si  les Nord-Américains  peuvent changer leur vision du monde.  Le débat est ouvert…

***

» On parle bien trop d’antiaméricanisme et pas assez d’Américanisme. On ne sait plus trop qui, de Huey Long, d’Upton Sinclair ou d’Albert Weisbord, a dit le premier, dans les années 30, que si le Fascisme s’établissait en Amérique, il s’appellerait «Américanisme». Ça n’a d’ailleurs guère d’importance : on l’a redit tellement souvent depuis !

Quand on lui propose le couple de mots-clefs « Fascisme/Américanisme », Google a 144 000 références à vous faire, dont une bonne part ne disent pas autre chose. Ce n’est pas un secret. Que les USA soient en voie de fascisation n’est pas non plus un phénomène nouveau. Eisenhower, en ses propres mots, l’annonçait dans son discours d’adieu comme Président des USA et, à défaut de prendre le pouvoir, le Sénateur McCarthy a eu sur la politique américaine d’il y a deux générations une influence délétère dont les artistes et les intellectuels ont fait les frais et qu’on ne peut décrire que comme parfaitement fasciste.

Le phénomène n’est pas nouveau, pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’on vient d’entrer dans la phase finale de mise en place de l’Américanisme. Je ne parlerai pas ici de l’Iraq, ni même de Cuba, mais de deux faits qui font aujourd’hui les manchettes et qui sont extrêmement significatifs, parce que, chacun à sa manière, ils marquent la fin de ce qui restait de l’État de droit et de la démocratie en Amérique.

Premier signal – le plus brutal – la fin de non-recevoir des USA à toutes les critiques concernant le camp de concentration de Guantanamo. On garde des centaines de prisonniers de toutes nationalités en cages depuis des années. Anonymes, sans procès, sans avocats, sans même qu’ils aient été l’objet d’une accusation précise. On les garde dans des conditions inhumaines dénoncées par la Croix-Rouge Internationale. Au mépris des conventions internationales, au mépris des lois américaines elles-mêmes. Au mépris de la simple humanité. Selon la logique et la jurisprudence du Procès de Nuremberg, ceux qui ont conçu et qui gèrent l’opération de Guantanamo devraient être pendus.

Ce qui rend Guantanamo significatif, ce n’est pas que les USA s’en rendent coupables, c’est qu’ils l’avouent. Les USA opèrent depuis 30 ans des écoles de torture en Amérique Latine, mais ils le faisaient discrètement : c’est toujours des locaux qui pédalaient la « gégenne ». Maintenant, Guantanamo est une politique officielle connue de la population américaine et mondiale, comme jamais Auschwitz et Treblinka ne l’ont été lorsqu’ils faisaient leur travail meurtrier. On n’a rien à cacher : Guantanamo sert les intérêts de l’Amérique et est donc « BIEN ». Comme il était « bien », à l’époque, qu’un Aryen puisse taper sur un Juif ou le tuer. Cette perversion de l’éthique au nom d’intérêts décrétés supérieurs, c’est ça l’essence du fascisme.

Deuxième signal – plus subtil mais tout aussi nocif – la déconstruction du Candidat Dean. Candidat à l’investiture démocrate pour disputer la présidence à Bush en novembre, Dean avait clairement dénoncé l’intervention américaine en Iraq. Il était le seul. Il menait dans tous les sondages. Mais en Iowa – où une procédure byzantine permet à qui en a les ressources de manipuler totalement les résultats sans qu’on puisse même jamais en faire la preuve – Dean a subi une défaite qu’aucun sondage ne laissait prévoir. Quand le Système le veut vraiment, la statistique peut cesser d’être une science

Ce n’est pas tout. Dean a subi une défaite et a réagi en faisant un discours. Quel discours ? Un tissu d’insignifiances, comme tous les discours de tous les candidats dans toutes les élections aux USA. Mais pour Dean, « on » a fait un spécial. Tous les médias, sans exception, ont crié haro sur le baudet. Chaque journal, chaque station de TV, le Système au complet, démocrates et républicains confondus – vulgairement, violemment ou subtilement selon sa clientèle – a « analysé » le discours de Dean pour en conclure qu’il n’avait pas l’étoffe d’un président. On l’a fait avec la même unanimité que la presse chinoise encensant Mao à l’époque de la révolution culturelle.

Quelques milliers de gens, sans plus, ont écouté le discours de Dean, mais c’est sans importance ; pour des dizaines de millions d’électeurs américains qui ne se renseignent que via les médias, Dean a dit des choses qui le rendent inapte à être élu. Quelles choses ? Tout le monde s’en fout. C’est la démocratie à l’américaine.

Résultat ? Dean a perdu les « primaries » au New Hampshire et n’est plus vraiment dans la course. Il ne faut pas de mouton noir sur la ligne de départ dans une élection américaine. Tous les candidats – 2 seulement, c’est plus facile – doivent n’avoir qu’une pensée : l’Américanisme. On ne peut pas avoir sur les rangs un candidat qui soit opposé sans nuances à la guerre en Iraq. On peut dire qu’il fallait la faire autrement, ou plus tard, mais dire que la guerre à l’Iraq a été une infamie, non. Ce n’est pas AMÉRICAIN.

Ce qui rappelle qu’il y a quelques années Ross Perot – LE CANDIDAT EN TETE DANS TOUS LES SONDAGES ! – et qui disait qu’il fallait revoir la démocratie en Amérique, a mis fin à sa campagne fructueuse suite à des menaces de mort précises contre sa fille. Un scandale inouï ? Le FBI en alerte pour la plus grande chasse à la vérité de l’Histoire des USA? Tous les médias qui ne parlent que de ça pendant des semaines ? Mais non. Quelques entrefilets sans commentaires et cette presse américaine, qui peut écrire cent fois la Bible sur le cigare de Clinton, n’a plus rien a dire sur le retrait de la candidature de celui qui semble en voie de devenir un président « différent». Être différent, ce n’est pas AMÉRICAIN

Cette façon de museler ou d’éliminer tout ce qui n’est pas conforme à la pensée correcte, ça aussi c’est le fascisme. Guantanamo, Dean, l’Iraq et ces histoires de contrôles vexatoires pour le simple transit par les USA. Le Brésil a bien raison de prendre aussi les empreintes digitales des Américains qui se pointent au Brésil : on ne sait jamais ce que peut faire un fasciste. Bien sûr, tous les Américains ne sont pas des fascistes, mais il y a certes moins de poseurs de bombes brésiliens que de fascistes américains.

L’Antiaméricanisme est aujourd’hui une grande vertu. L’antiaméricanisme n’est pas antiaméricain, il est antiaméricaniste. Il faudrait guérir les Américains de l’Américanisme avant qu’ils ne fassent un malheur. Gardons notre respect à tous les Américains qui ne sont pas des fachos et espérons que la population américaine, en novembre, désavouera Bush quel que soit son adversaire. Mais il ne faut pas trop se leurrer : quand le pouvoir contrôle une presse monolithiquement « americaniste », il est hélas bien possible que la population donne son aval a Bush et s’en fasse donc la complice. Pardonnons à l’ignorance. Souvenons nous que si l’on avait voulu jadis serré la main d’un Autrichien qui avait voté contre l’Anschluss, il aurait fallu cherché quelque temps…

Les sondages révèlent que dans tous les pays – sauf les USA – on considère aujourd’hui les USA comme une menace à la paix. L’antiaméricanisme est devenu aujourd’hui un devoir. Toute concession à la politique américaine, toute sympathie envers la politique américaine a aujourd’hui une odeur de Munich. Appelons de nos voeux le changement qui ramènera à la raison l’Amérique qu’on aime. »

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Nos voeux n’ont pas été exaucés. Aujourd’hui, l’américanisme donne ses fruits: Les USA n’ont plus d’amis sincères en Amérique latine. Aucun.

Pierre JC Allard

466. Le pape François et la simplicité volontaire 13.03.18

D’entrée de jeu, il a annoncé la couleur : il est François.   Comme dans François d’Assise, qui  est l’archétype de la simplicité volontaire… Tout le monde a su bien vite qu’il voyageait en métro et qu’il menait une vie spartiate.  Puis il a refusé une cape en hermine qu’on lui offrait pour qu’il ait cet air des grands rois, refusé aussi de porter les mules rouges traditionnelles du pontificat, signifiant que ses souliers à lui sont faits pour voyager et non pour être montrés du haut d’une chaise à porteur. « Le carnaval est fini » a simplement dit François… Le pape de la simplicité volontaire vient d’arriver.

Il était temps. C’est EXACTEMENT  ce que  l’on voulait entendre : un appel du pied aux riches pour un rééquilibrage volontaire de la richesse, car sa répartition actuelle n’a plus de sens. Vite, repartager, avant que ne bascule tout l’ordre social. Car ne pensez pas que ce soit un signal pour changer l’ordre social… du moins pas tout de suite. L’Église est partie de cet ordre social, elle en est un élément-clef tout au faîte de la pyramide. L’Église ne se prépare pas à passer la main ; elle prend acte du changement qu’ont apporté le temps et l’évolution de la science et de la technologie.  Elle veut changer pour que rien ne change.

L’Église a seulement compris que la richesse est devenue totalement symbolique, s’imprimant en billets de monopoly, ou apparaissant virtuelle en formules cabalistiques aux écrans d’ordinateurs d’un geste des banquiers;  elle ne repose plus que sur  la force de l’Etat. La  richesse n’est plus la source du Pouvoir, mais est devenue une simple conséquence du pouvoir, puisque le Pouvoir peut s’octroyer tout ce qu’il veut de cette richesse symbolique et virtuelle qu’il crée lui-même et dont la valeur ne dépend plus que de son arbitraire.

La richesse immense, exorbitante, est donc devenue triviale. Nul besoin de thésauriser; on peut se contenter de posséder des sommes relativement modestes pour la consommation courante et, pour le reste, le Pouvoir crée selon les besoins autant de cette richesse monnaie qui n’est qu’un leurre,  simple outil-prétexte pour indiquer qui a  la propriété tranquille de toute richesse réelle, mobilière et immobilière, laquelle par un réseau dense de lois et de titres, de liens et de crédits soutenu par la force de l’État, appartient en fait à qui le pouvoir veut bien.

Dans ce contexte, être riche et surtout paraître riche est  inutile, ridicule, vexatoire… Quand Gates ou Buffet donnent des dizaines de milliards de dollars, ce n’est pas par ascèse ;  c’est qu’ils ont compris que l’argent n’est plus la source du  pouvoir. Staline n’avait sans doute pas de compte en Suisse et je parierais que Castro n’en a pas non plus.  Assurez-vous du pouvoir et le reste vous sera donné par surcroît. Le message de François 1er  est que l’Église dénonce l’apparat et va renoncer à la richesse dont cette ostentation était le symbole.  Il était temps…

L’Église va renoncer à la richesse, mais il n’est pas dit que l’Église veuille renoncer au pouvoir. Si la richesse n’est plus la source du pouvoir, où en est donc désormais  la source ?  Dans la force de l’État, nous l’avons dit, mais QUI dirige cette force ?   CEUX QUI SAVENT.   Le pouvoir et chacune de ses parcelles, à tous les niveaux, repose sur l’autorité que confère la confiance en celui qui sait. On obéit à celui qui sait, parce que la science et la technique, ont leurs exigences qu’on ne peut pas contester. C’est cette subordination progressive  du capital – qui augmente sans cesse – à la COMPÉTENCE qui reste rare, qui est l’ultime conséquence de l’abondance qu’a apportée la révolution industrielle. C’est le grand changement de paradigme de notre époque.

On en a vu d’autres… Le but en est toujours que le rapport des forces change le moins possible… mais avec de nouveaux derrières posés sur les trônes. Ainsi, par exemple, remplacer la noblesse du sang par celle de l’argent,  et le roi de droit divin, par la dictature d’une oligarchie de possédants jouant à la démocratie et  feignant de se faire adouber par le peuple.

Le peuple ne sort jamais grand vainqueur de ces permutations  qui font transiter le pouvoir d’une élite à l’autre, mais tous ceux qui aspirent au pouvoir n’ayant pas  les mêmes intérêts ni les mêmes stratégies, il en résulte des  batailles entre « ceux d’en-haut »  qui sont la seule chance pour ceux d’en bas d’avoir un peu plus.  C’est cette zizanie occasionnelle entre les forts qui permet à l’évolution de laisser les  faibles monter d’un cran. Pas beaucoup, mais un peu… La Révolution française a ainsi permis un peu plus d’égalité, beaucoup moins de brutalité. Un petit progrès, mais un pas en avant.

Quand un petit progrès a donné tout ce qu’il peut, il faut faire un autre pas.  L’humanité claudique ainsi vers un avenir meilleur. Maintenant, la gouvernance des petits roitelets banquiers oligarques ne répond plus aux besoins… ils ne sont plus obéis, ils se chamaillent et perdent le pouvoir avec l’autorité.  Il faut un changement. On en tuera quelques uns, pour se soulager, mais surtout on les ruinera. De ce changement de paradigme est à naître un nouvel ordre social, une nouvelle hiérarchie des valeurs, une nouvelle classe dirigeante, celle des « experts »…   Évidemment, il y a des résistances.

Il y a 60 ans  qu’une classe de possédants capitalistes livre une lutte d’arrière-garde pour ne pas céder le pouvoir à une nouvelle élite de la connaissance/compétence. Elle s’accroche par divers moyens, la guerre, l’intrigue, la corruption, surtout, que rend  irrésistible le poison de la consommation à outrance de biens matériels dont elle a fait le but absolu de la vie, manipulant l’éducation et l’Information pour que personne n’en doute.

Pas facile de choisir la simplicité, car on a mis la population en état d’hypnose, pour la faire courir comme un écureuil en cage sur sa roue,  activant une noria  qui  produit aujourd’hui plus de dérisoire que d’essentiel… mais donne beaucoup de plaisir à une petite classe de  psychopathes qui s’amusent à  « commercer » au lieu de produire, gardant la majorité de la population dans l’indigence. C’est d’avoir créé cette addiction à la possession  du futile et du superflu comme  succédané à un véritable sens à la vie qui est le péché contre l’esprit qui ne sera pas pardonné aux capitalistes ni aux banksters.

Mais un état d’hypnose est  précaire, surtout s’il doit voiler une vraie souffrance.  Si la suggestion est brisée, ne serait-ce qu’un instant, il n’est pas facile de la remettre en selle. En quelques mots, le Pape François a rompu l’illusion.  «  Le carnaval est fini… »  INSTANTANNÉMENT, les yeux se décillent et tout le monde a compris que limousines, mules de soie et Gardes Suisses ne font pas un Pape, mais le simple respect qu’il impose  par son attitude, son message… et la parfaite adéquation de ce qu’il est et fait avec ce que la population veut qu’il soit et qu’il fasse.

Un mot, et un Pape en habit doré semble un anachronisme parfaitement ridicule. Tous les vêtements mordorés vont donc vite partir aux musées sous peine d’être accueillis par des quolibets.  Pas seulement à Rome, mais partout. Pas seulement dans l’Église, mais dans tous les palais et palaces, où ce changement déjà bien engagé n’attendait que cet imprimatur.

On ne saurait surestimer l’impact de cet événement. Si Dieu lui prête vie, ce pape  marquera  sans doute l’Histoire comme aucun autre ne l’a fait. La composition du Collège des Cardinaux fera qu’aucun retour en arrière ne sera possible après lui.  Et le plus probable est que le pouvoir de choisir le prochain pape n’appartienne même plus aux cardinaux, mais aux 5 000 évêques catholiques ou simplement chrétiens !

Choisir la simplicité volontaire, c’est détruire radicalement le consumérisme qui est la clef-de-voute de la société actuelle. C’est compléter la transition vers un monde où le pouvoir appartient aux experts plutôt qu’aux riches, en sciant la branche sur laquelle nous sommes assis… Ce qui se passe au Vatican s’inscrit dans cette perspective, car  ceux qui scient la branche ont chacun leur plan pour ce qui viendra après … et l’Église a certes le sien…

Longue vie à François…. Mais n’oublions pas la face discrète du changement  qui se produit.  Un pape jésuite, c’est une manière de penser et de gérer controversée au sein de l’Église qui devient la façon de penser et de gérer de l’Église elle-même. Dans un monde où c’est la compétence – le capital humain – qui se substitue  au capital traditionnel comme premier facteur de la production, les Jésuites représentent une force considérable. Un « brain trust » redoutable.  C »est un coup d’État au Vatican.  Pour le meilleur ou pour le pire.

On a parlé de complot des financiers pour mettre la main sur le Vatican ; possible, mais il serait simpliste de  penser que les fils de Loyola  sont contrôlés par Goldman Sachs. De connivence, peut-être, on verra par les gestes concrets que posera l’Église pour les déshérités; mais à leur service ? Je ne le crois pas. Il faut plutôt s’attendre à une bataille d’influence féroce que gagneront les plus forts… mais et dont sortira pour les faibles un petit pas en avant vers la justice. Souhaitons que ce soit un grand pas…

Pierre JC Allard

467. Pourquoi les emplois disparaissent   13.03.25

Parlons travail et emplois. Je reprends ici l’essentiel d’un texte que j’ai publié il y a bien des années. Je le fais parce que que je suis bousculé par les exigences de préparer mon retour au pays après un hiver en Argentine….  mais  je crois, aussi, qu’il faut répéter ce message jusqu’à ce qu’on l’ait compris; je suis confronté ici tous les jours aux conséquences sociales de ne PAS vouloir le comprendre.

Le travail. Rien n’est plus important que le travail, car le projet prioritaire de tout individu est de satisfaire ses besoins et ses desirs, en transformant ce qui est en ce qu’il voudrait qui soit. C’est ce qu’on appelle produire et le moyen d’y parvenir est le travail.

On peut dire à juste titre que les individus s’assemblent d’abord en société pour assurer leur défense en commun, mais, dès qu’une société existe, c’est produire qui devient la priorité de tous les instants et c’est la division du travail que permet la vie en société qui devient le meilleur argument pour qu’on accepte les contraintes que celle-ci exige. La place du travail dans la société est primordiale.

Le travail est à la fois la clef de la production et donc de l’activité économique et la pierre d’assise de la structure sociale, puisqu’il est la forme privilégiée de distribution du revenu qui permet la consommation consensuellede cette production. Or, ajourd’hui, le travail est en crise. Aujourd’hui, nous avons une crise financière qui fait les manchettes, mais, derrière cette crise qui met en interaction des symboles, il y a le problème réel d’une production mésadaptée aux besoins et celui, encore plus grave, de l’exclusion systématique d’une part croissante de la main-d’oeuvre de toute participation significative à la satisfaction des besoins de l’humanité.

Une exclusion de la production qui sert à justifier son exclusion la consommation équitable du produit. Son exclusion concomitante, aussi, tout processus de décision et donc de tout engagement profond envers l’évolution et le développement de cette société dont cette main-d’œuvre laissée oisive est aliénée. C’est cette cette aliénation qui est le problème prioritaire auquel la société contemporaine doit faire face.

Cette aliénation, dans les pays développés, prend la forme emblématique du chômage. Trouver une solution au problème du chômage est la clef d’un avenir de prospérité et de paix. Mais la solution au problème de la remise au travail passe d’abord par la compréhension, de la distinction entre travail et emploi.

Le travail, c’est un effort qu’on consent pour obtenir un résultat. Aussi longtemps que tous nos besoins ne seront pas comblés et que tous nos désirs ne seront pas satisfaits, il y aura toujours du travail à accomplir, Dite que l’on manque de travail est une absurdité. Le problème actuel n’est pas que nous manquions de travail, mais que nous manquions d’emplois, ce qui n’est pas du tout la même chose.

L’emploi n’est qu’une façon de travailler; c’est celle qui consiste à exécuter certaines tâches, ou à s’acquitter de certaines fonctions, en considération d’un salaire déterminé. Il y a d’autres façons de travailler et d’autres modes de rémunération. Avant la révolution industrielle, l’emploi comme nous le connaissons aujourd’hui, n’existait guère que pour les domestiques qu’on « engageait » – et qui recevaient leurs « gages » -et pour les soldats, qui touchaient leur « solde ». Serfs et artisans, commerçants, troubadours, la masse de la main-d’oeuvre était constituée de travailleurs autonomes. Ceux-ci manquaient souvent de revenus, mais jamais de travail.

C’est avec l’industrialisation que la majorité des travailleurs ont cessé d’être autonomes pour devenir dépendants d’une machine sans laquelle leurs efforts n’avaient plus qu’une valeur dérisoire. Dans cette situation de dépendance du capital fixe, l’emploi à salaire fixe apparaissait comme un progrès social, remplaçant la rémunération à la pièce qu’on pouvait dire inhumaine, même si des cyniques pourraient penser que cette dernière a surtout été mise au rancart parce qu’elle avait le tort d’être incompatible avec le travail à la chaîne…

L’emploi – le « job » – est la meilleure façon de travailler à la chaîne, quand on peut diviser le travail en ses éléments constituants les plus simples et superviser l’exécution de chaque élément en mesurant son output immédiat. Pour fabriquer des souliers ou des jujubes, par exemple, le « job » est imbattable. Dans le travail à la chaîne, chaque travailleur, comme une machine, a son « programme » qui est son « job »; le système agence l’output de chaque travailleur et tout le monde trouve, au bout de la chaîne, chaussure à son pied et des jujubes à son goût. C’est la façon de travailler qui correspond le mieux à une production industrielle, quand le travailleur exécute du « travail en miettes ».

Mais aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. Maintenant, ce sont de vraies machines qui font – et qui feront de plus en plus – ce que faisaient ces ouvriers industriels de jadis qu’on traitait comme des machines. Le problème, c’est que, pour le travail qui exige encore une intervention humaine directe dans une production tertiaire, l’emploi n’est simplement pas la meilleure structure d’encadrement et de rémunération. D’autres façons de travailler correspondent mieux aux exigences des sociétés postindustrielles.

Les emplois sont donc en voie de disparition. Les emplois disparaissent parce qu’ils sont devenus une forme désuète d’encadrement du travail.

Les emplois disparaissent? Où est la surprise? Il y a deux siècles qu’on remplace des travailleurs par des machines ! La crise que nous vivons n’est pas une surprise, elle est simplement la phase ultime de la révolution industrielle.

Nous utilisons des machines de plus en plus performantes et la conséquence pour la main-d’oeuvre – discutées ad nauseam depuis des décennies! – était inévitable et parfaitement prévisible : une même main-d’œuvre allait produire de plus en plus… ou une production industrielle constante exigerait une main-d’oeuvre de plus en plus réduite.

Parler de récession et de conjoncture pour expliquer le chômage actuel est donc un pieux mensonge. Il faut d’abord accepter cette évidence d’une incontournable baisse de la demande de travail quand un seuil de satisfaction est atteint. Ensuite, il faut en tirer les conséquence et faire ce qu’il faut faire: encourager le travail autonome et bâtir une structure de production ENTREPRENEURIALE…. mais tout  en assurant la sécurité du revenu. C’est ça le défi.   Aussi longtemps qu’on ne verra pas la production, le travail  et la PRIORITÉ DE LA GOUVERNANCE en ces termes, nos problèmes iront en s’aggravant

Pierre JC Allard

468.TERRORISTES, ANCIENS ET MODERNES 13.04.01

Le 6 mars, dans le quartier de Kiryat Moshé, à Jérusalem, un terroriste a ouvert le feu avec une arme automatique, tuant huit étudiants et en blessant une trentaine d’autres. À Bagdad, une nouvelle vague d’attentats relance (poursuit) une guerre qu’on nous avait dit terminée…

Je suis contre la violence, non seulement parce que je la crois immorale, mais aussi parce que je la vois inefficace. Il ne peut y avoir de changements durables positifs de la société que ceux qui permettent la possession tranquille d’un acquis. Or, il n’y a pas de possession tranquille de ce qui a été obtenu pas la force aussi longtemps qu’un large consensus ne s’est pas établi quant à la légitimité de cette possession, ce qui est d’autant plus long qu’a été brutale la force employée.

Guerres et révolutions sanglantes peuvent être évitées car ce sont désormais des alliances et non des individus qui ont le pouvoir et les liens qui assurent la cohésion d’une alliance peuvent être détruits par les armes de la persuasion au profit d’une alliance rivale. La violence est une solution de facilité. Une solution d’impatience, sans intelligence, qui modifie les effets sans changer les causes et dont les résultats bénéfiques ne peuvent donc être permanents, alors que les dommages causés sont bien lents à réparer.

Dans cette optique, le phénomène du terrorisme est particulièrement néfaste. Cela dit, la « guerre » qu’on prétend mener aujourd’hui contre le terrorisme est triplement trompeuse, d’abord en ce qu’elle n’identifie pas adéquatement ce qu’est le terrorisme ni son extension, ensuite, parce qu’elle ne va pas à la racine du mal et utilise donc les mauvaises armes pour en triompher et, finalement, parce que l’éradication du terrorisme, qui devrait être une fin en soi, est instrumentalisée par des intérêts qui veulent y voir une « guerre » et une guerre comme les autres.

Il se verse aujourd’hui bien du sang et de larmes parce que cette « guerre » au terrorisme est menée de façon remarquablement inepte. Il s’en versera encore bien plus – et plus qu’on n’ose même l’imaginer ! – si on ne fait pas un diagnostic intelligent et honnête de ce phénomène et de la nouvelle forme qu’il revêt.

LE TERRORISME TRADITIONNEL

Avant toute chose il faut distinguer entre un « nouveau terrorisme » et l’ancien. Ceci n’est possible que si on identifie l’essentiel du nouveau terrorisme et qu’on accepte donc de le comparer à l’ancien en regardant et identifiant celui-ci sous toutes ses formes et dans toute son extension.

L’ancien terrorisme est là depuis toujours. La terreur est une arme efficace de domination, venant tout de suite après le génocide comme procédé immémorial de solution des conflits internationaux, s’imposant dès qu’on préfère utiliser la population conquise au lieu de l’exterminer.

La terreur peut être aussi une arme préventive bien efficace si elle convainc l’adversaire de se soumettre plutôt que de résister. Elle peut se limiter à la menace (Voir Shakespeare, Henry the Fifth) ou, plus brutalement, signifier l’incendie des fermes avoisinantes (Voir Wolfe à Québec), le viol des femmes et l’exécution d’otages

La terreur est un objectif militaire reconnu. Cette terreur « traditionnelle » est depuis toujours prise en compte dans les stratégies guerrières. Les Nazis bombardant Guernica ou Belgrade, les Anglais bombardant Dresde, ou les Américains Tokyo ou Hiroshima, ne faisaient pas autre chose que terroriser. On peut parler de dommages « collatéraux », mais quand la terreur est le but c’est l’objectif militaire qui est la collatérale; la vraie cible c’est l’Ennemi-qui-a-peur. Le civil, homme, femme ou enfant.

Semer la terreur est une tactique militaire tellement acceptée qu’on n’en parle même plus. Quiconque marche derrière un drapeau reconnu jouit du double zéro (00) qui donne à James Bond une licence pour tuer et terroriser. Il est un soldat. Un patriote. De la graine de héros. Il est là pour « abreuver nos sillons d’un sang impur ». Il fait peur ? Tant mieux, c’est son métier. Ce n’est que lorsque les combattants n’ont pas un étendard auquel bien du sang versé a déjà conféré une légitimité que la sémantique accepte qu’on parle de terrorisme lorsqu’ils terrorisent. Deux poids, deux mesures.

Deux poids, deux mesures, mais il y a plus pervers : la licence pour tuer peut n’être émise que longtemps après le meurtre. Le succès transforme une rébellion en révolution, une campagne de terreur en guerre d’indépendance et les terroristes en héros et en martyrs. On peut ainsi rendre acceptables a posteriori les actes de terreur, et des jugements qu’on croyait indiscutables nous sont présentés tout à coup comme hâtifs, des épithètes à corriger.

Ce qui est bien malencontreux, car les mouvements révolutionnaires, comme l’Irgoun en Palestine ou le FLN en Algérie – qui ont visé les civils et pratiqué une stratégie de terreur – n’ont pas fait pire que ceux qui mènent toutes les autres guerres, mais il faut surtout retenir qu’ils n’ont pas fait mieux. Avoir gagné ne les rend pas plus vertueux que le Sentier Lumineux au Pérou, par exemple, ou que les Tigres tamils au Sri Lanka. Les actes qu’ils ont commis restent des horreurs.

Comme sont des horreurs les actes de ceux qui, aujourd’hui, face à la misère du monde, prennent sur eux de mener par la terreur la lutte des perdants contre les gagnants de la société actuelle. Une horreur, quand ils jugent que quiconque profite du système en place peut être désigné comme complice des profiteurs et que tout ce qui soutient le système ou lui est utile mérite donc d’être détruit.

On aimerait penser que ceux qui font sauter une mosquée ou une école, parce que c’est un « acte de guerre » qui affaiblit le moral de l’adversaire, resteront à jamais des meurtriers aux yeux de l’Histoire. Hélas, rien n’est moins sûr…

On ne pourra condamner avec crédibilité le terrorisme, que quand celui-ci aura cessé d’être un crime sous condition résolutoire et qu’on mitigera l’hommage rendu à ceux dont la terreur a atteint ses objectifs, en ne gommant pas le cas échéant des biographies des héros qu’ils ont été des terroristes et des meurtriers. On absout trop facilement le terrorisme traditionnel. On doit dénoncer l’arme de la terreur et tout ce qui tue indistinctement combattants et non-combattants. On doit le dénoncer, que celui qui tue soit au service d’un État ou d’une Cause.

Si, obéissant à la simple logique, on donnait ainsi à « terrorisme » son vrai sens de combattre par la terreur – et qu’on reconnaissait que celui qui terrorise les non-combattants est un criminel – il faudrait être bien prudent, toutefois, en dénonçant l’arme du terrorisme, de ne pas sembler donner du même coup l’absolution aux autres horreurs qui sont commises au cours d’une guerre. C’est la guerre qui est l’abomination.

On a colporté que le pilote du Enola Gay, l’appareil qui a lâché LA bombe sur Hiroshima, est devenu par la suite « irrationnel » et l’est demeuré sa vie durant, parlant d’horreur et de culpabilité. On devrait se demander si la magnitude du meurtre collectif auquel il avait participé ne l’a pas au contraire rendu sain d’esprit. On devrait se demander si, derrière le voile pudique du rejet des armes atomiques, chimiques et biologiques qu’on dit « massivement destructrices », on ne rend pas irrationnels tous ceux qu’on envoie aujourd’hui lancer des obus « normaux » et tirer des balles « ordinaires » sur d’autres êtres humains.

La punition des nations qui font de leurs citoyens des meurtriers, en prétendant en faire des soldats, est qu’ils doivent un jour affronter leurs propres vétérans à qui l’on a montré à penser comme des meurtriers. Le risque n’est pas nul que beaucoup d’entre eux, désabusés, mettent en pratique « at home » ce qu’on leur a enseigné. C’est chez eux qu’ils continueront peut-être la violence .. et il n’y aura pas alors assez de prisons pour les accueillir.

LE NOUVEAU TERRORISME

Le terrorisme traditionnel est une horreur connue et fichée. Quand on parle de terrorisme aujourd’hui, cependant, on ne pense plus au terrorisme traditionnel accepté et banalisé de ceux qui bombardent des civils, et encore moins à la bombe vengeresse de l’anarchiste qui tente de s’enfuir après l’attentat. On a en tête une autre démarche, un nouveau terrorisme qui ne se caractérise pas tant par sa cible que par l’intention de l’auteur.

La dimension nouvelle des attentats qui ensanglantent aujourd’hui le monde entier – et dont l’expression la plus spectaculaire a été l’attentat du 9/11 au WTC de New York – n’est pas que des innocents en soient la cible. À quelques bref interludes près de « guerres en dentelles », où le « plaisir » du combat l’emportait sur le profit qu’on en pouvait tirer, les innocents ont toujours été la cible des terroristes, déguisés ou non en soldats. Le fait nouveau, c’est le sacrifice de sa vie exigé du combattant, non plus comme un risque à courir ou un prix à payer, mais comme une condition essentielle de la victoire.

Ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme négligent à tort la composante suicidaire du nouveau terrorisme. C’est cet ’élément nouveau qui fait toute la différence, car ce n’est plus la valeur ni l’importance de ce qui est détruit qui est le message – même si c’est cette destruction qui fait les manchettes et qui en assure la diffusion – c’est le sacrifice lui-même qui est le message. Un message d’irrationalité qui vaut son pesant d’or.

Pour comprendre l’importance de ce message, il faut voir que l’interdépendance des acteurs dans le monde moderne a fait de nous tous, pauvres comme riches, l’équivalent social de frères siamois. Le monde est devenu une machine si complexe que, si l’ordre social disparaît, même le plus pauvre et le plus misérable sur cette planète y perdra. Si le vaisseau qu’est notre société chavire, le dernier des galériens sombrera, tout autant que les officiers sur le pont supérieur et César lui-même.

Ceci a eu pour conséquence que le salut du navire soit devenu, pour toutes les parties, plus important que les contentieux qui nous opposent. Galériens et patriciens peuvent se disputer les rations du bord, mais toute contestation raisonnable de l’ordre social établi prend en compte l’absolue nécessité de ne pas saborder le navire.

Toute discussion entre gagnants et perdants de la société pour amener une redistribution de la richesse et du pouvoir, repose donc aujourd’hui sur le bluff des uns comme des autres. Chaque partie qui avance d’un pas ne le fait que persuadée que l’autre ne commettra pas l’irréparable …et ne peut poser ce pas à profit que si elle a convaincu l’autre qu’elle-même pourrait bien le commettre si on l’en empêchait. Gauche comme Droite traditionnelle se déplacent donc avec prudence, dans une évolution lente qui ressemble plus à une partie de poker qu’à un match de pancrace,

Il est irrationnel, pour les uns comme pour les autres, de mettre le navire en péril. Mais celui qui donne à l’adversaire l’impression d’accepter les conséquences du naufrage a évidemment un atout majeur en main pour obtenir des concessions. Dans ce poker, l’irrationalité est un atout maître et la démarche du terroriste qui se suicide – et apparaît donc prêt à tout pour obtenir gain de cause – marque des points.

Chaque fanatique qui se suicide emporte une levée, car il rend plus crédible l’hypothèse que les perdants de la société sont prêts à risquer de perdre ce qu’ils ont pour obtenir davantage. Ce qui est un bluff. Car, pour celui qui a peu, ce peu n’en est pas moins tout ce qu’il a et il n’y tient pas moins que celui qui a plus… À moins qu’il ne soit « irrationnel ». Irrationnel, s’entend, selon les critères qu’on veut bien appliquer.

Il y a toujours eu des fanatiques prêts à mourir pour une cause. Drogue, conditionnement à Sandhurst ou à Saint-Cyr, propagande et pression sociale aidant, on a toujours fait le plein de héros pour défendre Camerone ou mener une charge de la Brigade Légère. Simultanément, il y a toujours eu des gens qui souffrent et qui veulent en finir. Affaire d’opinion, de prétendre que les gestes de ceux-ci ou de ceux-là sont ou ne sont pas rationnels, mais c’est une question de fait que ce ne sont généralement pas les mêmes qui sont prêts à mourir pour une cause et qui veulent échapper à la vie.

On peut croire que celui qui est prêt à mourir pour une cause préfèrerait néanmoins s’en sortir vivant et la voir triompher ; la mort est pour lui un mal nécessaire, un sacrifice consenti. Celui qui est suicidaire parce que la vie lui pèse, à quelques rares exceptions près, n’a que faire des causes et des idées. Il ne veut plus exister et cette décision occupe toute la place.

La spécificité du « nouveau terrorisme » est de mettre en scène un protagoniste qui est à la fois un fanatique prêt à mourir pour une cause ET suicidaire. Ce phénomène s’est déjà manifesté – (pensez aux Assassins (Haschichim) drogués du « Vieux de la Montagne » – mais il n’est pas courant. C’est une combinaison terriblement efficace.

On ne parle pas ici de ceux qui tentent un coup risqué, dans une école russe, par exemple, puis font tout sauter quand les choses tournent mal. On parle de celui qui se barde d’explosifs et se fait exploser dans un marché ou un autobus. Le nouveau terroriste VEUT mourir. La racine du problème, c’est que ce nouveau terroriste est fanatique, bien sûr, mais SURTOUT suicidaire.

Le nouveau terroriste a pris de l’ahimsa de Gandhi le renoncement et le refus passif, mais ostentatoire de toute acceptation de l’ennemi et de ses oeuvres. Il a hérité des bonzes bouddhistes protestant contre l’occupation du Vietnam et s’immolant par le feu, l’invulnérabilité à la souffrance et à la peur. Il n’a pas retenu d’eux, toutefois, la non-violence ; il est tout sauf non-violent. À l’action sacrificielle, il a joint la menace.

C’est une menace contre laquelle il y a peu de parades. Il est impossible de se protéger de quelqu’un qui veut mourir. Il y a des douzaines de façons de tuer n’importe qui, dès qu’on est prêt à y laisser sa propre peau. Je ne les décrirai évidemment pas, mais il serait sot de penser qu’un volontaire pour le suicide ne puisse pas les trouver par lui-même. Le Nouveau Terrorisme consiste en centaines, voire en milliers d’individus qui ne demandent qu’à mourir en faisant un maximum de dommage. Comment se prémunir contre ce danger ?

D’abord en distinguant clairement entre le fanatique suicidaire et ceux qui instrumentalisent son suicide pour obtenir des concessions. Ce sont deux types différents. Le fanatique suicidaire n’a pas de revendications. Ce n’est pas lui qui inscrit sa démarche dans un bluff, mais les joueurs traditionnels qui se servent de lui eux dans le cadre de la partie gagnants/perdants avec laquelle ils sont familiers.

Cette situation rend le problème du nouveau terrorisme plus grave même qu’on ne le dit, car il est extrêmement improbable que des fanatiques suicidaires, déjà entraînés et n’attendant que de passer à l’acte, renoncent à leur projet en échange de quelque concession que ce soit. Ceux qui les manipulent pourraient à la rigueur influer sur l’aspect « fanatique » du nouveau terroriste ­ -(même si personnellement je ne puis penser que celui qui s’est investi à ce point dans un « geste » accepte de s’en détacher sous le seul prétexte rationnel que le but en a été atteint ­!) – mais ils ne peuvent certes pas contrôler sa composante suicidaire. Le suicide est une décision personnelle.

On ne peut pas contrôler efficacement le nouveau terrorisme en palabrant au niveau des mouvements qui l’utilisent. On peut espérer, en négociant avec ceux-ci, saboter la logistique du terroriste – transport, approvisionnement en explosifs, etc. – mais ceci n’est qu’une action dilatoire ; le fanatique suicidaire reste une grenade dont la goupille est tirée et qui, si ces mouvements ne nous la lancent pas, tôt ou tard leur explosera entre les mains.

C’est au niveau de sa composante suicidaire qui en marque la spécificité qu’il faut désamorcer le fanatique suicidaire et l’on n’y arrivera pas par chefs interposés. On cherche à nous convaincre que l’augmentation des attentats suicide découle entièrement d’une croissance de l’intégrisme religieux. Il ne serait pas mauvais de se demander si c’est bien le ciel qui est devenu plus attrayant ou si ce n’est pas la terre qui n’a plus rien à offrir. Il faudrait voir si le paradis n’est pas devenu le premier choix de beaucoup simplement parce qu’il est resté leur dernier, toutes autres nourritures terrestres leur ayant été refusées.

Le fanatisme incite certainement à l’action terroriste, mais quand cette action devient prioritairement autodestruction, la problématique est différente. Il faut voir quel rôle y joue une profonde désaffection envers la vie elle-même et ce qu’elle peut offrir. La guerre en Iraq a coûté, à ce jour, près de USD $ 15 000 par Irakien. Est-il si cynique de se demander combien des terroristes se seraient tout de même fait exploser, si les circonstances leur avaient fourni USD $ 15 000, à chacun d’eux et à chacun des membres de leur famille ? La seule défense contre un fanatique suicidaire, c’est de lui donner une bonne raison de vivre.

Ceux dont c’est la tâche de nous protéger du terrorisme réagissent au premier niveau, celui d’une lutte traditionnelle entre gagnants et contestataires. Ils voient le fanatique suicidaire comme un adversaire rationnel qui vient négocier ou, au contraire, comme un pion comme les autres sur le même échiquier, tout entier sous contrôle de celui qui le dirige. Or, il n’est ni l’un ni l’autre. Ils scotomisent la dimension irrationnelle du nouveau terrorisme et, à ce deuxième niveau, ne semblent pas comprendre que chaque terroriste suicidaire ne peut être que farouchement individualiste. À côté de sa décision fondamentale de mourir, la cause qui lui sert de prétexte ne peut être qu’accessoire.

Parce qu’ils ne s’intéressent pas vraiment au fanatique suicidaire, mais uniquement à ceux qui l’instrumentent, ceux qui devraient nous en protéger s’attaquent au nouveau terrorisme avec les mauvaises armes, ne touchant même pas à la racine du mal. En fait, ils aggravent la situation et l’on est confronté, comme si souvent lorsqu’on analyse la politique américaine, au dilemme de décider si c’est la bêtise qui explique les décisions qui sont prises ou si toutes les conséquences néfastes et bien prévisibles n’en sont pas voulues, au niveau d’un diabolique agenda caché.

Ainsi, la politique américaine a commis l’erreur de traiter le nouveau terrorisme comme une option politique, de lui donner un nom – Al-Qaeda – ­ et un chef : ben Laden. Un chef invisible, quasi-mythique le chef parfait pour un délire onirique. N’a-t-elle compris que, derrière la panoplie ridicule d’une lutte au premier niveau contre les Talibans ou Saddam Hussein, elle a créé au deuxième niveau, celui de l’irrationalité, un point de ralliement pour TOUS les suicidaires irrationnels auxquels elle fournit ainsi une cause, une pseudo rationalité sur mesure et quelques cibles spectaculaires ?

Si on est suicidaire sans raison, et donc irrationnel, pourquoi ne par partir avec un peu de panache, en prenant pour prétexte et en amenant avec soi quelques Américains de service, dont on peut se convaincre qu’ils sont responsables de tous les malheurs ? La création d’Al-Qaeda a-t-elle été une simple bévue de la propagande américaine ou une étape de plus vers la fascisation de la société en lui créant des « Sages de Sion » imaginaires pour justifier les nouveaux Dachau que sont les prisons d’Irak et Guantanamo ?

La politique américaine a commis une seconde erreur: celle de prétendre qu’on pouvait triompher du terrorisme en envahissant un pays ou un autre et en augmentant les armements, ce qui est aussi absurde que d’envoyer la garde nationale à l’assaut de la peste ou du choléra ou de tirer du canon sur des anophèles.

Le nouveau terrorisme, en ce qu’il a une composante suicidaire, est individualiste et naît dans la tête des gens. Une division blindée ne vous protégera pas contre votre voisin qui n’a jamais rien fait de mal, mais qui, ce jour-là, dans un café, décide qu’il en a ras-le-bol et vous ouvre la gorge avec le couteau à fromage. Or, si on sait lire, c’est vers ça qu’on tend.

Le nouveau terrorisme est une décision individuelle et, de plus en plus, ce sera une décision imprévisible. L’apparition d’un comportement totalement irrationnel, quand un seuil est atteint dont rien n’annonçait l’existence. Comme apparaît brusquement une image sur un négatif plongé dans un révélateur. Le même phénomène se manifeste autrement chez les automobilistes qui perdent tout contrôle et tuent froidement celui qui les a dépassés ou invectivés. Chez les passagers d’un avion, qui agressent le personnel de bord. Chez tous ceux qui se sentent impuissants. C’est le même phénomène ; on l’appelle terrorisme quand on lui greffe une « Cause », mais c’est la même rage irrationnelle et sa composante suicidaire est plus significative que sa composante fanatique.

N’est-il pas clair, dans cette optique, qu’en faisant la guerre a une population civile au bord de la misère, on augmente quotidiennement le nombre de ceux qui n’ont plus rien à attendre de la vie, de ceux dont la haine de la terre, l ‘amour du ciel, le désir de vengeance ou la simple quête d’un sens font des candidats de choix pour le suicide, suicide qui est moins motivé que justifié et donc rationalisé par une action terroriste ?

L’invasion de l’Iraq a été une absurdité que seul peut expliquer l’objectif à courte vue du complexe militaro-industriel américain, dénoncé par Eisenhower et devenu mondial, ­ de spéculer sur le pétrole et de mousser un peu plus ses ventes. Une absurdité qui confine elle-même à l’irrationnel et devient donc le « juste » pendant de l’irrationalité du terrorisme lui-même. Les officiers supérieurs se joignent aux galériens pour mettre le vaisseau en péril et César, hélas, ne semble pas très doué.

Pierre JC Allard

469. LA GRANDE ZIZANIE   13.04.08

On sait depuis longtemps que le fin du fin de toute stratégie guerrière est de diviser pour régner. Une évidence, dès qu’on comprend que  le plus fort est faible quand se crée une alliance solide contre lui  et que la première exigence du maintien de son pouvoir, pour quiconque l’exerce, est donc de s’assurer qu’une telle alliance ne se crée pas. Une évidence.  Mais va-t-on vraiment jusqu’au bout des conséquences de cette évidence quand on l’applique à la situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde ?

