Nouvelle Societe

15-07-09

Payette, Laliberté… un temps pour l’audace.

À Cap Kennedy, on vient de reporter, pour la cinquième fois, le lancement de la navette spatiale “Endeavour”. C’est la température… Bien sûr. Un été pluvieux. Mais est-ce que ce ne serait pas aussi que ce vieux tacot qui a 136 910 237 kilomètres sous le capot, si on peut dire, donne des sueurs froides à tout le monde ?

Endeavour est la plus récente des navettes, mais elle vole depuis 17 ans. Elle a été conçue il y a un quart de siècle, quand on passait du Commodore 64 au Mac 128… On est loin de la technologie de pointe. L’exploration spatiale, qui a été conçue comme une operation de prestige, fonctionne maintenant avec des budgets à rabais. Julie Payette est une audacieuse. Si elle était ma fille, je ne suis pas sûr que je la laisserais voyager la-dedans…

Pourquoi n‘y aura-t-il pas une “Endeavour 2009” au prochain Salon du Bourget ? Parce qu’il n’y a pas de demande. Pas de demande, parce que c’est inutile, bien sûr, mais ça, on le savait depuis le début. Pas de demande, surtout, parce qu’on ne peut pas penser exploration spatiale sans se sentir bien nostalgique. L’espace, c’était un rêve ; il s’est effiloché, perturbé par le train train de la rue. Un rêve ca s’entretient…

En mettant un homme sur la Lune, il y a 40 ans, on faisait un “grand pas pour l’humanité”. En fait, on voulait que ce soit un grand pas pour la civilization occidentale, mouture USA, dont les Soviétiques étaient exclus. L’Occident vivait une querelle de famille. Grande delectation solitaire, donc, ces ébats dans l’eapce, qui est devenue morose ensuite, quand le désir de recommencer nous a quittés. Les Russes ont continué un peu, mais, sans nous pour les talonner – et nous sans eux pour nous émoustiller – ce n’était pas la meme chose… Alors toute la famille Occident s’est endormie.

En ne faisant rien pour nous dépasser, depuis 40 ans, nous avons fait de la conquête de l’espace un opéra dont les héros meurent au premier acte ou se réconcilient avec leurs familles… Pour suivre le reste du livret, il faut bien aimer le bavardage… Mettre le programme spatial en veilleuse a été l’annonce discrète que la civilisation occidentale, essoufflée, entrait en pré-retraite. Ensuite, on a renoncé au supersonique et on a laissé le Concorde devenir désuet. Comme ce jour où l’on fait un peu de goutte et où l’on feint d’oublier la raquette de tennis au grenier, sans penser qu’on ne l’y reprendra plus. L’Occident s’est mis au potinage et aux jeux de rôles sur ordinateurs.

Maintenant, on est fier de maîtriser les subtilités des rôles de député, de vedette, de truand ou de président. On suit avec une passion virtuelle les déboires de Paris Hilton, de Sarkozy, de Madof, de Michael Jackson… Notre civilisation babille, surfe, passe le temps. On attend qu’un Chinois ou un Indien aille planter son drapeau la-bas, sur la Lune…. puis continue vers Mars, Venus… vers l’avenir. On suivra ça de loin, sur un écran japonais.

On sourira, comme les vieux, on deviendra grabataire puis on passera à l’Histoire. On y entrera en beauté, car Chirac ne nous a-t-il pas dit, en 1998, que gagner la Coupe du Monde de football était « un des grands moments de l’Histoire de France ? “ Ne serait ce pas nous demander trop, d’exiger de nous un autre ultime dépassement ?

Alors, les navette, l’espace, l’avenir, laissons s’en occuper ceux qui s’y intéressent vraiment. Ramenons nos astronautes sains et saufs sur la terre, mettons la vieille carcasse d’Endeavou au rebut et ne tentons plus le destin. Plus de sauts périlleux. Étant Québécois, je serai particulièrement heureux quand Julie sera revenue.

Étant Québécois, je serais heureux aussi que Guy Laliberté, qui s’y connaît en sauts périlleux, quand il aura participé au cirque de la NASA en septembre et vu nos problèmes de loin, vienne les voir de tout près en s’impliquant dans la politique québécoise. On aurait bien besoin, dans notre Québec qui déçoit et parfois déchoit, de “forts et de hasardeux” qui viennent enseigner à nos politiciens l’art de vivre dangereusement. Des audacieux qui viennent remplacer, sur la corde raide tendue au dessus de la crise, nos faiseurs de pirouettes amateurs qui, hélas, n’ont pas le pied sûr ni le talent des pros du Cirque du Soleil

Pierre JC Allard

14-07-09

Allons, enfants de la patrie…

Personne ne parle jamais de la “Quatrième Voie”. La majorité de la population veut rester canadienne, une minorité plus que significative de la population veut devenir québécoise, un petit groupe est à coaguler autour du concept de “monnaie unique” et des bienfaits du libre-échange qui ne tardera pas à nous dire que notre avenir est “américain”… mais au Québec – “pays de langue et culture française”- il semble que personne ne veuille être Français.

Est-ce bien vrai? Ou n’y a-t-il pas une solide conspiration du silence pour occulter cette évidence qu’il n’y a pas que les trois options traditionnelles Quebec-Canada-USA qui s’offrent à nous, mais aussi un quatrième choix d’avenir qui serait de renouer avec notre histoire et de redevenir Français?

Hier soir, veille du 14 juillet, j’ai eu la curiosité de poser la question à quelques amis réunis. La France ? ha… ha… ha! Un canular! Et quand on repose la question sérieusement, c’est non. Non, parce que les Français sont comme ci…, et qu’ils sont comme ça… et qu’ils parlent une langue qui n’est pas tout à fait la nôtre… Bon. Affaire classée? Minute! Après deux verres de vin rouge, ce n’est plus “la France, non”, c’est devenu “la France, si…”. Puis, quand on va au fond des choses et de la bouteille – “in vino veritas” – on s’aperçoit que TOUT LE MONDE ou presque voudrait être Français. Tiens donc!

Et pas seulement les intellos nostalgiques qui sirotent un pastis, ne mangent que du pain baguette et feignent de s’intéresser au Tour de France. Oh non ! On en arrive au même résultat avec le chauffeur de taxi, les cols blancs, les cols bleus et toute la gamme des cols roulés… On y arrive même plus vite avec eux – et le verre de vin en moins – car la vérité vient plus naturellement aux gens simples. “La France? Oui, si… “

Si quoi? Quand on enlève une à une les pelures de réticence, on en arrive à des vérités qui ne font pas plaisir. Oui, devenir Français…, si on se sentait de taille à occuper un espace culturel valable dans une France où le Québec trouverait sa place. Oui, devenir Français, si les Américains nous “laissaient partir” (sic). Oui… si la France et les “vrais” Français voulaient de nous… . C’est avec des “si” comme ceux-là qu’on ne va pas à Paris.

Un peu navrant, vous ne trouvez pas? Comme si le grand tabou à toute discussion concernant l’hypothèse d’un rattachement à la France venait du refus de nous avouer à nous-mêmes un sentiment viscéral d’infériorité et une peur morbide de nos voisins anglo-saxons. Un sentiment d’infériorité qu’on veut cacher sous une fierté affichée avec cette énergie qu’on met à défendre les causes qui ne sont pas évidentes.

“Je suis fier d’être Québécois”! Oui, bien sûr, qui en doute? Mais on est ni plus ni moins fier d’être Bourguignon ou Provençal, ce qui n’empêche pas d’être Français. Est-ce que nous ne pourrions pas être tout ce que nous sommes, ne rien renier de ce que nous avons été … mais renouer avec Saint-Louis, Voltaire et Napoléon et nous offrir ainsi l’encadrement le plus “porteur” pour devenir le mieux de ce que nous pourrons être? On ne parle pas assez de la Quatrième Voie: la France.

L’encadrement le plus porteur pour l’avenir du Québec, c’est la France et, derrière la France, l’Europe. Un Québec qui serait la troisième région économique de France – après Paris et Rhône-Alpes – n’aurait à rougir de rien. Bastion avancé en Amérique du Nord d’une Europe dynamique, nous verrions les entreprises non seulement françaises mais allemandes, hollandaises, etc. s’établir chez-nous pour y préparer la conquête du marché des USA. Pas seulement pour des raisons de proximité et de logistique, mais aussi et surtout parce que nous connaissons à fond la langue, les lois, les coutumes de ce marché USA. Être des Français (Européens) en Amérique serait infiniment plus profitable pour les Québécois que d’être les partenaires juniors de l’ALENA.

Et la culture? Alors, là, c’est la voie royale! Le problème culturel fondamental pour l’avenir du Québec francophone n’est-il pas son incapacité à assimiler la masse des immigrants qui viennent ici se substituer à une relève que notre faible taux de natalité ne produit pas? C’est ce problème qui rejoint et amplifie celui d’une minorité irrédentiste au Québec qui choisit de ne PAS être de culture francophone. Or le problème de l’assimilation serait totalement réglé si le Québec était la France.

D’abord, un immigrant qui arrive en France (au Québec) ne pense pas à autre chose qu’à devenir Français: si c’est l’Amérique-USA qu’il veut, il ne tardera pas passer la frontière de nuit et l’on n’en entendra plus parler! Ensuite, la question du bilinguisme ne se posera même pas. On pourra toujours, dans un beau geste de générosité, maintenir des services en anglais pendant quelques années; mais ce sera une période de grâce et il n’y aura pas de malentendus à ce sujet.

Enfin, notre propre assimilation à la France d’Europe dans le respect de notre spécificité sera facilitée par un phénomène de migration interne Québec-Hexagone qui prendra une ampleur considérable, à la mesure des mythes dont les deux populations actuelles s’affublent. Des dizaines de milliers de Parisiens viendront chercher leur “cabane au Canada”… alors qu’un nombre sans doute similaire de francophiles inconditionnels chez-nous se hâteront d’aller la-bas réaliser leurs fantasmes culturels.

Ce brassage de population sera bénéfique pour tout le monde. Même les “accents” qui nous séparent tendront à converger. Avec un peu de chance, Antenne -2 se rapprochera du français international de Bernard Derome et Lucien Bouchard s’exprimera un peu plus comme Giscard d’Estaing. Pasqua et Jean Chrétien ne changeront sans doute pas de langage, mais une langue sûre d’elle-même peut bien tolérer un peu de folklore.

Une bonne campagne médiatique – on pourrait l’appeler “Opération Roussillon”- et je serais curieux de voir les sondages sur une souveraineté-association… avec la France.

Allons ! Défions toutes les Bastilles! Pensez “France” et passez un joyeux 14 juillet… et sans rancune pour ce pavé dans la mare des options OUI et NON qui stagnent depuis quarante ans.

13-07-09

Adéquistes, surprenez nous !

On ne parle pas assez de l’ADQ. On voit un parti qui est né, a grandi et semble vouloir disparaître avec Mario Dumont. Ce qui n’est pas tout à fait faux – car l’un sans l’autre, ils ne seraient certes pas passés si près du but en 2007 – mais n’est peut-être pas tout à fait vrai, non plus…

Dumont même sans l’ADQ pourrait un jour nous réserver des surprises … et l’ADQ sans Dumont pourrait bien nous surprendre encore plus vite. Ceux qui sont prêts à jeter l’ADQ dans la première fosse commune, sans même lui fermer les yeux, mélangent bien imprudemment structure et conjoncture.

La conjoncture, c’était, en 2007 une profonde désaffection envers Jean Charest se combinant avec une non moins profonde hésitation de la population québécoise à s’identifier au très atypique André Boisclair. Le Québec s’est engouffrée dans la troisième voie, l’ADQ qui était là entre la montagne et le ravin. On pourrait parler d’un vote CONTRE les autres…

La conjoncture, en 2008, c’était faire le choix, non plus tant d’un Premier Ministre – Charest, sécurisant dans son absence d’idées neuves, était unanimement donné gagnant en cette période de grande inquiétude ! – que d’une opposition capable de lui tenir la bride. Entre un PQ pouvant mobiliser la valeur contestataire sûre du mouvement syndical et une ADQ en désarroi d’une victoire dont elle n’avait pas su tirer profit, c’est vers le premier que la population s’est portée. Un vote conjoncturel contre l’ADQ, cette fois, punie de ses atermoiements.

Mais il n’y a pas que la conjoncture qui importe. Il y a la réalité sous-jacente de la structure de l’électorat québécois et de ce que veut cet électorat. Or cette structure favorise l’ADQ. Pas tellement l’ADQ vue comme comme un chef et un programme, que le parti, quel qu’il soit, qui est là où est aujourd’hui l’ADQ dans l’éventail des options politiques qui s’offrent aux Québécois.

L’ADQ incarne un centre-droit nationaliste – mais nationaliste plus de l’association que de la souveraineté – autonomiste, donc, plutôt qu’indépendantiste, traditionaliste et bien enraciné dans le pays réel. C’est l’auditoire de Duplessis, puis de Real Caouette. Parce que les journalistes aiment se penser à gauche, les médias sous-estiment les effectifs de ce groupe de centre-droit dont le biais systématiques de la carte électorale en faveur des régions rurales augmente pourtant encore l’importance.

Ce segment de la population, en 2007, n’a pas voté contre quoi que ce soit, mais POUR les valeurs de l’ADQ. A ce niveau structurel, les électeurs qui en 2008 ont puni l’ADQ qui les avait déçus n’avaient pas, et n’ont pas aujourd’hui, changé leurs valeurs profondes. Il suffit que l’ADQ, ou un parti occupant la même position sur l’échiquier, prône les mêmes valeurs et présente un chef crédible et charismatique, pour que ce vote lui revienne. Et lui revienne augmenté de celui des Libéraux que Charest irrite et des Péquistes qui n’aiment pas Marois, deux sous-groupes qui sont loin d’être négligeables…

En fait, il ne serait absolument pas surprenant que l’ADQ qui aurait cherché et trouvé le chef idoine bondisse immédiatement en tête des sondages. Ce qui est crucial, car seul le doute que peut entretenir l’électorat de centre-droit quant à une éventuelle victoire est un obstacle sérieux à ce que cette victoire n’arrive. Si les sondages prédisent une victoire de l’ADQ, cette victoire devient probable.

Il suffirait que ce chef apporte quelques véritables innovations à son programme pour séduire l’électorat urbain nationaliste de droite sans effrayer ses supporters plus conservateurs, pour que l’ADQ soit identifié au changement… et gagne haut la main les prochaines élections contre un PQ et un PLQ qui n’inspirent aucune passion.

Si les élus de l’ADQ se concertaient et décidaient UNANIMEMENT de proposer le leadership du Parti à une vedette capable de susciter un enthousiasme populaires, ils seraient tous ministres dans un gouvernement adéquiste après les prochaines élections, ce qui serait sans doute la meilleure solution pour le Québec… !

Ils devraient y songer. Quant aux innovations, ils n’auraient qu’à interroger un peu les gens. On serait nombreux à leur en proposer.

Pierre JC Allard

12-07-09

Barack-le-Rouge

Les choses semblent se précipiter et on voit poindre aux USA un autoritarisme qui se propagera sans doute partout après le G 20 de Pittsburgh fin-septembre. Je reproduis donc ici un article que j’avais publié l’an dernier et dont on pourrait voir bientôt qu’il était prémonitoire.

***
On a dit des choses terribles d’Obama, durant la campagne électorale américaine: on a dit qu’il était socialiste. Des gens qui dorment dans leur vieille bagnole parce qu’ils n’ont plus de logement sont venus vociférer à ses meetings. On l’a accusé de vouloir redistribuer la richesse… !

Dans ce pays qui se veut de liberté, on a vu la servitude d’un lumpenproletariat conditionné depuis des générations par une petite élite fasciste à défendre l’idéologie libérale. On a touché du doigt l’abyssale ignorance, au sein de cette nation née sous l’inspiration des Lumières…. Mais les choses vont changer.

Ne pas croire que l’Amérique changera parce qu’Obama l’aura voulu. La béatitude dans l’injustice et l’inégalité sont sur le point de prendre fin aux USA, mais ce ne sera par la volonté de personne, car ceux qui auraient pu le vouloir étaient trop faibles et ceux qui en profitaient ne voulaient rien changer.

C’est l’évolution des technologies qui a fait que le capitalisme industriel atteigne son apogée en apportant l’abondance en Occident, puis soit trahi par cette nouvelle réalité qu’il avait créée. Quand est venue l’abondance, y a maintenant 50 ans, le capitalisme a été confronté à la sursatisfaction des besoins matériels et donc au défi d’une société où la vraie demande devenait pour les services : l’éducation, la santé, les loisirs…

Dans une société tertiaire, le capital traditionnel perd de son importance au profit de la compétence, laquelle est un capital de connaissances qu’on ne peut s’approprier de celui qui l’a acquis, ce qui change la relation entre capitaliste et travailleur

Le capitalisme à longtemps maintenu la primauté de l’industrie sur les services, en créant une société de consommation factice basée sur la possession de l’éphémère et de l’insignifiant. On a détourné la société de ses vrais besoins en lui offrant plus de joujoux: caméras, vidéos, télévisions, téléphones cellulaires, ordinateurs portables, des voitures surtout..

Mais la satiété est venue et avec elle le dégoût de tout ce qui ne sert à rien, alors même qu’on s’apercevait que la demande réduite pour la production industrielle pouvait être mieux satisfaite par les importations d’Asie.

On savait bien qu’en y mettant des efforts, on pourrait mécaniser encore davantage l’industrie nord-américaine et produire à moindre coût toutes ces babioles, mais on savait aussi que ce serait reculer pour mieux sauter, car la société américaine en était repue et il faudrait la manipuler toujours plus pour lui en redonner le goût qu’elle n’avait plus alors qu’elle se mourrait d’avoir plus de services..

Mécaniser davantage – en compressant la main-d’œuvre – ne permettrait pas, d’ailleurs, de distribuer le pouvoir d’achat pour rendre effective la demande globale. On irait vers un système de plus en plus dépendant de diverses formes d’assistanat… tandis que les relations avec les pays exportateurs se gâteraient et nous conduiraient vers une grave crise internationale, peut-être militaire.

On a donc joué le jeu de satisfaire tout le monde en imprimant une monnaie de singe qui ne représentait aucune valeur, les riches ayant l’élégance de ne pas la dépenser pour consommer, mais seulement pour investir, évitant ainsi l’inflation. Pour un temps…

C’était gambader dans l’hyperespace, sur les bords d’un « trou noir ». On y est tombé. Il y a maintenant un crise financière à rÉgler, avec tout cet argent qui ne vaut rien… On verra à le faire disparaître: voyez la bourse comme un four à billets. On n’aura à dévaluer que ce qui restera quand on aura incinéré tout ce qu’on peut.

Il ne faut pas penser, toutefois, que le crise ne soit que financière. La crise monétaire n’est que le reflet de la réalité. Le grand défi d’Obama, c’est qu’il devra changer les choses là où ça compte dans un pays industrialisé: au palier de la production. Le mandat que lui confient ceux à qui ce pays appartient est de voir à ce que les USA produisent autre chose et le produisent autrement. Tout tient à ça.

Il faut sortir le travailleur du secteur secondaire et le mettre à la production de services. Produire des quantités énormes de services divers, allant de la médecine au tourisme et de la culture aux jeux videos. Il faut former et recycler, pour qu’elle s’orientente vers la production de services, la plus grande partie de la main-d‘œuvre qui travaille encore au secteur secondaire.

Ce qui n’est pas un simple recyclage, mais une transformation de la culture du travail, car les nouveaux emplois exigent de l’initiative, de la créativité, souvent un talent de communicateur, la motivation, surtout, qui va de paire avec l’entrepreneuriat. Plus souvent qu’autrement, les services qu’ils devront rendre le seront mieux si ce sont des travailleurs autonomes qui les offrent.

La relation du capital à la compétence doit donc changer et les entreprises industrielles géantes ne peuvent survivre que si elles se scindent en une multitude de petites entreprises de taille humaine, au sein de chacune desquelles le travailleur aura le comportement et la motivation d’un entrepreneur.

Le cas emblématique qui va faire la preuve de cette évolution sera l’achat et la prise en charge de General Motors et autres fabricants automobiles par leurs employés et la transformation de tout ce secteur en un vaste réseau de sous-traitance s‘inspirant de la structure qui prévaut déjà dans le secteur tertiaire. Pour éviter que toute l’économie ne sombre, l’État devra donner son aval aux engagements que prendront les travailleurs acquérants envers les propriétaires actuels.

Cette transformation des travailleurs salariés en entrepreneurs autonomes ne sera possible, que si la sécurité d’emploi – devenue illusoire quand les technologies changent rapidement – est remplacée par une sécurité du revenu. Il faudra un filet sous le trapèze d’où les travailleurs seront forcés de bondir d’un emploi a un autre

L’État, pour garantir que la demande soit effective, devra aussi garantir la valeur indexée des fonds de pension et des paiements de transferts. Il faut donc aux USA un système de sécurité sociale comme ils n’en ont jamais connu. Obama ne pourra le faire qu’en nationalisant les institutions financières et en contrôlant la monnaie et le crédit.

Les USA, vont devoir faire face au défi de gérer une économie dont tous les paramètres changent, sans que la population ne comprenne vraiment les subtilités des changement, ni leur raison d’être. On voudra un système compatissant, mais sans complaisance. Sans indulgence envers ceux qui voudront en abuser.

C’était le défi de l’URSS, au début des années 20. On peut penser, heureusement, que ce nouveau « socialisme » a appris que la liberté et l’initiative personnelle sont les compléments indispensables à la solidarité que l’interdépendance impose aux économies développées. Ceux qui parlaient de socialisme vont néanmoins devoir apprendre le sens des mots.

PIerre JC Allard

11-07-09

Peut-on aider l’Afrique ?

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Omar Bongo est mort et la Françafrique est bien malade. Obama est à Accra, le G8 parle de 15 puis de 20 milliards pour contrer la faim dans le monde… Tout le monde pense “Afrique”. Aujourd’hui. Qui pensera à l’Afrique dans une semaine ?

Pas la maghrébine, l’égyptienne ou celle de l’or et des diamants du Transvaal, mais celle qu’on imagine dans les cauchemars : la subsaharienne. Avec les chèvres qui broutent les dernières racines pour que le désert avance au Sahel, les Hutus et les Tutsis qui se massacrent à tour de rôle, ou ces gens du Darfour dont c’est toujours le tour d’être massacrés. L’Afrique des familles de six ou huit enfants dont la moitié périront en bas âge, celle des espaces de palu, de piat, de désordre permanent, comme la Somalie. Qui va penser à l’Afrique ?

Personne ne pensera à l’Afrique demain que ceux qui penseront en tirer quelques choses. Même les Africains préfèrent ne pas penser à l’Afrique. Ni les uns, ni les autres. Les uns, qui sont l’oligarchie des affranchis enrichis par leur service complaisant de l’ancient colonisateur – culturellement plus blanchis que Jackson n’aura jamais réussi à l’être sur sa peau – et ne s’identifiant plus du tout aux populations qu’ils dominent. Les autres, les dominés, dont le plan de carrière passe par l’émigration vers l’Europe et qui se méprisent d’être enchaînés à ce continent africain qui est leur malédiction.

Personne ne veut penser à l’Afrique. Dans le sillage de la colonisation occidentale – qui n’en a pas été vraiment une, dans le sens d’une population étrangère qui serait venu s’y établir en masse – puis de la décolonisation, qui n’a été que le passage d’un quasi-esclavage à un servage, plus rentable pour l’exploitant, des pays se sont créés en Afrique subsaharienne sans homogénéité ni cohésion. Des pays qui n’en sont pas.

Pour gérer cette Afrique de faux pays, on y a surimposé aux réalités une structure politique artificielle dont les plans ont été tracés ailleurs et dont le développement n’a d’autre but que la rentabilisation des investissements étrangers. Dans cette Afrique de pays sans cohésion ni cohérence, aucune émancipation ni progrès ne sont possibles qui seraient générés de l’intérieur, puisqu’en l’absence du sentiment d’appartenance qui naîtrait de cette cohésion aucune solidarité sincère ne peut se développer.

Attention, ne pas en conclure que l’Africain est pur égoïsme ! Au contraire, il peut être d’une loyauté exemplaire. Mais son appartenance et donc sa loyauté sont au niveau de la famille élargie, du clan, de la tribu, de l’ethnie, à des paliers où les entités politiques correspondantes qui auraient permis de tirer avantage d’une solidarité n’ont été que bien rarement constituées.

La loyauté envers un ensemble comme le Congo/Zaïre ou le Nigeria, par exemple, est une fiction. En l’absence de solidarité, la gouvernance y ressemble donc vite à l’exploitation d’un cheptel et l’administration à un système de fermage dont il n’est pas dit, mais accepté, que chacun tirera son revenu de redevances exigées des administrés. Des administré qui, quand on monte dans la hiérarchie, sont vite perçus comme d’une autre caste.

Ce qui nous apparaît de l’extérieur comme une corruption généralisée, n’en est donc en fait au sens strict, la plupart du temps, que quand c’est l’étranger qui l’introduit. Dans le cours des relations entre Africains, celui qui a le pouvoir ne quémande pas : il exige et il prend. Ce n’est donc pas tant de corruption que d’une forme d’extorsion qu’il s’agit.

Dans ce modèle, être élu est vu comme un raccourci vers l’enrichissement personnel. Il est illusoire de penser que la démocratie représentative conduira au pouvoir un régime dont le bien commun serait le véritable but. C’est un leurre, et l’Afrique subsaharienne ne peut donc aller que de mal en pis. Y mettre des milliards d’aide, comme on l’a dit souvent, n’a pour effet que de faire contribuer les pauvres des pays riches à l’enrichissement des riches des pays pauvres….

Y a-t-il une solution ? OUI, si les Africains acceptaient d’importer leur gouvernance, le temps que des solidarités nationales naissent en Afrique. Mais ils ne le veulent pas. Pas encore.

Pierre JC Allard

(Ceux qu’intéresse cette question peuvent passer ici à un texte beaucoup plus élaboré.

10-07-09

Le G8 attentiste

Le G8 qui vient de se réunir à L’Aquila en Italie se solde par un report des décisions significatives vers deux nouvelles échéances : a) le prochain G20 qui se tiendra à Pittsburgh les 24 et 25 septembre prochain pour apporter une solution à la crise financière, et b) la négociation internationale sur le climat qui se tiendra à Copenhague en décembre.

On parle bien plus du second de ces deux événements. Apparemment à raison, car si le réchauffement présumé de la planete est averé, c’est bien en effet, sub specie aeternitatis, le probleme qui rend futile tous les autres. On a donc un plan.

Pour éviter que l’augmentation de la température de la planète ne dépasse les deux (2) degrés Celsius d’ici à la fin du siècle, le G8 propose de réduire de moitié les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Pour persuader les pays en développement – surtout la Chine et l’Inde – de collaborer à cet objectif, le G8 s’engagerait à ce que celles des pays industrialisés baissent de 80%

Généreux. Mais il faut se souvenir que c’est demander aux pays émergents de ne pas se developper aussi vite qu’ils le pourraient et donc de rester pauvres plus longtemps, en se privant des moyesn qui ont permis aux pays riches de s’enrichir… De plus, en ne précisant pas l’année de départ de référence pour la réduction des émissions de CO2, Les pays développés trichent encore un peu… Une discussion musclée en perspective à Copenhague. Et pourtant…

Pourtant, Copenhague sert de diversion, car de ces deux rendez-vous, c’est celui de Pittsburgh qui est de loin le plus important. Pas pour l’éternité, pour tout de suite.

Lorsque le G20 s’est réuni à Londres en avril dernier, la crise financière n’avait pas encore révélé toute sa malice. Un désaccord se dessinait entre les USA et les autres, mais les alliances qui auraient permis de connaître les soutiens et donc la force des joueurs n’avaient pas encore été scellées.

Mis a part un engagement d’augmenter les ressources du FMI et de la Banque Mondiale – mais bien en deçà de ce qui aurait été nécessaire pour vraiment regler cette crise – un consensus tacite s’est donc établi à Londres pour ne s’entendre sur rien. Mais le G20 de Pittsburgh DOIT apporter une solution à la crise financière.

La situation ne sera plus du tout la même. Quand les mêmes 20 participants se rencontreront à Pittsburgh en septembre, la crise aura été là depuis environ un an et il faudra y mettre fin rapidement, en garantissant une stabilité monétaire avant que le commerce international ne s’effondre.

On pourra le faire, car on connaît maintenant l’ordre de grandeur de l’insolvabilité du systéme financier global – on parle de USD $ 600 T – et l’on sait que cette dette ne peut qu’être dénoncée ; il ne s’agit donc que de s’entendre sur la façon de le faire. Les gestes préalables à une cessation de paiement auront été ou seront sur le point d’être posés.

Aux USA, des centaines de milliards ont été distribués aux copains par le plan Paulson et autrement. Ailleurs – dont en France – on va incessament lancer des emprunts nationaux. Les sommes en seront dérisoires, au vu des montants dûs, mais ils suffiront à mettre aussi à l’abri la richesse amie. Tout ce qui importe sera déjà dans les chaloupes de sauvetage et Chrysler et GM sont là pour servir de modèles à une reprise de l’industrie par l’État et les travailleurs.

Si on en parle moins de Pittsburgh que de Copenhague, c’est qu’il n’est pas si opportun d’en parler. L’ intérêt des USA, dont le dollar sert aux autres de devise de réserve, est de continuer à en émettre le plus possible, exportant en fait leurs problèmes sur les autres… Celui des autres est d’empêcher les USA de poursuivre cette dilution de leurs obligations.

Ostensiblement, ce sont les 4 de Yekaterinbourg qui monteront au front à Pittsburgh et ils ne pèsent pas encore bien lourd. Mais il est clair que les intérêts de l’Europe – et en fait du monde entier – s’opposent ici à ceux des USA. La discussion ne sera donc pas aussi inegale qu’il y parait. On saura à Pitsburgh quelle voie le monde va prendre et il n’est pas sûr que ce soit celle des USA

Pierre JC Allard

09-07-09

Caritas in veritate

Par cette encyclique, Benoît XVI se mérite une place dans l’Histoire. D’abord par l’importance de ce qu’il dit – qui permet de penser que l’Église va prendre enfin la part des déshérités – ensuite, par le courage de l’avoir dit de cette façon. Car en disant que cette encyclique est le « Rerum novarum de l’époque contemporaine » qui éclaire le chemin de l’humanité en voie d’unification, il va aussi loin dans la voie d’une révision des positions de l’Église que peut aller une organisation qui se prétend infaillible. Ce faisant, il nous permet de penser qu’elle peut parfois avoir raison

Laissons de côté ce qui est ronds de jambes pour dire que rien n’a changé, et acceptons ce message actuel de l’Église. Les casuistes nous dirons s’il est ou non novateur, mais seuls d’autres casuistes s’en préoccuperont. Je ne répéterai pas le texte, il est ici pour consultation. Je vais vous dire ce que j’y lis.

1. Il faut repenser l’Économique

L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Une activité financière mal utilisée – et, qui plus est, spéculative – ne soutient qu’une croissance artificielle liée à une consommation excessive. Vouloir séparer la gestion de l’Économique, dont le seul objectif serait de produire la richesse, de celle de la Politique, dont ce serait la seule mission de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres

2. Il faut repenser le Politique

L’État vient de faire la preuve de son utilité, en s’attelant à corriger les erreurs et les dysfonctionnements de l’économique. La crise actuelle nous oblige à créer de nouvelle règles du jeu et c’est l’occasion d’élaborer et de mettre en place de nouveaux projets. Non seulement ceux qui ont donné la gouvernance de l’État pour désuète ont-il eu tort, mais il serait temps de mettre en place un autre palier de gouvernance: une véritable autorité politique mondiale.

3. Il faut repenser la justice distributive.

Même du point de vue économique, les pauvres ne sont pas à considérer comme un fardeau, mais au contraire comme une ressource. Pour fonctionner correctement, l’économie mondialisée a besoin de la logique du don sans contrepartie. Gratuité et don de soi sont des vecteurs de la prospérité et l’économie a donc besoin de l’éthique.

4. Il faut repenser l’entrepreneuriat

À côté des entreprises dont les objectifs sont économiques, il faut concevoir des entreprises dont le but soit social. Il faut concevoir des microprojets. Il faut créer des coopératives de consommation. Il faut consommer de façon plus sobre et assurer à tous ceux qui travaillent une rétribution décente. On pourrait même penser à la « subsidiarité fiscale » qui permettrait aux citoyens de décider de la destination d’une part de leurs impôts versés à l’État, de façon à aider les pays en voie de développement.

5. Il faut soutenir les réseaux de protection sociale

Benoît XVI suggère de favoriser davantage la liberté syndicale. « Plus pertinente encore aujourd’hui qu’hier», dit-il, car il faut «se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail». C”est l’amende honorable pour Rerum Novarum.

Je ne croyais pas voir le jour où j’applaudirais une encyclique papale. Pourtant, non seulement suis-je d’accord avec tout ce qu’elle propose – même si le rôle dévolu aux syndicats parait aujourd’hui dépassé – mais, si je n’avais peur de rendre ce texte illisible, je pourrais faire un lien de chacune des phrases vers un texte soutenant la même idée, que j’ai écrit il y a 5, 10 ou 20 ans ! Dire que je suis d’accord est en-deçà de la vérité.

Je sais que beaucoup de ceux qui mènent les mêmes combats que moi y verront in piège, une manœuvre pour avancer l’agenda néolibéral de mondialisation. Mais je ne veux voir qu’à sa face même le message qui est ici livré: ce qui est ici écrit restera écrit et c’est un gain net pour la justice sociale.

L’Église a son propre agenda, qui a été néolibéral quand il a été opportun qu’il le soit; je crois qu’elle a décidé que ce ne l’était plus. Ceux qui voudraient l’instrumentaliser – et je ne doute pas qu’ils soient nombreux – devraient méditer sur la fameuse phrase le Lincoln. When you have got an elephant by the hind leg, and he is trying to run away, it’s best to let him run.”

Pierre JC Allard

08-07-09

279 Le déclin

Magnifique billet à mon avis de Michel David dans Le Devoir d’aujourd’hui. Je vais ajouter mon grain de sel ci-dessous, mais ce n’est qu’un commentaire. Lisez d’abord le billet de David. http://www.ledevoir.com/2009/07/04/257812.html Voyez aussi les quatre (4) articles de Yan Barcelo qui traitent plus en profondeur du même phénomène sur les 7 du Québec

***

Toute notre civilisation se délite et s’effrite. Le déclin n’est pas un phénomène local, mais un problème mondial. A divers degrés, ce que l’on vit chacun chez-soi n’est qu’une facette de ce qui se passe partout. Nous avons un problème d’ORDRE. On aurait voulu croire que pauvreté et désordre allaient de paire et que le temps apporterait une commune solution dans un enrichissement collectif. Le désordre, hélas, ne croît plus seulement dans la pauvreté, mais partout.

Dans le monde sous-développé, en Afrique, en Amérique latine, une partie de l’Asie, une pauvreté objective abjecte crée, bien sûr, une crise permanente. Le pouvoir formel y devient précaire, son emprise réelle faible, sa légitimité nulle. Parfois, un pouvoir clanique, arbitraire, devenant toujours de plus en plus mafieux – puisque la criminalité y est le seul secteur porteur de l’économie – peut s’exercer de fait, ici ou là, mais sur des territoires trop restreints pour que puisse s’y maintenir une structure de développement stable. Le désordre est presque total ; on meurt au jour le jour, sans attirer l’attention

Dans certains pays dits « en voie de développement », s’établit souvent un pouvoir totalitaire. Ces régimes sont dénoncés et souvent sabotés par le reste des nations; pour ce motif de dictature, ou ce prétexte en cachant de moins avouables. Ces pays, de toute façon, ont perdu la partie de créer le bonheur, lequel n’est vraiment possible que dans la liberté. D’autres feignent une forme de démocratie, mais celle-ci tout entière soumise à une omniprésente corruption et leurs assises sont sapées par les deux (2) problèmes systémiques, auxquels ils n’échappent jamais: un chômage endémique et une dette publique en croissance ininterrompue

Ajouter, dans le tiers-monde, les guerres spontanées ou fomentées qui viennent et vont, comme toujours, mais plus que jamais inutiles, plus désespérantes, car elles se terminent sans que la paix ne revienne vraiment; la violence se poursuit, plus ou moins larvée, dans un désordre permanent. Les oasis de sécurité se font plus rares sur cette planète et, là où elles subsistent, deviennent sans cesse plus précaires, moins sereines….

Dans les pays dits développés, les USA offrent l’exemple qui semble prémonitoire d’une fracture sociale entre les pauvres et les riches, entre les blancs et les autres. Une fracture qui, si elle s’élargit, conduira à un inévitable éclatement et dont l’imminence est occultée par un cirque médiatique: un déluge d’informations incohérentes qui, paradoxalement, sert de censure. Le citoyen moyen n’a plus qu’une vision de plus en plus floue de l’ensemble de la situation. Il ne reste qu’un espoir qui sert de digue : Obama.

L’Europe suit la même voie. Les inégalités inhérentes à une expansion qui y fait cohabiter ses nations riches et pauvres et une immigration incontrôlée y créent des opposition ethniques et raciales à la mesure de celles de l’Amérique. Cette voie est balisée par la concentration de la richesse, l’exclusion progressive des travailleurs, la récupération de la démocratie par la manipulation des médias, la rupture de la solidarité sociale, le choix de la décroissance, la diminution inexorable des services sociaux et une perte d’éthique.

Cette perte d’éthique favorise la criminalité dans les pays riches comme dans les pays pauvres, mais elle y prend d’abord une autre forme. Celle de la délinquance et d’une désaffection croissante envers les valeurs sociales sans lesquelles une société complexe ne peut survivre. On assiste de plus en plus à l’abus de biens publics, à la fraude fiscale généralisée, au travail au noir et, surtout, toutes ces tares deviennent socialement tolérées. Il devient acceptable de ne pas respecter les règles qui ne nous conviennent pas et l’on peut compter sur l’indulgence des autres, puisqu’ils en font tout autant.

Le seuil à partir duquel le désordre s’impose grimpe sans cesse plus haut sur l’échelle de la richesse et de la respectabilité. Voyez en Europe des ministres convaincus de gestes criminels se représenter sans gêne devant les électeurs; voyez, aux USA, une vedette de la télévision signer des contrats à partir de sa cellule de prison et sourire aux photographes invités. Il n’y a plus de véritable opprobre à l’illégalité. Institutions, méthodes, mécanismes, objectifs ne font plus consensus.

Chacun prend donc ses distances de l’ordre établi dont le capitalisme ne l’a pas invité à être partie prenante. Il est devenu acceptable de ne plus EN être. Chacun s’en dégage presque en catimini, mais sans trop de pudeur, content d’en sortir, mais sans entendre l’appel d’une alternative autre que son propre individualisme. Chacun le quitte sans se sentir encadré par autre chose et devient donc ainsi vulnérable et même plus ou moins consciemment, réceptif au désordre.

Le « système » qui gère la société n’inspire plus aucun respect. Que ce soit à tort ou à raison, regrettable ou non, ce sont d’autres débats. Ce qu’il faut d’abord s’admettre, c’est qu’une société ne vit pas sans un système qui la gère et des lois qu’on y respecte. Sans une large adhésion aux valeurs d’un système qui sert de référentiel pour déterminer ce qui est bien, il n’y a pas de société possible. Elle s’étiole, entre en crise et meurt. C’est la voie de la décadence.