Je ne le crois pas. On ne le pourrait, d’ailleurs, qu’en posant  une hypothèse qui fasse consensus sur ce qu’est cette « situation qui prévaut aujourd’hui dans le monde »…, consensus qu’il est de l’essence même du « diviser pour régner » de tout faire pour qu’il ne réalise pas…  Le serpent se mange la queue.  Considérons donc, faute de preuve, que ce qui suit est une pure spéculation… tout en se souvenant que toute spéculation n’est pas nécessairement trompeuse.

Tenez, cette affirmation lapidaire de Goldstein  – l’archi-traître de « 1984 » – qui dit que toutes les classes dirigeantes du monde sont en guerre contre leurs populations respectives pour maintenir leur domination et que les autres guerres et conflits ne sont là que pour la frime ? Pas prouvée, mais ne trouvez-vous pas que ça ressemble beaucoup à cette histoire du « 1% d’en haut », tous partis confondus, qui exploitent à quia les 99%  de péquenots qui n’ont pas leurs entrées au Siècle ?

Imaginez un instant que cette « guerre » opposant banquiers et millionnaires à une masse d’être humains ordinaires ne soit pas qu’une invention, voyez-vous comment le « diviser pour régner » s’appliquerait pour favoriser la caste des seigneurs ?  Dans un premier temps, on a les divisions traditionnelles entre Noirs, Blancs, Jaunes et autres teintes et demi-teintes qu’on peut monter en épingle. Du même type, l’éducation remplaçant seulement la génétique comme cause de différentiation primaire, on a la religion et tous les autres facteurs culturels acquis. Par-delà le langage ‘politiquement correct’, ne voit-on pas que le Système joue de ces dissimilitudes pour qu’une alliance dangereuse ne se crée pas contre les élites autoproclamées?

Le résultat d’une politique d’immigration ouverte en Occident – présentée fallacieusement comme généreuse et progressiste – a été d’abord d’augmenter le nombre des travailleurs sans compétences spécifiques et donc de réduire le pouvoir de négociation des classes laborieuses. Mais elle a été aussi de créer des oppositions – des tensions entre Musulmans et non-Musulmans en particulier – qui ont saboté  les chances d’une coalition des travailleurs contre le pouvoir capitaliste.   Croit-on vraiment que cet effet n’ait pas été prévu, voulu et encouragé ?

Sur la scène internationale, quels griefs ont les uns envers les autres les travailleurs occidentaux et ceux des autres nations ?  Pourquoi une guerre contre l’Irak, contre la Libye, contre l’Afghanistan et maintenant la Syrie ou le Mali ?  Car existe-t-il encore un pauvre  jocrisse pour croire que nous soyons à apporter la démocratie aux  divers segments du tiers-monde ? On trouve des atrocités à reprocher aux « autres’ , mais est-il si difficile de penser qu’ils ne veulent, eux aussi, que la paix selon les préceptes de LEURS propres cultures ?  On sème la zizanie, parce qu’ensemble ils seraient plus fort que nous. Plus forts, surtout que, cette petite coterie du 1%, cette mince pellicule de moisissure à la surface de notre société.

Zizanie entre « races », peuples, nations, religions et sectes diverses, au seul profit d’une minorité qui n’a ni patrie ni croyance, mais seulement une terrible soif de pouvoir que rien ne peut assouvir. Une poursuite de la domination qu’aucune abomination ne rebute.

La volonté de zizanie, d’ailleurs, ne s’arrête pas là. Nos maîtres les riches et leurs banquiers ne se contentent pas de dresser chaque groupe contre les autres en jouant de leurs préjugés et de leurs sentiments d’appartenance; ils ont aussi la volonté de faire de chaque individu le rival de tous et ils ont en main l’arme odieuse pour y parvenir : le consumérisme.

Avec l’industrialisation qui a apporté l’abondance, il aurait été raisonnable que l’humain, pouvant satisfaire ses besoins facilement, puisse vivre dorénavant avec son prochain en plus grande d’harmonie que ne l’avaient permis les siècles de carence, quand  l’opulence des uns menait souvent à la disette pour les autres.

Pourtant, ce n’est pas cette bonne entente que nous a apportée la capacité de production  de biens pratiquement illimitée que nous a donnée la machine. L’oligarchie a réussi, par la publicité et la manipulation de l’information, à susciter des désirs plus vite que même la croissance vertigineuse de la science et de la technologie n’ont pu en satisfaire. On a créé une population de consommateurs de biens-gadgets, dont l’avidité, éternellement insatisfaite, a permis qu’ils demeurent les rivaux, voire les ennemis les uns des autres. Comment créer la zizanie mieux qu’en faisant de tous les concurrents trop nombreux de tous les autres, pour s’approprier des biens qu’on garde toujours rares ?

Rareté artificielle de biens  que rien n’empêcherait de produire davantage, car il n’existe pas d’autre limite  réelle à la production que la disponibilité du travail, lequel est aujourd’hui  largement sous-utilisé. On parle de chômage…

Il n’y a du chômage que parce que l’on  se garde bien de former la main-d’œuvre pour qu’elle ait les compétences lui permettant de produire et de satisfaire la demande.  On veut maintenir la rareté, maintenir la concurrence, MAINTENIR LA ZIZANIE qui fait que la communauté d’intérêts entre les exploités ne leur saute pas aux yeux et qu’il ne se fasse pas une alliance contre les exploiteurs.

Comment briser cette dépendance infernale ?  Un geste simple suffit :  si chacun décidait de ne consommer pour un temps que selon ses besoins, on verrait vite qu’il y en a amplement pour tout le monde.  Cette zizanie dressant chacun contre tous n’opèrerait plus … et il ne faudrait que quelques semaines pour que le système capitaliste s’effondre.

C’est pour ça que la simplicité volontaire est la pire ennemie de ceux du 1%.  … C’est pour ça que le Pape François pourrait bien devenir le plus grand des révolutionnaires. On verra…

Pierre JC Allard

470. Après la démocratie, quoi ?   13.04.19

Jacques Attali, avec sa cautèle habituelle, remet en question la démocratie que nous avons.

Blasphématoire. Mais voyant les fruits que notre démocratie nous donne, est-il si téméraire de se demander ce que nous ferions sans elle ? N’y a-t-il pas ‘autre chose‘ APRES la démocratie ?

Après ? J’aurais pu dire aussi « en attendant », la démocratie, car il n’y aura sans doute pas plus de fin au désir de ceux qui sont gouvernés de participer à leur gouvernance, qu’il n’y aura de fin à cette l’Histoire, dont on nous a prématurément annoncé qu’elle était révolue… La démocratie, ça part et ça revient, cyclique comme les bourgeons et les feuilles mortes.

Je vous mets ici un lien vers ce que j’écrivais après l’élection de Sarkozy.  Ça nous vieillit, hein ?  Se plagier soi-même, quand on est vieux, ça se dit radoter. J’avoue. Mais j’ai un peu le goût de demander:   »Qui a commencé? ».  Refondation de la Gauche…, mort ou métamorphose imminente du PS.., la France qui fait un pas vers la droite, etc, etc…

En 2007, je disais « Vae Sinistris »: malheur à ces Gauchistes vaincus… Je n’ai pas changé d’avis,  mais pouvait-on  penser que vainqueurs aujourd’hui ils auraient l’air encore plus petits ?

La Gauche est malade de ses Gauchistes… Permettez moi donc de reprendre ici le même refrain, puisqu’on a les mêmes couplets de la même rengaine….

La Gauche est sinistrée, parce qu’elle a rentré les voiles et ne va plus au large, mais fait du sur place. La Droite, elle, peut motiver ses gens par le succès personnel, mais la Gauche, quand  elle n’a pas un projet

J’aurais pu. … Mais c’eût été trompeur. C’eût été, disons « poétique », comme parler de l’herbe qui pousse lorsque les enfants meurent. La réalité, c’est l’automne. C’est qu’il n’y a plus de vraie démocratie et qu’il ne faut pas compter qu’il y en aura avant quelque temps. La saison ne s’y prête pas…

Pourquoi ? D’abord, parce que le monde s’est « technicisé ». Le monde est devenu une grosse machine à produire et à obtenir des résultats… quand on sait comment opérer cette machine et tous ses éléments. À tous les niveaux, quel que soit son rôle formel dans l’organigramme, celui qui commande est celui qui sait, celui qui à la compétence de faire fonctionner les choses … Dire que le pouvoir doit appartenir à un vaporeuse entité collective de quidams qui n’y connaissent rien n’est donc pas dans le zeitgeist actuel…

On peut réunir tous les experts en tout du monde entier – et à plus forte raison ceux qui ne le sont en rien – et les consulter ad nauseam sur la façon de gérer l’éducation, la santé, les finances et la défense nationale; mais, en bout de piste, on sait bien que rien ne fonctionnera correctement que ce qui aura été mis en place et sera maintenu par ceux qui s’y connaissent… et eux seuls.

On sait bien que ce qui, au contraire, l’aura été en obéissant à ceux qui ne savent pas – aient-t-ils été élus démocratiquement – ne fonctionnera pas, ou pire, atteindra des objectifs occultes, fonctionnant au profit de ceux dont la compétence consiste à manipuler « ceux qui savent », pour détourner toute action de sa finalité propre et en faire un outil de LEURS objectifs personnels. Ce talent pour détourner est aussi une compétence; c’est celle qu’on dit politique, qui est bien réelle, mais pas toujours altruiste.

En démocratie, cette compétence politique prétend s’imposer comme supérieure a toute autre compétence. Il en naît inévitablement de l’inefficacité et des distorsions, car cette compétence ne crée pas de richesse réelle : elle se borne à la mouvoir. Celui qui a cette compétence politique ne peut donc mieux la rentabiliser qu’en étant au service de ceux qui ont déjà la richesse.

Depuis deux générations, les détenteurs de capitaux ont pris les politiciens à leur service. L’explosion des connaissances et l’augmentation de productivité qu’a apportées le progrès n’ont donc servi à accroître que la « richesse » des détenteurs de capitaux. Richesse factice, d’ailleurs, car la limite apparaît vite des biens et services réels que l’argent peut acquérir. Les riches vite repus de consommation, leur but et l’activité des politiciens, banquiers et autres « experts en détournement » à leur solde deviennent par défaut un pur jeu de pouvoir.

Ce « Jeu du détournement » de la richesse – de l’action et de la production vers sa simple possession et la spéculation – s’est imposé comme le seul jeu de société qui en vaille la peine; sa maîtrise est considéré comme le plus important des savoirs …et ce jeu des uns est devenu plus important que la vie des autres.

Pendant ce temps, ceux qui savent « autre chose » que la politique n’ont plus voix au chapitre au palier de la décision, mais seulement de l’exécution… et sous étroite surveillance. La richesse UTILE n’augmente plus, mais les inégalités, elles, augmentent toujours.

Les temps ne sont pas bons pour la démocratie. Non seulement parce que le monde s’est « technicisé », mais aussi parce que la technique du détournement des objectifs sociaux a été de celles qui ont fait le plus de progrès. Ceux qui en sont devenus les experts contrôlent parfaitement l’outil démocratique. L’éducation d’abord, l’information par les médias ensuite, donnent au citoyen lambda sa pensée correcte.

Une pensée qui inclut même une petite dose de saine contestation. Il est fortement encouragé de protester futilement dans les rues, où l’on pourra corriger vos déviances velléitaires à coup de trique ; il est mal vu, cependant, de s’embusquer avec une arme et d’abattre « traîtreusement » l’un ou l’autre de ceux qui veulent penser pour vous…

Dosant savamment l’information que distillent les médias et disposant des avancées de la psychosociologie – nous sommes à des années-lumière de Bernays et Goebbels – les systèmes démocratiques mis en place peuvent désormais faire élire n’importe qui, n’importe quand, et ce sera toujours le « peuple » qui aura choisi celui qui lui fera voir 6 doigts…

Des techniques permettent aussi, maintenant, de sondages en sondages, de savoir EXACTEMENT jusqu’où l’on peut aller dans la manipulation du comportement humain face à la richesse et à son ombre, la monnaie Les petits rats blancs vont où l’on veut. La démocratie peut jouer le rôle sédatif du violon sur le chemin des douches… Pourquoi violer les foules quand on peut si facilement les séduire ? N’avez vous pas VU, de vos yeux VU, Hollande plus beau que Sarkozy ? Six doigts, comme Smith dans 1984… Notre démocratie est un leurre.

Une vraie participation du peuple à sa gouvernance est-elle possible ? Certes, et elle viendra, car c’est un désir humain qui ne disparaîtra pas. À long terme, la démocratie reviendra. En fait, on ira au-delà de la démocratie. Pour presque tout, le CONSENSUS s’imposera, puisque la complémentarité qu’exige une société de haute technicité rendra un large consensus incontournable. Quand tout le monde est indispensable, il faut bien tenir compte de l’avis de tous …

À court terme, toutefois, ce n’est pas un piano nobile libertaire sur un socle démocratique qui remplacera notre démocratie discréditée. Mieux vaut prévoir une phase « néo-paternalisme » assumée, une gouvernance éclairée « à la Platon », prenant la forme d’une dictature de la compétence. On n’élit déjà pas nos généraux, ni nos banquiers, pas plus que nos médecins ou nos ingénieurs, nos chercheurs ou les pilotes de ligne. Comment peut-on croire que des politiciens élus pour leur charisme ou leur roublardise sauraient nous gouverner et nous voudraient vraiment du bien ?

Dans une société complexe où l’efficacité est la première vertu, la compétence doit être reine, et ce n’est pas une option d’avenir de penser en soumettre les diktats aux caprices et aux magouilles de politiciens dont la seule compétence aura été de convaincre d’autres ignares de la pertinence de leurs élucubrations. Dans une société technique évoluée, on voit mieux qu’à chaque problème correspond UNE solution optimale et une seule. Cette solution doit être identifiée et elle doit s’appliquer sans ergoter.

« Optimale » au vu des critères que choisit une société, bien sûr. Il faut donc garder de la démocratie une intervention du peuple au palier du choix de ces critères. Mais il doit intervenir par des choix binaires simples, consensuels ; des vetos ou des acquiescements référendaires qui « plébiscitent »…

Si on est confronté à un clivage sérieux au sein de la population, mieux vaut s’abstenir d’agir, car les faits nouveaux qu’apportera l’évolution de la situation détermineront bientôt une majorité plus claire… et des décisions plus « éclairées ». Quand on a un consensus raisonnable, c’est alors le travail des experts -de « ceux qui savent » – de faire en sorte que la solution choisie soit appliquée sans plus de palabres. Pendant qu’ils y travaillent, il faut les tenir indemnes de la critique oiseuve et de la corruption. C’est là la clef.

La démocratie, aujourd’hui, est devenue un incessant grenouillage pour finasser, changer le sens des mots et la pondération des facteurs, créer des dilemmes talmudiques, avant et pendant l’exécution des projets de société. On vise ainsi à favoriser les intérêts personnels de tous ceux qui y participent et qui y voient alors une rente de situation, plutôt qu’un mandat sacré qu’on leur a confié et qu’ils devraient remplir. Il faut se défaire de cette démocratie qui n’est que prétexte à enfumage et corruption.

Ce faisant, on aura gardé l’essence de la démocratie, qui est de faire ce que le peuple veut. On aura seulement renoncé à faire de la politique un sport de combat ou d’astuce rivalisant avec le foot pour contrer la morosité d’une société qui a perdu ses valeurs.

Un jour, plus tard, quand chacun aura appris et saura mieux, on pourra consulter la population sur des aspects plus détaillés des objectifs à atteindre. Mais on évitera alors, encore et toujours, le piège populiste de prétendre donner un droit de regard sur l’exécution des projets à ceux qui, n’y connaissant rien, peuvent être trop facilement persuadés de vendre pour un plat de lentilles un droit d’aînesse dont ils ne soupçonnent pas la valeur.

Pierre JC Allard

471.Une Gauche malade de ses Gauchistes   13.04.28

Une Gauche tiède partout.  A Québec, de Marois au bon docteur Couillard et à Ottawa de Trudeau à Mulcair. A gauche, on est dans la politique du tiède…

On se console en France ? N’en rêvez même pas !  En France, à gauche, rien de neuf  non plus.  Je deviens bien vieux, car je crois que je deviens sourd. J’écoute Melenchon qui hausse le ton et je n’entends toujours pas très bien … À gauche, en France, j’ai une impression de déjà entendu. C’est le ton qui déçoit ou le langage ?  Plutôt le discours…  Mettre le micro à Matignon ? Bof…. Ça ne changera que le volume…

de société, un espoir collectif, un « grand dessein » à proposer n’intéresse pas. Nous avons aujourdhui  une Gauche sans dessein… et elle ennuie.

Il faut faire le constat que la Gauche s’est scindée entre une faction organisée, corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres, dont cette faction s’est sommairement délestée pour parvenir à ses fin : les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont on n’assume plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

De telle sorte qu’on a une Gauche pusillanime qui devient de centre gauche, qui ne demande qu’à devenir le parti d’alternance à un parti de centre droite, dans une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fait consensus et dont tout désir de changement sera exclu. On a une Gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant qu’un « Mouvement Républicain », collé tout contre elle à sa droite et qui naîtra pour lui donner la réplique. À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti sérieux.

Ce sont ces radicaux à gauche qui pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si les mutins et les naufragés du PS ne leur tendent pas la main, mais préfèrent se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral.

Si c’est ce choix que font les sinistrés, les radicaux à gauche ne pourront pas espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Il faudra une génération, peut-être deux, mais tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

La Gauche qui mériterait  de vivre est au-dela de la Gauche qui est là. Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faudrait qu’elle se donne pour but de changer la société.

Changer la société prend du temps, mais la Gauche,  à Ottawa comme à Paris, pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs, donc j’indique quelques-uns ci-dessous, à titre d’illustrations seulement, car il y a bien plus à faire…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;

2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production ;

3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;

4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;

5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;

6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale directe ou indirecte, à l’exception d’un impôt sur le capital;

7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;

8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité

9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;

10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;

11 Reconnaître la violence comme une pathologie et en tirer les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral ;

12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un Contrat Social explicitant les valeurs républicaines ;

13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires du Contrat Social ;

14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;

15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;

16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;

17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence;

18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, mais en ce qui  ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, pour que renaisse une façon de voir le monde qui fasse la part belle à l’innovation et à un progrès vers l’égalité; i faudra ensuite exiger plus, cependant. Citant le Sage Vyasa:  « quand ces mesures ne seront pas suffisantes, qu’on s’en remette à l’inspiration« … Et qu’on la crée, cette Gauche qui n’existe pas.

Pierre JC Allard

472. Au Québec, les jeux sont faits… et on meurt d’ennui.   13.05.11

Si MM. Couillard et Legault veulent bien jaser un peu, on aura sans doute des élections cet automne au Québec et on verra la fin de cet interlude assez désolant  qu’aura été la gouvernance de Madame Marois. Inutile de faire tout de suite le post mortem, on aura tout le temps…

Ce dont je veux parler ici, ce n’est pas de l’amateurisme du Parti Québécois, ni de cette tristesse d’un retour si rapide vers un centre-droit, seulement de la facilité d’être devin au Québec.    Nous avons une politique sans surprise… Tenez, je veux répéter ici mot-à-mot  ce que j’écrivais quand a été créé Québec Solidaire. Puis, je vous dirai POURQUOI je crois utile de le faire.

*****

LA BOMBE À FRAGMENTATION (7 fèvrier 2006)

Mme David et M. Khadir viennent de se mettre d’accord pour créer un nouveau parti politique : Québec Solidaire. Je partage à peu près toutes leurs idées – et j’en remettrais même avec lesquelles ils seraient eux-même sans doute d’ accord – sauf celle d’avoir choisi d’exister. Je ne crois pas qu’il ait été sage de créer ce parti dans la conjoncture actuelle.

Je serais heureux qu’il y ait au Québec un parti de gauche qui devienne l’alternance et, même si je suis sceptique, je ne suis pas sûr que ce nouveau parti va échouer. Je ne crie donc pas au scandale, mais c’est l’immédiat qui m’inquiète. Car, si je ne suis pas sur de l’avenir de Québec Solidaire, je suis absolument sûr, cependant, que la création de ce parti assure la victoire du Parti Libéral aux prochaines élections et pousse le Parti Québécois un peu plus près de sa mort annoncée dont je parlais il y a quelques mois.

En effet, ce n’est pas la clientèle du Parti Libéral qui se joindra à Québec Solidaire. Le succès de ce dernier passe nécessairement par la fragmentation du Parti Québécois entre, d’une part, ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part ­ – ce sont parfois les mêmes, mais pas toujours – ceux qui veulent un Québec socialement plus progressiste. Or, le Parti Québécois n’a pu s’assurer le pouvoir à quelques reprises ­ et faire quelques pas timides à gauche – que parce qu’il a réussi ce mariage, parfois d’amour mais toujours de raison, entre les éléments progressistes de la société et ses éléments nationalistes.

Ses éléments nationalistes de droite aussi bien que ceux de gauche, puisque l’idée d’indépendance primait pour ceux-ci sur leur prise de position sociale. Un nationalisme parfois de droite a donc instrumentalisé la gauche québécoise depuis 40 ans, mais ceci ne s’est pas fait sans concessions et j’ose penser que la gauche d’ici ne soit pas si bête qu’elle n’ait pas accepté les yeux bien ouverts ce mariage de raison, le meilleur auquel elle pouvait accéder. C’est ainsi que le PQ a pu constituer une majorité effective.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’une gauche-autruche qui, lasse des redondances nationalistes, se ferme les yeux et file vers un mur de béton, en voulant croire que, si elle le souhaite vraiment, le mur disparaitra et qu’elle passera dans une autre dimension où les Québécois sont ce que la gauche voudrait qu’ils soient

Il est ironique de penser que le parti qui se crée sous le signe de la solidarité va, au contraire, ruiner toute chance que persiste une telle solidarité entre nationalistes et progressistes et donc la possibilité que soit interrompue la course actuelle vers la droite, yeux grand ouverts, celle-la, du Québec qui se dit lucide. Et la ruiner sans y apporter une solution de rechange, car quelqu’un croit-il que, partant d’une base électorale qui oscille entre 5 et 10%, Québec Solidaire puisse rapidement faire le plein de tous les éléments progressistes au Québec ? Même s’il y parvenait, d’ailleurs, ne faut-il pas faire le constat que ces éléments progressistes ne représentent encore qu’une minorité de la population québécoise ? Québec Solidaire ne peut pas obtenir une majorité dans un avenir rapproché.

Privé de l’appui de tous ceux pour qui l’objectif de progrès social est plus important que l’objectif de l’indépendance, pour qui celle-ci est simple moyen –  et qui vont donc donner leur vote à Québec Solidaire – le Parti Québécois ne peut pas non plus former une majorité. Pis encore si André Boisclair joue la carte du renouveau du Parti Québécois, celle de la jeunesse et du changement, plutôt que celle de l’indépendance nationale. Il se retrouvera alors confronté à une ADQ qui, avec une sensibilité de droite plutôt que de gauche, se réclame néanmoins du même objectif.

Le scénario s’impose alors de trois partis qui veulent le changement – mais pas le même changement – s’opposant dans une lutte suicidaire à un seul parti réunissant tous ceux qui ne veulent PAS le changement. Est-il difficile de prévoir qui gagnera cette lutte inégale ? Face à ces trois partis qui se partageront un même bassin toujours insuffisant de rénovateurs, y a-t-il une autre majorité possible que celle de ceux qui n’ont pas de programmes, pas de volonté d’agir ? Dans une situation où de grands desseins s »affrontent dont aucun ne peut réunir une majorité, c’est toujours le parti du statu quo ante, le parti des « sans desseins » qui triomphe.

Dans ces conditions – gagnantes pour lui si jamais il y en eut – même Jean Charest pourra être réélu. À plus forte raison, le Parti Libéral remportera-t-il une victoire écrasante sur une opposition ainsi divisée, si Jean Charest pose le beau geste de céder la place à l’image benoîte et paternaliste de Couillard, image sécurisante qui colle parfaitement avec la promesse d’un parfait immobilisme.

Cela dit, y a-t-il une solution ? Sous prétexte qu’elle ne gagne jamais, la gauche québécoise doit-elle renoncer à jamais tenter de gagner ? Sous prétexte que ceux qui croient au changement, doivent bien lucidement s’admettre qu’ils ne peuvent gagner aujourd’hui, doit-on cesser de promouvoir les idées auxquelles nous croyons ? Dans l’immédiat, la fondation de Québec Solidaire met évidemment les forces favorables aux changements en position de faiblesse. Cette initiative n’en aura donc valu la peine que si, après un dur moment à passer qui correspondra sans doute aux prochaines élections, un réalignement des forces permet que se constitue une alternative réelle au Parti Libéral.

Il faut penser tout de suite à faire de ce nouveau parti le véhicule d’idées et de solutions vraiment nouvelles. Québec Solidaire ne doit pas se contenter de récupérer du PQ les tenants de la gauche traditionnelle. Il faudra que Québec Solidaire aille chercher l’adhésion de tous ceux qui veulent un monde meilleur. Qu’il propose un nouveau but et l’espoir d’une nouvelle société.

Pierre JC Allard

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Aujourd’hui, la « fragmentation » est complétée. « Québec solidaire rejette toute alliance avec le PQ » – dixit La Presse – et on a Option Nationale sur l’autre flanc du PQ, pour rendre encore plus évidente la victoire annoncée du Parti Libéral.  L’ADQ a été remplacée par le parti de Legault, mais ça ne change rien. Ce qui était prévu arrivera.

Or, c’est ça le drame: TOUT A ÉTÉ PRÉVU et arrivera comme prévu.  Il ne restera rien a traiter comme un espoir de changement.  Pourquoi je vous dis ça ? Parce que c’est cette routine qui sera notre perte.  Il faudrait que l’on vive une grande passion et, au point où nous en sommes, il est devenu secondaire qu’elle soit de gauche ou de droite, nationaliste ou fédéraliste et je dirais même qu’elle soit bonne ou mauvaise.    Ceux qui ne peuvent pas étonner dans un monde qui change sont laissés sur le bord de la route de Histoire. S’il ne devient pas « IMPRÉVISIBLE », le Québec va mourir.

Pierre JC Allard

473. Gomorrhe sur-Saint-Laurent   13.05.16

En voyant le cirque-bordel invraisemblable qu’est devenu le Conseil municipal de Montreal, ma première réaction a été de lancer un appel aux armes pour mettre fin  à cette bouffonnerie qui nous déshonore tous. Qu’on se lève en masse et proteste, invitant le Gouvernement du Québec à mettre cette ville en tutelle et a surseoir aux  prochaines élections, le temps de nettoyer cette porcherie et de faire en sorte que personne de ceux qui ont été mêlés à la gouvernance de cette ville ne s’en approche plus jamais.

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/yves-boisvert/201304/30/01-4645842-triste-fin-pour-gerald-tremblay.php

Dans un deuxième temps,  j’ai décidé lucidement que je n’avais plus ni le goût ni la force de mener cette croisade, qui devrait l’être comme une véritable opération militaire. Je ne lance donc pas cet appel. Que quiconque s’en sent le courage et la mission le fasse, mais je ne m’en préoccuperai plus.

Je me contenterai donc aujourd’hui de ramener  la surface quelques propositions que je faisais, il y a bientôt 20 ans…  

Je ne suis pas heureux que ces propositions soient restées pour la plupart bien d’actualité.  Je suis, au contraire, consterné de constater que, depuis une génération, on n’a somme toute réglé que si peu de choses…  On a finalement, les villes et soi, le destin qu’on se mérite.

Le feuilleton commence à l’automne 1994.  Il était évident qu’aucun candidat à la Mairie de Montréal n’allait apporter cette année-là  quelque proposition que ce soit pour résoudre les problèmes de la ville. J’ai décidé alors – comme je le disais à l’époque –«d’offrir un programme sans candidat comme solution de rechange à des candidats sans programmes».

Il en est résulté 18 propositions concrètes, une esquisse de budget et un scénario de fonctionnement du conseil municipal, le tout constituant un programme qui aurait pu être une option.  Malheureusement, les médias, dans l’intention avouée de restreindre la lutte aux 4 partis en lice à l’exclusion des candidats indépendants, ont totalement occulté ce programme. ll y avait à ce choix des médias une certaine ironie, puisque l’un des éléments fondamentaux de ce programme était de dénoncer les conséquences néfastes d’une structure partisane au palier municipal…

1998. Quatre ans plus tard…. Compte tenu de ce qu’avait vécu Montréal depuis la dernière élection, on aurait pu espérer que les médias auraient été, en 1998, plus ouverts à considérer une alternative au système des «partis» qui ne sont que des « machines à faire élire », sans programmes, sans principes directeurs et sans cohésion. Considérant que rien d’original n’avait été proposé cette année là non plus, j’ai pensé mettre alors en évidence sur ce site, sans RIEN EN MODIFIER, ce programme de 1994. Amusant…

Mais le temps passe… 2002.  Bien sûr, ce programme de 1994, en 2002, aurait dû être remis à jour, ne serait-ce que pour changer les chiffres avancés à l’époque. Mise à part la proposition de création d’une entité métropolitaine – ce qui était enfin chose faite – les autres éléments de ce programme demeuraient néanmoins étonnamment d’actualité. Serait-ce que nous ne nous étions pas beaucoup déplacés … ?

Mon but n’était évidemment plus de faire accepter ce programme; on aurait pu désormais faire bien mieux. Continuant le feuilleton, je voulais simplement inviter tout le monde à proposer des solutions aux problèmes de Montréal, aux problèmes des villes en général…   Sans résultats, bien sûr…

Puis le temps a encore passé…

Nous sommes en 2013.  Lisez les journaux, Tremblay, Applebaum, voyez où nous en sommes…  Navrant. Si le coeur vous en dit, vous pouvez ci-dessous bouquiner dans le passé. Un passé qui n’est jamais devenu le présent et qui reste donc au possible de l’avenir.

Une ébauche de programme pour Montreal en 1994… ou pour demain

Je vous invite à lire l’une ou l’autre de ces quelques idées, plusieurs… ou toutes. Cliquer sur chaque titre de paragrapghe pour un élément du programme

Pierre JC Allard

474. La Très Grande Conspiration…. pour le bien   13.06.09

Papa Paco embrasse Pepe Mujica.  Un pape bien gentil donne l’accolade au petit Président d’un tout petit pays d’un continent marginalisé ?  Ou est l’intérêt ? L’intérêt est de mettre la petite pièce du puzzle qui permet de voir toute l’image sous un jour nouveau.   L’image qu’on voudrait  voir d’une TGC – une « Très Grande Conspiration » … pour le bien. Mais revoyons ça de plus près…

J’emprunte l’image du texte de Oscar, pour qu’on voit ben les protagonistes de l’embrassade.  D’un côté Pepe, notre petit Président uruguayen, un révolutionnaire pur et dur, embastillé pendant des années.  Pepe donne son salaire et, selon les standards sud-américains pour les Présidents – vit dans une chaumière.   Un peu inusité… mais TRÈS populaire.

Devenu président, il s’est fait une brillante image médiatique en vivant comme un pauvre.  Ça ne vous rappelle pas ce cardinal argentin qui vivait à quelques encablures, une heure d’avion de l’autre côté de la baie,  et qui lui est devenu pape ?   On jurerait qu’ils se sont parlés.

Ce qui, selon la « sagesse conventionnelle » sud-américaine est impensable.   Pourquoi ?  Parce que Pepe est un athée confirmé, laïque et très probablement franc-maçon. Il incarne ces « Colorados » – les « rouges » – qui veulent l’éveil du peuple et son bien  (comme ils le perçoivent, bien sûr)  – et qui sont la vraie Gauche en Amérique latine depuis bien avant qu’on y parle de marxisme. Ces gens bouffent du curé depuis 6 générations, c’est ce qu’on leur a appris et ça les tient tranquilles.

François, pour sa part,  ledit ci-devant cardinal – et donc en Amérique latine un homme de droite – est présumé  un « Blanco«, qui bouffe du rouge comme les Rouges bouffent du curé.  Il est  donc présumé, aussi, l’ennemi juré, irréconciliable, atavique des « Colorados » comme Pepe. Les Blancos voient le bien du peuple sous un autre angle, ils suivent une soutane plutôt qu’un tablier.

Ces présomptions sont solides. Cruciales. Ce sont les bases même de la politique au sud du Rio Grande. C’est pendant que Rouges et Blancs s’échangent des horions et se râflent à tour de rôles le pouvoir politque, avec des intermèdes de dictature militaire pour apporter un peu de sang neuf, que les banquiers anglais, camouflés parfois en américains pour avoir l’air plus bêtes que méchants, ont exploités a quia ce pauvre continent depuis bientôt deux cents ans.

Quel que soit le parti au pouvoir, où que ce soit en Amérique latine – hormis maintenant à Cuba et au Venezuela – les Rouges et les Blancs se chamaillent et enrichissent un peu leurs petits bourgeois compradores respectifs, pendant que le plus clair du fric part pour l’étranger dans les coffres des vrais riches.  Nous avons déja parlé de ce ballet politique en sur place qui se danse en Amérique latine . C’est la version locale de la Grande Zizanie dont nous avons aussi déjà parlé

Maintenant, Paco embrasse Pepe.  Inimaginable… Mais imaginez un instant qu’ils se soient parlé et qu’ils ne se chamaillent plus. Qu’ils voient tabliers et soutanes comme des détails et la différence d’angles entre leurs visions du bien du peuple comme quelque chose a régler sur le dos des banquiers…  Imaginez que cette réconciliation ne soit pas une fantaisie, passagère, mais résulte d’un plan mûrement réfléchi, avec de milliers de figurants, curés ou vénérables, subtilement endoctrinés et préparés depuis longtemps sans même qu’ils le sachent et poussés maintenant par une subite ferveur religieuse…

Une ferveur ni sectaire ni bondieusarde, mais se manifestant comme une simple réaction viscérale contre l’horreur du capitalisme et de la société neolibérale. Une horreur à laquelle il n’est pas besoin de dogme ni de foi pour croire, mais qu’il suffit de constater dans ses oeuvres.

SI il y a réconciliation ca pourrait mener loin, car RIEN ne ferait plus mal à Amérique de Wall Street que de ne plus avoir sa petite demi-soeur latine pour lui servir de Cendrillon. Si on n’a plus les maquiladoras, ni  la main d’oeuvre qui va et vient quand on a envie d’en tirer un coup, ni les ressources qu’on n’a qu’a prendre sans les payer en donnatt cent sous au concierge, la menace chinoise apparaîtrait bien plus urgente..

Est-ce que Paco et Pepe sont à conter fleurette à la petite soeur et a faire du détournement d’affection ?  Évidemment, tout ceci est fiction. Qui pourrait penser à une Très Grande Conspiration pour le bien ! Meme pas un Jésuite pour la plus grande gloire de Dieu, n’est-ce pas ?

ll reste que j’aime bien voir un Pape embrasser un athée et faire comme si le Bien était devenu plus important que les discours.  Si vous en apprenez plus sur une conspiration,  dites-le moi vite.  Je suis de ceux –  bien nombreux je crois – qui voudrions lui apporter un coup de main.

Pierre JC Allard

475. CANCER: La vie sans Père Noel ni baguette magique 13.0617

Une étude qu’on croyait avoir mise sur une haute tablette, hors de portée des enfants, vient de tomber entre toutes les mains.  Vous savez la chimiothérapie, le fleuron de la science médicale, notre Ligne Maginot contre le cancer ou l’on a investi tant de notre fric et de nos espoirs ?  Eh bien elle ne sert a rien !  Plus souvent qu’autrement, elle nuit…   Ce sont ceux qui l’ont bâtie qui nous le disent.

Nos ingénieurs en santé ont flambé le pognon au Casino, posé quelques blocs de béton au hasard, mais s’ils voient un casque pointu sur les crêtes des Vosges, ils ne pensent pas plus a s’y réfugier en s’écorchant aux barbelés qu’à aller se terrer dans une vieille  tranchée à Ypres ou Verdun.  Atteints d’un cancer, 75% de médecins refuseraient le traitement par chimiothérapie.  Choquant, vous ne trouvez pas ?

Ils nous ont menti ?  Disons quelques sérieuses restrictions mentales,: le suggestio falsi et le suppressio veri des théologiens….  Et  alors ? Alors, on ne regarde plus papa et maman de la même façon le premier Noel où l’ont sait…  On vient, en voyant s’évanouir le Père Noel, de comprendre la notion de complot.  On cesse d’être un enfant.

Le premier impact de cette révélation/aveu sera une énorme perte de confiance. Peu importe que c’ait été « pour notre bien’. On ne leur pardonnera pas de nous avoir transformés en bourriques. Surtout, parce que l’on ne se pardonnera pas à soi-même d’avoir cru que le gros bonhomme passait par la petite cheminée et que les cadeaux se payaient en amour plutôt qu’en argent.  On a été bien naïfs.  Désormais on va se méfier.

C’est la conséquence la plus grave de cette entorse à la vérité;  car dans les faits, on se doutait bien que la chimio ne fonctionnait pas toujours et qu’en fait la médecine elle-même ne fonctionne vraiment JAMAIS, puisqu’on meurt toujours….  Ce ne sont donc pas les faits qui causent problème, ce sont les perceptions. La médecine nous a trompé.   Ça apporte un nouvel éclairage et ça oblige à regarder de plus près…

Ces examens de routine à grand frais, pour sortir en guise de diagnostic des colonne de chiffres sur tout ce que contient votre corps  –  chiffres qui sont toujours  trop haut ou trop bas, car l’intervalle de confiance est devenu une notion gênante –  c’est bon pour la santé …  ou juste pour les fabricants de pilules de la veille, préventives de malaises qu’on n’a pas ressentis et que l’on n’aurait peut-être jamais eus ?   Méfiance…

Quelqu’un a-t-il  cherché une corrélation entre l’augmentation du nombre de cancers du poumon, il y a une génération, et l’universalisation de la radiographie pulmonaire ? S’est-on demandé, si les pays sous-développés où il y a moins de cancers, n’en auraient pas moins, en partie, parce qu’on en cherche moins ?  …  Des questions qui mènent à des conclusions parfois contradictoires, troublantes si la confiance n’est plus là

Attention!  Ne pas dire tout de go que la médecine moderne qui vit en symbiose avec le pharmacien est une salope,… mais elle mène une vie bien libre, et son Jules n’est jamais bien loin.

Triste, et il y a pire. La médecine qui nous a trompé… c’est la science qui nous a trompé. Scientifiques, comme les politiques, nous enfumeraient-ils donc quand ça les arrange ?  Comment dès lors avoir ce qui est vrai et ce qui est faux ?  Comment savoir pour les changements climatiques, car c’est déjà bien confus .   Comment savoir pour la nocuité vraie ou supposés de l’aspartame, pour les vraies conséquences à moyen terme de Fukushima, pour celles de l’uranium appauvri épandu en Irak et en Libye ?  Savant chéri, tu m’as menti pour le Père Noel.  Enlève ta main de mon entrejambes et, pendant qu’on y est, je voudrais  revoir ces photos de l’homme sur la Lune et des tours qui tombent … Je me méfie.

Evidemment, le gros problème, c’est cet « intervalle de méfiance » qui va s’élargir, mais il y a aussi une révision à faire de nos objectifs en santé.  car prendre conscience de notre impuissance face au cancer ne changera rien aux statistique de décès – qui sont et resteront de une mort par habitant –  et, sauf impact que l’on ne connaitra que plus tard, l’on ne mourra sans doute pas significativement plus tôt ou plus tard du cancer parce qu’on aura dû renoncé à un traitement dont on aura posé au départ qu’il est inefficace.   Les faits ne changeront pas beaucoup… Mais cette nouvelle donnée peut changer radicalement notre attitude face au cancer et face à la vie et à la mort

Un traitement par chimiothérapie faisatt oublier l’inévitabilité de la mort pour lui substituer la quête de quelques années de survie, même si, selon les mots de l’Ecclésiaste, « on dirait qu’on n y a pas pris de plaisir ». En enlevant cette distraction, on  ramène la question de la mort à son essentiel: un dur moment à passer, dont l’instant précis est infiniment moins important que la façon dont il se passera.

C’est une nouvelle attitude qui peut être l’occasion de réorienter nos priorités en médecine pour en finir avec des idées moyenâgeuses.  Nous faire accepter une perspective hédoniste, celle que sans encore le dire  notre société veut privilégier.

Dans une perspective hédoniste, la première priorité est mise sur une « médecine de sortie ». Tout est fait pour que chacun puisse avoir une mort sans souffrances, sans angoisses, sans anxiété.  C’est la priorité absolue, puisque c’est le seul mal dont il est certain que nous devrons tous être soulagés. Tout le reste vient après….

Quand le cancer n’a plus de cure crédible, il devient plus urgent de cesser de confondre à plaisir l’euthanasie – qui ne doit JAMAIS être imposée  – avec l’assistance médicale au suicide qui doit  TOUJOURS être facilement accessible à l’individu majeur et sain d’esprit.

Cet individu majeur et sain d’esprit doit avoir le choix de mettre fin à ses jours vie dans les conditions les plus douces.  L’hédonisme est roi.  On doit bien sûr s’assurer que son choix est libre et réfléchi, mais il est indécent de s’ingénier à le contester et à le contrarier.  Il est au contraire raisonnable que l’individu soit préparé psychologiquement à ce choix par son éducation et que la sagesse populaire la favorise au lieu de s’y opposer.

Ne vaut-il pas mieux prendre cette approche hédoniste et mieux s’occuper de la mort inévitable et de ce qui la précède, plutôt que de conduire aveuglement la médecine dans le cul-de-sac d’un acharnement thérapeutique qui cache souvent des intérêt inavouables ?

A ce sujet, la prise de position des spécialistes en soins palliatifs au Québec contre toute assistance médicale à la mort n’est-elle pas  bien typique, dans son égoïsme et sa fermeture a toute discussion, de l’obscurantisme qui prévaut sur cette question ?  Quand la chimiothérapie apparait comme un leurre, ce  refus de tout faire pour rendre la mort plus douce ne devient-il pas encore plus obscène, caricatural dune médecine qui est partie du problème plutôt que de la solution ?

Je reviendrai sur cette attitude  dans un autre article.  Tenons nous en aujourd’hui au scandale de la chimiothérapie. Disons clairement qu’elle ne semble hélas, aujourd’hui, ni la solution ni même une voie rationnelle vers le modeste gain d’un court répit et d’un peu de bien être.  Il semble bien, au contraire, qu’il chercher ailleurs et chercher autre chose. Il ne faudrait pas que le désir de sauver la face ou de protéger un investissement prenne le pas sur une réorientation des traitements et des buts de la médecine.

Cela, sans affirmer trop rapidement que la voie de la chimiothérapie soit définitivement bloquée ; il n’est pas certain que quiconque aujourd’hui en ait la certitude. Il est donc sans doute souhaitable que certains individus aient la noblesse et le courage de s’offrir comme cobayes pour l’avancement de la science, permettant ainsi que cette voie de recherche ne soit pas totalement fermée. Mais  il serait  répugnant que l’on obtienne leur collaboration à ces expériences en leur faisant miroiter de faux espoirs.

Il faut dire la vérité, toute la vérité et s’abstenir de promettre des rémissions miraculeuses que les statistiques ne confirment pas et une qualité de vie durant ces rémissions à laquelle il semble bien que les médecins eux-mêmes sont les derniers à croire.

Ce rapport sur la chimiothérapie crée une situation difficile dont les effets vont se faire sentir en cascades, sur la médecine, sur notre rapport  à la science, à la loi et la gouvernance, à la religion et la morale, à notre vision du monde, à la vie et la mort.

On se souviendra du jour où ce rapport est venu tout déranger..  Peut ton vivre sans Père Noel ?  Peut-on vivre sans une baguette magique ? Certes, mais il va falloir en discuter entre adultes.  Faisons-le et nous nous en porterons mieux.

Pierre JC Allard

Une nation à naître 13.06.24

Qu’est-ce qu’on fête le 24 juin au Québec  ?  Ça dépend… On a dit que ceux qui ignorent l’Histoire sont condamnés à la répéter; il n’est donc pas mauvais de se rappeler que, de mémoire d’homme – j’en suis la preuve vivante – la Saint-Jean-Baptiste a été d’abord la Fête de la Race. Nous étions « nés d’une race fière », notre berceau avait été béni et notre carrière tracée par le Ciel. Le genre de contexte qui n’incite pas à des remises en question, de sorte que l’on ne s’en posait pas trop, des questions.

La « parade » de la St-Jean montrait des zouaves pontificaux, moins nombreux chaque année; les orphéons des orphelinats – ils étaient encore pleins – jouaient des marches mussoliniennes pudiquement présentées en chants scouts; le petit Saint-Jean-Baptiste fermait la marche, gagnant d’un concours de beauté entre enfants de notables. Des enfants blonds, bien sûr. En ce temps-là, les notables se portaient bien et le blond se portait beaucoup. Pas de questions.

Quand est venue la Révolution tranquille et le temps des questions, Saint-Jean-Baptiste s’est mué en Précurseur. Un prophète adulte, musclé, vêtu d’une peau de bête. Un type sérieux qui erre dans le désert et qui pourrait chercher des ennuis. On les a eu, les ennuis: les bombes de l’ALQ et des deux FLQ, les « trois colombes » – dont Pierre Trudeau – et, pour finir, les événements d’Octobre « 70. Après ça, Saint-Jean-Baptiste version II a été mis en veilleuse, comme un écran d’ordinateur.