Les principes, les valeurs les raisons de vivre qui devraient encadrer notre société et y maintenir l’ordre ne collent plus avec la réalité et l’esprit du monde actuel. Sans solidarité au soutien de l’ordre, le désordre s’installe partout. La croissance du nombre de ceux qui rejettent le système est exponentielle. Qu’on les appelle exclus ou rebelles, leur refus est le signe d’une société bien malade. Il n’est pas sûr qu’elle guérisse.

Pierre JC Allard

07-07-09

278 Russie, USA… “Diplomacy”

Aujourd’hui, Obama et Medvedev se sont rencontrés et ont fait la paix. Une rencontre déterminante pour sceller notre avenir immédiat. Ce qui va transparaître de cette rencontre sera un nouveau traité START. Une réduction « spectaculaire » de leurs arsenaux nucléaires respectifs… mais qui, justement, ne sera qu’un spectacle.

Un spectacle, car abaisser de 2200 à 1675 le nombre maximum de têtes nucléaires et de 1500 à 1100 le nombre des “vecteurs nucléaires” – missiles intercontinentaux, sous-marins et bombardiers à long rayon d’action – qu’ils se permettront dans 7 ans ne changera en rien leur capacité réciproque de s’annihiler… Start est un buzz pour médias .. et c’est très bien comme ça.

Une bonne nouvelle qu’on ait maintenu l’«équilibre de la terreur » qui nous inquiétait tant il y a 50 ans, mais qui s’est avérée depuis la stratégie pour la paix la plus efficace de l’histoire moderne. Continuons à nous faire peur…on ne se fera pas de mal. L’important de la rencontre n’est pas cette réduction de leurs arsenaux ; l’important est qu’ils se soient mis d’accord. On vient d’annoncer qu’on veut la paix

Le régime Bush ne voulait pas la paix. Oh, il ne voulait pas la guerre, naturellement, l’équilibre de la terreur était bien en place, mais il ne voulait pas la paix. Il voulait aboyer, semer la zizanie, déstabiliser, fomenter des coups aux frontières de la Russie. Il voulait maintenir cette menace constante qui, en forçant l’URSS à consacrer une part exorbitante de ses ressources à sa défense, l’avait empêchée de satisfaire sa population et avait finalement entraîné sa chute.

Le régime Bush voulait la même paix armée, hargneuse… qui n’est pas la paix. D’où ces insolentes provocations, d’aller former l’armée géorgienne pour venir récupérer l’Ossétie du Sud, de financer l’arrivée au pouvoir de régimes antirusses dans les États limitrophes et le projet sans véritable intérêt stratégique – et donc d’autant plus vexatoire, de venir installer des missiles en Europe de l’Est.

C’est à cette stratégie provocatrice et vexatoire que l’accord actuel semble mettre met fin. Obama n’a pas affirmé que cette histoire de bases en Pologne et en Tchéquie était finie, mais tout le monde a compris… Comme en convenant de reprendre les activités militaires communes Russie – USA, suspendues en août 2008, au moment de la guerre russo-géorgienne, on passe le message bien clair qu’il n’y aura plus de bêtises sur le front du Caucase. Il sera intéressant de voir si les Israéliens aussi sortiront de Georgie…

Plus important encore, la Russie a autorisé l’utilisation de son espace aérien pour le transit de soldats et de matériel militaire américain à destination de l’Afghanistan, un accord qui va faciliter énormément la logistique de l’armée américaine…et qui met en évidence que la Russie est bien d’accord pour que l’on garde l’Islamisme comme croquemitaine universel.

Parions qu’il se sera dit bien des choses, aujourd’hui, concernant les Ouighours et tout se pétrole que l’on pourrait exploiter au Sinkiang… Sans parler de celui des autres pays d’Asie Centrale, qu’il serait plus facile d’exploiter si les Russes faisaient régner l’ordre dans cette zone, sinistrée depuis la fin de l’URSS.

Les USA d’une autre époque avaient rêvé d’exploiter eux-mêmes ce pétrole, mais ils se sont sans doute aperçus qu’ils ne pourraient le faire qu’au risque de créer une demi-douzaine de « situations afghanes »… Alors que rebâtir l’économie américaine sera un job à plein temps. Alors on se parle…

Parions aussi qu’on aura parlé de l’Iran. Pas plus que les Américains, les Russes ne sont sans doute heureux de voir cet État sous la coupe de fanatiques religieux. Si Russes et Américains s’entendent, l’avenir de l’Iran se décidera, comme toujours, sans que les Iraniens ne soient vraiment consultés. Et ce qui vaut pour l’Iran vaut pour bien d’autres…

Ce qui semble découler logiquement de la géopolitique actuelle, c’est que si Russie et USA se sont vraiment entendus, ils vont modeler le monde à leur convenance pour longtemps. S’ils n’ont que feint de s’entendre, Chine, Europe, Japon, Islam et les Autres reviendront à la table, dans une partie à multiples joueurs et dans un réseau d’intrigues d’une exquise duplicité.

La situation globale, en ce cas, ne ressemblera à rien tant qu’à une partie de Diplomacy, jouée sur une carte du monde d’aujourd’hui, plutôt que sur celle de l’Europe d’il y a cent ans. C’est la solution imminente qu’il va falloir donner à la crise monétaire qui nous dira quelle hypothèse est la bonne.

Pierre JC Allard

06-07-09

277 Crucifix aux oraux ? M’énervez pas avec la laïcité

Petit séisme sur Rue 89, le plus populaire des médias électronique français. Rue 89 n’est pas un “media citoyen”, dans le sens d’Agoravox, où les articles viennent de la base, mais une vitrine de l’opinion française où des milliers de blogueurs passifs viennent commenter les articles écrits par des pros ou quasi pros et parfois de simples citoyens.

Rue 89 dépasse largement le million de visites par mois. Un article populaire fait facilement 100 000 lecteurs et 500 commentaires. Disons que le commentaire que vous faites en passant sur Rue 89 sera bien plus lu – et pourrait avoir plus d’impact – qu’un article fouillé que vous auriez publié dans Le Devoir.

Le petit séisme sur Rue 89, aujourd’hui, a brisé des carreaux dans la sacro-sainte laïcité du système d’éducation français. De quoi s’agit-il ? Le 30 juin était, cette année, la journée des oraux. Des milliers de candidats au bac dont jouer leur va-tout sur quelques minutes d’entretiens. Le stress d’un premier saut en parachute. Or…

Dans un établissement privé du Val-de-Marne, sous contrat avec l’Etat cette année pour servir de centre d’examen pour le bac, des enseignants du public et des élèves des environs conviés pour passer et faire passer les épreuves se sont trouvés face à face avec des signes religieux, notamment des croix… Dans les couloirs, mais il y avait aussi des crucifix dans les salles de cours où se tenaient les oraux.

Une enseignante se plaint, contact avec l’organisme responsable du Ministere. Fin de non recevoir et l’enseignante est remplacée. Une autre enseignante refuse à son tour de faire passer les oraux sous des crucifix et est elle aussi remerciée. Ça se gâte…

Remerciées ? Que non, explique le directeur du SIEC (Service interacadémique des examens et concours) « Elles étaient convoquées pour faire passer les examens, elles refusent de le faire sous les signes religieux, ce lycée est sous contrat, je n’ai pas à leur préciser selon leurs exigences si elles peuvent, ou pas, faire passer des oraux sous une croix. Elles devaient donc être remplacées faute d’assurer les oraux : ce qui compte, c’est les candidats. »

Ça vous semble clair ? À moi pas… Mais bon, ils ont leurs problèmes en France, nous avons les nôtres au Québec. Souvenez vous de cette algarade qu’on s’est offerte, concernant le cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR). Il semble que la bêtise soit catholique, dans le sens etymologique du terme. J’ai émis une opinion sur Rue 89. J’ai pensé qu”il serait correct de vous en aviser…


Je suis un vieux Québécois, un peu victimisé par les calottes étant enfant. Oh, Pas le drame, genre abus sexuel.. Juste l’emmerdement de l’insolente affirmation de la bêtise, car je comprenais dèjà, a huit ans, que tout ce cirque n’avait aucun sens.

Puis, il y a eu l’inquisition genre « billet mensuel de confession », la persécution pour la communion du dimanche, etc. Les Francais qui ont vécu dans la laïcité, ne peuvent pas comprendre le malaise – un euphémisme – qu’on éprouve ne pas être croyant dans une société cléricale.

Puis, adolescent, j’ai physiquement tiré des cailloux aux curés et ensuite j’ai appris de haute lutte l’art de la séduction, dans un monde où, par principes, toute femme doit dire NON. Je l’ai appris. Chaque plaisir a dû être gagné…

Puis, tout a basculé et, entre 1960 et 1970, le Québec est passé de « bondieusard » à « anticlérical », tout se stabilisant vers 1980, dans un pays où moins de 10 % de la population restait pratiquante. Problème réglé.

Quand je lis maintenant cette histoire de crucifix en Val-de-Marne, j’ai l’impression d’un incroyable retour en arrière et ma première réaction est de penser que Christ, Guevara ou Michael Jackson sur un mur ne devrait plus avoir aucune importance…

Puis, je me souviens des popes chevelus et barbus qui sont réapparus en Russie après la chute de l’URSS, après 70 ans de rationalisme, comme des termites d’un vieux morceau de bois. La religion est impossible à éradiquer. Pas parce qu’elle est divine, mais parce qu’elle est humaine, trop humaine…

Un moment d’inattention et elle revient… Donc, amis français, un conseil d’un vieux cousin. Même quand elle semble morte, cette chose qu’on appelle religion peut renaitre et venir nous hanter. Comme disaient les évêques de ma jeunesse, il ne peut y avoir de compromis entre la vérité et le mensonge. Ecrasez l’Infâme.

Alors vous voyez, je ne vous cache rien….

Pierre JC Allard

05-07-09

276 Régler la crise financière

La crise actuelle suit son cours, avec une dissociation progressive entre l’économie réelle en voie de reconstruction et une économie monétaire qui continue son rêve-cauchemar éveillé. Plus de 9% de chômeurs déjà, aux USA, les autres pays à l’avenant et aucune raison pour que ca s’améliore, avant qu’une nouvelle structure du travail ne soit mise en place dont la pierre d’assise devra être une couverture de revenu-travail garanti.

Pendant que la crise du travail prend de l’ampleur dans le monde réel, à mesure que ferment les industries dont les modes de production ne sont plus adéquats et les entreprises de services qui en dépendent, la crise financière qui est là depuis 9 mois arrive à maturité. Tandis que les emplois disparaissent, les indices boursiers fluctuent selon les rumeurs que laissent filtrer le Tresor américain et autres autorités et l’on commence à estimer avec plus de précision le volume de cette masse monétaire qui ne vaut plus rien.

Il faut régler maintenant cette crise financière, car on ne peut maintenir une économie globale basée sur des échanges commerciaux sans une monnaie qui inspire confiance. On verra à l’automne comment le système s’y prendra pour régler cette question, mais il n’est pas interdit de voir comment il DEVRAIT s’y prendre, s’il existait un pouvoir mondial pouvant agir sans contraintes et ne pensant à rien d’autre qu’au bien de la population. On pourrait procéder alors selon les huit (8) règles suivantes.

1. Une monnaie, appelons la « V », est créée et émise sous l’autorité du FMI avec l’accord de tous les États membres.

2. Cette monnaie V a cours légal et est en circulation libre partout. À partir d’une valeur initiale de consensus, son taux de change aux diverses devises fluctue librement.

3. Les États, les institutions financières et les personnes physiques ou morales (corporations) peuvent se procurer un crédit en V à la hauteur des BIENS RÉELS dont ils transportent la propriété au FMI. Ils conservent l’usage de ces biens réels, mais perdent le droit de les aliéner.

4. Les États et entités paraétatiques sont invités à rembourser leur dette publique en l’imputant à leurs contribuables au prorata des actifs de chacun. Ainsi les États élargiront la masse des biens réels dont ils pourront transporter la propriété au FMI.

5. Les contribuables de chaque pays doivent acquitter immédiatement cette dette correspondant à une partie de la dette publique qui leur échoit. Ils pourront le faire, à la discrétion de leur État, en V, en monnaie nationale ou partie en V et partie en monnaie nationale et en transportant à l’État la propriété de biens réels dont ils conserveront l’usage.

6. À partir d’une date convenue, dans tous les pays, tous les salaires jusqu’à la hauteur de 5 fois le revenu moyen per capita et tous les paiements d’assistanat, incluant les pensions de vieillesse et les allocations de chômage, sont effectués exclusivement en V.

7. En sus des autres paiements en V qu’il peut recevoir, tout individu majeur a le droit, chaque jour ouvrable, d’obtenir de l’État la conversion en V d’une somme en monnaie nationale déterminée pas l’État présumée équivaloir à 1/250 du revenu annuel national moyen. Il n’y a pas de contrainte à la conversion de V en monnaies nationales

8. Toutes les autres obligations maintenant en vigueur et les futures transactions demeurent libellées et peuvent être acquitées en monnaies nationales, jusqu’à ce qu’en décide autrement l’Etat qui a juridiction sur leur exécution.

Je suis conscient que cette opération nécessite des changements au rôle du FMI et aux accords internationaux ; elle n’est pas facile à accepter ni à réaliser. :-| Je suis conscient qu’elle exigerait un complément de détails et peut susciter des interrogations :-) Il est évident qu’il est impossible de fournir ce détails et de répondre à ces interrogations dans le cadre de cet article. Je suggère au lecteur de simplement y réfléchir. On en reparlera plus tard.

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Pierre JC Allard

04-07-09

275 Ombelix au pays des Chimères

À la fin du XXème siècle, l’Amérique au nord du Rio Grande est tout entière soumise à l’hégémonie anglo-saxonne, à l’exception, au Nord-est, d’une vaste taïga, peuplée de caribous, d’autochtones, d’une myriade de métèques et de deux peuples fondateurs, dont “nous-z’autres” qui ne nous en tirerions pas mal si nous n’avions pas à porter continuellement sur le pavois deux clans d’ irrépressibles totons, les Peurdurix et les Ombelix.

Les Peurdurix se sentent tout petits. Ils peuvent avoir le cheveu plat à la Bourassa ou bouclé à la Charest, ils peuvent être riches – style “Conseil du Patronat” – ou misérabilistes genre “ma pension de vieillesse et rien d’autre”, mais leur caractéristique essentielle est d’avoir peur. Le plus grand nombre d’entre eux ont surtout peur que l’indépendance leur tombe sur la tête, mais il y a aussi des Peurdurix dont la seule phobie est l’inflation et une minorité non négligeable d’entre eux qui ont peur de parler anglais. Leurs pères ont voté “non” à la conscription puis se sont enrôlés volontaires, ont été pour les curés sous Duplessis… puis pour la révolution pour autant qu’elle soit “tranquille”.

Le mot d’ordre des Peurdurix est de passer le risque, la responsabilité et le blâme éventuel aux autres, parce qu’ils ont surtout peur d’eux-mêmes. La majorité d’entre eux sont fédéralistes parce que c’est rassurant, mais il y en a beaucoup au contraire qui sont souverainistes – mais avec association, bien sûr et en souhaitant au fond que ça n’arrrive pas – parce qu’ils ont encore plus besoin d’avoir Ottawa comme bouc émissaire que comme parapluie. Les Peurdurix sont férocement opposés au changement parce que le changement est un risque et qu’ils se sentent trop petits pour courir des risques.

Les Ombelix sont très gros. Ou plutôt, regardant sans cesse leur nombril, ils se voient très gros. Ils sont nés d’une race fière, ils savent que nous avons une culture alors que les anglos sont des Béotiens et que Toronto est une ville ennuyeuse où les bars ferment le dimanche. Riches ou pauvres ils sont convaincus que la Gaspésie est mieux que la Côte-d’Azur, que notre train de vie est bien supérieur à celui des Européens, comme en 1945, que Montréal est la “deuxième ville française du monde” et que le “modèle québécois” est un succès boeuf qui ne doit rien aux modèles scandinaves des années soixante.

Les Ombelix ont l’identification facile. ils sont fiers des succès de Plamondon en France, de Celine Dion aux Etats-Unis et du Cirque du Soleil partout, comme s’il s’agissait là de produits du terroir. La plupart se disent sociaux-démocrates, mais ils sont fiers de Bombardier, de Desmarais et de Québec Inc. La plupart, sont pour l’indépendance, mais on ne manque pas d’Ombelix fédéralistes qui sont bien fiers aussi que l’Unesco dise du Canada que c’est le meilleur pays du monde. Les Ombelix sont férocement opposés au changement parce qu’ils sont gras, qu’ils se croient gros et qu’ils veulent le rester.

De telle sorte que nos Peurdurix – dont la “sage prudence” n’est qu’une profonde lâcheté – et nos Ombelix – dont la complaisante “fierté” repose trop souvent sur une ignorance crasse – constituent, depuis des lustres, une alliance solide contre tout ce qui pourrait être un véritable changement. Au Québec, comme des choeurs de tragédies antiques , on peut toujours s’attendre à ce qu’un “Ne changeons pas, nous sommes parfaits!” vienne donner la réplique à un ” Ne changeons pas, c’est dangereux!” .

Quand on écoute les Peurdurix et les Ombelix et que’on regarde leur gesticulation, on ne voit plus la réalité et on perd le sens même du drame. Les Peurdurix et les Ombelix sont des livreurs de chimères, aussi inutiles que des ménhirs et qui pèsent très lourd sur l’avenir d’un peuple.

Car pendant qu’on rêve, le tiers des Gaspésiens n’ont pas de travail, notre niveau de vie est inférieur à celui d’une bonne demi-douzaine de pays d’Europe et il y a pas mal plus de francophones à Kinshasa ou à Casablanca qu’à Montréal. Est-ce qu’il ne serait pas temps de comprendre que nos deux grands ennemis sont la peur et l’arrogance, les deux se prêtant main forte, depuis des décennies, pour nous priver du courage qui nous permettrait de poser le diagnostic de nos problèmes et d’y apporter de vraies solutions?

J’écoute depuis des mois ce qu’il faut bien appeler le babillage de nos leaders politiques, Charest, Marois, Harper, Ignatieff et même tous les autres auxquels nous avons habitué de donner le bénéfice du doute, parce que, n’ayant aucune chance d’avoir jamais le pouvoir on peut bien s’imaginer qu’ils feraient mieux, mais aucun n’apporte l’ombre d’un projet de société. Je vois des rangées de chimères, en enfilades et en cercles, parfois les unes supportant les autres comme des dolmens.

J’aimerais qu’on se sorte du duo Peurdurix – Ombelix et qu’on passe à autre chose. Je voudrais que, si on a peur, on ait au moins des raisons d’avoir peur et que si l’on est “fier” on nous dise précisément de quoi l’on est fier. Parce que je pense que la peur ça se domine et que la fierté ça doit rester discret. Je pense que le véritable avenir du Québec passe d’abord par une prise de conscience de ce que notre démographie, la géopolitique et le sens que semble se donner l’Histoire contemporaine feront inexorablement du Québec.

Notre avenir, il passe par l’acceptation de cette réalité et la décision de définir notre évolution en fonction d’elle. Sans peur et sans complaisance. Je crois que nous pouvons le faire. Je suis persuadé qu’il y une majorité de Québécois qui ne se pensent pas si petits qu’ils ne puissent survivre ni si gros qu’ils ne puissent encore grandir. Ils ne demanderaient pas mieux que de travailler simplement, sereinement à devenir “plus” et “mieux” que ce qu’ils sont réellement, comme un arbre qui grandit.

Il n’y a pas de honte à grandir. Est-ce que ceux qui nous gouvernent ne pourraient pas nous proposer un but et nous en montrer le chemin? Et nous offrir une bonne lampée de la potion magique que constitue un véritable projet ?

03-07-09

274 “Vers demain”

Cet article ne s’adresse qu’aux Québécois. En fait, aux Québécois de plus de 50 ans, car en France vous n’avez pas eu de “Créditistes”. Vous avec eu Poujade et quelques juments vertes qui ont fait un malheur, mais pas de créditistes. Dommage… J’ai écrit cet article il y a 10 ans et que je crois bien que la réalité a rejoint ma fiction.

XXX

Quand je vois le Dow-Jones franchir la barre magique des 10 000 sans ralentir et crever 11 000 en un temps record, je n’éprouve pas l’émoi triomphaliste que les prophètes du néo-libéralisme voudraient que nous ressentions. J’ai plutôt la même sainte trouille que m’inspirent certains numéros du Cirque du Soleil, ceux où il semble inéluctable que, tôt ou tard, quelqu’un se casse la gueule. J’ai la trouille, mais je me souviens aussi avec une certaine nostalgie de Réal Caouette, des Créditistes et des Bérets blancs.

Je me souviens d’une époque où des gens simples disaient, en leur propres mots, que l’argent n’était qu’un outil, que les banques étaient des opérations de brigandages institutionnalisées et qu’on ne s’en porterait que mieux si l’État distribuait chaque mois aux citoyens un “dividende” social qui constituerait pour chacun sa juste part de l’enrichissement national.

Parce que ceux qui le disaient n’utilisaient pas le vocabulaire des économistes en titre, on ne se privait pas de se moquer de “la piasse à Caouette” et il était de bon ton de sourire quand quiconque parlait du Crédit Social ou du Ralliement des Créditistes. On souriait, ce qui évitait d’engager le débat. Et quand le journal “Vers demain” répétait ad nauseam les mêmes thèmes, les rieurs avaient beau jeu pour souligner qu’il n’apportait rien de nouveau.

Une génération plus tard – et les Bérets blancs, pour autant que je sache, étant passés à l’histoire – il n’est pas sans intérêt de constater aujourd’hui qu’il n’y a sans doute pas de meilleur mot que “créditiste” pour qualifier le mode de gestion que tous les gouvernements depuis Trudeau ont appliqué au Canada… et les autres gouvernements modernes à leurs États respectifs. La monnaie, dégagée de la contrainte que lui imposait sa relation avec l’or, est bien devenue un outil et, comme le disait le vieux slogan des Créditistes, on a rendu “financièrement possible tout ce qui est techniquement réalisable”. Demain est arrivé.

Nous vivons dans un régime “créditiste”. Évidemment, on n’a pas tout pris du “crédit social”. On a pris le crédit mais on a négligé le social, de sorte que le “dividende” n’a pas été distribué à la population pour soutenir le pouvoir d’achat et faire tourner l’économie; le “dividende” – la plus-value, année après année du progrès technologique – est resté sagement dans le giron des nantis et s’est soldé par une hausse météorique de la valeur des actions en bourse.

Parce que l’argent est resté dans la bourse des riches, il n’y a pas eu cette inflation des prix à la consommation dont nous menaçaient jadis les détracteurs de la “piasse à Caouette”, une inflation qui, d’ailleurs, intelligemment contrôlée, aurait été une bénédiction. Il n’y a eu qu’une explosion de la valeur des titres boursiers. Une enflure exorbitante, démesurée de la richesse virtuelle qui ne représente aucune réalité puisque notre niveau de vie réel, en dollars constants, n’a pas bougé depuis 17 ans alors que le Dow-Jones, depuis 1982, est passé de 750 à 11 000, multipliant sa valeur nominale par 14 !

Pour comprendre toute l’absurdité de cette richesse “virtuelle” que représente un Dow Jones à 11 000, il faut revenir à un langage simple collé à la réalité, le langage qu’auraient adoré les vieux Créditistes. Ça vaut quoi, pour vrai, une action en Bourse?. L’action d’une compagnie en Bourse, vaut l’espérance du profit à réaliser en vendant aux gens les produits de cette compagnie. Si les gens n’on pas plus d’argent qu’il y a 17 ans, on ne peut pas faire plus d’argent qu’il y a 17 ans à leur vendre quoi que ce soit. Une compagnie peut valoir plus, une autre moins mais, en moyenne – ce que tentent de représenter les indices comme le Dow Jones ou Standard & Poor – les actions en Bourse (sauf en fonction de l’accroissement démographique) ne valent pas vraiment plus aujourd’hui qu’il y a 17 ans. La hausse de valeur des actions en bourse est une pure construction mentale.

La réalité, c’est que le régime “créditiste-capitaliste” des trois dernières décennies a créé une situation non seulement plus injuste, mais infiniment plus dangereuse que celle qu’aurait créée un “crédit social”, puisque l’inflation progressive qui aurait résulté de la distribution d’un dividende social aurait pu être progressivement corrigée, alors que la bulle fragile de la valeur boursière illusoire qu’on nous propose comme base de la richesse peut nous éclater au visage à tout moment, donnant un sens nouveau et terrifiant à ce “vers demain” que les Créditistes naïfs de la génération passée proposaient comme un message d’espoir.

Pierre JC Allard

P.S Nous sommes au surlendemain….

02-07-09

273 Se fédérer, est-ce si bête ?

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Chaque année, comme le Premier de l’An suit Noël, la fête du Canada suit celle du Québec, apportant un deuxième long week-end et permettant un sondage par les faits des opinions des Québécois. Malgré des hauts et des bas, la Saint-Jean reste le plus populaire des deux événements. Au Québec francophone, on est indiscutablement, en grande majorité, Québécois d’abord et (parfois) Canadien ensuite.

Bon, et alors ? Est-ce que cet attachement au Québec interdit de penser que, dans le contexte géopolitique actuel, l’appartenance à une confédération canadienne puisse être néanmoins, la meilleure option pour le Québec ? Nous avons deux nations qui ont indubitablement des valeurs communes et qui doivent vivre en relation constante avec le géant USA; n’ont-elles pas intérêt à mettre en commun leurs efforts et à harmoniser leurs politiques ?

Supposons que le Québec eut été indépendant depuis 1763, ou depuis 1931, est-ce qu’on ne serait pas, aujourd’hui même, à proposer une confédération canadienne ? Si nous étions séparés, n’y a-t-il pas des principes sur lesquels nous savons que nous sommes d’accord et donc des choses que voudrions convenir de faire en commun ? Quelles sont ces choses ?

D’abord, illusions et prétentions mises à part, nous savons que, pour l’avenir prévisible, notre politique internationale sera celle des USA et qu’il ne peut en être autrement. Nous savons aussi que notre politique financière et monétaire sera celle du Fonds Monétaire International et que nous en suivrons les directives… comme le font tous les autres pays du monde à qui le Fonds se donne la peine d’en donner. Faut il se mettre à deux pour aller prêter ces allégeances ? Une confédération canadienne peut s’en charger. Ensuite, si dans l’espace économique déjà bien poreux que constitue l’ensemble canadien au sein de l’Alena, des rapports économiques privilégiés peuvent être maintenus, n’est-il pas bon qu’existe un arbitrage ?

Si existaient aujourd’hui au nord des USA, deux ou plusieurs pays, il semblerait bien opportun qu’ils confient tous à une instance confédérale des responsabilités touchant la monnaie, les politiques financières, la défense, les relations internationales et le commerce interprovincial… Peut-être conviendrait-il, aussi, qu’ils affirment haut et fort leur volonté commune de maintenir la gratuité en matière de santé et d’éducation, ainsi que des normes de sécurité sociale, se garantissant un “espace de compassion” de taille suffisante face à la menace du désert social que sont les Etats-Unis.

Si le Canada n’existait pas, il faudrait l’inventer… Avec une répartition différente des pouvoirs entre Ottawa et Québec, peut-être, mais on comprend que c’est une autre question. À la première question qui est de se fédérer, la réponse serait sans doute oui. Oui, si on laissait la porte ouverte à une distribution négociée des pouvoirs que le simple logique des faits se chargerait d’imposer sans peine.

C’est cette porte, que le système actuel fait tout pour fermer. Quand on interroge la population québécoise sur son désir d’appartenance au Canada, on triche sans cesse, en présentant le statu quo de la distribution des pouvoirs comme la seule base de discussions. Cette attitude est bien révélatrice de la sordide manipulation qui est en marche depuis des décennies pour garder la “question nationale” au coeur du débat politique au Québec et voir à ce qu’elle ne soit jamais résolue.

Pourquoi le système ne veut-il pas que nous sortions de cette discussion ad nauseam d’une “indépendance” qui, dans le monde actuel, ne peut être, pour nous comme pour les autres nations, que la précision des conditions d’une universelle interdépendance ? Parce que cette discussion nous met les oeillères qu’on veut que nous portions.

Le système ne veut pas que nous discutions des choses vraiment importantes, comme la place du français au Québec, le partage des responsabilités entre le secteur privé et le secteur public, la politique de développement de nos ressources – commençant par celui de nos ressources humaines ! – et, bien sur, les mesures qui permettraient de réduire l’écart entre pauvres et riches et de créer une société plus juste.

Le système préfère nous garder dans une dichotomie simpliste entre “séparatistes” et “fédérastes”, échangeant des invectives au lieu de nous émanciper de notre véritable dépendance; celle qui nous asservit à des patrons économique désuets et à une fausse démocratie inefficace et corrompue.

Il ne serait pas bête que ceux d’entre nous qui voulons des changements, au Québec comme dans le reste du Canada, fédérions nos efforts pour échapper à cette manipulation du grand capital et proposer une confédération canadienne conforme à la volonté populaire.

Pierre JC Allard

01-07-09

272 Les Américains quittent Bagdad !

On en parlait, on en parlait… et puis aujourd’hui c’est fait. Ce 30 juin 2009, les troupes américaines achèvent de se retirer de Bagdad et de toutes les villes irakiennes, conformément au calendrier prévu. Jour de fête en Irak. Tout le monde chante : c’est le Jour de la Souveraineté Nationale. Des célébrations et des chants patriotique. Des feux d’artifice…

Etonnant, les feux d’artifice, car rien ne ressemble plus à des tirs de DCA durant un bombardement que des feux d’artifice… mais bon, c’est leur choix. Peut-être le souvenir nostalgique du temps où c’était LEURS battteries anti-aériennes qui défendaient le ciel d’Irak et tiraient sur les bombardiers américains. En 2003, et aussi en 1991… car ça fait 18 ans qu’on voit des Américains en armes en Irak.

Maintenant ils s’en vont. Les Irakiens jubilent, l’armée irakienne pavoise. On fête le départ des occupants. D’abord, ils vont se retirer des villes, se retrancher dans des camps en rase campagne et en plein désert d’ou ils pourront surveiller, mais ne feront pas de mal. Du moins on l’espère.

Ils en ont fait beaucoup. Des dizaines de milliers d’Irakiens sont morts, peut être des centaines de milliers si on pense aux effets à long terme des bombardements à l’uranium appauvri. Des millions ont été déplacés, se sont exilés… Des milliards de dollars d’infrastructures ont été détruites. Il y aura beaucoup à reconstruire.

Sur terre et dans les esprits, car l’Iraq, seule société laique au Moyen Orient à l’Est de la Turquie a aussi été une victime de la guerre. Le seul régime qui faisait barrière à l’intégrisme islamique n’est plus là. Maintenant, les tchadors sont là où Saddam avait rendu à la femme un statut d’être humain égal à l’homme. Et il y a aussi un milliard de musulmans dans le monde qui ont de bonnes raisons de croire que les Occidentaux sont des ordures.

Maintenant ils vont partir. Il faudra encore trois ans, au moins, pour extirper les dernières mouches du papier tue-mouches dont Steinbeck a écrit l’histoire dans ce roman prémonitoire qu’aura été The Moon is down, mais bientôt les mercenaires de Blackwaters ne tireront plus sur les civils, on ne torturera plus à Abu-Ghraib et les instructeurs américains ne seront plus abattus par les soldats irakiens qu’ils prétendaient former. Les GI vont chanter eux aussi. Ils vont rentrer chez eux.

Sauf les 4 400 qui y sont morts. Tout le monde ne peut pas gagner. Depuis qu’il est décidé qu’ils partiront, on en à parlé de moins en moins aux USA. Tout ca a bien trop des airs de retraite et de défaite… Oh, on ne censure pas, mais on est bien discret. Pourtant, il serait bon d’en parler.

Ce matin je n’ai vu qu’un petit entrefilet “hier, quatre soldats américains ont succombé en Irak à leurs blessures reçues en opération“. Comme un fait divers.. Mais quelqu’un en Iowa, en Akansas ou ailleurs va recevoir la visite de deux Marines qui, kepi à la main, vont lui dire que son fils, son mari ou son père est mort, pendant que les Irakiens fêtaient son départ. Ceux qui l’aimaient pourront penser qu’il est mort pour rien. Penser qu’il aura peut-être été le dernier à mourir pour rien… Le manque de pot de déraper dans le dernier virage… et ça ne les consolera pas.

Dès la première guerre du Golfe, celle qu’on a faite pour protéger le fric d’une famille princière à qui les Anglais avaient jadis donné un morceau d’Irak pour mieux en exploiter le petrole, René Dumont à dit à l’Occident: « cette guerre nous déshonore ». Il avait raison. Cette guerre n’a pas cessé de nous déshonorer, depuis près de 20 ans.

Nous resterons déshonorés jusqu’à ce que Bush et ses comparses aient été jugés, condamnés et punis pour leurs crimes

Pierre JC Allard

30-06-09

271 Coup d’État au Honduras ? Si on veut…

Ce qui vient de se passser au Honduras apparait comme le Nième épisode d’un soap qui dure depuis que l’Amérique hispanophone a obtenu son indépendance dans les années 1820. Les anciennes colonies, relativement unies pour expulser l’Espagne, se sont ensuite, divisées, recombinées par grappes, fragmentées selon la fantaisie de caudillos locaux, jusqu’à ne plus être qu’une collection de pays allant de guerres civiles en pronunciamientos, guerroyant les uns contre les autres à l’occasion sous l’œil goguenard de l’Oncle Sam.

La doctrine Monroe est venue confirmer qu’on avait ici des protectorats de fait des USA. La colonisation yankee en Amérique latine suivait un modèle standard. Dans chaque pays, deux (2) partis ( Blancos et Colorados) -également bourgeois, également corrompus et, derrière une féroce opposition de façade, intimement connectés par des liens familiaux et financiers ! – allaient lutter indéfiniment pour le pouvoir démocratique.

Une lutte sans véritable conséquence, car les USA traiteraient avec les deux partis qui alterneraient au pouvoir, favorisant seulement avec réserve et discrétion celui qui leur braderait aux meilleures conditions les richesses naturelles nationales. Quoi qu’il advienne, les USA ne cesseraient pas de les exploiter.

Cette alternance entre les deux branches d’une même oligarchie ne permettant aucune mobilité sociale, les USA ont toléré des putsch militaires épisodiques en Amérique latine. Ce sont ces coup d’État qui ont permis d’ajouter un peu de sang neuf à cette aristocratie qui est là, inchangée depuis 6 ou 7 générations. Curieusement, pour ceux qui ne connaissent pas le processus, c’est durant ces dictatures que le peuple a été le plus près du pouvoir. Jamais pour longtemps, toutefois.

Dès que l’homme fort que l’Armée a sorti de la roture comprend les règles du jeu démocratique et peut porter des Gucci sans claudiquer, il est intégré à la bourgeoisie locale rouge ou blanche et peut se joindre aux grandes familles prédatrices qui sont la caste dirigeante. L’intermède populiste cesse et la « démocratie » est rétablie. Cette adjonction des compétences peut sembler un processus lent… mais, dans certains pays, on a eu plus de cent (100) de ces dictatures en moins de deux siècles…

Comme les oligarchies bourgeoises, ces dictateurs ne gouvernent généralement qu’avec l’accord et sous la houlette des USA … ou ne durent pas assez pour créer des domages. Il a fallu des circonstances exceptionnelles, pour que vrais révolutionnaires – Castro d’abord, Chavez ensuite – connaissent du succès en Amérique latine. La liste des tentatives avortées, au contraire, ne tiendrait pas sur cette page…

Dans ce contexte, un coup d’État au Honduras n’est donc pas une surprise et absolument personne ne doute qu’il ait été fomenté par les USA. Le Président Zelaya a fait un virage à gauche, les corps bourgeois constitués – incluant les gros pontes de son propre parti – on demandé sa tête à Washington et ils l’ont obtenue. Exit.

Ça semblerait banal, mais, cette fois, ça ne sonne pas juste. Si on lit entre les coulisses de marc de café sur la tasse, on a l’impression que Zelaya reviendra. Obama ne joue donc pas le jeu habituel. Si Zelaya revient, écartons d’emblée l’hypothèse que Washington aurait changé d’avis. Il n’aurait été chassé que pour qu’on puisse le ramener ce qui, tout le monde le sait, ne se fera qu’avec l’appui de Washington. Pourquoi cette mise en scène ? Il y a deux scénarios.

Le premier, c’est qu’on aura voulu susciter, au sein des Gauches latinoaméricaines, une alternative charismatique à Chavez. Dans un pays plus proche, moins riche, totalement dépendant des USA. C’est l’hypothèse du Cheval de Troie. Une manœuvre conventionnelle. Mais peut être veut-on plus…

Si la position des USA évolue subitement et qu’ils prennent bien ostensiblement la tête du mouvement pour ramener Zelaya, on aura le deuxième scénario. Obama n’aura rien cédé, puisqu’il a toujours soutenu la légitimité de Zelaya, mais Chavez pourra prendre le crédit d’avoir provoqué cette évolution… et on pourra le laisser dire. Ce sera alors une spectaculaire déclaration de paix des USA, non seulement à Chavez, mais aussi peut-être à Castro. On saura que l’Establishment américain à vraiment changé de stratégie.

Silva et toutes les Gauches d’Amérique pourront alors saluer Obama, le leader éclairé d’une nouvelle Amérique qui aura soutenu la démocratie. L’Europe, séduite, applaudira. L’Amérique, devenue monolithique du nord au sud, n’aura plus de contentieux. On sera prêt pour le libre échange continental (ZLEA). Peut-être même serait-on prêt pour l’Union Nord Américaine, si on décidait de régler le sort des trafiquants mexicains…

Ayant ainsi protégé ses arrières sur son propre continent – et poursuivant son discret dégagement déjà amorcé en Irak – L’Amérique pourrait dès lors s’occuper des choses sérieuses : la crise financière, sa reconstruction industrielle … et les Chinois.

Pierre JC Allard

29-06-09

270 Le dernier message de Mikaeel Jackson

Michael Jackson es mort. Arrêt cardiaque à 50 ans. Ah, les artistes, avec la vie qu’ils mènent… La famille n’en demande pas moins une deuxième autopsie. La police n’en interroge pas moins longuement son médecin… C’est que l’on parle d’un homme important. Un homme d”influence.

Il avait annoncé pour cet été la plus spectaculaire tournée de concerts de tous les temps. À prendre avec réserve, car on est en show business et donc loin de la modestie, mais ce n’est quant même pas un débutant qui le dit : c’est l’homme qui a vendu 750 millions de disques en carrière, dont 100 millions pour Thriller seulement. Le bestselle de l’histoire de la musique. Le recordman absolu, devant Elvis, devant les Beatles… On peut croire que sa performance aurait fait jaser…

Beaucoup jaser, car le curieux phénomène de la célébrité qui obnubile tout discernement jouait à plein pour cet homme qu’on avait accusé, mais non condamné et qui, pour des millions de gens aux USA et ailleurs, était resté un modèle. Pour eux, quoi qu’il arrive, ce qu’il faisait était bien, ce qu’il disait était vérité. La musique de Michael Jackson leur manquera, mais aussi quelque message qu’il aurait pu livrer et dont sa mort les aura privés.