Quand la St-Jean s’est rallumée en version III, il y a quelques années, c’était en Fête nationale, avec réjouissances populaires et allégories triomphalistes commanditées par le gouvernement et le secteur privé. Le secteur privé se porte bien, la coopération entre l’État et les nouveaux notables est revenue au zénith. Plus de questions. Ou plutôt, si: on fête quoi, le 24 juin? Il faudrait le dire vite et le redire souvent, avant qu’il ne se crée des malentendus: nous fêtons une nation qui n’existe pas. Nous fêtons une nation à naître.

Une nation à naître? Mais la « nation québécoise », alors? « Nous-autres », au sens de Jacques Parizeau le soir du référendum? « Nous-autres », nous sommes un peuple de blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760. Nous sommes une grande famille, une tribu, un clan, une ethnie, un peuple … Nous sommes conscients d’être un tout et d’avoir des affinités. Une nation? Mais oui, pourquoi pas ! Le malentendu, soigneusement entretenu depuis cinquante ans, ne consiste pas à dire que nous sommes une nation mais à nous être approprié le vocable « Québécois ».

On dit « Québécois », c’est plus commode; comme « Américain » sonne mieux que « États-unisien ». Mais quand vous et moi nous disons « nation québécoise » ou « culture québécoise », c’est à « nous-autres » que nous pensons: les « blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760″. Nous ne pensons pas à un million d’Autres qui ne sont pas « nous-autres » mais qui cohabitent avec nous sur le territoire du Québec. Pas plus que les « Américains » ne pensent aux Boliviens ou aux Guaranis quand ils définissent la culture américaine.

Mais le Autres sont ici, tout comme les Guaranis sont bien en Amérique. De sorte que, malgré le vocabulaire politiquement correct qu’on nous sert – avec souvent, d’ailleurs, pour des motifs électoraux, le ton de ne pas vraiment y croire – nous savons bien que la notion d’une nation québécoise tirant son sentiment d’appartenance de ce qu’elle habite au Québec et se définissant comme telle est une fiction. La nation québécoise « territoriale » n’existe pas. Pas encore.

Ce qui est là aujourd’hui, sur le territoire du Québec – et qu’on partage ou non les options de Jacques Parizeau ne change rien à cette réalité – c’est « nous-autres » … et les autres. Les Autres peuvent chanter et danser avec nous, mais nous savons que, même si officiellement c’est aujourd’hui la fête nationale du Québec, l’immense majorité d’entre eux ne croient pas plus à une « nation québécoise » que le Québécois moyen ne croit que cette fête soit encore celle de Saint-Jean-Baptiste.

Or, si les Autres ne commencent pas à y croire, nous sommes perdus. Perdus, parce que ce million d’étrangers parmi nous – que personne ne songe à chasser ni à exterminer mais qui sont là pour rester – rend inévitable que la population du Québec, bientôt, ne soit plus ni si blanche ni si post-catholique… mais qu’elle se réclame en nombre croissant d’ancêtres venus non pas il y a longtemps de Normandie ou du Poitou, mais de quelque part « ailleurs » et au cours du vingtième siècle.

Pour que se perpétue une nation québécoise de « nous-autres », il aurait fallu, il y a cent-vingt ans, pour le meilleur ou pour le pire, choisir la colonisation plutôt que l’expatriation. Il aurait fallu, il y a soixante-dix ans, à tort ou à raison, continuer la revanche des berceaux. Désormais, il n’y aura de nation « québécoise » – au sens territorial du terme, qui est le seul correct – que si cette nation intègre les Autres. Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est notre espoir que cette nation naîtra.

Notre espoir que les Québécois de demain – qui ne seront certes plus tout à fait « nous -autres » – garderont néanmoins une culture que nous leur transmettrons et qui les gardera semblables à nous-mêmes. Une culture francophone. Le 24 juin est d’abord l’affirmation de notre volonté de garder le Québec français. Il n`y a pas de logique formelle à ce choix, mais c’est sur ce terrain que nous avons décidé de jouer notre honneur.

Pas de logique formelle, car nous ne serions pas morts de honte si nous étions nés au sein de ces 97% de l’humanité qui ne parlent pas français, mais disent néanmoins parfois, en leurs propres mots, des choses intéressantes; la question n’est pas là. Nous serions honteux, toutefois, si, étant de ceux qui l’ont appris de leur mère, nous ou nos enfants CESSIONS de parler français. Honteux comme quelqu’un à qui on a collé les épaules au plancher; parce que nous serions conscients alors que moi, vous, « nous-autres », n’avons simplement pas dit assez de choses intéressantes pour que les « autres » jugent indispensable de venir nous écouter.

En ce 24 juin, pour que naisse la nation québécoise, prenons donc la résolution de dire des choses « intéressantes ». Il ne s’agit pas de contraindre les Autres à l’usage du français, mais de les séduire. Faisons-le. Disons, en français, plus de choses intéressantes. Rappelons-nous cette réalité triviale qu’il ne faut pas de Loi 101 pour que tous les grands restaurants du monde présentent leur menu en français; il suffit d’être les meilleurs…

Pierre JC Allard

476.On cherche bon plaideur pour une cause difficile: l’Amérique   13.07.01

C’est un principe sacré de toute justice digne de ce nom, que l’accusé a droit à une défense pleine et entière. Quelle que soit l’horreur des faits allégués, l’apparente évidence qu’ils ont bien été commis et commis par l’accusé, on ne doit JAMAIS prendre pour acquis que les documents sont authentiques, les témoignages fidèles, les preuves indéniables. Il y a trop de liens à vérifier, trop de corroborations sont nécessaires, trop d’occasions de biais et d’influence indue pour qu’on instruise un procès au Café du Commerce et qu’on vote le verdict et la sentence à mains levées… On rend donc la justice au tribunal, dans une ambiance propice….

Bien sûr. Mais que doit on faire, si on trouve au tribunal des juges partiaux, des avocats véreux, des codes dont on a arraché des pages et qu’on voit les amis de l’accusé passer des enveloppes et de petites valises aux jurés ? Je crois que c’est le dilemme de quiconque aujourd’hui fréquente les médias citoyens, tout en lisant son journal le matin – Le Monde, La Presse ou un autre – et en écoutant le 20 heures ou le Téléjournal. Deux (2) images, deux (2) visions du monde qui s’opposent, non seulement sur les interprétations, ce qui serait normal, mais sur les faits eux-mêmes, ce qui est INACCEPTABLE.

Beau de parler de la « liberté de la presse’, mais la presse, aujourd’hui, ment effrontément. Il suffit de comparer les chiffres de présence aux manifestations de rue pour voir le hiatus béant. Le mensonge grossier, insultant, car c’est une prise pour acquis de la parfaite stupidité des lecteurs.

Et quand on ne parle que de chiffres, l’on est dans l’extrême superficiel du subterfuge. C’est bien pire si l’on se risque à s’interroger sur des pourquoi et des comment !  Pourquoi être intervenu en Libye, au Mali, pourquoi la Syrie ? Comment les choses se sont elles passées en Serbie et au Kosovo ? Comment s’y est-on pris pour multiplier par 20 la production de pavot en « libérant » Afghanistan ?

Attention, donc, je ne parle pas de la justification des interventions – c’est une affaire politique qui se discute – je parle des faits BRUTS qui sont de totales inventions. Les médias MENTENT. Il y en a des douzaines d’exemples, allant des armes de destruction massive en Irak aux récentes loufoqueries sur l’emploi de gazs toxiques dans le désert syrien….

Ça, ce sont les beaux mensonges quand on vient de loin, mais le traitement de la nouvelle locale en France n’est pas plus édifiant. Woerth, Tapie, Chirac… On ne peut blanchir qu’en avouant une infinité de mensonges… Qui croit encore un mot de ce que disent les médias traditionnels ?

Aux mensonges des médias, j’ai déjà proposé une solution, je n y reviendrai pas . Mais il n’y a pas que les médias traditionnels qui mentent. Ce qui se dit sur l’Internet est aussi le mensonge, qui continue par d’autres moyens. Ici, sur Internet, la sur-représentation de certaines opinions est tout aussi évidente que le biais pro-système des grands médias.

Sur-représentation normale des extrêmes sur les blogues, compensant pour une autocensure des journaux bien-pensants qui les interdisent de séjour ? Certainement, mais est-ce que ça explique tout ? N’y a-t-il pas aussi une grande complaisance des médias citoyens – dont Agoravox – à mettre l’accent sur Fascistes et Antifas ?  Vonner la manchette aux extrêmes, même s’ils sont bien marginaux, parce que, comme dirait Oscar Wilde, ils sont « tellement plus intéressants que la vertu! » La vertu UMP-PS … et même les mi-vertueux acceptables, que sont le FdeG et le FN.

On ne peut pas reprocher à un journal ou un blog (qui veut tout de même faire de la copie !) de privilégier le sulfureux. Mais quand le tribunal, Le Monde et assimilés, est vraiment totalement faisandé, ne serait-il pas intéressant que le « Café du Commerce », sans vouloir devenir l’ultime redresseur de torts, fasse tout de même un effort pour faire une place à son bar à ceux, ‘bien pensanst’ , qui, dans ce microcosme, deviennent les parias ….et ne viennent donc pas.

Il  y a bien longtemps que je n’ai pas vu sur les grands blogs, en France ou au Québec, un article à la gloire ou même à la simple défense des USA. Se peut-il que l’Amérique n’ait plus un seul ami ? Permettez-moi d’en douter. Ceux qui l’aiment encore sont-ils censurés ? Ont-ils renoncé à même tenter de produire une article sympathique envers les USA et la politique américaine ?

Je crois que ce serait dommage. Car on peut croire que le biais atlantiste évident du système et de tous les grand médias est tel, que c’est bien la moindre des choses que la presse citoyenne prenne presque unanimement la position antagoniste, pour rétablir l’équilibre… Mais je crois que c’est la mauvaise approche.

La presse citoyenne ne doit pas devenir un part pris contre un autre parti pris, mais viser à une couverture impartiale, représentative de toutes les nuances de toutes les idées, lesquelles devraient toujours circuler librement. Qu’on confronte l’Amérique à ses actions, bravo; mais qu’on la prive d’une voix dans l’univers du web, NON.

Je saluerais l’apparition d’un avocat éloquent prenant la défense de l’Amérique et de ses politiques. Je lui confierais même immédiatement une chronique hebdomadaire sur Les 7 du Québec. Car ce n’est pas ce que peuvent dire les groupes de presse – dont les préjugés sont bien connus – qui convaincra que l’Amérique mérite une oreille attentive. Au minimum un peu de clémence et, qui sait, pourquoi pas, peut-être l’absolution. Seule une voix émanant des blogs sera écoutée sur les blogs.

Vite, donc, un bon plaideur pour l’Amérique. Pour qu’on voit TOUS les tenants et aboutissants et qu’on la juge selon ses oeuvres et non nos préjugés. Hâtons nous, de délibérer de son cas, car elle à déjà la corde au cou et on se bouscule pour ouvrir la trappe. Et ne croyez surtout pas que l’Amérique s’en fout. Elle sait que demain elle aura besoin d’amis.

Pierre JC Allard

477. L’Enfer à Mégantic Qc   13.07.08

Il y a des jours, plus souvent qu’autrement, où l’on doit chercher la nouvelle au bout du monde.   Aujourd’hui, elle est venue à  nous. C’est ici, cette fois, que s’est arrêtée la petite bille maléfique de la mort en masse qui tourne toujours sur la roulette d’un monde cruel. C’est nous que le drame a choisi.  Un pleur sincère d’abord, donc, pour les victimes de Mégantic et une minute de recueillement avec leurs proches. Pour toujours, ensuite, le rappel qui en sera devenu plus vivace de notre condition humaine … et  le désir obstiné de la rendre ne serait-ce qu’un peu plus douce….

Aurait-on pu faire que cette tragédie n’arrivât pas ?  Y-a-t-il eu erreur humaine, que notre obstination aurait pu vaincre, ou tout n’a-t-il été qu’un cas fortuit, un de ces « acte de Dieu  » – séismes, inondations, etc. – auxquels on ne peut réagir que par la résignation de Pangloss ? Le coeur voudrait que personne ne soit à blâmer, mais la tête est la pour nous rappeler que, si notre obstination ne trouve rien à corriger, la malheur reviendra frapper encore et encore, sans qu’on ne puisse en rien réduire sa malice.    Cherchons donc bien….

Erreur humaine grossière, de freins pas appliqués ou mal appliqués ? Erreur médiate de freins usés ou défectueux, renvoyant à un défaut de fabrication ou d’entretien et pour lequel il serait encore bien injuste d’accuser Dieu ?   On verra.  La  justice prendra tout son temps pour aller au fond des choses, les compliquant à plaisir si elles sont simples, pour que la sueur qu’il nous en coûtera pour tirer des conclusions de cette affaire n’apparaisse pas trop dérisoire si on la com pare aux larmes qu’elle nous aura fait verser.   On fera cette recherche, n’en doutons pas… Une compagnie ferroviaire devra répondre à bien des questions…

Est-ce que, l’ayant faite, on pourra prétendre avoir manifesté ainsi toute la diligence, toute l’obstination nécessaire pour que l’humain ait avancé d’un tout petit pas pour se mettre mieux à couvert des aléas de son destin?  Peut-être, mais ce n’est pas sûr.  On pourra penser que, de façon bien triviale, on serrera désormais mieux les freins et qu’on les entretiendra mieux, à Mégantic et partout où seront diffusées de nouvelles normes qui tenteront de mettre à profit ce que cette catastrophe nous aura enseigné…. mais pour un grand bond en avant, il faudrait peut-être faire mieux.

Faire quoi ?  Susciter – en fait, ressusciter –  le sens d’une responsabilisation collective.   Je ne suis certes pas le seul à avoir remarqué – (dans mon cas, l’âge aidant, depuis des décennies ! )- que l’industrialisation, l’urbanisation, la spécialisation, phénomènes qui nous ont non seulement rapprochés physiquement, mais rendus plus dépendants les uns des autres, n’ont pas simultanément créé, hélas, une pulsion fusionelle concomitante qui aurait augmenté le désir d’être ensemble, mais souvent, au contraire avivé le goût chez chacun de garder ses distances.

Une volonté centrifuge poussant à un désengagement, dont l’une des manifestations est précisément de NE PAS s’investir dans la société, dans autrui, dans les autres…. Un effort conscient pour NE PAS être « le gardien de son frère », avec pour conséquence un repli ce chacun vers SA tâche, SA solitude.

Mais comprend-t-on bien les implications de cette dissociation qui porte les passants des grandes métropoles à enjamber celui qui trébuche plutôt que de lui porter secours ?  Quelqu’un aujourd’hui qui voit une train dévaler un pente. a-t-il la curiosité réflèxe de se demander si c’est bien normal… ou n’a-t-il plutôt la réaction de passer son chemin, en se disant que ce n’est pas son affaire et que c’est donc « probablement » l’affaire d’un autre…

Attention, je ne dis pas que rien de semblable se soit produit a Mégantic ! Je suggère seulement, et de façon générale, que la sécurité ne peut être optimale dans une société que si chacun garde un oeil ouvert pour l’inusité, comme le faisait chacun au Moyen-äge, sans penser qu’il appartient exclusivement à quelques alguazils fonctionnarisés de le faire pour tous.

Aller au fond des causes de la terrible tragédie de Mégantic, donc, mais en profiter aussi pour réfléchir et voir si, dans notre Village Global, le moment n’est pas venu pour chacun de se percevoir à nouveau comme le gardien de ses « frères qui sont tous les hommes. »

Pierre JC Allard

PS.  Voyez cette video. Souvenez-vous de ces images quand vous lirez qu’on vient de « libérer » une ville de Syrie, de Libye, d’Afghanistan, d’Irak.

Souvenez- vous en quand vous verrez la gueule du marchand de canon, du fabricant de napalm, du banquier qui en vit, du politicien qui touche du fric pour dire qu’on le fasse, du journaliste qui touche sa part pour dire que c’est très bien comme ca… la gueule de l’inconscient qui pense a autre chose. ETES-VOUS CET INCONSCIENT ?

Allez-vous F A I R E quelque chose ?

Pierre JC Allard

478. Edward Burkhardt, comme bouc émissaire, ca vous va?   13.07.15

Les victimes de la tragédie de Mégantic ont toute ma sympathie. Leurs proches ont droit à notre compassion dans l’épreuve et à notre compréhension des sentiments qui les animent. On ne peut voir mourir un enfant ou une victime innocente, sans chercher un coupables, et si Dieu n’était pas si grand et nous si faibles, on serait nombreux à brandir un poing vengeur vers le ciel, ce qui explique dans doute le choix de lui concéder l’excuse facile qu’il n’existe pas.

Cela dit. je suis en désaccord avec ce qui se dit du propriétaire de la société MMA impliquée dans l’accident. Je comprends les émotions de la population de Mégantic, car je n’ai pas à creuser loin en moi pour trouver la pulsion d’exiger réparation et d’exercer vengeance pour consoler mes deuils. Mais doit-on pour autant, comme jadis Darius, faire fouetter la mer pour la punir d’être agitée ?

N’avons-nous pas assez grandi en humanité pour comprendre que c’est partie de la cruauté du destin de ne pas nous livrer un coupable pour chaque blessure qu’il nous fait, et que s’en inventer un est une lâcheté qui ne nous apportera qu’un peu plus d’amertume ? Tout au cours de l’histoire, on a fait des chasses aux sorcières. Brûlant ici une femme et là un Juif, pour exorciser la peste ou conjurer une famine. On a vu des tas de gens ordinaires portant cagoules ou flambeaux se déchaîner, contre le premier quidam qui passait par là, faute d’un mécréant plausible à rouer en Place de Greve.

Un quidam souvent un peu différent, mais toujours faible, désigné souvent à la vindicte populaire par ceux-là mêmes qu’à tort ou a rason on pourrait blâmer de nos maux… Edward Burkhardt, comme bouc émissaire, ca ne me va pas. En fait, ça ne me SUFFIT pas.

Que reproche-t-on a Edward Burkhardt,

Que ses trains roulent sur des voies bien vétustes ? Mais ne l’étaient-elles pas déjà l’an dernier sans que personne ne s’en émeuve ? Et ces voies ne sont-elles pas au Quebec (Canada), où deux juridictions devraient ce colleter pour savoir laquelle devrait intervenir… ?. Mais aucune ne l’a fait.

Que les wagons n’étaient pas sécuritaires et qu’on transporte en fait des explosifs puissants dans de grosses boites de sardines qui ne demandent qu’à éclater ? Mais on sait que le gouvernement en a approuvé l’usage et que c’est ce qu’utilise encore 70% de l’industrie pétrolière en Amerique du Nord. On que e « libre marché » du transport condamnerait à la ruine quiconque prendrait l’Initiative d’assumer le coût de leur remplacement sans qu’une loi oblige les autres a le faire également… Une loi qu’on ne fait pas, bien sûr.

Lui reproche t-on de ne pas avoir imposé des règles plus strictes à son employé, un bon diable d’employé qui, ce soir-la, comme d’habitude, a fait ce qu’on lui a dit de faire puis est parti, sa journée faite, son salaire gagné, tout a fait satisfait de son boulot ? Croit on que Edward Burkhardt lui a dit de quitter son poste pour sauver une heure de son salaire ? Ou n’est-ce pas pluôt pour satisfaire ce bon diable québécois, sans doute syndiqué, qui s’est battu pour avoir le droit de mettre les freins le soir puis d’aller dormir… ce qui semble bien raisonnable ?

Reproche-t-on à Burkhardt, – qui n’y connait sans doute rien – de ne pas être allé lui-même constater que le feu était bien éteint, au lieu de prendre la parole des pompiers, ce qui semble pourtant bien raisonnable ? Rien d’ailleurs ne laisse supposer que ce feu n’était éterint. Que la collision ait provoqué un incendie est évident, mais il est très hautement improbable que ce soit un incendie qui ait directement provoqué la collision.

Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher au patron de MMA , hormis d’être un pion dans ce jeu sordide de prises de profit a tout prix qui est l’alpha et l’omega de tout notre système économique. Cette recherche de plus de gadgets, qui est le divertissement, totalement pervers, de toute une société qui s’ennuie de la perte de son sens, de ses valeurs et de ses illusions. Une société qui prend son pied dans la malfaisance, faisant surtout du mal parce chacun peut voir cyniquement que le mal a un effet et engendre une réaction sincère… alors que le bien laisse planer le doute qu’on ait vécu futile, inutile, voire ridicule.

Notre société sans but est obscène dans sa malfaisance. Je n’aime donc pas que tous les commentateurs a la TV et les politiciens qui parlent de Mégantic semblent vouloir nous inviter à chercher un bouc émissaire outre-frontières. Trop évident qu’on veut nous faire oublier que, du bureau de Madame Pauline jusqu’au dernier fonctionnaire qui joue le petit fasciste avec un cycliste à Montréal, RIEN ne va au Quebec. Prévarication et incompétence partout. TOUT déraille.

Alors qu’on cesse de me les casser avec Edward Burkhardt, en bouc émissaire. Nous avons autour de nous assez de brebis vraiment galeuses pour un énorme méchoui et assez de pain sur la planche pour que l’appétit nous manque pour en disposer. L’indignation va s’éteindre et il en restera à qui on pardonnera, non par magnanimité mais pas lassitude… ! Alors en importer… NON.

Abject de viser un certain quidam loin, ailleurs… alors qu’il se commet TOUS LES JOURS des négligences plus évidente que celles qu’on voudrait lui reprocher et que seul un destin indulgent et la nature des éléments en jeu font que nous n’en subissions pas plus souvent des conséquences horribles comme à Mégantic.

Mais n’oublions pas que le crime est de vous tirer dessus, pas de vous atteindre… Les conséquences de la négligence, de la corruption, de la disparition d’une véritable conscience professionnelle, dans les secteurs de l’éducation, du travail, de la santé, de la finance, de la justice et de la gouvernance elle-même sont moins spectaculaires, mais néanmoins terribles – et a long terme socialement fatales. Il faudrait s’en occuper. Moins spectaculaires de fermer un hopital que de détruire un village, mais on finit aussi par tuer bien des gens et l’education que nous ne donnons pas finira par nous tuer comme peuple.

Relisez le message de ELYAN, car il vous dit où est l’ennemi. Et ne cherchez pas l’ennemi ailleurs. Il est partout, mais aussi ici. L’ennemi, ici, porte comme masques des visages bien de chez-nous. Cherchons-les bien. Ils peuvent encore nuire.

Pierre JC Allard

 

479. NON à la compensation discrétionnaire   13.07.22

Je n’aime pas le comportement du Gouvernement d’Ottawa, qui fait durer le plaisir à Mégantic comme on fait danser un chien sur ses pattes arrières avant de lui laisser tomber un os.  Cela dit, ce n’est pas Harper qui a inventé le principe de la compensation discrétionnaire pour les victimes de catastrophes.  Les gouvernements, qui adorent qu’on leur fasse la belle, n’ont simplement jamais eu la décence de déterminer les droits des victimes

Dans la foulée de la tragédie de Mégantic, on se posera bien des questions concernant la sécurité.  Les risques, la  prévention des risques, le rôle du public et du privé, celui des gouvernances fédérale et provinciale, etc.  Bravo ! C’est important la sécurité. Tout aussi important que la peur… et  Dieu sait le rôle que joue la peur dans la vie!  Mais, à l’heure des questions, n’oublions pas celle de la SOLIDARITÉ, car au moment de vérité, qui est celui des réponses, c’est celle-ci qui détermine tout le reste

La solidarité, c’est l’âme d’une société, car sans elle nulle société n’est possible. Il ne faudra donc pas escamoter cette question, mais, au contraire, ne pas  quitter le dossier Mégantic avant d’avoir fait un grand bond en avant pour manifester CLAIREMENT  notre solidarité. Pour aujourd’hui, mais aussi pour demain.

Or, parler de solidarité, quand on pense à ses aspects les plus terre-à-terre, c’est parler  d’assurance. C’est l’attitude de l’État et des individus concernant  les modalités d’assurance et la participation concrète de l’État  au coût de la couverture  des risques qui est l’expression quotidienne la plus tangible de la solidarité

Il y a des trous dans la sécurité que nous offrent les assureurs en général, surtout quant il s’agit de ce que les Anglais appellent assez joliment les « actes de Dieu » – tels tremblements de terre, ouragans, volcans, tornades, etc. – et les « actes du Prince », c’est-à-dire les conséquences de la bêtise humaine à grande échelle, comme les guerres, les révolutions, les émeutes, etc.

On est très assuré au Québec, mais si un ouragan frappe Maskinongé, une  inondation  le Richelieu, ou un train Mégantic, les contrats des assureurs ne les forceront  pas nécessairement à payer, même si une sage politique de relations publiques ou des pressions de l’État peuvent les amener à le faire. Même chose si une pluie diluvienne vient inonder une partie des sous-sols de Montréal, ou si une horde de gens en colère défie la Loi de l’Émeute et saccage tout un quartier.

Pourquoi est-il si difficile de s’assurer correctement contre les « actes de Dieu »?  Parce qu’ IL est bien trop imprévisible et qu’IL ne frappe pas très souvent. Les actuaires, ces experts qui déterminent les « chances » qu’un malheur arrive, ne travaillent vraiment bien que si un risque est raisonnablement fréquent, et mieux, inévitable.

Quand le péril est incertain et peut toucher trop de gens d’un seul coup, il y a un risque de perte pour l’assureur. Or, il est entendu que, contrairement au monde ordinaire, les compagnies d’assurance n’ont pas l’intention de courir le moindre risque. Parce que nos assureurs ne courent aucun risque, le monde ordinaire, lui, doit en courir beaucoup et n’a pas toute la couverture d’assurance qu’il faudrait..

On n’a pas à reprocher aux assureurs privés de ne pas courtiser la faillite en assurant l’imprévisible, mais il n’est pas défendu à une société de chercher à se prémunir mieux contre le destin, sans s’en tenir aux « actes des assureurs », mais en allant jusqu’au seuil que fixe le consensus populaire. Une société, c’est fondamentalement un groupe de gens qui acceptent d’être solidaires et ainsi de se couvrir mutuellement. Il est donc aberrant que quiconque est victime d’une catastrophe ait à venir mendier auprès des autorités une compensation qui devrait être son droit le plus strict, une clause incontournable du contrat social.

Dans une société équitable, l’État doit prendre en charge, universellement et sans aucune exception, tous les risques de cas fortuits qui ne sont pas couverts par les assurances ordinaires. C’est à la collectivité de porter le risque des actes de Dieu et du Prince. Pas à l’individu.

Évidemment, on peut adopter l’optique des victimes … ou celle des autres. Si vous êtes de ceux qui avez subi une perte résultant d’une catastrophe come Mégantic ou la Crise du Verglas, vous voyez sans doute sans peine l’intérêt d’un système d’assurance collective universel qui vous aurait accordé le DROIT d’être indemnisé des dommages que vous avez subis. Si tel eut été le cas, vous auriez évité pas mal de stress…  Mais qu’en est-il si vous êtes des autres de ceux qui ne sont victimes que comme contribuables ?

Si vous êtes des « autres », vous pensez peut-être avec inquiétude à la somme que l’État aurait dû verser dans ces deux cas bien précis et tous les autres et à l’impact que l’indemnisation complète des victimes aurait eu sur vos impôts. Vous croyez qu’on se ruinerait, si on dédommageait immédiatement et sans hésitations les victimes des feux de forêts, des inondations et autres catastrophes?  Ce n’est pas le cas, pour deux raisons..

La première,  c’est que les montants en jeu sont bien inférieurs à ce qu’intuitivement l’on pourrait craindre. Je n’ai pas les chiffres actualisés, mais j’avais constaté, il y a une quinzaine d’années, que l’État qui aurait pris en charge toutes les réclamations pour TOUTES les catastrophes naturelles au cours de la décennie aurait dû versé  environ deux milliards de dollars, soit moins de 30 $ par année par Québécois.   Il faudrait refaire le calcul, mais je doute que le montant  excéderait ce que nous serions prêts a payer pour dormir en paix face à toutes ces méchancetés que peut nous faire Mère Nature, cette mère dénaturée si jamais il en fut.

La deuxième raison est bien pragmatique. La réalité, c’est que, même s’il n’y a pas une loi pour les y obliger, les gouvernements, si l’impact médiatique de la catastrophe est suffisant, réagissent toujours en tentant d’indemniser les victimes …. Le comportement de l’État en ce genre de situation a maintenant créé une coutume qui vaut droit acquis.

Le contribuable n’a donc plus à se poser de questions ni à se payer d’illusions; sans l’ombre d’un doute, s’il y a eu une catastrophe il payera. Le problème est que ce droit acquis n’étant pas défini, la victime, elle, ne sait pas quand elle sera payée ni combien elle recevra.

Une loi d’indemnisation universelle ne coûterait pas plus cher au trésor public et donc au contribuable. Elle lui garantirait seulement que la solidarité serait gérée équitablement,  non comme un chapelet d’aumônes consenties par l’État à qui lui plait, dans une ambiance de favoritisme et sous la menace  d’une corruption dont nous avons eu la preuve qu’elle n’est pas toujours écartée des actions du pouvoir.

Il est temps de dire OUI à la solidarité.

Pierre JC Allard

480. Me Denis Poitras. La gratuité qui dérange   13.07.29

Vous connaissez beaucoup d’avocats qui travaillent gratuitement ?  Il y avait Me Denis Poitras, celui qui a pris la défense de tellement de Carrés Rouges  l’an dernier. Pris leur défense comme ça, pour rien, juste parce qu’il aimait la justice et qu’il croyait que tout le monde devrait avoir droit à un avocat, dans un système où celui qui n’en a pas a si peu de chance d’obtenir justice… Il y avait Denis Poitras.

Mais Denis Poitras n’y sera plus. Il ne sera pas là pour surveiller les brutes à front bas et les garces a garcette, comme la Stephanie Trudeau, pas là pour défendre les étudiants interpellés à la matraque et au gaz lacrymogène dont les procès seront entendus cet automne.

http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201307/18/01-4672017-greve-etudiante-lavocat-de-milliers-de-manifestants-en-faillite.php

l ne sera pas là. On vient de lui régler son compte.  Il n’est plus avocat. Il ne plaidera plus la cause de personne.  OUT !  KAPUT, Poitras !  Et tous ces étudiants – au moins 1700, peut être trois fois plus –  qu’il allait défendre cet automne ?  Eh bien ils se défendront comme ils pourront!  En fait, c’est toute l’épopée de la contestation étudiante de 2012 qui n’aura plus d’avocat…  On va pouvoir doucement réécrire l’Histoire, sans protestation.

Big Brother vient de rayer Denis Poitras du Barreau,   Pour quoi ? Il n’a pas tué ses enfants comme Turcotte. Il n’a pas escroqué, des pauvres gens, comme Lacroix.  Si ce n’était que de ça, on s’arrangerait…  Poitras est soupçonné de lNEXCUSABLE: ne pas avoir donné au fisc tout le fric que le fisc prétend que Poitras aurait dû lui donner.

On a eu Poitras par l’impôt, comme on a eu jadis Al Capone…   C’est l’arme hypocrite de l’État quand vous êtes trop méchant ou trop bon, mais de toute facon trop costaud et que vous êtes un emmerdeur qui méritez un traitement spécial. Un avocat  qui travaille gratuitement, c’est un emmerdeur bien costaud

Préparez vous  à un traitement bien spécial. Car si vous êtes soupçonné … accusé –  (mettez le mot que vous voudrez,  il prendra le sens qu’on voudra ) – de ne pas avoir donné votre (sa) livre de chair au fisc, c’est à vous de prouver que vous l’avez fait.   Spécial. Étrange… Une petite exception à la règle du fardeau de la preuve, pour faciliter le travail de l’Etat…  Alors soupçonné, coupable… c’est du pareil au même, car, si le fisc le prétend, lui tenir tête vous ruinera inexorablement.  Exit, donc, Maître Poitras.

Ouf, bonne affaire de réglée ! Car ce n’est pas une petit affaire de garder les petites gens à leur petite place. On peut les laisser jaser entre eux ou faire les zouaves dans la rue le temps de les rosser un peu, mais  ça ne doit pas biaiser la mission fondamentale de toute gouvernance, qui est évidemment de prendre des pauvres pour donner aux riches… ce qui équivaut, en fait, à créer ou à conserver les uns comme les autre.

Vous, les contestataire, donc,dérangez un peu,  mais pas trop; voyez çà comme une grève… Alors un Don Quichotte qui vient parler pour vous – et gratuitement –  c’est TROP dérangeant. Qui sait comment tout ça pourrait finir…

Poitras est un emmerdeur. Pourtant, quand je compte les milliers de jeunes que Poitras a défendu et pourrait continuer de défendre, je me dis qu’il l’a fait en suppléance de l’Etat qui a scandaleusement fait en sorte de NE PAS assumer par l’aide juridique les frais de leur défense.    Il a porté secours a des personnes en danger, abandonnées par leurs gouvernants. Si Poitras avait touché le minimum qu’on peut penser qu’auraient mérité ses interventions, il aurait largement le nécessaire pour payer ces taxes et impôts qu’on lui réclame, a tort ou a raison.   S’ils  n’a pas cet argent, c’est parce qu’il a fait le choix honorable le de travailler pour la justice plutôt que pour du fric.  C’est lui, l’honnête homme dans ce dossier

En ruinant Poitras, le fisc ingrat expose la turpitude de notre société et son incapacité crasse à assumer ses responsabilités.  Il l’expose encore plus clairement, en rendant public que Poitras n’a pas un sou vaillant.  Il se démarque de toutes ces ordures que nous a montrées la Commission et Charbonneau et qui ont, qui son château, qui son compte numéro en paradis fiscal.  Denis Poitras mérite notre admiration. Profitons-en, ils ne sont pas nombreux

Que penser d’une gouvenance  qui punit ceux comme Poitras qui font du bien et soutiennent la justice… alors qu’on donne des centaines de milliers de dollars à un Applebaum, dont j’opine qu’il est un prévaricateur lui-même corrompu et  que la loi est bien mal faite  qui ne permettra pas qu’on l’envoie au bagne en jetant la clef aux crocodiles ?  En penser qu’elle ne mérite plus aucun respect et n’a plus aucune légitimité…

Le fisc a la force prendre de Poitras, comme de vous et moi, tout ce qu’il veut.  Mais le temps est fini de croire que vous et moi ayons la responsabilité morale de lui donner plus que ce qu’il peut arracher.  Notre gouvernance n’est plus légitime. Le contrôle démocratique est une fiction.  La ponction fiscale ne rend pas tout ce qu’elle prend; c’est une rançon versée au 0,0001% de la société qui exploite le reste. Les étudiants qu’on va priver de leur défenseur, c’est le symbole de nous tous qui sommes sans défense.

On souffre tous un peu  et on se tait… mais il y a des cas ou l’infamie devient exemplaire Comme quand on tape sur Poitras  qui est indubitablement l’un des justes dans cette société où on ne  pense plus à défendre ceux qu’on accuse

Notre société veut se débarrasser des Poitras qui apportent une lueur de solidarité et donc d’espoir.  Poitras donne mauvaise conscience a tous ces avocats qui ne posent pas un geste pour défendre la justice.  Il arriveront peut-être è tous les éliminer.

Mais il pourrait suffire alors d’un peu de grabuge, pour qu’on comprenne, que ce sont ceux, hélas bien rares , qui comme lui ont prêté assistance à cette « personne en danger »  qu’est devenu l’État de droit, qui ont permis de retarder un peu l’échéance d’une violence sociale que nous provoquons.    Quand  il ne restera plus de Poitras, cette violence éclatera comme un ouragan. On regrettera notre inconscience, notre imprévision  et notre ingratitude.

Pierre JC Allard

481. Jardin Généalogique du Québec 13.08.05

Parfois, au mois d’août, on veut prendre congé de refaire le monde et « cultiver son jardin. Parfois, aussi il me vient des idées; et quand les deux arrivent en même temps…   Ainsi, aujourd’hui,  la venue prochaine de l’automne et l’évolution de la société québcoise m’ont suggéré de rappeler une vieille idée que j’avais eue ils y a longtemps: création d’un jardin. Un symbole visible de notre mutation et un appel à la concorde qui doit y présider.

Il faudrait se faire une « jardin généalogique »

Nous sommes environ 7 millions de Québécois. Une large majorité d’entre nous descendons des quelques milliers de Français qui colonisèrent la vallée du Saint-Laurent au XVII et au XVIII ème siècle, de telle sorte que le Québec, plus peut-être que tout autre pays occidental moderne, constitue aujourd’hui une grande famille élargie. Une grande famille dont les liens de parenté ont été exceptionnellement bien préservés,  grâce à l’omniprésence de l’encadrement  religieux à toutes les étapes de la vie de nos ancêtres et à la conservation de registres qu’aucune guerre ni révolution n’ont détruits

A cette “famille” naturelle, sont cependant venus se greffer, dès le départ, des Québécois d’autres souches: Autochtones, bien sûr, mais aussi Italiens, Anglais, puis, plus récemment, tout un arc-en-ciel d’immigrants de toutes races et ethnies accueillis et adoptés par la Famille Québec et que nous souhaitons voir s’y intégrer harmonieusement

Il serait hautement souhaitable que TOUS les Québécois participent à la réalisation d’une oeuvre commune qui puisse être à la fois le symbole de cette commune origine de la majorité d’entre eux, de l’ouverture de cette majorité à l’accueil des autres et de la volonté ferme de ces derniers de s’intégrer à la Famille Québec.

Je propose le concept motivant et rassembleur d’un “Jardin Généalogique”, lieu de mémoire et espace ludique.  Il s’agit que quiconque est né ou est mort au Québec depuis Jacques Cartier — ou y a joué un rôle significatif — ait son nom gravé dans la pierre ou le métal et que soient commémorés les événements qui ont fait notre histoire. Il s’agit que soient clairement définis, non seulement les liens qui font que nous, Québécois de souche française, sommes tous cousins, mais aussi les filiations et les innombrables apparentements entre nous et entre nous et les enfants adoptifs du Québec qui montrent comment, peu à peu, ceux-ci se sont intégrés au Québec et deviennent eux aussi des membres de la “famille”.

Le Jardin généalogique est essentiellement un parc paysagé qui constitue un espace ludique sur une terrain de taille adéquate, facilement accessible, à moins de 45 minutes de Montréal.  Quel serait le plan de ce jardin ?

Au centre, la Place de la Nation. Elles  est bordée des monuments à Jacques Cartier et aux précurseurs : Olier, La Dauversiere… etc., d’une salle de spectacle avec podium pour spectacle en plein air et de trois (3) pavillons thématiques (“Cultures autochtones”, “Histoire de la nation québécoise”, “Avenir du Québec”) ainsi que de quatre (4) jardins séparant ces édifices, avec retaurants/bars terrasses en bordure de la Place, les jardins se prolongeant jusqu’à la « Ronde des Fondateurs ».

Le développement du parc, en effet, se fait en suivant une spirale continue (Chemin des Ancêtres) partant de cette Place de la Nation) et représentant en ordre chronologique les événements de l’histoire du Québec. La première crconvolution du Chemin des Ancêtres autour de la Place de la Nation est dénommée Ronde des Fondateurs.  Elle est bordée, du coté opposé à la Place de la Nation, d’édifices commémoratifs  — ou de simples stèles ou statues  — des personnages illustres et événements marquants de l’histoire du Québec avant la Conquête.

Ces édifices abritent des mini-musées et offrent accès par ordinateurs à des banques de données, vidéos, etc, pertinentes aux retombées de l’oeuvre du personnage que veut honorer l’édifice.  (Jeanne Mance = santé, Marguerite Bourgeois = éducation, Jean Talon = administration publique, etc.).

A partir de la deuxième circonvolution, le Chemin des Ancêtres rappelle, en ordre strictement chronologique de leur date de naissance, la mémoire de tous les Québécois nés ou morts au Québec.  Au départ, de petits édifices en bordure du Chemin, largement distancés les uns des autres, représentent chacun deux décennies de notre histoire. Chacun  indique les événements  ainsi que les noms des Québécois qui sont nés au cours de cette période.

À partir d’ordinateurs sur place, en entrant le nom d’un événement, il est possible d’en obtenir plus de détails. En entrant le nom de l’un de ceux qui y sont commémorés, on doit obtenir les noms (par génération) de tous ses ascendants et descendants  connus ainsi que, pour chacun de ceux-ci, la localisation sur le terrain du parc de l’édifice ou du monument où l’on rappelle sa mémoire. Chacun pourra faire un périple visitant tous ses asendants.

A ces édifices s’ajoutent sur le terrain — formant parfois des ronds-points et des places —  des monuments rappelant les faits saillants de notre histoire après la conquête et la mémoire de ceux dont la vie a été mêlée à ces événements.  Accès aussi, par ordinateurs, aux détails pertinents à ces événements ou à ces personnages.

Est particulièrement mis en évidence le premier arrivant au Québec de chaque ethnie. Il a son monument, qui donne accès par ordinateur à l’information relative à l’expansion et au rôle de cette ethnie au Québec.

Même en tenant compte  de ces monuments, la plus grande partie la surface du terrain – et de loin – devrait restée inoccupée au départ, consistant essentiellement en un parc paysagé, aires réservées aux pique-niques, jeux, spectacles, etc.  Par la suite, des lots, dont la superficie totale pourra atteindre 50% du terrain, pourront être mis à la disposition d’initiatives privées.

Des familles ou des groupes voulant ériger un monument en l’honneur d’un personnage ou d’un événement. On aura ainsi un monument des Tremblay, des Gauthier, des Roy, etc  Aussi un monument des médecins, des agriculteurs, des avocats, des artisans, des ouvriers,des architectes, etc, etc… et toujours sous l’égide d’un représentant emblématique de ce métier ou de cette profession.

Il faudra que ce qui est commémoré soit conforme à l’esprit des lieux et que l’apparence  de la construction se marie à l’ensemble du site. Un Le Nôtre québécois en aura la responsabilité et ne rendra de compte qu’à l’Assemblée Nationale.

Le but ? Se rassembler entre Québécois.  Mais j’aimerais bien aussi que ce soit un hybride du Père-Lachaise et de Versailles… et le plus beau parc du monde.

Qu’en pensez-vous ?

Pierre JC Allard

482. Pauvre Rutebeuf… pauvre Web   13.08.12

Que sont mes amis – et ennemis – devenus… »  On peut venir sur le Web en juillet comme en septembre, mais  le 10 aout  on s’adresse à qui et 11 août à quoi ?  De plus en plus, sur le web on joue à se faire peur. Or comment avoir vraiment peur en été d’un péril qui n’est pas en la demeure, mais perçu, comme d’habitude, loin, en Grèce ou en Espagne ? Un danger, ce qui plus est, annoncé désormais par des types en maillot sur une plage et dont la première préoccupation est de manger ou de ne pas manger des moules quand il fait 35 à l’ombre ?  Je n’ai jamais compris qu’on ait pris la Bastille en juillet  au lieu d’attendre la rentrée…  Sans doute une urgence.

Aujourd’hui, y-a-t-il une urgence dans la « sérendipity » du Web, durant ces jours d’août où l’on ne pense pas à se positionner gauche-droite, mais dans le bon angle au soleil et en fonction des nuages ?  OUI, il y a une urgence:  stopper la montée de l’insignifiance.

Je me souviens avec nostalgie d’un Web d’il y’a à peine 5 ans, qui semblait la double promesse, d’abord de passer le micro a Quidam Lambda, puis de gagner une guerre pour libérer la sagesse populaire.  Le micro a passé…. Quant à cette guerre de libération, elle a eu son Valmy qui a été la création d’Agoravox, puis on a vu des roturiers de la plume sortir du rang pour devenir généraux, adoubés par l’opinion publique sur le champ de bataille sans qu’aient été consultés le Monde, le Figaro, ni le Point. Honneur au mérite.

Ce fut une belle époque – disons de 2005 a 2009, mais ça se discute – durant laquelle c’est vraiment sur les blogues et les journaux citoyens comme Agoravox que « ça se passait.  Revelli et de Rosnay ont commencé, bien sûr, mais tout de suite a suivi toute une phalange d’auteurs à l’oeil vif, au verbe haut, à la plume parfois acerbe et à la patience souvent courte.  Ce sont ces gens qui ont mis la presse traditionnelle sur la défensive et ont ainsi donné aux blogues une importance énorme.

Enorme, car les Aphatie, BHL et autres tenors des médias traditionnels pouvaient feindre de le prendre de haut, mais les rieurs étaient avec les blogueurs dont ils se sentaient plus près et, sur bien des dossiers, c’est le Web qui partait avec les oreilles du toro…  C’était l’ Âge d’Or où Revelli pouvait faire 500 000 visites en parlant du 911.

Une époque où ce sont donc les  blogues qui déterminaient ce que les Français allaient penser de cette histoire du 911, de Bayrou, du comportement de ce ministre de la culture qui aimait trop les lupanars de Bangkok…  et du reste aussi.

Gênant cette influence, pour le Syteme, et il va donc réagir.  La contre-attaque du système est venue via Facebook.  À  tant médiocriser l’expression citoyenne, on a rendu tellement évident qu’il n’était pas nécessaire de penser pour s’exprimer, ni d’avoir des idées pour en parler, qu’il est devenu sournoisement suspect d’écrire sur le Web. Simultanément, poussant à sa logique extrême le thèse de Chomsky – que le discours politique sérieux avait été éliminé des ondes en réduisant les intervention à  des  « 40 secondes » qui excluent tout développement –  Twitter en a fait autant pour le Web en popularisant la mode de la boutade à 140 caractères.

Puis on est allé plus loin. On a parlé de conspirationnistes… Il a fallu bientôt l’âme d’un résistant têtu, pour s’obstiner à mettre en ligne, pour un auditoire qui s’amenuise, des articles qui font réfléchir. Surtout quand ils deviennent  de plus en plus nombreux, parmi les lecteurs et contributeurs, à vouloir se conforter dans leur vision plutôt que d’en débattre …

Beaucoup des grands de la belle époque ont alors quitté. On revoit encore aujourd’hui avec plaisir Cabanel, Fergus, Dugué, mais non seulement le regretté Paul Villach n’est plus là, mais Imhotep semble disparu, Monolecte se fait rarissime. Morice – qui a fait pourtant des enquêtes plus étoffées sur les basses oeuvres du CIA et sur les réseaux de la drogue que quelque media traditionnel que ce soit –  semble devoir se faufiler entre des obstacles pour être publié au compte-gouttes. Demian West, le contestataire emblématique et grande vedette de cette époque, a été totalement ostracisé !

Ceux qui parlaient fort se sont tus. ll semble qu’on ait mis la lampe sous le boisseau. Et cela dit, Agoravox demeure malgré tout le site-citoyen de référence.  Rue89, après un départ en trombe, n’est plus que la version électronique d’un media traditionnel, avec des positions qui sont souvent si simplistes qu’on baisse les yeux pour ne pas gêner les auteurs, trop évidemment mis en service commandé sur le front de la pensée correcte. L’affaire Meric  en a été une illustration troublante. Devrions nous dire un mot du site du Monde, à mi-chemin en pertinence et panache entre Facebook et Rue 89 ?  Je ne le crois pas.

Si on regarde la situation avec lucidité, on a l’impression que le journalisme citoyen, sans renoncer formellement à sa mission, a néanmoins accepté quelle ne soit plus en pointe du changement social. Juste un de ses volets….   L’impression, aussi, que ceux qui ont beaucoup donné en utilisant ce media s’interrogent maintenant sur sa pertinence pour l’avenir, quant tout ce qui s’y dit se retrouvera sciemment mêlé aux trivialités de Facebook.

Comme si une masse de dossiers sérieux avaient été ouverts, traités, puis posés sur le bureau du chef – qui est le peuple – et que ce dernier n’en lise ni n’en signe aucun pour exécution, rendant superflu que l’on se tue à lui en apporter d’autres pendant qu’il semble tout entier occupé à feuilleter des albums de famille, des carnets mondains et des revues porno…

Que sont devenus mes amis, les blogueurs de combat de l’Age d’Or du Web?  Je pense que les tergiversations d’une population velléitaire  les a menés à parler moins souvent et avec moins de fougue.   Avec tout ce discours sur le web, discours qui ne conduit pas à l’action, le journalisme citoyen  n’est-il pas à glisser vers  la non-signifiance ? Nous tous qui écrivons ici, ne devrions nous pas bientôt choisir entre prendre le maquis ou prendre notre retraite?   Faire le choix de devenir kamikaze ou de se taire ?

Pierre JC Allard

483. LA VRAIE DÉMOCRATIE: UNE SOLUTION À 7 BRANCHES   13.08.19

CET ARTICLE EST UN EXTRAIT DU TOME  #9 DE LA COLLECTION ‘NOUVELLE SOCIÉTÉ »

On parle de démocratie, mais la population n’y croit plus. La population n’a plus confiance en ses chefs et ne croit plus en leurs promesses . Elle  ne perçoit plus très bien l’utilité de son vote, ni même la nécessité de sa participation au processus électoral. Pourquoi cette crise de confiance et cette désaffection? À cause de sept (7) vices ou carences graves de notre démocratie actuelle qu’il faudrait corriger:

1 – La valeur nulle de tout engagement préélectoral;

2 – La marginalisation de l’Assemblée Nationale

3 – L’aliénation du citoyen de la chose publique

4 – Le biais médiatique qui déséquilibre le dispositif électoral.

5 – L’exclusion des »petits partis  » qui est un veto à l’évolution de la pensée politique;

6 – La démarche à huis clos de conception et de préparation des lois;

7 – L’absence de contrôle efficace du citoyen sur l’application des lois.

Examinons ces sept (7) « imperfections » de notre régime démocratique actuel et tentons de proposer pour chacune une ébauche de solution.

1. La valeur nulle de tout engagement préélectoral.

La démocratie représentative repose sur un contrat implicite : le postulat que l’élu qui reçoit un mandat des électeurs aura le comportement qu’on attend de lui et que sa politique sera celle qu’il a proposée. Quand le citoyen n’y croit plus mais sait, au contraire, que ce que dit un candidat avant une élection n’est pas un indicateur fiable de ce qu’il fera après l’élection, pourquoi prêterait-il plus qu’une oreille distraite au discours politique ? Un discours souvent d’ailleurs énoncé de façon volontairement ambigu, pour ratisser plus large et ne contrarier personne ? Le citoyen s’est résigné aux pirouettes de ses élus et n’a plus confiance au contrat implicite entre lui et ses représentants. Il n’y croit plus. Cette perte de confiance est la première et la plus grave de failles qui exigent que l’on transforme notre démocratie. Comment imposer aux élus de tenir leurs engagements ?

SOLUTION : Une démocratie contractuelle

Pour que le citoyen reprenne confiance en ses hommes politiques, il faut que ceux-ci soient tenus de respecter leurs promesses. À l’engagement préélectoral à valeur nulle doit succéder l’engagement préélectoral à valeur contractuelle. Le mandat de représentation que confie la population à son gouvernement élu doit avoir la forme large et la valeur d’un CONTRAT. L’élection du gouvernement doit être un « contrat de gouvernement », conclu entre la population et un parti politique. Un parti politique est une petite équipe qui prétend avoir la sagesse de gouverner, est régulièrement inscrite comme parti au bureau du Directeur général des élections, propose un programme et présente un candidat au poste de Premier Ministre. Un programme, parce qu’un contrat de gouvernement doit être un contrat écrit et que c’est le programme d’un parti politique qui doit devenir le projet de contrat. Le programme d’un parti politique, c’est une offre de services que ce parti fait à la population. Soigneusement rédigé à cette fin, il ne se limite pas à indiquer les buts et objectifs qui, si ce parti est élu, deviendront ceux du gouvernement pour la durée de son mandat; il doit décrire aussi les lois que le parti entend faire adopter, les projets qu’il veut entreprendre, leur délai d’exécution et leur enveloppe budgétaire, les mesures fiscales qu’il appliquera, de même que ses politiques de santé, d’éducation, de développement commercial et scientifique, etc.

Tout ne peut être prévu au programme, mais un élément essentiel du programme d’un parti politique doit être d’indiquer les critères, compatibles avec l’esprit de ce programme, qui détermineront les choix du gouvernement lorsque des circonstances imprévues exigeront que celui-ci agisse au-delà des termes stricts de son programme.

Le programme d’un parti politique est un projet de contrat. La population en fait un contrat exécutoire en accordant la majorité absolue de ses suffrages au candidat de ce parti au poste de Premier Ministre. Le Premier Ministre a le mandat impératif d’accomplir le programme sur la foi duquel il a été élu. Si le gouvernement (le Premier Ministre) ne respecte pas ses engagements, il doit être immédiatement démis de ses fonctions.

Cette approche est propre à redonner confiance à l’électorat, mais elle exige évidemment qu’une entité impartiale détermine si le gouvernement tient ou non ses engagements et puisse, le cas échéant, le démettre de ses fonctions. C’est l’Assemblée Nationale qui doit avoir ce pouvoir. Une Assemblée Nationale composée entièrement de députés indépendants et impartiaux.

2. La marginalisation de l’Assemblée Nationale

Dans le régime actuel au Canada, l’électeur doit choisir: d’un seul vote : a) le parti auquel il veut confier la tâche de former un gouvernement, et b) le député qui représentera une circonscription électorale. Normalement, il fera le choix rationnel de voter pour le parti qu’il souhaite voir former le gouvernement. Il ignorera le candidat député, un inconnu parmi d’autres inconnus, tous choisis par des organisations politiques qui lui sont totalement étrangères et auxquelles lui, le citoyen ordinaire, ne participe pas. C’est un choix rationnel, mais le député, celui qui en théorie nous fait nos lois et devrait représenter l’électeur, ne reçoit donc plus de mandat réel et ne représente plus que le parti politique qui l’a choisi comme candidat et ne rend de compte qu’à celui-ci. Il n’a pas concrètement la liberté de se dissocier de ce parti et de voter selon sa conscience: il pourrait être remplacé par un jeton entre les mains du Premier Ministre.

Dans ce scénario, le député n’a plus de rôle utile; il est largement perçu par la population comme s’acquittant – plutôt mal que bien – de celui ambigu d’un distributeur local officieux des passe-droits du gouvernement. L’Assemblée Nationale, n’ayant elle-même pas plus d’utilité que ceux qui la composent, se borne donc à entériner – après des discussions toujours oiseuses et souvent disgracieuses – des décisions prises en caucus par le gouvernement,. Comment redonner aux députés et à l’Assemblée Nationale leur rôle et leur dignité ?

SOLUTION : Un député indépendant et une Assemblée souveraine

Dans le régime que nous proposons, le député doit être un homme de confiance, élu sur la base de sa réputation et ne représentant que ses électeurs. L’électeur le choisit par un vote distinct de celui par lequel il choisit le Premier Ministre. Ne peut être candidat au poste de député qu’une personne sans affiliation partisane, déclarant solennellement qu’il sera impartial et ne fera état d’aucune préférence pour l’un ou l’autre des partis politiques inscrits. Les députés tous indépendants constituant l’Assemblée Nationale votent les lois que propose le gouvernement ou ne les votent pas. On leur demande de juger impartialement des lois proposées à l’aune de la conformité de ces lois au programme sur la base duquel le gouvernement a été élu et d’évaluer aussi constamment le gouvernement lui-même.

Comment l’Assemblée Nationale procède-t-elle à l’évaluation du gouvernement ? Au sein de l’Assemblée Nationale, les députés se répartissent d’abord la tâche spécifique de surveiller par petits groupes (Commissions parlementaires) les activités sectorielles de l’État. Ensuite, chaque Ministre du gouvernement se présente mensuellement devant l’Assemblée Nationale, propose ce qu’il a à proposer et rend compte de l’état d’avancement de ses travaux. On le questionne.

Si, après avoir entendu les réponses du Ministre, une majorité des députés juge que le travail de celui-ci est insatisfaisant, au vu du programme qui a permis au parti d’être élu et de former le gouvernement, ce Ministre est blâmé et a un mois pour s’amender. Si le mois suivant sa performance ne donne toujours pas satisfaction, les députés peuvent voter son renvoi, le Premier Ministre ayant alors trois (3) jours pour lui désigner un remplaçant.

Les députés peuvent aussi introduire des amendements aux projets de lois soumis par les ministres, amendements dont l’Assemblée jugera de la pertinence et de l’opportunité selon le même critère : la conformité au programme du parti que la population a élu. Le gouvernement peut en tout temps mettre fin à la présentation d’amendements et demander le vote, mais il le fait alors à ses risques d’être blâmé et d’en subir les conséquences, puisque l’Assemblée Nationale a le pouvoir de révoquer le gouvernement.

En effet, après que tous les ministres ont fait leur rapport, c’est le Premier Ministre lui-même qui se présente devant l’Assemblée en fin de mois pour rendre compte et être évalué. S’il est blâmé pour sa conduite globale des affaires de l’État – et s’il ne s’amende pas au cours du mois de grâce qui lui est aussi accordé – c’est lui et tout son cabinet qui sont révoqués.

Ce pouvoir de révocation du Premier Ministre, même si celui-ci a été élu directement par la population, est de l’essence même du régime que nous proposons. Le mandat direct que la population a donné au Premier Ministre en l’élisant est donc explicitement conditionnel à ce pouvoir de révocation par l’Assemblée.

La campagne électorale pour l’élection d’un nouveau gouvernement débute dix (10) jours après le vote de révocation par l’Assemblée. Le gouvernement durant l’intérim doit se limiter à la gestion conservatoire des affaires courantes, sous peine de nullité des autres décisions et engagements pris par l’État durant cet intérim.

3. L’aliénation de l’électeur de la chose publique

Comment, dans le système actuel, le citoyen pourrait-il croire que ce député, dont on a vu que l’allégeance est ailleurs, est son représentant et lui rendra des comptes ? Le citoyen ne croit plus que quiconque prétend le représenter au sein de l’État soit vraiment SON représentant et il est donc totalement aliéné de la chose publique. En introduisant une démocratie contractuelle et en redonnant au député son rôle de législateur, on amène l’électeur à s’intéresser davantage à son représentant, mais l’on ne règle pas pour autant la question de la représentativité de celui-ci.

Avec cette réforme, en effet, le député devient un personnage important alors que, pour l’électeur, il demeure un inconnu. Ne risque-t-on pas que le député s’éloigne encore plus de ses commettants et les représente encore moins? Assurément. Il faut donc prévenir et pallier cette distanciation en recréant la relation personnelle qui était à l’origine du concept de démocratie représentative.

Il faut que l ‘électeur ait un représentant qu’il connaisse et auquel il puisse s’identifier. Il trouvera dans cette relation la motivation de choisir ce représentant avec soin et, aussi, un sentiment d’appartenance à la structure politique qui l’incitera à en suivre avec plus d’intérêts les péripéties, ce qui est une condition essentielle d’une vraie démocratie.

SOLUTION : Une démocratie VRAIMENT représentative

Le régime que nous avons présentement n’a de la démocratie représentative que le nom et la prétention, sans en avoir la substance ni les avantages. Pire, il ne semble pas raisonnable de penser qu’on pourrait le modifier et établir une relation personnelle vraiment fonctionnelle entre un député et ses dizaines de milliers d’électeurs. Il faut donc renoncer à certaines idées toutes faites et établir de nouvelles strates dans la hiérarchie de représentation. Entre le député et l’électeur, deux nouveaux paliers nous semblent nécessaires; celui de « Grand Électeur » et celui de « Conseiller ».

A : Le « Grand Électeur »

Il faut reconnaître lucidement que tous les citoyens n’ont pas la connaissance minimale des enjeux politiques qui leur permettrait de voter avec discernement. Ils ne l’ont pas et ne veulent pas l’acquérir. Il n’est pas question de priver de son droit de vote celui qui ne connaît rien de la politique, mais on pourrait lui permettre d’exercer son droit de vote en le déléguant à un autre électeur en qui il a confiance et qui lui s’intéresse à la chose publique: un « Grand Électeur ». Tout électeur qui passe avec succès un examen sommaire faisant foi de sa compréhension minimale des règles et des enjeux électoraux devrait pouvoir obtenir la qualité de « Grand Électeur ». Cet examen devrait être à la portée de quiconque sait lire et prend le temps de lire les journaux. Le Grand Électeur ne serait donc rien de plus que l’électeur informé et conscientisé que chacun devrait être.

Par la suite, au lieu d’exercer lui-même son droit de vote, quiconque le souhaite pourrait en déléguer l’exercice à un Grand Électeur en lui remettant sa carte d’électeur et en envoyant une déclaration assermentée à cet effet au bureau du Directeur général des élections. Un Grand Électeur, toutefois, ne pourrait détenir plus de 30 votes délégués et ne pourrait représenter un électeur sur qui il exerce une autorité. Il serait aussi tenu à la confidentialité quant à ses choix électoraux. L’électeur pourrait en tout temps, sauf en période électorale, mettre fin à cette délégation et exercer lui-même son droit de vote ou en déléguer l’exercice à un autre Grand Électeur.

Pourquoi ce palier supplémentaire de représentation dans notre démocratie? D’abord, pour créer une familiarité avec le pouvoir chez l’électeur aujourd’hui aliéné de la chose publique. Il faut un trait d’union entre l’électeur et le député, lequel, de par son mandat, n’est déjà plus citoyen « ordinaire ». Ce trait d’union, c’est le Grand Électeur. Pour la majorité des gens, on ramène ainsi à échelle humaine le choix d’un représentant. Chacun peut choisir une personne qu’il connaît et en qui il a confiance.

Ensuite, l’électeur que n’intéresse pas la chose politique peut néanmoins contribuer ainsi utilement au processus démocratique, en choisissant pour le représenter quelqu’un en qui il a confiance au lieu de s’abstenir ou de voter au hasard. Ce n’est pas un choix futile, puisque de la qualité des Grands Électeurs dépendra la qualité de notre démocratie.

Enfin, les Grands Électeurs. formeront un segment important de l’électorat, composé de personnes ayant un intérêt certain pour la politique et au moins les rudiments de connaissance requis pour une décision éclairée. On peut supposer que le Grand Électeur s’informera, établira mieux les rapports de cause à effet, sera moins vulnérable à la manipulation du pouvoir et des médias, tout en ne contrôlant pas un nombre de suffrages suffisant pour qu’on tente sérieusement de le soudoyer. Il déposera donc un vote plus réfléchi et le ton du discours politique en sera rehaussé d’un cran.

B: Le  » Conseiller « .

Les Conseillers seraient élus dans chaque circonscription en même temps que le Député. N’importe quel électeur peut se présenter au poste de Conseiller. Chaque électeur peut voter pour un Conseiller et un seul à chaque tour de scrutin, les Grands Électeurs disposant d’autant de votes que d’électeurs qu’ils représentent et pouvant répartir ces votes comme ils l’entendent entre les candidats Conseillers. Sont déclarés élus, au premier ou au second tour de scrutin, les candidats Conseillers ayant obtenu mille (1 000) votes ou plus.

Le nombre des Conseillers dans une circonscription variera évidemment selon la distribution du vote. La publicité formelle du candidat Conseiller en campagne obéira aux mêmes limitations que celle du Député, mais quand 1 000 votes suffisent pour être élus, le bouche à oreille devient un outil efficace.

L’intention, en créant des Conseillers, est de permettre une représentation des minorités et groupes de pression tout en ne leur donnant que bien peu de pouvoir. Il est important que le Député et les Grands Électeurs soient et se présentent comme totalement impartiaux, mais il semble raisonnable que les Conseillers, tenus à l’impartialité quant aux partis en présence, soient identifiés cependant à des segments de la population. C’est entre Conseillers que se fera la conciliation des intérêts particuliers, le Député pouvant rester à l’écart des lobbies et l’un ou l’autre des Conseillers ne manquant pas l’occasion de le lui rappeler s’il l’oublie.

Normalement, c’est au Conseiller qui leur paraît le plus près de leurs intérêts que les individus adresseront leurs doléances ou viendront présenter leurs requêtes. C’est à lui qu’ils diront ce qu’ils attendent de l’État et les Conseillers fourniront ainsi constamment au Député l’image de ce que pensent ses électeurs et de ce qu’ils veulent.

Avant tout vote à l’Assemblée, le Député devra formellement consulter ses Conseillers et il y aura procès-verbal de leurs recommandations. Si 70% des Conseillers d’un Député sont en désaccord avec celui-ci quant à un vote à l’Assemblée, ils peuvent faire constater leur dissidence par notaire, en donner avis au Président de l’Assemblée et y faire enregistrer leur vote en lieu et place de celui de leur Député.

Ceci n’arrivera pas souvent, car il n’est pas si aisé de mettre d’accord pour un putsch 70% des membres d’un groupe représentatif de multiples tendances. Si la chose arrive, toutefois, le Député et les Conseillers seront considérés avoir démissionné en date de la présentation au Président de l’Assemble de l’avis de dissidence, sans préjudice à la validité du vote dont ils ont ainsi donné avis. Une élection partielle aura lieu le premier dimanche suivant le quarantième jour après leur démission, avec deuxième tour le dimanche suivant si nécessaire. Les électeurs seront informés de la position adoptée par le Député et de celle des Conseillers dissidents, permettant ainsi à la population de réitérer ou non sa confiance au député, aux divers conseillers ou à tous.

4. Le biais médiatique qui déséquilibre le dispositif électoral.

Parce qu’il ne veut plus croire ce qu’on lui dit, l’électeur ne peut plus voter pour une idée ou un programme; il en est réduit à voter pour une image et un visage: nous sommes en « démocratie cosmétique ». Mais un politicien a le visage et l’image de ses moyens et de ses appuis; appuis transparents, mais aussi parfois tacites, implicites et occultes. L’électeur qui en est réduit à voter pour des images tend naturellement à favoriser celles qui sont omniprésentes et le mieux fagotées. Si un parti ou un candidat peut consacrer à se faire connaître et complimenter 20 fois la somme dont disposent certains de ses adversaires, la lutte n’est pas égale. On a prétendu régler ce déni d’équité par la limitation des dépenses électorales, mais les dépenses électorales ne sont que la toute petite pointe de l’iceberg.

Ce n’est pas la publicité payée qui est vraiment efficace, mais la publicité gratuite faite par les médias, les commentateurs, les éditorialistes. La liberté de la presse – qui ne doit en aucun cas être remise en question – permet hélas de contourner facilement l’esprit de la limitation imposée aux dépenses électorales. On manipule comme on veut via les médias, et le politicien qui ne peut compter sur la bienveillance des médias n’a aucune chance.

Quand un chroniqueur consacre 5 colonnes en page 4 de La Presse à louanger une candidate, combien d’argent devraient dépenser ses adversaires pour rétablir l’équilibre? Quand les médias citaient Pierre, Jean, Jacques en oubliant commodément Michel, est-ce que Prescott, en 1998, avait une chance de devenir maire de Montréal? Comment, sans museler les médias, donner une couverture honnête à chaque parti et à chaque candidat ?

SOLUTION : Un message pour chacun et moins de bruit pour tous

La couverture inégale que donnent les médias aux divers partis et aux divers candidats fausse le jeu électoral. On peut donner une chance honnête à chaque parti et à chaque candidat en rejetant l’approche marketing de la démocratie – laquelle vend comme du savon des idées creuses à une population distraite – et en la remplaçant par une obligation de l’État d’informer. À chaque élection, l’État doit prendre en charge le coût de diffusion à l’échelle nationale, dans tous les médias écrits et télévisuels, du programme de chaque parti et du CV du chef de chaque parti. Chaque parti reconnu doit jouir aussi, aux frais de l’État, d’un envoi postal gratuit à tous les ménages de son programme et des curriculums des membres de son équipe. Chacun doit recevoir un même temps d’antenne à la radio et à la télévision. Un ou plusieurs débats télévisés doivent permettre aux chefs de tous les partis de s’affronter. Au palier des circonscriptions, les curriculums des candidats députés doivent aussi, en début de campagne, être publiés aux frais de l’État dans tous les journaux de la circonscription et faire l’objet d’un envoi postal gratuit à tous les ménages de la circonscription.

Ensuite ? Ensuite, on arrête et l’on se tait. Quiconque a un programme doit pouvoir le soumettre à la population sans que son message soit occulté, couvert par le vacarme des publicités payées. Aucune autre publicité gratuite ou payée que cette présentation unique des programmes et des curriculums ne doit être tolérée durant la campagne électorale. S’inspirant du ¨silence¨ médiatique que l’on fait déjà respecter la veille de l’élection, l’État doit mettre son veto à l’insignifiance durant toute la campagne électorale.

Restent les commentaires d’une presse qu’on veut libre. On peut rétablir l’équilibre entre les partis et les candidats sans priver les journalistes de leur droit de parole; il s’agit simplement de les forcer à passer aussi le micro. Que les journalistes continuent d’y aller de leurs commentaires sur les partis et leurs programmes comme sur les candidats; mais, dans la tradition du droit de réplique, tout article jugé critique par le Directeur général des élections doit donner lieu à une réponse de la partie présumée lésée. Quant aux articles et communiqués n’attaquant personne mais mettant en évidence un candidat ou un parti, il faut alors accorder à leurs adversaires un temps/espace équivalent pour qu’eux aussi puissent se faire connaître sous un jour favorable.

Blogues et sites persos ouverts au public sont assimilés à des médias. Durant une campagne électorale, tout individu ou blogue qui diffuse une information politique doit ouvrir ses colonnes à tous les partis et à tous les candidats, accordant à chacun le droit d’y publier à la hauteur des normes et aux conditions que nous avons indiquées pour les médias .

Qu’on ne nous dise pas qu’il est inapproprié d’accorder à un parti marginal la même couverture qu’à un parti qui semble capable de prendre le pouvoir; c’est peut-être parce qu’il n’a pas cette couverture équitable qu’un parti demeure marginal, et seulement parce qu’il a cette couverture que tel autre parti apparaît comme prêt à former le gouvernement. C’est à la population correctement informée qu’il appartient d’en décider, pas à des chefs de pupitre.

Est-ce que cette approche ne serait pas juste ? Ou aurait-on peur que, privée du cirque médiatique qui l’entoure, une campagne électorale ne parlant que des vrais enjeux ne devienne ennuyeuse et que la population ne se désintéresse encore plus de la politique ? Si c’est le cas, il vaudrait mieux trouver une autre façon de l’intéresser que de lui rabâcher des slogans vides.

5. L’exclusion des « petits partis » qui est un veto à l’évolution de la pensée politique

 

Notre démocratie, essentiellement de bipartisme, tend à favoriser l’alternance au pouvoir d’un parti de centre-centre-gauche et d’un parti de centre-centre-droite. Les tiers partis n’y ont leur place que : a) dans une chasse gardée dont ils ne sortent pas, ou b) pour une période de transition qui leur permet d’évincer l’un des deux (2) partis principaux, généralement celui qui se prétend  » innovateur  » mais qui a apporté toute l’innovation qu’il véhiculait au départ.

Ce bipartisme est un facteur de stabilité et de consensus et il faut préserver cet acquis. Il faut, toutefois, sous peine de stagnation de la pensée politique, de la démocratie et de la structure sociale elle-même, encourager l’émergence de nouvelles visions et de nouveaux partis dont, le temps aidant, l’un pourra devenir une alternative crédible de gouvernement.

Notre système actuel fixe trop haut le seuil à partir duquel un ou plusieurs tiers partis peuvent aspirer à la visibilité qu’apporte la reconnaissance formelle de leur légitimité par une présence à l’Assemblée Nationale. La conséquence inéluctable en est que c’est le talent de son leader – plutôt que les idées qu’il véhicule – qui permettent à un tiers parti d’évincer l’un des  » vieux partis » et de devenir le parti de l’alternance. Ainsi Duplessis pour l’émergence de l’Union Nationale, Lévesque pour celle du Parti Québécois.

Comment donner une voix à toutes les tendances idéologiques significatives – et donc offrir un choix réel à la population – mais sans compromettre, ni même retarder indûment, la prise de décision politique et le fonctionnement harmonieux de l’État ?

SOLUTION : Abaisser le seuil de visibilité

Il faut briser l’impasse et encourager l’émergence et la visibilité de nouveaux partis politiques innovateurs, mais sans mettre en péril la stabilité gouvernementale. Pour ce faire, la meilleure approche semble être une élection à deux tours de scrutin. Au premier tour, c’est le choix du mieux : l’électeur accorde son vote au parti auquel il s’identifie; au deuxième tour, c’est le choix de consensus et du moindre mal, l’électeur votant pour celui qu’il préfère des deux partis qui restent en piste. Les partis petits ou grands, comme la notion de ¨loyale opposition¨ héritée du Parlement britannique, n’ont évidemment pas de place dans une Assemblée Nationale constituée de députés indépendants et impartiaux. Il est souhaitable, cependant, que soit constituée une « Chambre consultative » réunissant les représentants de tous les partis ayant obtenu 1% ou plus du vote populaire au premier tour de l’élection précédente.

Aucun individu n’est élu à cette chambre consultative; ce sont les partis politiques, parti du gouvernement en tête, qui y disposent chacun d’un seul  » fauteuil « , quel que soit le nombre de suffrages (> 1 %) qu’ils aient obtenus. Un seul fauteuil, mais on peut dire, que chacun de ces partis y dispose d’un nombre illimité de  » voix « , puisqu’il peut inviter qui que ce soit à occuper ce fauteuil et à parler en son nom pour les fins d’un débat quelconque. Chaque parti y assigne donc à sa discrétion, selon la nature du débat, un expert ou vulgarisateur du thème discuté, ce qui devrait garantir un niveau de discussion bien supérieur à ce que nous offre présentement l’Assemblée Nationale.

Cette Chambre consultative siège, en fait avec l’Assemblée Nationale, mais n’y a pas droit de vote. Les députés entendent donc les observations de tous les partis représentés à la chambre consultative, ceux-ci ayant droit à une intervention – et une seule – pour présenter leurs commentaires et leurs recommandations sur chaque projet de loi et chaque rapport ministériel.

Des partis représentés à la chambre consultative, on ne s’attend pas à ce qu’ils se posent en objecteurs systématiques de tout ce que fait le gouvernement, mais qu’ils le dénoncent lorsqu’il le mérite et, surtout, qu’ils proposent des alternatives constructives.

La Chambre consultative ne vote pas et n’a aucun veto sur l’action du gouvernement; elle a cependant l’occasion d’influer sur le vote des députés. Elle a surtout l’écoute attentive des médias, puisqu’elle est la source des idées neuves. C’est par ce qu’il aura proposé à la Chambre consultative qu’un parti établira sa crédibilité pour l’élection suivante.

6. La démarche à huis clos de conception et de préparation des lois

La démocratie, même représentative dans son application, ne devrait pas se réduire à une intervention ponctuelle du citoyen au choix de ceux qui décideront pour lui de son avenir. Elle devrait signifier la participation continue du citoyen au processus de décision politique, mais aussi à l’identification des problèmes, à l’étude des solutions à leur apporter et à l’élaboration des lois venant encadrer l’application de ces solutions.Il y a bien peu dans la démocratie actuelle pour favoriser cette intégration systématique de l’apport des citoyens à l’évolution constante du cadre normatif de la société. Les lois sont la plupart du temps pensées et rédigées à huis clos, entre initiés. Sauf quelques consultations populaires à visibilité variable, le citoyen est tenu à l’écart de cette démarche de genèse des lois. Comment mettre en place des mécanismes permanents de consultation qui feront la part belle à ce que les citoyens veulent vraiment ?

SOLUTION : La participation systématique du citoyen à la genèse des lois

Les moyens modernes de communication dont nous disposons permettent de consulter aisément et efficacement la population sans contrainte et il est inconcevable de parler de démocratie sans le faire. Il faut donc considérer comme un élément essentiel d’une réforme de la démocratie la mise en place d’une structure permanente de consultation de la population et il existe deux (2) outils privilégiés pour le faire : l’Internet et le réseauInterac. Pour mettre en place une structure permanente de consultation, l’État peut et doit donc mettre en place une structure de consultation à deux volets.

A : Le volet INTERAC

L’État doit mettre à contribution le réseau Interac qu’utilise les banques , auquel le citoyen aura accès pour cette fin via la « carte d’électeur » qu’on lui donnera enfin. On peut alors consulter formellement la population avec régularité sur toute question d’intérêt; chaque électeur se voit créditer une (1) « opinion » par sondage auquel on lui demande de participer et son NIP garantit l’authenticité de sa réponse. Le questionnement peut être totalement anonyme ou, si l’on veut une stratification qui rende l’échantillonnage statistiquement valide, la carte d’électeur peut porter les codes révélant les catégories démographiques ou socioéconomiques du détenteur sans dévoiler son identité.

Disposant d’une structure permanente de consultation, le gouvernement doit consulter la population par Interac sur tout projet de loi soumis à l’Assemblée Nationale. Le gouvernement peut expliciter sa position en quelques paragraphes simples joints au sondage, les autres partis politiques doivent aussi pouvoir, de la même façon, expliciter la leur. Tout le monde, d’ailleurs, pourra participer au débat: c’est l’affaire du volet Internet ci-dessous.

B : Le volet INTERENET.

On peut discuter de tout sur Internet; il ne faut que structurer impartialement la discussion et épurer le débat principal en référant les questions secondaires vers des sites connexes. L’État doit créer un site Internet auquel tout citoyen pourra avoir accès, soit pour faire des commentaires dans le cadre de consultations populaires initiées par le gouvernement, soit pour lancer lui-même sa propre consultation à laquelle la population pourra participer.

Utilisant le site Internet, les citoyens doivent pouvoir présenter des amendements à tout projet de loi, ainsi que soumettre de leur propre chef d’autres projets de loi qui, s’ils sont appuyés par un nombre à déterminer de citoyens, feront alors à leur tour l’objet d’une consultation formelle via le réseau Interac. On peut ainsi avoir simultanément en ligne des dizaines de  » référendums  » sur tous les sujets qu’on voudra, recueillant patiemment chacun des appuis jusqu’à ce qu’il mérite l’attention des hommes politiques ou sombre dans l’oubli. On peut sans danger multiplier ces consultations; il n’y a que du bien, en démocratie, à savoir ce que nous pensons les uns et les autres et à fournir à tous une façon parfaitement légale de se battre pour ses idées.

Cette approche est possible parce que nous sommes désormais dans une société  » branchée « . À défaut de donner à chacun son ordinateur, l’État peut rendre l’équipement disponible gratuitement à tous – dans les écoles, par exemple – et offrir gratuitement à chaque citoyen un accès à l’Internet et une adresse de courriel. C’est tout ce dont on a besoin pour faire participer le citoyen à la genèse des lois, ce qui est le premier pas vers une nouvelle société plus démocratique.

Et n’oublions pas que le même scénario de sondages et de consultations qui s’applique à l’activité législative et aux projets du gouvernement peut également être mis en place au palier des instances décisionnelles régionales, locales et institutionnelles.

7. L’absence de contrôle efficace du citoyen sur l’application des lois.

La démocratie actuelle ne prévoit pas de suivi par les citoyens des gestes posés par l’Administration en exécution des décisions prises par les législateurs. Le pouvoir exécutif ne fait pas de place utile au citoyen au sein des mécanismes de contrôle de l’Administration. Il ne lui laisse, seul devant la machine étatique, que le recours judiciaire, lent, coûteux, complexe.Quelle que soit la participation du citoyen à la genèse des lois ou à la prise de décision politique, il n’aura pas vraiment ce pouvoir dont l’idéal démocratique voudrait qu’il dispose, tant qu’il n’aura pas sur la réalité quotidienne des moyens d’intervention plus commodes que d’ester en justice. Il doit pouvoir suivre pas à pas l’action des exécutants, vérifier quand il le faut leur bonne foi, leur compétence et leur diligence à s’acquitter des directives qu’ils ont reçues, introduisant au besoin seulement les recours au pouvoir judiciaire qui paraîtraient justifiés. Comment donner au citoyen les moyens de ses droits ?

SOLUTION : Bâtir l’agora virtuel où les citoyens s’uniront pour s’aider

La démocratie, ce n’est pas seulement que le peuple décide mais aussi qu’il dispose du pouvoir et des moyens de vérifier l’application des lois et règlements. Qu’il ait un recours efficace si l’application ponctuelle en est biaisée, qu’il puisse les faire modifier au besoin, voire les faire changer radicalement quand il le faut. Quand on pense à une réforme de la démocratie, on pense d’abord à modifier le processus décisionnel au sens strict. Pourtant, le contrôle de l’application qu’en font les administrations à tous les paliers est tout aussi important que la décision de l’État elle-même. Peut-être plus, puisque cette facette « contrôle » de la véritable démocratie touche la relation concrète entre l’État (Administration) et les individus.

À qui peut se plaindre efficacement, aujourd’hui, celui qui a un grief contre l’État lui-même, contre une régie, un directeur d’école, un fonctionnaire? Va-t-il se plaindre aux tribunaux? Au Protecteur du citoyen? Combien de mois et d’années lui faudrait-il pour faire redresser un tort qui souvent, dans les jours sinon les heures qui suivent, sera devenu irréparable et invérifiable?

Une société démocratique peut et doit mettre en place les mécanismes adéquats pour que chaque manque et chaque abus de droit puisse être divulgué et diffusé largement sans délai. Ceci est désormais possible en utilisant un volet du site Internet de l’État auquel les citoyens auraient accès pour le faire. Quiconque est lésé, brimé, traité injustement ou cavalièrement, pourrait ainsi faire connaître ses doléances, prendre connaissance des plaintes semblables qui ont été formulées, contacter ses compagnons d’infortune, bénéficier du soutien des associations qui ne manqueront pas de naître pour tirer parti de cette information nouvelle, écouter les conseils des avocats L’individu qui a ainsi où s’exprimer n’est plus jamais seul face à l’Administration.

Le pouvoir formidable de la démocratie apparaîtra quand la société instaurera un contrôle de qualité continu des services que l’administration rend à la population. Quiconque a été hospitalisé ou traité dans le cadre du réseau de la santé devrait remplir un formulaire évaluant les services qu’il a reçus et l’on pourrait offrir la même occasion de s’exprimer à ceux qui fréquentent une institution d’enseignement. Même évaluation par ceux qui doivent avoir recours au système judiciaire; la décision rendue doit rester soumise au respect qu’on doit aux magistrats, mais le laisser-aller du système, le délabrement et la vétusté des équipements, les délais odieux, ce sont là des critiques que la population a le droit d’apporter à l’exercice de la justice et dont les responsables devront tenir compte.

Les femmes, les aînés, les jeunes, les immigrants, les assistés sociaux, doivent aussi pouvoir dire – et se dire entre eux – la façon dont on les traite. Ils doivent pouvoir en avertir tout le monde. Les détenus aussi doivent avoir une voix. Quiconque s’en croit la responsabilité ou en a le goût doit pouvoir prendre faits et cause pour les groupes opprimés ou simplement négligés et défendre les droits des faibles.

Le bureau du Protecteur du citoyen doit recevoir un mandat plus large et beaucoup plus de moyens, devenir peut-être un Secrétariat de la Qualité des services de l’État. Peut-être le titulaire du poste, évidemment libre de toute attache politique, devrait-il être élu pour 10 ans. Ça aussi, c’est la démocratie

Ce texte reprend  en les résumant les propositions faites aux ÉTATS GÉNÉRAUX SUR LA RÉFORME DES INSTITUTIONS DÉMOCRATIQUES tenus au Québec en 2002. Il ne prendra son sens que si vous  la commentez. A quoi bon parler de démocratie si le peuple n’opine pas ?

Pierre JC Allard

484. Bradley-Chelsea Manning s’ajoute à Greenwald. L’homogamie instrumentée   13.08.26

Il y a quelques jours, quand le gouvernement britannique a commis ce qui semble l’impardonnable bourde de détenir à l’Aéroport de Londres le conjoint – du même sexe – de Glenn Greenwald, le proche de Edward Snowden et journaliste au Guardian responsable de la publication des données controversées pertinentes au projet PRISM, il y a eu un tollé de protestations. Normal.

Deux (2) de ces articles de protestation émanaient du site « Les 7 du Quebec et, plus inusité, ces deux articles, sans concertation préalable, ciblaient un même aspect de l’évènement: l’insistance particulière, presque grossière, qu’avaient déployée tous les médias pour montrer comme tout a fait banale l’homogamie des protagonistes. Une insistance qui ne pouvait qu’avoir été concertée entre ceux qui font la nouvelle; car on peut vouloir dire que l’homogamie est normale, ça se discute, mais dire qu’elle est banale n’est pas vrai.

 C’est, de toute évidence, une opération de propagande. Voyez ce que j’écrivais à ce sujet dans la chronique Uranus du site des 7.  Je le résume ici en une phrase: on a cherché à banaliser l’homogamie, en utilisant la sympathie pour les dénonciateurs de l’affaire Prism perçue comme particulièrement inacceptable par la population…, et il semble qu’on y soit parvenu. Petite expérience de manipulation de l’opinion populaire ? On déjeune et on en parle.

 En fait, chose faite, on n’en parle plus… Mais ça, c’était AVANT. Avant que Manning,  l’autre sympathique victime de la justice américaine pour avoir sonné un autre alarme dans le volet Assange/Wikileaks de la transparence à l’antiaméricaine, ne sorte à son tour du placard.

 35 ans de prison, pour Manning qui n’a dit que la vérité et qu’on propose pour un prix Nobel de la Paix, c’est beaucoup. C’est un autre scandale ….  En fait, juste une autre raison de haïr l’Amérique… Rien à voir, circulez…. Mais que fait Manning après avoir été jugé, condamné et sentencé?  Il annonce qu’il va changer de sexe. Il se perçoit comme une femme.  Il se veut  « Chelsea » et non « Bradley ».  Non seulement homosexuel, mais transsexuel…  Et alors  ? Alors ça fait beaucoup et ça commence à dépasser largement ce qui peut être l’effet d’un hasard..

 Coïncidence que les deux sonneurs de tocsin qui font les manchettes soient des homosexuels bien avoués et bien transparents ? Disons… surprenant.  Surprenant, surtout, que ce soit tellement mis en évidence. Alors il faut se demander pourquoi. Il saute aux yeux que l’on cherche à établir une relation entre homogamie, présupposant homosexualité, et le fait de dénoncer les manoeuvres du gouvernement américain.

 Est-ce qu’on va simplement plus loin pour rendre l’homosexualité et l’homogamie acceptables, en montrant des héros qui « en sont « ?… Ou le jeu est-il plus pervers qu’il ne semble ? Est-ce que dans ce pays où les préjugès homophobes sont encore féroces, la sympathie que nous appelions la « force ascensionnelle de la bouée » sera suffisante pour soulever, avec le poids de Greenwald et de son mari du même sexe, le poids encore plus lourd d’un transsexuel annoncé ?

 Est-ce que l’équilibre pourrait être inversé, et qu’au lieu d’un héroïsme qui est la rédemption de l’homosexualité, ce soit les préjugés qui prennent l’avantage, transformant l’héroïsme en trahison ? Que se passe-t-il si les rednecks farouchement homophobes de l’Amérique profonde associent homosexualité avec trahison et proclament que dénoncer l’espionnage des citoyens par leur gouvernement n’est plus un beau geste, … mais une saloperie d’efféminés qui n’ont pas de vrai patriotisme et qui doivent en être encore plus méprisés ?

 Si TOUT accepter de l’Etat sans rechigner devient une caractéristique du véritable américain mâle, viril, sans faiblesse, sans connivence avec l’ennemi… – alors que se poser des question et ergoter sur les droits de l’homme devient une affaire de minets et de tapettes –  nous sommes dans une toute nouvelle problématique. Tous des traitres en puissance ces homos … !

Je ne sais pas quel jeu joue l’Amérique, mais il est clair qu’elle en joue un et il n’est peut être pas très honnête. Il peut être horriblement destructeur, un pas de plus vers l’intolérance. Ne disons pas que c’est chose faite… mais ne nous cachons pas cette possibilité et soyons certains que ce qui arrivera ne sera pas un hasard, mais la conclusion d’un politique bien planifiée.

D’ici quelques semaines, on verra ce qui arrivera, comment l’opinion publique évoluera aux USA… et partout ailleurs. Car l’intolérance est contagieuse et ne connait pas de frontières. Et la position qu’a adopté la Russie est une autre variable dont la motivation et les conséquences sont encore opaques. A suivre de près.

Pierre JC Allard

485. ECHEC À L’HYPOCRATIE   13.09.02

Quelque chose d’énorme est à se passer:  les citoyens sont à faire échec  à l’HYPOCRATIE.  Hypocratie ?   C’est le pouvoir souterrain, le pouvoir d’en-dessous, le pouvoir « éminence grise » qu’on ne voit pas. C’est le véritable régime qui domine dans toutes nos soi-disant démocraties à l’occidentale, lesquelles sont lattant de petites satrapies, vassales du seul pouvoir impérial qui est  le pouvoir financier.

Hypocratie partout, car il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir que le seul vrai pouvoir en Occident qui transcende les frontières est celui des banquiers.  Toutes les lois sont faites pour servir ce pouvoir, que ce soit aux USA, en Europe ou dans les marches d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie.  Où s’arrête-t-il ?  Là où vous pouvez mettre une carte de crédit dans un distributeur de billets et en recevoir, vous êtes dans l’Empire…. car comment cela serait- il possible, si un pouvoir  souverain ne s’exerçait pas?

Cela est une évidence; il est inutile de s’y appesantir,  Voyons plutôt combien ce pouvoir financier est discret, invisible, souterrain, agissant  à partir de Basel, ou de quelque paradis fiscal caché par un autre.  Votons attentivement comment il n’obéit qu’aux lois qu’il a lui même fait mettre en place, dans ces États dits »démocratiques ». Voyons que tous ces gouvernements sont élus à partir d’une courte liste de candidat potentiels, choisis par les élites politiques de chaque État. Voyons que ces élites sont organisées en ‘Partis politiques » par des manœuvres discrètes, invisible, souterraines auxquelles ne participent qu’un pourcentage infime de la population.

Ces élites semblent en rivalité les unes avec les autres, mais c’est un leurre.  Elles sont toutes issues du 0,0001% qui possède tout et sont donc toutes inféodées  à ce pouvoir  financier qui contrôle tout,  Comment gérer l’État ?   On le dit de diverses façon,… mais on ne dit toujours que la même chose :  « respectez l’ordre établi, la propriété et les mécanismes de distribution de la richesse ».   Voyez vous, où que ce soit en Occident UN SEUL PARTI QUI DISE AUTRE CHOSE ? …. Ce consensus pour le statu quo, c’est ça, que nous appelons la démocratie.