Un message ? Quelqu’un peut-il penser que Michael Jackson ait eu quoi que ce soit de transcendant à nous dire ? Eh bien oui, justement. Les videos qui ont filtré de la préparation intensive de son prochain spectacle – dont celui ci par exemple - pointent dans une direction inusitée : la foi. Il semble que Michael, devenu Mikaeel – voulait nous parler de sa conversion à l’Islam. De quoi faire vraiment jaser…

Ce n’est pas la première fois qu’il est question de sa conversion à l’Islam – son frère est déjà musulman et la rumeur en a couru souvent – mais le dire est une chose et le faire une autre. Or, il semble bien que cette fois ait été la bonne. Il aurait prononcé la shahada – le formelle profession de foi à l’Islam - à los Angeles, le 21 novembre dernier. Un engagement irrévocable. Du sérieux car, abjurer l’Islam est punissable de mort.

En quoi sa religion peut-elle pous intéresser ? Pourquoi Mikaeel Jackson devenu musulman est –il plus significatif que Tom Cruise scientologue ou que la conversion jadis de Cassius Clay en Mohammed Ali ? C’est que Tom Cruise peut mettre quelques admiratrices en chaleur, mais ne met pas 50 000 personnes en transe. Une foule qui ovationne un chanteur qui a trouvé la foi en l’islam est dangereusement proche d’AIMER l’Islam.

Dans les circonstances actuelles, avec cette guerre au terrorisme à laquelle on a collé l’image barbue de bin Laden, aimer l’Islam, aux USA, n’est plus l’acceptation tranquille d’une religion comme les autres, même si toute la propagande politiquement correcte voudrait bien le faire croire. C’est – en se reconciliant avec l’image qu’on a associée sans discernement au fanatisme islamique militant – s’inscrire en faux contre toute la vision patriotique qu’on a voulue instiller dans la psyché américaine.

C’est réduire à néant des années d’effort et on ne sait même pas quels transferts pourraient être possibles, dans certaines catégories socioethniques, d’un fanatisme fondamentalisme chrétien qui ne pèche pas par excès de reflexion vers un Islam tout aussi radical

Il aurait été malencontreux que Mikaeel Jackson, surtout converti en un parangon de vertu, vienne semer le doute dans les esprits simples. Sa mort a évité ce problème. Personne n’a accusé personne, mais on verra les circonstances de sa mort d’un peu plus près avant que quelqu’un ne s’avise de s’étonner qu’un homme en parfaite sante en mai – car les commanditaires ne financent pas un tel projet de 50 concerts sans s’être assurés de la condition physique de celui sur qui tout repose – soit mort si brusquement en juin alors qu’il allait dire des bêtises.

Pierre JC Allard

28-06-09

269 Michael Jackson

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Michael Joseph Jackson est mort. Paix à ses cendres et mes sympathies à ses proches. Il avait vendu 750 millions de disques en cours de carrière dont 100 millions de Thriller, le bestseller de tous les temps et il avait été nommé Artiste du Millénaire aux World Music Awards en 2000. Qu’on aime ou non sa musique est sans importance et qu’on aime ou non le personage n’en a pas davantage. C’est la place qu’il a occupée qui importe.

La place que des gens lui ont accordée dans leurs vies et celle que le système lui a faite. On parle beaucoup de nos politiciens. Assez pour en faire, parfois, les cibles de débats intellectuels sans commune mesure avec leur impact RÉEL sur nos vies. Alors qu’on prend nos artistes pour acquis…

Ceux qui pensent ”politique” – ceux bien rares qui y interviennent et ceux bien plus nombreux qui en discutent plutot que de parler foot, mais avec une pudibonde réticence à en analyser les vrais fonctionnements – ont parfois l’arrogance de penser qu’ils s’occupent, eux, de choses “sérieuses” lors que chanteurs, poetes, romanciers ne sont que des amuseurs… Mais qui sait s’ils n’ont pas tort et si le bon bout de la lorgnette n’est pas celui qui montre l’homme à sa vraie dimension ? Si petit dans une monde si grand qu’il vaut mieux penser d’abord à ses amusements ?

Le politicien, même le plus influent, n’est bien souvent que la résultante des circonstances, une image holographique qui nait à l’intersection des forces qui s’exercent sur lui. Il incarne une idée qui essentiellement est la vôtre et que vous lui prêtez. S’il changeait d’avis en changeriez vous aussi, ou le remplaceriez vous par une autre icône à image de ce que vous aimez ? Le politicien vous écoute, c’est l’amuseur qui vous parle…

Bien sérieux, la politique. On ne s’amuse pas… Mais toute cette politique et le discours politique qui s’y colle a-t-elle un autre but que d’encadrer les plaisirs simples qui vous font la vie à laquelle vous tenez vraiment ? Ce qui est encadré, c’est une vie de moments dont chacun vaudra l’amour ou l’amitié qu’on y aura trouvé, le petit blanc qu’on aura bu, la chanson qu’on aura fredonnée… Dans cette sequence de non sequitur qu’est une vie, les “amuseurs’ n’occupent-ils pas une place bien plus importante que celle qu’on leur concède ?

Que j’écoute Bach ou Michael Jackson, ce que l’un ou l’autre m’apporte n’est pas un aspect négligeable, mais essentiel de ma vie. Bien sûr, il y a ceux qui laissent la France “veuve”. Ceux qu’ont dit ‘”les grands hommes” et qui fixent le cap, à la barre du navire. On les dit irremplacables, mais ils seront remplacés et le navire voguera sans eux..

Quand l’artiste meurt, quelque chose s’arrête. Ce que l’artiste apportait n’était pas que de lui, mais était lui. Unique. Et quand l’artiste a fini son tour de piste, il ne reviendra pas. La mort d’un artiste qu’on a aimé marque une fin et donc une étape. On retournera a ses chansons comme à des souvenirs de soi-meme. On dira “avant’”, jadis ou, avec le temps qui passera, “quand j’étais jeune”…

Pour des millions de gens qui l’ont aimé, Michael Jackson aura eu cette importance. À ceux qui ne l’ont pas aimé et à tous les gens sérieux qui regardent de haut les amuseurs, cette importance devrait suggérer un grand acte d’humilité.

Pierre JC Allard

27-06-09

268 M’enfin… Il a raison, Monsieur le président !

Scandale en France. Un contrat, des pots-de-vin, des fonds pour une campagne électorale… Une “affaire des commandites”, mais pour des centaines de millions… et en plus musclé. Les ententes n’ont pas été respectées. Attentat, une douzaine de morts… Il y a 14 ans…

Dans son entrevue du 19 juin au Nouvel Obs, largement diffusée et enregistrée sur video, le Président Sarkozy nous assène une grande vérité: “On est dans un monde où tout se sait”. Il nous l’a dit franchement et en toute sincérité. Il a bien raison. La preuve définitive en est à se faire, puisque tous les faits de cette transaction avec le Pakistan pour l’achat de ces sous-marins de la DCN sont a sortir un à un, comme les petites details émoustillants d’une photo porno dans un bain d’acide.

Il n’est pas exclu, d’ailleurs, que le secret qui tombe en cette affaire ne fasse pas tomber celui entourant les frégates de Taïwan, car qui sait si la discrétion concernant l’une n’était pas conditionnelle à celle devant s’appliquer à l’autre…? Tout pourrait bien se savoir.

Il aura fallu 14 ans, mais on commence à voir clairement que quelqu’un a signé un contrat au nom de la France et ne l’a pas respecté. Contrat de corruption, mais celui qui ne paye pas a ici la vertu de celui qui filoute les filles dans une maison de passe: il est moins respectable que sa respectueuse. Voilons-nous la face, mais ayant passé 30 ans de ma vie à négocier des contrats dans le tiers-monde, je dois vous avouer pudiquement que j’ai déjà ouï de semblables pratiques et des bavures auxquelles elles peuvent donner lieu.

Une grande pudeur est ici de rigueur, car un certain demi-monde de violence n’est jamais bien loin des transactions importantes où l’État intervient. L’État, par définition, dispose de la force pour trancher arbitrairement les noeuds gordiens, mais la violence est latente, aussi, de quiconque veut traiter avec l’État ; il serait trop souvent berné s’il ne disposait pas de quelques arguments du même genre. Rien de neuf. Il y a déjà 30 ans que Toffler digressait sur le facteur “yakuza”.

La grande surprise, dans ce dossier, semble son aspect inachevé… Il semble étonnant qu’on ait lancé cet avertissement – car tuer quelques innocents n’est toujours qu’un avertissement – puis que tout le monde soit passé à autre chose. Il semblerait plus logique que la commission ait alors été dûment payée à qui de droit ou que d’autres violences se soient produites. Violences visant plus directement les responsables du défaut de payer… ou faisant table rase des protestataires qui n’auraient pas eu la force de poursuivre jusqu’au bout leur procédure de recouvrement.

Si quelqu’un veut vraiment suivre cette affaire, il faudrait donc voir si les commissions réclamées n’ont pas été versées à partir d’autres comptes dont un État doit disposer pour faire face à ce genre d’urgences. Il faudrait voir, aussi, si l’un ou l’autre de ceux dont les noms circulent en ce dossier – ou l’un de leurs proches – n’aurait pas été victime d’un accident dans les semaines qui ont suivi l’attentat. Voir, enfin, si quelques-uns des intervenants pakistanais ou des intermédiaires n’auraient pas disparu de la scène publique à cette époque.

Je dis bien : “Si quelqu’un veut vraiment suivre cette affaire”. Je ne le veux pas. Je doute fort que quelqu’un le veuille. La corruption, qui est le péché de Judas et qui a gangrené la gouvernance dans tous les pays qui sont ou se prétendent des démocraties, frôle malheureusement maintenant son niveau d’incompétence : le seuil de désordre où elle doit céder la place à la simple extorsion.

Ce n’est pas une coïncidence, si le capitalisme est en phase terminale. Maintenant que l’industrialisation a apporté l’abondance, le pouvoir ne dépend plus de la richesse; le pouvoir peut s’accaparer la richesse qu’il veut en manipulant les symboles. Il peut reprendre sa place de prédilection. Sa place au bout d’un fusil.

C’est ainsi que meurent les sociétés.

Pierre JC Allard

26-06-09

267 Le Parti Québécois : arrêtons les frais

On peut se raconter des histoires longtemps. Les individus se fantasment des liaisons oniriques avec des vedettes rock pour accueillir la puberté et traverser l’adolescence, puis de grandes passions pour se consoler d’un ou plusieurs mariages tristounets, vivre avec des maîtresses ou s’en passer, puis accepter que la vie passe.. Ils s’inventent aussi des hobbies qui font de chacun le meilleur en quelque chose… puis la vie est passée.

Même chose pour les nations, ça dure juste un peu plus longtemps. En 1960 – j’étais là – nous, Canadiens d’expression française, avons pensé que le rêve d’un État-Nation – qui avait toujours existé depuis les Plaines d’Abraham – pouvait se réaliser. André d’Allemagne – d’autres aussi, mais surtout d’Allemagne – ont vu une fenêtre d’opportunité pour créer une Etat francophone en Amérique. Nous allions être Québécois

Génial, car la fenêtre était là ! Guerre froide, de Gaulle en France, révolution tranquille, explosion de l’éducation…. et cent variables qu’il serait trop long d’expliquer. L’indépendance était souhaitable et POSSIBLE. Bourgault l’a bien montré. François Aquin l’a vu et, via Aquin, Lévesque et Lesage. Surtout, toutefois, Daniel Johnson l’a vu, pour qui l’indépendance, c’était reposséder toute la révolution de Lesage et doubler la mise.

Johnson voulait l’indépendance. D’autres aussi. Suite à l’appui qu’avait audacieusement donné de Gaulle en 1967, du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, du départ de Aquin du Parti Libéral et de la création du MSA de René Levesque en novembre 1967, l’option souverainiste devenait majoritaire auprès de la clientele libérale comme unioniste.

Avec le triomphe historique de la droite nationaliste en France en juin 1968, suivie de l’arrivée au pouvoir de Pompidou, grand ami du Québec, l’indépendance, à la fin de l’été 1968, n’était plus seulement possible, mais probable. Si Johnson n’était pas mort en septembre 68, une élection en 70 aurait eté référendaire et le Québec aurait été indépendant en 1971.

Il suffit de peu pour s’éveiller d’un rêve. Après la mort de Johnson, l’option souverainiste est devenue minoritaire, à l’Union Nationale comme au Parti Libéral. L’indépendance a cessé d’être possible après la Crise d’Octobre, puis le monde a changé peu à peu et elle à même cessé d’être souhaitable. La fenêtre d’opportunité s’est fermée.

Attention ! Il serait toujours bien chouette d’avoir un passeport québécois, et de se dire indépendant. J’ai voté OUI aux deux autres référendums, et je voterai OUI au prochain si on s’amuse à en faire un autre, mais il n’est plus souhaitable de passer tant de temps à en parler, ni d’en faire le pivot de notre avenir. L’indépendance n’ajouterait RIEN de significatif aux pouvoirs du Québec et RIEN au quotidien des Québécois. De la fierté, et je voterai oui pour ça, mais rien d’autre.

On ne semble pas comprendre que l’indépendance, dans le sens qu’on lui donnait en 1960, n’est plus aujourd’hui l’apanage que de quelques grands espaces autarciques : USA, Chine, Europe… 70 % de la législation française reproduit exactement celle de l’Union Européenne… Les contraintes que doit supporter le Québec sont celles qui lui viennent de Washington et des institutions internationales, pas d’Ottawa.

Dans ce contexte, le clivage pour ou contre l’indépendance est nocif pour le Québec. Il crée un contentieux inutile, non seulement entre la majorité francophone et les minorités, mais au sein de la majorité elle-même. Surtout, aussi longtemps qu’un des deux partis d’alternance au Québec doit porter le boulet d’une option indépendantiste le jeu politique est faussé.

Le vote opposé à l’indépendance suffit à créer une majorité pour les tenants de cette option, même si ne viennent s’y ajouter que les voix d’une minorité réactionnaire, totalement dénuée d’imagination ou d’une volonté de progrès, qui n’a alors aucun besoin d’être représentative de la pensée politique du Québec pour imposer son agenda. L’évolution démographique ne fera qu’aggraver ce biais.

Il faut au Québec une alternative crédible au Parti Libéral. Le Parti Québécois ne peut pas être cette alternative, car il est identifié à une volonté d’indépendance. Mettre cette option en veilleuse ne règle rien, car l’indépendance étant la raison d’être du Parti Québécois, y renoncer serait l’ablation simultanée de ses méninges, de son coeur et de sa créativité. On ne convaincra personne qu’il a fait ce sacrifice.

Ce rêve de l’indépendance a fait son temps. Celle-ci viendra quand, signifiant de moins en moins, elle ne signifiera plus rien et nous échoira comme un fruit mur… En attendant, Il faudrait, pour le bien commun, que le Parti Québécois disparaisse, que le clivage politique se fasse autrement et que les Québécois rêvent à autre chose.

Pierre JC Allard

25-06-09

266 François Legault : en réserve de …. on verra bien.

Après Mai 68, quand le Général de Gaulle eu maté la France en révolte sans violence – en lui laissant jeter sa gourme puis s’assoupir après le plaisir – il réfléchit, comme toujours, au lendemain… et au surlendemain. Cette aptitude à lire l’avenir, comme si le manuscrit lui en avait été remis la veille, lui a permis de sauver la France à maintes reprises. Il faudrait des volumes pour en discuter, mais le départ de Francois Legault me rappelle un de ces gambits gagnants du Général.

De Gaulle, après Mai “68, a limogé son Premier Ministre Pompidou alors que tout – loyauté, compétence, relations – suggérait qu’il lui renouvelât sa confiance. Pourquoi l’a-t-il fait ? Beaucoup ont dit à l’époque qu’il le jetait en pâture aux fauves, pour que les résultats dérisoires de cette spectaculaire insubordination à laquelle ils s’étaient livrés ne leur crée pas de rancœur. Mais ce n’était pas ça. Il mettait simplement sont atout-maitre « en réserve de la République ».

Il l’a dit exactement en ces mots d’ailleurs… mais ils ne l’ont pas cru. Ce n’est que quand Pompidou a succédé à de Gaulle à la Présidence de la République qu’ils ont compris que le Général avait mis sagement son dauphin à l’abri des luttes fratricides et des coups fourrés, durant cette période ou il fallait raccommoder pour faire du neuf sans que le tissu social ne se déchire. C’est une tunique bien proprette que l’Auvergnat a finalement endossée ..

François Legault m’apparaît aujourd’hui une tête au-dessus de tous les autres dans l’arène politique provinciale : il n’y a personne pour lui barrer la route. Pourtant, il se retire… et, dans la conjoncture actuelle, je crois qu’il a raison.

Le problème n’est pas Jean Charest ni le Parti Libéral. Charest est là et sa popularité a même augmenté, mais je n’y vois que le soutien par défaut de ceux qui refusent l’alternative péquiste. Le Parti Libéral ennuie et il sera battu dès qu’il y aura une autre option crédible.

Ce n’est pas non plus sa position minoritaire au sein du PQ qui est l’obstacle à la montée de Legault. Madame Marois suscite si peu d’enthousiasme, surtout après l’échec cinglant dans Rivière-du-loup, qu’un putsch dans la tradition péquiste pourrait la déloger rapidement. Duceppe ? Il y a bien longtemps qu’on le voit. Il n’a plus cette nouveauté « Jument verte » qui, dans un monde d’Internet, fait élire en triomphe des Obamas, parce que c’est leur ascension même qui séduit.

Si quelqu’un barrait la route à Legault au sein du PQ, il pourrait sans doute écarter cet obstacle. Mais il n’a pas intérêt à le faire, car le problème, c’est qu’il n’y a simplement plus d’avenir pour le Parti Québécois. L’idée de l’indépendance est minoritaire et le restera pour l’avenir prévisible. Le PQ perdra d’autant plus sûrement les élections qu’il mettra de l’avant son option indépendantiste… et se désintégrera d’autant plus vite qu’il la mettra sous le boisseau.

Le problème, pour François Legault, c’est qu’il n’y a pas de structure partisane sur laquelle il pourrait s’appuyer pour accéder au pouvoir. Plus rien de passionnant à l’ADQ, rien de crédible à QS ni chez les Verts.

De la France à la mort de De Gaulle, Pompidou avait dit qu’elle était « veuve ». On ne peut même pas dire des Québécois qu’ils sont orphelins, car ceux qui pourraient leur servir de pères spirituels ne sont pas morts… ils sont à la retraite. Les Québécois sont, en politique, comme ces enfants des rues de Mumbai/Bombay dans ce film qu’on vient d’« oscariser ».

Dans ce contexte, il est probable que le PQ se scindera bientôt entre une gauche – qui rejoindra QS et pourra parler d’autant plus aisément d’indépendance qu’elle ne sera pas une option réaliste de gouvernance – et une droite qui absorbera l’ADQ, substituera la notion de souveraineté/autonomie à celle d’indépendance et, libérée de ce boulet, redeviendra le parti de l’alternance.

Il est bon que Francois Legault ne vive pas ces déchirements. Le temps passant, il ne peut que grandir en stature, comme Pompidou. Comme Robert Bourrassa durant ses années d’exil/pèlerinage. Il devient « en réserve » de quoi que ce soit qui se créera au Québec pour faire face à la crise et, surtout, pour proposer un projet de société motivant et RASSEMBLEUR qui nous sortira de l’insignifiance.

Pierre JC Allard

24-06-09

265 La nation à naître

Qu’est-ce qu’on fête le 24 juin? Ça dépend… On a dit que ceux qui ignorent l’Histoire sont condamnés à la répéter; il n’est donc pas mauvais de se rappeler que, de mémoire d’homme – j’en suis la preuve vivante – la Saint-Jean-Baptiste a été d’abord la Fête de la Race. Nous étions “nés d’une race fière”, notre berceau avait été béni et notre carrière tracée par le Ciel. Le genre de contexte qui n’incite pas à des remises en question, de sorte que l’on ne s’en posait pas trop, des questions.

La “parade” de la St-Jean montrait des zouaves pontificaux, moins nombreux chaque année; les orphéons des orphelinats – ils étaient encore pleins – jouaient des marches mussoliniennes pudiquement présentées en chants scouts; le petit Saint-Jean-Baptiste fermait la marche, gagnant d’un concours de beauté entre enfants de notables. Des enfants blonds, bien sûr. En ce temps-là, les notables se portaient bien et le blond se portait beaucoup. Pas de questions.

Quand est venue la Révolution tranquille et le temps des questions, Saint-Jean-Baptiste s’est mué en Précurseur. Un prophète adulte, musclé, vêtu d’une peau de bête. Un type sérieux qui erre dans le désert et qui pourrait chercher des ennuis. On les a eu, les ennuis: les bombes de l’ALQ et des deux FLQ, les “trois colombes” – dont Pierre Trudeau – et, pour finir, les événements d’Octobre “70. Après ça, Saint-Jean-Baptiste version II a été mis en veilleuse, comme un écran d’ordinateur.

Quand la St-Jean s’est rallumée en version III, il y a quelques années, c’était en Fête nationale, avec réjouissances populaires et allégories triomphalistes commanditées par le gouvernement et le secteur privé. Le secteur privé se porte bien, la coopération entre l’État et les nouveaux notables est revenue au zénith. Plus de questions. Ou plutôt, si: on fête quoi, le 24 juin? Il faudrait le dire vite et le redire souvent, avant qu’il ne se crée des malentendus: nous fêtons une nation qui n’existe pas. Nous fêtons une nation à naître.

Une nation à naître? Mais la “nation québécoise”, alors? “Nous-autres”, au sens de Jacques Parizeau le soir du référendum? “Nous-autres”, nous sommes un peuple de blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760. Nous sommes une grande famille, une tribu, un clan, une ethnie, un peuple … Nous sommes conscients d’être un tout et d’avoir des affinités. Une nation? Mais oui, pourquoi pas! Le malentendu, soigneusement entretenu depuis trente ans, ne consiste pas à dire que nous sommes une nation mais à nous être approprié le vocable “Québécois”.

On dit “Québécois”, c’est plus commode; comme”Américain” sonne mieux que “États-unisien”. Mais quand vous et moi nous disons “nation québécoise” ou “culture québécoise”, c’est à “nous-autres” que nous pensons: les “blancs, francophones, étant ou ayant été catholiques et comptant au moins un ancêtre établi ici avant 1760″. Nous ne pensons pas à un million d’Autres qui ne sont pas “nous-autres” mais qui cohabitent avec nous sur le territoire du Québec. Pas plus que les “Américains” ne pensent aux Boliviens ou aux Guaranis quand ils définissent la culture américaine.

Mais le Autres sont ici, tout comme les Guaranis sont bien en Amérique. De sorte que, malgré le vocabulaire politiquement correct qu’on nous sert – avec souvent, d’ailleurs, pour des motifs électoraux, le ton de ne pas vraiment y croire – nous savons bien que la notion d’une nation québécoise tirant son sentiment d’appartenance de ce qu’elle habite au Québec et se définissant comme telle est une fiction. La nation québécoise “territoriale” n’existe pas. Pas encore.

Ce qui est là aujourd’hui, sur le territoire du Québec – et qu’on partage ou non les options de Jacques Parizeau ne change rien à cette réalité – c’est “nous-autres” … et les autres. Les Autres peuvent chanter et danser avec nous, mais nous savons que, même si officiellement c’est aujourd’hui la fête nationale du Québec, l’immense majorité d’entre eux ne croient pas plus à une “nation québécoise” que le Québécois moyen ne croit que cette fête soit encore celle de Saint-Jean-Baptiste.

Or, si les Autres ne commencent pas à y croire, nous sommes perdus. Perdus, parce que ce million d’étrangers parmi nous – que personne ne songe à chasser ni à exterminer mais qui sont là pour rester – rend inévitable que la population du Québec, bientôt, ne soit plus ni si blanche ni si post-catholique… mais qu’elle se réclame en nombre croissant d’ancêtres venus non pas il y a longtemps de Normandie ou du Poitou, mais de quelque part “ailleurs” et au cours du vingtième siècle.

Pour que se perpétue une nation québécoise de “nous-autres”, il aurait fallu, il y a cent ans, pour le meilleur ou pour le pire, choisir la colonisation plutôt que l’expatriation. Il aurait fallu, il y a cinquante ans, à tort ou à raison, continuer la revanche des berceaux. Désormais, il n’y aura de nation “québécoise” – au sens territorial du terme, qui est le seul correct – que si cette nation intègre les Autres. Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est notre espoir que cette nation naîtra.

Notre espoir que les Québécois de demain – qui ne seront certes plus tout à fait “nous -autres” – garderont néanmoins une culture que nous leur transmettrons et qui les gardera semblables à nous-mêmes. Une culture francophone. Le 24 juin est d’abord l’affirmation de notre volonté de garder le Québec français. Il n`y a pas de logique formelle à ce choix, mais c’est sur ce terrain que nous avons décidé de jouer notre honneur.

Pas de logique formelle, car nous ne serions pas morts de honte si nous étions nés au sein de ces 97% de l’humanité qui ne parlent pas français mais disent néanmoins parfois, en leurs propres mots, des choses intéressantes; la question n’est pas là. Nous serions honteux, toutefois, si, étant de ceux qui l’ont appris de leur mère, nous ou nos enfants CESSIONS de parler français. Honteux comme quelqu’un à qui on a collé les épaules au plancher; parce que nous serions conscients alors que moi, vous, “nous-autres”, n’avons simplement pas dit assez de choses intéressantes pour que les “autres” jugent indispensable de venir nous écouter.

En ce 24 juin, pour que naisse la nation québécoise, prenons donc la résolution de dire des choses “intéressantes”. Il ne s’agit pas de contraindre les Autres à l’usage du français, mais de les séduire. Faisons-le. Disons, en français, plus de choses intéressantes. Rappelons-nous cette réalité triviale qu’il ne faut pas de Loi 101 pour que tous les grands restaurants du monde présentent leur menu en français; il suffit d’être les meilleurs…

Pierre JC Allard

23-06-09

264 Le GRAND EMPRUNT NATIONAL

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Le Président Nicolas Sarkozy nous annonce un GRAND EMPRUNT NATIONAL On pleure ou on se réjouit ? Comme vous voudrez, car non seulement vous n’y pouvez rien, mais il n’y a pas d’alternative. Songez que la planète Terre va aussi disparaître dans quelques milliards d’années. Vous voulez vous faire du mouron avec ça ?

En octobre dernier, quand la crise est venue et que la Federal Reserve Bank a « rassuré » les badauds en annonçant qu’elle prêterait des dollars en « quantité illimitée » aux banque centrales européennes, ceux qui savent lire entre les colones de chiffres ont compris que le dollar ne valait plus rien : il n’y a que du vide sidéral dont on peut disposer en quantité illimitée.

J’ai alors écrit qu’on résoudrait la crise financière en nationalisant les institutions financières et en remboursant la dette publique, ce qu’il ne fallait pas beaucoup de talent pour prévoir, mais un certain courage pour dire. La crise de la production, elle, serait résolue en remettant la clef des industries aux travailleurs et le malaise social en mettant la démocratie en veilleuse. Pas de mérite à ça, je le disais depuis 20 ans ! Ce plan suit son cours.

Les USA ont maintenant pris le contrôle de leurs institutions financières et refinanceront leur dette dès qu’ils auront testé in vivo la procédure. C’est pour ce test que la France va sans doute servir de cobaye. Vous voyez à quel point on nous fait confiance ?

Pourquoi cet emprunt ? Je vous engage à lire beaucoup sur le sujet, mais, en quelques phrases, voici ce qui se passe,

1. Il y a bien plus de monnaie en circulation que de biens à acheter. Certains disent 40 fois plus, ce qui signifierait que tout ce qui est exprimé en monnaie – vos fonds de retraite entre autres – vaudrait en termes réels 2,5% de sa valeur nominale. Inflation à craindre. Il y a des précédents. Très désagréable.

2. La moins désagréable des solutions est de faire disparaître cet « argent de trop » entre les mains de ceux dont on juge qu’ils en ont trop. On a ainsi vu s’égarer USD $ 9 trillions à la FRB même, vu saisir des milliards en petites coupures – des millions – à la frontière italienne et l’on sait que ce n’est que la pointe du iceberg. Simultanément, on lance la rumeur que la Corée du Nord imprime de faux billets… On fait ce qu’on peut.

3. Ceux qui en ont beaucoup, toutefois ne sont pas tous persuadés qu’ils en ont trop. Au lieu d’un affrontement brutal pour le leur prendre, on va donc le leur emprunter. Ceux des riches qui sont doués vont comprendre qu’on leur rend un grand service. Cet argent NE VAUT RIEN. S’ils cherchaient à l’utiliser, une inflation inouïe en réduirait la valeur à rien En le prêtant à l’État, ils le mettent en animation suspendue. Cet argent ne circulera plus et la monnaie gardera sa valeur nominale.

4. On leur rendra cet argent dans 20, 30 ou 50 ans. Une inflation – calculée exactement pour ça – n’aura préservé de cet argent, en valeur réelle, que la part qu’on aura voulu leur laisser de la richesse nationale; mais, durant ce temps, ils seront restés des « riches » et ils auront gardé le pouvoir. Ce qui est bien ce qu’on veut.

5. Ils souscriront donc à l’emprunt. On empruntera pour relancer l’économie, mais aussi pour substituer à la dette publique actuelle une nouvelle dette qui portera un intérêt moins lourd. Et si les bas de laine ne s’ouvraient pas… ? Ce serait bien bête, car une guerre ou une crise – une épidémie ? – justifierait qu’on aille chercher cet argent de toute façon.

6. Chaque Euro qui sera confié à l’État dans le cadre de cet emprunt diminuera la disparité entre la valeur du stock monétaire en circulation et celle des biens réels… réduisant d’autant l’inflation requise pour distribuer les pertes, rétablir l’équilibre et donc mater la crise. Quels génies sont nos dirigeants ! De toute façon, il ne peuvent se tromper, car c’est l’inflation qui ajustera tout et l’ajustement sera donc parfait.

Evidemment, en distribuant les pertes, chacun va jouer dur pour que ce soit le voisin et pas lui qui porte le chapeau. Mais ça, ce ne sera en rien différent de ce que l’on fait depuis toujours. On fera pour le mieux… Et les pauvres étant plus nombreux et plus braillards, ils y gagneront peut être même un peu !

Pierre JC Allard

22-06-09

263 Montréal: de la corruption à l’extorsion

Encore une odeur de soufre qui se dégage des officines de l’administration de la Ville de Montreal. Il n’y a pas si longtemps qu’on a parlé de scandales à la Société d’Habitation et de Développement de Montréal, privatisée dans des circonstances qui ont soulevé des questions, puis utilisée pour des transactions qui en suggèrent encore plus et sur lesquelles la police enquête. Pas bien longtemps, non plus, que l’auditeur-général a lancé la sienne, sur une transaction de 355 millions de dollars pour des compteurs d’eau. Beaucoup d’argent et pas très clair. Maintenant, c’est le toît de l’Hotel de Ville…!

Corruption ? On parle de 10 000 000 $. Une bagatelle. A-t-on une minute a perdre sur ces dix millions ? Surtout, qu’il ne s’agit pas vraiment de ces 10 millions, mais d’une somme de 40 000 $ qu’aurait réclamé un sieur qu’il serait prématuré de nommer, pour s’assurer le complaisance de deux (2) conseillers municipaux sur lesquels je demeurerai tout aussi discret, même si leurs noms sont partout, puisque qui ils sont est ici sans importance.

On parle de bien peu d’argent, cette fois. Un des conseillers d’opposition dit bien haut que le Maire n’a plus l’autorité morale de gouverner, mais, dans le contexte des scandales en cours c’est un platitude. Un autre y va dans la casuistique, en soulignant que ce scandale est moins grave que les autres, puisqu’il n’implique pas des gens nommés par le Maire lui-même et qu’on n’a pas cette fois, comme pour l’affaire de la SHDM, perverti le systeme en privatisant ce qui n’aurait pas dû l’être… Ah bon… vous êtes soulagés ? Ce n’est pas la peste, braves gens, ce n’est que le choléra …

Une toute petite corruption… Pourquoi s’énerver ? On en a vu d’autres, n’est-ce pas ? Je m’énerve parce qu’il y a ici une circonstance aggravante. Ces 40 000 dollars, on ne les a pas demandés poliment. Le contracteur a recu des menaces. Pas des paroles en l’air, puisqu’on s’en est pris à ses équipements. Une grue de 500 000 $ a éte brulée. Kaput. Détruite.

On peut dire qu’il est assuré, mais ca ne regle rien. On l’a aussi menacé de mort… La corruption est une chose, l’extorsion sous menace de mort en est une autre. Bien sûr, il a averti la Sureté du Québec, qui elle aussi enquête, mais on n’est jamais trop prudent. Le contracteur nous dit donc, bien candidement, qu’il aussi demandé à un Hells Angel du chapitre de Trois Rivières d’intervenir pour faciliter – ( « smooth out », dit The Gazette ) – ses relations avec l’industrie de la construction.

On peut présumer qu’il se sent plus tranquille. Tant mieux pour lui, mais quand il faut aller chercher protection ailleurs qu’auprès des corps policiers dont c’est la tâche de protéger les citoyens, on a quitté la corruption et l’on est à un tout autre niveau. On est au niveau où ce sont les gangs qui font la loi et où il n’y a plus d’État de droit.

Le Ministre de la sécurité publique du Québec, Jacques Dupuis, nous dit qu’il serait “prématuré” de faire une enquête publique sur les allégations de corruption dans l’industrie de la construction. Vraiment ? N’est-ce pas plutôt qu’on ne sait plus du tout à qui se fier, que la frontiére devient floue entre accusateurs et accusés, que personne n’est à l’abri des menaces et que l’on se rend compte que le droit n’a plus la force pour lui ? Comment remet-on la force au service du droit quand elle ne l’est plus ?

Cette situation n’est pas propre au Québec. Dans la moitié du monde, c’est la force qui prime, le vrai pouvoir change de côté et l’extorsion remplace peu peu la corruption. On ne quémande plus, on exige. Comment remet-on la force au service du droit quand elle ne l’est plus ? Il faut qu’une éthique l’impose. Si une société ne génère pas cette éthique, elle meurt.

Pierre JC Allard

21-06-09

262 Les trois (3) problèmes en Iran

Je ne reviens pas souvent deux fois sur une même question. Exception aujourd’hui que je crois nécessaire, car j’ai passé une bonne partie de ma journée en discussions sur divers médias, sur ce thème que j’abordais hier de l’intrusion des Américains dans la démocratie iranienne à grands coups de Twitter

Il y a présentement en Iran deux (2) problèmes domestiques graves: celui de sa gouvernance et celui de la démocratie. Le troisième problème, qui lui vient d’ailleurs, est qu’on confond les deux premiers problèmes à plaisir pour des intérêts inavouables.

1. Le problème de la gouvernance en Iran, c’est celui d’un peuple qui a connu de meilleurs jours, que le pétrole a enrichi par castes et donc de façon bien inégale, d’un pays manipulé par des intérêts étrangers et leurs alliés nationaux et dont la couche la moins prospère et la moins éduquée s’est réfugiée dans sa religion.

Ce qui exerce le pouvoir réel en Iran – et on ne devrait pas prétendre le connaître – fonctionne sous l’étendard d’une théocratie chiite, dont le pouvoir s’étend en vertical, d’une tête sans doute aussi agnostique et corrompue que celle des autres religions, jusqu’à un bas clergé, parfaitement obscurantiste, sans doute pas si différent dans ses moeurs que celui qui occupait l’Europe au Moyen-Âge. Ce qui nous amène au deuxième problème.

2) Le deuxième problème est celui de la démocratie. Ce bas clergé en Iran est assez intégré dans cette cette couche majoritaire « moins prospère et moins éduquée » de la population et il y est si dominant, que toute décision qui sera prise démocratiquement en Iran le sera selon les instructions de ce clergé. La démocratie en Iran conduit à l’obscurantisme. Toute évolution en Iran passe donc par une mise en veilleuse de la démocratie le temps de diffuser une éducation moderne.

Ce qui donne beau jeu pour intervenir à ceux qui ne souhaitent PAS une évolution en Iran. Le Shah a tenté cette évolution et, bien sûr, on lui a opposé une résistance populaire quand on a voulu s’en défaire. Ce qui est original, aujourd’hui, c’est que les Américains prétendent se débarrasser de la démocratie obscurantiste en lui opposant une autre “démocratie”.

C’est du Novlang à la 1984, car c’est une « démocratie » conforme à la vision USA et dont le peuple ne veut pas. Cette gouvernance peut être évolutive si on veut, mais certes pas démocratique au sens réel du terme qui est de correspondre au désir de la majorité. Si on parvient à imposer une rvolution, on aura tout sauf une démocratie. On aura une mainmise étrangère et c’est le troisième problème. Immédiat.

Les Américains tentent d’installer en Iran, pour des raison que nous n’avons pas à discuter ici, un bypass qui va contrôler la psyché des Iraniens le temps de changer pour eux le gouvernement contre la volonté de la majorité et de dire qu’ils l’ont voulu. C’est du Goebbels 2.0.

Pour le justifier, on veut convaincre l’Occident qu’il y a en Iran une contestation qui est le fait de tous les Iraniens, alors qu’elle n’intéresse qu’une petite partie de la population. J’ai passé des décennies dans des pays pourtant opprimées, où la liberté telle que nous a concevons n’entrait pas à l’agenda des populations. C’est le cas en Iran. La majorité de la population iranienne aime les mollahs et a voté pour Ahmadinejad.

On veut donc feindre une décision démocratique en s’appuyant sur une élite contre la majorité. Cette approche est dangereuse. Bien sûr, on a aussi fait la révolution française en s’appuyant sur une élite, mais il suffisait alors d’une toute petite partie de la population pour la faire. Aujourd’hui, le développement des communications rend la démocratie, au sens réel de consensus, de plus en plus incontournable

En imposant une “démocratie” contre le consensus, on va donc va faire face à de graves dissonances cognitives qui vont mener à une catastrophe. Comme partout où les Américains sont intervenus récemment.

Si le gouvernement en place en Iran et auquel la population vient d’accorder sa confiance est évincé, on va créer un espace ininterrompu d’anti-occidentalisme, d’anarchie et de rébellions plus ou moins ouvertes de Herat à Gaza. Même les USA ne peuvent pas contrôler un tel espace hostile, lequel, incidemment, est encerclé par la Russie, la Chine et l’Inde.

Ne me voyez surtout pas comme pro-islamiste. Je n’ai aucune amitié pour la théocratie ni le brassage des cultures. Je ne veux que la paix, le respect des autres et notre propre développement comme Occidentaux. Je dis seulement que l’on fait des bêtises.

PIerre JC Allard

20-06-09

261 Twitter et démocratie

Juin 2009, élections en Iran. On le sait depuis longtemps et personne ne s’énervait. D’abord, parce que le vrai pouvoir n’est pas en jeu; les mollahs que représente le Guide supreme Khamenei l’ont bien en main et ils le garderont, quel que soit le résultat de ces elections; le Président n’est qu’une concession au désir de la population de s’exprimer. Ensuite, parce que l’on savait qui serait élu. Qu’ils soient réalisés par des firmes étangères ou nationales, tous les sondages étaient unanimes: Ahmadinejad, haut la main,

Pourquoi serait-t-il réélu ? Parce qu’il est déjà en poste – et ça compte, dans un pays de traditions, de fonctionaires et de favoritisme millénaire – et, aussi, parce qu’il est populaire, ce qui compte aussi, quand on veut jouer à la démocratie. Ahmadinejad est un homme du peuple qui nourrit ses chévres, cultive son jardin et à fait plus pour les petites gens en Iran que tous ceux qui l’ont précédé. C’est ça qui séduit l’Iranien moyen, lequel, comme tous les quidams lambdas de tous les pays du monde, ne s’intéresse que médiocrement à la géopolitique et au sens de l’histoire.