Le processus électoral permet de choisir entre Pierre, Paul, André ou Jacques… mais jamais entre cette « démocratie »  avec son partage inique de la richesse … et autre chose.  Il n’y a qu’un projet politique en Occident. On  amuse le bon peuple en le faisant aiguillonner par les médias – tous propriétés des groupes financiers – et par leurs journalistes vedettes. Journalistes corrompus  … ou plus simplement abreuvés de fausses nouvelles, par des agences de presse à la solde du pouvoir. Pouvoir déguisé en Gauche ou en Droite,  mais dont le but ne change pas… Le but  qui est que les choses elles-mêmes ne changent pas non plus.  Le bon peuple va donc de tempes temps  voter pour Hollande ou pour Sarkozy… mais jamais il ne votera pour le changement: il n’y a pas de candidats du changement sur le bulletin.

C’est quoi, l’hypocratie ? Un pouvoir financier qui reste dans l’ombre, et qui donne ses ordres à des partis politiques dont les rouages sont eux même cachés, mettant de l’avant des homme politiques  bien soudoyés  qui déclineront  des alternatives de gouvernance grandiloquentes, mais interchangeables.  Le peuple, manipulé par les médias, suivra les suggestions qu’on lui fera.  Les cas plus difficiles de résistance seront eux-mêmes convaincus par des promesses ou des menaces de pas aller trop loin dans les questions…  Tout ça discrètement, en-dessous, sans que rien ne transparaisse que des scandales  ponctuels qui paraissent arriver un-à-un et dont on peut mettre quelque uns en évidence, pour punir quelques boucs émissaire et créer une impression de transparence… Alors que c’est tout le système qui constitue un réseau dense de népotisme et de corruption.

Cette gouvernance dont les éléments forts restent inconnus serait démunie, si elle n’avait à son service  toute une administration qui est complètement souterraine. Un fonctionnariat  maintenant installée de Bruxelles  jusqu’au dernier village d’Europe, une armée de fonctionnaires sans visages et qu’on ne connait  que par leurs fonction, veille à l’application des règlements qui expriment les lois et normes en vigueur.  Celles qui reflètent les principes directeurs de la gouvernance dite démocratique.

C’est cette armée anonyme, discrète, invisible qui s’assure que la richesse demeure entre les bonnes mains.  En récompense, elle peut traiter le pays comme son fief, pour l’exercice jubilatoire de l’arbitraire dans les détails, cette satisfaction mesquine que consentent traditionnellement ceux qui ont le vrai pouvoir à ceux qui les aident à le garder.  Personne de cette armée de ronds-de-cuir qui infiltrent toute la société, la vexe et souvent la tyrannisent n’est élu; ceux qui exercent  ce vrai pouvoir au quotidien dans notre démocratie sont tous nommés. Nommés dans les limites de leurs compétence, car il faut bien que les roues tournent, mais au vu, aussi, de leur complaisance envers le pouvoir financier.

C’est une complaisance facile, car au sommet de la pyramide des fonctionnaires  se fait, de générations en générations, l’adjonction lente des plus brillants serviteurs aux familles de maitres du vrai pouvoir financier.  Ainsi, au Canada, on voit le fils du Premier Ministre épousé la fille de l’homme le plus riche du  pays.  Quelques paliers plus bas, on est énarque, puis conseiller du prince, on devient banquier, général, on occupe tous les postes cooptés de la gouvernance, sans que JAMAIS la population n’ait un seul mot a dire dans le choix des vicaires…

Démocratie ? … Hypocratie, plutôt, où rien de significatif ne se décide qu’à hui-clos, en secret, tout le vrai pouvoir et ses ramifications importantes étant dissimulés sous le voile du jeu démocratique.  Comme un miroir sans tain qui permet à ceux d’en-haut de voir grouiller ceux d’en-bas, mais ne permet pas à ceux-ci de voir les gestes des vrais acteurs, seulement d’en ressentir les effets.

Pourquoi parler aujourd’hui d’une mise en échec de cette hypocratie qui domine tout, possède tout et semble avoir tout prévu ?  C’est que, par la grâce de l’internet, la masse politiquement amorphe et ignare que constituent toutes le populations sous contrôle démocratique se retrouve tout a coup  INFORMÉE et son intérêt titillé. Le citoyen ordinaire, qu’on pouvait parfaitement diriger jadis comme s’il portait un anneau au nez  – et avec extrêmement peu de moyens –  se voit proposer par l’internet d’avoir des opinions et de faire des choix.

D’abord  des choix qui n’ont pas vraiment d’impact sur la répartition de la richesse, et sont donc sans importance directe sur la caste dominante.  Mais, justement parce qu’ils sont marginaux, le pouvoir n’a souvent pas pris la peine de trouver une réponse satisfaisante aux questions qui sont ainsi soulevées par ces choix  Une multitude de questions sont ainsi posées, via le Web, auxquelles le pouvoir réagit en laissant faire…   Il laisse passer d’autant plus facilement que ces questions disparates ne constituent PAS une contestation cohérente de la gouvernance, mais vont dans tous les sens, réclamant des accommodements qui ne mettent pas en péril les « vraies valeurs » de l’ordre et de la propriété.

Mais ce qui rend l’internet dangereux pour le pouvoir, imparable, c’est qu’il ne défend pas un idée précise qui s’opposerait pouvoir, mais une myriade d’idées contrariantes  qui ne proposent pas une alternative dont on pourrait débattre, mais montrent des failles, des  inepties qui discrédite le pouvoir.

Pourquoi ce qu’on appelle le Système se préoccuperait-il de ces trivialités qui ne concernent que le bien-être des gens, comme l’éducation, la santé ou l’accès à la justice, si l’impact en est minime sur la distribution de la richesse qui pour lui est le seul dossier crucial ?  Normalement, ce sont les satrapes et sous-satrapes locaux qui s’en occupent…. Mais, avec l’internet, des centaines de petites exigences ont été mises de l’avant,… et l’État, dans une stratégie d’économie de ses efforts, a cessé de vouloir tout optimiser.

Il a réagi à ces exigences par autant de petites concessions faites au peuple, pour acheter la paix, avec une conséquence néfaste pour la gouvernance occulte de notre hypocratie. Car en choisissant de s’en tenir de plus en plus à l’essentiel, abandonnant des pans de son autorité,  Il a acheté la paix, mais projeté une image de faiblesse.  Big Brother a laissé voir qu’il ne sait pas tout et, ce qui est plus grave, le peuple en a pris la mauvaise habitude d’ergoter.

Si l’affaire du 911 avait eu lieu ne serait-ce que 5 ans plus tôt, jamais il ne se serait créé une contestation sérieuse de la version des faits proposée par le gouvernement.  Les citoyens y auraient cru.  Helas, pour  Bush et son équipe, c’est précisément à ce moment là que TOUT LE MONDE est arrivé sur internet  et l’explication terriblement boiteuse qui avait été préparée pour une population qui l’accepterait sans discussions, comme d’habitude, est  devenue le point de ralliement pour les sceptique,, le  Waterloo de la crédibilité de l’Etat.

Apres le désastre de relations publiques du 911, on aurait pu croire que le Roi ne sortirait plus nu dans la rue.  Mais c’était compter sans l’inertie et la morgue de cette énorme machine de fonctionnaires obtus, cette caste de pouvoir d’appoint  qui me voulait pas remettre en doute sa bien relative omnipotence.  On a donc fait comme si le Web n’existait pas. On a dit encore des bêtises pour l’Afghanistan, pour l’Irak. pour la Libye…  Puis,  tout a coup, un seuil a été atteint.  Les peuples ont subitement cessé de croire ce que disaient les hypocrates occidentaux.

Ce seuil a été atteint récemment.  Sur des questions – FONDAMENTALES  aux USA – comme le népotisme et la corruption, on découvre que 90% des commentateurs du New York Times  disent au gouvernement qu’on ne le croit plus.  Concernant le Syrie. On ne le croit pas davantage et – impensable il y a quelques années –  c’est le Président russe qui apparait comme le défenseur du bon sens et du bon droit !

Le Pouvoir se réveille donc de sa transe. Il se passe quelque chose:  la confiance des Americains en leur gouvernance est brisée.  Ca pourrait mener loin. Ce que fera cette gouvernance pour reprendre la main, personne ne le sait.  Dans un premier temps elle semble reculer d’un pas dans cette ignominie du bombardement de la Syrie.  Mais il ne faut pas croire que la victoire est acquise. C’est la situation, gratifiante, mais bien périlleuse, d’avoir coincé un tigre dans un coin et de vouloir  lui faire comprendre qu’il ne mangera plus tout son saoul… Ce n’est pas chose faite

Pierre JC Allard

486. Dieu reconnaitrait-il les siens ?

Une allusion a ce qui a sans doute été la plus discutable repartie de l’Histoire.  A ses Croisés se préparant à prendre d’assaut la ville de Béziers alors aux mains des Cathares (Albigeois) – et lui demandant comment, dans la fureur du combat distinguer un bon Chrétien d’un Hérétique – l’évêque Arnaud-Amaury, chef spirituel de la croisade contre les Albigeois eut cette réponse claire:   » TUEZ-LES TOUS; DIEU RECONNAITRA LES SIENS ».  On estime qu’il s’est tué entre 8 et 17 000 Bitterois en ce bel après-midi de 1209.

17 000, c’est bien peu, si on compare à Stalingrad ou à Verdun, ou même à une petite guerre de rien du tout, comme cette intervention occidentale en Libye où on parle de 80 000 morts sous les bombardements.  En fait, le seul intérêt de cette affaire de Béziers, c’est de prouver qu’une seule phrase bien placée peut vous faire entrer au dictionnaire… et de montrer que « esprit de décision » et « efficacité », à leur plus ignoble, n’ont pas été inventés par des énarques en Kabylie ou des MBA américains au Vietnam…

Samedi, à la Cathédrale de Montreal, j’ai rencontré l’efficacité apparemment anodine, quand on m’a assené une phrase qui ne passera pas à l’Histoire, mais que je crois important de méditer.  Alors que je m’étonnais qu’on ait refusé de tenir à la Cathédrale ce jour-là une prière publique pour la paix et contre une intervention militaire en Syrie à l’heure où le Pape Francois, sur la Place Saint-Pierre allait inviter toute la chrétienté  et les autres à se joindre à lui pour le faire, le curé m’a expliqué….

» Vous savez, Monsieur, nous pensons à la Syrie…, mais nous avions un mariage prévu è cette heure. Un mariage, c’est une fois dans une vie; ça ne se déplace pas... »   J’ai tiqué un peu, mais j’ai compris à quel point ça ne se déplaçait pas, quand Nicolas Sarkozy m’a presque marché sur les pieds en regagnant sa limousine après la cérémonie.  Car il y a mariages et mariages….

La vérité, c’est que l’appel pour la paix lancé par le Pape François était en conflit d’horaire, à Montreal, avec les épousailles d’un Prince belge – Hadrien de Croÿ-Roeulx – banquier à Londres à ses heures (qui sont sans doute du 9 a 5, librement interprété) –  et de Jacqueline-Ariadne Desmarais, petite-fille de Paul Desmarais l’homme le plus riche du Canada, et de Jean Chrétien ancien Premier Ministre des mêmes lieux.

L’épitome de la grande bourgeoise. On comprend qu’en ce cas, c’était « No Contest ».  Mules rouges, mules blanches ou « souliers d’beu »,  Sa Sainteté  pouvait aller se rhabiller et son message a été chassé de la grille des heures de grande écoute, relégué  à la brunante et à la nuit bien tombée

Je reconnais bien là notre haut clergé québécois,  déphasé, décadent, aimant ses aises plus que Jesus et craignant l’État bien plus que Dieu, anxieux de se faire oublier, en espérant qu’on en oubliera aussi ses frasque et ses scandales, de la maltraitance rémanente des autochtones à son amour charnel immodéré des enfants. Je ne suis pas surpris que l’appel du Pape Francois ait été escamoté.

Je ne suis pas surpris que notre Église au Québec n’ait pas relayé ce message pour la paix, car dans ce pays qui se veut une colonie des USA. notre  hiérarchie catholique  prend aussi ses précautions…

Dans la prudence avant la noblesse, je reconnais Nosseigneurs les évêques, qui disaient « Ecoles pleines, Eglises vides » durant la Révolution Tranquille … et qui n’ont jamais vraiment cessé des voir les femmes du Québec comme des génisses gestantes… Je les reconnais, mais la question n’est pas là.

La question, c’est si Dieu, Lui, reconnaitrait les siens, dans cette hiérarchie catholique au Québec qui, alors que le Mal  et la mort rôdent autour de milliers d’innocents en Syrie, a choisi ce 7 septembre 2013 de donner la priorité au Carnet mondain plutôt qu’à  l’Evangile.  

Cette question – qu’on soit formellement catholique ou seulement ce disciple en puissance du message du Christ qu’est tout homme de bonne volonté – il faut tous se la poser.  Plus que quiconque, toutefois, il faut espérer que se la pose le Pape Francois lui-même qui ne peut pas se reconnaitre, ni reconnaître son message, dans cette tiédeur à porter la Parole qui est une désobéissance implicite, mais flagrante à ses directives.

La paix est une affaire de VIE ou de MORT.   Au moment où l’Eglise  a choisi le parti de la Vie et où Francois a appelé ses troupes  au combat contre la Mal, ses hommes-liges au Québec n’ont pas veillé une heure avec lui:  ils ont déserté.   S’il veut que renaisse une morale chrétienne au Québec , il devra racler cette petite pellicule de moisissure qu’est la hiérarchie catholique à la surface de la population du Québec avant que celle-ci puisse  prendre un engagement solide pour de vraies valeurs.

L’Eglise se mériterait un grand respect, si elle mettait à la retraite tout ce haut clergé québécois qui n’a pas répondu « présent ».  Car cette fuite n’a été qu’un exemple entre mille d’une débandade qui perdure.  Un nouvelle génération d’évêques devrait monter au front,  qui serait un lien efficace  entre un Pape qui veut que les choses changent et un peuple chrétien au Québec qui attend ce changement … Vivement un haut clergé qui soit ce lien, et non un obstacle institutionnel discréditant et sabotant tout espoir de renouveau.

Pierre JC Allard

487. Une charte de la laïcité… au Québec   13.09.16

Pas de mystère, cet article a été écrit pour les Québécois.  J’aborde toutefois certaines questions qui ne sont pas pertinentes uniquement dans nos arpents de neige.  L’Occident està s’islamiser  et rien de ce qui touche cette question ne peut nous être vraiment étranger.

Pendant qu’au Québec nous parlons de NOTRE Charte des valeurs québécoises, en France, on affiche sur les murs des écoles une « Charte de la Laicité » en 15 points, bien plus simple, mais plus exigeante que celle que l’on propose au Québec, … et ce sans soulever de protestations significatives. Bien sûr on proteste, mais on a protesté bien davantage contre le mariage gay, qui n’est même pas une prohibition, mais un simple élargissement des droits !

Pourquoi au Québec une telle levée de boucliers, contre un projet qui ne demande finalement qu’aux fonctionnaires de ne pas afficher de signes religieux distinctifs dans l’exercice de leurs fonctions, une exigence bien moins large que celle qu’impose déjà la loi française ?

On peut dire que l’affaire en France a été mieux préparée. Il y a quelque temps, en France, qu’on parle de laïcité. Depuis 1789… On a reglé en 1905 la question de la séparation de l’Église et de l’Etat. En mars 2004 – il y a déjà presque 10 ans – le voile islamique – a été interdit à l’école publique. Depuis avril 2011, la burqa est interdite même dans la rue. La tendance est claire vers l’élimination des identifiants religieux de l’espace public. On est dans un processus en marche et ça explique tout ….

On peut dire ça, mais ce n’est pas vrai. Le fond de la question n’est pas là. Le fond de la question, c’est qu’en France on pose comme prémisse une volonté commune de maintenir une identité nationale. Au Quebec on ne le fait pas… parce que cette volonté commune n’existe pas. Et ça change tout… Parlons-en un peu.

Je vais aller ici au-delà du débat en cours, au risque de semer des doutes chez les âmes pures qui préfèrent des opinions en noir et blanc. Je précise que je ne donne ici que mon opinion bien personnelle, forcément biaisée par mon vécu et qui peut donc apparaitre comme une suite de contradictions… si on refuse de voir qu’elle ne contredit que l’apparence de liens logiques qui ne reposent que sur des a prioris … et ne sont pas innocents

1. J’aime les étrangers, J’ai passé plus de la moitié de ma vie « ailleurs ». Avec des séjours significatifs dans presque toutes les cultures. J’ai cumulé plus de 30 ans d’expatriation. Je ne parle pas séjours dans notre Occident – où j’ai été partout – mais de longs séjours en l’Inde, au Brésil, au Congo, au Maroc, en Russie, aux USA … et dans littéralement cent autres lieux. Je n’ai pas été ailleurs seulement y vivre, en traitant « les Autres » comme nous, mais aussi souvent y vivre comme eux en m’adaptant à LEURS coutume et avec parfois même la tentation d’y rester. J’ai aimé l’étranger… Mais c’était mon choix….

2. JE DETESTE L’IMMIGRATION. Je déplore les grand mouvements d’exil imposés par la nécessité économique ou les hasards de la politique et qui sont tout, sauf désirés. Je veux bien que Stendhal choisisse Milan et Parizeau, Collioure, mais c’est un choix du coeur. L’exil n’est pas un choix du coeur pour des millions de Maghrébins, de Latinos, de Bantous et de Pakis, transbordés vers nos rives pour régulariser notre pyramide des âges ou modérer nos hausses de salaires, sous menace de crever des famines que NOUS, Occidentaux, avons créés chez eux, ou de tomber victimes des conflits que NOUS y avons fomentés.

3. L’immigration de masse est une abomination. Chaque immigrant qui arrive ainsi chez nous en exil est le signe de notre échec à créer un monde de justice dans lequel il aurait pu vivre heureux chez lui. Il faut toute la mauvaise foi diabolique du capitalisme, pour convaincre ceux chez nous qui se disent pourtant de Gauche, qu’ils font une oeuvre pie et charitable en facilitant la venue chez nous du 1/1000e que NOUS sélectionnons des peuples que nous appauvrissons et forçons à l’exode au lieu de les aider à vivre chez eux… Il faudrait les y aider, et d’abord cesser d’y aller leur nuire. ARRETONS L’IMMIGRATION DE MASSE.

4. Toute immigration forcée est mauvaise, mais pire si elle implique l’insertion dans une population (relativement) culturellement homogène d’éléments d’une culture incompatible avec la culture du pays d’accueil. Ainsi, l’insertion d’une population musulmane dans un pays de tradition chrétienne. Cet apport est irrecevable et il faut s’y opposer. IL EST IMPOSSIBLE D’ETRE A LA FOIS UN BON MUSULMAN PRATIQUANT ET UN CITOYEN RESPECTUEUX DES PRINCIPES ET DES VALEURS D’UN PAYS COMME LE CANADA OU LA FRANCE.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/12/14/pas-d’autres-musulmans-en-occident/

5. Permettre une immigration musulmane en Occident a été un tragique erreur. Cela dit, l’immigrant musulman que nous avons accueilli – et souvent invité – n’a pas à porter le poids ce cette erreur. Nous ne devons pas ajouter l’odieux à la stupidité, en lui interdisant aujourd’hui un comportement qu’il pouvait de bonne foi considérer comme son droit acquis indiscutable lorsqu’il a choisi de devenir un Canadien.

6. La Fonction publique du Québec peut sans doute imposer à ses employés le code vestimentaire qu’elle veut, mais en le faisait ostensiblement pour favoriser les tenants de certains croyances plutôt que d’autres, je crois qu’elle est légalement et moralement en terrain mouvant et aux antipodes de la laïcité bien comprise. Parler pour la laïcité, quand on veut s’opposer à l’Islamisation, est une hypocrisie que je trouve répugnante… et qui mérite de s’enliser et d’être engloutie. Un combat pour une culture doit être livré visière levée.

Mais veut-on, au Québec, livrer ce combat ? Parlons de cette hypocrisie que je viens de dénoncer…. mais aussi d’un déni qu’elle occulte et qui est plus grave même que cette hypocrisie.

L’hypocrisie, c’est surtout celle de ceux qui demandent la Charte sous prétexte de laicité, alors que ce qu’Ils veulent c’est faire barrage à l’Islam comme facteur d’hétérogénéité dans la société québécoise. Le déni, c’est surtout celui de ceux qui s’opposent à la Charte. Quelques-uns qui SOUHAITENT, mais surtout beaucoup qui ACCEPTENT, qu’une hétérogénéité croissante ait peu à peu raison de la spécificité du Québec et finalement détruise sa volonté identitaire.

Pourquoi parler ici de « déni », alors que cette opposition à une identité québécoise est une option politique parfois bien clairement affirmée ? Parce que ce n’est pas à la spécificité québécoise que l’Islam s’oppose vraiment, mais aux valeurs chrétiennes et postchrétiennes de l’Occident, dont l’attachement et la volonté d’appartenance à une collectivité nationale est justement l’une des conséquences historiques. Or ça, les opposants à la Charte ne veulent pas le voir

Quand les Musulmans en France applaudissent les victoires sportives des équipes algérienne ou marocaines sur l’équipe de France, on SAIT qu’il y a un problème. Ici, au Québec, un provincialisme étroit fait parfois suppoiser à certains qu’un affadissemnt de l’identité québécoise se traduira par une appartance plus forte au Canada. Ils ne comprennent pas que la victoire du multicultiralisme est celle de la non-appartenance. Un pas vers un monde « mondialiste », apatride. Ne pas le comprendre, c’est ça le deni.

On peut aimer ou ne pas aimer la marche vers l’uniformité, mais il faudrait la voir. La logique de l’interdépendance et la simple entropie veulent que nous allions vers un monde fusionnel, puis fusionné, où le Quebec et l’Ontario d’abord, – mais un jour aussi la Fance et l’Allemagne, la Norvège et la Grece – ne seront culturellement pas plus différents l’un de l’autre que ne l’est aujourd’hui l’Iowa du Nebraska. Mais le temps qu’on mettra pour y arriver reste à débattre. Et c’est de ça qu’il est question dans cette Charte des valeurs québécoises.

On pense d ‘abord Québec, naturellement, mais par-delà la notion d’appartenance émotive au Québec, est-on si pressé qu’un passeport canadien ne signifie plus qu’une communauté d’intérêts et des privilèges, comme être membre de Visa ou Mastercard ? Est-on pressé que nous soyons tous semblables ? C’est le moment d’y penser.

Pierre JC Allard

488. Dessiner un monstre   13.09.23

Ce TEXTE ES T UNE REPRISE DE CELUI DU 19 AOUT  2007

J’ai bien voyagé en pays musulman. Depuis longtemps. Tunisie, Algérie en 1956. Ghardimaou, à la frontière où les forces françaises m’ont retenu – poliment, je le souligne – le temps de s’assurer que je n’étais pas ce journaliste canadien, dont on les avait prévenus de la venue et qui viendrait voir de près ces histoires d’atrocités. Ce n’était pas moi…. . Beyrouth, en 1958, avec les Américains — déjà ! — sans qu’on sache trop ce qu’ils y faisaient. Au cours des ans, Damas, Bagdad, Téhéran, Karachi, Kandahar… L’Égypte, le Maroc et j’en passe Je me suis beaucoup déplacé. J’ai connu des pays musulmans AVANT

Avant quoi ? Avant la guerre de 6 jours, avant le premier choc pétrolier de 1973. A l’époque où, si on parlait de terrorisme et de bombes à Jérusalem, ce n’était pas d’eux qu’on se souvenait. Des femmes voilées, à Téhéran ? Vous voulez rire ! Ce qui s’en rapprochait le plus, c’était de merveilleuses créatures juchées sur 10 centimètres de talons, laissant au passage des effluves de Chanel No 5 et arborant une voilette transparente. A Beyrouth, encore moins, sauf au Casino du Liban, ou au Saint-Georges, dans les spectacles, bien sûr. Même au Caire, on n’en voyait qu’en périphérie, ou dans les quasi-souks, là où on allait pour le pittoresque, manger des taamea en marchant entre les crottes de dromadaires, dans des rues non pavées.

L’islamisme ? Dans les campagnes, oui. Je me souviens d’une scène extraordinaire, sublime, quand le train de Wadi Halfa à Khartoum s’est arrêté en plein désert nubien et que des centaines, et des centaines de croyants ont étalé leur tapis de prière sur le sable, pour la prière du soir, avec le soleil couchant derrière eux. Dans les campagnes, oui, mais dans les villes, à Istanbul ou à Casablanca, on ne voyait plus l’islamisme. Le marchand n’arrêtait pas de vous vendre un tapis, parce que le muezzin avait appelé ; il fermait la porte de l’échoppe et vous servait un autre thé, ou un autre café, selon le lieu. L’islamisme n’était pas en perdition, mais il s’estompait, comme le christianisme.

Attention. Je ne dis pas que les musulmans n’étaient plus fanatiques ; toutes les religions monothéistes le sont. Quand papa est à la fenêtre à vous encourager, on prend goût à taper sur les petits voisins qui sont différents… Je dis seulement que la violence, il y a 40 ans, n’était pas omniprésente en pays musulmans et que la violence, surtout, n’était pas essentiellement islamiste. On ne se battait pas à Alger en 1956 au nom d’Allah. On n’a pas pris le Canal de Suez pour l’islamiser, ce n’est pas vrai.

Les pays musulmans de l’époque, comme les autres pays du tiers-monde, étaient des pays pauvres en crise identitaire. Bien sûr, il y avait les Frères musulmans, mais ils jouaient un rôle secondaire. Marx était au moins aussi populaire que Mahomet dans les classes musulmanes éduquées et, si on avait fait une révolution, elle n’aurait rien eu de religieux. Le nationalisme était « à la Saddam », d’autant plus agressif qu’il était laïc. Les leaders voulaient bien chanter qu’Allah seul est grand, mais ils ne se voyaient pas eux-mêmes sans importance.

Comment l’islamisme, bien sage depuis des siècles, est-il redevenu militant ? Ne faudrait-il pas se demander plutôt, comment la militance et la violence qui en découle sont redevenues islamiques ?

Quand le capitalisme s’est cherché un alibi, après la spectaculaire arnaque de 1973 sur le pétrole qui a causé bien des larmes, on a pris les cheiks et les émirs comme boucs émissaires. L’idée de mettre le blâme sur des bédouins — des types bizarres qui ont des harems et qui donnent des montres en or en pourboire au Dorchester — semblait opportune, même si ceux-ci ne gardaient qu’une petite part de la cagnote et que le reste retournait vite en Suisse et aux USA, dans les coffres des pétrolières et autres sociétés bien de chez-nous. On a donc crié haro sur la chèvre et brimé, insulté, humilié le monde arabe, « pétrolé » dans tous les sens du terme, sans perdre une occasion de rendre le monde arabe haïssable…

Quand les USA on voulu se défaire du Shah, devenu bien embêtant, l’idée de blâmer les turbans n’avait rien perdu de son intérêt. Mais comment soulever une population, ce qui est plus compliqués que de mouvoir quelques émirs ? Pour un mouvement de masse, rien de mieux qu’un réveil religieux. Rien de plus facile à promouvoir qu’une guerre de religion, puisqu’elle cible ceux qui y croient le plus — et donc les plus bêtes — lesquels sont toujours aussi ceux qui rêvent le plus d’une bonne bagarre.

On a donc ramené de Paris un personnage charismatique et on a financé la prise du pouvoir en Iran par un mouvement religieux. Une gageure d’apprenti sorcier, pour quiconque connaît l’Histoire, mais pour les Américains, qui ne voient que confusément ce qui est loin des USA dans l’espace ou le temps, c’était une solution expéditive. Après la prise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979, on a compris un peu mieux les forces qu’on avait libérées, mais on en a surtout vu le côté « positif »

Le côté avantageux du fanatisme, c’est qu’il n’a vraiment pas besoin « d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». C’est ce dont on avait besoin pour régler un problème sérieux avec les Russes qui avançaient vers le sud en Afghanistan, dernière manche de la « grande joute » qui les avaient opposés aux Britanniques en Asie centrale au siècle précédent. D’abord, contrer les Russes ; on règlerait après la question des gardiens de chèvres illuminés. Il fallait donc AIDER les Islamistes en Afghanistan contre l’URSS.

Pendant une décennie, l’Amérique a mis des milliards de dollars à armer, mais surtout à former des fanatiques. Elle a financé la convergence des toutes le rancoeurs et de toutes les frustrations vers l’Islamisme militant. Elle a utilisé comme agents des gens comme Osama Bin-Laden, pour battre le rappel vers la résistance aux Russes de tout ce que le monde comptait de fanatiques musulmans et en créer d’autres. Elle leur a appris à gagner. Un dur défi, mais elle y est arrivée. L’Amérique a réussi. Les Américains ont réussi à créer un monstre.

Un monstre inquiétant, car il grandissait… et grandissait ! Quand le Mur de Berlin est tombé, en 1989, les USA — qui ne peuvent vivre qu’en économie de conflit — n’ont donc pas cherché longtemps l’ennemi à haïr qu’il leur fallait ; dès 1991, ils ont envahi l’Irak pour « libérer » le Koweït, faisant cette guerre dont René Dumont a dit qu’elle avait déshonoré l’Occident. Ils ont diabolisé l’Islam, un adversaire qui ne pouvait en aucune façon menacer l’Amérique. Ils croyaient le dompter, mais ils ont seulement nourri le monstre.

Pourquoi l’islamisme se développait-il si vite ? Par défaut… Deux générations de nationalistes musulmans s’étaient imbues de marxisme. Maintenant, le communisme était vaincu. L’Islam, bien implanté et structuré depuis des siècles, était pour tous les Musulmans le plus évident des signes de ralliement. Quand sont revenus d’Afghanistan ceux qu’on avait entraînés à se battre, ils ont proclamé la renaissance de l’Islam conquérant. Pour être conquérant, d’abord être fanatique. Les voiles sont sortis des campagnes illettrées pour réapparaître dans les métropoles, au Caire, à Alger, à Téhéran, à Beyrouth. Erreur de penser que c’est l’islamisme militant qui a conduit à la violence ; c’est la violence qui ne demandait qu’à s’exprimer qui s’est voilée sous l’islamisme.

Quand est survenu 9/11, on a convaincu les Américains — soigneusement dépolitisés et abêtis depuis des décennies, pour en faire les protecteurs dociles d’un capitalisme pur et dur — que lancer une croisade sur les Infidèles était faire oeuvre pie. Pour lancer cette croisade, on a donné un nom au monstre : islamisme. Il fallait une cible, on a choisi Al-Qaeda, cellule insignifiante la veille, promue desormais multinationale du terrorisme. On lui a créé un chef, l’agent Bin-Laden ; un chef grand, rusé, fort, impitoyable, mythique… Insaisissable, surtout, car il faut qu’il dure : en créer un autre demanderait trop de travail.

Tout ce qui ne va pas dans le monde est donc devenu la faute d’Al-Qaeda. Même si ce sont les USA qui tuent en Afghanistan, en Irak, en Somalie, même si leur action n’a d’autres fins que de produire des milliards pour Halliburton et autres marchands de mort et de servir d’atouts dans un jeu de pouvoir entre politiciens tarés, c’est la violence fanatique des musulmans qui est tenue pour responsable

Cette condamnation d’une RELIGION est l’une des erreurs de jugement les plus bêtes de l’histoire de l’humanité, pour deux (2) raisons. D’abord, parce que rien n’est si difficile à abattre qu’une religion et les USA, en pleine décadence, se sont choisi un ennemi trop coriace. Ensuite, parce qu’en disant ainsi que toute violence prenait sa source dans l’Islam, ils ont stoppé net l’acculturation tranquille du monde entier que l’Occident poursuivait depuis longtemps avec succès, à son rythme et sans effort. Les civilisations ont parfois une chance d’établir une hégémonie librement acceptée, mais il est bien rare qu’elles en aient deux. La civilisation occidentale ne séduira plus. Maintenant on nous déteste un peu plus tous les jours. Le monstre qu’on a créé a atteint sa taille adulte et il est à nous dévorer.

Pierre JC Allard

489. Le bijoutier de Nice n’était pas en légitime défense. ACQUITTEZ-LE !   13.09.30

Chaque fois en droit qu’on pense symboles, précédents, conséquences sociales… l’individu est sacrifié. Ce n’est plus son procès qu’on fait c’est celui d’une situation… ou d’une société, ce qui revient au même.

L’individu devient peu de choses, et c’est le principe qui prévaut. Cela est inévitable. Il est donc important, avant tout de dire un bon mot pour Stephen Turk, avant de commencer l’instrumentation qui en fera un bon ou un méchant. Et un bon mot passe par la justification de son geste. En droit.

Sur ce point, je dois dire que je suis bien déçu de la réaction de certains juristes français qui n’ont pas peu contribué a faire dévier le débat en posant la mauvaise question. Le bijoutier n’a pas agi en légitime défense, puisque au moment de tirer il n’était pas menacé. Il ne faut pas avoir trainé longtemps rue d’Assas ou près du Pantheon pour le comprendre. Je suis très déçu qu’on ait même évoqué ce moyen de défense et je souligne la grande courtoisie envers la profession du choix de mon vocabulaire.

Il n’était pas en légitime défense de sa propre vie… Mais il était en légitime défense de la vie de la prochaine victime de son assaillant ( qui aurait été la seizième ou la dix-septième, les avis diffèrent ) et qui, elle, y aurait peut être laissé sa peau. Revoyons ce qui s’est passé.

Apres un vol qualifié marqué d’une violence allant bien au-delà de ce qui aurait été nécessaire pour prendre le butin, les malfaiteurs s’enfuient. Ce faisant, ils sont a commettre une second crime qui est de fuir la scène du premier. Tout individu a le droit et même le devoir de s’opposer à la commission d’un crime. Le bijoutier avait la responsabilité claire de s’opposer à la fuite des malfaiteurs en utilisant les moyens a sa disposition. C’était son devoir de citoyen, d’autant plus qu’il avait la preuve indiscutable qu’ils étaient violents et donc dangereux.

Turk a eu le comportement parfait. Il a d’abord crié aux malfaiteurs de s’arrêter. Ensuite, ceux-ci n’obtempérant pas, il a tiré un coup de semonce, cette balle qu’on n’a pas retrouvée. Les malfaiteurs fuyant toujours, le bijoutier a jugé de son devoir de me pas laisser errer libres dans la population ces hommes DANGEREUX qui venait de commettre un vol avec VIOLENCE. Il l’a visé au pied.

Il a visé bas avec tant de précaution que la balle s’est logée dans le tuyau d’échappement ! A la troisième balle il a voulu rectifier le tir, mais un bijoutier n’est pas un tireur émérite. Par accident, il la atteint mortellement. A-t-il été négligent ? Aurait-il dû laisser courir les bandit sans intervenir ? Aux jurés d’en décider, mais vu les circonstances je crois qu’une réprimande suffirait. La France y gagnera-t-elle a avoir un honnête commerçant en prison ? Peut-etre, s’il y profitait de son séjour pour donner des leçons de moralité et de courage à tous les politiciens véreux qu’on tarde trop a y envoyer… mais ce serait abuser. Instrumenter l’individu pour la Cause.

Penser à l’individu, mais penser ensuite aux conséquences. Si la loi, qui s’interprète et se dénature au grè de ceux qui la font et l’appliquent, ne donnait pas ici raison au bijoutier d’être intervenu, c’est la loi qui aurait tort. Comme elle a eu tort jadis de condamner des Communards et des Résistants. Je ne dis pas qu’il faille se substituer au pouvoir établi pour faire respecter la loi, mais il faut lui prêter main forte quand les circonstances sont telles qu’on puisse raisonnablement penser qu’un policier aurait posé un geste que seule son absence a fait qu’il ne puisse pas le poser. C’est bien le cas ici.

Je suis un peu choqué quand j’entend ici le mot « fascisme » Comme s’il y’avait le moindre lien entre intervenir soi-même, seul, spontanément pour se protéger OU protéger la société et se réunir en bandes pour tabasser des innocents ! On galvaude tellement la notion de fascisme, devenue une simple injure du vocabulaire politique, quelle en a perdu tout son sens.

Et ça, c’es dangereux. Car à dire « fascistes » des gestes que la majorité de la population approuve, vous risquez que la population en vienne à se dire que le fascisme n’est pas si mauvais, s’il consiste en ces gestes qu’elle approuve…. Il faut acquitter Turk. Et il faut cesser de crier fascisme pour rien. Autrement, le noir se portera beaucoup cet hiver et encore plus au printemps.

Pierre JC Allard

490. Les « Béatitudes » mises à jour…   13.10.07

Il y a quelques années, j’ai écrit un Évangile. Un pastiche d’Evangile, une Bonne Nouvelle annoncée par un Messie du Néolibéralisme, expliquant les vrais règles du jeu pour atteindre le salut en ce monde. J’avais un peu oublié tout ça, mais cette semaine on m’a parlé des Béatitudes, version traditionnelle, ce qui ma rappelé que mon « Evangile », bien sûr, avait lui aussi son Sermon sur la Montagne. Je vous le propose aujourd’hui.

****

… QUAND ILS FURENT RASSEMBLÉS, IL LEUR DIT:

Heureux les riches en esprit, car seul celui qui comprend la nature et la loi des choses peut s’en servir à son profit.

Heureux ceux qui sont forts, car ils posséderont la terre!

Heureux ceux qui ont énergie et ambition, car ils obtiendront le Succès.

Heureux ceux qui sont sans pitié ni compassion, car ils n’auront pas à dépendre de la pitié, ni de la compassion des autres;

Heureux ceux qui ont l’astuce de vaincre, car ils auront le pouvoir et la richesse.

Heureux ceux qui procurent défis, émulation et concurrence à leur prochain, car ils seront appelés les outils du Progrès.

Heureux ceux qui lutteront avec opiniâtreté pour devenir les meilleurs, car ils y parviendront.

Vous qui êtes riches, forts, intelligents, vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus alors qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. Ne renoncez donc jamais à vaincre et à dominer, car alors il en serait fait de vous.

Vous êtes, les maîtres, l’élite, la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; on la met sur le chandelier et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient votre supériorité et qu’ils glorifient en vous l’oeuvre du Créateur

Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi et changer l’ordre naturel des choses; car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point et jusqu’à la fin des temps, il ne disparaîtra pas un seul iota des lois de la nature. Je ne suis pas venu pour les abolir, mais pour qu’elles s’accomplissent.

Accomplissez la Loi de la nature, qui est que le fort se nourrisse et grandisse de la substance du faible. Car, je vous le dis, si votre intelligence et votre détermination ne surpassent celle des prêcheurs de morales et des faiseurs de bonnes oeuvres vous ne parviendrez pas au Succès.

Il a été dit aux anciens: « Tu ne tueras point « . Moi, je vous dis: si tu as un adversaire, débarasse-t-en promptement, avant qu’il n’en fasse de même avec toi; car personne ne sort d’un différend avant qu’il n’en ait payé la dernière obole ou que son ennemi n’ait été abattu. Et ne croyez pas que votre ennemi ait été abattu simplement parce qu’il a trébuché, mais ne le tenez pour vaincu que lorsque ses cendres ont été dispersées par le vent.

Je vous le dis en vérité, quiconque laisse vivre son ennemi ou son rival le regrettera; quiconque laisse vivre celui qui n’a pas la force de vivre et de grandir mérite d’être puni par le destin; celui qui retarde la victoire des êtres supérieurs mérite d’être relégué au rang des êtres inférieurs et celui qui met en péril le triomphe de la force doit être condamné pour toujours à rejoindre le troupeau des faibles.

Si donc tu es à sauver la vie de ton frère et que t’apparaisse l’occasion qui te rendra plus vite plus riche et plus fort, laisse là ton frère et va d’abord faire ce qui te sera le plus profitable, puis reviens, s’il en est encore temps, terminer ce que tu avais entrepris auprès de ton frère. Car la vie de ton frère peut aider à ton Succès, mais n’en est pas assurément le gage et il se peut que tu aies mieux à faire.

Il a été dit: « Tu ne commettras point d’adultère ». Mais moi, je vous dis que quiconque regarde son prochain avec tendresse a déjà commis un adultère en son coeur, se rendant vulnérable à l’émotion, à la compassion et à la déraison. Si ton coeur est pour toi une occasion de faiblesse, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est mieux pour toi de parvenir sans coeur au Succès que d’en rester à jamais privé. Et si quelque ’attachement est pour toi une occasion de faiblesse, mets-y fin sans tarder; car il vaut mieux pour toi d’arriver au Succès seul que de périr en restant attaché à ceux qui n’y parviendront pas.

Il a été dit: « Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce ». Mais moi, je vous dis: ne prenez jamais d’engagements que vous ne pourrez répudier sans dommage et ne donnez de lettre à personne. Il a été dit aux anciens: « Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment ». Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement; ni par le ciel, ni par la terre, ni par Jérusalem qui est la ville de David. Que votre parole soit « peut-être », et que même cela soit dit sans témoins, car un oui comme un non risque de vous causer des ennuis et de mettre en péril votre Succès.

Vous avez appris qu’il a été dit: « oeil pour oeil, et dent pour dent ». Mais moi, je vous dis: crevez le premier tout oeil qui est mal gardé, car le borgne vous fera moins de mal que celui qui a deux yeux et l’aveugle ne vous en fera aucun. Vous serez alors en paix, car il n’est plus nécessaire de résister à celui qui ne peut plus être méchant.

Si quelqu’un t’a frappé sur la joue droite, gifle toi-même ta joue gauche pour t’apprendre à être prudent. Si quelqu’un veut plaider contre toi, vois s’il n’est pas un juge qui te donnera raison, ou un terrain plus propice où lui livrer combat. Si quelqu’un veut prendre ta tunique, vois si, ce faisant, il ne s’est pas mis en position de faiblesse et si tu ne peux pas lui arracher sa tunique et aussi son manteau.

Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-lui en faire ou payer deux à la première occasion. Demande aussitôt en retour à celui qui te demande, car c’est l’heure propice à laquelle il exaucera ta demande; ne te détourne pas non plus de celui qui veut emprunter de toi, car c’est le moment de le tenir en ton pouvoir.

Il a été dit: « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi ». Mais moi, je vous dis: n’aimez personne. Traitez vos amis comme s’ils pouvaient devenir vos ennemis. Car voyez le lion repu et la gazelle qui se côtoient au point d’eau, mais le lion, demain, aura faim à nouveau.

Remerciez le Créateur pour ceux qui vous maudissent, car ils ont ainsi la faiblesse de la franchise et il y a un profit à tirer de ceux qui avouent vous haïr; bénissez aussi ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, car ils avivent en vous la force d’être impitoyables.

Soyez de vrais fils du Créateur qui fait lever le soleil sur les méchants comme sur les bons et qui fait pleuvoir sur les injustes comme sur les justes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel avantage en retirerez-vous ? Les plus gueux d’entre vous n’en font-ils pas autant? Et si vous aidez ceux qui vous aident, que faites-vous d’extraordinaire? Les pauvres et les misérables aussi n’agissent-ils pas de même? Mais n’aimez et n’aidez personne, ni même qui vous aime ou qui vous aide, mais profitez de chacun jusqu’à la limite de sa bienveillance; ainsi vous serez dignes d’atteindre au Succès.

Voyez l’agneau qui sert de pâture au loup. Et le petit poisson n’est-il pas aussi la pâture de celui plus gros qui le dévore? La force se repaît de la faiblesse et toute vie ne vit que de la vie qu’elle détruit en la consommant. Soyez donc parfaitement implacables, comme est implacable la Loi de la Nature qui est la volonté du Créateur

Gardez-vous de chercher la réussite aux yeux des hommes en négligeant le vrai pouvoir, lequel est souvent caché. Ne vous laissez pas entraîner à placer votre argent sans égard à ce qu’il rapportera, pour la vaine gloriole de l’annoncer en sonnant de la trompette dans les synagogues et dans les rues. Je vous le dis en vérité, ceux qui agissent ainsi ont déjà retiré de leur vanité leur profit et n’en retireront pas d’autre. Quand tu transiges une affaire ou investis, fais plutôt que seule ta main gauche sache ce que fait ta droite et que ton placement se fasse en secret, dans un endroit discret et porte close; c’est ainsi que le Succès viendra à toi.

Ne pensez pas qu’en accordant de nouveaux avantages on puisse faire oublier les injures passées. Dans votre marche vers le Succès, ne pardonnez donc rien à personne car nul ne vous pardonnera quoi que ce soit et la nature elle-même encore moins que quiconque.

Si les événements font que la richesse vous manque, ne prenez pas un air triste, comme les faibles qui montrent un visage tout défait, pour inspirer la pitié. Parfume alors plutôt ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes; ainsi ils te garderont toute leur estime et le sort te redeviendra favorable.

N’amassez pas des trésors tangibles que l’on peut détruire et que les voleurs dérobent mais amassez-vous des trésors intangibles, virtuels, que la teigne et la rouille ne détruisent point et là où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi est ta force. Ta fortune est la lampe qui éclaire ta personnalité. Si ta fortune est considérable, toute ta personnalité en est mise en lumière, mais si tu es pauvre tu seras dans les ténèbres.

Nul ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez servir la faiblesse et la force. C’est pourquoi je vous dis: ne vous inquiétez pas des illusions des prêtres et des poètes, mais de votre vie, de ce que vous mangerez et de ce dont vous serez vêtus.

Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent et ils n’amassent rien dans des greniers; il en est donc peu qui survivent à l’hiver. Ne valez-vous pas mieux qu’eux? Ne pouvez-vous, par vos efforts, ajouter quelque temps à la durée de votre vie? Et considérez l’herbe des champs, laquelle existe aujourd’hui et demain sera jetée au feu; est-ce là le destin que vous souhaitez? En vérité, je vous le dis, celui qui ne travaille ni ne file ne sera pas vêtu comme Salomon dans sa gloire, mais ira nu.

Cherchez la fortune et le Succès et le reste vous sera donné par surcroît. Mais cherchez dès aujourd’hui, car demain n’aura soin de lui-même que si la veille vous vous êtes donné la peine d’y pourvoir.

Évaluez votre prochain sans complaisance, car il vous jugera de la même façon. Mais ne dites pas: « Frère, laisse-moi ôter une paille de ton oeil », car ce n’est pas l’oeil de votre frère qui vous permet de mieux voir. Veillez d’abord à ce qu’il n’y ait pas en vous de faiblesse et votre frère en fera autant ou périra. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. Que celui qui a des oreilles entende.

Demandez avec assurance et l’on vous donnera; cherchez avec perspicacité et vous trouverez; frappez avec force et l’on vous ouvrira. Car lequel de vous refusera de donner ou d’ouvrir à plus fort que lui? Et qui peut si bien cacher que nul ne trouvera? Tout ce que vous savez que vous accepteriez de céder à la force, sachez que les autres vous le céderont également si vous avec cette force. Car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la pauvreté – et il y en a beaucoup qui entrent par là – mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène au Succès et peu s’y engagent. Entrez par la porte étroite.

Gardez-vous des moralisateurs et des prêcheurs de vertu, car ils vous prendront ce que vous avez par la ruse plutôt que la force et, si vous avez une excuse pour céder devant la force, vous n’en avez pas pour être naïfs devant ces gens. Jugez-les aux fruits qu’ils offrent; car cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? Celui qui offre le dénuement vous mènera-t-il à la richesse? Celui qui offre le renoncement vous conduira-t-il au Succès? Celui qui porte le cilice et parle de sacrifice vous enseignera-t-il le chemin du bonheur et de la joie?

Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits doit être coupé et jeté au feu. Les prophètes qui disent: « Seigneur, Seigneur! » ne vous apporteront rien. Ceux-là seuls qui comprennent la faiblesse humaine atteindront le Succès, le bonheur et la joie.

Ceux qui ayant écouté mes paroles hocheront la tête béatement et retourneront à leurs errements antérieurs n’atteindront pas le Succès. Qu’ils ne croient pas faire de miracles en mon nom. Ceux-la atteindront le Succès qui s’astreignent à comprendre le miracle permanent qu’est la Vie. C’est pourquoi quiconque entend ces paroles et les met en pratique est semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison, mais elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc: l’égoisme de l’être humain. “

Est-ce que ce ne sont pas là les VRAIES Béatitudes, celles que le monde nous offre tous les jours ? Pour ceux qui sont prêts à la « révélation », cet ‘Évangile » est ici en ligne au complet. Vous y apprendrez comment on fait des miracles … et ce qui s’est vraiment dit à la Derniere Cène néo-libérale.

Pierre JC Allard

491. Le FMI passe à l’extrême-gauche ?   13.10.14

On vit dans un monde d’images et de symboles, de croquemitaines et de fantômes. Ainsi, les USA sont à vivre une terrible déprime, parce qu’on leur dit qu’on ne croira plus qu’ils peuvent rembourser leur dette… Ah bon ! Vraiment ? Avec les nouvelles règles qu’ils se sont eux-mêmes imposées, après un psychodrame télévisuel loufoque qui a duré des jours, les Américains vont sans doute bientôt devoir environ USD $ 15 000 000 000 000, (que j’appelerai ci dessous 15 trillions (15 T), n’en déplaise à l’Académie qui voudrait que je parle de milliers de milliards) Revenant aux choses sérieuses, 15 trillions est beaucoup d’argent, bien sûr, mais ne disons pas de bêtises. On évalue les actifs des USA à 59 trillions de dollars. C’est environ 4 fois le montant de sa dette. On ne fait pas faillite parce qu’on est endetté du quart de son patrimoine. C’est sans doute le moment, toutefois de se demander à quoi on joue.

Aux USA, aujourd’hui, on joue a nier la réalité et à se faire peur. Il faut comprendre d’où sort cette dette. Le systeme capitaliste américain, basé sur la production et la consommation d’un masse de biens industriels, a compris depuis Roosevelt qu’il ne survivrait pas sans que les consommateurs aient l’argent nécessaire pour acheter ce qui est produit. Il n’était pas possible de permettre une concentration de la richesse qui ne garderait plus la demande effective. De « libéral  » au sens strict, le système est donc devenu «  néolibéral  », reprenant et donnant aux « Perdants » du jeu de la production la part de l’argent des Gagnants nécessaire pour que les roues continuent de tourner. Après l’échec d’abord du Fascisme puis du Communisme, on en a fait autant dans tous les autres pays développés. Par la fiscalité, les services sociaux et autres mécanismes de « péréquation  » au sens littéral du terme, on a ajusté l’offre et la demande de biens et services pour que cette dernière soit effective. Évidemment c’est du socialisme, mais aux USA on préfère ne pas le dire trop fort, pour ne pas choquer la population qu’on a convaincue de ne PAS vouloir partager.

On a donc mesquiné plus qu’ailleurs sur la part du travailleur au moment du partage du revenu découlant de la production. On a calculé sa part au plus serré, de sorte qu’année après année, on ne lui a pas donné ce qu’il fallait pour que sa demande soit parfaitement effective. Il n’en fallait pas moins que la production soit entièrement vendue, sans quoi ce n’est pas seulement la valeur de l’excédent non vendu que perdrait le producteur ; c’est son capital investi dans la production qui ne vaudrait plus rien s’il apparaissait que la demande serait insuffisante pour que ses produits s’écoulent à profit. Comment rendre la demande effective ? La réponse qui saute au yeux est de payer davantage les travailleurs qui sont l’essentiel des consommateurs. Mais les Capitalistes ne voulaient pas du tout. Les payer plus ? Vous rigolez ! Si on ne va pas chercher tout ce qu’on peut, on ne s’amuse plus ! Comment concilier, alors, que le revenu du consommateur reste bas, mais qu’il achète de plus en plus ? Simple. ON LUI OFFRE UN CREDIT !

Au lieu de rémunérer justement son travail, on va PRÊTER de l’argent aux consommateurs jusqu’à ce que leur demande soit effective. On va leur faire crédit. Cet argent qu’on leur prête vient naturellement de ceux qui ont plus d’argent que de besoins à satisfaire. Les « Gagnants » du jeu… Comment convaincre les Gagnants de prêter leur argent ? En leur offrant un intérêt ; en leur disant qu’on leur donnera plus dans un an ou dans dix ans. Le Gagnant inscrit sa créance dans ses livres et il est heureux : il a gagné plus ! Il a sacrifié un pouvoir de consommer immédiat dont il n‘avait pas besoin, en échange d’un bout de papier qui confirme qu’il a gagné davantage. On passe dans un monde d’IMAGES ET DE SYMBOLES. La dette que crée le credit passe à la Banque, puis à l’État et le jeu continue… Mais il y a un os. Les biens consommés ne sont plus là. Le travailleur à qui l’on a prêté les a VRAIMENT consommés, car il en avait besoin. Si le débiteur remboursait sa dette, le créancier verrait qu’il n’y a plus rien à acheter avec cet argent. On peut compliquer indéfiniment l’équation – on enseigne comment le faire à Harvard et ailleurs – mais si on la simplifie et qu’on supprime les parenthèses, il ne reste que des biens réels qui ont la valeur de leur utilité…. et du papier. Du papier qui atteste la propriété d’une richesse fantôme et qui concède le POUVOIR, mais seulement si on maintient la foi du charbonnier qu’ont les débiteurs en ce que disent les médias et la crainte révérentielle envers les riches qui subsiste, d’une époque préindustrielle où il y avait pénurie plutôt qu’abondance. Si la confiance disparait, on risque l’anarchie. La société peut exploser en individus dont chacun voudra s’occuper de ces affaires « à la Tea Party », mais aussi peut-être regler ses comptes « à la Kaczynski ».

Si ça commence, nos enfants n’en verront pas la fin de leur vivant. Aujourd’hui, la confiance craque Pourquoi et a cause de qui est une autre histoire, dont nous parlerons un autre fois, mais il y a un problème urgent à régler. La solution est simple et facile : REMBOURSER LA DETTE. Il faut le faire en se souvenant que cette dette représente l’écart entre ce qu’il aurait fallu payer au travailleur pour rendre la demande effective et ce qu’on lui a versé. Ceux qui doivent la rembourser sont ceux qui en ont profité. On rembourse donc la dette en imputant à chaque citoyen ou personne morale sa quote-part de la dette publique, au prorata de sa richesse. Si la dette publique des USA est d’environ 15 T (USD$ 15 000 000 000 000) et la valeurs totale du patrimoine d’environ 60 T. On peut faire les calculs exacts sur Internet, mais on n’en est pas à un milliard près. Si on réclame de chacun 25% de ses actifs, on peut rembourser intégralement la dette. Et ce n’est pas une coïncidence si ceux qui rembourseront seront largement les même que ceux qu’on remboursera.. Les détenteurs de la dette seront remboursés par ceux qui détiennent la richesse. Ceux qui n’ont rien ne payent rien.

Injuste ? Simple constat de l’évidence que vouloir réclamer des pauvres est une mauvaise plaisanterie. Ceux qui n’ont rien que leur travail à donner ne rembourseront rien, car tout ce qu’on leur donne pour leur travail est le minimum indispensable pour consommer ce qui est produit et qui doit être consommé. Si on exige plus d’eux, la structure industrielle s’effondre et les riches n’ont plus en main que des monceaux de ferraille pour produire des biens qui ne se vendent pas et des liasses de papiers-créances. C’est la même classe socio-économique qui remboursera et qui sera remboursée – sauf la dette aux détenteurs étrangers qui exigera une autre négociation – mais il y aura des ajustements. Tous les nantis ne sont pas également exposés à la dette publique, mais ils doivent tous en supporter le fardeau au prorata de leur richesse. Une perte pour certains, mais entre riches on se prête les uns les autres ; c’est une partie importante du jeu…. Et ils jouiront tous d’une paix sociale qui, autrement, risquerait de devenir une illusion.

Ce sont ceux qui ont beaucoup, bien sûr, qui feront les frais de l’opération à la hauteur de leur richesse, mais n’oublions pas que cette richesse s’est accumulée en sous-payant le travail… ce qui a été la cause principale du credit consenti pour équilibrer la consommation a la production. Y a-t-il d’ailleurs vraiment une autre solution ? Tout se fera en douceur, car la dette est une série d’échéances à rencontrer. Si l’État reprend son pouvoir régalien de battre monnaie – comme il devrait le faire – ce sera encore plus facile, car la perception de la taxe sur le capital pour rembourser la dette n’aura pas à se plier aux échéances de remboursement de celle-ci. Une inflation sagement contrôlée pourra permettre les ajustements qui semblent opportuns. De plus, même si l’imputation aux contribuables est immédiate, le paiement de leur contribution à l’État peut être fixé sur 5 ans, 10 ans, voire plus… en échange d’un intérêt à payer sur le solde. Ne serait-il pas jouissif qu’au lieu d’une dette publique sur laquelle les citoyens payent des intérêt, l’État dispose désormais d’une CRÉANCE sur ses citoyens bien nantis qui constituerait pour tous une rente ?

Pierre JC Allard

492. Yi-KING. VOUS ETES SERIEUX ?   13.10.18

Certains esprits curieux qui visitent ce site auront été surpris d’y voir apparaitre, il y a quelques semaines, à droite sur la page d’accueil, ce qui semble une publicité artisanale pour un site d’interprétation du Yi-King. Un mot d’explication.

D’abord, le contexte. Je me suis toujours intéressé aux essais pour trouver des vérités au-delà des sentiers battus, sans oublier, toutefois, que quand on s’aventure dans les mers inconnues il est bon de garder comme boussole un solide scepticisme. J’ai donc, toute ma vie durant, fréquenté astrologues, théosophes et théologiens, maçons, marabouts et griots, offert un café à tous les témoins de Jéhovah et Saints des derniers jours qui ont frappé à ma porte, visité des dizaines d’asrams, assisté à des rites de vaudou, de spiritisme et de candomble et vu des machins bizarres de l’Amazone au Congo, au Ganges et au Niger.

J’ai vu tous ces « pécheurs et ces saints » dont parle Omar Khayyam sans y perdre mon âme… mais hélas sans jamais même la trouver… Bien des sourcils en accents circonflexes, maisdisons que rien ne m’a rendu aussi perplexe que le Yi-King.

Pour le présent épisode, je précise que le texte en page d’accueil n’est pas vraiment une pub, puisqu’il est là à titre gracieux, mais est plutôt le résultat d’un pari perdu. La personne qui gère ce site d’interprétation du Yi-King a relevé le défi de répondre à une question que j’ai posée avec un à propos et une précision que j’ai dû reconnaitre inexplicable… Or, ce n’est pas la première fois que le Yi-King me fait le coup…. Mettre sur ce site la référence à son site est une promesse tenue. A demi tenue. En écrivant ce texte, je la complète…

Je vous invite à lire les explications sur le Yi-King que vous trouverez en suivant le lien en référence. http://yi-king-online.com Je crois qu’elles valent le détour. Cela dit, je ne vous invite pas à plus. Ces explications vous permettent non seulement de comprendre ce qu’est le Yi-King et son usage, mais même de faire vous même gratuitement l’expérience complète du Yi-King en utilisant les références qui vous sont fournies à des sites sur Internet.

Vous pouvez le faire sans devoir accepter la proposition rémunérée d’interprétation du Yi-King que vous fait consultant. C’est à cette condition explicite qu’il ne vous mène pas, comme tant de sites du genre, dans un piège dont il aurait seul la clef que j’ai accepté, que ce texte soit là. Ne vous privez donc pas de prendre ce qui est donné.

Je ne reprendrai pas ici ces explications qui vous sont données, mais je veux ajouter quelque chose qu’elles ne vous disent pas: l’omniprésence discrète du Yi-King, encore aujourd’hui, dans la vie quotidienne de ceux – ils sont largement plus d’un milliard – qui en Chine et au Japon ont été touchés par une influence taoïste ou confucéenne.

Ce facteur n’est pas négligeable quand on se demande l’intérêt qu’on peut avoir pour cette technique « irrationnelle » du Yi-King. Car l’homme d’affaires japonais en costume sombre qui déjeune au Maxim’s de Tokyo ne se croit pas irrationnel, quand il triture quelques piécettes et les dépose à côté de son sashimi en ne leur accordant apparemment qu’une attention distraite. Il sait ce qu’il fait et tous ceux qui sont autour de lui, sans le dire, savent aussi ce qu’il fait. Il consulte le Yi-King… et il va suivre le conseil du Yi-King

Ne soyez pas trop surpris si son argumentaire change au dessert… et s’il bifurque aussi radicalement que s’il avait eu son avocat ou son conseiller financier au téléphone. Ceux qui ignoraient l’importance du feng-shui – intimement lié aux principes du Yi-King – ont été bien désemparés quand, à Singapore, les plans de construction du plus haut gratte ciel de la ville ont été modifiés subitement sans que personne ne veuille expliquer pourquoi…

On veut tout connaître de la Chine, mais on ne s’intéresse souvent vraiment qu’a ce qui en semble cohérent avec les données de notre civilisation. Si on veut faire mieux dans nos relations avec elle et les autres cultures qu’elle a influencées, il faudra ouvrir davantage notre esprit aux différences.

Interroger le Yi-King sans a priori, sans préjugés, en se demandant seulement si « ça marche », peut être une excellente initiation au pragmatisme à l’orientale… et nous en aurons besoin

Pierre JC Allard

 

493. Allez, salope, fais-moi peur !   13.10.21

Et les enfants tremblant, livides, les yeux écarquillés regardent. Ils voient la terrible ogresse, coutelas à la main, s’approcher en ricanant du grabat où repose nu, enchainé, le jeune missionnaire… Va-t-il abjurer sa foi ? Le suspense est insupportable…..

… Pour les moins de 10 ans, bien sûr.

Les plus vieux étouffent un bâillement, et Papa Obama, fort de l’appui tacite des adultes du système financier, surfe vers le canal des faits divers, pendant qu’on conduit au dodo les bambins qui rechignent. Il pourront continuer au lit leur délectation morose. On reprendra plus tard leur entraînement par étapes à la jouissance sado-maso de la vie made in USA.

C’est qu’il faut bien se préparer avec sérieux à une vie où chacun veut la peau de tout le monde. Une vie où l’on se déteste entre religions et entre races, entres jeunes et vieux, entre hommes et femmes, entre Démocrates et Républicains…. Ce n’est pas le premier venu qui peut comprendre spontanément que le but final de l’existence est d’accaparer et de gaspiller tout ce qu’on peut, d’écraser le faible, de trahir toute parole donnée, au nom d’une ambition qui permettra d’avoir, la richesse, la gloire … et un jour le Paradis, juste en répétant le nom de Jesus…

On naît égoïste, mais on devient un fieffé salopard. Il faut se former ; Il faut un modèle et de la pratique. La gouvernance états-unienne a pris sur elle de se donner en modèle d’infamie. Elle l’a fait en engageant une lutte à finir, au Sénat et au Congres, pour des motifs minablement partisans. L’enjeu ? Réussir in extremis à priver 50 millions d’Américains de toute couverture médicale. Les plus déshérités, naturellement. Ceux qu’on a déjà privés de leur travail, en exportant les jobs en Asie pour engranger quelques milliards de plus pour les riches. Ceux qu’on a déjà expulsés des maisons qu’on leur avait vendues à des conditions frauduleuses.

« DONNER » des soins a ces gens ? Vous voulez rire ! On croit si peu aux USA qu’ils le méritent, qu’on peut calculer qu’il y a des points politiques à marquer en étant de ceux qui s’affichent comme les plus féroces adversaires de cette »faiblesse » !

Le « Obamacare », tel qu’accepté l’an dernier, est déjà un pieuse hypocrisie ; une abomination qui, loin d’aider vraiment les pauvres, les force a mettre la priorité sur une protection médicale – aux coûts outrageusement gonflés au profit des médecins et des assureurs – en rognant sur leurs autres besoins essentiels d’alimentation et de logement. L’Obamacare est une telle nauséabonde caricature d’un vrai régime de santé gratuite, qu’on comprendrait que se livre une farouche bataille pour le bonifier.

Mais quand on s’aperçoit que la farouche bataille à Washington ne se livre pas pour l’améliorer, mais pour le saboter, pour donner encore moins, partager encore moins, émasculer totalement ce régime qu’on voulait déjà impuissant dès le départ…. Quand on comprend ce qui est en jeu, toute sympathie disparait pour cette nation où l’on met toute sa fierté perverse à se faire du mal les uns les autres.

Les dernières traces de sympathie pour l’Amérique disparaissent. Moment de soulagement, quand on croit qu’on pourra enfin accepter ce désamour et s’accorder le plaisir de ne plus penser à cette excroissance maligne sur notre pauvre monde. Mais çà ne dure pas. Cette Amérique revient nous pousser du coude et exiger que nous lui redonnions notre attention. Ayant gagné notre antipathie, elle vient s’imposer à notre mépris.

Un indicible mépris. Car, à un niveau plus bas encore que faire le mal, il y a celui de vouloir le faire et de ne même pas y parvenir. Tous ces politiciens qui se sont battus à Washington pour le triomphe de l’égoïsme et de la mesquinerie sont apparus ineptes dans la méchanceté. Ils sont apparus instrumentés par ceux encore plus méchants, mais hélas bien plus retors, qui ne voulaient pas de cette provocation inutile de sabrer un peu plus dans cette apparence de solidarité réduite à sa portion congrue qu’est l’Obamacare

Les vrais méchants ne le voulaient pas. Les clowns à face de monstres du Parti Républicain n’ont pas été soutenus et n’ont donc pas pu livrer tout le mal qu’ils voulaient. Ils se sont vautrés dans l’abjection et on ne les a même pas jugés dignes de faire semblant de croire à leurs gesticulations. Warren Buffett, l’oracle d’Omaha, s’est empressé de dire de cette « crise’ » : « Nous allons aller jusqu’au point extrême de l’idiotie, mais nous n’allons pas aller au-delà. » Déjà, samedi, Baudouin Prot, le patron de BNP Paribas, avait assuré qu’ « un défaut de paiement ne peut pas arriver. Je ne crois pas une seconde à ce scénario. » 

Ce spectacle était pour la plèbe, par pour ceux qui savent. Les marchés financiers n’ont donc pas bronché.  Le guignol a épuisé sa malice factice puis s’est terminé.

À tous ceux qui ont joué cette ridicule farce il ne reste qu’a offrir notre plus sincère mépris. Comment le peuple américain peut-il supporter à sa tête, et feignant de le diriger, ces hâbleurs sans idées, sans dignité, sans véritable engagement ? Si on ne peut créer un vraie démocratie, un corporatisme qui dit son nom ne serait-il pas moins malsain que ce simulacre qui est une insulte a l’intelligence ?

Et ne nous y trompons pas. Quand on tient compte des idiotismes historiques et culturels, ce qui est vrai aux USA n’est-il pas vrai dans toutes les démocraties à l’occidentale ? N’y a t-il pas partout une gouvernance salope qui cherche des façons de faire peur ? Peur de l’Islam, peur du fascisme, peur de la dette. peur d’agir et de changer … Des guignols qui nous font peur…. et parfois bien du mal.

Pierre JC Allard

494. La nouvelle anaphore. Moi, Français, socialiste   13.10.28

Un ami français m’a dit: : « Je suis inquiet. Tout ici devient un peu trouble. Voici ce que je veux; tu me rendrais service en le disant en tes propres mots » . Voici. Mais, contrairement à mon habitude, je n’interviendrai pas au débat sur cet article: C’est une affaire à discuter et régler entre citoyens français. PJCA

Moi, Français, socialiste je ne me sens plus représenté par le Président, les parlementaires ni les institutions de la France.

Moi, Français, socialiste je ne me sens en aucune façon protégé par le gouvernement de l’Etat, ses ministres, ni ses collaborateurs

.
Moi, Français, socialiste je ne me sens pas vivre dans une pays d’idéologie socialiste, mais inconditionnellement néolibérale.

Moi, Français, socialiste je ne crois pas que l’on nous mène vers plus de solidarité, mais plus d’individualisme et de disparités.

Moi, Français, socialiste je vois que je ne suis pas dans une Europe des patries, mais dans un super-état qui s’est crée contre ma volonté.

Moi, Français, socialiste je vois que la gouvernance qui fait nos lois a Bruxelles n’est plus démocratique, mais nommée par une oligarchie.

Moi, Français, socialiste je vois que la politique monétaire est gérée par une banque centrale apatride au profit des seuls pouvoirs financiers.

Moi, Français, socialiste je vois que nos politiques commerciales de libre-échange sont au détriment de la France et de tous les Européens.

Moi, Français, socialiste je vois que notre politique internationale au profit de l’atlantisme nous nuit et nous déshonore.

Moi, Français, socialiste je ne crois pas que la justice fonctionne de façon indépendante, que les méchants sont punis ni les bons protégés.

Moi, Français, socialiste je ne crois plus a l’indépendances des médias ni à ce qu’on me dit sur la Libye, la Syrie, le Mali ou quoi que ce soit

Moi, Français, socialiste je voulais que le comportement de ceux que j’ai élus soit en chaque instant exemplaire, or il ne l’est pas.

Moi, Français, socialiste je voulais que l’on mette fin à la corruption, or on ne l’a pas fait.

Moi, Français, socialiste je croyais que le président respecterait ses engagements sociaux et fiscaux, or il n’en a respecté aucun.

Moi, Français, socialiste je voudrais que Francois Hollande qui nous a trompé se démette, qu’un gouvernement d’union nationale large, allant du PC au FN inclusivement, prenne charge de ce pays, qu’un référendum à multiples volets détermine ce que veulent les Français, ainsi que les éléments cadres d’une Sixième République, puis que des élections présidentielles et législatives, selon les règles de cette nouvelle constitution, nous donnent une nouvelle gouvernance et un nouveau projet de société .

Pierre JC Allard

495. Denis Coderre maire de Montréal. La démocratie comme un charme   13.11.04

Denis Coderre est maire de Montreal.  Un résultat sans surprise et annoncé depuis des mois.  Que signifie cet  événement?   A mon avis, la négation finale de l’idéal démocratique. Pas une faille ou une défaite de la démocratie; au contraire, la démocratie a parfaitement fonctionné  avec des masses de candidats. La simple preuve que par le corruption, la manipulation, la désinformation et une grande sagacité le choix d’une majorité peut toujours être vidé de son sens.  La démocratie fonctionne comme un charme. C’est le mythe d’une majorité qui pense, qu’on écoute et qui décide qui est un leurre.

Ici, on a pris une population tout entière vendue à l’idée d’un changement… puis  on l’a fait voter pour la continuité.  On l’a fait facilement.  Continuité au palier du chef, d’abord. La population voulait un homme neuf ? On lui a donné un vieux politicien roublard et fort en gueule.   On y est parvenu en se mettant d’accord  toutes portes closes, au sein de l’Establishment, sur un candidat et un seul pour le statu quo. Toutes tendance politiques confondues.  Ce débat s’est terminé quand on a choisi Coderre et qu’on nous a dit d’un même souffle qu’il gagnerait. Un seul sondage – dont rien ne permet de penser qu’il ait ou n’ait pas été fait honnêtement – puis silence radio, coupé du seul bruit des médias, unanimes à prédire sa victoire.   Ce sera Coderre.

Toutes tendances confondues, car on notera que ce vieux Libéral n’aura été a aucun moment contesté par une candidature nationaliste. Étonnant ? Simplement  l’affirmation manifeste, provocante, qu’il n’y a qu’une seule politique « en haut » et quelle est fermement entre les mains de ceux dont le rôle est de gérer ce volet politique du pouvoir. Nationaliste, fédéraliste, peu importe, on avait des choses plus sérieuses à régler.  La politique partisane est le volet mineur de représentation et de bavardage, pendant que les pouvoirs financiers et des fonctionnaires de carrière font marcher ce pays.

S’il y a eu un doute ou un débat  au moment de choisir ce candidat pour tous, l’affaire s’est réglée sans bruit.  Louise Harel, la péquiste du dernier round, sera cette fois recyclée dans un parti qui n’aura plus de saveur nationaliste, au contraire… et placée sous un chef  dont on pourrait se demander pourquoi il s’est mêlé  de ce genre de choses qui sont a cent lieues de ce qui a fait sa force. Il faudra voir, dans quelque temps, ce que Marcel Côté aura tiré de cette aventure.  Il est habile. Je serais surpris que ce qu’il en tirera soit bien différent de ce qu’il espérait en tirer.   Marcel Côté aura joué dans cette élection le rôle de faire valoir pour ceux qui cherchent du sérieux, mais n’aura rien fait pour être dans la course. Un mauvais sondage au départ, une bourde caricaturale, l’image mille fois répétée qu’il n’est pas un politicien… et voila!  Ce sera Coderre.

Evidemment, il y a Bergeron et avec une image d’intégrité dont on a vu aux dernières élections que le système ne voulait a aucun prix.  Comment contrer Bergeron ?  Simple.  On crée un nouvelle candidate qui sort de nulle part avec une intégrité PARFAITE;  elle n’a aucun péché … puisqu’elle a aucun passé!  Elle est gentille, jeune, jolie… Parfaite pour ceux qui ne veulent qu’une image. Au premier sondage, sans aucun souci pour la vraisemblance, on lui donnera 20 % des intentions de vote. Ensuite il suffira de le répéter ad nauséeam.   Quand on contrôle les médias, toutes les prophéties tendent à se réaliser. Ce sera suffisant pour diviser le vote de ceux qui ne pourraient pas blairer Coderre.  Ce sera Coderre.

Coderre, mais avec qui ?  Avec les mêmes. C’est la continuité qu’on veut. Au niveau du chef, mais aussi à celui des troupes, car on ne va tout de même pas se casser la tête à former toute une nouvelle structure, alors qu’on en a une qui a déjà fait ses preuves et donné satisfaction !  Alors tous les anciens acolytes du Grand Innocent Tremblay, à quelques très mauvais sujets près, vont devenir les acolytes du nouveau maire. La continuité s’installe… et le grand changement que voulait la population passe aux oubliettes.  Ni vu ni connu.

Bien utile, ce blanchiment,  puisque la population, en reconduisant tous ces élus dont on peut supposer qu’ils ne pouvaient pas ne pas avoir ouï un peu de toute cette corruption dans l’administration municipale, leur donne du même coup l’absolution pour toutes leurs incartades.  Tous ces gens retrouvent une virginité…  On peut être certain qu’ils en feront le meilleur usage.  Ils en ont désormais une plus grande expérience.

Le Guépard voulait que « tout change pour que rien ne change » et Claudel, dans leSoulier de Satin, parle d’un  » Nouveau qui soit exactement semblable à l’ancien...  »     C’est ce miracle que peut produire la démocratie. Encore, et encore…. Comme un charme.  L’hypnose peut continuer.

Pierre JC Allard

496. PS et Express, unis dans la lâcheté et la bassesse   13.11 18

« « Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché…. »

La politique française me donne des nausées.  La presse française me fait vomir.  De quoi j’me mêle, moi Canadien ?  C’est que Francais, Canadiens ou Patagons, nous sommes tous ensemble dans cette galère de pseudo démocratie « à l occidentale » que nous fait ramer la Finance et si un sot la fait chavirer nous boirons tous la tasse. Or il y a un sot à l’Élysée qui gesticule.

Un insupportable sot.  Je ne parle pas de la corruption et du favoritisme qui sont partout, des droits acquis depuis la Libération qui sont bradés un a un, de ce qui se passe en Bretagne, de ce qui aurait pu se passer en Syrie…  Je ne parle pas de grande politique, il n’y en a plus en France; on fait ce que dise les USA et on donne du fric aux banquiers…

Je ne parle de rien de grand: tout ça est connu.  Je parle de bassesse.  La bassesse qui rend la sottise absolument insupportable.  La bassesse, c’est que Châteaubriand, aujourd’hui, verrait la lâcheté des Socialistes de Hollande appuyée au bras de la goujaterie  des articles de l’Express, pour mener une charge contre Marion Sénéchal Le-Pen.

Marion Marechal-Le Pen, ô horreur, née hors des liens du mariage.  Comme aujourd’hui 59 % des Québécois  sont nés hors des liens du mariage, vous comprendrez que sa naissance « illégitime’ » ne m’émeuve pas.   Ce qui m’émeut beaucoup, cependant, c’est qu’on fasse un plat de trouver le  nom du père biologique. Parce que c’est un  signe lourd de la bassesse de la France

Ca m’émeut prodigieusement, car on le fait – Pierre Haski le dit en toutes lettres sur Rue 89 – parce qu’elle est une élue du Front National.   Il est admis que, n’était de cette appartenance,  on n’en parlerait pas plus que des bâtards de Mitterrand, ou d’un quelconque Roi de France.

C’est ça qui me fait vomir. Ecoute  bien,  Haski,  ce n’est pas Marion ni le FN que tu attaques, Haski,  quand tu fais de la politique avec la paternité de Marion. C’est la France que tu déshonores un peu plus !  La France qui, ayant ce qu’elle a comme Président et cette flopée de traitres et de quislings qui lui font une politique à la solde des Américains, accepte çà !

Que la France accepte que l’Express rejoigne le Nouvel Obs et les tabloïds anglais dans l’exploitation de petits « scandales » orduriers, pour remplacer l’information que la presse française n’a plus le courage de transmettre. C’est cette façon de faire de la politique qui me dégoûte

Parler de la paternité de Marion plutôt que des centaines de milliards que la France DONNE aux banquiers  depuis Pompidou, c’est donner une autre raison de vous trouver répugnants, vous et toute cette presse française dont la collusion avec le pouvoir est si transparente.  Vous, Haski, qui avec Rue 89  avez infiltré le journalisme citoyen pour qu’il n’y ait plus en France AUCUN accès à la vérité…

La Libye, la Syrie, ce droit de survol qu’on refuse à un président bolivien sur un geste des USA…  Tout est déformé, maquillé, occulté.  Maintenant, vous et Rue 89,  venez régaler la plèbe que vous avez rendue jocrisse et veule, en lui contant des histoires de famille. Journalisme jaune.  Bêtise et lâcheté. Il n’y plus d’honneur à se dire Français. Plus de fierté à être vos cousins. Vous êtes un tricot dont il faut reprendre une maille sautée. Je vous dis, à l’Exprès et à vous, ce que je disais de votre Nouvel Obs dans des circonstances similaires: vous êtes profondément méprisables. Vous êtes des asticots dans cette plaie ouverte et mal soignée qu’est devenue la politique française.  Vos journalistes sont devenus de minables goujats. Vous êtes une Presse de dégénérés

La naissance illégitime de Marion ne me scandalise pas. Ce qui me scandalise, c’est ce crétinisme qui avance en France et fait écrire seulement des niaiseries.  Ce qui me choque, c’est ce Hollande qui se dit socialiste.  Car je  SUIS  socialiste, moi!   Je ne vous pardonne pas d’avoir fait en France de « socialisme » un autre mot pour lâcheté, pour faiblesse, pour turpitude.

Le danger du FN peut-il justifier la bassesse ? Le programme du FN me choque moins que le pilonnage malhonnête qui en est fait  par des médias  aux ordre du fric.

On dit fascisme, mais qui est fasciste ici, de Marion Maréchal-Lepen … ou des journalistes qui  veulent nous faire trinquer à l’huile de ricin de leurs ragots ? Sortez donc d’abord la France de l’insignifiance UMPS, on parlera ensuite. Et fermez donc la gueule des journalistes qui colportent des scandales de nonnettes, en se taisant sur ce que font vos banquiers véreux et autres exploiteurs.

Je suis bien plus près de Trotsky que de Mussolini.  Si j’étais Français, je voterais pour Asselineau…  Mais puisque vous ne le comprenez pas – et ne l’écoutez même pas –  je souhaite que la France  trouve sa rédemption chez ce Front National qui se présente, au moins, comme la négation de ce que la France est devenue.

Le Front National EST une alternative.  Voter pour le FN, aujourd’hui, ce serait un signe d’activité cérébrale qui nous redonnerait  un peu confiance en vous, à nous tous enchaînés comme vous et avec dans cette galère capitaliste qui prend eau de partout.

A défaut d’une Gauche qui puisse faire le ménage en France, vivement que le FN vienne balayer la chienlit.  La chienlit des impuissants comme Hollande, celle de l’Express, du Nouvel Obs, des journalistes  comme Haski, de tous ceux  qui ont été les complices des criminels de guerre qui ont jeté la France contre les civils en Libye … et qui restent silencieux pendant que les banquiers continuent  de rançonner les Français.

Pierre JC Allard

497. Sus, à ces trublions de livres gratuits !   13.11.25

Salon du livre de Montréal. Ce matin, je me suis aventuré dans l’antre du dragon et j’en ai été expulsé manu militari. « Manu militari‘ n’est pas une figure de style ; j’ai été escorté vers la sortie par trois (3) agents de sécurité – j’ai 78 ans – dont l’un m’a bousculé dans un escalier en me disant qu’il n’hésiterait pas m’y pousser si je n’obtempérais pas plus vite…

»J’ai mes ordres » – qu’il m’a dit, le type de l’Agence Garda, tout de noir vêtu et sans autre identification – « et j’ai beaucoup de travail ». On croirait à une blague…, si ce n’était ces mêmes gens qui ont tabassé les étudiants l’an dernier à l’Université du Québec et le même groupe qui a laissé des traces sanglantes en Irak. Notre culture est entre fortes mains.

Que s’est-il passé ce matin ? Le Salon du livre de Montréal, du 20 au 25 novembre 2013, c’est la grand-messe annuelle au Québec de tous ceux qui vivent ou veulent vivre de l’écriture. Un espoir qui, dans une société qui se numérise, risque de plus en plus d’être déçu.

Lespoir de faire des sous se transforme peu a peu en un espoir de s’en faire donner, et la lutte devient de plus en plus féroce, âpre, impitoyable… De l’émulation, à la rivalité, puis au conflit et à la guerre. Une guerre mesquine qui pourrait devenir sale. » Kulturkampf » « à la québécoise ».

J’ai déjà dit ce que je pensais de ces formations parasitiques sur l’écriture et la lecture que cultivent ceux que j’ai appelés les geôliers de la culture.

Salon du livre de Montréal. J’y ai déjà eu mon stand, mais n’en ai pas cette année, je déambulais ce matin entre les étalages, échangeant avec d’autres badauds… Parfait quidam. Mais la fiche à mon cou disant « auteur », Quelqu’un m’a demandé ma carte, d’autres m’en ont demandé aussi. L’une de ces cartes a trouvé son chemin vers le Saint Office de l’Inquisition. Cinq minutes ne se sont pas écoulées qu’on m’a intimé l’ordre de déguerpir. Pourquoi ? Parce que sur ma carte il y a un lien vers quelques bouquins qu’on peut lire GRATUITEMENT sur Internet.

VOICI CI-DESSOUS CE LIEN DANS TOUTE SA GROSSIÈRE INDÉCENCE….

http://pierrejcallard.com

C’est pour avoir, un peu par inadvertance, donné accès à ce lien et donc permis à quelques personnes de lire gratuitement ces livres qu’un vieillard a été houspillé et menacé. Faut-il que l’intelligentsia québécoise mendiante des assistés du livre soit bien humiliée d’elle-même, pour défendre avec tant d’acharnement l’os qu’elle persiste a ronger ! Alors que le buffet est servi pour ceux qui voudraient VRAIMENT avoir quelque chose a offrir. Promouvoir le lecture, faire connaitre les auteurs, réduire les coûts de production et diffusion…. Ce qui est absolument tabou.

Car est-ce que ce sont mes livres gratuits qui ont énervé les geôliers de la culture dans leur antre… au pont de les pousser à cette réaction aussi caricaturalement fasciste que d’expulser par la force, d’un lieu où il a payé son billet, un vieux monsieur visiblement inoffensif ? Ou n’est-ce pas plutôt cette petite proposition, qui est aussi sur ce site, d’un fond pour mieux rémunérer les auteurs et réduire cette part obscène de la vente des livres qui va à ceux qui vivent de la culture sans la nourrir … et donc l’affament ?

Ma proposition qui énerve est simple: Je l’ai déjà exposée en détail il y a des années et je ne l’avais résumée sur le site en délit de gratuité que pour mémoire:

1. Que l’État fournisse à chaque citoyen un Compte-Lecteur, avec un identifiant auquel le lecteur ajoutera son propre mot de passe;

2. Qu’il crédite chacun de ces comptes d’un même montant. (Disons ici 100 $ annuellement, mais ce n’est qu’une illustration; ce pourrait être 50 $ ou 200 $).

3.. Qu’Il assume la responsabilité de publier, sur un site internet dédié a cette fin, TOUS les écrits dont leur auteur québécois demanderait la publication, lui ouvrant simultanément un Compte-Auteur

4. Que quiconque veut accéder à l’un de ces livres ou autres écrits – classés par titre, auteur, taille, catégorie, etc, – puisse le faire en autorisant le virement, de son compte-lecteur au compte de l’auteur d’un montant déterminé.

Quel montant ? À discuter, mais idéalement un montant minime, allant par exemple, selon la nature du texte, de 0,00005 $ a 0,001 $ du mot, ce qui signifierait, pour son auteur, 20 $ l’exemplaire pour un livre de niveau « A » (TRES sérieux) de 20 000 mots… et 5 $ pour une roman sentimental sans prétention de 100 000 mots de niveau « C », avec entre les deux, au niveau « B », pour environ 10$, toute la littérature pour honnête homme cultivé allant de Voltaire au dernier Goncourt.

Prix cassé ? Bien sûr, mais il s’en écoulera beaucoup plus… On lira davantage. Et la clientèle sera d’autant plus vaste, que le lecteur qui ordonne le paiement obtient ses premier « achats » gratuits et n’a à ajouter ses propres deniers que s’il excède la limite fixée par le montant qu’on lui a crédité.

5. C’est par cette approche réaliste, je crois, que passe la rentabilité future du métier d’écrivain. Le développement d’une intelligentsia créatrice de culture, aussi, car on multipliera ainsi le nombre des auteurs et, en faisant fluctuer chaque année les prix par types de littérature, l’État pourra favoriser ceux – romans essais etc. – qu’on veut encourager.

Cette proposition ne fait que reprendre ce que j’en disais il y a des années, mais elle devient plus urgente. Il faut que le créateur obtienne plus et que diminue la part de ceux qui parfois l’aident, mais souvent le parasitent L’internet doit être au service de la lecture, de l’écriture et donc de la culture. La dynamique est la même en France:

Urgente, parce que cette réaction fasciste violente a la menace de la gratuité du livre au Quebec, pourrait bien ne pas être si différente dans le monde fermé de l’édition et de la distribution française. URGENTE, car l’accord de libre échange entre l’U.E et l’Amérique vise à nous faire tous marcher au même pas. Un pas inquiétant ET AUCUNE EXCEPTION N’EST PREVUE POUR LES « PRODUITS » CULTURELS.

Amazon vendra donc la culture, Google décidera de ce qui passe sur le web… et nous n’aurons même pas le droit de DONNER notre opinion.

A moins qu’on ne dise NON. La culture est notre patrimoine et il ne faut pas qu’on nous la vende. Il faut qu’on nous la donne.

Pierre JC Allard

 

498. Dieudonné avec nous !   13.12.09

Cet article est un cordial coup de chapeau  à l’humoriste  Dieudonné.  Je ne sais pas si je suis d’accord avec tout ce qu’il dit, et je n’en ai cure. Je suis d’accord avec ce qu’il est et avec ce qu’il représente. Çà me suffit.

Il est l’homme qui, compétent dans le métier qu’il s’est choisi, doit lutter tous les jours pour l’exercer contre des lobbies puissants et la mauvaise foi d’une détestable engeance de culs-bénis et de victimisés de droit divin autoproclamés, qui se terrorisent les uns les autres pour éviter qu’un seul d’eux ne sorte du rang et rompe la transe du consensus:  NOUS HAÏSSONS DIEUDONNÉ.

Je soutiens totalement Dieudonné  dans le droit de penser, de diverger, de faire rire et de faire réfléchir. C’est un droit qui disparait en France, car il n’y a plus rien de drôle et réfléchir donne le cafard.  Je soutiens ce qu’il représente:  Le courage, la liberté de pensée, l’INTELLIGENCE.  Si je devais choisir un ambassadeur de la France auprès d’une autre planète, je choisirais Dieudonné plutôt que quelque ministre  que ce soit de sa  présente  gouvernance. Pour aimer la France, il vaut mieux voir et entendre Dieudonné que Holland… et cela  à mon avis règle l’affaire.

Publiant cet article, j’ai aussi le désir – sûrement partagé celui-ci, par toute l’équipe des 7 – de rendre hommage au courage de Elyan et de celles et ceux de Centpapiers, qui, affrontant des problèmes techniques récurrents de longue date qui aujourd’hui rendent ce site pratiquement  inaccessible, ne  baissent pas  les bras,  mais ont  la détermination et le talent de publier malgré tout des articles comme celui-ci.

Je  les encourage à persévérer  et j’invite tous les lecteurs a ne pas désespérer: Centpapiers reviendra en ligne

Pierre JC Allard

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La dernière vidéo de l’humoriste Dieudonné postée sur Youtube il y a deux jours, a déjà été vue plus de 500  000 fois. Récupérant cette dernière, le site Terrafémina a trouvé bon de relever dans le sketch de l’humoriste, l’endroit il répond a Manuel Valls qui, à la 5? de cette vidéo, dit des choses inexactes contre Dieudonné. Ce dernier lui répond avec l’humour sarcastique qu’on lui connaît. 

En faisant de son titre «Ferme ta gueule connard, je te pisse à la raie », le site a dit avoir consulté le cabinet de Manuel Valls, qui n’a pas répondu. Comment en serait-il autrement ? S’il réagit, Valls aura prouvé que nous ne sommes pas en démocratie. Parce que, quand on provoque, disent-ils depuis 10 ans à l’encontre de Dieudonné, on mérite ce qui nous arrive. Ah, bon ?

Finalement, Dieudonné, qui s’y frotte se pique et, le peuple de France semble dire stop à ceux qui le lynchent sans avoir d’arguments, voire abusivement. Nous avons pris les commentaires de l’article. Une révélation mais, ils n’arrêteront jamais, Dieudonné fait vendre !

(Je  ne recopie pas le dernier video de Dieudonne qui est sur le site de Centpapiers, vous pouvez – peut-être – y accéder et je voudrais que vous essayiez…. Mais je vous en mets d’autres ici du même crû.)

49 vidéos Tout regarder Mix YouTube – Dieudonné répond à Valls 2

Pïerre JC Allard

 

499. Cette France qui tourne à droite   13.12 18

En 2009, quand je disais que la France allait virer a Droite, on croyait que  je délirais. Quand je disais qu’elle ne le ferait pas par conviction droitiste, mais suite a une énorme désillusions de la Gauche, on ne me croyait pas davantage.  On avait raison de ne pas me croire: les présidentielles de 2012 ont porté Hollande au pouvoir. J’avais surestimé Sarkozy… et surtout mésestimé la naïveté des Français.