Personne ne doutait qu’Ahmadinehad serait réélu et, comme l’annonçaient les sondage, a recueilli les deux-tiers des suffrages. Pas de surprise, voilà qui est fait… Mais arrive un élément nouveau : TWITTER.

Twitter, c’est pénultième étape de la plongée de la civilisation vers la simplicité et les raccourcis. Apres Twitter, il ne reste que le retour à la perfection initiale simiesque des grimaces et des onomatopées. Pour “twitter”, écrivez en 140 caractères ce que vous avez a dire. Si vous êtes Einstein et que c’est E=MC 2 que vous tapez au clavier, c’est génial ; mais autrement, si vous voulez partager avec quelqu’un le secret du nez de Cyrano, par exemple, oubliez Rostand. Vous n’avez que l’espace pour dire qu’il est gros et signer « sot ».

La fin du génie ? Oh, que non ! Twitter est génial autrement. Genial en politique pour manipuler le peuple. Pas d’idées, juste des slogans. Goebbels, parfaitement réalisé. L’outil parfait pour Big Brother. Alors quand on a vu ces tristes résultats sans surprise en Iran…. Pourquoi ne pas tester Twitter in vivo ? Rien a perdre puisque ces élections étaient déjà passées aux profits et perte…

Sitôt dit, sitôt fait. Un coup de fil du Secrétariat d’État américain aux gens de Twitter et c’est parti. Grâce a Twitter, on va pouvoir exciter la populace par des message sans queue ni tête, diffusés sur les portables dont on a distribué des millions et des millions en Iran. Le candidat Moussavi va cesser cesse d’être le signet marquant la page pour le magouilleur Rafsandjani tapi dans l’ombre et qui attend sa chance. Il va devenir le champion de l’Occident.

Mousssavi. L’homme qui s’oppose aux mollahs, défend les droits de la femme, récuse le programme nucléaire iranien et n’a vraiment rien contre Israel. Tout ca en Occident, bien sûr. Car en Iran, il n’est pas ça, n’a jamais prétendu être ça, ne pourrait pas être ça même s’il le voulait et, surtout, CE NEST PAS CE QUE VEUT LE PEUPLE IRANIEN !

Ce que diffuse Twitter en Iran, ce n’est donc pas ça. Pas un mot d’un quelconque programme de Moussavi. Juste un appel à se plaindre de n’importe quoi. N’importe quoi qu’on peut dire en 140 caractères…. On distribue aussi, à ce qu’il paraît, un Guide pratique de la révolution en Iran, mais je n’en ai pas la preuve Ce dont on a la preuve, c’est que Twitter met dans chaque main qui peut bercer un téléphone des conseils pratiques pour foutre le bordel.

Où que vous soyez dans le monde, vous pouvez aider à nuire:
 régler les comptes Twitter sur le fuseau horaire de Téhéran, centraliser les messages sur les comptes Twitter @stopAhmadi, #iranelection et #gr88, etc. 
Mis en application, ces conseils empêchent toute authentification des messages Twitter et l’on ne peut plus distinguer le vrai du faux. On ne peut plus savoir ce qui est envoyé par des témoins des manifestations à Téhéran et ce qui l’est par des agents de la CIA à Langley ou en Angleterre.

Bordel à Téhéran. On a une nouvelle méthode de subversion. Plus efficace, sans doute qu’un putsch ou qu’une grève de camionneurs contre Allende au Chili, puisqu’elle s’en remet au désir de désordre toujours présent dns une population encadrée et n’exige pas que le people comprenne quoi que ce soit: Il suffit de l’amener à libérer une pulsion

Mais c’est une arme bien dangereuse… Qu’arrivera-t-il si elle est retournée contre ceux qui aujourd’hui l’utilise ? Imaginez un énorme Mai 68 ou, portable en main et Twitter en ligne, tous les gens qui n’ont jamais protesté choisissent un beau matin de libérer leur pulsion… Un temps pour l’anarchie. L’Insurrection qui vient

PIerrre JC Allard

19-06-09

260 Carter en Palestine

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Jimmy Carter, ex-président des Etats Unis, est cette rarissime exception : un homme de pouvoir devenu un homme de morale. Hier, dans le cadre d’un périple en Israel et en Palestine, il a eu des mots très durs pour décrire la situation à Gaza et le comportement d’Israel. Des mots qu’on n’entend pas souvent sortir de la bouche d’un Américain. « Les habitants de Gaza » – a dit Carter – sont traités « plutôt comme des animaux que comme des êtres humains » Brutal.

« Jamais auparavant dans l’Histoire » – a-t-il ajouté – « une collectivité n’a été bombardée de façon aussi sauvage, puis privée des moyens de réparer les dommages subis. C’est un terrible crime contre les droits de l’homme. Cela doit cesser et l’on doit enquêter sur ces crimes. Le mur (construit par Israel pour isoler les Palestiniens) doit être abattu et le droit fondamental des habitants de Gaza à la liberté doit leur être rendu ». Très brutal.

C’est que, depuis son offensive meurtrière en décembre dernier, Israel n’a pas seulement interdit les voyages, stoppé les importations et imposé des contraintes financières et économiques graves à Gaza, mais il y a également empêché toute reconstruction. On ne saurait dire plus clairement que l’on souhaite que cette communauté palestinienne de Gaza disparaisse. À partir de quel seuil parle-t-on de génocide ?

Il y a des circonstances où il vaut mieux ne pas commenter. Des circonstances où il vaut mieux laisser parler ceux qui ont vu et qui savent, ceux qui, comme Carter ont la crédibilité voulue pour dire de choses brutales et qui comme lui ont le courage de dire ce qui doit être dit. Je n’ajouterai donc rien à son témoignage.

Je souligne, cependant, qu’un responsable du Secretariat d’État américain a voulu préciser que Jimmy Carter voyageait à titre personnel et que son opinion n’était don pas nécessairement celle des USA. On peut donc penser ce qu’on veut de Jimmy Carter, sans devoir en aucune façon avoir la même opinion de la politique américaine…

Rappelons-nous, toutefois, que lors de sa récente visite au Caire, Obama lui-même a aussi demandé poliment a Israel un peu plus de retenue en Palestine. Carter le fait maintenant en termes beaucoup plus durs. Ce qui me rappelle cette expression latino-américaine bien connue qu’on adresse aux enfants récalcitrants : « Te lo dije ayer por lo bueno, te lo digo hoy por lo malo… quizas, manana te pego… » Je te l’ai dit hier gentiment, je te le dis aujourd’hui brutalement, peut-etre demain vais-je te frapper…

Se pourrait-il que le soutien inconditionnel des USA à Israel soit remis en question ? Et pendant ce temps, la marine américaine a pris en chasse un navire nord-coréen soupconné de transporter du « materiel nucleaire »… Une provocation dangereuse et bien gratuite. Y a-t-il un lien ? On se souvient de la dernière diversion…

Pierre JC Allard

18-06-09

259 Bongo; le temps béni des colonies

Le président Sarkozy et l’ex-président Chirac sont aujourd’hui à Libreville pour les obsèques du Président Bongo. Beaucoup d’égards pour le chef d’un petit pays – avec la population d’un modeste département français – et qui est si loin… Quitte à faire rigoler les cyniques, on peut penser qu’ils ont eu tous deux une certaine amitié, pour cet homme qui, actif bien avant eux dans de cette entité géopolitique virtuelle qu’on appelle la « Françafrique », leur en avait peut-être enseigné les subtilités et les rouages.

Un département français. C’était bien ce qu’aurait voulu devenir le Gabon, si De Gaulle ne s’y était opposé. Pourquoi celui-ci ne l’a-t-il pas voulu ? Dans doute parce que le Géneral, qui voyait toujours plus loin que son nez, qu’il avait pourtant fort long, avait perçu que ce petit pays avait toutes les qualités qui en ferait un solide point d’ancrage pour une présence indéfinie de la France en Afrique. Un rôle dont, en 41 ans de régne, Omar Bongo a fait que le Gabon ne s’écarte jamais.

Dans les années “80, représentant d’une compagnie canadienne pour quelques négociations, j’ai passé plusieurs fois des semaines, parfois des mois au Gabon. J’ai coulé des jours confortables et tranquille, dans ce pays presque tenu indemne des vicissitudes de l’indépendance. La taille du Gabon – et la nature de ses ressources – en avaiet fait le modèle, impossible à reproduire ailleurs, d’une Françafrique demeurée coloniale en esprit et dont les dirigeants « pensaient français ».

Le Gabon était un pays improbable, dont on aurait pu greffer la capitale entre Nice et Cannes sur la Méditerrannée sans qu’elle y parût déplacée, mais dont l’hinterland abritait la mythique Lambarene du Docteur Schweitzer. Un pays béni d’assez de pétrole pour le garder riche, avec un compagnie petroliere payant ce qu’il fallait de salaires pour que vive sans griefs cette petite proportion veinarde de la population qu’elle employait… et une Ambassade de France dont on disait qu’elle venait bien discrètement ajuster les fins de mois…

Il y avait du pétrole au Gabon. D’immenses arbres… et la paix. Des ressources minières abondantes, aussi, mais qu’il ne paraissait pas si urgent exploiter. Ce qui permettait de le faire avec désinvolture, puis de ne plus le faire, puis de recommencer… Une large proportion de la population gabonaise, répartie en ethnies, chacune de celles-ci le fief d’un des ministres de Bongo, vivait souvent plus de la générosité de celui qui lui servait ainsi de parrain que de quelque lien entre un travail et un revenu. Arrivait un hôpital, une école, une route…

Cette population, épiphyte sur une nature généreuse dont on lui laissait la jouissance après en avoir tiré ce qu’il fallait pour les exportations, récriminait peu et on ne la dérangeait pas trop. Le peuple gabonais ne semblait pas tant opprimé qu’un peu laissé à l’abandon… On n’en parlait jamais d’ailleurs… Si jamais “le temps béni des colonie” a eu un sens autre que sarcastique, c’est sans doute au Gabon

Je soupçonne les Chefs d’État français d’avoir rêvé la Francafrique comme un énorme Gabon. Avec des élites assez riches et sécures pour être débonnaires et des populations sans angoisses. Mais le Tchad, le Congo, la Côte d’Ivoire et tous les autres n’étaient pas le Gabon…

Aujourd’hui que d’autres parrains – Américains, Chinois et que sais-je – viennent prendre la relève d’une France qui à besoin de toute son attention en Europe, je comprend bien que l’on vienne de si bonne grâce verser un pleur sur la tombe de Bongo. Car la Francafrique s’évanouit et c’est aussi de cette relation spéciale avec ses anciennes colonies que la France se prépare à porter le deuil.

Il est juste et bon de le faire au Gabon, car nulle part ailleurs, sans doute, la France ne sera regrettée aussi sincèrement. Et si on voulait commencer un nouveau partenariat avec l’Afrique – ce qui serait LA SEULE SOLUTION aux problèmes des anciennes colonies – il n’y aurait pas de meilleure occasion qu’à Libreville. Maintenant.

Pierre JC Allard

17-06-09

258 Yekaterinbourg

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:07
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C’est à Yekaterinbourg, en juillet 1918, qu’ont été exécutés le Tsar Nicolas II et toute sa famille, rendant irreversible la Révolution bolchévique. Une raison suffisante pour se souvenir que cette ville industrielle de l’Oural existe. Sans doute la seule, jusqu’à aujourd’hui, car je me souviens d’y avoir fait un arrêt en route vers le Kazhahstan sans avoir eu même la curiosité de descendre du train.

Sans même savoir que j’y étais, puisque personne sur ce train n’appelait cette ville autrement que Sverdlovsk… Aujourd’hui, Yekaterinbourg a une deuxième chance ce passer à l’Histoire. Chinois, Brésiliens et Indiens sont venus y rejoindre les Russes et, ensemble, ils vont contester aux Américains le leadership du monde.

Un improbable site pour accueillir un improbable défi car, même ensemble, ceux qu’on appelle le BRIC ne pèsent encore que 15% dans l’économie mondiale. Ils sont encore peu de chose, si on les compare aux USA ou à l’Union Européenne… Mais ça, c’est aujourd’hui.

Ensemble, ils ont 8 fois la population des USA, 5 fois celle de l’Europe et plus de ressources que quiconque. Ils détiennent 40% des reserves monétaires mondiales et leurs economies croissent trois (3) fois plus vite que celles des pays occidentaux. Leurs gouvernements sont stables, leurs populations dociles et, surtout, ne se sentent pas à la fin, mais au commencement de quelque chose. Ensemble, demain, ils seront formidables. Ensemble…

Mais justement, ils ne sont pas “ensemble”. Chacun d’eux a son agenda, son lebensraum, sa culture, ses ambitions et de bonnes raisons de penser qu’il les réalisera. Ils n’ont guère en commun que leur commune méfiance envers le système actuel et leur défiance de ceux qui le dirigent. Cette méfiance et cette défiance sont elles un ciment suffisant pour lier de façon efficace ces nations qui ont des intérêts si disparates ?

À long terme, inconcevable. Mais, pour une action concertée immédiate, qui sait…? Peut-être le temps d’imposer une nouvelle monnaie internationale, par exemple ?… Ils ont sans doute le pouvoir de l’exiger, mais trouveraient-ils intérêt à remettre en question le dollar et donc, en fait, la valeur de leurs créances ? Voudront-ils chambarder une structure des échanges commerciaux qui est clef de leur développement ? Vont-ils agir pour modifier une situation qui fait d’eux les victimes d’une constante arnaque… mais dont, en bout de piste, il est clair qu’ils sortiront gagnants ?

Il est difficilede penser que ces pays pour qui le temps travaille vont risquer beaucoup pour accélérer le processus. Alors pourquoi cette reunion ? Bien malin qui le saurait, mais l’un des resultats peut être une coordination de leurs exigences qui évitera qu’on les divise pour mieux les exploiter comme on l’a toujours fait.

Un autre effet – mais qu’on cachera soigneusement si on parvient à le provoquer – serait un partage effectif de leurs zones d’influence dans le vrai tiers-monde. En Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, ils sont en rivalité avec les Occidentaux implantés depuis longtemps. Ne pas se tirer dans les pattes les uns les autres serait un énorme avantage. Un financement chinois de projets brésiliens en Amérique du sud, par exemple, garderait les USA à distance

Une politique commune d’importation des produits petroliers serait aussi un succès… dont c’est l’Europe qui ferait surtout les frais, si la Russie privilégiait le developpement de ses exportations vers l’Asie. Sans oublier que toute l’Asie Centrale peut être verrouillée facilement, si la Chine et la Russie en conviennent, à plus forte raison si l’Inde est de la partie…

Ne pas penser trop vite, donc, que cette réunion n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. La presence américaine en Afghanistan est peut être à se décider sans meme que Washington n’ai été t invité ! Le monde n’a pas encore changé… mais il change. Qui sait si on ne se souviendra pas beaucoup mieux demain de Yekaterinbourg ?

Pierre JC Allard

16-06-09

257 Kafka et le quatuor des Bermudes

Oubliez le Triangle des Bermudes. Ces mystérieuses disparitions de navires et d’avions, qui font les beaux dimanches d’août des publications specialisées en Martiens et femmes à barbes à deux têtes, palissent de banalité, maintenant que la petite ile de l’Atlantiue s’est trouvé une véritable vocation au-dela des bicyclettes et des terrain de golf: l’accueil des Ouighours.

Pour le moment, ils sont quatre. Un quatuor de Ouighours qui pataugent dans la mer turquoise. Peut-être en viendra-t-il d’autres, car ceux qui sont là ont l’air d’apprécier. Il faut dire qu’après 7 années de detention à Guantanamo, on aime bien quelques jours de vacances….

Qu’est-ce qu’un Ouighour ? Un musulman de la province chinoise du Sinkiang. Comment un Ouighour va-t-il aux Bermudes ? En se fâchant avec les Chinois et en se refugiant en Afghanistan. C’est tout près. Prenez la Route de la Soie vers l’est, tournez à gauche n’importe où et cherchez des gens qui n’ont pas peur des Chinois. Quand vous trouvez un camp confortable, planquez vous.

Si votre camp est bombardé, c’est sans doute les Américains. Fuyez vers le sud, traversez la premiere frontière, vous êtes au Pakistan. Tous musulmans. On est entre frères, mais les temp sont durs… Ne vous étonnez donc pas si la population locale, qui n’en a rien à cirer de vous, de la Chine ni de l’Asie Centrale en bloc, vous vend aux autorités pakistanaises pour un chameau ou un yak. Les susdites autorités vous refileront alors pour quelques dollars aux Américains qui cherchent Bin Laden. Vous êtes sur la bonne voie.

Chez les Américains, musulmans, vous êtes dangereux. Vous étiez dans un camp ? Ça se gâte… Vous avez eu des mots avec les Chinois ? Impossible. Il n’y a pas de case à cocher pour “Ouighour anti-chinois”. Les Chinois ne sont plus dans l’Axe du Mal – because tous ces trillions qu’on leur doit, n’est-ce pas – mais ils ne sont pas vraiment dans l’Axe du Bien. Votre cas est bien ambigu… Hop, charter sur Guantanamo !

Salahidin Abdulahat, 25 ans, et trois copains vont passer 7 ans à Guantanamo. Sont-il des terroristes ? Avaient-ils l’intention coupable de faire le coup de feu contre les G.I ? On les interroge, mais il y a toujours cette histoire de Chinois qui revient. On va donc les faire interroger aussi par les Chinois. C’est là que Kafka pourrait nous aider car, pendant 7 ans, on ne s’est pas apercu qu’ils n’avaient pas le profil Al-Qaeda. Mauvaises questions, sans doute.

7 ans. Jusqu’à ce qu’Obama decide que Guantanamo est bien encombré. Là, la lumiere s’est faite. Parmi tous les gens à qui l’on n‘avait rien a reprocher, il n‘y en avait pas de plus inoffensifs que les Ouighours. Allez, sortez-moi ça de là ! Mais les Américains n’en veulent pas aux USA et les renvoyer chez eux serait mauvais pour l’image, car le Sinkiang est toujours en Chine où ils risqueraient la version orientale du waterboarding. Donc…

Donc, vite dans la cour du voisin. Le voisin, c’est les Bermudes. On peut s’arranger… Le quatuor Ouighour se retrouve ainsi sur le sable blanc des Bermudes au frais du contribuable américain et ça pourrait durer longtemps. Moins cher que de les garder en tôle, de toute façon…. Ils y auront peut-être des enfants et des petits enfants… Peut-être un mystère pour les anthropologues de l’avenir.

Agréable dépaysement pour Abdulahat, qui a maintenant 32 ans, car il est difficile sur cette planète de vivre plus loin de la mer qu’au Sinkiang. Il dit qu’il n‘en veut pas du tout aux Américains pour ces années à Guantanamo. Khaleel Mamut, un autre du quatuor, dit qu’il adore les Bermudes. “Vous lancez un appât, le poisson mord toute de suite… “

Il y a 13 autres Ouighours encore à Guantanamo, et ils adoreraient aussi, sans doute. Prenez des Américains, des Ouighours, des Chinois, une plage aux Bermudes… et on peut faire du vaudeville avec Kafka. Tout est bien qui finit bien. Pourquoi “les” Bermudes, alors qu’il n’y en a qu’une ? Souvenez vous seulement que Dieu est grand et que les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre.

Pierre JC Allard

15-06-09

256 Un mauvais moment…

J’ai dit souvent récemment, sur mon blogue et ailleurs, que je suis bien satisfait de la façon dont l’Éstablishment américain est à réaliser sa conversion, d’un système capitaliste générateur de trop d’inégalités, vers un système plus paternaliste dont c’est la mission d’Obama de réaliser la mise en place sans effusion de sang.

Quand je dis satisfait, cependant, comprenons bien, que c’est la satisfaction d’un malade en phase terminale qui approuve les arrangements qu’on a fait pour ses obsèques. J’aime la créativité, l’initiative dans l’effort, la liberté d’expression et j’ai passé la plus grande partie de ma vie à fraterniser avec d’autres cultures. Pour ceux qui ont ces idéaux, il y aura un mauvais moment à passer.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je constate que le monde DOIT aller vers un forme de collectivisation, de normalisation, d’enrégimentement, accompagné pour chacun d’un repli sur ses valeurs et ses frontières. Cette orientation m’attriste, mais je l’accepte, car je la vois absolument nécessaire : il n’y a pas d’autre moyen de corriger le mauvais virage que notre civilisation a pris il y a 60 ans.

On aurait pu, il y a 60 ans, prendre un autre virage. Au lieu de la Guerre Froide avec l’URSS, on aurait pu accepter, à la dimension de tout l’Occident, une lente évolution vers un plus grande présence de l’État dans la société, jointe à un respect des droits acquis et d’un nécessaire esprit d’entreprise. On aurait pu choisir de permettre de raisonnables inégalités, tout en faisant barrage à la misère.

Barrage à la misère que nous avions laissée s’installer chez-nous et aussi à celle que nous avions contribué à créer chez les autres. Au lieu de cette décolonisation sauvage qui a transformé les esclaves en serfs, libres surtout de se cannibaliser sous peine de mourir de faim, l’Occident aurait pu assumer la responsabilité de conduire à l’autosuffisance et à une autogouvernance efficace les peuples dont nos prédations avaient interrompu le développement. Si, au lieu d’un Rideau de fer, on avait bâti des ponts entre l’Est et l’Ouest, on aurait pu aussi en créer entre le Nord et le Sud.

Mais on ne l’a pas fait. On a choisi l’antagonisme. On a suivi, dans le monde dit « libre », l’attachement à courte vue à un néoliberalisme en forme de martingale pyramidale, ne pouvant survivre que par une création de richesse fictive dont l’irréalité serait tôt ou tard découverte. Dans le monde des république dites « démocratiques », on a suivi l’attachement doctrinal à des recettes que l’avènement de l’abondance rendait désuètes et à des politiques coercitives fatales à la liberté et à la créativité.

Est et Ouest se sont enlacés comme les scorpions dans la bouteille, dans un conflit qui a perduré jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Lorsqu’il est tombé, on s’est aperçu qu’étaient morts non seulement le «socialisme», qui aurait pu donner un idéal à l’humanité – pour dérisoire qu’on ait pu le juger – mais aussi le « capitalisme », déshonoré par le mal qu’il avait causé et qu’on n’attendait pour enterrer que la découverte de la supercherie de cette richesse factice dont il avait voulu faire une raison de vivre.

Le voile est tombé en octobre dernier, quand l’argent a perdu toute valeur. Nous sommes désormais dans un monde où il n’y a plus d’idéal politique crédible, ni de symboles financiers auxquels on puisse accorder confiance. Nous sommes dans une situation où il faudra rebâtir la société, tout en réglant au jour le jour des questions de survie. Il va falloir mettre en mouvement concerté une population désabusée.

On ne pourra le faire que si des directives cohérente sont données et suivies, ce qui ne sera possible que si la population est dirigée avec fermeté et qu’on ne lui laisse que bien peu de discrétion pour s’en écarter. Des gouvernement autoritaires vont donc se mettre en place, refermés sans doute sur des zones identitaires culturelles que leur homogénéité rendra plus faciles à gérer.

J’ai bien peur que la démocratie, déjà bien malade, ne parte en vacance pour la durée des travaux. Elle reviendra, car la liberté est le système par défaut, dans le monde d’interdépendance qui est à se créer et qui ne pourra vraiment fonctionner que par consensus. Elle reviendra, et ceux qui l’accueilleront à son retour vivront une vie meilleure dans un monde meilleur.

Il n’y en aura pas moins un moment à passer où les choses et les idées que nous aimons ne seront peut-être pas là… Un mauvais moment à passer, mais il sera moins long si nous gardons la volonté inchangée d’œuvrer pour l’avenir auquel nous croyons.

Pierre JC Allard

14-06-09

Mexique, drogue et corruption

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:21
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L’Amérique est en travail.  Changer le systéme financier, changer le structure industrielle, mettre en place une gouvernance plus paternaliste, avec un couverture sociale digne d’un pays riche civilisé, tout en maintenant le développement de l’entrepreneuriat qui doit être la formule de l’avenir dans une économie tertiaire… Il y a du pain sur la planche. 

Tout ca en réhabilitant l’image de l’Amérique dans le monde, en assurant la paix et en mettant fin aux relents de racismes qui alimentent la menace d’un communautarisme que favorise l’immigration en provenance des pays d’Amérique latine.   11 millions d’immigrés illégaux aux USA, dont la grande majorité de culture hispanoaméricaine. Un gros morceau à assimiler.

Surtout que ces Latinos ne sont pas vraiment des orphelins. Ils ont avec eux aux USA  30 millions  d’autres immigrants déjà citoyens ou en passe de le devenir et, surtout, derriere eux, le poids de bientôt 500 millions  d’autres Bresiliens, Mexicains, Colombiens, etc qui ont fait de l’Americain anglo-saxon un minoritaire sur ce qu’il croyait bien être « son » continent, en attendant qu’il le devienne aussi bientôt aux USA.

Cette transformation des USA en un territoire latin au sein d’un continent latin, oblige à gérer comme des problémes domestiques ce qu’on aurait encore vu, il y a 10 ans à peine, comme des dossiers étrangers.  Parmi ces dossiers en voie d’être internalisés, le plus grave est celui de la drogue.   Pas la drogue comme vice ou assuétude ; la drogue comme cause de violence.

Les USA sont à se rendre compte qu’ils ne peuvent pas vivre confortablement chez-eux, si entre en anarchie ou en guerre civile un pays qui les côtoie sur 3 000 kilometres de frontières, est l’un de leurs principaux partenaires commerciaux… et est par surcroit le lieu d’origine d’une part importante et croissante de leur population ! 

La situation  au Mexique se détériore rapidement. Des douzaines de morts, chaque jour, illustrent l’emprise croissante du narcotrafic sur l’économie et donc sur la société mexicaine et il est évident, pour quiconque a une certaine connaissance des faits et de l’histoire, que la situation ne peut qu’aller de mal en pis.

On feint de voir le phénoméne comme marginal, alors qu’il est l’expression emblématique du naufrage de la société mexicaine, lui-même prémonitoire de la désagrégation sociale de TOUS les pays du tiers-monde.   La problématique se résume en trois (3) phrases.

1) Dans une société pauvre où l’industrie et le commerce ne bénéficient qu’aux détenteurs de capitaux, c’est la criminalité qui est devenue la seule source raisonnable d’enrichissement pour les classes défavorisées.

2) Pour les classes aisées, la voie royale vers plus de richesse est la corruption.  À tous les niveaux et sous toutes ses formes.

3) Quand la criminalité et la corruption sont les activités les plus rentables, le lien entre gouvernants et gouvernés se brise et le désordre s’installe… jusqu’à ce que des factions se créent qui batailleront pour le pouvoir.

C’est la situation au Mexique et, si les USA n’interviennent pas, ils auront l’anarchie à leur frontière.  Des douzaines de Pancho Villa, mais sans romantisme et dont la plupart auront un cousin aux USA, peut-être même dans l’administration américaine…  La gangrène.

S’ils se font inviter à intervenir, pour des actions policières, ils seront eux, les éléments étrangers, les seuls éléments loyaux à l’État.  Il se créera contre eux un antagonisme des forces nationales, certaines sincèrement opposées à ce qui semblera une invasion américaine … d’autres simplement corrompues par les cartels de trafiquants. De ces actions policières à des actions militaires, le passage est facile et tient uniquement l’envergure des opérations. Si les USA interviennent ainsi au Mexique, ils y recréeront peu à peu un autre Irak. 

La seule façon d’échapper à ce dilemme serait de saboter la corruption au Mexique en la privant de ses fonds. La priver de ses fonds, c’est la légalisation de la consomation de la drogue aux USA. Une mesure qui demanderait à Obama plus de courage qu’aucune des nombreuses autres décisions qu’il a à prendre…

 

Pierre JC Allard

13-06-09

Élections en Iran… et le “bazargan”

12 juin 2009, élections en Iran.  Le Président Ahmadinejad  joue sa carrière politique.  Pour beaucoup – pas pour vous, qui êtes des aficionados de politique, mais pour Quidam Lambda, ses copains et son beauf – des élections en Iran, c’est déjà une surprise.  On ne s’attend pas vraiment à ce que les gens votent au Moyen-Orient.   On s’y attend encore moins en Iran, dont la propagande américaine, depuis des années, a fait la pièce maîtresse de l’Axe du Mal.

Ils votent !  Étonnant.. On s’est déjà étonné qu’on puisse même être Persan, alors imaginez, Persan et démocrate… ! Comment peut-on être démocrate et assez méchant pour faire de bombes atomiques !   N’y pensez pas, vous allez développer des dissonances cognitives…  Sachez seulement qu’ils votent. 47 millions d’électeurs, pour une population qui a maintenant dépassé celle de la France.

 Démocrates, donc ?  Oui.. mais avec un bémol. Ce n’est pas Ahmadinejad, ni Mir Hossein Moussavi, son opposant  à la présidence qui aura vraiment le pouvoir. Le vrai pouvoir, en Iran, c’est le Guide Suprême qui l’exerce : Ali Khamenei, l’héritier spirituel de l’Ayatollah Khomeiny.  Il n’est pas élu. Son pouvoir vient du clergé ou de Dieu, une distinction toujours floue dans les théocraties. L’Iran est une théocratie 

Le Guide n’est pas élu. Le rapport du Guide au Président, en Iran, n’est donc pas celui  de Sarkozy à Fillon, mais plutôt celui au Parlement européen de la Commission européenne qui n’est pas élue elle non plus.  Peu de vrai pouvoir, donc, pour ce président qu’on va élire. On pourrait se demander pourquoi  les Iraniens se bousculeraient au portillon pour voter, ce que nous n’avons certes pas fait pour nos représentants à Strasbourg,

Pourquoi ? Parce que ce n’est pas si simple…  Souvenons-nous que les Ottomans – qui ont préservé pour nous le mot « byzantin » et s’y connaissent en intrigues -  en ont appris l’art aux pieds de leurs maîtres persans…   Les astuces que nous pouvons imaginer concernant ces élections en Iran sont sans doute vénielles à côté de ce qui s’y passe vraiment.  Et il y a, sur la scène iranienne, un personnage bien intéressant : Hachemi Rafsandjani

Rafsandjani est un bazargan, un de ces hommes d’affaires milliardaires qui sont bien respectés et font parfois l’objet d’une crainte révérencielle en Iran. Il a été proche de l’Ayatollah Khomeiny.  Assez versatile pour négocier des achats d’armes avec la France, être nommé commandant en chef des armées iraniennes le temps de faire la paix avec l’Irak, régler – au téléphone ! – avec Bush père le déblocage de USD$ 12 milliards d’avoir iraniens gelés aux USA, ordonner au Hezbollah d’interrompre les exécutions d’otages au Liban… puis devenir Président de la République iranienne en 1989. 

Il le restera jusqu’en 1997, mais même après ne disparaîtra pas. Alternativement conservateur et reformateur, aussi important que peut l’être un laic dans une théocratie. Peut-être trop important…  En 2005, il se représente favori à la présidence, mais est battu par Ahmadinejad. Que Ahmadinejad ait pu triompher de Rafsandjani est la plus sérieuse indication qu’une véritable démocratie  puisse existe en Iran.   On peut aussi penser cyniquement que le Guide Ali Khamenei lui-même ait soutenu Ahmadinejad, se débarrassant ainsi de Rafsandjani, un pouvoir inquiétant derrière le trone. 

Ne s’en débarrassant pas tout à fait, cependant… Rafsandjani, devenu leader du Conseil de Discernement - qui exerce sur le Parlement le même contrôle non-démocratique que le Guide sur le Président – est encore bien présent…  Il vient justement de se plaindre au Guide d’avoir été, lui et ses fils, accusé de corruption par Ahmadinejad… et le Guide demeure bien silencieux.

Sera-t-on surpris que Rafsandjani soutienne la candidature de Moussavi contre Ahmadinejad à la Présidence ? Même si le pouvoir n’est pas dans la Présidence, le résultat du vote est crucial, car si Ahmadinejad trébuchait – ce qui est bien improbable, mais qui sait les forces qui sont à l’oeuvre – c’est la popularité de toute cette structure théocratique en Iran qu’il faudrait réévaluer.  On le fera cette fois, ou la prochaine…ou plus tard, mais on le fera, un jour, car rien n’est éternel…

Or, dans un Iran laïque, PERSONNE n’en mènerait  plus large que Rafsandjani, le bazargan habile et sans scrupules, ni  réformateur ni conservateur, mais essentiellement pragmatique…. Et qui sait parler aux Américains.

 

Pierre JC Allard

12-06-09

Tien-an-Mein

 

Tien-an-Mein, il y a 20 ans, ça vous dit quelque chose ?  Ce type face aux tanks, c’était il y a dix ans, vingt ans, cent ans ? L’immense majorité des gens ne savent plus trop.  Il s’est passé tant de choses à Pékin, Peiping, Beijing  depuis des siècles et des siècles…  On ne commémorera rien à Beijing cette année. 

Les événements de 1989 ?  Les survivants qui voudraient en parler sont bloqués à la frontière. Ceux qui voudraient distribuer des tracts seront houspillés et on ne les verra même pas, dans le flot des millions de voitures à Beijing. Dans le flux des milliards de dollars qui vont et viennent,  entre un monde qui ne sait plus si son fric vaut encore quelque chose pour rembourser cette Chine  à qui on doit des trillions. Une Chine qui passe impassible comme la proverbiales caravane,  pendant que ça jappe autour de l’empire du Milieu redevenu le centre.

On parlera de 1989 sur l’Internet, mais ce n’est pas ça que les Chinois regardent  sur Internet.  Les 250 millions d’internautes chinois – ils sont maintenant plus nombreux qu’aux USA, – regardent  les nouvelles d’une Chine qui progresse, d’une pauvreté qui régresse, des Jeux Olympiques qui ont été un colossal succès, d’un monde qui maintenant les respecte.   Ils regardent Jackie Chan, leur idole du King Fu qui leur dit que la démocratie n’est pas nécessairement une option pour la Chine.  Et ils n’en sont pas choqués

Les Chinois ne sont choqués de rien de ce qui nous choque. Oui, oui, il y a encore des Tibétains, mais si peu et ils sont si loin de Tien-an-Mein….   Il y a des Ouighours, aussi, une vague tribu de Turcomans, à la frontière ouest, dans les sables, sur la route de la soie. Pittoresques. On leur bâtira un train, aussi, comme aux Tibétains, quand on aura le temps.  Tibétains et Ouighours sont à la Chine ce que sont les Albanais à l’Europe.  On n’en parle que s’ils font des problemes. Et même s’ils font des problèmes, ce sont des problèmes sans grand intérêt. L’important, c’est le prochain super-périphérique à Shanghai. C’est gérer trois cents millions de ruraux qui veulent s’urbaniser.

Tien-an-Mein  ?  Le grand non-dit, c’est ce soupçon que, si la Chine de 1989 eut été celle d ‘aujourd’hui, ils n’auraient pas été si nombreux sur la place… Les Chinois trouveraient regrettable que les Français fassent tout un plat de ces échaffourées, d’il y a 20 ans, mais s’ils en font un, on ne paniquera pas dans les rizières.  On haussera les épaules.  Les Chinois sont contents.  Ce que nous  pensons de la politique chinoise n’intéresse plus les Chinois. La Chine, c’est 20 fois la France. 

Alors on regarde comment le géant marche et on en est plutôt a prendre des leçons qu’à en donner.   Comment fait-on pour que l’ordre règne en Chine ?  Comment peut-on tant faire produire  et pourquoi si peu de récriminations ?  Comment reussit-on a faire l’impasse sur les droits de l’homme, sur la liberté d’expression, sur la mémoire collective, sélectivement épurée du mal pour ne plus être qu’une ascension droite vers le progrès et la richesse. ?

Évidemment, ce n’est pas le modèle que nous voudrions, mais nous voudrions bien que le modèle que nous voulons fasse un tel consensus.   Pourquoi NOTRE modèle démocratique est-il si contesté, alors que la tyrannie à la chinoise l’est si peu ?  Est-ce uniquement que la contestation est visible chez nous, dans un contexte de liberté, alors qu’elle est la-bas invisible sous la répression ?   C’est ce qu’on veut croire,  mais ne serait-ce pas un peu, aussi, que des moyens que nous jugeons  inacceptables le semblent moins à ceux qui en voient des effets positifs ?  Alors que la mansuétude ne suffit pas à rendre populaires nos politiques européennes qui semblent incohérentes.

Il y a longtemps qu’on se gargarise du mot “liberté”, mais Eluard n’a rien dit de l’écrire sur l’hypocrisie, la corruption, l’insignifiance…  Il semble que les Chinois ont d’autres priorités. Est-on bien sûr que même les Occidentaux, aujourd’hui, ne sacrifieraient pas une part de cette liberté qu’on idolâtre , pour qu’on leur offre plus d’égalité, plus de fraternité et la dignité d’un projet de société qui ne se limite pas au constat résigné du déclin de notre civilisation ?  Je n’ai pas de réponse. Je m’interroge. Il faut s’interroger

 

Pierre JC Allard

11-06-09

Des référendums sectoriels à bas prix ?

Madame Marois nous parle de référendums sectoriels et Monsieur Parizeau apporte sa caution, en introduisant toutefois un caveat :  Allons-y mollo, car chaque  réferendum coute tout de même 85  million !  Je suis heureux qu’on aborde ce sujet, car je parle depuis 20 ans de consultations populaires sectorielles.  Bien heureux, car je crois qu’il y a une solution pratique à la question des coûts et des efforts qu’exige une consultation référendaire.

Quand je suggérais des consultations  populaires fréquentes, il ne s’agissait  pas pour moi de départager les compétences fédérales et provinciales, mais plutôt de donner à l’État quelques mandats impératifs en divers domaines. Je reviendrai sur ces consultation et ces mandats imperatifs, car je crois cette question importante, mais il s’agit uniquement ici de constater que la méthode que je proposais pour réaliser ces consultations populaires est parfaitement applicable au réferendums sectoriels dont il est maintenant question. … ce qui permet de les réaliser à bon prix.

Comment ?  En utilisant le réseau Interac qui relie les institutions financières et permet la compensation des transactions.  Imaginons une entité – le Bureau des Élections -  pouvant accéder au réseau Interac comme une institution financière et ouvrant d’abord à chaque citoyen-électeur un compte “électoral”. À chacun d’eux on remet aussi un “Carte Citoyenne”, semblable  à ces cartes de debit que nous connaissons tous et à laquelle le détenteur assigne un mot de passe,

Il ne s’agit pas d’argent, dans ce compte, mais de droits de vote.  Au depart le compte est vide, mais l’État qui veut faire voter ses citoyens, ou tout segment d’entre eux, peut leur créditer à chacun  UN (1) vote au moment qu’il juge opportun.

Quand le compte a été ainsi “approvisionné”, le citoyen peut voter à tout guichet automatique en introduisant sa carte et son mot de passe. La machine rend son vote disponible, débite son compte, puis coupe le lien avec ce compte pour fins de confidentialité du scrutin, après quoi seulement elle lui émet un numéro aléatoire généré par ordinateur et fait apparaitre à l’écran les options de vote dont il dispose pour cette consultation.  L’électeur fait son choix et reçoit confirmation écrite du vote exprimé, portant reference du numéro d’identification aléatoire.

A tout moment, pour une période qu’on détermine, l’électeur peut introduire son numéro d’identification aléatoire et se verra alors confirmer le vote qu’il a exprimé. Une possibilité de contrôle citoyen bien dissuasive de toute manipulation, puisque l’électeur qui prétendra que le vote que lui indique le systeme n’est pas celui qu’il a fait en aura en main la preuve écrite !