Pour que le citoyen Lambda n’entende plus le chant des sirènes socialistes, il fallait un choc brutal: la confrontation avec le mensonge et l’impuissance des pseudo gauchistes hâbleurs et velléitaires de l’après-Mitterand.   Maintenant, c’est fait: Hollande s’est avéré  emblématique jusqu’à la caricature de ces timorés qui, un peu partout en Occident, ont prouvé que le socialisme avait vendu son âme. Tout est en place pour que le peuple aille chercher à Droite ce que la Gauche ne veut pas lui donner.

Je mets ici, sans en changer un mot, le texte que j’écrivais  à  l’époque. Ce qui a changé, aujourd’hui, c’est qu’on ne sait plus qui de l’UMP ou du FN  instrumentera l’autre… et qu’il ne semble pas que Villepin soit encore une option républicaine.  Ce qui n’a PAS changé, c’est cette incapacité  de la Gauche à se radicaliser, alors que le peuple attend des mesures radicales…. avec pour conséquence prévisible une radicalisation à Droite… Or je ne vois pas le FN comme une option radicale. Autre chose peut venir vite. Caveant Consules….

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LE TEXTE QUI SUIT ESR REPRIS DU !? NOVEMBRE  2009

Placer ses pierres à Droite

Depuis que le président Sarkozy a confié sur Facebook avoir assisté en direct à la chute du Mur de Berlin, il ne manque pas de gens pour dire que c’est lui qui, dans de précédentes réincarnations, a découvert le feu et inventé la roue. Qui sait s’il n’a pas été aussi le premier joueur de Go.

Au jeu de Go, pour ceux qui ne le savent pas, chacun pose des « pierres » sur l’une des 361 intersections d’un grand damier (Goban). Vous entourez complètement les pièces de l’adversaire… Il les perd. Vous gagnez. Simplicité enfantine. Mais les parties de championnat de Go durent des semaines et les joueurs se relaxent en jouant aux échecs…

Quelle stratégie peut bien suivre le Grand Maître Nicolas, dans sa longue partie contre la Gauche, quand il souffle sur les braises de l’identité nationale et fait des appels du pied au FN, dont il a pourtant déjà raflé de la clientèle tout ce qui pouvait l’être ? «Old Nick » — le diable, chez les Anglo-Saxons — a-t-il perdu la main ? Une autre explication est qu’il soit très, très intelligent…

Supposons le scénario — imaginaire, bien sûr — d’une France qui ne voudrait vraiment plus de Sarkozy, avec une Gauche parcellaire qui n’a rien à offrir et, au Centre, un Modem et des Verts qui ne passionnent pas vraiment. Si apparaît un homme charismatique de centre-droit, il peut draguer vers lui tout le Centre loin à gauche et même quelques mécontents néo-gaulliens de UMP à qui l’atlantisme actuel donne de l’urticaire.

Dans ce cas de figure, le sarkozysme qui a fait le plein à droite et reculerait ainsi au centre, pourrait être mis en minorité. Danger ! Où trouver des effectifs de réserve ? C’est là que le véritable Maître de Go montre qu’il connaît bien le go-ban qu’est la France.

L’électorat français, c’est 90 % des citoyens qui se désintéressent totalement de la politique ou ont déjà fait allégeance à un parti. Dans la mesure où les mots ne changent pas pour le dire, ils ne prêtent qu’une attention distraite à ce qui se raconte. Situation statique, où chaque parti cherche prudemment à garder son image de marque, qui est son identification sociale… et aussi une rente de situation. Le jeu politique ordinaire se limite donc à convaincre les 10 % de vagabonds qui basculent et donnent le pouvoir. Par des slogans et des jeux de personnalités seulement. Toucher aux idées est tabou. On ne prend pas de risques.

Or, Il n’y a qu’aux extrêmes du spectre politique qu’on peut prendre des risques, ou au moins offrir une image moins rance que la platitude des éléphants et assimilés. Quand tout va bien, le jeu ordinaire suffit et tout le monde est peinard. Mais si l’on fait face à de vrais problèmes comme aujourd’hui, le jeu ordinaire ne sert plus. Seuls les extrêmes peuvent offrir des solutions miracles. Quand les choses se gâtent, il y a donc une brève période pendant laquelle le peuple VEUT prendre des risques et regarde dans la direction des « extremes »

Quand la population veut prendre des risques, elle va d’abord vers ceux qui lui ont fait miroiter l’utopie dont elle rêvait… et c’est généralement la Gauche. Quant arrive cette prise de conscience, la Gauche a donc un peu de temps pour répondre au rejet de l’ordinaire en offrant de l’extraordinaire et un projet de vrai changement.

Hélas, bien souvent, une Gauche devenue bien pansue a proposé des changements éculés et sans vraiment y croire. Quand vient l’heure où elle est mise en demeure de le faire, elle refuse donc de passer à l’acte, consciente des difficultés, voire de l’irréalisme de ce qu’elle a proposé. C’est alors que la population se tourne vers la Droite. Pas la droite de l’inégalité, celle de la discipline. À la japonaise.

Quand la France se tourne vers la Droite, aujourd’hui, elle voit une jolie femme avec les yeux bleus de Jeanne d’Arc qui a quelque chose à offrir… Disons, des couilles. Il y a une clientèle pour Marine Lepen. Le génie de Sarkozy, c’est de voir que cette situation fait bien son affaire, car la clientèle de Marine est d’abord chez les gauchistes déçus. Pas les gauchistes qui ont trouvé une carte du PS dans leur berceau – ceux-la sont entrés en coma et vont bientôt mourir d’inanition, faute d’une perfusion de rêves crédibles – les gauchistes sérieux. La Gauche du Grand Soir…

Cette vraie Gauche, pour qui le rejet de Sarkozy est devenu viscéral, peut trouver séduisant le discours d’une vraie Droite. Parce qu’il est clair, moral, sans cautèle, anti-élitiste, anti-corruption. L’affaire Mitterrand a peut-être été la paille qui a brisé le dos du chameau, la population prenant conscience que son ennemi n’est pas à sa gauche ou à sa droite, mais en haut: une caste de dirigeants élitistes qui ne lui veut pas du bien et qui la manipule par une illusion de démocratie.

Une certaine Gauche peut trouver le discours de la Droite séduisant, mais aussi CRÉDIBLE, parce qu’il n’y a rien d’incongru à ce que la Droite relève le défi de réaliser des promesses de la Gauche ! Une Droite ne propose pas nécessairement un projet social opposé à celui de la Gauche ; elle propose une manière de faire.

Une Droite n’est pas systématiquement au service des riches. Dès qu’elle le peut, au contraire, elle met riches comme pauvres à leur place et ce sont souvent ces deniers qui y gagnent… un peu ! Ce que la Droite veut, c’est diriger et que les choses se fassent à sa manière. Si la population lui dit clairement ce qu’elle veut, la Droite est souvent prête à tenter de le lui donner et, parce qu’elle prend une approche autoritaire, parfois elle PEUT le lui donner.

Donc, ne pas s’imaginer que la Droite suggérera les horreurs caricaturales dont l’accusent les médias. Le projet de la droite sera séduisant et beaucoup pourront dire oui. Une large part de la population peut vouloir accepter de payer en perte relative de liberté les avantages sociaux et économiques que la Droite lui offrira. L’autoritarisme mène à une catastrophe, mais la catastrophe n’est pas immédiate.

La catastrophe arrive plus tard, quand la démesure implicite au projet que le peuple veut – et que la Gauche lui refuse, précisément à cause de cette démesure — pousse une Droite au pouvoir à des actions plus coercitives pour poursuivre la croissance pyramidale des désirs à satisfaire. Ce sont ces actions coercitives qui finalement brisent le soutien de la population et conduisent à un rejet parfois violent de la Droite

Mais, en attendant, il y a souvent un moment où le peuple est prêt à courir le risque de l’autoritarisme pour sortir du marasme et il y a parfois même un moment de grâce où il est satisfait de la Droite. Jouer avec la Droite est donc dangereux.

Quel avantage a Sarkozy à favoriser une montée de la Droite qui pourrait reprendre les voix qu’il lui a prises? Le gambit de l’UMP, c’est que, ayant le pouvoir, son noyau dur ne la quittera pas : ce sont les extrémistes de gauche qui iront vers le FN. Or, il est hautement improbable que le transport de leurs votes vers la Droite puisse porter celle-ci au pouvoir.

Il est probable, au contraire, que ces votes constitueront un bassin d’électeurs qui, au deuxième tour, viendront appuyer une UMP s’affirmant volontariste et musclée contre tout ce qui serait plus à gauche. Incluant un Villepin de centre droit portant le drapeau des valeurs républicaines et qui serait présenté comme velléitaire.

Il n’est pas exclu que ce soit le choix de la prochaine présidenteille.

Pierre JC Allard

10-07-14

La stratégie américaine pour les nuls

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

0 les nuls

 

0 POUR LES NULS

Si vous êtes un peu déboussolés – disons  perplexes – quand vous voyez les Américains soutenir en Syrie des Jihadistes sunnites contre Bachar el-Assad, puis des milices chiites à Bagdad contre les mêmes Jihadistes devenus l’armée de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL), ne renoncez pas à comprendre.  La situation, en réalité, est simple, limpide et la stratégie évidente. C’est votre cerveau de complotiste d’un autre âge qui vous joue des tours et vous amène à imaginer de la complexité partout.   Stop !  Il n’y a plus de complexité.  TOUT EST SIMPLE.

Il n’y a plus de complexité. Enfin, beaucoup moins…. Pourquoi ? Parce que la complexité a été un simple intermède; une réponse improvisée au dérapage médiatique qu’a été la gestion inepte par le Système des séquelles du 911.  Ce dérapage était grave, car il venait compromettre  le « viol des foule »  –  le b – a – ba  de la gouvernance démocratique – et on s’est un peu énervé….

Grave, car c’était le deuxième. Le premier dérapage avait été la couverture en direct  de la Guerre du Vietnam à la TV qui en montrait  les horreurs.  (Voyez la série américaine ‘Sixties »)  Une grosse bavure, qui allait faire perdre au Système la guerre de l’opinion publique aux USA… puis aux USA la guerre elle-même. On avait réparé cette bavure lors des guerre suivantes, en n’en montrant plus que des images correctement édulcorées, mais on en avait  gardé le souvenir qu’une bavure était possible.  Alors, quand est arrivé  le dérapage du 911, on s’est énervé…

On ne s’était pas méfié. On avait prévu que Quidam Lambda ne verrait le spectacle qu’une seule fois et y croirait comme à un Évangile,  les illusionnistes du Système avaient donc bâclé un scénario des attentats cousu de fil blanc. Ils n’avaient pas anticipé que, précisément  ce moment, l’accès à l’Internet  et son usage allaient se multiplier par 5 aux USA, permettant à des milliers de gens de se partager leurs compétences pointues et de reconstituer, au profit de TOUT LE MONDE ce qui a été appelé l’« effroyable imposture » du 911.

Patatras ! Une grosse bavure cette couverture du 911, car ce qui aurait dû susciter un vague patriotique et faire rêver les jeunes Américains d’aller occire tout ce qui porte burnous ou turban s’est au contraire soldé par un froncement de sourcil sceptique. De sondages, en sondages, les Américains disaient de plus en plus qu’ils n’y croyaient pas.

Le Système a réagi en jouant la carte de la complexité.  On a cherché à CONVAINCRE  Quidam Lambda en mettant du mystère. En remettant l’individu à la place, qu’on voulait la sienne, de celui qui ne comprend pas et ne peut pas comprendre.    Le 911 – puis tous les gestes odieux des USA, qui ont suivi,  de la « libération » du Kosovo au massacre des civils en Libye pour en voler les fonds souverains et les ressources –  ont dès lors été subtilement « expliqués » pour que l’Amérique ait eu raison.  De façon tellement tarabiscotée, qu’on pourrait prétendre que si lambda n’y croyaitpas, c’est qu’il n’y comprenait rien.

Où était la Vérité ?  Qui pourrait démontrer par quel nouveau subterfuge Oncle Sam allait parvenir à introduire sa main crochue dans la culotte des enfants ? Il en est résulté une myriade de complots, de pseudo complots et de crypto complots, rendant impossible la preuve formelle de l’abjection des gestes posés….  avec  en prime la possibilité de discréditer comme « complotiste » quiconque s’en offusquerait…

Tout est devenu hypothèse. Quidam Lambda, et vous, et moi nous nous sommes adaptés à une réalité où chaque train en cachait plusieurs.  Rien n’était jamais ce qu’il paraissait être…   Nous nous y sommes faits, mais avons-nous été convaincus ?

NON. hélas  pour le Système, cette stratégie de l’obfuscation sans limites a échoué.  Elle venait trop tard, le mal était fait: le fardeau de la preuve avait basculé.  C’est le Système qui s’était discrédité. Cela signifiait qu’en l’absence de preuves, de part et d’autre, Quidam Lambda ne donnerait plus le bénéfice du doute à la Sainte-Trinité  « Etat-Banque-Presse » , mais présumerait que celle-ci lui mentait.    Ce qui change tout…

Le changement, très rapide, est apparu clairement quand, d’un an au suivant, les internautes – qui avaient soutenu massivement une intervention contre la Libye sans preuve crédible de la malfaisance de Kadhafi (que les faits avérés montraient plutôt sympa ! )  –  ont soudain majoritairement pris position  CONTRE une intervention en Syrie, alors que le dossier de Bachar le-Assad était pourtant bien plus discutable….  Quelque chose avait traversé un seuil et basculé.

Le citoyen semblait avoir développé un préjugé NEGATIF contre la « bienpensance » pro-Système. Bien sûr, les internautes ne sont pas un échantillon représentatif de l’ensemble de  la population, mais nier toute valeur indicative a cet échantillon est pur déni.  Il n’est meme pas exlus de penser que l’opinion des internautes soit annonciatrice de celle de la  population en général qu’elle précede.

En quoi cette perte de foi du citoyen  en sa gouvernance, ses pompes et ses oeuvres explique-t-elle les curieuses volte-face  de la politique américaine au Moyen Orient ?   Elle explique tour, car on voit que, confronté a cette perception négative, le Système a jeté l’éponge. Il a renoncé à expliquer à Quidam Lambda. Toute cette période post-911 pendant laquelle on cherchait  à le convaincre est terminée.  L’opinion publique a été passée aux profits & pertes.  La gouvernance a accepté que, comme le disait Orwell, le peuple qu’elle gouverne est son ennemi.

Fi de la subtilité donc, et ceux qui en cherchent encore se roulent dans la farine.  La situation actuelle ?   Elle est transparente. OUI, on torture a Guantanamo ET ON LE DIT !  OUI, on soutient une dictature en Egypte contre les Islamistes qui ont démocratiquement formé le gouvernement… OUI, on dit candidement que les armes de discussion massive de Saddam  était une invention. OUI, on admet désormais  qu’on a souvent cherché à assassiner Castro, comme on a assassiné Diem, Kadhafi, Sankara, Lumumba  et tant d’autres  OUI, c’est un faux incident (false flag) ans le Golfe du Tonkin qu’on a inventé pour mener à son paroxysme cette guerre du Vietnam, qui est le meilleur exemple contemporain du Mal-qui-a-la force martyrisant le Bien qui est faible.

Aujourd’hui, la stratégie revient à la vérité, car on ne voit plus possible ni nécessaire de mentir.  Quelle est cette vérité ? La vérité, c’est que l’Amérique, après la chute de l’Empire soviétique, s’est retrouvée sans l’ennemi dont elle a toujours besoin pour que fonctionne son économie et que sa population demeure sur le qui-vive .  Elle s’en est donc choisi un sur mesure: l’Islam.  Un adversaire de la bonne taille, pas mortellement dangereux, mais assez gros pour que le défi soit intéressant et qu’on puisse le montrer haïssable à souhait.

On peut envahr l’ « Islamie »  de tous les côtés.  On y va et on quitte, on  y vend des armes, on détruit et on reconstruit.  En  le faisant, on se dispute un peu de capital politique à Washington entre Reps et Dems. …   Suivez tout le périple des USA au Moyen-Orient et au Maghreb depuis 20 ans…  Ça se suit à la trace comme une coulée de sang.

Le fin du fin, comme toujours, c’est la zizanie programmée, dont le cas-école a été le Liban de 1974…   Il n’y a qu’une seule explication a la politique américaine : c’est la volonté de créer le chaos.  Faire en sorte que tous les peuples  se fragmentent en factions et s’entretuent les uns les autres pour le plus grand profit de l’Amérique.  Il faut le voir.

On aura bientot Chiites contres Sunnites, l’Iran contre un Etat Islamique qui est à se bâtir rapidement et qu’on engraisse aux stéroïdes.  Encore un peu de travail, et on en arrivera bien à impliquer l’Arabie saoudite et à la « démocratiser »…  On vendra aux enchères les émirats petroliers en périphérie…

On est presque arrivé à la totale zizamie. On aura créé l’enfer pour une ou deux générations. TOUT EST SIMPLE.  Et aucune autre explication ne tient.

Tout est redevenu simple. Il faut seulement comprendre et accepter que la phase de duplicité astucieuse qui nous forçait a réfléchir en profondeur à la politique internationale depuis quelques années est terminée.  Il faut nous reconvertir à la simplicité et ne plus chercher midi a quatorze heure: le mal se promène nu et sans masque.  Il faut le voir.

Les volte-face sans vergogne des USA, c’est le signe que c’est désormais la « stratégie américaine pour les nuls » qui est en vigueur.  Les nuls, c’est vous et c’est moi.  Ceux qui mènent le monde ont jugé que nous en étions tous.

Pierre JC Allard

07-07-14

LE JEU ÉLECTORAL

Filed under: Auteur — pierrejcallard @ 12:00

 (N.B   Ce texte  est long et n’est pas d’actualité . Il n’a pas été écrit pour que vous le lisiez en ligne,  mais pour que vous le mettiez en référence dans vos archives)

LE JEU ÉLECTORAL

00 quijote couverture

 

INTRODUCTION :

Je me suis toujours intéressé à la politique. J’ai écrit sur divers sites, des commentaires, des billets, des articles… Écrit aussi des bouquins dont la politique est le contexte ou le leitmotiv et dont le processus électoral est un élément important. Comment n’aurai-je pas eu la curiosité d’aller voir ca de plus près…. ?

De plus près et même en y devenant un acteur ! Je l’ai fait, en me portant candidat à quelques reprises. J’ai ainsi vécu trois (3) campagnes électorales dans le rôle de « Don Quichotte » et sans y investir les moyens sans lesquels il est impossible de mener ces aventures à terme, mais toujours avec plaisir. Bon choix bien assumé de causes sans espoir, car si le destin facétieux eut fait que je sois élu à quelque fonction que ce soit, mes objectifs de carrière et ma vie même en auraient été assez fâcheusement bouleversés…

Résultat ssans surprise, donc, de ces barouds d’honneur, mais il ne faut pas croire que j’ai vécu ces luttes en dilettante. Je les ai conduites sabre au clair, toujours en y mettant toute la passion et l’énergie qui donnent leur valeur a ce genre d’expériences.  J’en ai pris prétexte pour écrire et diffuser, ici un programme quand j’ai cru qu’on manquait tragiquement d’un programme, là un journal de bord, quand il ma semblé qu’il était bon que soient mieux connues les péripéties standard d’une élection au Québec rural, au tout début du XXIe siècle

J’ai réuni dans ce livre ce qui m’a semblé valoir d’être dit de quatre (4) épisodes distincts de mon flirt vivace avec notre démocratie électorale

 

1)         Ma candidature a la mairie de Montréal en 1994, course dont je me suis retiré la veille du scrutin afin que les résultats ne soient biaisés en aucune façon par les quelques votes qui auraient pu m’échoir . L’intéressant, cette fois était le programme, car aucun des candidas n’avait proposé quoi que ce soit d’original qui eut mérité qu’on en discutât. J’ai eu souvent par la suite eu impression, que ce programme de 1994, correctement dépoussiéré, aurait pu être encore utile pour les deux ou trois élections subséquentes…

2)         La description au jour le jour de mes activités et de mes réflexions comme candidat du NPD dans la  circonscription de Saint-Maurice-Champlain en 2004

3)         Le suivi quotidien que j’ai fait, comme blogueur, de la campagne provinciale de 2008. Une tout autre perspective, quand tout esprit partisan est enlevé et qu’on ne se pose plus en candidat, concurrent pour convaincre, mais en spectateur pour chercher une logique aux gestes posés par tous.

4)         Lorsque a débuté de la campagne de 2012., il y avait des thèmes dont je croyais essentiel qu’ils soient au moins identifiés. Il est vite appartu qu’ils ne le seraient pas… Mettant à profit un candidature comme candidat indépendant dans Westmount-St-Louis, j’ai eu l’occasion de parler quelques fois de ces thèmes a la radio et j’en ai aussi tiré prétexte à écrire quelques billets… que je crois toujours d’actualité.

 

A) Un programme pour Montréal – 1994

 

A l’automne 1994, il était évident qu’aucun candidat à la Mairie de Montréal n’allait apporter quelque proposition que ce soit pour résoudre les problèmes de la ville. J’ai décidé alors – comme je le disais à l’époque – «d’offrir un programme sans candidat comme solution de rechange à des candidats sans programmes».

Il en est résulté 18 propositions concrètes, une esquisse de budget et un scénario de fonctionnement du conseil municipal, le tout constituant un programme. Malheureusement, les medias, dans l’intention avouée de restreindre la lutte aux 4 partis en lice à l’exclusion des candidats indépendants, ont totalement occulté ce programme.

ll y avait à ce choix des medias une certaine ironie, puisque l’un des éléments fondamentaux de ce programme était de dénoncer les conséquences néfastes d’une structure partisane au palier municipal. Compte tenu de ce qu’avait vécu Montréal depuis la dernière élection on aurait pu espérer que les medias auraient été, en 1998, plus ouverts à considérer une alternative au système des «partis» qui ne sont que des « machines à faire élire », sans programmes, sans principes directeurs et sans cohésion.

Considérant que rien d’original n’avait été proposé cette année là non plus, j’ai pensé mettre alors en évidence sur ce site, sans RIEN EN MODIFIER, ce programme de 1994. Bien sûr, ce programme devrait aujourd`hui, en 2002, être remis à jour, ne serait-ce que pour changer les chiffres avancés à l’époque. Mise à part la proposition de création d’une entité métropolitaine – ce qui est enfin chose faite – les autres éléments de ce programme demeurent étonnamment d’actualité. Serait-ce que nous ne nous sommes pas beaucoup déplacés … ?

Mon but n’est évidemment plus de faire accepter ce programme; on peut désormais faire bien mieux. Je voudrais simplement inviter tout le monde à proposer des solutions aux problèmes de Montréal, aux problèmes des villes en général.

On remarquera que certaines des propositions qui sont faites devraient, si notre société fonctionnait à peu près correctement, être réalisées par les gouvernements de Québec ou d’Ottawa plutôt qu’au palier d’une ville. Je ne fais pas ici ces propositions parce que je confond les responsabilités des divers paliers de gouvernement, mais en application du principe que, quand le conducteur s’endort, le passager le mieux placé pour ce faire a le devoir de saisir le volant.

 

Pierre JC Allard

 

Préambule.  Penser une ville… en dix-huit (18) propositions

1. MONTRÉAL: Une ville, une voix, un avenir 
Créer le Grand Montréal: une structure démocratique qui réunira les pouvoirs d’une Région administrative du Québec, de la CUM et de ses villes constituantes.

2. Une ville ouverte au monde
Montréal doit affirmer son IDENTITÉ multiculturelle. Créer un Conseil Consultatif des Communautés Culturelles et permettre l’usage subsidiaire de l’anglais, langue internationale, dans tous les cas où l’intérêt de la Ville et de ses citoyens l’exige.

3. Une ville sans violence
Priorité à la lutte contre la violence. Créer un service de quarteniers bénévoles, former des volontaires au sein des diverses ethnies de Montréal, subventionner le raccordement du domicile au poste de police, protéger les chauffeurs de taxi en organisant le paiement des courses par cartes de crédit et cartes à puces.


4. Sourire et en vivre
Priorité au tourisme. Faire de Montréal la «Capitale de l’Été», organiser des festivals des communautés culturelles et établir dans les Îles une ambiance de France à prix nord-américains.


5. Le pari de l’hospitalité
Amener le « carnet de réservations » de Montréal, comme ville hôte de congrès, au niveau de Paris et de Londres. Planifier l’établissement d’entreprises de pointe, « en grappes » avec les PME qui approvisionnent ces industries de pointe.


6. Que la solidarité ait une ville…
Mettre immédiatement en marche un programme d’urgence pour lutter contre la misère, dès cet hiver. Remettre à chaque résidant de Montréal une Carte de Citoyen qui pourra porter la mention « solidarité» et lui conférer alors certains avantages.


7. Solidarité «Transport»
Obtenir que la Carte de Citoyen – « solidarité» soit acceptée comme équivalent de la CAM et doubler le réseau du métro par une utilisation des voies du CN et du CP. Pour les automobilistes, un système de prise en charge des voitures au centre-ville avec retour à heure fixe ou sur appel.

8. Solidarité «Habitat»
Faire désigner un curateur à l’itinérant et lui fournir gîte et couvert contre paiement d’un montant prélevé de son allocation du B.S. Créer un organisme qui aidera ceux qui veulent partager un même logement et demander à Québec l’abrogation de la norme pénalisant les assistés sociaux qui veulent le faire.

9. Un toit bien à soi
Montréal apportera sa caution, à la hauteur de 5 000 $, aux locataires achetant le logement qu’ils occupent, à condition qu’ils aient un emploi stable et que leurs paiements mensuels subséquents n’excèdent pas 35% de leur revenu. Montréal favorisera aussi la vente des logements sociaux à ceux qui les habitent, limitant ensuite son aide au logement social à des subventions à la location des logements existants.

10. Solidarité «Interface»Montréal lancera un projet pour faciliter le placement des travailleurs, par téléphone ou ordinateur. Montréal distribuera également à la population un guide des organisations de bénévolat.

11. Culture «à la carte»
Montréal, établira un Centre de Réservation des Activités Culturelles de Montréal et assumera le coût de six événements, à la hauteur de 10 $ par événement, pour chaque détenteur d’une Carte de Citoyen – «solidarité». Montréal avancera aussi les fonds pour la préparation des événements culturels à la hauteur de la valeur des réservations reçues pour cet événement.

12. Tous au stade, ensemble
Montréal prendra position en faveur du soutien à la venue et au maintien à Montréal de franchises de ligues majeures et négociera une entente pour assurer l’entrée gratuite des détenteurs de Cartes de Citoyen – « solidarité» aux matchs des Expos de même qu’aux rassemblements des Montréalais pour certaines activités culturelles ou sportives.

13. Une ville de beauté
Montréal, définira ce qui a valeur historique sur son territoire et mettra ce patrimoine à l’abri; ce qui ne sera pas « à préserver » pourra être modifié sans tracasseries. Avec l’accord des riverains, Montréal lancera un concours ouvert à tous les architectes pour planifier à long terme une rue modèle.

14. Les infrastructures
Montréal fera l’inventaire de ses infrastructures, déterminera les travaux à faire et en annoncera le calendrier ferme de réalisation. Au moment d’accorder les contrats, on tiendra mieux compte des mesures prises par les entrepreneurs pour minimiser les inconvénients des travaux à exécuter.

15. Une fiscalité réaliste
Montréal présentera une demande d’octroi au Gouvernement du Québec, accompagnée d’une étude comparative du statut et des moyens de financement des grandes villes nord-américaines, demandant qu’on lui accorde un potentiel effectif de financement et un octroi complémentaire lui permettant, à responsabilités égales et fardeau égal pour ses résidants, de disposer d’un budget équivalent à celui dont jouit la grande ville « moyenne » d’Amérique du Nord. C’est à partir de ce budget « moyen » que Montréal relèvera le défi d’atteindre l’excellence.

16. Budget «Choix multiples»
Montréal présentera chaque année, à partir de 1996, trois plans d’action correspondant à des taux d’imposition différents, s’assurant préalablement que les trois plans protègent bien les droits des plus faibles et vont dans le sens de la justice sociale.

17. Une démocratie pour agir Structures pour l’action ontréal clarifiera les responsabilités du maire et des conseillers, le premier « proposant » – et « exécutant » avec l’aide du Secrétaire général – les seconds « légiférant ». Le Maire devra être un leader sans allégeance, les Conseillers des décideurs sans parti pris et le Secrétaire général un administrateur efficace. Des Conseils Consultatifs bénévoles apporteront leur contribution.

18. Une administration à l’écoute
Aucun projet ne sera soumis au Conseil si les sondages indiquent qu’une majorité de la population s’y oppose. La Mairie adressera chaque semaine aux médias un document synthèse de son action. Montréal apportera son soutien aux journaux de quartiers, faisant d’eux les relais privilégiés des communications entre l’administration municipale et la population.

CONCLUSION : agir et interagir Un nouveau processus de discussion et de décision au Conseil Municipal, accéléré au cours des mois de novembre et décembre 1994, permettra de faire face aux urgences et de reprendre le contrôle du destin de la Ville.

Pierre JC Allard

 

1.MONTREAL: Une ville, une voix, un avenir

Montréal – la communauté réelle – a bien grandi depuis un demi-siècle, passant de un à trois millions d’habitants. Pendant ce temps, les frontières formelles de la municipalité sont restées à peu près les mêmes. Nous avons donc aujourd’hui une ville privée des deux-tiers de sa population… et deux millions de banlieusards privés de leur ville. C’est inviter les injustices fiscales et des querelles intestines entre Montréal et ses banlieues, les « quartiers » de ce tout réel que constitue le Grand Montréal.

Pire, ce Grand Montréal – qui a son identité propre au Québec tout autant que Paris a la sienne en France – qui a ses intérêts, son histoire et sa culture bien typée, n’a pas de voix pour les exprimer. On a mis le Grand Montréal sous la tutelle d’une structure non-démocratique, la CUM, laquelle il semble que l’on veuille bientôt remplacer ou assujettir à une instance régionale en voie de création et tout aussi peu représentative.

Il faut que cesse cette dilution de la démocratie au profit des technocrates. Il faut que la démocratie renaisse à la dimension de l’agglomération montréalaise. Il faut que les Montréalais, tous ensemble, aient une voix. Il faut que Montréal puisse retrouver et exprimer son identité propre et que les citoyens reprennent leur pouvoir de décision sur des éléments aussi essentiels à la vie communautaire, entre autres choses, que la police, le transport, l’évaluation foncière. Il faut refaire le vrai Montréal.

Il y a aujourd’hui ce que la Ville de Montréal peut faire: faisons le vite et bien. Il y aussi a ce que trois millions de citoyens du Grand Montréal devraient pouvoir faire et ce qu’ils ont le pouvoir politique d’exiger: le droit de recréer une métropole – une de ces grandes « villes-coeurs » du monde où bat la vie d’un peuple – et de se faire un avenir. Le droit de chercher collectivement à faire franchir à tous les Montréalais le seuil de l’indispensable, comme de relever ensemble, unis, le défi de l’excellence.

Avant la fin de 1995, un plan opérationnel sera déposé auprès des autorités compétentes pour la constitution, avant l’An 2000 ,du Grand Montréal: une structure démocratique réunissant les pouvoirs d’une Région administrative du Québec, de la CUM et de ses villes constituantes.Reprenant sa vraie dimension et les vrais pouvoirs d’une métropole, Montréal cessera de se voir comme une ville au déclin, désuète, dépassée. Montréal se reconnaîtra un avenir et une vocation. Montréal retrouvera l’Esprit de « 67, quand nous étions un exemple pour le monde entier.Montréal est l’une de ces villes bien-aimées qui n’ont jamais cessé d’être le lieu privilégié de l’identification et de l’appartenance de leurs citoyens et qui, aujourd’hui, dans un monde en révision, sont à redevenir aussi les vrais modules de base de l’activité humaine. Montréal a la vocation de mettre à profit les circonstances exceptionnelles que lui ont imposées son histoire et sa géographie pour devenir un modèle pour l’organisation de ces &laqno;villes-coeurs » qui vont donner son rythme au prochain siècle.

Montréal doit être un exemple de l’affirmation d’une spécificité culturelle dans le respect des autres… et le modèle de la tolérance, de la solidarité, de l’ouverture sur le monde.

Un exemple d’une haute qualité de vie, à la mesure d’une redéfinition du travail et du loisir… et le modèle d’une société dynamique d’ordre, de justice, de partage, de richesse et de mieux-être

Un exemple de transparence… et le modèle d’une façon démocratique, participative, efficace de gérer et de développer la Cité.

 

2. Une ville ouverte au monde

Montréal est la métropole du Québec. C’est une ville où l’on doit pouvoir vivre et travailler en français. Le français doit être la langue de travail et la langue de l’administration montréalaise. Mais Montréal n’est pas une ville de France comme Lyon, Marseille ou Toulouse. Montréal est un carrefour pluriethnique et multiculturel comme New-York ou Paris. C’est ce qui fait sa spécificité, son charme, sa force. C’est ce qui en fait, au Québec, un lieu unique. C’est un aspect essentiel de notre IDENTITÉ de Montréalais.

Montréal doit relever le défi de mettre fin à l’incompréhension, à l’intolérance et à la méfiance qui se sont installées entre les communautés ethniques qui y cohabitent. Il faut mettre prioritairement l’accent sur le rapprochement entre ces communautés. Par delà toute émotivité, la simple efficacité exige que le français soit notre langue de travail. Montréal est une ville francophone, mais il n’en est pas moins indispensable que la multiplicité des cultures y soit non seulement permise mais encouragée.

Montréal doit accueillir les nouveaux immigrants avec joie. Il faut y promouvoir le respect de leurs coutumes et de leurs traditions, lesquelles doivent toutes se refléter dans le tissu urbain pour faire de Montréal la ville unique que nous aimons; on peut le faire sans mettre en péril les droits de la majorité. C’est une richesse pour Montréal qu’on y trouve une « Petite Italie », un quartier hassidique qui n’a vraiment rien d’un ghetto, et des rues où l’on parle grec, chinois ou créole. Je suis fier d’avoir joué personnellement un modeste rôle dans la venue au Canada de la minorité vietnamienne, comme de pouvoir parler dans leur langue aux hispanophones. Et ce n’est pas du folklore, dans un monde où vivent désormais plus d’un milliard de musulmans, que quelques milliers de Libanais et de Marocains se sentent bien chez-eux parmi nous.

Et comment le respect qu’on doit aux Néo-Québécois ne serait-il pas tout aussi essentiel à l’égard de ces Québécois d’autres souches — Anglais, Écossais, Irlandais – qui, depuis des générations, ont bâti et enrichi Montréal aux cotés des francophones? Montréal doit faire tout en son pouvoir pour qu’il n’y ait pas de mesures vexatoires à l’égard de ses minorités, pour s’assurer que leur participation est encouragée à tous les niveaux de l’administration, et pour veiller à ce que leurs cultures soient perçues et appréciées comme un apport vital, irremplaçable, à notre réalité quotidienne.

Montréal créera un Conseil Consultatif des Communautés Culturelles et tiendra compte de l’avis de ce Conseil quant à l’impact de chaque décision de la Ville sur la vie et le développement des diverses communautés qui composent notre ville.Montréal est une ville à vocation internationale: assumons notre identité multiculturelle. Notre essor comme ville passe par l’expansion au delà de nos frontières et la culture québécoise francophone ne doit surtout pas être imposée: elle peut et elle doit séduire. Elle peut séduire, et elle séduira à la mesure de ce que nous réaliserons et de ce que nous serons capables d’offrir.

Il est urgent de réinsérer Montréal dans le réseau des grandes villes nord-américaines, des villes-coeurs et des capitales du monde. Il est important qu’a coté du français, notre langue nationale, soit accueilli l’anglais, langue véhiculaire internationale de communication avec le monde. Il faut que le bilinguisme ne soit plus perçu comme une trahison mais comme une richesse.

Montréal doit obtenir du Gouvernement de Québec la reconnaissance d’un statut particulier qui permette l’usage subsidiaire de l’anglais dans tous les cas où l’intérêt de la Ville et de ses citoyens l’exige.

 

Pierre JC Allard

 

3. Une ville sans violence

Il faut que la vie, les droits et les biens des Montréalais soient protégés. Il n’est plus question que la violence, à Montréal, s’affiche et reste impunie. Il ne doit plus y avoir un quartier, ni une rue de Montréal, où quiconque ne puisse être en sécurité à tout heure du jour ou de la nuit. Cet objectif réclame des mesures immédiates et ces mesures seront prises. Quand leur sécurité est en cause, les jeux subtils de juridiction entre paliers de gouvernement n’intéressent pas les Montréalais.

D’abord, Il faut s’assurer que le corps policier qui assure la sécurité des Montréalais dispose des ressources suffisantes pour assurer l’ordre. Il faut que ses effectifs soient suffisants pour être VISIBLES et donc pour pouvoir jouer un rôle de dissuasion. Il faut s’assurer, aussi, que les membres de ce corps policier jouissent non seulement des meilleures conditions de travail mais aussi du respect de la population. Ceci exige que soient mis en valeur dans les médias le rôle social et la dignité du travail policier.

Le corps policier doit être incorruptible et on doit le purger immédiatement, le cas échéant, des éléments dont le comportement pourrait en ternir la réputation. Corollairement, on doit aussi mettre en place, à l’intention de tous les policiers, une formation continue qui étayera le statut professionnel qui leur revient .

Deuxièmement, le corps policier doit recevoir le mandat clair de lutter en priorité contre la VIOLENCE. La priorité, c’est de prévenir les vols à main armée, les attaques, les assauts, les viols, les rixes, de stopper l’intimidation des passants, des commerçants et des écoliers par des gangs de voyous et de malfrats, d’intervenir sur appel, avec toute la célérité et la fermeté nécessaire, pour mettre un frein à la violence à domicile.

Tout en collaborant au mieux avec les autres corps policiers (SQ et GRC) pour le respect des lois du pays, les policiers, à Montréal, doivent savoir que leur priorité n’est pas de traquer les petits revendeurs, d’empêcher que les jeux qui ne sont pas légaux fassent concurrence à ceux qui le sont, ni de tendre des pièges aux automobilistes ou aux prostitué(e)s et à leurs clients potentiels. Leur priorité, c’est d’arrêter la violence. Pour ceci, les policiers doivent pouvoir compter sur l’appui de la population.

Montréal mettra le réseau du métro, chaque îlot urbain et chaque zone scolaire sous la protection d’un service de sécurité professionnel ou celle d’un service de quarteniers bénévoles qui auront reçu une formation adéquate et dont le protocole d’interface avec les policiers, selon divers cas de figure, aura été déterminé à l’avance. Le corps policier formera, au sein des diverses éthnies de Montréal, des volontaires qui auront le mandat et la compétence d’intervenir, dans certaines circonstances bien spécifiques, pour aider à maintenir l’ordre sans créer de ressentiments.

Manifestant sa sensibilité au sentiment de crainte qui s’est développé au sein de la population, la Ville prendra une position d’avant-garde concernant la protection de proximité des lieux privés, ce qui est désormais possible à coût modique via la localisation automatique de l’appelant et le ré-acheminement automatique du signal vers le poste de police. Montréal subventionnera – en priorités pour les personnes âgées vivant seules – le raccordement du domicile au poste de police le plus proche.

Illustrant sa détermination à devenir une ville sans violence – ce qui sera sa meilleure publicité dans un monde où la criminalité est devenue une préoccupation majeure des investisseurs – Montréal aidera à la protection de ces travailleurs menacés que sont les chauffeurs de taxi en contribuant techniquement et financièrement à la mise en place d’un système universel de paiement des courses par cartes de crédit et cartes à puces, en assurant, en particulier, le paiement à demande des sommes dues aux chauffeurs sur ces cartes

 Pierre JC Allard

 

4. Sourire et en vivre

Montréal est en crise, Montréal est sans travail; iI n’y a qu’une solution définitive à la crise et c’est de remettre tout le monde au travail. Cette crise n’a que peu à voir avec une quelconque récession; les secteurs de production industrielle qui ont fait la richesse de Montréal sont simplement en déclin et leurs méthodes de production désuètes. Si ces secteurs renaissent, ils ne renaîtront qu’en substituant des machines aux travailleurs: rien ne permettra jamais d’y créer à nouveau de l’emploi…, à moins que les travailleurs montréalais ne veuillent travailler pour des salaires mexicains, ce qui n’est ni probable ni souhaitable. Si nous voulons que les Montréalais travaillent, il faut créer des emplois dans le secteur tertiaire.

Montréal, ne nous leurrons pas, n’a que peu de marge de manoeuvre pour créer des emplois. Ce n’est pas Montréal qui contrôle, ni ne devrait contrôler, les politiques de main-d’oeuvre ni les politiques monétaires: nous ne règlerons pas la crise du pays par des mesures au palier municipal. Montréal, cependant, peut créer un foyer de prospérité et générer des revenus qui se diffuseront sur toute la population, si nous mettons à profit une ressource que Montréal possède en abondance: l’hospitalité et la joie de vivre de sa population.

Montréal, c’est l’Expo, les Olympiques, le Festival du Jazz. Montréal, après New-York et Washington, c’est la ville d’Amérique qui accueille le plus de congrès d’envergure internationale. Montréal est une ville de fêtes. Or on néglige trop souvent que le tourisme est devenu la première industrie du monde et que nous possédons des ressources et des avantages concurrentiels importants pour miser sur cette industrie tertiaire, à forte intensité de main-d’oeuvre et donc créatrice d’emploi

Notre avantage extraordinaire, en plus des qualités propres à notre population même, c’est que nous sommes une ville d’été. La plupart des villes du monde se vident de leurs habitants en été et en perdent leur âme. Montréal, avec ses festivals et la profusion de théâtres saisonniers qui l’entourent, a cette rare caractéristique d’être une ville où l’été est la saison active. Il faut exploiter le potentiel touristique de cette singularité en y joignant l’effet d’attraction du visage français et multiculturel de Montréal.

Montréal agencera les événements déjà récurrents chaque année à Montréal de la fin mai à la fin septembre – et d’autres qui s’y ajouteront – de façon à offrir au touriste un calendrier ininterrompu d’activités qui fera de Montréal la 
 »CAPITALE DE L’ÉTÉ »

Dans le cadre de ce calendrier, chaque communauté culturelle de Montréal qui en fera la demande recevra la collaboration technique et financière de Montréal pour organiser, au cours de l’été, dans un secteur de Montréal signifiant pour cette communauté, un festival mettant en évidence la spécificité culturelle de celle-ci.

Cette communauté deviendra alors, durant cette période, non seulement l’hôte des autres éthnies de Montréal mais aussi, si elle fait de cet événement un succès, le point de ralliement en Amérique du Nord de tous les membres de cette communauté.

 

Mettant également à profit la relâche des activités culturelles en France durant la période estivale, Montréal établira, dans les Îles ou ailleurs, avec la collaboration des industries culturelles et des restaurateurs de France, une ambiance complètement française à prix nord-américains- du Moulin Rouge au Musée d’Orsay et du bal musette à la Tour d’Argent – qui complétera la séduction de la clientèle américaine.

RIEN ne peut apporter à Montréal un essor économique et des emplois aussi rapidement que le tourisme. Activité saisonnière, le tourisme peut être complété par une autre activité à forte intensité de main-d’oeuvre: la rénovation. Un projet innovateur dans ce secteur sera mis en place, dont il serait cependant irresponsable de discuter aussi longtemps que ne sera pas rendue publique la position définitive du gouvernement quant à la Loi 142.

Pierre JC Allard

 

5. Le pari de l’hospitalité

Rien ne peut apporter à Montréal un essor économique permanent et durable mieux que la mise en valeur systématique de son potentiel d’accueil. D’abord le tourisme. On doit viser le tourisme de vacance, mais aussi, et surtout, le marché en expansion des congrès. Il faut qu’à la fin de 1997 le « carnet de réservations » de Montréal comme hôte de congrès soit le plus important en Amérique, et du même ordre de grandeur que celui de Paris ou de Londres, les leaders incontestés du marché mondial.

Non seulement le tourisme est-il immédiatement créateur d’emplois et générateur de richesse, mais on doit garder en mémoire qu’il faut aussi construire l’hôtel où le touriste loge et le restaurant où il dîne, meubler cet hôtel et ce restaurant, en approvisionner la table et le bar… Derrière la création d’emplois du tertiaire, le tourisme apporte un soutien appréciable au maintien des industries du secteur secondaire et de leurs emplois.

De plus, notre volonté d’accueil doit naturellement être soutenue par un programme d’infrastructures qui permette d’accueillir le touriste, d’où la création d’autres emplois temporaires, même si la prudence exigera alors que les investissements publics consentis ne viennent qu’appuyer les investisseurs privés qui auront été convaincus du succès de notre démarche. Montréal accordera une priorité au développement d’infrastructures d’accueil et aidera le secteur touristique privé, mais ne se substituera pas à celui-ci et n’en deviendra pas le concurrent.

L’hospitalité qu’offrira Montréal, cependant, ne se limitera pas au tourisme. Il y a aussi le potentiel d’accueil des sociétés étrangères. La Ville encouragera de toutes ses forces l’établissement et le développement d’entreprises industrielles à Montréal. Mais « encourager », par delà les voeux pieux, veut dire convaincre un à un des investisseurs, surtout étrangers, de s’établir chez-nous. Ceci ne peut être fait efficacement que si on comprend bien les règles du jeu.

Comprendre d’abord que si Montréal, comme toutes les autres villes, doit naturellement encourager l’accueil prioritaire d’entreprises de haute technologie comme l’industrie pharmaceutique, l’aérospatiale etc., il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en résulte directement une création significative d’emplois: le propre de la haute-technologie est de produire beaucoup avec peu de travailleurs. Pour que l’établissement de ces entreprises de pointe mène à une création significative d’emplois, Montréal planifiera et facilitera aussi l’établissement des PME qui approvisionneront ces industries de pointe. Coté emplois, si on ne fait pas cette planification « en grappes » on perd son temps.

Comprendre aussi que ce n’est pas par la concession d’avantages fiscaux qu’il faut séduire l’investisseur – ce qui mène souvent à des situations où la relation avec l’entreprise qu’on accueille ne dure que le temps durant lequel l’opération d’accueil est déficitaire ! – mais en mettant l’accent sur la qualité de vie de Montréal. Montréal ville multiculturelle, Montréal ville sans violence, Montréal ville de fêtes. C’est le cadre et l’employé de la société cible qu’il faut convaincre de la qualité de vie de Montréal. Quand il en est convaincu – et à juste titre – son opinion pèse lourd sur la décision de l’employeur, lequel sait mesurer la valeur ajoutée de la satisfaction de son personnel.

Montréal a beaucoup à offrir. Notre relance économique, pour l’avenir prévisible, passe par la promotion de notre qualité d’accueil. Aussi bien pour le tournage de films – nous en sommes l’un des sites privilégiés en Amérique – que pour le tourisme et l’établissement d’entreprises étrangères. Mais il ne suffit pas d’avoir beaucoup à offrir, il faut le faire savoir. Montréal mettra donc en place en toute priorité, en collaboration si possible avec les autorités du Québec et le gouvernement fédéral, un programme mondial d’information de sa qualité de vie et de sa volonté d’accueil.

Pierre JC Allard

 

6. Que la solidarité ait une ville

Il est inacceptable dans un pays d’abondance que des êtres humains souffrent du froid et de la faim. Nous ne l’accepterons pas. Montréal va convier immédiatement les leaders des mouvements communautaires et des représentants du monde des affaires à se réunir et à proposer sur le champ des mesures concrètes pour lutter contre la misère. Cet hiver 1994-95 sera l’hiver de la solidarité.

Nous allons réorienter nos propres ressources pour parer aux besoins les plus urgents. Nous allons aussi demander l’aide de toutes les organisations bénévoles, chacune selon ses ressources et selon ses objectifs, pour un assaut frontal contre la misère. Nous n’imposerons rien, nous n’exigerons rien. Nous faisons appel à la solidarité. Nous allons livrer notre première bataille à la misère. Il faut qu’un plan de campagne soit établi, et approuvé par le Conseil avant le 1er décembre.

Une ville ne peut contribuer que sa part à la solution des problèmes de notre société. Montréal ne peut donc tout faire, mais Montréal et sa population peuvent montrer la voie et servir de modèle. Il faut que la solidarité. devienne notre point de ralliement. Pour que ceci soit possible, il faut faire comprendre, à tout le monde, que la solidarité n’est pas un nouveau nom pour la pitié mais bien autre chose…. et que la solidarité, aujourd’hui, n’est pas essentiellement affaire de charité mais plutôt d’intelligence.

Il faut expliquer qu’une économie de marché ne fonctionne que si la population TRAVAILLE et dispose du revenu qui lui permet d’acheter ce qui est produit. Expliquer qu’un partage plus équitable est désormais nécessaire à notre effort d’enrichissement collectif et qu’il est suicidaire de thésauriser, de refiler la facture aux classes moyennes et de permettre que diminue le nombre de ceux qui travaillent alors qu’augmente le nombre de ceux qui vivent de paiements de transfert.

Il faut que Montréal illustre comment toutes les classes d’une société peuvent choisir de s’entraider pour assurer des conditions de vie plus décentes à ceux qui vivent au seuil de la pauvreté. Il est essentiel aussi, toutefois, de démontrer que la solidarité peut aller de paire avec l’équité. Montréal ne sera vraiment un modèle que si la ponction sur la fortune et le revenu de ceux qui possèdent ne devient pas une confiscation. C’est l’essence même d’une collectivité que l’on s’y entraide, mais aussi que chacun y trouve son avantage: celui qui paye des taxes doit en voir la légitimité et l’intérêt.

En signe tangible de cette solidarité qui doit tous nous unir, Montréal émettra annuellement et remettra une Carte de Citoyen nominative à chaque résidant de Montréal de 7 ans et plus. Cette Carte de Citoyen pourra porter la mention « solidarité» et conférer alors certains privilèges à son titulaire: l’accès gratuit au transport en commun, l’accès gratuit – ou à prix réduit – à six (6) événements culturels chaque années et l’accès gratuit au Stade Olympique pour tous les événements sportifs ou culturels auxquels la Ville aura décidé que cette mesure s’applique, incluant tous les matchs des Expos.

La mention « solidarité» sera apposée gratuitement sur la carte de quiconque verse à la Ville des taxes excédant 400 dollars. Elle le sera, pour tout autre résidant de Montréal, en considération du paiement de la somme de 400 dollars s’il est âgé de 18 à 60 ans, ou de 200 dollars s’il a plus de 60 ans ou a de 7 à 18 ans, s’il est étudiant à plein temps ou est bénéficiaire de l’assistance sociale. Cette somme pourra être acquittée en versements mensuels, par débits pré-autorisés, par carte de crédit ou de toute autre façon raisonnable

La Carte de Citoyen subventionne le transport en commun, la culture et les loisirs au profit de la classe moyenne, surtout des étudiants et des aînées. Si le Gouvernement de Québec accepte de contribuer une part raisonnable du coût de cette initiative, Montréal ira plus loin vers la solidarité: Montréal remettra gratuitement la Carte de Citoyen avec la mention « solidarité» aux assistés sociaux.

Pierre JC Allard

 

7. Solidarité – Transport

En considération d’un montant annuel forfaitaire, négocié avec la STCUM et le Gouvernement du Québec, la Ville de Montréal obtiendra que la Carte de Citoyen portant mention « solidarité» soit acceptée comme équivalent de la CAM. Le résultat premier de cette mesure est une assistance financière significative aux utilisateurs réguliers du transport en commun, c’est à dire surtout les travailleurs salariés et les étudiants. Cette assistance est-elle acceptable pour les payeurs de taxes ?

Oui, parce qu’il en découle deux résultats secondaires importants. D’abord, on peut s’attendre à un virage vers l’utilisation du transport en commun, ce qui diminuera substantiellement la congestion dans les rues de Montréal. Or, celui dont l’aisance est suffisante pour qu’il persiste à utiliser une voiture privée – au lieu d’un transport en commun qui sera alors devenu gratuit – a vraisemblablement non seulement les moyens mais aussi la bonne volonté de payer l’équivalent de quelques cents par trajet, matin et soir, pour circuler à son aide plutôt que pare-chocs à pare-chocs.

Ensuite, cette mesure constitue – ce qui n’est pas négligeable, loin de là – un incitateur important pour les employeurs potentiels voulant s’établir à Montréal et dont les exigences salariales des employés pourront s’avérer moins pressantes si la population y jouit du transport en commun gratuit. Ceci est d’autant plus important, dans le contexte des restrictions que GATT et ALENA imposent, qu’il s’agira d’une mesure sociale d’intérêt général dont on ne peut que louer l’impact sur l’environnement et qu’il serait odieux d’assimiler à une subvention. Posons ce geste vite, car d’autres le feront.

Pour que cette mesure ait vraiment tout son impact, toutefois, le système de transport en commun doit être amélioré. Montréal doublera le réseau du métro par une utilisation négociée des voies de surface du CN et du CP sur le territoire urbain , voies qui sont présentement extraordinairement sous-utilisées. Il est possible de doubler encore ce réseau en réservant une voie au transport en commun, peut-être au bon vieux tramway, le long de certaines artères. Ceci n’est vraiment efficace, toutefois, que si – comme à Amsterdam, par exemple – on synchronise les feux de circulation en fonction de la circulation sur cette voie réservée.

Pour que la gratuité du transport en commun soit acceptable à tous, cependant, il faut simultanément régler le problème du stationnement qui menace la survie même du centre-ville. En collaboration avec les terrains de stationnement existants du centre-ville et les commerçants qui choisiront de participer à cette initiative, Montréal mettra en place, dès l’été 1995, un système à coût modique permettant de prendre en charge les voitures à certains endroits du centre-ville, de les garer en périphérie proche, et de les ramener à leurs propriétaires à heure fixe ou sur appel.

L’ensemble de ces mesures fera de Montréal un modèle de transport urbain. Efficace et modulé aux préférences des utilisateurs, puisqu’il ne s’agit pas d’imposer le transport en commun aux citoyens; il s’agit de le rendre économique, confortable et plus accessible. Il s’agit aussi d’enlever l’image de misère qui colle au transport en commun et de dire clairement que c’est une forme de civisme de l’utiliser. Hors ses fonctions officielles, le Maire de Montréal circulera régulièrement en métro.

L’équivalence entre la CAM et la carte Carte de Citoyen devrait être en vigueur au printemps 1995 et un plan global de transport en commun élargi sera présenté à la STCUM à l’été 1995. En cas de divergence entre la CUM et Montréal, le Gouvernement du Québec sera appelé à trancher et à donner acte à la volonté démocratique des citoyens de Montréal.

Pierre JC Allard

 

8. Solidarité – Habitat

Il y a des situations inacceptables que nous laissons passer, parce que l’habitude nous a appris à fermer les yeux. Il faut, de temps en temps, que l’Abbé Pierre secoue la France pour que, décalage horaire aidant, l’on prenne ici conscience du problème des itinérants avec quelque retard et pendant quelques jours. Il faut ouvrir les yeux une fois pour toutes et comprendre que Montréal doit loger et nourrir ses itinérants. Il n’y a pas de raison valable, dans une société comme la nôtre, pour qu’il n’y ait pas chaque jour un peu de nourriture saine et un lit chaud pour tout le monde.

L’itinérant est un pauvre différent, généralement seul et alcoolique: ce n’est pas seulement un pauvre, c’est d’abord un malade dont il faut en prendre soin, et en prendre soin comporte des avantages pour les contribuables tout comme pour les bénéficiaires. Montréal fournira à chaque itinérant la certitude d’un vrai lit et d’un repas chaud, chaque nuit, à la même place, contre paiement d’un montant prélevé de son allocation du B.S.

L’itinérant aura SON lit. Il aura désormais une adresse. Il faut s’assurer que chaque itinérant est inscrit au B.S. et touche bien toute l’assistance financière auquel il a droit. Si son comportement semble indiquer qu’il n’a pas l’autonomie requise pour bien gérer l’assistance qu’il reçoit, ce qui sera souvent le cas, Montréal demandera à ce qu’un curateur soit désigné à l’itinérant incapable. Ce curateur pourra verser à la Ville le juste prix du gîte, du couvert et des autres services que celle-ci procurera à l’itinérant.

Le véritable itinérant ayant alors été pris en charge – et les structures adéquates ayant été renforcées pour lutter contre la vraie misère – personne ne devra plus quêter sur la voie publique. Il n’y a pas de raison pour que les passants soient embêtés par des hordes de marginaux qui feignent d’être pauvres pour s’offrir une ligne de coke. Celui qui le fait devra être arrêté et traduit en justice; Montréal, prenant ses responsabilités, aura apporté un peu de bien-être aux vrais déshérités et aura retrouvé sa dignité.

Il y a aussi des lois qui sont inacceptables, que nous ne contestons pas parce que la solidarité nous fait défaut et que l’habitude nous appris à regarder ailleurs. Ainsi cette pénalité imposée aux assistés sociaux qui tentent de boucler leur budget en partageant un logement. Le Protecteur du Citoyen, Me Daniel Jacoby, a déjà manifesté une certaine insatisfaction quant aux conséquences de cette règle. Montréal prendra formellement position pour que cette norme soit abrogée.

La cohabitation est une planche de salut pour les assistés sociaux mais elle n’avantage pas qu’eux. Elle peut être une solution idéale pour un vaste éventail de groupes sociaux. Faisant un pas de plus, Montréal créera un Secrétariat au Commensalisme qui facilitera les contacts initiaux et aidera à la rédaction et à la conclusion des ententes entre ceux qui, sans constituer un ménage au sens strict, veulent toutefois partager un logement..

Le commensalisme peut être une alternative pour les jeunes, pour qui la meilleure façon de s’offrir une qualité de vie correcte autonome et à bas prix est de vivre en groupe. Une alternative pour les aînés qui ne demeurent pas en ménage et pour qui la meilleure façon de garder le contrôle de leur vie peut être de vivre dans des résidences dont ils assurent collectivement la gestion, nommant un directeur qui est LEUR employé. Une alternative pour les familles monoparentales, pour qui le partage d’un logement peut réduire les frais de gardiennage, la plus importante dépense reliée à l’éducation d’un enfant.

Montréal prendra fermement le parti de ceux qui, acceptant de vivre ensemble, collaborent à l’amélioration de leur qualité de vie et à une meilleure utilisation des ressources collectives. Jeunes, aînés ou adultes, ceux qui prendront ainsi ménage en commensaux créeront aussi, ne l’oublions pas, une demande accrue non négligeable sur le marché du logement à Montréal.

Pierre JC Allard

 

9. Un toit bien à soi

Montréal est une ville de locataires. Ce n’est pas un déshonneur, mais c’est un inconvénient. L’immense majorité des Montréalais qui ne gagnent pas 40 000 $ par année sont locataires et 40% d’entre eux doivent dépenser plus de 30 % de leur revenu pour se loger. Pendant ce temps, malgré les hauts et les bas de la conjoncture, les loyers montent. Mais la valeur des maisons n’augmente pas toujours.

Depuis quelques années, la valeur des maisons n’augmente plus. En fait, en dollars constants, la valeur de la propriété domiciliaire, à Montréal, a perdu 19% depuis 1989. Beaucoup de propriétaires souhaiteraient sans doute placer leurs capitaux ailleurs, sur des marchés plus actifs, s’ils avaient la possibilité de vendre à un juste prix ; mais la demande n’est pas forte pour la vente des duplex, triplex, quadruplex qui constituent une part importante du parc de logements de Montréal.

Pourtant, il existe un marché pour l’achat en condominium des «hauts-de-duplex-dont-le propriétaire-habite-en-dessous» et autres logements locatifs: le marché que constituent ceux qui les habitent. Compte tenu de l’évolution de la valeur marchande des propriétés à Montréal, des taxes qu’ils paient et des alternatives de placement qui s’offrent à eux, il est certain que bien des propriétaires vendraient volontiers en co-propriété les logements qu’ils offrent en location.

Compte tenu des avantages fiscaux accordés au propriétaire occupant, de l’occasion de faire des économies et de réaliser un gain à long terme que représente l’investissement dans une propriété ainsi que du prestige et de la crédibilité qui s’attachent au statut de propriétaire, il est tout aussi certain que beaucoup de locataires désireraient se porter acquéreurs du logement qu’ils habitent.

Pour qu’ils puissent le faire, il faut que soient éliminées toutes les restrictions et obstacles réglementaires à la transformation des logements locatifs en condominiums et à leur achat par leur occupant actuel. Par surcroît, dans le cadre d’un programme ad hoc dont une étude rapide proposera le budget plafond, Montréal apportera sa caution, auprès d’une institution bancaire, à la hauteur de 5 000 $, pour tout prêt ayant rang de deuxième hypothèque consenti à des locataires achetant le logement qu’ils occupent depuis au moins trois(3) ans, aux deux seules conditions, d’abord qu’ils aient un emploi stable depuis aussi au moins trois (3) ans et, deuxièmement, que les paiements mensuels qu’ils devront faire par la suite sur le logement acheté n’excèdent pas 35% de leur revenu.

Ce programme devrait permettre, au cours de la prochaine décennie, de transformer Montréal d’une ville de locataires en une ville dont la majorité des ménages seront propriétaires. Cette transformation constituera un élément favorable de stabilisation de la population et tendra, sans léser qui que ce soit, à une plus juste répartition de la richesse.

Donnant le bon exemple, Montréal favorisera la vente, sous condition suspensive, des logements sociaux actuels à ceux qui les habitent depuis trois (3) ans. Le prix de vente devra être fixé en fonction de la valeur marchande réelle des logements cédés et les conditions devront être compatibles avec les ressources des acheteurs, ne les obligeant jamais à des paiement supérieurs à 35 % de leur revenu. A ces conditions, c’est la durée des hypothèques qui devra être variable, cet aspect étant négocié avec les institutions financières.

Tous, à ces conditions, ne deviendront pas propriétaires. Pour les autres, Montréal, ne construira pas de nouveaux logements sociaux alors qu’un pourcentage désolant des logements de Montréal sont présentement inoccupés; Montréal apportera plutôt une aide au logement social sous la seule forme d’une assistance financière pour la location des logements existants. C’est une approche plus valorisante pour l’assisté – qui ainsi n’est pas «ghettoïsé» – et qui constitue une autre contribution utile à la relance du marché de la location.

Pierre JC Allard

 

10 . Interface emploi

Montréal ne devrait pas avoir à assumer la charge d’établir le contact entre les travailleurs et les employeurs: deux paliers de gouvernement sont déjà commis à cette tâche. Il faut bien remarquer, toutefois, que les techniques de rencontre professionnelles sur le marché du travail mises en place par Québec et Ottawa tirent beaucoup de l’arrière sur celles que le secteur privé à conçues pour faciliter les rencontres sentimentales.

Si on cherche, à Montréal, l’utilisation par les gouvernements responsables de méthodes modernes de communication directe entre les partenaires sociaux comme façon de lutter contre le chômage, on ne trouve que quelques machines bien expérimentales, disséminées dans quelques centres d’achat par Emploi Canada. Ou sont les techniques de «téléplacement» modernes, équivalentes à celles des systèmes de «télérencontre»,?

Pourtant, rien ne s’oppose, bien au contraire, à ce que les travailleurs et les employeurs, disposant d’un code pour identifier respectivement leurs compétences et les exigences des emplois à pourvoir, puissent communiquer et se faire connaître les uns des autres via le téléphone, le fax et un système d’aiguillage branché à l’indicatif 1-900.

Les gouvernements pourraient faire beaucoup mieux – favorisant le téléplacement par un ordinateur central – mais ils devraient au moins mettre en place ce système de placement par téléphone. Ils devraient raffiner et standardiser les codes qui rendraient cette approche de plus en plus performante. S’ils ne le font pas, il faudrait souhaiter que le secteur privé – soit les journaux au soutien de leurs annonces classées, soit les professionnels de la télérencontre y voyant un marché lucratif, soit les compagnies de téléphonies elles-mêmes – mettent en place une telle approche, au moins sommaire.

Si nul ne le fait avant le printemps 1995, Montréal lancera un projet pour faciliter le contact par téléphonie ou ordinateurs entre travailleurs et employeurs et mettra ce système en marche à l’automne 1995

Sous la même rubrique «interface» – mais sans condition suspensive, en ce cas – Montréal aidera aussi les organismes de bénévolat. Il n’est pas toujours facile, pour celui qui veut donner de sa personne, d’identifier l’organisme qui pourra lui confier, au moment où il est disponible, la tâche concrète qui correspond à ses habiletés et dans le cadre de laquelle il pourra rendre les services les plus utiles.

Réciproquement, mêmes les plus grandes organisations de bienfaisance – et à plus forte raison les petites – ne trouvent pas toujours les ressources humaines bénévoles dont elles ont besoin, en quantité et en qualité suffisante pour pouvoir mener à bien leur mission.

Pour résoudre ce problème de communication, qui représente un manque à gagner énorme en termes d’heures de disponibilité, de sympathie et de l’expression tangible de notre solidarité, il faut faciliter le contact entre les bénévoles et les organismes de bénévolat. Il faut le faire, toutefois, sans s’ingérer dans la relation entre ceux-ci et ceux-là. Sans surtout en tenter l’encadrement par une autorité supérieure, ce qui est la négation même de l’esprit du bénévolat privé.

Montréal publiera et distribuera à la population un guide des organisations de bénévolat qui décrira sommairement les buts de l’organisation, le profil des bénévoles recherchés, le type de tâches qui leur seront confiées et les moments où leurs services peuvent être requis. Montréal aidera aussi les organisations qui en feront la demande à préparer les textes qu’ils inséreront dans le guide et en assurera la standardisation.

Pierre JC Allard

 

11. Culture « à la carte »

Montréal doit soutenir les arts. Aujourd’hui plus que jamais, parce que la publicité nous attire vers d’autres produits plus terre-à-terre et réduit la part des dépenses de consommation qui va à la culture. Mais ceci ne veut pas dire qu’on doive soutenir les auteurs des pièces que le public boude, ni les peintres de tableaux qu’on ne veut pas voir. Il ne s’agit pas de contrarier les goûts du public au nom d’une certaine « culture » définie par une toute petite élite, mais plutôt de faire en sorte que les Montréalais aient plus de la culture qui leur plaît.

La politique culturelle de Montréal doit être de promouvoir une culture qui soit pour les gens une source de plaisir et, pour en arriver à cet objectif, il faut que Montréal subventionne la consommation plutôt que la production de l’art, facilitant ainsi à une beaucoup plus grande partie de la population l’accès à la culture de son propre choix.

Je propose de le faire en offrant à chaque détenteur de plus de 18 ans d’une Carte de Citoyen portant mention &laqno; solidarité» d’assister gratuitement ou à rabais à six (6) événements culturels de son choix – théâtre, exposition, concert, film d’auteur québécois, etc – la Ville prenant en charge le coût du billet à la hauteur de 10 $. Si on subventionne ainsi l’entrée de 900 000 citoyens à 6 événements culturels par année, on injecte 54 millions de dollars dans la consommation culturelle. C’est un gain presque net pour les arts, la culture et les artistes, puisque ce pouvoir d’achat sera mis majoritairement entre les mains de Montréalais qui ne sont pas présentement des consommateurs fréquents de culture.

Montréal, en collaboration avec le secteur privé, établira un Centre de Réservation des Activités Culturelles de Montréal (CRACM) Ce Centre, en accord avec les responsables d’événements culturels, acceptera et portera au débit de leur carte, à la hauteur de 15 $ par événement, les réservations faites par les détenteurs d’une Carte de Citoyen portant la mention « solidarité ».Chaque détenteur de plus de 18 ans d’une Carte de Citoyen pourra aussi emmener gratuitement, à tout spectacle auquel il assiste, une personne de 7 à 17 ans: ce sont tous ces enfants et adolescents qu’on initiera ainsi aux événements culturels qui deviendront la clientèle de demain.

Montréal avancera aussi à certains artistes les fonds nécessaires pour la préparation d’événements culturels, garantissant le coût de location de la salle et de l’équipement ainsi que les salaires des techniciens permettant de réaliser ces projets à la hauteur de la valeur des réservations fermes faites au CRACM pour cet événement.Le choix des artistes ou promoteurs auxquels on avancera ces fonds ne sera pas arbitraire. Tous les candidats à ce financement bénéficieront d’une publicité préalable gratuite; Montréal accordera ensuite prioritairement un financement à ceux dont le projet aura recueilli le plus grand nombre de réservations fermes anticipées au Centre de Réservation (CRACM).

Les recettes anticipées correspondant aux réservations fermes au CRACM seront d’abord mises de coté pour servir au paiement de la salle, des équipements et des salariés. C’est seulement quand ces frais seront intégralement couverts qu’ils seront garantis et que la subvention sera accordée, sous condition que l’événement soit produit. On avancera dès lors à l’artiste, pour ses frais de préparation, 70 % de la valeur des réservations fermes subséquentes, le reste lui étant remis après l’événement.

En subventionnant le consommateur d’activités culturelles plutôt que l’artiste lui-même, Montréal aidera les arts sans s’immiscer dans le problème épineux de savoir quel artiste et quelle forme d’art sont subventionnés. Ce choix deviendra celui de la population elle-même. La culture « à la carte » permettra à la Ville de jouer le rôle de mécène tout en laissant la population exprimer démocratiquement ses préférences.

Pierre JC Allard

 

12. Tous au stade ensemble

Montréal doit encourager la pratique des sports de participation; ce point n’est contesté par personne. La Ville doit aussi encourager le sport-spectacle qui, dans une société moderne, est une nécessité vitale: la réponse la plus évidente au besoin social de gagner ensemble ou de s’identifier ensemble à un gagnant. Compte tenu de l’intérêt du sport comme facteur de cohésion sociale et du prestige associé à une équipe de ligue majeure, Montréal doit, en cas de nécessité, s’en porter acquéreur plutôt que d’en abandonner la franchise.

Cette prise de position, dans le contexte de la saison annulée de 1994 qui a laissé le Expos dans une situation financière précaire, est loin d’être académique: c’est une décision qui devra peut-être s’appliquer dès 1995. Cette prise de position vaut pour le baseball, mais le même raisonnement devrait s’appliquer si la preuve était faite de la popularité suffisante du football, du soccer ou de tout autre sport de masse.

Montréal prendra position en faveur du soutien à la venue et au maintien à Montréal de franchises de ligues majeures de tout sport pour lequel on pourra constater un intérêt suffisant de la population et des commanditaires.

Se porter acquéreur d’une franchise pour qu’elle ne nous échappe pas n’est pourtant pas la seule solution. Une autre approche est de garantir un revenu ferme au propriétaire en achetant, par exemple, pour un prix forfaitaire, les billets d’«admission générale» du stade tout en lui laissant le marché des autres catégories de billets. Quelle que soit la solution choisie, la Ville minimisera ses risques financiers tout en offrant un avantage à sa population si elle prend en charge l’exploitation de la publicité au stade … et en rend l’entrée gratuite aux détenteurs de la Carte de Citoyen portant mention «solidarité».

En effet, le stade est un endroit où l’on annonce et la valeur des annonces dépend de la clientèle attendue. Si l’entrée au stade est gratuite, il est raisonnable d’espérer un plus grand nombre de spectateurs et le prix des annonces peut être augmenté. Or, les annonces constituent un revenu moins aléatoire que les admissions elles-mêmes. Jouant la carte de la publicité plutôt que des droits d’admission, on augmente les revenus fixes, mais on en accepte de renoncer à la possibilité d’un gain considérable lorsque l’équipe est très populaire. Cette approche sans risques est l’approche correcte, car le but de la Ville n’est pas de prendre des risques pour maximiser ses profits mais d’offrir un service à la population.

Cette approche de tirer tous les revenus de la publicité est-elle réaliste? A titre de comparaison, quinze secondes de publicité sur le seul grand écran du stade de Toronto, où il y a en moyenne 45 000 spectateur par match des Blue Jays, valent la somme de 750 $. C’est à dire un potentiel-publicité de 450 000 $ pour la durée moyenne d’un match, l’équivalent de 10 $ pour chacun de ces 45 000 spectateurs. Ces revenus peuvent facilement remplacer les revenus des entrées. Et nous ne parlons pas du prix des concessions de vente de nourriture et d’alcool, dont la valeur augmente si le stade est rempli. On peut très bien laisser entrer le spectateur gratuitement au stade, pourvu qu’il vienne et que le commanditaire sache qu’il viendra.

Or, les Montréalais iront au stade si c’est gratuit. Montréal négociera immédiatement une entente avec la RIO, pour assurer l’entrée gratuite aux matchs des Expos des détenteurs de Cartes de Citoyen mention « solidarité» et garantir du même coup que Montréal garde sa franchise de la Ligue Nationale de Baseball. Ce qui est vrai pour le sport l’est pour tout événement, sous réserve de son intérêt et de l’attention que le spectacle permet d’accorder à la publicité. Montréal, après accord avec la RIO, encouragera l’utilisation optimale du stade et favorisera toute initiative de nature à permettre le rassemblement dans l’harmonie des Montréalais, en se contentant des revenus de commandite publicitaire du stade quand les promoteurs n’exigeront pas de droits d’entrées.

Pierre JC Allard

 

13. Une ville de beauté

Montréal est une ville charmante. Une ville-coeur, une ville bien-aimée. On la quitte à regret on y revient avec plaisir. On l’aime pour ses habitants, pour son rythme et pour son site plus que pour son urbanisme et ses monuments. Montréal n’est pas encore une ville de beauté. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, mais il faut bien un beau jour commencer à bâtir pour l’histoire.

Montréal doit commencer à se faire une beauté. Il faut commencer à penser la ville de demain. Je ne verrai pas cette ville, mais je voudrais en rêver. Montréal doit penser au delà de l’utilitaire et planifier son développement en fonction de la beauté. Ne plus concevoir ses édifices publics comme si chaque lot était isolé dans l’espace, mais en voir l’ensemble, avec des perspectives, des esplanades… ce qui ne coûte pas plus cher.

Pour planifier un développement esthétique de Montréal, il faut, dans une première étape, identifier ce qui ne doit PAS changer. Il est exaspérant que chaque nouveau projet de construction à Montréal donne lieu à une levée de boucliers pour défendre un patrimoine caché dont personne, la veille, ne semblait vouloir reconnaître l’existence. Nous perdons un temps précieux à réagir contre le développement de nouveaux projets, au lieu d’agir pour la protection de ce qui a valeur historique.

Montréal, en collaboration avec les autorités québécoises compétentes et les autres intervenants intéressés, définira ce qui a valeur historique sur son territoire et mettra ce patrimoine à l’abri. Simultanément, tout ce qui ne sera pas ainsi classé « à préserver » devra pouvoir être modifié ou rasé sans tracasseries administratives.
Ceci fait, la deuxième étape exige un choix. On peut attendre que les siècles donnent à Montréal un visage plus typé; on peut, comme Haussmann pour Paris, refaire en quelques années, en y mettant le prix, une ville merveilleuse; ou on peut choisir le vrai « façadisme » et donner à peu de frais un coup de pouce à l’histoire. Le vrai façadisme, ce n’est pas de garder debout un vieux mur pour compliquer la vie des architectes; c’est de déterminer jusqu’au détail les façades d’un ensemble architectural afin que cet ensemble soit BEAU. C’est ainsi qu’on a fait la Place Vendôme.

Montréal désignera une rue dont les propriétaires riverains seront d’accord et lancera un concours ouvert à tous les architectes pour en planifier à long terme la façade.Les projets seront soumis au public, lequel indiquera le visage qu’il veut donner à cette rue de Montréal. Le projet choisi deviendra la norme de façade à laquelle devront se conformer toutes les futures constructions sur cette rue, le promoteur demeurant libre d’utiliser comme il l’entend l’espace derrière cette façade. Le prix de l’architecte consistera des honoraires professionnels pré-établis que devront lui verser les promoteurs, au moment où les édifices seront construits.

Faire une beauté à Ste-Catherine, de Guy à Berri, serait un excellent choix; si les riverains de Ste-Catherine ne veulent pas du projet, toutefois, il sera fait ailleurs: il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit. Si l’initiative est un succès – se traduisant non seulement par un avantage esthétique mais par une hausse de la valeur des terrains et des propriétés attenantes – elle sera reprise ailleurs.

On peut ainsi aider à un développement harmonieux de Montréal, en planifiant pour l’avenir certaines rues. Cette approche, toutefois, ne sera pas généralisée; car s’il peut-être avantageux de fixer pour l’avenir le caractère d’une rue, qui devient ainsi la vitrine d’une époque, il ne serait pas souhaitable de décider que toute une métropole sera astreinte à perpétuer le style des années « 90… dont rien ne nous dit qu’on ne fera pas un jour beaucoup mieux. Agissons avec modération, mais posons un geste pour affirmer que Montréal veut devenir une ville de beauté.

Pierre JC Allard

 

14. Les infrastructures

Tout le monde est d’accord pour qu’il y ait à Montréal plus de parcs, d’arénas, de patinoires et de jardins communautaires. Tout le monde ne veut que du bien aux Maisons de la Culture et personne ne dit beaucoup de mal des bureaux d’Accès Montréal. Il ne s’agit pas de prendre position pour ou contre ces services et ces équipements d’agrément, mais de déterminer quelle priorité concrète on accordera à l’ouverture d’un nouveau parc ou d’une nouvelle patinoire dans une quartier donné… et quand précisément on pourra le faire.

Or, s’il est facile de constater que la couverture de services est moins dense dans certains quartiers que d’autres – et donc de décider, par exemple, où sera construite la prochaine patinoire – il l’est moins de fusionner cette liste des investissements d’agrément dans la liste plus générale de nos priorités, laquelle doit aussi inclure des équipements essentiels moins gratifiants: les rues, les trottoirs, les égouts.

Chaque année durant laquelle on a laissé se détériorer ces infrastructures essentielles lourdes, on a insidieusement modifié pour l’avenir la liste réelle de nos priorités, puisqu’il y a un point à partir duquel on ne peut plus retarder les travaux de gros oeuvre. Le plan de relance du Gouvernement fédéral offre à Montréal une amnistie miraculeuse de sa négligence passée. Ne la refusons pas. Ne la gaspillons pas. A la fin de son mandat, la future administration doit laisser à Montréal des équipements adéquats et des rues qui aient cessé de ressembler à celles des pays du tiers-monde.

Ce travail sur les infrastructures essentielles est urgent et nécessaire; il serait irresponsable de promettre aujourd’hui de nouveaux équipements d’agrément aussi longtemps que l’on n’aura pas revu l’état de nos infrastructures essentielles. Mais on fera cet examen et une liste des priorités sera établie; quand elle l’aura été, les engagements pris seront tenus à l’échéance prévue.

Montréal, dès 1995, fera un inventaire de ses infrastructures et reverra au besoin le plan triennal d’affectation des 500 millions déjà prévus pour la rénovation et la construction des équipements d’infrastructure .La priorité de chaque chantier sera alors établie et la liste des priorités sera rendue publique. Montréal, avec quelques réserves pour imprévus, annoncera immédiatement à la population et aux soumissionnaires éventuels la liste des travaux qui seront effectués au cours du mandat de la nouvelle administration, ces travaux étant repartis sur les années à venir selon un calendrier précis.Le but de cette démarche n’est pas de priver la population d’un suspense. Il s’agit, d’une part, de mieux documenter les demandes d’assistance financière – dans le cadre des programmes supplémentaires d’emplois que les gouvernements de Québec et d’Ottawa ne manqueront pas de proposer – et d’en tirer donc une plus large part pour Montréal. Il s’agit, d’autre part, de permettre aux entrepreneurs de mieux planifier l’utilisation de leur main-d’oeuvre et de leurs équipements et donc de réduire leurs coûts.Il s’agit aussi d’un effort de transparence. Montréal réalisera les projets selon la priorité fixée au départ, les projets à faible priorité pouvant donc ne pas être exécutés si les fonds dont dispose la Ville sont inférieurs aux prévisions, mais l’ordre de priorité n’étant pas chambardé par des pressions indues.

Montréal accordera aussi toute l’attention requise à l’impact des travaux à réaliser sur la qualité de vie de ses résidants.Montréal, au moment d’accorder les contrats, tiendra largement compte des mesures auxquelles s’engageront les entrepreneurs pour minimiser les inconvénients des travaux à exécuter, tant sur la circulation que sur la qualité de vie en général des citoyens.

Pierre JC Allard

 

15. Une fiscalité réaliste

L’année dernière, Montréal, comme les autres villes de la province, a reçu de Québec une autre fournée de responsabilités. C’est une excellente décision. Le Gouvernement a compris que, dans une société complexe moderne, il est plus efficace de confier l’administration des services à l’autorité qui est la plus proche du contribuable, celle à laquelle il s’identifie le plus et sur laquelle il sens avoir le meilleur contrôle. En fait, c’est devenu un principe reconnu de l’administration moderne, publique comme privée, que les décisions doivent être prises « au niveau le plus près de l’exécution où toute l’information est disponible ».

Ce fut une excellente décision de transférer des responsabilités aux autorités locales, mais cette décision a été prise avec les plus mauvaises intentions. Québec s’est simplement déchargé de ses obligations traditionnelles sur les municipalités, ce qui a évité au Gouvernement l’odieux d’avoir à choisir entre réduire les services… ou augmenter la dette ou les impôts.

Ce sont les villes qui ont porté l’odieux. Et elles le porteront de plus en plus – jusqu’à ce qu’on ait expliqué clairement à la population la manipulation dont elle est l’objet – puisque la tendance vers la décentralisation des services est irréversible et que l’importance relative et le coût des services qu’il faut rapprocher de la population augmentent aussi. La Cité reprend sa place historique comme le lieu premier et privilégié de l’appartenance, mais elle n’a pas les moyens de ses nouvelles responsabilités. On va le lui reprocher jusqu’à ce qu’elle les aient obtenus. Elle doit les obtenir.

Montréal ne peut pas, – et ne souhaite pas non plus ! – lever un impôt sur le revenu ou une taxe à la valeur ajoutée, ni spéculer sur la masse monétaire: ce n’est pas son rôle. Montréal ne peut donc aujourd’hui taxer de façon pratique que ses propriétaires fonciers et ses commerçants. Si ceci ne change pas, une augmentation progressive des responsabilités de Montréal ne peut se traduire que par une détérioration continue des services ou une pression fiscale accrue sur une catégorie bien précise de contribuables: les propriétaires et les commerçants

Accepter une détérioration des services, ou taxer davantage les immeubles résidentiels, c’est consentir à une baisse injustifiée de la qualité de vie des Montréalais. Taxer davantage les immeubles commerciaux et le commerce lui-même, c’est chasser les nouveaux investisseurs et faire obstacle au développement de ceux qui sont déjà en affaires. Deux mauvaises solutions.

La seule bonne solution est un transfert de recettes fiscales des autres paliers de gouvernement vers les municipalités et, surtout, vers les villes qui, comme Montréal, ont la masse critique qui leur attirera inéluctablement de nouvelles responsabilités. On pouvait financer des trottoirs et des égouts avec une taxe foncière, mais on ne financera correctement les activités sociales, sanitaires, éducatives et promotionnelles des villes de demain qu’en leur octroyant une part des recettes globales que tire l’État du revenu et des activités des citoyens et des entreprises de ces villes.

Il serait ridicule de demander à Montréal de mettre en place de nouveaux mécanismes de taxation. C’est l’État qui doit percevoir des personnes physiques et morales résidantes de Montréal, pour remise à la Ville, le montant déterminé par celle-ci. Il importe peu que l’octroi consenti à Montréal provienne des taxes directes ou indirectes de l’État, puisque c’est celui-ci qui doit les percevoir. Montréal va faire ses comptes et estimer ses besoins, étudier les services à rendre et calculer leur coût, proposer ce qu’il semble équitable de tirer des taxes que la Ville a le pouvoir de lever et demander au Gouvernement du Québec de percevoir et de lui octroyer la différence. Cette demande n’est pas négociable.

Cette demande n’est pas négociable. Par par intransigeance, mais simplement parce que Montréal n’a aucun droit ni pouvoir formel pour négocier quoi que ce soit avec le Gouvernement du Québec. Il n’y a pas d’autonomie municipale: Montréal est une créature du Gouvernement du Québec, lequel peut modifier à sa guise la charte de la Ville de Montréal ou légiférer demain que Montréal, comme entité légale, n’existe plus. Il n’y a pas à parler ici de négociation, mais d’une requête, d’une supplique.

Montréal va étayer sa supplique au Gouvernement du Québec d’une enquête comparative auprès d’un échantillon adéquat des grandes villes d’Amérique du Nord, établissant les services que rendent celles-ci et, toutes choses étant égales, les moyens fiscaux et financiers dont elles disposent.

Montréal présentera dans le plus bref délai une demande d’octroi au Gouvernement du Québec, accompagnée d’une étude comparative du statut et des moyens de financement des grandes villes nord-américaines.Montréal demandera qu’on lui accorde un potentiel effectif de financement et un octroi complémentaire lui permettant, à responsabilités égales et fardeau égal pour ses résidants, de disposer d’un budget équivalent à celui dont jouit la grande ville « moyenne » d’Amérique du Nord.

A partir de ce budget « moyen », Montréal assumera la responsabilité d’instaurer plus de justice et d’atteindre l’excellence. C’est ça le défi que Montréal veut relever. C’est une demande équitable. Cette demande ne pourra pas être présentée à temps pour que l’impact puisse s’en faire sentir en 1995, et personne ne devrait avoir la témérité, aujourd’hui, de promettre plus pour 1995 qu’un effort acharné pour augmenter l’efficacité et maintenir les dépenses au niveau de 1994. La réponse des autorités de Québec à la demande d’octroi de Montréal sera connue, toutefois, avant l’automne 1995. 1996 sera l’année du changement fiscal.

Montréal ne négociera pas les termes et conditions de l’octroi demandé à Québec: une ville n’en a pas le pouvoir. Montréal plaidera sa cause, et s’en remettra à l’équité du Gouvernement du Québec, lequel jugera du bien fondé de la requête qui lui sera présentée. Il appartiendra aux Montréalais de juger de l’équité du Gouvernement du Québec.

Pierre JC Allard

 

16. Budget  » Choix multiples »

Montréal financera ses activités futures à partir de ses propres taxes, complétées d’un octroi du Gouvernement du Québec. Cet octroi mettra fin à la contrainte d’assurer toutes les dépenses de la Ville à partir d’une ponction sur les seuls propriétaires et commerçants et permettra donc de réduire leur fardeau fiscal. Ce nouveau mode de financement, toutefois, ne changera pas, du seul fait qu’il est mis en place, les besoins de la Ville ni le montant global perçu de la population. Ceci est une autre décision.

La décision d’augmenter ou de réduire les dépenses de la Ville dépend de notre projet de société. Rien n’est gratuit. On n’a que les services collectifs municipaux dont on est disposé à assumer les frais. Qui prétend le contraire trompe la population. Un régime compétent, c’est celui qui peut offrir un meilleur rapport qualité-prix – c’est-à-dire services-taxes – et chaque administration, sur ce point, doit être jugée à son mérite. Elle ne peut l’être qu’à la fin de son mandat.

Ce qui importe, en début et en cours de mandat, c’est de choisir un juste point d’équilibre entre les deux options extrêmes dont la première consiste à privilégier le meilleur service à tout prix (au meilleur coût possible, bien sûr), et la seconde à adopter le budget le moins gourmand… tout en maintenant les services les moins médiocres que ce budget permet. Il faut faire ce choix d’un point d’équilibre. Cacher la nécessité de ce choix sous de vagues promesses, c’est aussi mentir à la population.

On peut faire ce choix discrètement entre élus: c’est le pouvoir qu’accorde la loi. Mais on peut aussi consulter la population, en lui offrant des plans d’action alternatifs cohérents dont chacun à son coût. En donnant son avis sur ces plans, la population indique clairement à quels engagements elle veut consentir et ce qu’elle souhaite recevoir en retour. C’est un pas de plus vers la vraie démocratie. La mise en place de la Carte de Citoyen permettra de consulter aisément et à peu de frais la population sur ce point.

Montréal présentera chaque année à la population, à partir de 1996, au moins trois plans d’action dont chacun déterminera un budget et correspondra à un taux d’imposition bien concret.Au moins un de ces plans correspondra à un budget égal ou inférieur à celui de l’année précédente et donc à une baisse du taux d’imposition global des contribuables montréalais. La population étant ainsi consultée quand à ses préférences concernant ces trois plans d’action, le payeur de taxes aura son mot à dire dans les choix que fait la Ville en son nom.

Les citoyen seront consultés. Ceci ne veut pas dire que la Ville abdiquera sa responsabilité de décider en dernier ressort de ce qui doit être fait; mais la population pourra savoir quand ses dirigeants auront suivi ses désirs et quand ils auront jugé préférable de privilégier une autre approche. Lorsque l’administration leur rendra des comptes, on peut penser que les électeurs auront – à juste titre – tendance à juger plus sévèrement des décisions néfastes qui auraient été prises envers et contre la sagesse populaire.

Ceci dit, la solidarité que nous voulons vivre à Montréal exigera que ne soient jamais sacrifiés ceux qui n’ont pas de comptes de taxes à recevoir, tout simplement parce qu’ils n’ont rien d’autre à donner que leur travail.

Montréal défendra les droits des moins nantis. Aucune proposition ne sera soumise à l’avis des citoyens dont on ne se sera pas préalablement assuré qu’elle protège les droits des plus faibles et va dans le sens de la justice sociale.

 Pierre JC Allard

 

17. Une structure pour l’action

Pour être bien géré, il faut répartir correctement l’autorité et les responsabilités. Montréal doit se doter d’une structure efficace, établissant mieux la distinction de base entre ceux qui font la loi (les règlements) et la structure d’exécution. Montréal doit avoir un Maire et des Conseillers élus, un Secrétaire général nommé pour la durée du mandat des élus et des directeurs de services qui sont ses hauts-fonctionnaires permanents. La Ville a aussi des employés, sur lesquels elle doit compter et envers lesquels elle a une responsabilité qu’elle doit assumer.

Au soutien de cette structure, il y a les citoyens de Montréal qui doivent être continuellement informés de tout et consultés fréquemment et, pour s’en faire les interprètes au moment de régler de toute urgence les cinq (5) grands dossiers prioritaires auxquels on doit s’attaquer, cinq (5) Conseils Consultatifs dont les membres, tous bénévoles, seront désignés par le Maire.

- Le Maire: un leader sans allégeance

Le Maire de Montréal n’a pas à être le chef d’un P