C’est la sommation de tous les votes identifés par les numéros  aléatoires qui donne le résultat de l’élection et la confidentialité des électeurs est totalement préservée.   On comprend, cependant, que le même processus peut servir a sonder formellement la population avec régularité sur toute question d’intérêt.    

Si on veut alors obtenir des échantillonnages statistiquement valides, on peut mettre à la carte citoyenne des codes générant des nombres aléatoire à l’interieur de catégories pré-identifiées et indiquant les catégories démographiques ou socioéconomiques du détenteur sans devoir dévoiler son identité,

Non seulement les référenduns sectoriels deviennent faciles, mais des sondages préalables peu couteux permettent de savoir ce que l’électeur veut et de lui poser la question qui correspond  à ses desirs. N’est-ce pas ça, la vraie démocratie ?

 

Pierre JC Allard

10-06-09

Bayrou. Météores et juments vertes

Qui aujourd’hui miserait cent sous sur l’avenir politique de François Bayrou ?   “Mort” et “cuit” sont les épithètes que lui accollent les blogueurs.  Le  météore apparu aux dernières présidentielles – et qu’on avait voulu garder en résere pour un match revanche en 2012 – vient de disparaitre du firmament politique en quelques heures. Il aura suffi de quelques quitte ou double qu’il a perdus contre Cohn-Bendit et Sofres, puis des medias.   Il ne reviendra pas . «Un mort qui ressuscite déçoit toujours un peu son monde» –  disait Marcel Aymé…  On  ne permettra pas à Bayrou de décevoir davantage

On ne laissera pas Bayrou gâcher l’espoir du Centre en 2012. Un grand espoir, car l’égregore du Modem est toujours là. Il y a sa clientèle de rénovateurs idéalistes à prendre, avec, juste  à côté, celles des Écolos jeunes et vieux et des nostalgiques de Mai 68 ou même de Lecanuet !   C’est une base à laquelle il faut ajouter tous ces abstentionnistes qui ne sont vraiment ni à gauche ni a droite,  pas vraiment fâchés, mais pas tres heureux non plus.  C’est ce magma centriste qui est la source la plus probable du prochain pouvoir.

Tous ces tièdes sociaux voient que l’UMP est le parti d’un seul homme – parfois bien irritant ! – et que la Gauche n’est qu’une idée qu’on s’est partagée et qu’on a mise en dormance.  Avec la crise, on louchera vers les extrêmes, mais il suffit, pour que le Centre s’impose, qu’aparaisse l’homme ou la femme charismatique qui viendra dire aux Français que le salut passe par le rejet de la Gauche comme de la Droite et que leur abstention aux européennes a été un geste de lucidité et de courage… La priorité ?  Construire un large consensus…

Ce mouvement vers le centre a commencé avec  Ségolène, arrachant l’investiture du PS en prenant de front les éléphants. Segolene avait la cote d’amour et les sondages pour elle. Elle allait vers un triomphe… mais un mauvais virage vers la Gauche, alors que le Centre l’attendait, et Bayrou l’a doublée sur sa droite, lui ravissant ce centre qui bascule à gauche ou à droite et qui donne les victoires.  

Si Segolène avait été plus machiavélique, elle aurait  laissé la presidence à Bayrou en échange de son soutien aux Législatives.  Forte de cet appui, elle aurait mené son équipe  à une victoire facile contre  l’UMP puis, s’appuyant sur la structure du PS  - dont Bayrou n’avait pas l’équivalent – elle aurait exercé le vrai pouvoir.  La France aurait été au centre… mais teintée de gauche.   Elle ne l’a pas fait.  Son heure a passé. 

L’heure est maintenant  à un « Extreme-Centre », teinté de rien.   Un consensus  s’appuyant sur les désenchantés de la politiques qui apparaissent  comme la seule majorité.  N’est-ce pas l’heure de Bayrou ?   NON. La France voudrait un Bayrou… mais pas Bayrou.  Parce qu’il a déçu ?   Il n’aurait pas déçu qu’elle n’en voudrait pas plus !  Il a déjà servi.

On est désormais en démocratie pipole. Bayrou est “usagé”, alors qu’on veut du neuf.  Comme aux USA, ou les candiats battus ne reviennent pas. Même Al Gore, qui avait tout pour revenir, a compris que la plèbe veut toujours un nouveau gladiateur dans l’arène. 

Dans un monde ou les idées sont façonnées sur mesure au gré des sondages -  et où ce qui sera fait  ne devra rien à ce qui aura été dit – la politique doit être conçue comme pure imagerie. Le peuple veut un conte de fées.  Il veut un héros qui parte de très bas pour pouvoir monter très haut, tres vite, car c’est à l’ascension du météore que la foule veut s’identifier, C’est là qu’elle trouve son plaisir.. Elle exige que l’on gagne du premier coup, comme Obama, ou qu’on disparaisse. 

Il y a une prime de popularité qui accompagne la curiosité pour la dernière trouvaille.   On cherche donc le candidat qui va surprendre. Tant mieux si le cheval court, mais d’abord qu’il étonne !  On a parlé  de Marcel Aymé ?  Disons que le peuple cherche une “jument verte”.  Ceux qui n’étonnent pas ne se rendent même pas au départ.  Segolene ou Bayrou ?  C’était hier.  Besancenot ?  C’était ce matin et il semble bien qu’il va vers la sortie…

Si quelqu’un peut vaincre Sarkozy en 2012, ne le cherchez pas: il est trop tôt.  On verra bientôt trotter sous les vivas, sur la piste Internet, Melenchon,  Cohn-Bendit, Joly, tous les vieux  et  quelques jeunes  aussi, sans doute, mais la Jument verte n’arrivera que vers la fin 2010. Elle arrivera en météore, comme Bayrou.  Elle ne galopera pas avant 2011, sans quoi on s’en lasserait… comme de Bayrou…

 

Pierre JC Allard

09-06-09

La gouvernance des timorés

Pourquoi sui-je si intensément dégoûté de la gouvernance que nous avons en ce pays, en cette province et en cette ville ? Parce que je vois la peur partout. Parce qu’ayant peur on ne bouge pas, que ne bougeant pas on ne fait rien et que ne faisant rien nous ne sommes plus les acteurs, mais les simples spectateurs de ce qui nous arrive. Je ne blâme pas tant Tremblay, Charest et Harper de ce qu’ils font, que de ce qu’ils ne font pas. Et je ne lis pas dans les yeux de ceux qui veulent les remplacer une autre détermination que celle de vouloir les remplacer. Des timorés à l’affût d’autres timorés

Il y a tant, et tant de choses qu’on a peur de faire… Les plus graves méritent qu’on s’y arrête, qu’on en discute en profondeur et je le fais parfois, mais il y a aussi tous les petits dossiers qui trainent et qui cachent les grands. Ceux auxquels on ne prend pas le temps de s’arrêter, mais qui ne sont pas résolus non plus et qu’on a peur de régler aussi… Aujourd’hui je vais en souligner deux (2). J’aurais pu en souligner 20 … Regardez autour de vous, jusqu’à ce que vous soyez aussi parfaitement dégoûtés. Peut-être, alors, exigerons-nous tous ensemble que quelque chose BOUGE

Prenons d’abord cette destitution de Guy Chaput, Président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) Il a fait des dépenses exagérées et on le vire. Ah bon… Un geste vertueux ? Je trouverais ce geste vertueux si l’on avait réagi à une escroquerie ou à une corruption, mais on ne l’en accuse pas. J’en déduis qu’il n’en est pas coupable. Il a fait des dépenses exagérées, comme une ci-devant lieutenant-gouverneure qu’on avait aussi critiquée. On a jasé un peu, puis tout s’est calmé…

Ici aussi, il semble qu’on attende que les choses se calment. Pourtant, j’aurais bien aimé savoir si Chaput faisait ou ne faisait pas un bon travail. Parce que j’aime mieux payer plus cher pour un bon travail que moins cher pour un travail qui n’est pas fait.

Le travail qui n’est as fait est toujours trop cher. Or, Je vois souvent dans les officines de l’État beaucoup de travail qui n’est pas fait et dont les timorés ne parlent pas… Qu’est ce qu’on fait à la SODEC ? Le fait-on bien ? C’est ça l’important.

On a viré Chaput sans qu’il soit même question du travail fait et à des conditions qui laissent supposer qu’on n’avait rien à lui reprocher. On a acheté son départ. On a eu peur de lui faire un procés – sans doute à raison – mais on l’a donc condamné sans procès. Avait-on une autre raison de livrer une victime expiatoire à la meute des envieux que d’éviter que le bon peuple ne regarde de trop près les comptes de dépenses des autres fonctionnaires et gouvernants ?

N’est-il pas évident qu’on a eu peur de l’opinion publique ? Je ne vois rien de vertueux à avoir pris Chaput comme bouc émissaire, seulement une terrible trouille.. Peur qu’on ne fouille trop dans cettte apparence de corruption qui flotte autour des commandite, des viaducs qui tombent, des compteurs d’eau… de tout ce qui se fait à tous les paliers de la gouvernance de nos timorés.

Autre dossier, ce projet de téléphérique pour relier le Vieux-Port à St-Lambert. La Société du Vieux-Port de Montréal ne permet pas à la compagnie Skyline l’autorisation de le construire. Pourquoi ? Ce n’est pas un projet de Martiens, il y a des télécabines un peu partout dans le monde. Les commerçants de la zone le réclament et le promoteur ne demande des sous à personne. De quoi a-t-on peur ?

Le comité de la Ville de Montréal chargé d’analyser le projet ne s’est pas « prononcé ». Il attend quoi ? Quel geste devrait poser le promoteur pour susciter un peu d’intérêt ? Pourquoi le ministre responsable de la métropole ne se prononce-t-il pas lui non plus ?

il semble que faire quoi que ce soit fait peur. Et quand on a peur des petits projets, on a encore plus peur des grands, comme on a eu peur de ces milliards que le Cirque du Soleil voulait investir dans un projet de casino et qu’on a refusés… Pourquoi prouver qu’on est là seulement en faisant en sorte que rien ne se réalise ? Encore des gestes qu’on n’a pas faits ?

Moi, ce qui me fait peur, c’est qu’à être gouvernés par des gens qui ont peur de tout, on en vienne à ne plus avoir peur de ce dont on devrait vraiment avoir peur: l’immobilisme, l’insignifiance et la décrépitude progressive d’une société à laquelle on ne propose rien.

Pierre JC Allard

08-06-09

Partir du pied gauche…

L’Europe a voté. Sans beaucoup d’enthousiasme et sans se prononcer pour de grands changements. Avec la prudence qui sied à un temps où l’on peut encore se bercer de l’illusion que cette crise n’est pas terminale de la société que nous avons connue. Prudence, mais, ici et là, en Angleterre et aux Pays-Bas, entre autres, une radicalisation se dessine qui n’est pas une surprise… À moins qu’on ne veuille voir comme une surprise que cette radicalisation n’aille que vers la Droite…

Le message le plus clair de ces élections, c’est que la Gauche stagne. Les Écolos font en France un aussi bon carton que les héritiers de Jaures, pendant que les Besancenot et Melenchon ne rejoignent même pas le score d’un Le Pen pourtant bien vieux ! Pourquoi la Gauche ne représente-t-elle plus l’alternative du changement ? Parce que la Gauche s’est scindée en deux factions.

Un Parti Socialiste corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres. Les autres, c’est-à-dire les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont les bien-pensants se sont sommairement délestés pour parvenir à la respectabilité électorale républicaine et dont ils n’assument plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

On a un PS de centre-gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant que la naissance d’un « Mouvement Républicain » à sa droite qui lui donnera les répliques attendues pour devenir la moitié d’une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fera consensus et dont tout désir de changement sera exclu. Cette Gauche n’a pas de projet de société, Elle n’a pas un grand dessein à proposer. Cette Gauche ennuie.

À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti de gouvernance. Ils pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si le PS ne leur tend pas la main.

Si le PS préfère se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral, ceux qui veulent de vrais changements ne pourront espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faut que le PS aille vers cette gauche radicale et non vers le centre. Il en naitraît une alternative. Une Gauche unie pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;
2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production;
3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;
4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;
5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;
6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale à l’exception d’un impôt sur le capital;
7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;
8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité
9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;
10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;
11 Reconnaître la violence comme une pathologie, en tirant les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral;
12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un “Contrat Social” explicitant les valeurs républicaines;
13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires de ce contrat social ;
14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par Internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;
15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;
16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;
17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence ;
18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, en ce qui ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, car il y a bien plus à faire… Mais agir vite, car la crise actuelle est une invitation au voyage. Si on ne part pas du pied gauche, on pourrait se retrouver bien loin de ce à quoi profondément l’on aspire.

Pierre JC Allard

07-06-09

Salaam Aleikum !

Obama est allé au Caire offrir la paix : Salaam ! Il en a profité pour dire aux amis juifs d’Israel et de la diaspora qu’ils étaient ses bons amis, mais souligner qu’il ne plaisantait pas lorsqu’il parlait de Palestine. C’est là qu’il va sceller la paix. Je pense au sifflet du train qui passe et vous salue, mais dont le salut est péremptoire : je passe.

Je ne me lasse pas de suivre avec attention – et je l’avoue, avec admiration – les discours d’Obama qui semblent constituer un seul message structuré et bien pédagogique en plusieurs volets, pour faire comprendre à tous que le monde a changé et que ce sont de nouvelles règles qui s’appliquent.

Tout se tient dans cette démarche, tous les rappels sont là, comme dans une symphonie classique et l’on en arrive à prévoir les développements et le phrasé. Rien n’est laissé au hasard dans son périple. Chez Chrysler et GM, la leçon sur le travail. Aujourd’hui, la leçon sur la paix. Demain, en France… on verra. On tire du message d’Obama une double conclusion, alternativement rassurante et inquiétante, selon l’humeur qu’on a.

Rassurante, parce que l’on n’a plus le sentiment d’improvisation qui nous étreignait, il y a quelques années, quand on tentait vainement de suivre la logique de la politique américaine et qu’on ne voyait qu’une foire d’empoigne entre des individualistes balourds, sans idées et sans idéaux, On se sentait à la merci d’une bêtise. Je suis maintenant persuadé qu’il existe un PLAN, que ce plan n’est pas celui d’un homme, mais celui d’une équipe et qu’il n’a pas été conçu il y a quelques semaines, mais il y a des années.

On peut maintenant comprendre ce qui se fait et donc prévoir ce qui sera fait. On peut errer, en faisant ces prévisions. Errer d’autant plus aisément que certains aspects de ce plan ne peuvent se réaliser au mieux que si certains de ceux qu’il concerne agissent spontanément, et que des efforts sont donc faits pour que ce plan leur reste inconnu. Mais la ligne directrice est claire et, si l’on s’égare à un tournant, on peut s’y retrouver au suivant… Il y a un capitaine sur le navire et l’on a mis le cap vers quelque part. Rassurant.

Inquiétant, aussi, cependant, car l’existence d’un plan suppose un déterminisme et une détermination. Un déterminisme incompatible avec la vision d’un monde de libre-arbitre qu’on m’a inculquée depuis que j’ai l’âge de me balader seul. Depuis qu’on m’a dit que c’est moi qui ferait mon destin, dans un monde démocratique dont moi et d’autres comme moi choisirions ensemble la voie. Tous égaux. Tout ça se termine quand il y a un plan.

Quand le cap est choisi, il n’y a qu’à l’accepter. On ne m’a pas consulté. Au mieux, on me consolera si je semble déçu. On le fera si bien que j’en oublierai que j’aurais pu vouloir autre chose. Si quelque chose en moi résiste, tout le monde – et moi le premier, sans doute – saurons que ce quelque chose est une imperfection. En attendant que je m’en corrige, j’aurai devant moi, au service de ce déterminisme, une froide détermination. On me bousculera le moins possible, mais c’est moi qui devrai changer : le plan ne changera pas.

La logique d’un monde d’interdépendance auquel la technologie impose la cohérence vient de nous rejoindre. Les dinosaures qui s’accrochaient à des préjugés et des émotions et qui voulaient gérer le monde selon leurs caprices sont mis à la retraite. Ils étaient souvent bêtes, parfois méchants. Humains, trop humains. Maintenant on va regler les crises une à une, mettant les dinosaures à l’écart, là où ils ne piétineront personne.

On va redistribuer la richesse, lentement, mais sûrement, car la misère est un inconvénient. Produire autre chose et travailler autrement, car on salit le nid et l’on n’en tire même pas ce que l’on veut vraiment . Vivre en paix, car il y a pour tous… Il faudra seulement ne pas trop discuter et, au moins pour un temps, ne parler de liberté qu’en mode poétique.

Pierre JC Allard

06-06-09

Le charme discret de la zizanie

Qui ne connaît pas Louise Harel ? Une tradition, un monument, une de la première heure. Elle a occupé toute une brochette de fonctions au Parti Québécois, dont celle de Chef par intérim du parti, entre Landry et Boisclair. Elle est une de ceux et celles qui ont eu le courage de leurs convictions et se sont désolidarisés de René Lévesque, quand celui-ci a penché plus vers l’association que la souveraineté en novembre 84. Si l’expression « plus catholique que le pape a un sens », elle ne peut mieux s’appliquer qu’à Louise Harel dans sa foi souverainiste.

Je l’ai rencontrée à quelques reprises. Une personne d’un commerce bien agréable, mais sans complaisance dans ses convictions. Je n’ai que du bien à dire de Louise Harel. Elle a gardé pendant 27 ans la confiance de ses commettants et a été – entre autres – Ministre des Affaires municipales et de la Metropole, connaissant donc la problématique de Montréal aussi bien que quiconque. Si quelqu’un a le profil du candidat sur mesure à la mairie de Montral, c’est bien elle.

Simultanément, l’administration Tremblay a pris des airs de catastrophe et les soupçons de corruption se sont accumulés dont personne n’accuse formellement le maire en poste d’être coupable, mais dont bien peu ne croient pas qu’il ne soit responsable, ne serait ce que par une inacceptable naïveté. Le lit de Madame Harel est donc bien fait. Si bien fait, que le chef de l’opposition, Benoit Labonté, lui cède la place sans discussions. Comment pourrait-elle ne pas être triomphalement élue en novembre ?

Il est bien possible qu’elle ne le soit pas, pourtant, car il est loin d’être assuré que cette élection portera sur la compétence des candidats ou leurs promesses respectives. Il est au contraire presque certain qu’elle opposera deux visions déjà bien campées de ce que doit être Montreal… et aussi des loyautés tribales.

D’une part la vision d’une métropole intégrée, conforme au projet de fusion qu’avait justement piloté Madame Harel et qui avait été mené à bon port en 2002, s’opposant à une vision autonomiste, « confédérale » de la gestion de la conurbation montréalaise. C’est cette vision autonomistes qui a eu le dernier mot, pourtant, suite aux réferendums organisés par le gouvernement Charest en 2004 et qui a permis a 31 villes participantes de reprendre une large part de leur autonomie.

D’autre part, des loyautés tribales. Ce sont les municipalités anglophones qui ont voulu prendre leur distance d’un Grand Montréal encore francophone et qui ont obtenu leur autonomie en 2004, par la grâce du gouvernement Charest, lequel leur devait bien cette récompense pour leur indéfectible soutien au parti libéral. On ne votera pas pour Louise Harel dans ces bastions anglophones.

Pas de surprise dans ce clivage, mais il faut être conscient que les enjeux pour le bien de Montreal ne joueront pas le premier rôle dans les décisions de vote qui seront prises en novembre. La plupart des électeurs y arriveront avec des préjugés solides, totalement imperméables à toute remise en question.

La réalité, c’est qu’on votera pour ou contre une centralisation accrue et que les opposants à la centralisation seront surtout les anglophones. Qui gagnera cette lutte dépendra du talent de chaque parti et des moyens dont ils disposeront l’un et l’autre pour motiver et mobiliser leurs troupes.

Je ne sais pas qui aura l’avantage, mais je suis absolument certain que le candidat qui l’emportera aura gagné pour de bien mauvaises raisons et qu’il en sortira une communauté montréalaise plus divisée que jamais. Je ne vois pas l’intérêt pour Montréal de devenir une simple volet du dossier national et pour un temps le champ de bataille de ceux qui s’affrontent dans ce dossier.

La compétence accrue que pourrait apporter Louise Harel à la gestion de la metropole justifie-t-elle cet antagonisme qu’on va raviver ? Je ne me prononce pas aujourd’hui sur cette question, mais à chacun d’en juger.

Pierre JC Allard

05-06-09

“The shoah must go on” ?

Je pense que le élections européennes du 7 juin 2009 auront une certaine importance pour la communauté juive de France. J’ai choisi de reproduire ici – et sur Agoravox si on l’accepte – un article que je publiais en septembre 2005 lorsque les colons juifs ont été forcés de quitter Gaza. Je n’y ajouterai pas de commentaires.

“” C’est un ami juif qui fait dans le show business -même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions – qui m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. L’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs – pas toujours, mais souvent – je pense aux perdants de Gaza. Comme je pense à ceux de Bagdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisis et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, même pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt – qui était aussi de la famille – aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes.”

Pierre JC Allard

04-06-09

Une démocratie en tutelle

Ce qui se passe au parlement européen intéresse peu. On voit ces gens qui s’agitent sans avoir même le goût d’en changer. Ils inspirent plus de pitié que de colère ou de mépris, car ce serait leur rôle, en cette période de crise, de réaliser un programme que la population aurait choisi en les élisant et de fixer les moyens d’y parvenir, mais on sait qu’ils ne le peuvent pas: le pouvoir est ailleurs.

Les élections européennes nous rendront un grand service, si elles nous ouvrent les yeux et nous font constater que cette situation n’est pas vraie qu’au parlement de l’Europe, mais dans tous les parlements. On aura fait un grand pas vers le renouvellement de nos institutions, si on comprend que le problème fondamental de la démocratie actuelle est que ce ne sont plus les élus qui ont le vrai pouvoir de décision. L’élu est devenu impuissant… et un intermédiaire inutile.

Inutile, parce qu’il faut une connaissance spécialisée des dossiers pour pouvoir faire le choix des moyens. Les élus n’ont pas cette connaissance, puisque leur spécialité, à eux, c’est d’être politiciens. Se faire élire est un job à plein temps et, s’ils voulaient connaître aussi les subtilités de l’éducation ou des finances, les députés et les ministres ne feraient pas leur travail de politiciens. Les élus délèguent donc le choix des moyens aux hauts fonctionnaires.

Mais les hauts fonctionnaires ne peuvent pas non plus être des spécialistes en éducation, en finance ou quoi que ce soit d’autre que l’administration, puisque leur mission est de gérer des centaines ou des milliers d’employés et un budget de centaines de millions ou de milliards d’euros. Le haut fonctionnaire est donc un administrateur.

Qui connaît les dossiers des finances, de l’éducation, de la justice, etc ? Des fonctionnaires, aussi, mais d’un autre niveau. Du niveau “professionnel” qui se situe beaucoup plus bas dans la hiérarchie. Des fonctionnaires qui ne sont pas consultés quand les décisions sont prises, seulement quand il s’agit de les justifier.

Parce que les décideurs sont des administrateurs, c’est la logique administrative qui prévaut quand ils décident des moyens: programmes, critères et procédures. Hélas, le choix des buts étant inextricablement lié à celui des moyens, les objectifs qui ne satisfont pas à la logique administrative – (qui ne permettent pas, par exemple, une utilisation optimale des ressources disponibles) – sont perçus comme impossibles à atteindre. Les buts définis par les représentants du peuple sont alors “reformulés” pour coller aux besoins du système. En fait, ils sont mis au rancart.

La démocratie représentative ne fonctionne plus, parce qu’elle a conduit à une situation où nous ne sommes plus gouvernés, mais sur-administrés. Ceux qui savent ne peuvent pas, ceux qui peuvent ne savent pas et les politiciens, impuissants, sont renvoyés pour des décisions qu’ils n’ont pas vraiment prises… alors que les vrais décideurs, les mandarins en contact direct avec les lobbies, qui ne veulent surtout pas le changement, mais seulement la pérennité du système et son fonctionnement sans heurts, ne portent pas la responsabilité de leurs erreurs ni surtout de leur indécision.

Il faut transformer radicalement le système démocratique. La démocratie, ce serait de soumettre au peuple des choix et de le laisser décider des buts, mais qu’ensuite le mandat d’atteindre ces buts soit confié à “ceux qui savent”, que ceux-ci aient la responsabilité formelle de décider des moyens et qu’ils soient responsables de leur décision, directement devant l’électorat.

Je suis tout à fait conscient des implications énormes de consulter la population sur le choix d’un président de banque centrale ou d’un chef d’Etat-Major. C’est une révolution. C’est l’avènement de la démocratie. Y sommes nous prêts ? Si les coups d’épée dans l’eau qu’on donne au palier de l’Europe nous font comprendre que le problème de l’absence de contrôle de la population sur le fonctionnement des institutions est le même aux autres paliers, cet exercice des élections européennes aura été bien utile.

Pierre JC Allard

03-06-09

Les élections européennes

Entre les 4 et 7 juin prochain, les 27 Etats membres de l’Union Européenne vont voter au suffrage universel par circonscriptions et se choisir 736 représentants.  En principe, les élus au Parlement de Strasbourg – qui siègent la plupart du temps à Bruxelles – constitueront le volet démocratique de la gouvernance de l’Union Européenne.  Les trois quarts au moins des lois adoptées par les États nationaux devant se conformer aux directives de l’Union, on pourrait penser que ce qui se discute dans ce Parlement n’est pas sans intérêt.    Et pourtant….

Pourtant, les élections européennes n’intéressent pas beaucoup les Français, ni les Allemands et les Anglais encore moins. Les Belges oui, mais c’est chez eux…  Généralement la moitié des Européens ne votent pas à ces élections et il semble que cette fois ce sera pire. Pourquoi ce manque d’intérêt?   Parce que le Parlement européen n’a ni vrai pouvoir ni autorité.

Pas de pouvoir, parce que, même si on lui demande bien son avis et qu’il a un droit de censure, il n’a pas l’initiative législative. Il ne propose pas des lois; il est le tampon sur des lois qu’on lui soumet.  Les lois, c’est la Commission Européenne qui les propose, la Commission, qui est une création des États et non des peuples de l’Europe.

Le Parlement peut bien se prononcer sur ces lois qu’on lui propose, mais sur quelle base ?  Les dossiers sont nombreux, complexes et leur technicité en rend la maitrise ardue.  Les membres de la Commission ont derrière eux chacun une armée de fonctionnaires nationaux pour étudier les dossiers, les députés européens n’ont que des opinions.  Ce sont donc ceux de la Commission qui ont, non seulement l’initiative des lois, mais aussi tous les atouts pour en discuter. Ils ont le haut du pavé, car ils parlent le langage des Eurocrates de Bruxelles et personne ne doute que ce soient eux qui aient le vrai pouvoir.

Les députés au parlement européen n’ont pas le pouvoir, soit, mais pourquoi leur en faire grief ?  Le député au Luxembourg en a-t-il davantage ?  C’est l’expertise, désormais, qui mène le monde et elle est a Bruxelles.  On leur en fait grief, parce qu’ils n’ont pas non plus l’AUTORITÉ.  Si un Président de l’Europe était élu au suffrage universel et devait rendre des comptes à ce Parlement européen, ce Président aurait l’autorité de la légitimité de son mandat populaire et le parlement celle de son mandat de surveillance des gestes de ce Président. 

Même sans pouvoir exécutif, le Parlement européen aurait la force de cette autorité. On ne le contredirait pas à la légère, ni à la Commission, ni à Bruxelles.  La population se sentirait REPRÉSENTÉE et elle s’impliquerait dans le choix de ses représentants. Impliquée, elle voterait davantage, augmentant d’autant  la crédibilité des députés européens… et on serait sur la voie de bâtir une appartenance à l’Europe

Une vraie appartenance, car ces députés, responsables d’une politique européenne, ne suivraient que de très haut les méandres de la réglementation; les Eurocrates de Bruxelles peuvent le faire sans un suivi quotidien. Il se consacreraient à imaginer un avenir pour l’Europe et à en concevoir les grandes politiques.  Ils ne se rangeraient plus ipso facto sous les  bannières, Droite (PPE), Centre (ADLE) ou Gauche (PSE) qui font du parlement européen une projection caricaturale des clivages politiques nationaux. Ils se regrouperaient selon des critères pertinents à leur mission.

Les députés européens seraient utiles. Ils seraient intéressants. On voterait aux élections européennes avec passion, plutôt que de souhaiter qu’après 30 ans de leurs inepties, quelque Cromwell vienne enjoindre à ces notables en probation ou en préretraite – au nom du Christ ou du simple bon sens ! - de ramasser leur maroquins en rodage et de rentrer chez eux.

La semaine prochaine, on voudra nous dire ce que signifent les résultats de ces élections.  Une autre démarche inutile, car nous savons déjà ce que signifie l’abstention qui en sera le résultat le plus marquant;  elle  signifie la profonde désaffection des Europens pour une démocratie reduite à un rideau de scène derrière lequel le vrai pouvoir s’agite. 

L’attitude envers les élections européennes est emblématique de cette désaffection. On a rendu la démocratie inutile. On l’a rendue rididule et il n’en reste qu’une image de corruption et de non-signifiance. Il faut rebâtir la démocratie. On pourrait commencer à Strasbourg.

 

Pierre JC Allard

02-06-09

What’s good for GM…

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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En 1953, Charles Erwin Wilson, Prèsident de General Motors, appellé au poste de Secrétaire (Ministre) de la Défense par Eisenhower et intérrogé par les Sénateurs sur un possible conflit d’intérêts,  pouvait faire taire ses critiques en disant simplement que “ce qui était bon pour GM était bon pour les États-Unis”.  Aujourd’hui ou demain, cette General Motors, qui a été pendant deux générations le symbole même de la  puissance industrielle américaine sera officiellement en faillite…

Ce qui serait mauvais pour GM serait encore mauvais pour les USA, toutefois;  l’État va donc, après la faillite, en devenir le principal actionnaire.  Eh oui ! Au pays de la libre enterprise… Les créanciers de GM perdront beaucoup, mais n’en souffriront pas tellement, car ce sont les mêmes institutions financières  que le gouvernement abreuve de milliards depuis des mois.  Alors, un peu plus un peu moins… la main gauche qui donne, la main droite qui prend, voilà tout !  

Les actionnaires de GM, eux, y perdront vraiment et, parmi ceux-ci, les companies de fiducies dont les avoirs sont souvent les fonds de pension des américains moyens…   Ça, c’est mauvais.  On va donc jongler un peu avec les chiffres, avant d’annoncer à des millions de retraités que leurs projets de retraite dorée devront être radicalement modifiés. C’est sans doute quand le moment de le faire sera venu, que des circonstances “incontrolables” exigeront que le gouvernement contrôle tout.  On posera alors un tendre baiser sur le front de la démocratie et on lui dira d’aller faire un somme… Mais n’anticipons pas.  Voyons aujourd’hui ce qu’il adviendra de GM sous contrôle de l’État

D’abord, les travailleurs, qui ont du devenir aussi actionnaires de GM sous peine de perdre leurs emplois, vont assumer des responsabilités plus larges. Ceux qui s’y intéressent savent déjà depuis longtems que ca ne pouvait finir autrement. Le capitalisme de papa immiscé dans la production était un dinosaure pris au piège: seuls les travailleurs devenus entrepreneurs peuvent faire fonctionner la production d’une économie complexe. 

L’État sera le proprio de GM, mais les travailleurs en auront la gérance effective. Que fera ce nouveau duo ?  Ce qu’on appelle aux USA la  Conventional Wisdom (C.W) dit bien haut que le but sera de faire à nouveau de GM un producteur concurrentiel, offrant des produits qui plaisent et reprenant sa place de leader sur le marché national et mondial.  Le New York Times de ce matin abonde dans ce sens, mettant même l’État en garde contre la tentation de gérer GM comme un projet politique, pour preserver des emplos et sauver du naufrage des douzaines de petites villes qui vivent  de l’industrie automobile et de ses fournisseurs…

C’est le discours de la C.W…. mais c’est un mensonge. La vérité, c’est que GM ne pourrait être concurrentielle qu’en s’automatisant brutalement ainsi que ses fournisseurs, créant du même coup des millions de chômeurs. Même le voulant, d’ailleurs, il n’est pas dit qu’on pourrait le faire rapidement, dans une industrie qui a tout fait pour freiner l’automation. C’est un secret mal gardé que le volet assemblage de la grande industrie est encore bien artisanal. Il faudra du temps. En attendant, c’est en Asie qu’il faut fabriquer des voitures

Et tout ça n’est que la surface du problème. Au fond, il y a plus grave. Il y a que le marché de l’industrie automobile aux USA est saturé depuis longtemps.  C’est une marché de replacement qu’on ne maintient  qu’à coup de publicité et d’une obsolescence programée, scandaleuse en cette époque où l’on veut conserver les resources.  Non seulement il faut fabriquer les voitures en Asie, mais c’est aussi en Asie qu’il faut les vendre. Et encore risque-t-on que Asie résiste à la publicité et à la corruption, prenant la decision intelligente de favoriser plutôt le transport en commun !

La vérité, c’est qu’on a besoin de moins de voiture; on peut les produire plus efficacement et pour quelle dure plus longtemps.  L’industrie automobile américaine n’a donc plus besoin que d’une fraction de sa main-d’oeuvre actuelle. Les travailleurs en surnombre doivent être recyclés et assignés à d’autres tâches.  Pas des tâches où l’on produit pour travailler, mais des tâches qui répondent à une demande et où l’on travaille pour produire.

On ne relancera donc pas GM. On va en brader de larges pans et ramener le géant à une taille plus modeste. On a meme trouvé l’homme pour le faire:  Brian Deese, 31 ans, dont on entendra bien parler…   GM n’est qu’un début. C’est toute la structure industrielle des USA qu’il faut transformer.  Cette crise est venue pour cà. 

 

Pierre JC Allard

01-06-09

Gauche, droite… libertaire ?

Il y aura bientôt 12 ans que j’écris sur Internet des textes qu’on a un jour décidé d’appeler des blogues. Plus d’un millier de textes parlant de politique, décrivant l’avènement d’une « Nouvelle Société » plus juste. Comme au départ on disait de gauche tout ce qui prônait plus de justice, je me suis vite dit de gauche.

Deux fois candidats pour le Nouveau Parti Démocratique  -  parti centriste selon les critères universels, mais à gauche de l’échiquier politique canadien –  personne ni moi, n’avons plus jamais douté de mon allégeance. Jusqu’à ce que l’on me souligne des divergences entre mes prises de positions et la Gauche orthodoxe.

Par exemple, j’ai un grand respect pour l’ordre.  Pas l’ordre établi, mais un ordre juste, qui reste à établir; quand elle semble s’opposer à la clémence envers les coupables, ma priorité va à la défense des innocents.  De même, quand il apparait que trop de remises en questions  peuvent mener à l’inaction, ma priorité va à l’efficacité.  Suis-je vraiment à gauche ?

J’ai aussi beaucoup de respect pour les appartenances identitaires, avec  un refus des brassages de cultures imposés par la pauvreté ou les impératifs stratégiques.  Ce respect des cultures me rend bien à l’aise au sein de la gauche quand je dénonce férocement l’impérialisme occidental au tiers-monde,  les incursions militaires qu’on y entreprend et quand je soutiens que le mondialisme est une sordide arnaque.

Je m’y sens moins à ma place, toutefois, quand le même respect des cultures m’amène à souhaiter qu’on ne se mêle des affaires des autres que s’ils nous invitent à le faire. Encore moins quand  le respect de NOTRE culture me fait dénoncer l’immigration et que je dis que c’est chez eux et non chez-nous qu’il faut aider les autres. Je me retrouve alors souvent avec une Droite que d’habitude je ne fréquente pas.

Je fais aussi froncer les sourcils de mes camarades de la gauche, lorsque je dis que la redistribution de la richesse ne doit pas conduire à une parfaite égalité, sous peine de réduire dangereusement la motivation dont nous avons besoin pour progresser, mais à une société tendanciellement égalitaire, dont la misère est supprimée, mais où subsistent les inégalités qui récompensent l’effort et qui répondent aux exigences éthiques de la justice commutative.

Je reçois de même, parfois, des oeillades assassines de la gauche tout autant que de la droite, quand  je dis que le véritable clivage, quand on pense à bâtir une nouvelle société, n’est plus entre travailleurs et patrons, mais entre d’une part un capitalisme élitiste s’appuyant sur l’assistanat  et, d’autre part, un entrepreneuriat auquel la créativité et l’initiative inhérentes à une société complexe font désormais accéder tous les travailleurs. 

Pour coiffer le tout,  mon coeur est-il bien à gauche, si je crois que l’ultime objectif social du citoyen  n’est pas son enrichissement – qui n’est qu’une condition préalable nécessaire -mais le pouvoir que lui donne cet enrichissement pour affirmer sa liberté et se réaliser comme individu ?  Avec tous ces petits travers, puis-je néanmoins me dire un homme de gauche ?

Je l’espère, car ayant une position ferme pour l’intervention de l’État et soutenant la nécessité d’une redistribution massive  de la richesse, je suis inacceptable à droite.  Ou suis-je ? Qui suis-je ?  Étais-je un libertarien qui s’ignore ?  J’ai consulté les défenseurs du dogme et l’on m’a vite détrompé…

Pourtant, m’interrogeant moi-même, j’en ai conclu que je l’étais à moitié, car la Nouvelle Société que je souhaite est à deux paliers. A la base, un palier qui correspond  à cette division du travail que permet la vie en société et qui nous enrichit.  À ce palier, il faut  reconnaître notre interdépendance et promouvoir la solidarité. Il faut mettre en commun. Il faut accepter l’État et c’est le domaine de la démocratie. 

Sur ce basilaire, cependant,  un deuxiéme palier se construit, au rythme de notre enrichissement collectif, où notre individualité  et notre désir de liberté doivent prévaloir.  Ce désir de liberté est légitime. Être de gauche, à mon avis, ce n’est pas s’opposer à la construction de ce piano nobile libertaire dont chacun aménagera sa parcelle à son goût.   C’est s’assurer qu’est construite prioritairement la base collective qui garantit la dignité  de chacun et le bien être de tous, à la mesure des moyens que nous fournit notre société  d’abondance et de la volonté de partage que détermine le consensus social.   En bas, il faut que ce soit tous pour un. À l’étage, vive l’individu et sa liberté !

Pierre JC Allard

31-05-09

Montréal, Labeaume et Sim City

Pour ceux qu’amusent les jeux intellos sur ordinateurs, il n’y a pas plus captivant que Sim City. On ne s’attaque pas ici à des devinettes ou à des stratégies primaires: il s’agit de planifier le développement d’une ville ! Budget, règlements, investissements, urbanisme, services… tout est là. Et ça se tient. Faites une erreur de zonage et vous manquez le bateau. Mesquinez sur le service des incendies et le feu dévore des quartiers de votre ville. Allez-y trop fort sur les emprunts et vous finirez en tutelle. Il faut des semaines pour bâtir une Cité Sim.

Bien sûr, si vous êtes un débutant, vous allez vous gourer: on efface tout. Si vous êtes un joueur ordinaire, ca va… Mais, si vous êtes un champion…wow ! Les vrais pros de Sim City ont modélisé les grandes villes du monde et en ont créé d’autres, imaginaires, futuristes, qui n’ont en commun que de respecter les normes d’une saine gestion. Entre le joueur ordinaire et le champion, il y a l’imagination, le feu sacré. Si vous jouez Sim City avec une vision inspirée – tout en équilibrant votre budget et en maintenant vos “citoyens” heureux – vous êtes un champion.

Moi, je m’ennuie de Jean Drapeau. Je m’ennuie de l’imagination et du feu sacré. Et puis, on dira ce qu’on voudra, en ce qui a trait au rapport qualité-prix, la situation financière de la ville n’était pas plus mauvaise à l’époque du Roi Jean. On en avait pour notre argent et, pour ce qui est de faire des “pactes” avec Québec ou Ottawa, le vieux maître ne négociait pas tellement avant… il envoyait la facture. Je ne dis pas que c’est la bonne façon de faire; mais ceux qui l’ont suivi auraient eu avantage à étudier un peu la technique du poker aux pieds du vieux champion… !

Et la fierté, en 1967, pendant l’Expo, on en avait à revendre. Ceux qui n’ont pas l’âge de l’avoir vécu ne peuvent pas savoir ce que ça signifiait, alors, de se dire Montréalais et de SAVOIR que personne n’avait fait, ni ne faisait mieux ailleurs. Nulle part. On était dans le peloton de tête, pas en concurrence avec Cleveland ou Baltimore.

Je m’ennuie d’un temps où nous voulions être les meilleurs. On avait déjà accepté que la revanche des berceaux c’était fini – et qu’on ne serait pas les plus “gros” – mais nous étions convaincus qu’on pouvait être les meilleurs; on se voyait devenir plus “civilisé”. On rêvait d’une ville qui deviendrait plus belle, plus cultivée, une ville de concorde…

Je vois, comme tout le monde, ce que fait le Maire Labeaume à Québec et je suis envieux. Je n’irai simplement pas voter aux élections municipales de novembre à Montréal, si on ne parle que de taxes foncières dans une ville dont la majorité des habitants ne rêvent même pas d’être propriétaires!  Si on ne parle que de dépenser moins, sans un mot sur la nécessité d’offrir plus, de redevenir plus.

Je ne voterai pas, si on propose d’être le maire de Montréal comme si la fonction consistait à en être le comptable ou l’auditeur. Le Maire devrait assumer un rôle de leader. il devrait concevoir le “Projet” qui soit un cheminement vers notre avenir. Ce Projet, il devrait pouvoir l’expliquer, le défendre, nous en convaincre tous…. Il devrait pouvoir le faire accepter à Québec, à Ottawa et à Wall Street. Il devrait pouvoir en proposer de façon cohérente les étapes de réalisation à des conseillers municipaux qui représenteraient leurs électeurs. Le Maire, surtout, devrait être en communication constante avec les citoyens, leur expliquant chaque semaine, via les médias, où l’on en est du Projet et les motivant aux efforts nécessaires pour que ce Projet se réalise.

Le Maire devrait, bien sûr, s’assurer que l’administration municipale dispose de comptables, mais on ne nous demanderait pas de les élire. Un Maire de Montréal, ça respecte les normes d’une saine gestion, mais ça offre aussi l’imagination et le feu sacré. Une flamme, une vision…, c’est ça la différence entre un maire ordinaire et un champion de niveau Drapeau. Et c’est ça qui rendrait les citoyens heureux. On verra ce qu’on nous offre.

 

Pierre JC Allard

30-05-09

Hommage à l’argent

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Julien Coupat est libre, Dieudonné aussi. Segolène et Martine se sourient. Melenchon et Besancenot s’observent. Les Sarkozy sont tranquilles. Chacun retient son souffle en attendant les élections européenes, mais personne ne semble manquer d’air… c’est aux USA que ça se passe. La politique est au neutre, le temps de nous laisser préparer un été douillet. Si on en profitait pour parler de l’important ? L’important : l’argent.

Bien sûr, il y a en politique de débats idéologiques de fond. Ce sont ceux qui reposent sur des principes sacrés, ou sur des préjugés acquis par conditionnement avant que ne se développe le jugement chez l’enfant – la distinction entre les deux n’étant pas toujours faciles à faire – mais le plus clair des vraies luttes vise à mettre la main sur le butin.

Ces vraies luttes se faisant entre ceux qui ont le pouvoir, il n’est évidemment pas question d’inviter le monde ordinaire au festin, au-delà de ce qu’on a jugé bon de lui accorder pour qu’il soit tranquille et rende certains services. Tout ce qui a trait au partage de la richesse dans un État de droit moderne développé et démocratique est donc sagement tenu en marge de la démocratie.

Une administration a Bruxelle – qui n’est pas élue, mais nommée – s’occupe de l’ordinaire. Une Banque européenne, dont les dirigeants sont en fait cooptés par les institutions financières, avise les gouvernements des paramètres qu’il devront respecter : masse monétaire, conditions du crédit, taux d’intérêts. C’est çà l’important.

Pour les autres trivialités, comme l’éducation, la santé, et tout ce qui peut concerner le bonheur des gens, les gouvernement sont souverains, sous l’égide de Francfort et la férule de Bruxelles. Tant qu’il reste dans son enclos, l’État démocratique peut gambader en toute liberté.

Nos institutions financières ne peuvent pas en dire autant, car ce qu’elle font ici d’autres institutions le font dans tous les autres pays et, depuis Bretton-Woods (1944), c’est en se concertant qu’elles conviennent des paramètres mondiaux qui encadreront leurs paramètres nationaux.

« Conviennent » est ici un euphémisme. En fait, ces institutions de taille et d’importance inégales, chacune appuyée des forces militaires et paramilitaires des pays dont elles contrôlent le pouvoir politique, ne cessent de s’entredéchirer que pour opposer un front commun aux revendications des populations économiquement exploitées.

La gestion de ces revendication se fait en créant la zizanie au sein des exploités, les prétextes les plus futiles étant les meilleurs, puisque les chances sont alors qu’ils ne frôleront même pas une remise en question du partage de la richesse. Tout ça n’a pas changé depuis que les Verts et les Bleus en décousaient à Byzance, sur fond de scène de courses de chars à l’hippodrome…

Maintenant on est Gauche ou Droite en pensant que ça changera quoi que ce soit, ou, encore plus pathétique, en s’imaginant que cette planète pourrait fonctionner sans une Banque centrale qui dit aux États ce que leurs gouvernement peuvent et ne peuvent pas faire.

La plus triste c’est quand on dit du mal de l’argent… C’est une habile parade de ceux qui bénéficient d’un partage inacceptable de la richesse d’en faire porter l’odieux au rôle dévolu à l’argent dans la société. « A chacun selon, ses besoins »… On veut bien, mais aussi longtemps que les moyens de les satisfaire ne seront pas surabondants, il faudra arbitrer en bout de ligne l’allocation des ressources entre besoins équivalents.

Quand on arrive à ce moment de vérité, il faut bien s’en remettre à des critère et il n’en est pas en théorie de plus équitable que l’argent, puisqu’il est totalement externalisé et ne doit rien à une qualité intrinsèque de la personne même qui conférerait à celle-ci un privilège. Pas de noblesse innée s’opposant à la roture. Pas de races, pas de couleurs, pas de castes qui tiennent. Money talks Taisez vous.

L’argent est injustement distribué, mais il est en lui même absolument équitable. Démocratique. Avec la mort du capitalisme, cette primauté d’un pouvoir au dessus de tous les préjugés va disparaître. La compétence est à remplacer inexorablement le « capital », comme le facteur rare en production. On va voir désormais s’imposer la compétence comme discriminant. Et derrière la compétence, le talent. 

Un discriminant beaucoup plus cruel que la richesse, car on ne peut pas gagner des rangs centiles de Q.I au tiercé ni à Loto-Québec. On regrettera sans doute le « bon vieux temps » où l’on se plaignait du pouvoir de l’argent… Au lieu de vouloir supprimer ce qui pourra rester de pouvoir à l’argent, on ferait mieux de chercher à lui en conserver tant qu’on peut.

Ne cherchons pas à lui enlever ce pouvoir, ce serait une erreur. Ce qu’il faut, c’est assurer une meilleure distribution de la richesse. Si nous ne faisons pas de bêtises, la crise actuelle devrait grandement nous faciliter cette tâche. Profitons en.

 

Pierre JC Allard

29-05-09

Trois pas vers un monde nouveau

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Je  n’avais pas prévu cet article.  Je ne viens pas ici pour donner le cour d’initiation 101 à la réalité politique, ni même pour informer. Je viens partager mes interprétations et analyses avec celles d’autres dont je présume qu’ils connaissent eux aussi les faits de base. J’ai comparé ailleurs mes interventions à ce qui se discute autour d’un porto, entre gens qui s’intéressent au monde.

Ici, je fais une exception, parce qu’au hasard d’un commentaire sur Agoravox j’ai compris qu’il fallait un rappel. Ça facilitera les débats subséquents.  Je me réfère ici à des articles passés. Mes excuses à ceux qui les ont lus.

D’abord, je voudrais rappeler un fait de base que personne ne conteste vraiment.  Il y a aux USA une classe sociale assez floue d’où est issu ce qu’on nomme l’Establishment. C’est cet Establishment qui contrôle la politique, l’économie et surtout les médias. Il ne faut pas en conclure, toutefois, que ce contrôle vise nécessairement à réaliser de sombres complots. D’abord, il n’est pas monolithique, il est seulement une arène réservée pour des combats musclés entre titans.

 Elitiste, oui, mais uni « contre le peuple », non. L’Establishment  se manifeste donc – pas toujours mais le plus souvent – par des mesures visant le bien des USA… tels que le conçoivent ceux qui y ont la majorité.  Le pouvoir y fluctue et donc les choses changent.  Aujourd’hui, bien des choses changent.

 On peut penser que c’est Obama qui les fait changer, mais Obama ne serait jamais devenu Président des USA sans l’appui de l’Establishment. C’est donc une erreur de le voir en conflit avec cette classe sociale. Une autre erreur de penser qu’ il « flip flop » ( change d’avis pour un oui pour un non en prenant son café du matin). Ce que fait Obama est programmé depuis longtemps et est l’expression de ce que veut l’Establishment . 

Tout le changement que l’on voit aux USA est donc  la manifestation d’une nouvelle « vision du monde »  de cet Establishment qui a compris que les choses ont changé et qu’il faut mettre en place une nouvelle société.  Le mandat d’Obama est d’y parvenir avec pas ou peu de sang dans les rues.   Le changement procède en trois (3) étapes.

La première, c’est la reprise en main de l’économique par le politique.   La crise va envoyer à la casse toutes les fortunes sauf les plus colossales, lesquelles sont déjà cooptées dans une nouvelle structure du pouvoir. L’argent ne sera plus la cause, mais la conséquence de l’accession au pouvoir. En ce sens, c’est la fin du capitalisme, que nous connaissons depuis la révolution industrielle.

La deuxième, c’est le transfert aux travailleurs du contrôle de la production industrielle.  La troisième, c’est  une redéfinition de la démocratie  car celle que nous avons ne donne plus le change et ne joue plus son rôle.  Cette évolution en trois points ne se discute pas tellement, il suffit de lire les journaux.

Ce qui reste bien ouvert à discussions, ce sont les péripéties qui marqueront ces changements et quelques faits divers qui auront une grande portée symbolique. La dématerialisation complète de la monnaie et l’instauration d’un régime de travail-revenu garanti par exemple.

 Aussi, il faudra voir si, pour laver l’image des USA à l’interne et à l’externe, Bush et ses comparses seront mis en accusation. N’éliminons aucune hypothèse au départ. Si on a besoin d’un sacrifice humain, Bush pourrait être jugé dans un état où il y a encore la peine de mort !  L’important, cependant, c’est que le monde est à changer comme il n’a pas changé depuis les grandes révolution de la fin du XVIIIe siècle.

Pierre JC Allard

28-05-09

l’Insurrection qui vient

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Pour les lecteurs Français, Julien Coupat est déjà une célébrité. Pour les autres, disons que c’est le leader présumé d’un groupe  de jeunes mis en examen en novembre 2008 pour terrorisme. Ils auraient saboté des caténaires pour protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultra-radioactifs.  Arrestation, procès, prison, ils sont tous redevenus libres… sauf Julien Coupat.  On  garde Coupat à l’œil, car on pense qu’il est l’âme  du complot, mais surtout parce qu’on le soupçonne d’être l’auteur d’un livre  qui énerve beaucoup la justice française : l’Insurrection qui vient.

C’est le livre qui est important, car cet « attentat » n’a pas fait de victimes, ne pouvait pas en faire et a été revendiqué par un groupuscule anarchiste allemand qui s’est excusé auprès des voyageurs de les avoir ennuyés !…La culpabilité de Coupat est si peu certaine, que  Gérard Cherbonnier, trésorier de l’Association de défense de l’édition indépendante, s’est offert le plaisir de citer les Dupondt de Hergé : « Pour une fois que l’on arrête un coupable, il est innocent…! »

La culpabilité de Coupat dans l’affaire est mal prouvée, mais n’a qu’un intérêt marginal. Ce qui passionne la France, c’est de savoir s’il a ou non écrit “l’Insurrection qui vient”.  Il nie l’avoir écrit… mais il avoue l’avoir lu. Exactement ce que ferait à sa place quiconque a un peu le sens des relations publiques. 

Le livre est TRES BIEN écrit et ne dit rien qu’une majorité des lecteurs pourrait contester. Il est critique, mais fort poliment. Il n’appelle pas à la révolution, il n’en voit simplement pas de possibles, autre que celle naturelle, spontanée et irrépressible qui viendra du peuple. Il n’appelle pas à l’insurrection, il constate simplement qu’elle viendra…. Doit-on lui reprocher de l’annoncer ? Le livre d’ailleurs n’a pas été interdit. Il y a une douzaine de sites sur la Toile d’où l’on peut en tirer copie gratuitement. (CLIQUEZ ICI )

Alors pourquoi veut-on tant savoir s’il l’a écrit ? Parce que quiconque l’a écrit est dangereux. Le livre dit trop vrai. Il dit trop de choses dont la population est déjà convaincue et sur lesquelles elle n’attend plus qu’une signature pour s’y rallier. Si c’est Coupat, on a le nom, la voix, l’image. On a le mec de l’âge du Christ au moment du finale, intelligent, parfaitement articulé, intellectuel de bonne famille – (eh oui, pour les Chefs, ça compte encore, car la France républicaine est un peu royaliste…). L’attentat a fait de lui un homme d’action et un acharnement policier et judiciaire est à lui conférer les stigmates d’un sauveur.

Astuce ou bêtise, on l’a détenu le temps de mettre le livre en évidence. Mise en évidence de grande classe, via Le Monde et Nouvel Obs, garantissant que le petit bouquin deviendra le succès de librairie de l’année sinon de la décennie. On garantit du même coup que l’insurrection sera le concept à la mode pour les vacances et fera un malheur à la rentrée… Enfin, et ce n’est pas la moindre des choses, on propulse l’auteur inconnu ET Julien Coupat ensemble dans la sublimosphère des options crédibles de renouveau politique, au moment où n’y en a vraiment aucune autre en vue. 

Si l’émergence du tandem Auteur-Coupat est bien spontanée, le gouvernement à commis cette norme bourde de médiatiser une alternative providentielle capable de polariser la volonté universelle de changement.

Si Auteur et Coupat sont les deux pôles d’une activité qui pourra doser théorie et pratique en alternance, on aura un mouvement dont la force est imprévisible, mais qui, même à son corps défendant, viendra inévitablement trouver une place sur l’échiquier politique… ni à droite, ni à gauche, mais à l’opposé de ce qui est là. Une nouvelle société. Si les deux images se fondent en une seule, il n’y aura pas de « corps défendant » ; on cherchera bien consciemment à y voir apparaître celle d’un Obama pour la France…

En filigrane, toutefois, il y a toujours la possibilité d’une création machiavélique du système  pour aiguiller le ras-le-bol populaire qui s’en vient vers une cour de triage où l’on tentera de le démanteler… Soyons méfiants. Méfiants, mais attentifs, car il y a aussi des triples jeux..

 

 Pierre JC Allard

27-05-09

Festung Amerika

Les frontières n’existent plus. Ce sont des lignes abstraites qu’on traverse a toute vitesse et sans ralentir. Nous vivons dans une ère de progrès constant et de mondialisation. Le monde est devenu tout petit et, de plus en plus, chacun se sent chez soi partout… Si vous vivez en Europe, bien sûr.

Si vous vivez en Amérique du Nord, l’histoire se déroule à l’envers. Commençant lundi 1er juin, il faudra un passeport pour passer du Canada aux USA, ce qui, de mémoire d’homme, n’avait jamais été nécessaire. Soyons justes: vous pouvez aussi utiliser la carte Nexus que vous délivrera le service U.S de protection des douanes et frontières (CBP) après quelque paperasserie et il y a aussi des règles spéciales pour les marins… Mais la tendance est nette et le résultat sera le même: une énorme perte de temps.

On veut vraiment nous emmerder. La Western Hemisphere Travel Initiative (WHTI) est née après les événements du 911, pour répondre à la demande de la population américaine pour des signes visibles de sécurité contre le terrorisme.

On a d’abord ciblé les aéroports. On a vu les files d’attente s’allonger indéfiniment au gré des rumeurs, elles-mêmes grossissant selon le besoin qu’avait le gouvernement Bush d’attiser les ardeurs belliqueuses de la population… ou de faire oublier quelque bêtise.

Ainsi, quand Israël a envahi et pilonné le Liban, on a découvert un complot rocambolesque qui a servi de prétexte pour confisquer dorénavant parfums et shampooings des bagages en cabine, irritant suffisamment les voyageurs pour qu’ils se sentent menacés… et furieux.

Mais l’Américain est un grand amateur de l’automobile. Avec le Canada tout près et cette longue frontière invitante qu’on pouvait traverser sans formalités, la plupart des voyageurs y venaient par la route, échappant au scénario parano et continuant de penser que le monde n’est pas seulement une longue course à obstacles entre fanatiques barbus.

Maintenant, on pourra combler cette lacune. On ne sortira plus des USA sans affronter au retour les Rangers à lunette obscures et à la mâchoire crispée. Les Canadiens ne pourront pas non plus l’éviter. Peut-être seront-ils moins nombreux cet été a Plattsburgh à Burlington et sur les plages du Lake Champlain.

Moins nombreux, puisque 40 à 45 % des Canadiens n’ont pas de passeport. À quoi bon un passeport, puisque la majorité d’entre eux – et tous ceux qui quittaient le pays par voie terrestre -n’allaient qu’aux USA qui n’en exigeait pas ? Maintenant tout ça va changer…

Peut-être seront-ils BEAUCOUP moins nombreux, car cette frontière qu’on ne voyait pas va réapparaître et il n’est pas sûr que, par-delà l’obstacle physique du passeport devenu nécessaire, un obstacle intangible plus dissuasif ne se manifeste pas. Une prise de conscience de la différence, voire de l’étrangeté de ces voisins à lunettes sombres et un peu paranos…

On ne se fait pas des amis en demandant sans crier gare leurs papiers aux gens qu’on connaît depuis longtemps et qui croyaient avoir mérité qu’on leur fasse confiance. C’est une mesure d’un autre âge – l’Âge de Bush – et il serait opportun qu’on y mette fin au plus tôt.

Un choix crucial à faire, car les Américains peuvent vivre dans une forteresse… mais ils pourraient s’y sentir bien seuls. Le nouveau maître du château devrait vite abaisser à nouveau le pont-levis.

Pierre JC Allard

26-05-09

Essai nucléaire en Corée

La Corée du Nord vient de réussir son deuxième essai nucléaire. On en parle ad nauseam et toujours dans le même registre: elle ne devrait pas… Il serait peut-être temps de mettre les pendules à l’heure de cesser de dire des bêtises.

Tous les vendeurs et les séducteurs du monde savent depuis toujours qu’on ne pose que les questions auxquelles la réponse sera OUI. Quand on demande à la Corée – que l’Amérique a déjà inscrite à l’”Axe du Mal” et qui a sous les yeux l’exemple de l’Irak ! – de renoncer à son programme nucléaire, on sait que la réponse sera NON.

À moins que l’on n’ait l’intention de la payer pour qu’elle y renonce – ce qui serait se porter volontaire pour un chantage à durée illimitée – la réponse sera négative. Est-ce bien créer ce chantage, que l’on veut ? Ou veut-on ce “non” pour avoir en poche un casus belli qu’on pourra utiliser quand on voudra? Il est stupide de demander ce sacrifice à la Corée.

Stupide et inconvenantl, car de quel droit ceux qui possèdent l’arme atomique – dont en premiers de cordée les USA qui l’ont utilisée sur des populations civiles ! – pourraient-ils exiger que les autres y renoncent, s’ils ne sont pas prêts eux-mêmes à s’en priver ? Y a-t-il plus raciste que cette suffisance des Américains et autres détenteurs de la “bombe”, affirmant ainsi sans subtilité que EUX sont des gens sérieux qui y ont droit, alors que les Coréens et un jour les Iraniens sont des voyous à qui l’on ne peut pas le permettre ?

Comment donner un vernis de justice et de bonne foi à cette interdiction, quand on sait que l’on a permis à l’Inde comme au Pakistan d’en disposer tout à fait ouvertement, dès qu’on a eu quelques services à leur demander ? Et cela, même s’ils sont sans doute les candidats les plus probables à une guerre en règle qui les opposerait et pourrait leur donner l’occasion de s’entre éliminer…

Pire, comment concilier cette exigence avec l’infinie discrétion qui a accueilli la nouvelle qu’Israël disposait d’une centaine de têtes nucléaires … et l’autorisation tacite d’en posséder qui semble résulter de cette discrétion ? Pourtant, Israël est certes le pays que sa vulnérabilité à une attaque par des voisins qu’on peut supposer sans pitié pourrait le plus aisément conduire à une riposte nucléaire, si le sort des armes conventionnelles ne lui était pas favorable.

Si je puis dormir dans un monde où Pakistan et Israël ont une capacité nucléaire, ( sans parler des “Grands” qui ne sont pas si dignes de confiance ! ), que la Corée ou l’Iran en aient aussi une petite ne me gardera pas éveillé.

Et pourquoi cette loufoquerie de prétendre qu’on craint que les armes nucléaires ne soient vendues à des terroristes par la Corée ou l’Iran, alors qu’on ne semble pas s’inquiéter que puissent le faire des pays comme l’Ukraine ou le Kazakhstan, qui ont prouvé leur parfaite bonne volonté à participer à tous les “commerces” ? Est-on vraiment si sûr que tout l’arsenal soviétique qui s’y trouvait ait été religieusement enlevé par des militaires et fonctionnaires ne pensant qu’au bien de l’humanité ?

Soyons sérieux. Bien sûr, il vaudrait mieux que PERSONNE n’ait des bombes atomiques. Mais la chance raisonnable que cela arrive passerait par la destruction contrôlée des stocks de ceux qui veulent s’en réserver l’exclusivité. Avant qu’on en soit là, il faudra d’abord que le monde change. En attendant, vouloir que la Corée soit la seule à baisser sa garde est faire preuve d’un incommensurable mépris. Un mépris qui n’es pas sans rapport avec les dangers que les États dits “voyous” pourraient bien invraisemblablement nous faire courir.

Pierre JC Allard

25-05-09

Munyaneza, le Rwanda… et la France

La Cour Supérieure du Québec à Montréal vient de condamner Désiré Munyaneza pour son role dans le genocide de 1994 au Rwanda qui a fait au moins 500 000 et plus probablement 800 000 victimes en trois mois. Réalisé avec des moyens de fortune, mais beaucoup de diligence et un grand entousiasme populaire chez les Hutus, ce genocide, en ne se laissant pas distraire par le problème de la disposition des cadavres, a réussi à massacrer ses victims plus vite qu’on n’avait pu le faire meme à Auschwitz, atteignant ainsi le sommet absolu de l’horreur en ce siècle, sinon pour tous les temps.

Munyaneza était le chef d’un groupe de miliciens Interhamwe (Hutus) dans la region de Butare, ayant commis des dizaines de viols et de meurtres de Tutsis. Sa condamnation est un signe bienvenu que le monde s’interesse enfin à punir les coupables. Au Canada, cette decision contre Munyaneza est importante, car c’est la première condamnation en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre qui, depuis 2000, permet à la justice canadienne de juger tout suspect d’actes commis à l’étranger, mais retrouvé au Canada. Le jugement fera jurisprudence au Canada, mais, le plus important, toutefois, ce sont les effets qu’il aura à l’étranger et particulièrement en France.

Les Occidentaux, en effet, ne sont pa à l’abri de toute critique en cette affaire… D’abord, la rivalité entre Tutsis et Hutus existait dejà depuis longtemps, mais elle a été exacerbée, au cours de la période de colonisation belge, par le favoritisme officiel des autorités belges en faveur des Tutsis, considérés comme “racialement supérieurs” aux Hutus, ainsi que le permettaient les theories prévalentes à l’époque. Ce préjugé colonial en faveur des Tutsis est une réalité que personne ne conteste.

Ce qui ne fait pas consensus, toutefois, c’est un autre favoritisme au moment même des massacres, dont c’est la France qui est soupconnée et dont ce sont cette fois les Hutus qui auraient bénéficié. Un favoritisme qui expliquerait les zones d’ombre qui persistent concernant le role des organisations internationales durant les massacres, et auquel un autre Canadien, le general Dallaire, aujourd’hui sénateur, a déjà fait allusion.

Alors que le massacre des Tutsis par les Hutus se poursuit et atteint rapidement ses objectifs, en effet, deux forces militaries étrangères sont présentes au Rwanda. Celle des Nations Unies (MINUAR) et une autre dénommée Turquoise dont la France a le contrôle. Ce que ces deux forces ont fait – et surtout n’ont pas fait – lors du génocide – n’a pas été parfaitement élucidé.

Il est admis de tous qu’une guerre civile se déroulait alors au Rwanda, avec ses périodes de virulence et de latence, et que, dans cette guerre, c’est le gouvernement Hutu qui avait la sympathie de la France alors que les rebelles Tutsis avaient celle d’autres pays étrangers dont l’Uganda. Dans quelle mesure ces sympathies – et les intérêts qu’elles recouvraient – ont elle eu un impact sur les activités des intervenants, dont au premier chef celles de l’Operation Turquoise ?

Bien des gens en France s’interrogent et des enquêtes ont été lancées pour faire jaillir la vérité. Il n’est pas impossible que le jugement Munyaneza au Canada stimule la pousuite de ces enquêtes dont les conclusions auront des consequences sur l’opinion publique en France…et ses choix politiques.

Pierre JC Allard

24-05-09

La RACJ … et la fierté

Comme je voyage beaucoup dans des pays où ce genre de questions est posé, on me demande souvent si je suis fier d’être Québécois. C’est une question rhétorique et qui n’engage à rien, comme « Comment allez-vous », prétexte pour vous faire flagorner votre bled natal et en tirer l’excuse pour vous vanter le sien. Evidemment, on dit toujours oui, mais la prochaine fois je vais dire non. Pas cette semaine. Je ne suis pas fier et je ne le serai pas avant qu’on ait changé des choses.

Je ne puis pas me dire fier d’un pays où une Société d’État, dans le cours de ses opérations, fait de la fausse representation, du vol de droit d’auteur et dépose un document à la Cour avec l’intention de tromper. Yves Boisvert de Cyberpresse nous dit que c’est grave. Il est bien pudique; je crois que c’est criminel.

Des fonctionnaires responsables d’une Société d’État ont été partie à la commission d’un acte criminel. Je me dirai fier du Québec quand on aura corrigé les renseignements qu’on a donnés à la justice pour l’induire en erreur. Quand on aura réparé les prejudices causés. Quand on aura puni les coupables.

Que s’est-il passé ? La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) charge Yves Boisvert – pas le journaliste, mais son homonyme, responsable du laboratoire d’éthique publique de l’INRS – de préparer un étude sur les loteries vidéo et le jeu compulsif. Celui-ci s’adjoint trois autres universitaires: Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold Vétéré. Ils font et remettent leur rapport. Tout baigne.

Tout baigne, mais la RACJ n’aime pas les conclusions du rapport dont il apparaît, manque de pot, qu’il devra sans doute être versé au dossier d’un recours collectif intenté par les joueurs pathologiques contre Loto-Québec. Beaucoup de fric en jeu… Angst. Que faire ?

Dans un pays sous régime de droit et d’éthique, on respecterait le rapport présenté, en tentant peut être de le contredire. Dans un pays sous régime de magouille – disons régime de bananes, pour être délicat – il y a une autre option. On remplace le rapport qu’on n’aime pas par un rapport qu’on aime – le premier, tout simplement, mais amputé de ce qu’on n’aime pas ! – et on produit ce deuxième rapport au tribunal. TRES indélicat.

On produit le rapport tronqué, changeant simplement le titre sur la page couverture. Au lieu d’une étude sur la gestion des appareils de loterie vidéo mettant en lumière la responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique, il ne reste qu’un “Rapport sur la gestion des appareils de loterie video”… qui est essentiellement une analyse de sondage. Et voila !

Un petit subterfuge qui protège les milliards qu’apporte à l’État ce qu’on pourrait appeler la “Regie d’exploitation des vices et assuetudes” : l’organisme qui compense ce que notre fiscalité pourrait avoir de trop progressif, en allant chercher du fric chez les moins riches. Car ce ne sont pas les nantis qui contribuent la plus forte proportion de leur revenu au jeu; ce sont ceux qui n’ont pas beaucoup … et qui ont besoin d’espoir.

Le comportement de la RACJ en cette affaire est immoral et illegal. Raymond Viger, mon collègue sur ce site, s’y connait en moralité... Yves Boisvert – pas le chercheur, le journaliste – s’y connait indubitablement, lui, en légalité. Il accuse ici aussi brutalement que Zola. Il demande si l’on va enquêter sur ce tripotage en haut lieu. Va-t-on lui répondre “en haut lieu” ? Ce n’est pas une question rhétorique, car tout citoyen peut porter plainte. S’il n’y a pas de réponse, on verra à qui la chance et l’honneur de rétablir la dignité du Québec…

Pierre JC Allard

23-05-09

On a égaré USD $ 9 000 000 000 000

Je ne me specialise pas dans le suivi des rumeurs. Quand on annonce l’équivalent politico-économique de la fin du monde, toutefois, il faut bien prêter attention. Une video circule actuellement sur You Tube qui, si elle n’est pas une pure contrefaçon, risqué de provoquer l’explosion quasi instantanée de la société américaine.

On pourrait l’occulter pour ne pas “créer de panique”, mais cette video soutient une rumeur qui se propage sur le Web au rythme de 2 000 téléchargements à l’heure et que personne ne semble en mesure de nier. La question est maintenant d’ARRÊTER la panique. Je cherche présentement à en faite infirmer ou confirmer l’authenticité, mais, en attendant, vue son importance, je crois que cette video doit, sous toutes réserves, être rendue disponible au public français.

De quoi s’agit-il? On voit sur cette video, devant un comité du Senat américain, une inspectrice de la Banque Fédérale de Réserve des USA expliquant, plutôt mal que bien, que PERSONNE ne sait où sont passés neuf (9) TRILLIONS DE DOLLARS. USD $ 9 000 000 000 000. Évidemment, le montant est colossal, mais pourquoi cette admission de l’Inspecteur Sherman est-elle TELLEMENT grave ? Parce qu’il saute aux yeux que tout le monde s’en fout.

Le “bail out” des institutions financières américaines pour un montant cumulatif à ce jour de deux (2) trillions de dollars a ému le Senat, le Congres et la Maison Blanche… mais arrivent tout à coup ces neuf (9) trillions dont non seulement l’on ne sait pas où ils sont allés, mais dont on ne sait pas trop non plus d’où ils viennent… et la nouvelle est accueillie par un haussement d’épaule.

Personne ne les réclame. L’on se doutait déjà que l’argent ne valait plus grand chose, mais on constate tout à coup qu’il n’existe même pas, sauf comme une écriture dans les livres de la FED, car ces neuf trilliona n’apparaissent pas aux livres d’un quelconque débiteur ou créancier. On pourrait les effacer sans gêner personne. C’est sans doute ce qu’on a fait

Ce qui est grave, c’est que si ces 9 trillions de dollars sont imaginaires, le reste de l’argent peut l’être aussi. Or la FED est la banque de reserve. Les autres monnaies, comme l’Euro, ayant le dollar comme monnaie de réserve, le phénomène est global. L’argent dans votre compte en banque peut donc être aussi une pure creation de l’esprit. On savait que sa valeur reposait sur la confiance, mais la disparité entre ce qui dû et ce qui est là prouve que cette confiance a été trompée. Toute cette monnaie ne vaut rien.

A quoi peut-on s’attendre du citoyen ordinaire qui apprend que l’argent dans son compte de banque est une créance sur un débiteur insolvable ? Il n’est pas difficile de prévoir que, si le citoyen fait ce constat, sa reaction inmmédiate sera d’aller retirer tout ce qu’il peut de sa banque, d’acheter tous les biens ayant une valeur réelle sur lesquels il pourra mettre la main, de payer sa consommation en espèces aussi longtems que quelqu’un voudra bien accepter ces espèces et de se préparer au pire.

Peut-il y avoir pire que cette ruée sur le dollar mettant en évidence qu’il ne vaut rien ? Oui. Il y a les mesures d’urgence qui devront être prises pour assurer alors le fonctionnement de l’économie et qui equivaudront à la prise de contrôle complète au moins temporaire de l’économie par l’État. Si cette prise de contrôle avait été planifiée et était mise en vigueur calmement, parallèlement à l’émission d’une autre monnaie, ce serait une solution. Faite en catastrophe, elle ne peut être… qu’une catastrophe. Et seul pourra gérer cette catastrohe un gouvernement qui suspendra les libertés démocratiques.

Si cette video n’est qu’un canular, QU’ON LE DISE VITE ! Si, cependant, il y a là une once de vérité, il faut non seulement que le gouvernement le dise, mais qu’il intervienne AVANT la panique, la ruée sur les banques et tout ce qui s’ensuivra. Une bombe est là. La mèche est allumée. L’État – AUCUN ÉTAT – ne peut ignorer cette menace.

Pierre JC Allard

22-05-09

Les Québécois n’entreront pas dans Gaza

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Une delegation de 17 Québécois – syndicalistes, artistes, travailleurs de l’information, incluant des Québécois d’origine juive montant au front au soutien de la tolérance et de la paix – ont voulu visiter aujourd’hui le territore de Gaza, afin de constater sur place ce qu’est la situation et l’ambiance qui y prévaut.

Plusieurs rencontres y avaient été prévues avec des groupes locaux et une activité artistique avec des enfants palestiniens avait été organisée par “Artistes pour la Paix” Cette visite était prévue depuis quelque temps, car cette délégation parcourt depuis dimanche Israël et les Territoires palestiniens occupés de Cisjordanie. Ce matin, 21 mai, la délégation s’est vu refuser l’entrée à la bande de Gaza par les autorités israeliennes au point de contrôle d’Eretz et à été refoulée vers la Cisjordanie.

Dommage. Eut-elle été admise, elle aurait été l’une des premières à entrer à Gaza depuis l’intervention israelienne de l’hiver dernier dont les renseignemenst qui circulent soutiennent pour la pluplart qu’elle aurait fait environ 1 500 morts, dont des civils.

On peut regretter, pour toutes les parties concernées, que cette delegation – en provenance d’un pays qui a toujours soutenu la politique israélienne, mais dont il est notoire qu’une partie de la population est sensible aux doléances palestiniennes – n’ait pas été admise à completer son périple. On peut penser qu’elle aurait rapporté les faits avec impartialité.

Cette vision impartiale est ce qui fait gravement défaut actuellement, dans le dossier Palestine, alors que les sympathisants, de part et d’autres, s’en tiennent à leurs positions figées depuis longtemps et ne semblent pas vouloir comprendre ou accepter que l’élection de Obama à la présidence des USA change radicalement la donne. La récente rencontre Obama-Natanyahu, ne peut pas être un simple coup d’épée dans l’eau. “Not now. Not this time…

Personne ne sait comment la relation USA-Israel va évoluer, mais il est clair que le dossier palestinien pèsera lourd dans la besace d’Obama, maintenant que l’opinion publique américaine devra être sensibilisée à une vision plus complexe du monde. Nul ne peut changer les événements qui ont eu lieu en Palestine, mais toute monde a sans doute intérêt à ce que ces événements soient perçus dorénavant sous un nouvel angle, favorisant la paix et un long processus de réconciliation.

Dans cette optique, un rapport de la délégation québécoise – aussi inoffensive qu’une délégation peut l’être – aurait pu être un jalon posé sur la route d’une re-interprétation pragmatique des discours que tiennent Israëliens et Palestiniens depuis trop longtemps. Il est dommage que cette visite n’ait pas eu lieu et que ce rapport n’ait pu être rédigé et diffusé, car il y a souvent à l’approche québécoise face aux problèmes internationaux, une fraîcheur de bon aloi dont aurait pu sortir du bien. Espérons que ce ne sera que partie remise.

Pierre JC Allard

21-05-09

La Jaggernauth pharmaceutique

La malice du système capitaliste qui nous gouverne se manifeste évidemment au niveau des grands dossiers qui nous mobilisent tous : les guerres impérialistes, la démocratie sous le talon de la corruption, les inégalités scandaleuses de rémunération, le contrôle et la manipulation de l’information… Elle ne s’arrête pas là, toutefois. Elle est présente aussi au quotidien et s’acharne encore plus cruellement sur des individus qui n’ont d’autre importance que celle que leur vie revêt pour eux.

Pourquoi dire “plus cruellement” ? Parce que si vous, moi ou quiconque à son heure, tombe seul, par simple déveine, sous les roues de la Jaggernauth pharmaceutique issue du capitalisme, il ne peut pas alors compter sur un grand mouvement de solidarité. Il devient un « dommage collatéral ». Il est seul et il est broyé. Il en sera ainsi aussi longtemps qu’un mouvement ne naitra pas qui fera SYSTEMATIQUENENT sienne la cause de tous ceux que les intérêts du systéme sacrifient sans même y prêter attention.

Cette industrie pharmaceutique qui nous tient tous en otage doit être la première réappropriée et mise au service de l’humanité. Exemple ? Joshua Thompson souffre, depuis 3 ans, d’une maladie dégénérative incurable. ( Voyez, ici, tous les détails de l’affaire). Pour lui, une lueur d’espoir est apparue avec un nouveau médicament: IPLEX. Les tests sont extrêmement prometteurs, mais l’usage n’en est pas encore autorisé. Lui en donnera-t-on ? C’est sa vie, elle s’achève, ce decrait être son risque et sa décision. Mais on ne lui en donne pas…

Principe de précaution ?… Tout dépend des principes qu’on a… et de ce pour quoi on veut prendre tant de précautions… Quand on va au fond des choses du cas Joshua, on trouve une querelle entre deux sociétés pharmaceutiques défendant leur royalties. Pendant qu’elles défendent leurs intérêts financiers, la maladie n’a pas d’adversaires. Les malades dégénèrent et meurent.

Joshua a lutté et finalement obtenu le médicament, après des années d’efforts, presque trop tard… Trop tard, peut-être pour lui éviter toutes les séquelles qui auraient pu l’être, si la compassion avait été là au départ. Est-ce que cette attitude est tolérable ? La saga de Joshua Thompson est emblématique d’une attitude sordide de l’industrie pharmaceutique.

Et il y a encore plus révoltant que le cas Joshua. Prenez celui de Frederick Baron. On ne parle plus ici de IPLEX mais de TYSABRI, contre le myelome multipe, même scénario, toutefois, de NE PAS fournir le traitement. Ils sont légions… Pour que Frederick Baron ait son TYSABRI, à quelques heures de son décès annoncé, il a fallu faire appel a Lance Armsrong, Bill Clinton et ameuter tous les médias. Il a fallu y mettre des sous, ce que tout le monde n’a pas. On a finalement a attendri in extremis, le responsable … S’il eut été pauvre et sans appuis, Frederick Baron serait mort. Voyez le dossier. Vous pensez quoi de James C. Mullen, PDG de Biogen ?

On parle d’exceptions de compassion… mais la compassion ne devrait elle pas être la norme ? Est-ce qu’il est raisonnable que la vie des gens dépende des humeurs des PDG des fabrique de pilules et de vaccins ? Et quand on gratte un peu, ces gens qui meurent parce que les remèdes pour le Sida sont si chers, est-ce vraiment la fabrication du medicatent qui est onéreuse, ou le coût de la recherche qu’il faut bien amortir ? Ne devrait-on pas structurer la recherche et motiver les chercheurs autrement qu’en gardant la lumière sous le boisseau ?

Il y a quelque chose de pourri dans cette gestion de la santé en fonctions des dividendes des actionnaires. Il est temps que l’État fasse son boulot pour la collectivité. Vite, avant que n’arrive des choses regrettables.

Pensez à ces études largement diffusées de Global Dominance qui disaient sans émotion, juste avant le 911, que seule une catastrophe de l’envergure de Pearl Harbour « éveillerait l’Amérique a ses responsabilités ». Combien de temps avant qu’un simple quidam – conjoint, père, mère, sœur frère ou ami d’un malade à qui l’on refuse le traitement dont dépend sa vie – ne décide d’eveiller à sa façon l’Amerique, en allant chercher le remède qu’il veut manu militari ? Avec un pistolet sur la tempe d’un PDG récalcitrant… ou en prenant les propres enfants de ce dernier en otage ?

On tente le diable. Il faut que la société intervienne et s’assure que l’industrie pharmaceutique réponde aux besoins, sans se laisser détourner de sa mission par des intérêts financiers, ni opposer son veto à ce que réclame l’individu dont la vie en dépend réclame. C’est SA vie. Son choix doit être éclairé, mais doit demeurer SON choix

Pierre JC Allard

20-05-09

Vellupillai Prabhakaran est mort… probablement

Qui ? Un homme qui, depuis 26 ans, dirigeait au Sri Lanka une rebellion qui a fait des milliers de victimes et a presque mené à l’éclatement du pays. Vellupillai Prabhakaran l’a fait pour une “cause”, comme tous les libérateurs. Comme sans doute tous les libérateurs, il l’a fait aussi, sans doute, pour se ”réaliser”.

Pour se réaliser. Avoir sa photo en première page, hier et demain, puis son buste en pierre ou en marbre, pour l’éternité. Pour être immortel. Maintenant, il est mort – peut-être – et, pour l’immense majorité des humains, il pourrait ne pas avoir existé.

Pour 21 millions de Sri Lankais, hélas, il a été bien reel. Sri Lanka, Ceylan, Serendip… peut-être le plus beau pays que j’aie vu, avec une population exceptionnellement souriante et sympathique. Un pays béni des dieux… Sri Lanka était un paradis dont, pendant des années on a réusssi à faire une enfer. Vellupillai Prabhakaran s’en est occupé.

Pas tout seul, naturellement. D’autres voulaient aussi l’indépendance pour les 2 ou 3 millions de Tamils du nord de l’île. Ceux-ci ne la voulaient pas tellement, vers 1960, mais ils la voulaient plus en 1980. À cause de l’injustice, des vexations d’une majorité bouddhiste, toujours souriante, mais prisonnière d’une lutte pour la vie. Une lutte qui insidieusement incite a abuser de la force même dérisoire qu’on a, quand on est prisonniers de la misère… et on ne les aidait pas.

Avec Vellupillai Prabhakaran, les Tamils ont tué des Bouddhistes innocents. Ils n’ont jamais manqué d’armes. Puis, les autres ont tué d’innocents Tamils, jusqu’à ce que ceux-ci la veulent beaucoup, cette indépendance. On a eu 26 ans de violence croissante, coupées de petits répits. Toute une génération d’attentats et d’assassinats.

Je me souviens qu’en 1985, visiter Sri Lanka exigeait, comme au Cambodge, qu’on contourne les zones de « malaise », ainsi qu’on disait pudiquement à Colombo. Allant vers le nord en voiture, il fallait lire dans les physionomies, dont le sourire s’estompait peu à peu, qu’on atteignait progressivement le point où arriver du sud vous rendait malvenu. Décider de rebrousser chemin avant que la population ne devienne hostile.

Pourquoi cette guerre civile ? Peut-on imaginer que les Tamils indépendants allaient être plus riches, plus libres, plus heureux ? On peut l’imaginer, mais rien ne permet objectivement de supposer que l’économie aurait été plus florissante, ni la démocratie plus vibrante dans l’Éelam, cet État tamil que Vellupillai Prabhakaran voulait créer. Pas plus de riz, pas plus de thé, pas plus de touristes.

Durant des années, le pays a été appauvri et la liberté a été réduite, par la violence et les mesures contre la violence. Sri Lanka va sortir de cette guerre exsangue, avec une méfiance entre les ethnies qui durera une ou deux générations… et une armée qui en sera plus contrôlante. Un gachis.

Il est possble, mais loin d’être certain, que Vellupillai Prabhakaran devienne un héros de légende. Ca dépendra des histoires que les Tamils voudront raconter à leurs enfants.

Triste pour les Sri Lankais du nord comme du sud cete guerre de misère. Un peu tard pour eux, mais n’ oublions pas les autres : il y a des centaines et des centaines de millions de « Tamils » sur cette planète… Pas de vrais Tamils, mais des miséreux d’autres ethnies, en Somalie, au Darfour et ailleurs, à qui l’on fait miroiter les mêmes rêves de sortir de leur misère et qui vont mourir parce que d’autres Vellupillai Prabhakaran veulent “se réaliser” et devenir immortels.

Nous, on ne les aide pas à sortir de leur misère. Quand viendra le prochain Vellupillai Prabhakara, on ne le dissuadera pas de se rêver une éternité de marbre. On lui vendra des armes.

Pierre JC Allard

19-05-09

La gouvernance municipale

On ne peut fréquenter un blogue sans se faire une image de celui qui l’écrit. Je ne parle pas stature, coiffure, garde-robe, mais façon d’être et de penser, vision du monde, attitudes et réactions… Un lecteur vient trois (3)fois et il anticipe les prises de positions du blogueur. On ne l’étonne plus souvent… Serez-vous étonné, si je vous dis que j’ai été candidat à la mairie de Montréal?

Candidat en 1994… Oh, pas bien longtemps et j’ai retiré ma candidature avant le jours du scrutin, afin que quelques voix égarées sur ma personne ne viennent pas brouiller une situation qui était déjà bien confuse, mais j’ai rempli les formalités requises, fait une conférence de presse tout a fait correcte, mis à sa place par une injonction un journaliste qui ne m’avait pas bien cité et, surtout, j’ai présenté un programme. Ce sont les programmes qui m’intéressent.

Je vous raconte ça, parce que 15 ans ont passé et que, hormis le premier point de ce programme – qui demandait la création d’un Grand Montréal et qui est maintenant une réalité – tout les reste est encore tellement d’actualité, qu’on pourrait présenter ce programme aux élections de novembre. Il serait sans doute encore meilleur que ce qu’on nous proposera. Vous pouvez en juger en allant simplement ici et en regardant ces propositions une à une…

Que ces propositions soient toutes raisonnables est affaire d’opinion, mais il y en a une en particulier sur laquelle je voudrais insister, parce que je crois que nous n’aurons pas un administration correcte à Montréal, aussi longtemps que nous n’y aurons pas donné suite : il ne faut pas de PARTIS municipaux.

Un parti, c’est un groupe de gens qui se mettent d’accord… pour être d’accord. Lorsque c’est fait, ils ne pensent plus : ils suivent la ligne du parti. La notion de parti figé dans une certitude commune n’est jamais constructive, mais elle est à son plus néfaste au palier municipal, puisque ce n’est pas l’endroit pour défendre des principes et des idéologies, mais pour décider selon le bon sens et en équité de réalisations bien concrètes.

C’est l’endroit pour concilier des intérêts particuliers qui ne sont pas toujours les mêmes. Quand les élus soumis à un parti disent et font ce que leur impose la direction du parti, sans une pensée pour ceux qui les ont élus, la concertation qui permettrait de concilier ces intérêts n’existe plus… et la vraie démocratie non plus.

Ceux qui représentent, accoutument alors d’acquiescer pour garder un peu de pouvoir, puis leur vient la tentation d’acquiescer pour d’autres avantages et c’est la corruption qui menace. Ceux qui sont représentés comprennent qu’ils ne le sont pas vraiment, s’en désintéressent et tout le processus démocratique devient une caricature de démocratie.

Les conseillers municipaux devraient être élus pour ce qu’ils sont – des notables dans leur arrondissement – veillant aux intérêts de cet arrondissement, tout en constituant le « législatif », composé ainsi de représentants indépendant, qui règlements pour l’administration de la ville tout entière .

Le maire, en plus de sa mission de représentation, devrait être l’ « exécutif » de la gouvernance municipale, le patron de tous ces fonctionnaires qui font fonctionner l’administration et voient à ce que les services soient rendus. C’est le maire qui devrait, en s’appuyant sur l’expertise de ces fonctionnaires, présenter aux conseillers les projets de règlements sur lesquels ceux-ci se prononceront.

C’est cette démocratie de type « présidentiel » qui permettrait l’administration efficace d’une ville, dans le champ des compétences qui lui sont dévolues. Il serait bon qu’on y pense, avant de recommencer cet automne le processus électoral assez décevant qui sévit depuis des décennies.

Pierre JC Allard

18-05-09

« The One » et l’imperfection programmée

Obama, dont le premiers geste avait été de bannir la torture et les tribunaux d’exception de Guantanamo, a rapidement ensuite pris position pour s’opposer aux poursuites contre ceux qui ont torturé et fait torturer. Il vient, il y a quelques jours de refuser la publication d’un énorme dossier de photographies qui auraient montré encore plus clairement la pleine étendue des sévices commis contre les prisonniers et souligné l’odieux de la guerre américaine en Irak. Il en rajoute encore, finalement, en remettant maintenant en services ces tribunaux militaires dont il avait ordonné la suppression ! Que se passe-t-il ?

Il est important de le comprendre, car c’est de ça que va dépendre l’opinion mondiale… et c’est de cette opinion mondiale que va dépendre le sort de l’Occident. On veut croire que les USA ont changé. On VEUT croire, en Europe, qu’il y a eu une Amérique de Bush, honnie et méprisée parce qu’elle était ignoble, mais qu’un nouvelle Amérique est arrivée, avec Obama, qu’on peut recommencer à respecter et à aimer.

On veut le croire, parce que si la fracture n’est pas réparée entre Europe et Amérique, notre civilisation ne sera plus le phare, mais la lanterne. Mais il faut que le changement annoncé soit crédible… Pourquoi, donc, cette volte-face qui risque de clore la lune de miel et de recréer l’antagonisme des dernières années?

Le scénario le plus simple est qu’Obama ait changé d’avis… mais Obama est parfait. Il est « The One », nous a dit Oprah dès le départ, en référence au film Matrix, ce qui en fait plus qu’un messie, car le héros de Matrix ne se contente pas d’apporter une solution, il dissipe l’illusion et fait disparaître le problème… Le film ne nous dit jamais quelle providence nous envoie ce sauveur, mais, dans le monde réel, ce ne peut être que l’Establishment financier, puisqu’il n’y a simplement pas de pouvoir alternatif sur la planète d’ou Obama pourrait être issu… et il n’y a pas de génération spontanée.

Créature de l’Establishment, Obama a sans doute été créé sur mesure, choisi parmi des milliers de candidats, après des études et des sondages poussés, pour venir transformer un système dont on avait tiré tout ce qu’il pouvait donner. Il n’y a rien dans l’image d’Obama, son discours, son comportement qui n’ait été rendu aussi parfait que le permettent les techniques dont on dispose aujourd’hui.

Or on n’est plus aujourd’hui dans la préhistoire de la manipulation, avec Bernays, Tchakotin et Goebbels. On a créé « The One » et on l’a vendu à la population comme le produit miracle, y mettant financièrement tout ce qu’il fallait, éliminant de sa route tous les obstacles et lui donnant finalement comme adversaire un vieillard peu charismatique assisté d’une colistière caricaturale.

Il a gagné, bien sûr. Il a gagné et un plan se déroule dont il est bien difficile de croire qu’il n’ait pas été minutieusement préparé de longue date. Mais si cette volte-face fait partie du plan, à quoi sert-elle ? Le plus probable est qu’elle est là pour souder l’Amérique en un tout plus solide, en mettant Obama dans un rôle d’arbitre entre les factions libérales et conservatrices de l’Amérique.

Ceux qui veulent la punition des tortionnaires, la publication des photos, et la fermeture de Guantanamo vont sortir de la complaisance où les a faits tomber l’élection d’Obama et remonter aux barricades. Ils obtiendront tout ce qu’ils veulent, puisque cette élection a prouvé qu’ils étaient majoritaires, que le Congrès se fera leur porte parole et que les tribunaux suivront le nouveau vent qui se lève…

Ils l’obtiendront, mais Obama apparaitra comme l’homme du centre. A son corps défendant (!), il aura permis que la démocratie juge les auteurs des exactions – pas les petits, les grands – mais il aura été le protecteur impartial de ceux de la vieille garde…

Les photos qui n’ont pas été publiées pourront plus facilement être versées aux dossiers. Les tribunaux militaires trouveront quelques coupables qu’on punira et quelques innocents qu’on dédommagera…. puis Guantanamo fermera de consensus, puisque son travail n’aura pas été interrompu, mais terminé avec succès.

La Droite verra Obama comme un juste; c’est ce qu’elle respecte. Des que justice aura été faite, la Gauche ne lui ne reprochera plus ses volte-faces. Il aura hésité, mais il en sera arrivé à la bonne décision. La Gauche le verra un peu hésitant, “imparfait”, plus humain… c’est ce qu’elle aime.

La perfection, ça se construit… et ça s’entretient.

Pierre JC Allard

17-05-09

ABROGEZ HADOPI

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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La France vient de créer une Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet ( HADOPI ) C’est une mesure liberticide dont on peut en conscience refuser de participer à l’application. Pourquoi ?

Parce que sous couvert de protéger les droits des créateurs – un prétexte fallacieux, car il y a de bien meilleures façons de le faire – on instaure un système permettant à l’État de s’immiscer dans la vie privée des citoyens et de s’arroger l’accès à leurs documents domestiques.

Non seulement cette perquisition en continu est elle odieuse par nature, mais elle pose obstacle à la libre expression de la pensée et fait peser une menace sur toute opinion que le pouvoir en place pourrait declarer illégale. Une menace totalement inacceptable, dans un état de droit, puisque la sanction est l’interruption d’un service de communication qui est aujourd’hui le seul rempart contre la manipulation de l’opinion publique par les medias traditionnels tout entier sous contrôle du pouvoir en place.

D’autant plus inacceptable que l’interruption est décidée et appliquée par simple decision administrative, sans intervention préalable du judiciaire, sans référence à des critères spécifiques au cas lui-même et sans autre recours qu’une demande en justice à posteriori où c’est le sanctioné qui aura le fardeau de la preuve.

Hadopi est une mesure antidémocratique. Une aggression caractérisée dans cette guerre dont Orwell, dans 1984, nous prevenait que tous les gouvernements allaient l’entreprendre contre leur propre population.
“The war is waged by each ruling group against its own subjects”

Cette attaque de notre “ruling group” doit être repoussée. Elle le sera, si chaque citoyen, en son âme et conscience, juge que cette mesure est inique, compromet notre avenir comme peuple voulant vivre en démocratie et doit donc être bloquée à toutes les étapes de sa mise en application.

Tous les moyens légaux, au fond ou à la forme – ou dilatoires – doivent être utilisés, pour ne pas s’en rendre complices, par tous ceux dont l’État veut faire les instruments de cette atteinte à la liberté.

De même, ceux à qui l’on demandera de poser les gestes nécessaires pour en assurer le fonctionnement technique peuvent, s’ils mettent en doute la légitimité morale d’Hadopi, en contrecarrer indefiniment l’application en s’abstenant de le faire. Les avis mal adressés, les fils mal branchés… Hadopi ne fonctionnera pas si le peuple ne veut pas qu’Hadopi fonctionne.

Ce ne sont pas les mots d’ordre syndicaux qui vont sauver la démocratie ; ce sera l’obéissance de chacun aux diktats de sa propre conscience, appuyée sur la compréhension tranquille du pouvoir invincible qui est le sien dans une société d’interdépendance.

GAGNONS CETTE BATAILLE AUJOURD’HUI…

Pierre JC Allard

16-05-09

Tolérance 101

Je participe au blogue collectif « Les 7 du Québec ». Je lis tout ce qui s’y publie, j’y apprends beaucoup et j’en suis heureux. Je l’ai rarement été autant, toutefois, qu’il y a quelques jour, quand mon collègue Lutopium y a traité d’un thème que j’avais complètement occulté : le nouveau cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR) qu’on introduit au Québec. Le sujet est d’autant plus d’actualité, que s’ouvre maitenant à Drummondville le procès qui déterminera si les parents ont le droit, au nom de la liberté de conscience, de demander que leurs enfants en soient exemptés.

En lisant cet article et les nombreux commentaires auxquels il a donné lieu, j’ai repris contact avec un Québec d’il y a cinquante ans que je croyais disparu. Oh, je savais bien que nous avions un cardinal à Québec et un maire au Saguenay qui faisaient encore des déclarations de l’époque pré-laïque, mais je n’y voyais qu’un innocent folklore. Me renseignant, je ne suis aperçu qu’au contraire rien n’est vraiment réglé côté religion et laïcité.

Evidemment, on a ici un amalgame. Aux Chrétiens – surtout catholiques et évangéliques – dépités qu’on puisse laisser savoir qu’ils ne sont pas les seuls, se sont ajoutés les fidèles juifs et musulmans, inquiets que leur religion ne soit pas présentée sous un jour assez favorable, puis les athées, sans doute, dont on découvre avec ébahissement que le ECR prendra pour acquis qu’ils n’existent pas et ne prononcera même pas le mot athéisme.

Ceux qui s’y opposent au cours sur l’éthique et la culture religieuse en raison de leurs croyance sont aussi rejoints par d’autres qui, sans égard à son contenu, contestent en principe l’intrusion de l’État dans ce domaine qu’ils veulent réservé aux parents. Tout ça fait beaucoup de monde, de telle sorte qu’un récent sondage prétend que 45 % des Québécois ne veulent pas de ce cours d’ECR.

Ma première réaction est de penser que l’histoire des religions est une facette de l’Histoire tout court et ne devrait pas mériter plus d’importance que toute autre grande variable sociologique, que l’on parte de l’évolution des techniques, des modalités du travail ou de celles de la propriété, mais la levée de boucliers que soulève cette initiative prouve que ma première réaction n’est pas la bonne. La religion EST le premier déterminant culturel et l’on ne peut pas simplement la contourner en pensant qu’elle disparaîtra d’elle-même avec le progrès.

Il est important de dire que, dans la mesure où elle met la foi au-dessus de la raison et s’arroge le monopole de la vérité, TOUTE RELIGION enlève à cette raison son rôle incontesté d’arbitre entre ceux dont les croyances diffèrent. Elle ne leur laisse plus alors d’autre choix que de régler par la force leurs oppositions, à la mesure de l’exclusivité à laquelle leur foi aspire et avec toute la violence de leurs fanatismes respectifs.

Dans cette optique, toute intrusion de la religion dans la sphère publique ne peut que créer des dissensions et être un obstacle à la concorde que l’on souhaite dans une société. Il faut qu’on en prenne conscience et qu’on le dise. Le droit de chaque individu à ses opinions doit être indissolublement lié à son obligation de respecter totalement celle des autres. Une obligation qui contredit la responsabilité de prosélytisme inhérente aux grandes religions monothéistes.

C’est cette obligation prioritaire de tolérance qui doit être inculquée à l’enfant envers et contre tous. Elle exige une laicité proactive qui devrait aller de soi. Si elle est contestée, c’est qu’il faut l’enseigner.

Pierre JC Allard

15-05-09

Et alors, les subprimes, ça va ?

Depuis qu’Obama a lancé en mars son plan Making Home Affordable pour venir en aide aux propriétaires catastrophés – et à leurs créanciers, bien sûr – des prêteurs hypothécaires représentant 75% du marché ont accepté d’y souscrire, ce qui devrait permettre à 9 millions de proprios menacés de ne pas être expulsés et de sauver leur mise. Bonne initiative, qui évitera bien des larmes et peut-être du sang dans les rues.

Les créancier vont empocher USD 50 milliards de compensation pour refinancer les prêts et réduire les taux… Il semble qu’aujourd’hui même, Timothy Geithner, Secrétaire au Trésor et Shaun Donovan de l’Habitat (Housing and Urban Development) vont annoncer conjointement qu’on en rallonge encore un peu.

Il est temps. 340 000 avis de défaut de paiement en mars, 342 000 en avril… tout semble se stabiliser, mais, comme la résistance de l’air peut freiner la chute d’un corps en chute libre sans remettre en question les lois de la physique, il semble bien que le marché immobilier aux USA s’effondre aussi vite et pas plus que ce que permet le nombre de huissiers et de sheriffs. Ce qui rappelle l’horrifiante phrase de ce témoin, dans le film « Judgment at Nuremberg » : « tuer est facile, c’est disposer des cadavres qui est le défi… »

On va allonger quelques milliards de plus, ce qui est bon, mais pourquoi le faire si bêtement ? La solution raisonnable ne serait-elle pas que l’État ou un organisme parastatal ad hoc désigné par l’État – comme Fannie Mae ou Freddie Mac, par exemple – deviennent simplement propriétaires des maisons saisies et les LOUENT à leur ex-propriétaire occupant ?

Qu’ils les louent, mais avec la clause que la propriété en sera transportée à ce dernier quand la somme de ses loyers mensuels atteindra la valeur du marché établie aujourd’hui pour l’immeuble, majorée d’un intérêt raisonnable, disons celui du “prime rate” ou du LIBOR, par exemple.

A quel loyer mensuel les louer ? Au prix des paiements mensuels le plus élevé auquel l’ex-proprio a consenti lorsqu’il a obtenu son hypothèque initiale, mais plafonné à 30% de son revenu disponible actuel. Ce loyer demeurera inchangé, car il sera assimilé à un versement sur une vente à terme.

La charge réelle que ce loyer représente pour l’ex-propriétaire devenu locataire-acheteur diminuera donc avec l’inflation. Il n’y a vraiment là rien d’inusité. On fait seulement bénéficier de cet effet une strate de la population que jusqu’ici on ne voulait pas voir, parce qu’elle vit sous le naseau du cheval capitaliste.

Si le paiement est plafonné, il faut introduire une variable, puisque garantir le revenu est un tout autre projet.. ! Cette variable, c’est le temps. Le locataire payerait 10 ans, 30 ans, 50 ans… jusqu’à ce que le prix ait été acquitté. Au pire, il payerait peut être indéfiniment… ce qui ne serait encore que le maintien de sa condition initiale de locataire et sans augmentation de loyer.

On en viendra sans doute à cette approche, dès qu’on aura apprivoisé les Américains à cette intervention – ingérence – de l’État sur le marché. De ce marché de l’immobilier, on passera aux autres; nous entrons dans une nouvelle économie. Le capitalisme est mort, puisque l’argent ne vaut plus rien. On se demande seulement s’il est moins troublant de l’embaumer pour un temps ou de l’enterrer tout de suite.

Pierre JC Allard

14-05-09

RÉFÉRENDUM… Autrement

J’ai reçu quelques courriels qui me reprochent gentiment de ne pas parler du Québec.  “Vous parlez de tout, sauf de ça…”   Une fois ça va, deux fois je prête sérieusement attention, trois fois, je ne discute plus: vous avez raison.  Le problème, c’est que, pour l’instant, il y a plutôt de tristes constats à faire que des solutions à proposer.   La  Caisse a perdu des dizaines de milliards de dollars, les projets FIER laissent soupçonner des indélicatesses, mais que peut-on y faire ?  Nous avons élu un gouvernement majoritaire et il fera bien ce qu’il voudra…

De toute façon, quelles sont nos solutions de rechange ?  Le Parti Québécois  ne défend plus son projet d’indépendance et les éditorialistes en sont à spéculer sur les ambitions à la chefferie de François Legault, même si l’on n’a à lui reprocher que de faire correctement son travail.   L’ADQ se cherche vraiment un chef, mais à l’interne, alors qu’il est clair que l’on n’y trouvera pas le super héros qui pourrait susciter la grande vague de fond populaire qui en ferait une alternative crédible.

Ni les Verts, ni Québec Solidaire ne sont non plus des options réalistes, de sorte que le prochain geste qui allait créer un peu d’animation semblait devoir être le départ  anticipé de Jean Charest vers la scène fédérale.  Ce départ, toutefois, semble maintenant bien improbable à court terme, avec l’arrivée d’Ignatieff dont on voit mal comment il pourrait ne pas gagner les prochaines élections à Ottawa.

Que peut-on faire d’utile au Québec qui pourrait nous distraire  de la crise actuelle qui va créer une profonde morosité  ?  Lisez les commentaires des lecteurs sur Le Devoir et La Presse. On est revenu à la sempiternelle question du référendum.  Je mets donc ici  de l’avant une proposition que j’ai déjà faite:  ne pas faire un referendum sur l’indépendance, mais sur le droit du Québec à la faire.  Ce qui est la souveraineté. 

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d’une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d’indépendance, unilatérale ou négociée selon qu’il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifierait PAS la sécession du Québec, mais signifierait que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec…  Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Il est donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Si un parti propose la sécession, l’élection devient ipso facto référendaire.  Si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait ses conditions de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci ne se borne pas à instrumentaliser l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler.  Il pourra la faire !

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum — et la contester serait un suicide politique pour le parti fédéral qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec. Je crois que c’est cette reconnaissance de la souveraineté du Québec, sans obligation de quitter Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste ici depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada et en disant haut et fort qu’il y restera.

Pour normand qu’il soit, ce choix n’empêcherait pas que le Québec soit devenu souverain et ait dès lors dans sa poche la clef de l’indépendance.  S’il la voulait et quand il la voudrait.

 

Pierre JC Allard

13-05-09

Agoravox et l’inconvenance

J’ai parlé hier de la démocratie et de sa vulnérabilité à la corruption. Il faut bien aussi faire le constat, hélas, qu’elle est sans défense face à la manipulation. J’en ai eu une manifestation caricaturale, hier, quand Agoravox, le media citoyen français rival de Rue 89, a refusé de publier cet article sur la démocratie et la corruption.

Étonnant, car j’en suis à une cinquantaine d’articles sur Agoravox – dont le bestseller de la semaine dernière – et l’article n’est ni raciste, ni injurieux, ni moins d’actualité que la plupart des contributions… Par où ai-je péché ? Je réfléchis….

Le plus probable est qu’un modérateur exceptionnellement peu doué – ils sont quelques-uns – y ait vu un appel à la dictature, mais il ne faut pas négliger l’alternative : un élément de la vie politique française rend le sujet tabou. Hypothèse à ne pas négliger, puisqu’on m’invite à représenter l’article plus tard avec un complément d’information, ce qui, vu la nature du sujet, est surréaliste. Aurais-je écrasé un malencontreux doigt de pied ?

Quel fait divers peut avoir rendu le sujet délicat ? Le plus probable, c’est l’affaire Marleix. Alain Marleix, secrétaire d’État à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales au Ministère de l’intérieur a fait pression auprès des autorités de la Sorbonne pour que sa fille, Laurence Saint-Gilles, née Marleix, y obtienne le poste bien convoité de maître de conférence.

Il y a généralement pour ces postes de 100 à 150 candidats et le milieu ne se gêne pas pour dire que la jeune impétrante, ne l’aurait pas eu et n’aurait même pas été appelée en entrevue, si le népotisme n’avait pas faussé la donne… Le milieu, mais aussi Rue 89 dont nous parlions plutôt et qui fait un million de visites par mois. Rue 89 a dénoncé le passe-droit, et tout s’est retrouvé dévoilé en noir sur blanc sous l’appellation “controverse” sur la bio dudit Secrétaire d’État sur Wikipedia. Méchant. Nomination annulée. Circulez, il n’y a rien à voir…

Méchant, mais on n’est pas toujours gentil en politique et un peu de copinage ne devrait inciter personne à déchirer sa tunique, sans quoi on irait nu ou bien dépenaillé sur toutes les routes de France et de Navarre. Si tout s’arrêtait là, on n’en parlerait donc pas plus que des autres indélicatesses qui fleurissent comme des pustules sur la face de l’État Là où tout ça a dérapé sérieusement, c’est quand l’allusion à cette petite pression du politique sur l’académique a été EFFACÉE du site Wikipedia. Bizarre…

Bizarre, qu’on aurait dit, il n’y a pas si longtemps, mais le monde va vers la transparence. Une petite recherche et l’on a vite trouvé que l’auteur de la manipulation avait opéré à partir…. du Ministère de l’intérieur ! Tiens donc ! On nomme sa fille, on fait marche arrière quand la nomination fait scandale puis un sbire “corrige” l’Histoire à la 1984. Vous vous souvenez ? “Qui contrôle le présent contrôle le passé, qui contrôle le passé contrôle l’avenir “ Un type bien, Orwell…. Quand l’État corrige l’information des médias en catimini, elle est bien moche la démocratie…

Quel rapport entre cette histoire et le refus d’un article par Agoravox ? Aucun. Sauf, peut-être, la propension des medias à s’écarter de tout sujet qui pourrait frôler l’inconvenance politique. Les Martiens et les soucoupes, Dieu et son Pape, Bush et les Tours,… ça va. Mais on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu, ni de corruption en France. Du moins pas cette semaine…

Pierre JC Allard

12-05-09

Cette mocheté de démocratie

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Je suis depuis toujours un fidèle propagandiste de la démocratie. J’en demeure amoureux et je garde sa photo à mon chevet, mais, avec le début de l’Ere Obama qui va lui donner un nouveau sens, il devient nécessaire d’en parler davantage 

La démocratie n’existe pas. C’est un idéal à atteindre. Et encore, il faut préciser qu’elle n’est un idéal que si elle reste à sa place. La démocratie, dans une société, ne doit couvrir de ce que l’interdépendance qui nait de notre besoin les uns des autres, rend opportun de décider en commun.  J’en parle ailleurs, mais ici il ne s’agit pas de ce qu’elle doit couvrir, mais des contraintes qu’on rencontre à l’appliquer, même là où elle est nécessaire.

 La démocratie vient dans une société quand celle-ci grandit et se complexifie. Le pouvoir dans un groupe est toujours à qui a la force, mais, dans un groupe où l’on est assez nombreux, la grosseur des biceps devient moins significative que le nombre des individus dans chaque faction. La force brute ne perd pas toute importance, mais le pouvoir réside de fait dans les alliances.  Disons que qu’une majorité de gros biceps constitue une « majorité effective » et confère le pouvoir, « gros biceps » avec le temps, devenant gros gourdins, puis des fusils-mitrailleurs.

Chacun, pour satisfaire ses besoins et ses désirs, veut plus de liberté et donc de pouvoir; face au destin et à la nature, mais face aux autres, aussi.. En politique, « pouvoir » est le nom qu’on donne à la liberté de chacun quand elle empiète sur la liberté des autres. Chacun veut plus de pouvoir, mais, dans une société civilisée, cette quête du pouvoir est encadrée par l’ordre que fait régner la majorité effective.  L’ordre qu’exprime la loi imposée par l’État, dirigé par un gouvernement qui est l’émanation de cette majorité effective.

Plus une société est complexe, plus grande est l’interdépendance entre les sociétaires, plus grand est le pouvoir de chacun – à la mesure du besoin qu’ont les autres de lui – et plus un consensus est nécessaire. Si une majorité effective a la conviction que la loi incarne le bon droit, elle prendra toujours fait et cause pour la loi, puisque, dans une société en évolution, le rapport des forces individuelles peut changer et chacun voit qu’il gagnerait moins à s’affranchir de la loi que ce qu’il risquerait de perdre si elle cessait de s’appliquer

Quand cette opinion prévaut, on peut laisser violence et menaces en arrière plan. On peut gérer la société par des promesses dont la loi assure l’accomplissement et des récompenses dont l’État garantit la valeur. La démocratie devient la meilleure façon de réaliser le consensus. Nul, toutefois, ne perd le goût de satisfaire ses désirs, ni donc sa volonté de pouvoir ; il devient simplement  évident que la loi doit demeurer un point de repère et d’ancrage et qu’« avoir ce qu’on veut » ne passe plus par l’usage ostentatoire du fusil-mitrailleur, mais par la manipulation des lois.

En démocratie, la  rapine, pour être efficace, doit être institutionnalisée. On ne peut monter à l’assaut  de l’État chaque fois qu’on a un besoin à satisfaire et il faut donc avoir l’État avec soi. Comment ? Dans une démocratie, les lois sont faites et appliquées pour la majorité effective, par ceux dont les citoyens décident. Ces élus dont les citoyens décident, ont eux aussi des désirs à satisfaire. Ils vont chercher à se servir à leurs propres fins du pouvoir qu’ils ont. Avoir l’État avec soi n’exige donc pas de violence. Il suffit de donner, à quiconque décide, l’outil pour transformer en satisfaction le pouvoir qu’il exerce.  L’outil universel est l’argent, mais il y a mille façons de le faire.

Le pouvoir des politiciens et fonctionnaires n’est pas à eux. On le leur a confié. Quand ils le monnayent, ils l’usurpent et le volent.  C’est le plus grave des abus de confiance.  Mais qui ne le fait pas ? Qui ne le ferait pas ? Qui aurait cette intégrité « à la Robespierre » d’être totalement incorruptible ?  Et croit-on qu’on trouvera jamais assez de ces incorruptibles pour occuper tous les postes de l’État où il y a des décisions à prendre ? La corruption suit la démocratie comme son ombre. Comment la contrôler ?

Il y a un double problème de corruption à résoudre en démocratie. Celle au palier de l’exécution, d’abord, qu’on peut contrôler par la transparence et un processus efficace d’appel de toute décision rendue.  C’est possible, si on extirpe soigneusement du système tout ce qui est dilatoire.  J’en parle ailleurs. 

Il y a aussi, toutefois, une corruption au palier décisionnel qui ne peut être réglée que par une fragmentation horizontale et verticale du pouvoir, un changement structurel de fond qui prendra du temps.  Dans l’immédiat, pour contrer la corruption, il faut donc se préparer lucidement à un recul de la démocratie. 

Ce recul  peut être temporaire et marquer le passage à une démocratie plus efficace.    Il peut aussi être prévu comme permanent, et être la première étape vers un Nouvel Ordre Mondial dont on a des raisons de se méfier.  Un changement qu’Obama n’est peut-être pas venu empêcher, mais accomplir.  Je vous en reparlerai.

 

Pierre JC Allard

11-05-09

Ratzinger, Joseph pape

Sa Sainteté  – pas le dalaï-lama ni Raël, l’autre – fait une brève visite au Moyen-Orient.  Courageux de sa part, car il n‘y a pas que des amis. Il s’est forgé de solides inimitiés chez les islamistes, il y a trois ans, en choisissant dans un discours à Ratisbonne de citer un texte chrétien décrivant  le message de Mahomet comme méchant et inhumain.  Il s’en en attiré autant des Juifs, il y a peu, en levant l’excommunication qui avait frappé l’évêque Williamson, un négationniste avoué.   Pour le tact, on est bien loin de Jean-Paul…

Evidémment, les méchante langues diront que puisque une partie non négligeable des Protestants fondamentalistes croient sans doute encore qu’il a les pieds fourchus et qu’une grande partie des Catholiques, en entendant son  nom, lèvent les yeux au ciel, il n’est sans doute pas beaucoup plus impopulaire à Amman que dans une ville d’Occident, mais il lui faut tout de même du courage pour aller au devant des attentes des Juifs et des Arabes.

 Il est bien difficile d’imaginer, en effet, ce qu’il pourra bien dire de bon à ses hôtes au cours de ces quelques jours en Jordanie, puis en Israel.  La récente incursion miitaire d’Israel à Gaza  a fait près de 1 500 victimes. Des civils, surtout des femmes et des enfants. Le pape va-t-il cautionner cette opération, se rendant encore plus odieux aux musulmans et à la grande majorité des population chrétiennes du monde qui réprouvent ce massacre ? 

Va-t-il, au contraire, la dénoncer, devenant persona non grata en Israel, compromettant les liens péniblement établis avec la diaspora juive et réduisant surtout son capital de sympathie auprès de l’administration des ÉtatsUnis qui restent indubitablement le pays le plus riche et le plus puissant du monde ?   On voit mal quelle déclaration contenterait tout le monde…

Il pourra tenter – c’est l’ambition de toute diplomatie et l’Église n’y est pas novice – de faire des ronds autour du sujet sans vraiment l’aborder et de ne dire que de pieuses platitudes.  Mais avec la crise financière, le réaménagement de la production qui se dessine, le réajustement des alliances et le nouveau mode de gouvernance qu’Obama est à mettre en place,le monde  n’est plus vraiment tolérant du bavardage.   Tout va trop vite, les changements à faire sont trop urgents et trop importants.

Si Benoit XVI n’a pas le courage d’une opinion et de recommandations concrètes sur la question palestinienne, mais se limite à n’en rien dire, ou pire, a tenir un discours vide, il est probable que des millions de gens dans le monde – et surtout des catholiques – y verront confirmés leurs doutes quant à la signifiance d’une papauté qui se refuse à tenir un message moral qui devrait être sa raison d’être.

 Le Vatican n’a-t-il pas compris que l’ambiguïté n’est plus une vertu dans le monde de transparence que créé l’Internet et qui rend le double discours impossible ? S’il  termine ce périple en zone de guerre sans porter un jugement ETHIQUE sur la situation en Palestine, ni suggérer une action efficace pour y ramener la paix, il aurait mieux valu qu’il n’y aille pas, car ce n’est pas seulement l’homme et son pontificat qui seront jugés.

Au point où l’on en est, si l’on entend un pasteur qui finasse, esquive, radote au lieu de montrer la voie aux brebis, BEAUCOUP, remettront en cause la pertinence même de la fonction. Après « Ratzinger, Joseph pape » – comme après « Capet, Louis, roi » – il pourrait ne pas sembler indispensable de lui chercher un successeur.

N’oublions pas que, selon la prophétie de Saint Malachie, Benoit XVI est le DERNIER PAPE….

 

Pierre JC Allard

10-05-09

Le Web thaumaturge

 

Il y a bien longtemps qu’on n’avait pas vu la maladie reculer devant la Parole.  Le Christ, Saint Francois, il paraît que…  Mais il y a bien longtemps. Les Preachers américains font aussi des miracles, mais ils concentrent leurs efforts sur les maladies de l’âme. Comme les psychiatres.  Quand on touche au physique, c’est fou comme un degré de fièvre peur être résistant à la Grâce.. 

On a donc tendance, côté guérison, a se partager les tâches. Ceux qui parlent bien prennent en charge les hystériques, hypocondres et assimilés – ce qui représente tout de même au moins la moitié des malportants – et ceux qui n’ont pas ce talent auscultent, cisaillent ou, tout en bas de l’échelle, PRESCRIVENT.  Aspirine , quinine, Ex-Lax…   Des cures sans surprises ni émotions, mais ça marche.

 La semaine dernière, tout ça a basculé.  L’humanité a été confrontée à un grave péril auquel il n’est pas sûr que le médecine traditionnelle aurait pu parer.  La grippe porcine, mexicaine, ou donnez-lui le nom que vous voulez, est apparue et a provoqué une mobilisation des ressources médicales et médiatiques combinées dont on avait eu auparavant peu d’exemples.  Mexique, puis USA et enfin OMS sont montés aux créneaux sans rien négliger.

 « Un milliard », a dit Obama,  ça lui est venu spontanément. « Crise de niveau 5 », a renchéri l’OMS !  Plus pratique, le Mexique a  accepté avec gratitude un investissement de 100 millions de dollars de Sanofi-Aventis pour produire des vaccins… d’ici quelques mois.  Encore plus pratiques, les autres pays ont simplement diffusé la nouvelle de la pandémie en gestation, jusqu’à ce que les chalands se précipitent pour acheter jusqu’à épuisement les stocks de Tamiflu de Roche qui menaçaient péremption. Braves gens…

 Malgré ces mesures radicales, le mal se propageait toujours. Les écoles se fermaient, les frontières elles-même étaient menacées. La panique était là et tous les médicaments ne suffisaient pas à en enrayer la propagation de bouche à oreille…  C’est là qu’on a redécouvert le pouvoir de la parole. Le pouvoir de l’écrit.  Le pouvoir du WEB.

L’Internet est intervenu. Quelques articles, collant aux faits et les interprétant selon la raison, ont permis en quelques jours de circonscrire l’épidémie. Un pouvoir qu’on doit croire surnaturel s’est manifesté pour que seul le Mexique, où le mal avait quelques jours d’avance, soit sérieusement touché avant que la Parole ne produise son action salvatrice.  Le “Web ange-gardien” a gardé les frontières et le mal a reculé. Ceux qui devaient mourir ne sont pas morts et ceux que la maladie devait atteindre n’ont pas été atteints.

Il y a eu quelques victimes, naturellement, mais bien moins que lors des autres pandémies, quand tant de gens ont péri de la grippe ou des vaccins qu’on leur a imposés.  Il est vrai que la Providence a pu compter, sur le Web, avec la collaboration de centaines de milliers d’internautes qui ont diffusé la Parole.  Au plus fort de la panique, il y avait plus de DEUX MILLIONS  (2 000 000 ) de liens sur Google,  pour « grippe », « grippe porcine » et autres sobriquets de la « pandémie »…

Avec Internet, nous avons une nouvelle arme contre certaines maladies: la Parole. Il faudra s’en souvenir.  Et la prochaine fois, si la Parole se met à l’œuvre rapidement, on évitera peut-être aussi les achats inutiles.  Ce serait bien chouette, car on a besoin de tous nos sous pour défendre VRAIMENT la santé.

 

Pierre JC Allard

09-05-09

Et tu Brute …

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:10
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Il y a longtemps que ça ne va plus pour les Américains en Irak, mais on a passé un autre seuil quand le Sergent-Major Davis a payé de sa vie l’erreur d’avoir tourné le dos à un soldat irakien. Pas une rebelle, pas un insurgé, pas un terroriste, un soldat de l’armée irakienne.  Un collègue de travail, si on peut dire…  Il était là pour les conseiller, pour les former à tuer de l’irakien rebelle. C’est lui qu’on a tué. L’étranger. L’envahisseur.

Davis n’est pas la première victime de ce qu’on a appelle encore parfois pudiquement un “tir ami”. Il y en a beacoup. On se souviendra de ce type qui avait tué quelques G.I dans un camp retranché en Irak, y a déjà quelques années, en jetant une grenade dans leur tente. Il était devenu fou, qu’on a dit à l’époque…  On ne parle plus de folie. Il y a eu sept (7) autres incidents de ce genre depuis six (6) mois dans le nord de l’Irak. 

On connaît le meurtrier du Sergent-Major Davis: Saleh Hamadi. Il a fui avec un complice après l’attentat, un véhicule l’attendait.  Un meurtre prémédité. Le soir même,  il a été remis par des gens de sa tribu aux gardes à la frontière syrienne. Rien de crapuleux, meme si l’armée américaine cherche sans conviction à convaincre tout le monde qu’il a sans douté été payé pour le faire.  En fait, c’est un assassinat. Il y a eu une execution. Un geste de résistance et Hamadi un jour sera un héros.

C’est ce qui distingue ce cas de tous les autres.  Comment la justice irakienne le traitera-t-elle ?  Deux de ceux qui l’ont aidé à s’enfuir auraient été condamnés, mais les details manquent… Hamadi, lui, non. Tout traine en longueur. Garde-t-on Hamadi pour la célébration qui marquera le départ du dernier “protecteur” américain ?  On verra…

En attendant, les Marines ont été appelés en renfort pour protéger les conseillers américains contre ceux-la mêmes, leurs élèves, sur qui l’on comptait au depart pour assurer leur protection !  C’est cette insertion des conseillers USA dans l’armée irakienne qui était la stratégie à long terme.  Ils noyauteraient, convaincraient, soudoieraient et assureraient le contrôle du pays conquis, avec la loyale obedience admirative des troupes indigènes.

182  de ces equipes de conseillers sont déja en place. Il ne s’agissait que d’en multiplier le nombre, pour créer une réseau de points d’appuis à une presence américaine indéfinie en Irak – 10 000 de ces conseillers auraient suffi, avec une armée irakienne fidèle et dévouée – puis de ramener le reste des boys au pays. Colonisation coutêuse, mais tout de mëme finalement réussie.

L’affaire Hamadi vient de changer la donne. On vient de comprendre que si les autres partent, les 2 000 conseillers déjà insérés dans l’armée irakienne non seulement ne soutiennent rien, mais sont autant d’otages en puissance.   En rajouter serait encore plus bête que de les y avoir mis.

On vient juste de réaliser que quitter l’Irak n’est pas aussi simple qu’il parait, comme quitter la Russie n’a pas été  une parade de retour pour Napoléon ni pour Hitler. Qu’est-ce qu’on fait quand on décide de se retirer, mais qu’on vous tire dessus ?  Quelques pertes, c’est un retraite  humiliante. Beaucoup de pertes et c’est une déroute ignominieuse.    Le peuple américain ne le permettrait pas.  Va-on faire marche arrière… en reprenant la fuite en avant ?

Tout ça rapelle, mais à grande échelle, les helicoptères quittant le toit de l’Ambassade américaine, a Saigon.  Ou mieux, cette phrase du celèbre roman de Steinbeck  “ The flies have conquered the flypaper…

Envahir l’Irak était pire qu’un crime. Talleyrand aurait dit que c’était une erreur.

 

Pierre JC Allard

08-05-09

L’ultime forfaiture du Capital

 Un dur coup, hier pour les « anticomplotistes ». Le Center for Public Integrity (CPI), par la voix de son directeur Bill Buzenberg, annonce que les banques qui prétendaient avoir été prises par surprises par la crise des surprimes qui a déclenché la faillite du système financier ont tout fait pour la provoquer, en facilitant des prêts à très haut risque dont on ne pouvait raisonnablement s’attendre à ce qu’ils soient remboursés.

Le CPI  met carrément la faute sur les agissements de 25 institutions financières.  Ces institutions ont consenti à elles seules 72% du total des mauvais prêts hypothécaires. UN TRILLLION  (USD$ 1 000 000 000 000 ) Des 25 institutions mises en cause, 21 appartiennent ou sont financées par l’une ou l’autre des banques que le Trésor américain inonde actuellement de milliards pour tenter en vain de les rescaper (bail out) aux frais des contribuables.

Parmi les incriminées, Citigroup, HSBC, Barclays… tout le gratin du capitalisme. AIG, en particulier, à qui le Trésor américain , depuis le plan Paulson, a aussi donné directement 180 milliards de dollars (dont une parcelle a servi a payer des boni et à organiser une nouba pour ses agents… !) Toutes les autres escroqueries financières de l’Histoire apparaissent tout à coup comme des peccadilles. ON A SCIEMMENT DÉTRUIT LE SYSTÈME FINANCIER MONDIAL.  

 Le cynisme de toute cette opération laisse pantois, car ce sabotage ne peut avoir eu lieu qu’avec la connivence du gouvernement des USA et au su de tous les gouvernements de quelques importance participant à la structure financière qui gère cette planète. L’élite qui dirige le monde nous a trahi et est partie avec la caisse.

Cette étude a été publiée alors que la Chambre des représentants américaine devait approuver hier un projet de loi visant à créer une commission d’enquête indépendante pour examiner les causes de la crise économique.  On avoue juste avant d’être démasqué. Les rats quittent la cale du navire qui sombre.

Que vaut cette information ? L’étude du CPI a porté sur 7,2 millions de prêts consentis entre 2005 et 2007.  Un échantillon significatif. Une conclusion irréfutable.

Que vaut la parole du CPI ?  il suffit de voir la liste des organismes qui le soutiennent depuis sa création, il y a 20 ans, pour voir qu’on n’a pas ici des anarchistes barbus, mais la fleur de l’Establishment.  Ce sont des capitalistes qui dénoncent. C’est une guerre civile au sein du Systéme dont je dis depuis  20 ans que c’est le seul événement qui nous en délivrera.

Jubilation ?  Ne pavoisez pas trop.  Il est clair que l’argent ne sera plus l’outil privilégie de la gouvernance, mais rien ne garantit que les nouveaux moyens qu’utilisera le pouvoir pour dominer seront plus justes, ni surtout plus démocratiques. Au contraire…  Souhaitons-nous une gouvernance bienveillante, car le paternalisme n’est pas le pire des dangers qui nous menacera.

 

Pierre JC Allard

07-05-09

Michel Brûlé. L’incontournable

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Quand on sort un pamphlet incendiaire contre les anglo-saxons, leurs petits et gros travers, leurs habitudes alimentaires, leur langue  et même leur façon de la parler, on se fait remarquer. Si sans perdre une minute on convertit l’essai en annonçant sa candidature à la Mairie de Montréal, on devient tout à fait remarquable. En fait on devient incontournable. Quand on est incontournable, on se fait rentrer dedans… C’est déjà commencé et ça n’arrêtera pas…

 Michel Brûlé – que personne jusqu’à présent n’a pris pour un imbécile – dit tout à coup des conneries inacceptables et annonce qu’il va faire une bêtise énorme. À quoi il joue ?  Remarquez que je n’ai pas lu le livre de Brûlé.  Je suis sûr qu’il dit des conneries, parce que Louis Cornellier en cite quelques-unes, mais le reste du bouquin est peut-être génial.  J’en doute, toutefois, car lancer une attaque contre les « Anglaids » et prétendre se faire élire dans une ville où la balance du pouvoir est de toute évidence entre leurs mains ne peut pas être une simple erreur de jugement. À moins qu’on ne parle d’erreur de jugement quand Wladimir se met un pistolet chargé sur la tempe et appuie sur la gâchette.

 Il est difficile de penser que Michel Brûlé fait ce doublé en croyant gagner une élection ou simplement pour mousser la vente d’un livre.  Il semble plus raisonnable de penser qu’il est à se positionner sur l’échiquier politique du Québec, précisément là où un segment important de la population attend un leader crédible.  Ce segment, c’est un nombre significatif de Québécois qui se disent de gauche  – mais on souvent des réflexes de droite – et qui se définissent moins pas un projet précis de société que par l’adhésion à un concept d’indépendance dans lequel on mettra bien tout ce qu’on voudra.  Un socialisme, peut-être, mais surtout s’il est national.

Ce segment de la population peut être une force politique s’il maintient sa cohésion. Il ne peut pas la maintenir en proposant un programme détaillé, car il  se fragmenterait en factions, chaque proposition se traduisant pas la défection de ceux qui s’y opposent sans amener un nombre correspondant de nouveaux adeptes.   Ce groupe ne constitue donc une force  que s’il s’en tient à ce qu’ils détestent tous : les « Anglaids ».   Cette prépondérance du négatif sur le constructif augmentera  si la situation économique se détériore.

Voyons donc un scénario. Pure spéculation.  Si Michel Brûlé, grâce a ce livre que certains liront, mais dont on parlera surtout beaucoup, se hisse à la position symbole, devenant une figure de proue et étant perçu simplement  comme «Celui qui n’aime pas les Anglais », il devient de fait le maître à penser et le guide de ceux au Québec … qui n’aiment pas les Anglais.  Ce n’et pas une minorité totalement négligeable. 

Imaginez qu’il perde une élection à Montréal à cause du vote « Anglais »  – ou mieux, qu’il soit empêché de se présenter ou traité injustement pas les médias –  et il ajoute alors au statut de symbole, celui de victime-héros.  Son prestige peut s’accroître, surtout si les choses vont plus mal, ce qui est possible… et si les gouvernements déçoivent, ce qui est bien probable.  Si 10. 20, 30 % de la population l’écoutent, il devient vraiment incontournable.

 Être anti-Anglais  ne fait pas gagner des élections à Montréal, mais à l’échelle du Québec, ce n’est plus aussi certain… A défaut de faire gagner une élection, ça peut faire gagner qui l’on appuie…     Est-ce le plan de Michel Brûlé ?  Je n’en sais rien.  Il m’est simplement plus facile de l’imaginer machiavélique que bête et de lui prêter de noirs desseins que de le croire sans desseins.  Une affaire à suivre…

 

 Pierre JC Allard

06-05-09

Le procès de la sottise

Nous n’avons pas à porter de jugement sur l’honnêteté du Maire de Montréal.   D’abord, nous n’avons pas tous les faits sur les agissements de la Société d’Habitation de Montréal (SHDM); un élément nouveau pourrait ramener toutes les accusations au rang de commerages. Ensuite, entre ces agissements et le Maire Tremblay, il y a toute une chaine d’intervenants, dont chacun peut être responsable de tout, en supposant qu’il y ait quoi que ce soit dont un responsable devrait être à blamer. Enfin, il y a des tribunaux pour juger des accusations de corruption, si de telles accusations étaient formellement portées.  Laissonc donc pudiquement hors du débat l’honnêteté de Gerald Tremblay.

Interrogeons-nous plutôt sur la sagesse des décisions qui ont été prises.  Ce n’est pas la première fois que des décisiona discutables sont prises à Montréal.  On s’y connait en transactions scabreuses à Montréal, et depuis longtemps...  Toute l’opération Expo 67 –  où l’on a dit qu’un milliard de contrats avait été donné sans appels d’offres – aurait pu servir de modèles aux apprentis grenouilleurs du monde entier: créer un besoin, faites en une urgence … puis faites n’importe quoi…  

Les Jeux Olympiques de 1976 auraient pu aussi servir de modèle d’indélicatesse et de ridicule, avec le mat du stade et son toit comme images emblématiques permanentes de la magouille, si Expo 67 n’avait pas rendu inutile d’en remettre encore…   Pourtant on a bien aimé Drapeau.  Voici ce que j’en disais,  il y a déjà onze ans .   Jean Drapeau a peut être fait de colossales erreurs – la question reste ouverte -  mais il ne faisait pas de minables sottises.

Ce que le people pardonne le moins à ses dirigeants, c’est la sottise.  Il peut accepter des faux-pas, des fautes graves, voire des crimes. On a honni Duplessis, mais on rit encore de ses bons mots. On a accueilli en triomphe Camilien Houde, sortant de prison après avoir été incarcéré pour trahison – bien qu’on n’ait pas alors osé le formuler de cette façon – alors que le pays était en guerre… .  Le peuple peut être clément.

Le people peut être bien indulgent, mais il y a des péchés contre l’esprit qu’il ne pardonne pas. Le people ne veut pas d’un leader qui baisse les yeux et les bras et qui bafouille. Le people ne veut rien de minable ni de mesquin chez ses élus. Il rejette les tièdes. Il ne veut pas d’un chef qui, pour ne pas être responsable, assume la posture d’un irresponsable. Il ne veut pas d’un chef qui fait ou laisse faire des sottises, puis les excuse. 

Quand on soustrait la SHDM au controle démocratique sans qu’il soit indubitable qu’on en ait le droit, c’est une sottise. Si, dans la foulée de cette decision, des transaction douteuses s’accumulent sans que l’on se donne même la peine de les camoufler habilement, c’est une grande sottise. Si en cours de négociation du plus gros contrat jamais accordé par la Ville de Montréal, le principal responsable du dossier pour la Ville va s’afficher sur le yacht du promoteur qui nous vend 356 milliions de dollars de biens et services, c’est une exemplaire et spectaculaire sottise. Inexcusable.

Le maire qui chapeaute – et qui devrait diriger et inspirer – l’Administration qui fait toutes ces sottises peut être, ou ne pas être, honnête;  les tribunaux auront peut être à en décider, mais ce n’est pas mon propos.   Mon propos, c’est une cause qui est déja entendue et dont il serait bien surprenant qu’il y ait  appel, car les deux-tiers des Montréalais ont déjà donné leur verdict.   Le Maire Gérald Tremblay s’est conduit comme un sot.

Pierre JC Allard

05-05-09

Le proconsul

 

Pendant qu’aux USA on met peu à peu les pendules à l’heure, que les presque-riches se résignent à ce que l’argent ne vale plus rien, que la grippe ci-devant mexicaine a pris un numéro comme un compte en banque suisse et qu’on l’oubliera sans avoir jamais su ce qu’elle contenait…, que se passe-t-il dans les marches septentrionales de l’Empire ?    Au Canada, le peuple en liesse attend que son nouveau proconsul désigné monte les marches du trône.

Ignatieff vient d’être plébiscité à Vancouver.  97% d’appuis à sa nomination sans opposition à la tête du Parti Libéral. Evidemment, on est dans le microcosme d’une convention du dit Parti Lbéral, un milieu bien sympathique, mais ça nous change tout de même des exercices similaires du Parti Conservateur qui sont  la plupart du temps férocement disputés.

 Pourquoi cette différence ? Parce que le Parti Conservateur au pouvoir, c’est l’intermède Tory qu’on accorde pendant qu’on réaménage  la maison des Whigs. Ce n’est pas très sérieux et ça ne dure pas.  Les fonctionnaires prennent  charge le temps que les choses redeviennent normales. On se bât donc âprement pour devenir chef du Parti Conservateur, car c’est un accomplissement auquel ne s’ajoute que bien rarement le plaisir d’aller plus loin. C’est une fin en soi. Un succès personnel.

Devenir chef du Parti libéral, au contraire, n’est qu’une étape dans une marche triomphale vers le pouvoir. Le Parti Libéral est, au Canada, de droit divin, le parti de gouvernance.  Son chef s’attend raisonnablement à conduire ce pays;  sous la tutelle de Washington, bien sûr, mais en ayant tout de même des décisions à prendre.   Il doit bâtir une équipe pour une décennie, peut-être plus. Il a besoin des autres et les autres auront besoin de lui. C’est le Parti qui sera au pouvoir et il y en aura pour tout le monde.   Donc politesse, consensus, unanimité…

Le Parti Libéral n’attend que le moment propice pour revenir au pouvoir. Simple formalité.  S’il n’y est pas revenu plus tôt, c’est qu’il aurait été ennuyeux de devoir suivre les directives d’un administration Bush en fin de règne. Erratique, discréditée, destinée de toute évidence à être le bouc émissaire pour l’histoire de toutes les imperfections de la politique USA depuis 50 ans.  Mieux valait laisser les Conservateurs se compromettre avec ces gens…

 Maintenant,  à Washington, on repart à neuf.  On tourne la page. On s’est donné une nouvelle image : O B A M A ! L’Establishment  va mettre en place une nouvelle forme de gouvernance. Bienveillante. Ouverte au changement. Les grands n’exploiteront pas moins les petits, mais ce sera fait avec plus de délicatesse, dès qu’on aura réglé – aussi brutalement qu’il le faudra – les dossiers hérités d’avant

Une urbanité « Ivy League » va remplacer à Washington la grossièreté ostentatoire d’éleveur de bétail texan  privilégiée par les Bushistes.   Souvenez-vous du film  de Michael Moore : Wolfowitz crachant sur son peigne pour se coiffer… Il n’y aura pas de rustauds dans l’équipe Obama. Du moins pas longtemps. Ils feront le sale travail à faire, puis seront expulsés.

La nouvelle image Obama et le nouveau style de Washington  vont se refléter sur les provinces de l’Empire.  Il faut au Canada un nouveau proconsul, plus acceptable à la Maison Blanche que notre Albertain de transition.  Le Parti Libéral l’a compris. Peut-être tout seul et peut-être parce qu’on le lui a dit, mais l’important est qu’il l’ait compris. Ils sont tous avec lui.

Ignatieff,  issu lui aussi d’Harvard, comme  César lui-même, a reçu la couronne de laurier. Ils sont tous avec lui et les sondages aussi.  Les Libéraux gagneront les prochaines élections en Nouvelle-Écosse, puis attendront le signal pour mettre en marche le cortège triomphal vers Ottawa.

Ave, Proconsul Ignatieff.  Mais souvenons nous qu’il ne fera rien que Cesar Obama n’aura d’abord approuvé.

 

 Pierre JC Allard

04-05-09

Vous voulez une petite Indienne ?

 

Tout le monde a entendu parler de cette répugnante affaire du journal londonien qui a tendu un piège au père de Rubina Ali – la gamine vedette du film Slumdog Millionaire, grand gagnant des Oscars –  prétendant vouloir l’acheter pour 310 000 livres sterling.   Plein de gens se sont indignés. Beaucoup pour fustiger le père indigne – dont Obey, un quidam sur Rue 89, dont le choix pour avatar d’un croquis aux traits “néroniens” permet  de douter qu’il ait été sérieux – d’autres, comme moi, pour voir cette démarche du journal comme une insulte à la misère.

Pendant que les journalistes anglais s’amusent, Madonna qui cherche à adopter bien légalement une jeune Africaine  en voit tout à coup le père naturel, jusque-là absent, se manifester. Il pourrait – dit-il – “apprendre à aimer cette enfant “…  Suis-je cynique en pensant qu’en bon vendeur de nattes indigènes, il a attendu que l’ « acheteuse » s’attache un peu au « produit » avant d’en faire monter le prix ? Vieille technique, sans doute née à Sumer et encore bien courante dans les souks et bazars du monde entier….

Je trouve le père de la petite Africaine encore plus infâme que celui de la petite Indienne… et le journal encore davantage, mais ce n’est pas mon propos. Gardons 30 secondes de silence pour l’indignation, puis continuons. Mon propos, c’est pourquoi tant de contraintes à l’adoption internationale ?  On joue collectivement le même scénario que Rubina s’est vue imposer à titre individuel et je pense que c’est aussi une infamie.

 Des États dont les enfants crèvent de faim – et qui parfois payent pour stériliser leurs citoyens ! – assument vertueusement le rôle de pères indignes, pour garder ces enfants loin de ceux qui en prendraient soin, mais ont le démérite d’être des étrangers.  Il serait naturellement politiquement bien incorrect, pour un leader de miséreux, d’accepter que certains de ceux-ci puissent préférer que leurs enfants échappent à la misère plutôt que de se draper dans la patriotique posture de les garder dans une  stoïque indigence.

Il y a ainsi, dans le monde entier, un scénario de barrage à l’adoption. Il y a dans les pays d’accueil, pour donner la réplique aux politiciens du tiers-monde, toute une faune de fonctionnaires, d’avocats spécialisés et d’organismes de bienfaisance qui vivent d’être les rabatteurs et les entremetteurs dans un processus d’adoption byzantin, long, coûteux et compliqué à plaisir.  Je pense de cette faune ce que je pense du journal londonien qui a instrumentalisé Rubina Ali et son père pour mousser ses ventes

Attention. Je ne propose pas qu’on mette les enfants en vente. Je dis qu’il faudrait encourager l’adoption internationale, la faciliter  et y consacrer des ressources plus significatives.  On se plaint de la dénatalité en Occident – et l’on veut y palier par une immigration légale ou même illégale importante – mais on stoppe autant qu’on peut l’entrée des meilleurs immigrants qui soient : les enfants.    Ne doit-on pas admettre – si l’on n’est pas biaisé par des relents de racisme – qu’un enfant élevé chez-nous par des gens de chez-nous, selon les valeurs de NOTRE culture, grandira pour devenir, indiscernable de nos propres enfants ?  Ne voit-on pas que c’est le candidat idéal à l’intégration ?

Oui, bien sûr, il y aurait  des contrôles à exercer pour éviter l’exploitation de ces enfants, mais ces contrôles ne sont pas si difficiles  à effectuer. Il suffit, d’abord, qu’on ne négocie dans le pays d’origine  qu’avec un organisme accrédité qui assumera la responsabilité des tractations avec les parents et garantira leur libre consentement, puis qu’on ne se limite pas, dans le pays d’accueil, à une vérification à l’arrivée, mais qu’on ajoute un suivi longitudinal jusqu’à la majorité de l’enfant.   Est-ce si complexe ?  Pourquoi ne pas le faire ? 

 

Pierre JC Allard

 

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 Pierre JC Allard

03-05-09

Du danger des pétards mouillés

Ceci sera ma dernière intervention sur le thème de cette grippe de cochons et j’invite tous ceux qui s’y intéressent – surtout les vieux sceptiques et cyniques qui ont soupçonné dès le départ qu’il s’agissait d’un pétard mouillé – à se réfugier aussi désormais dans un quant-à-soi  dont ils ne sortiront que quand ils auront une solution à proposer au problème.

 Je ne parle évidemment pas du problème que posent les épidémies et pandémies; il y a pour ça des ressources scientifiques qualifiées qui feront pour le mieux, si on veut bien les laisser faire leur boulot au lieu de les en distraire en les affectant prioritairement à promouvoir la vente des vaccins et pilules par des déclarations intempestives. Je parle du problème bien plus grave de l’avènement de la transparence dans la gouvernance

Le système, qui depuis toujours vit sur des mensonges, voit la vérité arriver de partout, comme une  intruse sans papiers, et est bien ennuyé de cette soudaine pugnacité de ses ouailles qui ne veulent plus avaler des couleuvres… Depuis le 911, des cohortes d’anticomplotistes ont donc été envoyées au front pour tenter de discréditer tous ceux qui se posent des questions.  Des questions sur les tours qui tombent, mais aussi sur l’Irak, l’Afghanistan, la valeur de l’argent, celle du travail, les medias, la démocratie… des questions sur TOUT. Plus rien de sacré et c’est dans ce contexte qu’arrive cette ubuesque histoire de pandémie qui aura finalement fait moins de victimes qu’une escarmouche dans l’une ou l’autre de ces contrées où l’on a semé la pagaille. Danger pour le système.

Danger pour système qui, ayant eu l’imprudence de s’en remettre à des menteurs amateurs a fait lui-même ici un travail d’amateurs. Si on a vite douté des évocations d’apocalypse diffusées par les medias, c’est en grande partie à cause des messages déroutants qui sont venus de ces experts appelés à la rescousse pour corroborer les incitations à la panique.  Sortis de leurs labos, ils se sont continuellement enfargés dans la vérité quand on leur a demandé de faire peur sans vraiment inquiéter

La performance des experts a été lamentable. Une incompétence prévisible, car on ne se sort pas un PH.D en chimie en maniant l’ambiguïté.  La prochaine fois, on enfermera les gens à chienne blanche dans leurs labos pour la durée de l’opération – comme les journalistes dans les bars à Bagdad durant “Desert Storm” – et on laissera les pros de Madison Avenue nous bâtir une vérité.

 Parler de la prochaine nous ramène au problème. Le vrai problème. L’industrie pharmaceutique va devenir au XXe siècle la première activité économique. Comment évitera-t-on  les assauts  périodiques de ces commerçants dont la raison de vivre ne peut être que de commercer et pour qui la santé et la vie ne sont donc que des variables à manipuler ? 

Ils ne sont ni meilleurs ni plus mauvais que les autres professionnels auxquels l’incontournable spécialisation d’une société d’abondance confère le dangereux pouvoir d’être les seuls à connaître, mais ils doivent faire leurs boniments dans un domaine qui nous tient littéralement bien à coeur.  Il va falloir surveiller ça de près.

La gérance et la surveillance de l’industrie pharmaceutique sont  à revoir et j’en parle ailleurs. Ce que je veux souligner ce matin, c’est uniquement  l’inopportunité de pousser trop loin dans la critique de cette opération médiatique assez mal léchée. On n’empêchera pas Quidam Lambda, qui a porté un masque mal ajusté et n’a pas envoyé ses enfants à l’école pendant des jours, de se demander si on a voulu le berner.   Il va comparer les énoncés douteux exprimés avec tant d’apparente sincérité par les medias sur cette ”terrible menace de pandémie”, avec les autres énoncés sur le même registre par les mêmes médias concernant tant d’autres menaces…

Q.L pourrait bien commencer à rigoler plus souvent. Ou ne plus rigoler du tout, ce qui est le niveau “6” de l’incrédulité. Cette affaire aura bien sans doute apporté quelques milliards aux Roche et Sanofi-Aventis de ce monde, mais au prix d’une spectaculaire perte de crédibilité du système et de ses medias.   En valait-ce la peine ?  Danger pour le système.

Danger aussi pour nous.  Ne soulignez pas trop cette bavure, car si les fausses pandémies savamment orchestrées commencent à faire rigoler, le risque est bien réel, qu’une vraie n’apparaisse nécessaire…. Et si elle est NECESSAIRE, elle viendra.

 

Pierre JC Allard

02-05-09

Chrysler : le Rubicon

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Vous n’avez pas lu mon article du 25 avril et ma prévision du stratagème  pour régler les déboires de Chrysler ?  Vous n’avez perdu que quelques jours : Obama vient de le réaliser.  De A à Z, avec la participation dominante des syndicats, le bradage du fond de pension des travailleurs, les concessions dont on est à peaufiner les détails et Fiat, l’entreprise étrangère qui pourra faire des profits en Bourse et payer les pots-de-vin…. On réalise le scénario que j’avais prévu et décrit il y a des semaines, des années, des DÉCENNIES.

En donnant ses directives à Chrysler, Obama vient de franchir le Rubicon. Les USA passent en mode « dirigisme ».  Le nouveau capitalisme américain – celui qui fonctionnera main dans la main avec l’État - fait une entrée réussie et remarquée sur la mappemonde économique. L’Establishment ne renonce pas au pouvoir, mais il semble qu’il ait eu la lucidité de comprendre que sa survie passait par moins d’individualisme et plus de solidarité, une redistribution plus équitable de la richesse et  un capitalisme d’État complétant l’entrepreneuriat du secteur privé.  

En vieux militant de gauche, je devrais peut-être déchirer ma tunique, hurler à la trahison et préparer la lutte armée, car ce que fait Obama n’apportera l’équité qu’à moyen terme et, dans l’immédiat, va maintenir au pouvoir une oligarchie détestable.  Pourtant, je suis bien satisfait de la tournure des événements. Il semble que l’on pourra peut être changer la société sans effusion de sang.

Le principe d’intervention de l’État accepté, je crois que la marche vers la justice sera désormais relativement rapide. Je suis heureux que l’Establishment se soit converti à temps, car toute autre solution aurait exigé un recours à la violence qui n’aurait pas accéléré le changement, mais l’aurait retardé.  Nous avons une révolution sans guillotine j’en suis bien content

La révolution a commencé avec la décision de porter Obama à la présidence, bien sûr, puis a prouvé son sérieux en faisant porter aux riches plutôt qu’aux pauvres  le premier effort pour faire  disparaitre l’« argent de trop ». Mais c’est avec la main mise sur Chrysler, qu’on entre dans le vif du changement : la production. Chrysler, d’abord, mais les autres suivront

En associant les travailleurs à la nécessaire transformation de l’industrie, on s’assure que le changement se fera en respectant leurs droits acquis et en mettant à profit leur bonne volonté pour dessiner la nouvelle structure de production qui nous permettra de produire pour nos véritables besoins.  Nous serons plus riches. Plus égaux, aussi, parce que l’interdépendance accrue entre les acteurs donnera à tous plus de pouvoir, exigera la solidarité et imposera une gouvernance de consensus.

Prochaine étape ? Prendre le contrôle des institutions financières, puis ramener dans le giron de  l’État la création de monnaie et le crédit. Ça ne devrait pas tarder, car il faudra une monnaie crédible si on veut investir et progresser, alors que celle que nous utilisons encore ne vaut plus rien.   Cela fait, il faudra stabiliser la situation internationale. En deux (2) volets.

D’abord, les autres pays développés seront invités à marcher au pas de l’Amérique… Ils accepteront, d’autant plus facilement que leurs réserves sont en dollars. Ils deviendront partie d’un ensemble autarcique au sein duquel on parlera de concurrence, mais qui se fermera complètement aux imports des pays hors zone et dont on réduira même les exports, pour sevrer son économie de la dépendance envers une clientèle extérieure

Cette zone créée, le libre-échange cessera entre celle-ci et le reste du monde, remplacé par un protectionnisme féroce.  L’Occident, dirigiste et planifié, va produire pour ses besoins. Les autres pays, s’ils sont émergents, comme la Chine ou l’Inde, seront traités comme des rivaux.  Avec le respect de leurs cultures et en toute justice – c’est le prix de la paix – mais sans complaisance. 

Les pays sous-développés seront aidés, dans un même souci de paix et en reconnaissant que le colonialisme a été l’un des facteurs de leur sous-développement, mais on les aidera chez-eux…   Les frontières  avec le tiers-monde sous-développé seront étanches à l’immigration comme aux importations, car un apport constant de main-d’œuvre ne permettrait pas le nivellement progressif des revenus par la complémentarité qui est la voie pour que se développe chez-nous le justice sociale.

Je crois que la collectivisation que vient d’initier Obama est la bonne solution pour une société au stade de développement où nous sommes et ne s’arrêtera pas.  On parlera cogestion plutôt que « soviets », mais le plus grand défi, pour les USA de 2009 comme pour la Russie de 1918, sera de contrer une inévitable tendance de la gouvernance vers l’autoritarisme et la technocratie. Soyons vigilants.

 

 Pierre JC Allard

01-05-09

Le gang des Barbares

Toute la France s’émeut à juste titre. Ils s’y sont mis à plusieurs. Ils ont torturé la victime pendant des jours… Maintenant on va les juger… Il y aura un de ces procès à effets de manches dont on s’efforcera de part et d’autre d’évacuer la justice pour en faire un spectacle et un symbole. 

On cherchera des circonstances atténuantes – ce qui est normal – mais on cherchera aussi  des circonstances “aggravantes”, ce qui est absurde,  car l’abomination est ici à son comble et vouloir y ajouter ne peut, en bonne logique, que sous entendre qu’elle sera diminuée si ces circonstances aggravantes ne sont pas établies…  Absurde et choquant

On tirera certainement de ce procès le spectacle et le symbole, mais en tirera-t-on le plus important, qui serait une leçon ?  Quelle leçon ? La leçon que la déresponsabilisation des criminels érigée en principe est incompatible avec la protection que la société doit accorder aux citoyens. Ce ne sont pas les barbares qui devraient être notre priorité, mais les innocents.  Il faudrait s’en souvenir. 

Je constate que quand Youssouf  Fofana décide de séquestrer Ilan Halimi, il n’arrive pas de la planète Mars. Il a 13 délits à sa fiche de police, il a été condamné cinq fois  pour vols, violences volontaires, braquages et agression et a déjà passé quatre années en prison. Quans il a planifié ce coup, Il n’aurait pas dû être lè. S’il n’y avait pas été, sa victime, elle, serait  aujourd’hui  bien vivante.  La société, a fait un mauvais choix. Comme elle a fait le mauvais choix dans un cas bien précis que j’ai eu l’occasion de dénoncer jadis, mais hélas en vain. 

La société a fait pour Fofana le choix de tenter l’improbable rehabilitation d’un récidiviste et a laissé en liberté, sans suivi et sans aide, un individu qui s’est avéré un danger mortel pour un citoyen innocent.  La société a erré.  Il faut corrigé cette erreur pour l’avenir. Il faut cesser de penser que la justice, c’est d’abord la punition et la rehabilitation du coupable. La justice, c’est d’abord la protection des innocents et, le cas échéant, l’indemnisation des victimes.

Pour obtenir ce résultat, il faut changer notre approche  et distinguer clairement entre crimes violents et non-violents. S’il n’y a pas eu violence, les crimes et délits doivent faire l’objet de peines dont le but est la reparation du dommage causé; le système carcéral doit être reservé à ceux dont on craint la violence.  Quand il y a violence, c’est la protection de la société qui doit être prioritaire et le criminel doit être mis à l’écart.

Il ne s’agit pas de le punir mais de protéger les innocents.  Qu’il soit ou non lui-même une victime de la société n’est donc pas pertinent à cette décision de le mettre à l’écart et celui qui commet un deuxième crime de violence grave ne devrait que bien exceptionnellement être réadmis dans la société.  Il n’est pas pertinent non plus qu’il soit fou ou sain d’esprit; c’est quand il sera à l’écart qu’on verra s’il est ou n’est pas nécessaire de le traiter. L’affaire Fofana, me rappelle le cas de la femme Homolka qui a fait les manchettes au Canada il y a quelques années.

Comme il n’est pas question de punition, mais de protection, les conditions de cette mise à l’écart doivent nécessairement être revues.  Elles ne doivent pas être cruelles, mais elles doivent s’appliquer sans faiblesses. La justice pénale et  le système carcéral sont à revoir entièrement.

On ne peut changer le passé… mais il n’est pas trop tard pour s’assurer que Fofona ne nuira plus. Surtout pas trop tard pour décider que les barbares peuvent arriver à l’improviste, mais qu’il faut garder l’oeil ouvert, les voir venir et, quand on les tient, ne plus les lâcher. Jamais

 

Pierre JC Allard

30-04-09

Habana CU (USA)

Classé dans : Actualité, Auteur, lesensdesfaits — pierrejcallard @ 12:01
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Changement de régistre, je vous présente aujourd’hui une « short-short story » de politique fiction.  

Le glas s’est tu, 4 000 000 de Cubains ont défilé devant sa dépouille  et l’élite politique du monde, droite mi-repentante et gauche mi-soulagée, s’est jointe aux philosophes et aux artistes pour assister aux obsèques  du Lider Maximo.  Comme Guise, mort, il a l’air plus grand.  Puis, le monde a recommencé à tourner.  Qu’est-ce qu’on fait de Cuba ?

Comment intégrer Cuba à l’économie et à la politique de l’Amérique ? Cuba, qui a l’air d’une zone sinistrée avec ses maisons Art Déco en ruine et ses oasis de luxe aseptique pour touristes, mais qui regorge de ressources  humaines compétentes – dont des médecins dont on a bien besoin.  Cuba, dont la population, même contestataire et bien lasse du socialisme, n’en est pas moins imbibée jusqu’à la moelle  des principes de solidarité et de justice sociale dont on a soigneusement  protégé les habitants des USA.  Cuba, à qui sa diaspora en Floride confère une importance capitale dans la politique interne des USA. 

Qu’est-ce qu’on fait avec Cuba ? On peut simplement faire tomber toutes les entraves au commerce et aux échanges économiques et culturels entre les USA et Cuba.  Des centaines de milliards de dollars seront rapidement investis à Cuba pour en faire le paradis touristique exotique dont les Américains ont besoin, maintenant que le terrorisme leur a rendu l’étranger bien inhospitalier. Cuba, un paradis: l’ordre règne…

L’ordre règne…, mais règnera-t-il longtemps si on y déverse ces milliards ?  Cuba, avant Castro, était le domaine de la pègre. Comme le sont aujourd’hui quelques îles environnantes qui font aussi souvent office de paradis fiscaux. Les autorités cubaines, privées du grand rêve de Fidel, pourraient être bien vulnérables à la corruption…  Après le communisme, veut-on le banditisme, comme voisin gênant à 90 kilomètres de Key West ?  

Certes pas, mais comment l’éviter ?  En